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Retraites et pénibilité

La politique ne va pas sans faux fuyants. D’accord ! Mais tout de même !  Avec l’annonce que l’on tiendra compte de la pénibilité dans la réforme des retraites de 2010, nous en tenons un vrai de vrai, un faux fuyant d’anthologie pourrait on dire.

Monsieur Hollande avait déclaré le 7 juin 2007 dans l’émission de M. Hondelatte :  « Il faut sans doute réformer les régimes spéciaux de retraites mais en tenant compte de la pénibilité ».  Le 2 juin 2009 M. Sarkozy,  à  Versailles, vient d’annoncer qu’il fallait désormais passer à la résolution finale de la question des retraites. Il a aussitôt précisé comme une évidence : « bien sûr en tenant compte de la pénibilité ».  En deux ans les thèses socialistes sont devenus des évidences de droite !

Il va de soi que les retraites ne doivent en aucun cas tenir compte de la pénibilité. Essayons un instant de le prouver en échappant  aux polémiques politiciennes et en observant  le fond des choses.

Il y a eu un énorme scandale, jamais dénoncé tant qu’il était « chaud » et qui ressort parfois au détour d’un débat.  Pendant les « Trente Glorieuses » on a fait cotiser à la retraite des travailleurs de force qui pour la très grande majorité n’atteignaient pas les 65 années fatidiques de l’époque.  Les cols blancs ont détourné l’argent des cols bleus. Bravo ! 

La question se pose-t-elle dans les mêmes termes aujourd’hui ? Bien sûr que non ! 

Plus personne ne veut de métiers qui  mènent  à une mortalité précoce. Il serait moralement scandaleux  de proposer de tels postes de travail. Même en ajoutant : c’est vrai, votre métier va vous conduire à mourir plus tôt alors vous partirez à la retraite plus tôt !

Il faut d’abord éviter qu’un métier fasse mourir plus tôt. C’est une question de  simple morale publique.  Et c’est ce à quoi on s’emploie depuis des décennies, sous l’œil vigilant de l’inspection du travail.

Nous avons eu, heureusement,  les moyens d’obtenir ce résultat :

-          La mécanisation a supprimé pratiquement toutes les tâches  physiquement usantes depuis longtemps déjà.

-          Dans l’industrie un effort constant est fait pour supprimer la pénibilité excessive des tâches, faute de quoi on ne trouve pas de personnel.

-          Dans les rares cas où il reste une forte pénibilité la solution passe par des pauses et un raccourcissement de la durée quotidienne voire annuelle du travail.

Aujourd’hui  dans toutes les grandes entreprises il n’y a plus de pénibilité réduisant gravement la durée de vie des salariés, à l’exception près des maladies professionnelles et des accidents du travail qui ressortissent de politiques particulières.  Cela ne date pas d’aujourd’hui : dès  les années 70 dans l’automobile les cadences avaient été à ce point aménagées qu’une femme pouvait faire le travail réservé jusque là  aux hommes. Chez Peugeot à Sochaux,  grâce à des cadences négociées,  le travail hebdomadaire était généralement fini vers midi le vendredi et la lecture d’illustrés confortablement assis dans un pneu devenait l’activité préparatoire à une  fin de semaine heureuse.

Le vieillissement de la population active et sa féminisation  impliquait de toute façon que le travail soit de moins en moins pénalisant pour la santé. Et cette évolution a été constatée partout.

La pénibilité n’est pas  un thème légitime de la réforme des retraites. Il n’est évoqué que parce qu’il permet de négocier le maintien de privilèges, le caractère subjectif de la pénibilité rendant tout son poids au « rapport de force » dans une négociation globale.   

Les politiques, en annonçant qu’ils vont accepter de prendre en compte une pénibilité plus qu’évanescente, déclarent formellement aux syndicats : on va avancer mais ne vous inquiétez pas, on cèdera ce qu’il faut pour ne pas vous faire perdre la face en cuisinant en douce avec vous, loin de l’opinion publique, des accords qui éviteront que les réformes ne soient trop lourdes pour les catégories actuellement très privilégiées qui forment le gros de vos bataillons.

Il est absurde et totalement injuste qu’un cheminot parte à la retraite à 50 ans. Quand la majorité des Français doit déjà cotiser si longtemps qu’ils ne peuvent plus prendre leur retraite à taux plein avant 64 ou 65 ans.  Quinze d’écart c’est fabuleux. Et intenable.  En Europe de nombreux conducteurs de locomotives ont plus de 60 ans, sans inconvénients constatés.  Pourquoi certains salariés couverts par des régimes spéciaux partiraient-ils plus tôt que les autres.  Qu’on ne nous parle pas de sécurité. On voit que les pilotes d’avion partent le plus souvent dans le monde après 60 ans.

L’âge de la retraite doit être uniformisé. S’agissant d’une solidarité nationale la réforme doit être parfaitement équitable.  A charge pour les entreprises proposant des postes particulièrement pénibles d’organiser des fins de carrière  adaptées et de trouver des compensations  en salaire et en horaires  permettant de rendre cette pénibilité acceptable.

La concession verbale de Nicolas Sarkozy annonce donc une négociation en trompe l’œil où, comme cela s’est vu dans les deux premières années de son quinquennat, on a réformé en faisant un pas en avant pour l’affichage et on ne sait trop combien de pas en arrière en catimini.  Au point qu’on ne sait plus si le bilan réel des réformes est encore positif.

Naturellement aucun politique n’osera  dire la vérité, ni à droite, ni à gauche. Alors on va beaucoup pleurer sur la pénibilité  des larmes de super crocodile.  Comme pour le RSA, l’unanimité cachera en fait un  véritable tour de passe-passe, sauf que là, on ne parle pas des exclus du travail, mais de véritables privilégiés à qui on vient de garantir qu’ils le resteront.  

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des Economistes E-toile

 

Les fous ont-ils pris le contrôle de l'asile ?

Pour un site de commentaire de l’actualité économique, qui est notre vocation,  la richesse actuelle nous sollicite de partout : faut-il lancer un grand emprunt national ? Faut-il donner des coups de pouces au SMIC ? Faut-il réformer drastiquement la fiscalité en faveur de l’écologie ? Peut-on échapper à la retraite à 65 voire à 67 ans ?

Nous avons retenu aujourd’hui une réaction qui entre dans la catégorie « attitude » et qui, derrière ses côtés paradoxaux, ouvre des fenêtres sur des aspects historiques et prospectifs assez profonds.

Yves de Kerdrel du Figaro et du Journal des Finances publie en Opinions dans le numéro du 23 juin 2009 un brulot contre une réforme récente lancée par le Président Obama : Les banquiers centraux voient leurs pouvoirs élargis à la supervision des risques systémiques aux Etats-Unis comme en Europe. Pour notre auteur « les fous ont pris le contrôle de l’asile ». « Les apprentis sorciers de la banque et de la finance ont réussi à se faire désigner comme les gardiens de la vertu financière ».

Une telle éruption contre l’establishment financier à qui il ne manque que les hauts de forme pour être le parangon de la plus haute distinction et de la plus exemplaire moralité,  dans un journal généralement moins révolutionnaire, est intéressante.

La question de la banque centrale est posée depuis les tout débuts de la banque moderne. Les Etats ont de tout temps eu besoin de financements importants. La création monétaire et la mobilisation de l’épargne concentrée pas trop loin de son pouvoir l’intéressent.  Dès le 17ième siècle l’idée s’impose d’une banque particulière qui aurait des privilèges spéciaux  et des relations particulières avec l’Etat. Le développement du billet de banque donne à cette idée une impulsion irrésistible. En France cela se passe mal avec le système de Law qui capote assez vite et finit dans le discrédit. L’Angleterre s’en sort mieux  avec une banque centrale qui se veut le parangon absolu de la vertu et porte l’idée de la respectabilité là où elle n’était pas spontanément. Il faudra Napoléon désireux  de financer son empire et de doter le pays d’une monnaie stable et digne pour qu’une banque centrale renaisse, confiée comme il se doit aux pires profiteurs des biens nationaux que la révolution française ait connu. Les Etats Unis refusent absolument toute banque centrale. Il faudra attendre la veille de la guerre de 1914 pour qu’une banque de ce type naisse et encore, on lui donnera un nom bizarre pour calmer les inquiétudes de ceux qui n’en veulent surtout pas : un système fédéral de réserve, ce ne peut pas être une banque centrale !

