Que se passerait-il si ...l'Europe dévaluait l'Euro de 50% ?

Que se passerait-il si ...

A force de faire des comparaisons avec la crise de 1929, on va finir par constater des ressemblances remarquables.

La politique de James Cameron commence à diablement  ressembler à celle de Laval.

Et après trois ans de crise, on en arrive à une grande dévaluation d'un des acteurs majeurs qui traine comme la comète une queue monétaire chionoise de plus en plus visible, car injecter 800 milliards de dollars de monnaie, en changes flottants, cela revient à une dévaluation.    

L'Europe comme le bloc or des années trente fait figure de victime expiatoire.

Ceci conduit à s'interroger ; que se passerait-il si l'Europe décidait de dévaluer aussi  sa monnaie disons de 50%  ?

Strictement rien ne l'en empêche. Il n'y a pas de système moéntaire international, les exemples conjoints de la Chine et des Etats Unis le montrent bien. La foire d'empoigne est institutionnalisée avec les changes dits flottants, en fait "non cconcertés entre les nations".

La justification serait toute trouvée : la situation de l'emploi et la prolongation d'une crise qui tourne à la stagnation de longue durée.

La Chine, l'Inde et le Brésil  perdraient aussitôt l'avantage des prix de dumping permis par des monnaies artificiellement faibles. Ils garderaient des avantages de coût de revient.  Malgré tout ils perdraient beaucoup en volume d'affaire.

Ils seraient obligés de se retourner vers l'autre grand marché, les Etats-Unis mais qui lui aussi serait sur la sellette.

Les Etats Unis perdrait de son influence sur les grands marchés mondiaux où l'Europe a une offre sérieuse.  Et pour beaucoup des produits innovants qu'elle vend surtout en Europe, ce serait autrement plus difficile.

Pour la Suisse et le Japon la pression monétaire deviendrait insupportable. Le  Franc Suisse et le Yen seraient soumis à une pressionénorme à la hausse  rendant leur situation très difficile.

La fuite devant la monnaie (les monnaies) deviendrait sauvage, avec très certainement une reprise à la hausse  des biens immobiliers et de la bourse.   

En Europe les emprunts faits en monnaies étrangères seraient fortement pénalisés mais comme ils le sont dans des monnaies que leurs autorités monétaires laissent fondre, ce n'aurait que des conséquences passagères.  

L'inflation partirait-elle  fortement en Europe  ? Par le biais des produits importés , oui. Mais les coûts salariaux sont verrouillés par la crise. Et les Etats n'auront de toute façon pas le moyen d'augmenter les salaires des fonctionnaires. Or toutes les grandes inflations d'après guerre ont eu, dans les pays "sérieux", ont eu besoin du relais des hausses de coûts salariaux.

Les pays endettés européens trouveraient un bol d'air.  Les banques aussi. La thésaurisation serait aussitôt remise en cause : mieux vaut investir quand l'inflation est là.

Les balances de paiement en Europe se redresseraient.  L'Allemagne aurait un très gros bénéfices pour ses exportations. Ce qui tirerait le reste de l'Europe, au lieu que sa politique de déflation salariale la bloque.

L'or verrait son cours monter vers le 2000 à 2500 $ l'once.  Les matières premières suivraient (elles précèdent déjà !).  Tout cela freinerait la consommation de pétrole en Europe et réduirait les ventes des émirats.  

Une bonne partie de la valeur nominale de la monnaie de singe qui a été créée avant la crise de 207 s'évaporerait, réduisant le fardeau de la dette.

L'agriculture européenne s'en trouverait très bien.

Le bilan pour l'emploi serait sans doute favorable. Au moins un temps.

Surtout les grandes puissances comme les Etats Unis, la Chine, le Japon, le Royaume- Uni se trouverait confrontées, enfin,  à l'existence de l'Europe.   Et l'absurdité du système de changes actuel sauterait aux yeux.  

On en viendrait très vite à une concertation sur les changes et à la mise en place d'un nouveau Bretton Woods sans dollar pivot sans véto des Etats unis au Fmi, sans mercantilisme chinois.