 La crise de 1929 viendra mettre un terme à tous les systèmes autonomes de création monétaire décentralisée fondée sur des critères prudentiels et non pas sur la régulation d’une banque centrale d’émission (le Canada cédant en dernier en 35-36).  A partir de 1971 l’idéologie des changes flottants s’impose : les métaux précieux n’ont plus de rôle monétaire. Les monnaies sont purement administratives (Fiat money pour les anglo saxons). Elles n’ont aucune valeur réelle mais seulement une valeur relative vis-à-vis d’elle-même : le contrôle de l’inflation devient la mission essentielle des banques centrales. Pour éviter les tentations, la majorité des banques centrales deviennent plus ou moins indépendantes des Etats qui, en situation normale, ne peuvent plus avoir recours à la planche à billets.  Si la monnaie ne perd pas trop vite sa valeur tout va bien.

Chaque poussée de centralisation a été justifiée par des scandales ou des difficultés financières. La « main invisible » qui permet à des instincts individuels même douteux de servir les besoins collectifs n’a jamais marché dans le domaine de la finance. Le cycle décennal est clairement lié au cycle du crédit, une purge régulière étant nécessaire pour éliminer les excès des périodes d’euphorie. A chaque crise un peu forte, accompagnée pour les épargnants par la perte de leur dépôt, la régulation a été centralisée et renforcée.  Faut-il y voir une montée progressive vers une meilleure maîtrise de la finance    ? Il est facile de montrer que non.

La FED est crée en 1913 après la crise bancaire  de 1909. Dès la guerre de 14 finie, on connaît la crise de 1921, puis celle de 1929. La FED se révèle incapable de contrarier l’épidémie de faillites bancaires. Il fallut créer une autre institution le FDIC, qui a donné une garantie d’Etat aux dépôts des banques pour que les faillites cessent en 1934-35.   Exemple historique qu’une banque centrale est d’abord incapable d’éviter une crise et ensuite de l’arrêter.  En France ce fut exactement pareil à tel point que c’est la contradiction entre la politique de déflation menée par le gouvernement Laval et celle, soudain laxiste de la banque centrale, qui fera que la France sera le pays qui souffrira le plus de la crise de 1929 !  Les banques centrales firent profil bas pendant les vingt ans qui suivirent. Il est donc relativement facile de prouver par l’histoire passée que les banques centrales furent toujours de mauvais pompiers et parfois d’excellents pyromanes.

Depuis l’instauration des changes flottants, les choses sont devenues à la fois plus complexes et plus voyantes. Le rôle des banques centrales est clairement de réguler l’émission de monnaie de crédit (par les banques, principales sources de création de monnaie) afin de limiter la hausse des prix.

Pas de chance, le cycle des crises décennales demeure.

L’ennui c’est qu’elles sont généralement aggravées par les banques centrales.

Après le chaos initial qui a suivi l’introduction du système et la stagflation qui en fut la conséquence, le FED provoque avec Volcker un « refroidissement » très sévère qui ramène l’inflation à un niveau plus raisonnable.  Vient alors Greenspan qui se moque des déficits extérieurs et lâche la bride à la création monétaire à chaque fois qu’une récession montre le bout de son nez. Le résultat : des bulles financières à répétition et des crises violentes dont on ne sort qu’en préparant la prochaine. Les politiques et les banquiers centraux se prêtent la main aux Etats Unis pour créer les conditions d’une crise aggravée.  On supprime les garde-fous mis en place dans les années trente ; on laisse se créer des mastodontes « too big to fail » en espérant qu’ils conquerront le monde ; on développe le crédit dans son volume et dans ses formes sans aucune limite ; on encourage les formes d’assurances crédits et de véhicules de placement les plus dangereux.  Après l’explosion du système Greenspan le gourou devient le pestiféré en même temps que son principal bras droit continue sa politique  exactement de la même façon : en noyant sous la création de monnaie tout problème de conjoncture.

Il est donc facile de prouver aussi par l’histoire récente  que les banques centrales furent toujours de mauvais pompiers et parfois d’excellents pyromanes.

Dans notre article de septembre 2007  ces vérités incontournables nous avaient conduit à écrire : « Quatrième erreur : croire que les banques centrales peuvent enrayer seules le retournement de la conjoncture ». Ce que la suite a amplement prouvé et prouve tous les jours. Si les dépôts en banque des particuliers ont été jusqu’ici sauvés, ce n’est pas par l’action des banques centrales mais grâce à la garantie renouvelée des Etats.  Quant à la récession elle se déploie en s’aggravant  depuis 2007 sans que l’action des banques centrales ne l’ait en rien ralentie.

Alors oui nous pouvons soutenir Yves de Kerdrel dans son observation : les pouvoirs nouveaux de régulation sont bien accordés sinon à des malfaiteurs du moins à des impuissants. On espère sans preuve que ces nouveaux eunuques issus du sérail financier seront castrateurs pour le plus haut bien public tout en laissant des organes lourdement lestées en testostérone galoper dans le Harem.

On   On aurait pu imaginer une approche autrement efficace : Mettre fin aux émissions monétaires dévoyées liées au système des changes flottants,      Réduire la puissance des institutions financières en spécialisant les champs d’activités et en évitant les trop grosses concentrations. Interdire certaines pratiques dangereuses  comme le transfert vers l’assurance des risques bancaires, le short sur monnaie, les opérations à trop fort levier etc.

En réduisant la pression dans la cocotte minute financière, on réduisait d’autant le besoin de gendarme. Là, on a vraiment l’impression d’une fuite en avant dans l’erreur. On ne fait rigoureusement rien sur les sources fondamentales de la crise (les changes flottants notamment) et on fait grandir la taille du képi sur la tête de régulateurs qui ont montré que la régulation n‘était pas possible après avoir pensé qu’elle n’était pas souhaitable.

Un réel problème.  

Discours Sarkozy au Congrès : impression immédiate.

Il faut se méfier des premières remarques faites à chaud.  Comme les premières impressions ce sont souvent les bonnes...

- La distinction entre les déficits mauvais, de crise et d'investissement est une habileté. Auparavant on parlait de déficit primaire et secondaire. Ces dinstingos ne sont pas opérationnels. Et il n'est pas sûr qu'ils soient retenus par l'Europe.

- Le grand emprunt est une solution qu'il aurait fallu aborder bien plus tôt. Avant que les finances plongent.Aujourd'hui on va ajouter de la dette à la dette.

- La compétitivité fiscale extérieure est une olution que nous défendons depuis toujours. Dans cette affaire le diable est dans les détails et nous ne les connaissons pas. On est passé de la TVA sociale à la TVA sociale plus la taxe carbone. Nous verrons bien et vite avec l'annonce des solutions de compensation pour la suppression de la taxe professionnelle.

- Il n'y a pas un mot sur les causes de la crise, comme d'habitude, et de façon plus surprenante rien sur les conditions internationales de la reprise.On évoque à plusieurs reprise l'après crise comme si elle était proche.

- Le partage équitable des résultats de l'entreprise est une habileté politique. Si le bénéfice doit se voir ponctionné au delà des règles actuelles, il apparaîtra partout sauf en France dans les grands groupes. Les PME en revanche sont sous capitalisée et sans rentabilité forte.  On ne voit donc pas d'ouverture vers des solutions économiques intéressantes.

- L'Europe apparemment n'existe pas. Le monde non plus. Bizarre ! 

Le Président Sarkozy montre une fois de plus qu'il tient son calendrier politique : le voici presqu'à mi mandat avec devant lui une page  à remplir redevenue vierge.  L'ensemble des débats de la phase d'avant sont sous la carpette. Il peut partir en vacances tranquille : le débat politique ne s'échapperra pas dans des zones d'ombres ou des polémiques surprises qu'il ne pourrait pas maîtriser.  Gagner du temps est de bonne stratégie politique  quand les déficits s'accumulent, que l'emploi s'effondre et que la crise s'approfondit.

Mais il ne tient aucun calendrier économique. Le temps économique lui échappe totalement. Ses conseillers sont impuissants. Ses ministres, Woerth et Lagarde ne sont d'aucun conseil utile : ils n'ont jamais évoqué ne serait-ce qu'une fois les causes de la crise et encore moins dessiné le schéma d'une sortie intelligente. Ils n'ont même jamais abordé les questions du système monétaire international.

La question : et si la reprise comme Godot se faisait attendre ?  Une fois les joies de la dépense satisfaites avec l'argent de l'emprunt, on fera quoi ?

Certes on tiendra sur la réduction des effectifs de la fonction publique nationale.  On essaiera de réduire le nombre des élus locaux. Mais quid de l'augmentation phénoménale des effectifs des collectivités locales et de leurs dépenses ?

On voit par ailleurs la campagne pour les régionales se préparer. Peut-être garde-t-on ses arguments pour ce combat là. Ce qu'on voit ce sont plutôt des grandes manoeuvres sur le thème de la sécurité. Le Président a mis sur orbite M. Estrosi  avec son projet de loi sur la pénalisation de l'appartenance à une bande. Il semble que l'idée soit qu'il remplace MAM et soit le fer de lance de cette nouvelle avancée sécuritaire à visée électoraliste.  Nous le saurons vite.

L'été et l'automne seront politiques en France.

Sauf si la situation économique se dégrade brutalement. Les mauvais chiffres du second trimestre se noieront dans la moiteur des vacances d'été. On voit bien qu'il n'y aura pas de vrais débats sur le budget 2010 préparé sur des hypothèses de croissance positive certes cautionnées par le FMI et l'INSEE mais sans réel fondement.  La discussion sur l'emprunt et la destination des dépenses nouvelles masquera tout le reste.

Le prochain rendez vous avec l'opinion viendra avec les résultats de 2009  pour les entreprises et pour la nation.  Mais il sera complètemenet brouillé par les élections régionales. La politique politicienne devrait permettre de fuir les débats économiques de fond.

Alors le vrai rendez-vous est pour la préparation du budget 2011.

S'il n'y a eu aucune reprise importante au second trimestre 2010, alorsqu'il est certain que les chiffres des faillites et du chômage seront au plus haut, la magie politique risque de ne pas suffire.

Rappelons que l'impatience des peuples se manifeste en général trois à quatre ans après le début d'une récession. Et qu'elle est très mauvaise conseillère.

Ce n'est pas en septembre 2010 qu'il faudra se réveiller.

Un accident conjoncturel peut-il jouer un rôle perturbateur qui casserait la belle mécanique politique définie à Versailles ? Le pire n'est jamais sûr. Un effondrement du dollar et avec lui de la monnaie chinoise est toujours possible, comme une relance des faillites dans le monde bancaire, ou un début de guerre commerciale et un accès de protectionnisme. Ce n'est pas l'hypothèse la plus probable. En 1929 la relance de la crise est toujours venue d'inititatives politiques qui ont à chaque fois aggravé le situation. Les gouvernements  ayant l'air de bien tenir leur coopération les initiatiives dommageables ne peuvent venir que d'évènements politiques (guerres etc.) ou d'un accès massif de spéculation.

La spéculation est loin d'être morte.  Mais elle a besoin des banques et des sociétés d'assurance. Pas sûr que le terrain financier se prête à des manoeuvres globales, qui plus est dommageables pour le monde.

Le scénario le plus probable risque donc d'être un glissement continu dans la récession pontuée d'annonces constantes que la reprise est "round the corner" et que les signes de reprise sont de plus en plus nets.  La vérité apparaîtra dès octobre novembre 2009 et gare  si la reprise n'a pas véritablement démarré aux Etats Unis.

Au fond ce discours de Nicolas Sarkozy ouvre une longue période d'assoupissement de la réflexion et de l'observation  économiques.

C'est sans doute ce qu'il a de plus regrettable.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

Un livre à éviter

"Le loup de Wall Street", de Jordan Belfort.

600 pages d'une vulgarité extrême et répétitive qui n'apportent rien au lecteur sinon d'innombrables commentaires sur la pharmacopée du drogué de base à la cocaïne et la délinquance primaire de certaines officines de courtage.

Littérature de poubelle.

A éviter.

 

Sottises sur la croissance

Bien sûr nous sommes en récession.

Mais ce n’est pas une raison pour accumuler les sottises sur la croissance. La prolifération de textes condamnant la croissance et proposant des alternatives plus ou moins fantaisistes étaient jusqu’à maintenant le fait de philosophes qui y allaient de leur petit couplet sur l’homme néfaste qui devaient se régénérer par l’abstinence (tout en payant le philosophe, naturellement). Aujourd’hui ce sont des écologistes ou des économistes alternatifs (traduisez : ex communiste et désormais anti capitalistes) qui abreuvent l’humanité de leur discours anti-croissance.

Qu’est-ce que la croissance ? L’augmentation de la satisfaction des besoins d’une collectivité. En Europe, où il n’y a plus eu de disette depuis deux siècles au moins, ces besoins se diversifient constamment. Ils ont une part psychologique de plus en plus importante. Ils sont individuels. Seul un individu sait décider s’il préfère consommer de la conversation téléphonique, ou manger des produits chers, dépenser plus ou épargner plus, acheter un appareil de photo numérique 24x36 ou se contenter de l’objectif de son portable.  Au dix-neuvième siècle l’habit faisait le bourgeois. Etre présentable en société était une obsession. Chopin dans une de ses lettres dit qu’il a du se résoudre à donner des leçons pour payer ses tenues et financer un équipage. Aujourd’hui la majorité des gens riches  se promènent en jean’s, souvent troués.  A chacun ses options.

La croissance est donc cette activité de fourmi qui fait que des millions de désirs différents et étagés de façon différente  soient de mieux en mieux satisfaits. Jamais autant d’ingénieurs et de concepteurs dotés de moyens aussi importants n’ont été mobilisés pour trouver les voies et moyens de cet accroissement. Pas un jour sans qu’un produit nouveau ne vienne tenter ses amateurs.

La croissance est alimentée par des innovations qui séduisent. Elle l’est aussi par la réduction des coûts ou des inconvénients qui bloquaient la diffusion des produits existants.  A peine un achat fait on sait que le produit est dépassé. Il existe aussitôt un substitut moins cher ou plus pratique ou correspondant mieux aux désirs du marché.

A chaque étape la structure du PIB change. On ne consomme pas la même chose aujourd’hui qu’en 1950, comme on ne consommait pas la même chose en 1950 qu’en 1900. L’illusion du PIB est la constance du contenu de la richesse. La richesse s’accroit mais se transforme radicalement. Un riche de 1750 revenant aujourd’hui serait surpris de ne plus avoir sa nombreuse domesticité et envierait sur de nombreux points la consommation du smicard.

Innovation et productivité : tels sont les deux moteurs de la croissance.

La productivité seule ne suffit pas : une invention peut déplacer plus de consommation qu’une réduction de coût. Avec Nespresso, un des grands succès du moment,  on a même une innovation qui coûte beaucoup plus cher que les produits qui satisfaisaient le même besoin précédemment.  Mais sans productivité il est impossible de déplacer la population active vers les productions qui trouvent leur marché. La hausse de la productivité agricole a permis l’essor du tertiaire et de la société de consommation. Chaque gain de productivité est la condition du progrès d’après. Certains produits ne peuvent trouver leur marché qu’à un niveau de vie donné. Une fois celui-ci atteint, il s’impose et impossible d’y renoncer facilement.

Le capitalisme est nécessairement un hédonisme assisté par la technologie. On peut critiquer l’hédonisme, prôner l’abstinence, culpabiliser la gourmandise. Dans une société libre, les curés des milles chapelles de l’anti consommation ne peuvent rien imposer. Et c’est la liberté qui fait la valeur des choses.

Lorsqu’on garde ces idées en tête on s’aperçoit qu’il y a bien de l’ambiguïté dans le discours des récessionnistes, ceux qui considèrent que le PIB doit régresser ou se stabiliser. On ne stabilise pas une échelle de désirs. Sauf à se livrer à une censure des besoins et des produits. Vous ne détestez pas des cerises en hiver venant de Dieu sait où. C’est mal ? Vous aimez ce portable qui n’existait pas il y a 15 ans ? Il faudrait renoncer à la téléphonie mobile ? Régresser c’est bien mais vers quelle structure de produits maintenant qu’on a tant inventé ?  Et pourquoi se priver des inventions futures ?

La contestation de la croissance peut être légitime. A quoi sert de satisfaire mille besoins si la planète ne rend plus la vie possible ?  A quoi rime l’enrichissement d’une part seulement du monde si l’autre doit végéter à des niveaux de pauvreté inacceptables ?