Notre scénario n'a donc rien de catastrophique. Ce n'est en rien une politique du pire.  En fait l'Europe n'a le choix qu'entre deux attitudes utiles :

- subir en prenant date (c'est le thème de la proposition de discours de Sarkozy au G.20 lorsqu'il en prendra la présidence) tout en préparant les conditions intellectuelles et pratique du retour à une politique concertée en matière de taux de change.

- dévaluer à mort pour mettre le reste du monde devant ses responsabilités.

Malheureusement l'Europe ne fera ni l'un ni l'autre.

Son organiation interne est basée sur l'idée que les changes ne sont la responsabilité de personne et que la monnaie unique doit simplement conserver sa valeur en prix de vente de produits de grandes consommation.

Il n'y a donc personne pour définir et encore moins appliquer une politique de change aggressive (voire une politique de change tout court).  La BCE crierait au charrond evaznt les risques, certains d'une inflation supérieure à 3%. L'Allemagne ferait un collapsus d'indignation. Le Royaume Uni verrait ses chances de reprise définitivement perdue. L'Europe serait à feu et à sang.

La France avec ses économistes de cour autistes, oublieux de leurs grands ainés et incapables de toute influence en dehors  de leur minuscule milieu médiadico politique, n'est plus capable de parler  au monde clair et fort avec un langage technique  précis et solide.   Lors que des économistes français finissent par prendre des positions dans les institutions internationales ils se coulent dans le verbiage débilo-américano-centré  qui y règne ou font le bouchon comme DSK.

Donc l'Europe est vouée à la stagnation, la régression, le sous emploi permanent  et à la colère des peuples.  Jusqu'à ce ce cela casse. En général cela casse là où cela n'aurait pas du casser. Et les pertes deviennent irréparables pour au moins une génération.

Jamais l'idée Européenne  n'aura été plus basse. Que l'Euro vienne en plus à exploser, ce qu'une politique de déflation généralisée au sein d'un monde qui dévalue de toute part rend presque nécessaire, et elle sera morte pour une génération.

Que faire ?

Le futur discours inugural de Sarkozy au G.20

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis à un moment très particulier de notre histoire récente. Depuis juillet 2007 et le blocage du marché interbancaire, le monde est en crise. Les troubles financiers ont culminé en septembre 2008 entraînant la plus grande récession depuis les évènements tragiques de 1929.  Les conséquences ont été dramatiques : des millions d'hommes ont été confrontés à un changement majeur de leurs conditions de vie. Les Etats sont désormais alourdis par des endettements colossaux  et ont perdu beaucoup de leur marge de manœuvre.  L'activité est basse et incertaine partout dans le monde et inquiétante dans les pays développés.   

Ce G.20 a fait preuve  dès qu'il a été réuni  après l'éclatement financier, du meilleur esprit de coopération. Tous ses membres ont parfaitement compris que sans coordination et sans esprit d'unité, la récession tournerait à la dépression. Nous avons évité à ce jour cette funeste évolution.  Mais rien n'est gagné. L'inquiétude est partout devant une reprise économique réelle qui ne vient pas. Des tensions peuvent être constatées partout et sur tous les fronts.

Notre mission aujourd'hui est d'éviter que la stagnation s'installe dans l'instabilité générale avec des risques évidents de crispation et de mesures à l'emporte pièce destructrices du fragile équilibre actuel.  C'est notre urgence d'aujourd'hui. En même temps, nous devons absolument éviter le retour d'une pareille crise et corriger tout ce qui est à la source du malheur qui nous frappe depuis maintenant trois longues années.

L'explication de la crise doit être au cœur de nos raisonnements.  Sans diagnostic exact pas de thérapeutique efficace, ni à court, ni à long terme.

Ce diagnostic peut-il être formulé avec un certain degré de certitude ? Heureusement oui. 

Le monde a essayé depuis 1971 et la destruction du système de Bretton Woods une formule d'organisation monétaire nouvelle, qui jamais dans l'histoire n'avait été essayée : les changes flottants avec une monnaie de réserve internationale appartenant à une nation particulière.