Mais il faut faire attention aux arguments.  La tendance qui consiste à affirmer qu’il faut renoncer à la productivité parce que l’improductivité ménage la nature et permet d’employer plus de monde est une véritable sottise. Toutes les sociétés peu productives sont hyper polluantes ; L’union soviétique en a donné tous les exemples nécessaires. La Chine aujourd’hui est un des pires pollueurs industriels. Quand on regarde ce qu’était Paris en 1900, et ce que la ville est devenue, on voit qu’il n’y a pas de recul mais un formidable progrès écologique. Une usine aujourd’hui n’a exactement plus rien à voir avec ce qui se faisait il y a un siècle.

« Il va falloir privilégier des solutions économisant non plus seulement le travail mais aussi les ressources naturelles et les rejets » pontifie dans le Monde un certain Jean Gadrey, membre du conseil scientifique d’Attac. Mais que fait l’économie depuis des siècles sinon pour chaque produit réduire  non seulement le temps de travail nécessaire pour fabriquer une unité de produit mais aussi tous les coûts quels qu’ils soient. Les voitures qui consommaient 15 à 20 litres au cent kilomètres ne dépassent plus 5 à 7 litres.  Elles commençaient à tomber en ruine à 50.000 Km. Elles peuvent désormais rouler 200 ou 300.000 KM. Elles consommaient beaucoup d’huile, usaient rapidement des pneus qui perçaient facilement.  Les pannes étaient fréquentes. Le plus humble modèle est plus solide, mieux fini et moins polluant que les meilleures voitures d’il y a seulement trente ans.

C’est vrai à peu près dans tous les secteurs. La baisse des niveaux de bruit, de chaleur, de poussières dans les usines est spectaculaire. Les accidents du travail baissent.  L‘économie réduit ses dépendances sur tous les fronts sans aucune exception. Et depuis longtemps.  Elle continuera. L’incitation prix et l’incitation règlementaire sont suffisantes pour faire évoluer les choses dans le bon sens. Introduire des coûts actuellement externes au processus économique est normal, si c’est nécessaire pour éviter des inconvénients manifestes. L’opération pour être intéressante doit être compensée par des gains de productivité. Encore des gains de productivité. Toujours des gains de productivité. Les ingénieurs sont là pour cela : réduire les inconvénients et les coûts pour permettre à l’ensemble de l’économie d’avancer. Ils le font. Les premiers écrans d’ordinateurs étaient laids, déplorables pour les yeux, lents et inefficaces. Le « temps réel » en 1980 coûtait par poste deux fois le SMIC. Aujourd’hui le coût complet d’un poste de travail informatisé, ramené au mois ne dépasse pas 200 Euros. Les écrans sont meilleurs pour la santé, les rayonnements limités, l’encombrement drastiquement réduit, la puissance augmentée de plusieurs magnitudes. Le recyclage des machines usagées n’est pas encore correctement fait : la règlementation chaque année est plus précise.

Ouvrir des portes ouvertes n’est pas grave. Mais conseiller des solutions sans productivité l’est. L’idée qu’une agriculture bio exigeant plus de 50% d’effectifs et de coûts en plus serait à généraliser parce que cela ferait beaucoup plus d’emplois n’est pas sérieuse. L’improductivité ne crée pas d’emplois bien au contraire. En 1970 Monoprix connaissait une mauvaise passe. Des erreurs de gestion et la concurrence des hypermarchés avaient  grignoté les marges. De nombreux magasins commençaient à se désaffilier. Une informatisation forcenée des services centraux a permis de supprimer plusieurs centaines de postes de travail. L’efficacité globale du système s’est améliorée. En quelques années le nombre des affiliés était non seulement rétabli mais fortement augmenté. Des milliers de postes de travail furent créés en province.   L’important était de faire baisser le coût global d’un magasin rendre sa survie possible.  Si on avait dit : il faut doubler les effectifs des centrales d’achat la société aurait fait faillite.  Ce n’est pas l’agriculture « productiviste » qu’il faut condamner. Ce qu’il faut c’est que la production limite sa pollution, sa consommation d’eau, son emploi de produits chimiques dangereux.  Ce sont des facteurs de production qu’il faut réduire à l’unité produite. Ce qui demande recherche, innovation, etc. Mais pas abandon du système. Paralyser la recherche et croire qu’en gonflant les coûts on reviendra à une meilleure situation est  une double erreur.

Une autre est de croire qu’il puisse y avoir plein emploi sans croissance. Chaque marché est en équilibre instable. Pour survivre il faut en moyenne que l’organisation gagne 2 à 4% de productivité par an.

Si elle ne le fait pas, les produits qui eux bénéficient de ces innovations et gains de productivité, gagneront la bataille du linéaire. Le marché régressera par rapport à d’autres. Les entreprises les moins productives seront sur ce marché déclinant constamment contraintes jusqu’à disparaître. Le chômage s’accélèrera.

Si elle le fait elle trouvera les moyens d’innover et de dénicher les créneaux nouveaux donc participera à la croissance. 

Croire à une stagnation heureuse pour l’emploi est une grave illusion.

Aussi grave que l’ineptie fondée sur un simplisme arithmétique qui voudrait que la montée du nombre des retraités et le papy boom serait une bonne nouvelle pour le chômage.  Les retraites pèsent sur les coûts de production en France où les charges sont assises majoritairement sur le travail, une grande erreur fruit du slogan mille fois répété « les entreprises peuvent payer ». Le résultat : les produits made in France sont en compétition avec des produits qui n’ont pas les mêmes contraintes et l’emploi national est menacé ! Les charges doivent peser également sur les produits importés et les produits nationaux. Ce n’est possible que par l’intermédiaire de prélèvements uniforme  sur la dépense.

Si un produit devient rare parce qu’il est pénalisé par la disparition progressive de ressources naturelles qui le composent, par des règlements et taxes écologiques, ou des contraintes sociales, la solution d’une société dynamique sera double :

-          Les travaux de productivité compenseront en tout ou en partie ces contraintes

-          La consommation se déplacera vers des consommations moins touchées.

On a vu début 2008 que la hausse massive du pétrole a entraîné aussitôt une correction importante des habitudes de consommation. Les consommateurs ont optimisé autrement la satisfaction de leurs désirs. Les chocs de ce genre se digèrent et ne remettent pas en cause durablement  la croissance.

Le saumon était un plat rare et cher qu’on ne consommait que lors de fêtes comme le nouvel an. C’est devenu un plat courant plutôt bon marché. L’aquaculture, une innovation, a changé totalement le marché. Simultanément la surpêche a réduit la consommation des crevettes et des langoustines devenues hors de prix. Globalement la consommation de poissons a cru.  La pêche artisanale sans productivité et prédatrice  s’efface au profit d’une industrie nouvelle. Et alors ?

Les impératifs écologiques ou de santé publique existent. Ils seront d’autant mieux assurés qu’il y aura plus de productivité et plus d’innovations, donc plus de croissance. C’est la croissance qui a permis de rendre moins long et moins pénible le travail ; c’est la croissance qui a permis de se débarrasser des taudis ; c’est la croissance qui a permis d’accroître la durée et la variété des études ; c’est la croissance qui a ouvert la porte des loisirs ; c’est la croissance qui a rendu la retraite autre chose que l’antichambre de la mort ; c’est la croissance qui a permis de dégager des ressources importantes pour la sécurité sociale.

La croissance n’est pas la panacée universelle. Mais c’est un bienfait universel qui mérite d’être encouragé par tous les  moyens.

L’écologie fut longtemps de droite. La « terre qui ne ment pas », la campagne féconde, la ville qui pervertit, le malthusianisme, étaient des valeurs de droite. Par un singulier retour de bâton historique, elles sont désormais de gauche et les mêmes jérémiades interminables du pétainisme se retrouvent dans les bouches socialistes.  Souvenons-nous : il fallait casser Paris parce que la capitale créait un désert français. Le livre sinistre d’un médiocre géographe tînt lieu de slogan pendant quelques décennies. Il alimentait le rêve d’une province qui pourrait se nourrir de la décentralisation sans faire d’efforts particuliers. Personne n’avait compris que la révolution du tertiaire entrainait la poussée des villes et qu’elle avait commencé à Paris. La sottise ambiante fit dire, quand le même phénomène se généralisa : il ne faut pas recommencer Paris en province… Et on oublia ces fadaises. Heureusement !

La bienpensance anti productivité et anti croissance connaîtra le même sort. Parce que la vie économique libre l’emporte toujours et se joue des obstacles qu’on cherche à lui imposer.

Nous devons garder une vision dynamique et optimiste de l’économie. La crise actuelle n’est pas fondamentale : elle est due à une erreur d’organisation du système monétaire international qui peut être corrigée. Elle ne doit pas nous encourager à nous morfondre dans les miasmes d’un stagnationnisme pénitent et  perpétuel.  

Cercle des Economistes E-toile

L'impossible retour aux accords de Bretton Woods (suite)

Suite de l'article précédent

En vérité le système était vicié à la base. Aucun mécanisme n’était prévu pour garantir que la politique monétaire américaine maintiendrait la valeur de la monnaie en or. Au contraire, le système instituait une « dissymétrie »  (en clair : une inégalité structurelle en faveur des Etats-Unis) et le potentiel pour le renouvellement des doubles pyramides de crédits néfastes constatées en 1939.

L’arrivée de Kennedy et le lancement d’une politique dispendieuse aussi bien de course aux étoiles que d’interventions militaires tous azimuts, signifiaient une politique monétaire hyper inflationniste d’autant plus facile à financer qu’elle l’était dans la monnaie mondiale. 

Jacques Rueff reprit sa plume pour signifier que le système était le même que celui de 29 et risquait de déboucher sur une crise du même type. Le professeur Triffin expliqua doctement toute la contradiction qu’il y avait  à faire dépendre la croissance mondiale d’une monnaie nationale dont les comptes extérieurs devaient être obligatoirement déficitaires pour alimenter le commerce international en monnaie.

Les faits furent au rendez-vous. Le Gold exchange standard se mit à hoqueter dès le milieu des années 60. De Gaulle exigea au milieu des ricanements la fin du système et le retour aux disciplines de l’étalon-or.  La guerre du Vietnam fit le reste.  Lassée d’engranger des dollars qui alimentaient chez elle une inflation de moins en moins maîtrisable, la RFA mit fin au système de Bretton Woods et Nixon décréta l’inconvertibilité du dollar en or.

La crise majeure de 1974 suivit qui chamboula complètement l’économie monde. La France ne s’en est jamais remise.  Un système par défaut, les changes flottants se mit en place, qui provoqua des crises de plus en plus importantes jusqu’à l’éclatement actuel.

On dira : d’accord, le système de Bretton Woods était inégalitaire et contenait ses contradictions internes, mais il a été tout de même responsable des trente glorieuses. Après tout nous acceptons ses inconvénients si on revit à nouveau trente années de croissance glorieuse.

Les circonstances ont joué  dans les trente glorieuses : un changement de mentalité vis-à-vis de la dépense publique, une énergie renouvelée, le dynamisme de la reconstruction, le plan Marshall marquent l’immédiat après guerre. Ce fut une période d’inflation mais de plein emploi, de famine de dollars chaque pays en recherchant pour reprendre pied sur les marchés extérieurs.  Pendant dix ans-quinze ans les défauts intrinsèques du système furent des avantages.

Ce n’est qu’à partir de 1963 que les tensions se manifestèrenent et s’aggravent constamment, au point qu’on finit par inventer les droits de tirages spéciaux,  jusqu’à l’explosion finale et la crise de 74.

Le retour au Gold exchange standard en Dollar nous remettrait immédiatement dans la situation de la fin des années soixante.

En revanche la stabilité des changes et la responsabilisation des Etats vis-à-vis du taux de change de leur monnaie, malgré mille accrocs, avaient montré son avantage. Le plein emploi avait été assuré sachant que tous les pays tentaient d’aller au maximum de leurs capacités en se tenant à la limite du déraisonnable.  Tous sauf les Etats Unis.

En l’absence de possibilité de revenir à un étalon-or ou au GES dollar, que peut-on faire ?

Créer un système de changes fixes sans monnaie prédominante. Chaque Etat redevient responsable du taux de change de sa monnaie vis-à-vis des autres, sauf à être écarté du commerce international. Les déficits et les excédents excessifs sont prohibés. Une unité monétaire internationale est créée basée   sur un panier de valeurs à définir pouvant inclure l’or, le pétrole et ce qu’on voudra. Il est interdit d’inclure dans les réserves des banques centrales quelques devises que ce soit.

Le stock outil des devises pour chaque pays est géré par une instance différente de la banque d’émission. L’accumulation des devises étrangères n’a pour but que de faciliter les transactions  et ne peut pas servir à créer de la monnaie locale. La compensation des soldes des balances de paiement se fait en monnaie internationale, le FMI retrouvant son rôle de  régulateur. Les Etats unis sont à égalité de traitement que les autres et perdent leur droit de veto.

Le système global retrouve des responsables : les Etats et un gendarme le FMI. L’encadrement de la finance reprend son sens. Les opérations de « short » sur les monnaies sont interdites. Les mouvements de capitaux à court terme sont contrôlés autant que de besoin. Les entreprises retrouvent une boussole et une sécurité. Des plans d’action peuvent être définis qui ne sont pas à la merci de changements irresponsables de la valeur respective des monnaies ou de brusques coups de folies sur les marchés.

Dans cette affaire l’important est l’égalité des devoirs, la responsabilité des Etats, avec une régulation supranationale et la stabilité de changes fixes,  ajustables uniquement avec l’accord général.  L’idée centrale est celle d’un développement coordonné et général, sans déséquilibres majeurs, avec une pression vers le plein emploi.

Les changes flottants avec une monnaie nationale de fait devenue la monnaie internationale et une finance débridée ne peuvent pas permettre d’atteindre ces résultats. Cette triplette tragique doit être éliminée d’un coup.

Il faut utiliser la pédagogie de la récession avant qu’elle ne tourne à la dépression pour obtenir le changement nécessaire. On en est loin.  La majorité des responsables n’osent pas aborder la question des changes flottants, seuls quelques pays attaquent le rôle du dollar et pas nécessairement les plus recommandables, et la régulation de la finance se résume à la lutte contre les paradis fiscaux et à des mesures locales presque sans intérêt.

Jusqu’ici les autruches ont toujours cru que le débondement de la production de dollars suffirait à faire sortir de la crise (1974, 1982, 1987-1992, 1998-2003, 2008-2009), avec un abandon des disciplines budgétaires. Il se peut que cela suffise encore une fois, même si on peut douter d’une sortie de récession spontanée et de la qualité de la situation mondiale avec un système bancal et des acteurs totalement étouffés par des déséquilibres monstrueux et des dettes publiques ingérables.

Mais ce qui est sûr c’est que cette reprise ne pourra JAMAIS devenir la base d’une croissance équilibrée et durable et que le pire surviendra peu après avec une violence cette fois-ci si dévastatrice qu’il vaut mieux ne pas y songer.

Il faut réformer le système monétaire international et mettre fin aux changes flottants.

En urgence. 

Didier Dufau pour le cercle des Economistes E-toile

  

 

L’impossible retour aux accords de Bretton Woods

La réforme du système monétaire international est la grande absente de toutes les réflexions menées depuis le krach de septembre 2008. Le système des changes flottants  est un sujet quasiment tabou bien qu’il n’y ait aucun corpus économique important et convaincant justifiant son hégémonie. La contestation vient par un biais : la critique du rôle du dollar notamment par les pays dits du « bric », Brésil, Russie, Inde et Chine. Plusieurs d’entre eux ont accumulés des réserves en dollars immenses dont ils craignent que la valeur ne s’évapore.   Contrairement au Japon qui a accepté de se voir ruiné à plusieurs reprises par des baisses importantes du cours du dollar, ces pays ne sont pas alignés sur les Etats unis et peuvent exprimer leur inquiétude.

La création monétaire débridée de dollars par la FED leur fait craindre un effondrement de cette monnaie à plus ou moins court terme. Dans un système de change flottant si une opération de spéculation en ce sens était déclenchée, elle serait impossible à arrêter.  Si les Etats ne considèrent pas comme de leur responsabilité d’assurer une valeur externe de leur monnaie, et se concentrent sur sa stabilité  interne, mesurée par les prix à la consommation, rien n’empêche en effet un effondrement. Le yoyo du dollar est une réalité qui a fait passer sa valeur en euros par exemple du simple au double. Rien n’interdit de penser que le dollar ne puisse encore baisser fortement, bien qu’il soit déjà au plus bas. Les accords occultes entre la FED et la BCE réduisent actuellement les fluctuations entre Dollar et Euro. Rien n’indique qu’en cas de tourmente monétaire ce gentleman’s agreement pourra être maintenu.

L’effondrement du Dollar aurait des conséquences immédiatement cataclysmiques et entraînerait dans la foulée la fin du libre échange tel que nous le connaissons. En fait on se retrouverait ipso facto dans la situation qui avait prévalu au début des années trente lorsque le Dollar, après la Livre, avait été fortement dévalué. Le marché international des devises-papiers (fiat money pour les anglicisants) est incapable de trouver un équilibre rationnel quelconque en temps normal. Il l’est encore moins en cas de crise générale, et ne le serait plus du tout en cas de panique générale alors que les planches à billets fonctionnent à plein régime.

Chacun sent que le régime des changes flottants est une croute monétaire hyper fragile sur laquelle on ne peut avancer qu’en marchant sur les œufs et que si elle craque ce sera panique à bord et sauve qui peut.

C’est une des raisons pour laquelle nous affirmons depuis septembre 2008 que la première mesure qu’il fallait prendre était de stabiliser le système de changes avec responsabilisation des Etats vis-à-vis de la valeur extérieure de leur monnaie.

L’ennui c’est que le débat sur une réforme du système des changes n’est pas ouvert et que les solutions sont peu explorées et encore moins débattues. On parle d’un retour à l’étalon or sans véritablement en comprendre les contraintes qui sont sévères. Ou d’une restauration du système mis en place à Bretton Woods qui est peu souhaitable.  Il faut donc se projeter dans un autre univers que ceux que nous avons connus ce qui n’est jamais simples. On n’entre pas dans l’inconnu sans précaution. Comme aucun débat suffisamment général n’a eu lieu, les autorités ont l’impression que ce serait de l’aventurisme pur.  En cas de crise le premier réflexe est le repliement sur les certitudes et le confort des habitudes. Politiquement c’est ce qui explique le virage à droite initial de l’opinion dans les élections politiques. Economiquement, on fait bloc sur ses certitudes. En fait on se raccroche à ce qui est à portée de la main, même quand il s’agit de brindilles.

L’étalon-or n’a pas connu une période de généralisation très longue et cette période n’a pas été particulièrement heureuse. Jusqu’en 1873, c’est le bimétallisme or et argent qui régnait, non sans crises majeures. Il a été rendu impossible par la découverte de nouveaux filons et surtout de nouvelles techniques d’extraction d’or qui a provoqué des désordres monétaires continuels jusqu’à ce que l’argent soit démonétisé. Il s’en est suivi une première « grande dépression » à la fin du dix neuvième siècle particulièrement regrettable.

Peu de gens savent encore que le mode d’ajustement des balances extérieures en système d’étalon or est la déflation. Plus personne n’accepte la déflation. Les salaires sont quasiment fixés. L’Etat considère que ses recettes doivent être protégées à la baisse. Les grands groupes tiennent leurs prix. En un mot : le mode d’ajustement de l’étalon or est inopérant et ne serait plus toléré.  Imaginons que nous soyons en régime d’étalon or : la Chine aurait accumulé un tas d’or mais en provoquant une déflation proportionnelle aux Etats Unis.   Un rééquilibrage dur des échanges se serait alors produit avec baisse des salaires et des prix aux Etats-Unis.   Dans notre société basée sur les grands groupes, les syndicats, l’Etat omnipotent, il n’y aurait aucune chance pour que la potion soit avalée.  Les autres raisons souvent avancées pour refuser l’étalon or ne sont pas convaincantes.

Certes l’or est actuellement fort mal réparti et le seigneuriage donnerait des boni importants à certains. Mais une fois le système en place les stocks bougent et se retrouvent là où ils doivent être. La crainte d’un manque de liquidité du fait d’une insuffisance d’or est également infondée. La production d’or augmente à un rythme de 2 à 4% par an ce qui est le rythme hors inflation de la croissance. Quant aux hymnes à l’irrationalité d’un système qui consiste à faire des « trous dans la montagne », ils sont exclusivement polémiques et n’ont pas d’intérêt en soi. S’il fallait faire des trous dans la montagne pour avoir une croissance heureuse et durable, pourquoi pas ?

La vraie raison de l’impossibilité de l’étalon or est que ses mécanismes d’ajustement ne sont pas politiquement acceptables et ne correspondent pas aux nouvelles structures économiques. Elles ne fonctionneraient pas.

Le retour au système mis en place à Bretton Woods, le Gold-dollar exchange standard, ne convient pas plus. Rappelons que ce système consiste à ne définir qu’une seule monnaie convertible en or, le dollar, toutes les autres étant définies par un taux de change vis-à-vis du dollar.  Ce système de Gold exchange standard (GES), étalon de change-or en bon français, avait déjà été essayé après la guerre de 14-18 devant l’impossibilité pratique de revenir à l’étalon or : pratiquement tout l’or était centralisé aux Etats-Unis. Toute la période est marquée par des tourments monétaires continus. Jacques Rueff, un observateur particulièrement affuté, remarqua très vite que le GES avait été finalement le responsable principal de la crise de 1929.  C’est lui le père de la dénonciation de la « double pyramide de crédits »  que permet le système. Le pays qui a dispose d’une monnaie pivot finance ses déficits extérieurs par la création monétaire (facile : c’est sa propre monnaie qui sert de monnaie mondiale) en même temps que les excédents accumulés à l’extérieur finance également une même inflation de crédit. Le système est auto entretenu et au bout d’un moment on aboutit à des situations d’endettement global ingérable.  D’une part les crédits ne servent plus principalement à financer l’expansion mais la spéculation (la création monétaire va plus vite que le potentiel de croissance) ou l’inflation, d’autre part leur niveau par rapport au PIB devient tel qu’il est impossible de rembourser. On aura atteint en 1929  aux Etats-Unis un taux d’endettement de près de 400% du PIB en 1929. Il est facile de calculer le niveau démentiel de croissance qu’il aurait fallu pour payer les intérêts et rembourser le capital d’une pareille dette sans vendre le capital national. Ce sont les créanciers  qui ont payé.  Et l’activité.

A Bretton-Woods cette leçon n’a pas été tirée.  Les Etats Unis était devenue une hyper puissance. Elle détenait toujours l’essentiel de l’or du monde. Elle était la créancière de toutes les démocraties occidentales. L’économie européenne était par terre. La Livre britannique avait été totalement supplantée par le Dollar. Le retour à l’étalon or n’était pas plus concevable qu’en 1918. Les beaux esprits expliquèrent que si le premier étalon de change n’avait pas fonctionné c’était parce qu’il y avait trop de monnaies de référence. En fait toute monnaie convertible en or pouvait servir de réserves de changes susceptibles de justifier la création de monnaie dans les pays créditeurs dans ces monnaies.  Une banque centrale pouvait créer de la monnaie nationale à due concurrence de ses entrées de devises convertibles. La concurrence entre les émetteurs de monnaies « bonnes comme de l’or » déstabilisait le système. Ces défauts n’existeraient plus avec une seule monnaie triomphante et base de tout le commerce mondial, le dollar. Le monde ne risquerait plus la pénurie de monnaie internationale, comme c’était le risque supposé avec l’or. La puissance de l’économie américaine et son rôle directeur dans l’économie mondiale garantissait en fait tout autant que la référence à l’or la valeur de la monnaie de référence, et indirectement la valeur des monnaies des pays qui « ne feraient pas plus de bêtises que les autres ».  Les pays autres que les Etats-Unis  étaient tenus de faire  les efforts nécessaires pour maintenir la valeur de leur monnaie en dollar. Les Etats unis étaient tenus de garantir la valeur du Dollar en or.  En avant pour les « trente glorieuses ».

En vérité le système était vicié à la base.

 

A suivre ...

Fausse reprise et fausses réformes

Une fois de plus on a vu une « reprise psychologique », totalement virtuelle,  emporter la presse internationale et les institutions politiques alors qu’absolument rien ne le justifiait.

Comme nous l’avons prévu et écrit depuis 2006, la crise est plus dure que celle de 1993 qui fut pourtant la plus sévère depuis la guerre. Beaucoup plus dure. Tous les records sont battus sur tous les fronts. Pas un jour sans qu’on nous annonce un désastre « jamais vu depuis les années 30 ». L’exercice qui consiste en permanence à rectifier les statistiques du passé à la baisse et les perspectives du futur à la hausse est certes bien intentionné mais peu représentatif de ce qui se passe sur le terrain.

Le rebond de la bourse doit être analysé avec un minimum de prudence. Comme d’habitude la réaction à la baisse a été plus loin que nécessaire. Et il y a eu une réaction normale. Mais qu’elle est minime ! Si on ramène les cours du CAC en unité monétaire réelle (en déflatant l’inflation), on s’aperçoit qu’on est proche des plus bas historiques depuis la guerre de 40. Les hausses nominales en unité monétaire courante masquent la réalité. On sait que l’Euro est désormais à parité de valeur avec le Franc du milieu des années 60. C'est-à-dire que la monnaie a été à peu près divisée par 6 ou 7 depuis cette période. Un indice de 3200 actuel  correspond donc  à moins de 500 en valeur constante. Laissons aux statisticiens le soin de faire les calculs précis. Mais cette approximation suffit pour constater que les cours actuels sont infimes. Il était normal que l’on rebondisse de 2500 à plus de 3000. La hausse est due principalement à la revalorisation des titres qui avaient été massacrés. En revanche les cours des blue ships ont eu tendance à s’effriter malgré le rebond. En un mot : les spéculateurs ont joué les valeurs spéculatives ; les épargnants ont quitté la bourse et n’y sont pas revenus, boudant même les belles valeurs qui après voir mieux résister s’enfoncent à leur tour.  Tout ceci ne correspond à aucune anticipation de fin de récession.

De même les rebonds plus ou moins saugrenus que l’on constate sur les marchés de matières premières n’ont pas à être pris comme des signes absolus que tout repart. La spéculation est toujours là alors que les courbes de consommation sont au plus bas. La Chine qui craint comme la peste un effondrement du Dollar a converti une partie de ses réserves de devises en stocks réels. Ce faisant elle a induit une restriction du crédit aux Etats unis (où ses dépôts étaient placés) et alimenté une hausse des cours totalement disjointe des consommations. L’effet ne peut être que temporaire. Sur aucun marché on ne constate de reprise marquée. Au contraire tous les marchés sont maintenant confrontés à des baisses sensibles qui forcent les intervenants à des restructurations massives.  La Chine qui prétend avoir une croissance « meilleure que prévue » a vu ses exportations chuter de près de 27% en mai…

Au total, la récession globale dans le monde sera de 3% (en PIB) en 2009 selon la BIRD, alors qu’on prévoyait il y a encore quelques semaines une baisse historique (ce n’était jamais arrivé depuis la guerre de 40) mais de moins de 2%.

En France, compte tenu de l’énormité  du secteur non concurrentiel et du nombre très important d’inactifs (la plupart des jeunes jusqu’à 25 ans, la plupart des vieux après 55 ans), et de personnes vivant de subventions publiques, l’impression domine que finalement la crise n’existe pas et qu’elle touche uniquement quelques secteurs.  La réalité est très différente. Tous les secteurs sont touchés. La seule question c’est de savoir si la récession vécue est de 10%, de 30% ou de 50%, voire plus. Sur notre indicateur relatif à l’industrie mécanique (2500 entreprises) nous constatons que les commandes sont en baisse de plus de 30% pour plus de …60%  du panel. C’est une bérézina jamais constatée depuis le lancement de notre indicateur. Le tourisme souffre de la même façon, comme le transport des personnes et des marchandises, comme le commerce des boutiques, comme les prestations de conseil aux entreprises et de service à la personne. Même dans les activités subventionnées par l’Etat, les régressions sont importantes. Des spécialistes médicaux qui voyaient leur agenda pleins des semaines à l’avance ont des trous dans leur planning de la semaine en cours. Les dentistes s’occupent des soins et de moins en moins des appareillages et des reconstructions.  Les coiffeurs vivent leur dixième mois d’activité ralentie. Les bistrots marchent au pas (entre 10 et 30% de baisse de chiffre daffaire). Les agences immobilières disparaissent par dizaines tous les mois.  On voit bien avec Marionnaud que les grandes chaînes de boutiques qui fonctionnaient très bien n’y arrivent plus.  Lorsque les statistiques seront connues dans quelques mois, on verra que le second trimestre 2009 aura été très mauvais.  On ne voit pas pourquoi cela devrait changer au troisième.

Toutes les recettes fiscales et parafiscales qui sont liées à l’activité sont en berne. Et à chaque fois qu’on en cite une elle l’est dans des proportions bien pires que prévues. La TVA, l’ISF, les impositions sur les BIC, rien ne rentre. Les recettes sociales régressent ouvrant des abîmes dans les comptes sociaux. Entre l’Etat et les collectivités territoriale d’un côté, et les organismes sociaux de l’autre ont et en train de creuse un déficit annuel supérieur à  100 milliards d’Euros en 2009.

Pendant que la récession de déploie dans toute sa tragique splendeur, les réformes sont quasiment inexistantes.

Aux Etats Unis des textes commencent à sortir pour interdire ou rendre moins préoccupants les CDO. Il aura fallu deux années pour arriver à ce seul résultat. Alors qu’aucune banque, échaudée par l’expérience, ne pratique plus l’exercice et ne veut acheter de tels « véhicules ». La législation ne fait que confirmer ce qui existe déjà. Effet sur la reprise ? Zéro.  Désormais on voit de nombreuses places financières mises en cause par le G.20 de Londres se précipiter pour sortir des listes noires ou grises de paradis fiscaux. Un peu de moralité dans les relations internationales ne font pas de mal. Mais le rapport avec la récession est nul et l’impact sur la reprise inexistant.  Des débats concernent la régulation en Europe des hedge funds. Soit. Mais les hedge funds n’étaient pas à l’origine de la crise  et leur encadrement n’aura aucun effet sur la reprise.

En revanche rien n’a été fait pour restructurer la banque. Au contraire : on a sauvé des molochs « too big to fail » qui savent que désormais ils seront toujours sauvés et que dégagés de la tutelle de l’Etat ils pourront à nouveau sévir sans entraves. Actuellement ils sont arcboutés sur la tâche inouïe de restaurer leurs marges à tout prix (pour le consommateur) pour sortir du collimateur. Ces banques jouent donc contre l’intérêt général en toute impunité.  Un prix Nobel, certes souvent contestable et contesté, Stiglitz,  vient de rappeler que les trop grosses concentrations dans la banque assurance ne garantissent qu’une seule chose : le retour des mauvaises pratiques. Il est amusant que les fonds obligataires que les grosses banques promeuvent actuellement comportent une grosse part de CDS : une fois de plus le risque est réparti entre assureur et banque. Il ne porte plus sur les crédits subprimes mais sur les obligations d’entreprises dont l’avenir est incertain. Où est le changement de pratiques et de mentalité ?

Une des démarches préférées des politiques est de toucher exclusivement au thermomètre et pas aux sources de difficultés.  La discussion sur le changement d’indicateur de croissance est de cette nature. Il n’a strictement aucun sens dans la période actuelle. La révision des normes comptables est un exercice du même genre. La crise des subprimes en juillet 2007 ayant rendu impossible la cotation des CDO ceux-ci ne relevaient plus d’une estimation par les marchés. La norme en cours permettait donc de passer outre sans entrer dans la « pro cyclicité ». Ce qui explique que les réformes patinent joyeusement : aucun système comptable ne permet de masquer durablement une crise !  

L’important c’est d’abord d’éviter la crise.  

On progresse vers la prévention de l’éclatement des bulles. L’étude de L. Alessi et C Dektent, publiée  dans le bulletin n° 8 de la BCE, prouve cette chose absolument neuve et incroyable : la hausse de la liquidité globale annonce qu’une bulle va éclater dans les 6 trimestres suivants.  Mais elle ne dit rien sur les causes de la hausse de la dite liquidité. Lorsqu’en 1992, le lecteur impavide pouvait constater que les en cours à l’immobilier d’entreprise avait été multipliés par 7 par rapport aux encours moyens des années précédentes, il ne fallait pas être grand clerc pour savoir que cela allait craquer et sévèrement dans les deux ans. On s'amuse avec des évidences en faisant croire qu'on a enfin compris.

Lorsqu’une bulle apparait il est déjà trop tard pour agir efficacement. C’est en amont qu’il faut être attentif en éliminant les facteurs de gonflement irrationnel. Nous connaissons aujourd’hui à travers le monde une bulle obligataire : qui bronche ? Personne. Quand un indicateur montre le haut, tout le monde se réjouit.  En France nous connaissons une bulle aberrante des investissements dans les PME du fait de la nouvelle loi sur l’ISF. Qui se plaint ?  Il est plus que probable qu’il y aura à terme une correction sauvage sur les obligations (comme il y en a eu une après 74 sur les junk bonds) et sur les PME (d’ici deux ans, combien restera-t-il des PME surcapitalisées actuellement ?).

En France tout ne finit pas avec des chansons, mais avec des …impôts.  D’ores et déjà l’escroquerie du RSA apparaît dans toute sa splendeur.  Bien sûr il ne permettra à aucun Rmiste de retrouver durablement un travail mais déjà les sommes prévues pour faire fonctionner le système sont insuffisantes. L’impôt de 1.1% sur le revenu de l’épargne ne suffira jamais pour financer cet immense bazar qui met à genoux toutes les institutions chargées de la pauvreté et du chômage. On parle déjà de l’augmenter massivement. On suit le même schéma que pour la CSG et le RMI il y a 20 ans.   Les élections européennes ont été l’occasion de renouveler les paroles d’une chanson insistante : il faut des ressources propres pour l’Europe et vive l’impôt européen.  La mode écologique conduit comme en septembre 2008 à une reprise des hostilités sur la taxe dite carbone.  Avec la plus belle hypocrisie on annonce qu’elle serait créée à identité de pression fiscale !   De même avec l’anniversaire de la taxe Chirac sur les billets d’avion, on reparle d’une extension massive du système. Il est vrai que la récession dans le domaine des transports aériens prive de ressources quelques prébendiers évidemment bien intentionnés.  Tous semblent oublier qu’en France, les prélèvements correspondent pratiquement au niveau de la valeur ajoutée des entreprises. La richesse produite est donc déjà quasiment préemptées par les besoins publics.  En pleine récession, où ira-t-on chercher les ressources nouvelles ? A l’étranger ? La hausse des impôts ne pourra être financée que par la vente du capital privé ou national.  Comme solution durable, on pourrait imaginer mieux !

Partout, faute d’avoir trouver la reprise au second trimestre 2009, on la projette sur 2010. Le monde retrouverait la croissance en 2010 ! Faible, cette croissance, mais réelle. La méthode pour obtenir ce résultat mirifique est d’estimer la demande globale compte tenu des dépenses publiques envisagées et d’en tirer une valeur prévisionnelle du PIB.  En l’absence de toute preuve que l’économie a touché le fond et qu’elle remonte après avoir talonné, ces estimations n’ont strictement aucune valeur.  Il est vrai qu’il est pratiquement impossible de faire de prévisions solides immédiatement après un collapsus aussi important que celui que nous connaissons. Il faudrait pour cela non pas connaître les estimations de dépenses mais les chemins nouveaux de la croissance. Or personne ne voit à l’heure actuelle les ruisseaux qui feront les grandes rivières de la reprise.

Pour la France, on sait que la reprise suit en général celle des Etats-Unis avec un à deux ans de retard.  En imaginant que celle-ci ait lieu à l’automne là bas, l’activité française ne reprendrait qu’en 2011 au mieux. 2010 va donc être plutôt dure et même tragique pour de nombreuses entreprises. Tous les grands groupes français l’ont anticipé en récupérant au plus vite du cash soit par l’émission d’obligations soit en faisant des augmentations de capital à prix cassés. Toutes celles qui auront à se refinancer en urgence en 2010 seront au plus mal. Le budget en cours de préparation l’est sur une base de croissance faible mais croissance tout de même pour 2010. C’est de la fumisterie. Ou de la poésie politique, comme on voudra.

Quand on ne sait rien il est politiquement correct de prévoir une reprise et de la décider presque nulle. Si cela va mieux personne ne viendra crier au Charron et si cela va plus mal, on sera bien triste mais cela n’ira pas plus loin.   En attendant on va bâtir un budget psychédélique sur une hypothèse de croissance qui limitera en apparence le déficit prévisionnel.

Reste la grande question de la déflation : sommes-nous ou non en déflation ? Il est vrai que pour la première fois depuis la guerre les prix ont baissé.

Inflation et déflation sont des termes connotés qui n’ont pas de sens fixé, ce qui rend leur emploi potentiellement dangereux pour une bonne compréhension des faits. La déflation est une réduction, en général voulue, de la masse monétaire, plus rapide que la baisse de la production, entraînant généralement une baisse générale des prix des actifs et des produits de consommation. L’inflation est son contraire : une hausse rapide des moyens monétaires, plus rapides que la hausse de la production,  aboutissant généralement à une hausse générale du prix des actifs et des biens de consommation.

Dans le système de l’étalon or, les sorties d’or provoquaient à due concurrence une réduction du crédit et de la monnaie qui à son tour pesait sur les prix et permettait  un rééquilibre des balances extérieures.  La déflation était donc incorporée dans le système.  Dans les années trente, après la dévaluation anglaise, les Français qui avaient eu longtemps  un bénéfice de change, se retrouvèrent avec des prix trop élevés par rapport aux prix mondiaux. Ils tentèrent une déflation administrative, le système monétaire international n’étant déjà plus un système d’étalon or. Elle fonctionna partiellement mais se heurta à des contraintes politiques et électorales qui aboutirent  au n’importe quoi généralisé.  

Une politique de déflation est donc une politique menée afin de retrouver un niveau compétitif sur le front des changes, après que la compétitivité ait été  détruite pour une raison ou une autre.  En régime de changes flottants l’effondrement du change d’une devise peut avoir pour conséquence une hausse très forte des taux d’intérêt pour freiner le mouvement. Cela n’a rien à voir avec une politique déflationniste même si la hausse des taux d’intérêt est déflationniste par nature. Elle ne vise pas à rétablir la balance commerciale mais à contrer des mouvements de panique sur les mouvements de capitaux à court terme.

La déflation ne peut avoir dans le système actuel que deux sources

- la destruction de monnaie de crédit par les banques. Il est vrai que depuis l’été 2007 ont se trouve dans ce schéma. Mais elle a été pratiquement intégralement compensée par l’émission de monnaie banque centrale.

- le redressement rapide et autoritaire des déficits de balance de paiement ou la ruine des pays créanciers (qui aboutit à détruire de la créance et de la dette mobilisable). Ce mouvement a eu lieu mais pas à une échelle astronomique qui expliquerait un cycle déflationniste.

Nous vivons des pressions déflationnistes mais nulle part des politiques de déflation sont menées.

A l’inverse la crainte d’une hyperinflation à court terme est vaine. La création monétaire des banques centrales peinent à compenser les destructions de monnaie par les banques.

La pression sur les prix est donc le fait de la récession plus que de manipulations monétaires et dépend sur certains marchés sensibles comme celui du pétrole et des produits d’exportation purement et simplement  de la spéculation en environnement de changes flottants.

Nous avons vécu une période de prix à la consommation contenus du fait de l’ouverture de la Chine et de sa politique d’accumulation d’excédents permis par un système conjoint de déficits abyssaux aux Etats unis et d’excédents fabuleux en Chine n, en même temps qu’une création monétaire débridée se concentrait sur les marchés de biens. Nous vivons des poussées spéculatives sur certains prix, dans une ambiance globale dépressive du fait que le désendettement global est en cours. Avec des situations nationales contrastées en fonction des cahots du système des changes. Donc il n'y a pas de véritable déflation, seulement une déprime des anticipations.

Rien n’est venu remplacer le circuit crédit de consommation à l’ouest, investissement au centre, production à l’est. Le système d’échange mondial reste désorienté et ne sait pas dans quelle direction reprendre. L’épargne mondiale est abondante mais gelée. La fragilité et l’instabilité est de règle partout. Aucune réforme réelle de quoi que ce soit n’a eu lieu.

Tout le monde attend le Godot de la croissance, en laissant les banques centrales créer de la liquidité à tour de bras et en laissant filer les déficits publics.  

Si rien ne se passe, comme c’est le cas en ce moment, alors il y aura deux possibilités :

          - Le temps des grandes bêtises comme on l’a vu trois ans après 1929. L’impatience des peuples se manifeste en général après deux-trois ans de crise ouverte.  2011 sera une année dangereuse.

        -  Le temps des grandes réformes et notamment la remise en place d’un système coordonné de croissance mondiale autour d’un système équitable de changes fixes.

Quelques indices montrent que cela frémit un peu  dans ce dernier sens.

Cela méritera une étude spéciale.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

 

Le blog du cercle des économistes e-toile

Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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