Dès l'instant où cette formule a été mise en place, les "trente glorieuses" de la croissance presque continue, se sont évaporées.  Les années 70 verront ce qu'on a appelé la stagflation, c'est-à-dire une inflation à deux chiffres avec une stagnation économique de longue durée et de très graves difficultés pour ne nombreux états.  Tout cela se terminera au début des années 80 par une récession provoquée afin de mettre fin à  la dérive des prix.

Les années 80 ne seront guerre meilleures. Certes, on constatera pendant deux trois ans une forte reprise économique mais elle débouchera sur une bulle financière et immobilière de grande ampleur  qui finira par exploser et entraînera la crise de 92-93 qui, déjà, était la plus violente depuis la crise de 1929.

La décennie 90 sera traversée de crises financières et monétaires violentes, dont la crise dite "des pays émergents" fut l'acte le plus représentatif.  Des politiques monétaires laxistes ont permis  alors de surmonter ces crises mais au prix de nouvelles bulles et d'une nouvelle récession internationale au début des années 2000.

A nouveau il a fallu ouvrir toutes les vannes de la création monétaire pour tenter de la  surmonter. Nous avons à peine eu le temps  de revenir à une certaine normalité que cette fois ci le système financier et monétaire mondial explosait.

Le système de monnaies administrative et de changes flottants que nous avons mis en place de façon un peu aventurée à partir 1971 n'a jamais fonctionné. Et après quatre décennies d'échec, on peut légitimement craindre qu'il ne fonctionne jamais.  

Il est vrai que l'abandon  des dispositions de l'accord de Bretton Woods n'a pas été provoqué par des considérations doctrinales. Les changes flottants n'étaient pas un système recommandé par la science économique unanime. La simple consultation des grands manuels d'économie de l'époque montre que l'hypothèse des changes flottants était à peine évoquée, jamais conseillée.  On se contentera donc des affirmations d'un seul auteur qui affirmera que ce système aurait de merveilleuses conséquences : diminution des réserves de changes et moindre stérilisation du capital ; répartition optimale des capitaux mondiaux ; convergence des taux d'intérêt,  absorption plus souple des chocs externes, stabilisation d es taux de changes.
    
Ces  prévisions apparaissent aujourd'hui comme des fariboles. Jamais les réserves de changes n'ont été aussi hautes dans tous les pays ; jamais les écarts de taux d'intérêt n'ont été plus importants ; jamais les capitaux ont été plus dévoyés qu'aujourd'hui dans des opérations purement spéculatives  au détriment de la création de richesses ;  jamais les changes n'ont été plus volatils.

Les changes flottants n'ont jamais produit les effets heureux annoncés. En revanche, que d'effets pervers !

La conjonction des changes flottants et d'une monnaie internationale de facto basée sur une monnaie nationale a entraîné l'apparition de mécanismes délétères qui ont sapé l'équilibre de l'économie mondiale.

Le phénomène le plus grave est celui de la double pyramide de crédit décrit par le grand économiste Jacques Rueff et confirmé par le prix Nobel d'économie Maurice Allais.  La monnaie dominante pour  être utilisée mondialement supposait des déficits extérieurs permanents de balance de paiement , dont le financement ne pouvait se faire que par des souscriptions venant  de pays excédentaires.  Un tourbillon s'est ainsi créé où les pays excédentaires recevaient  des avoirs contre lesquels ils battaient monnaie locale mais ces réserves étaient aussitôt replacées dans le pays émetteur où ils justifiaient une nouvelle création monétaire.  

Cette valse dangereuse a eu des conséquences mortifères :  la première est le gonflement partout de l'endettement. A la veille de la crise de 2007, l'endettement global dans la majorité des pays importants dépassait les 300% et pouvait atteindre de taux encore plus importants chez certains.  Il est évidemment impossible de gérer durablement des taux d'endettement pareils.

Le système financier a, au moins dans un premier temps, fortement bénéficié de ce gonflement gigantesque de l'endettement : c'est lui qui le sert !   On a vu les résultats du secteur s'envoler et avec lui le niveau des rémunérations de ses personnels qui est devenu rapidement  indécent.  En même temps les changes flottants ouvraient la possibilité d'une économie casino  d'une  complexité toujours croissante.  La spéculation et l'importance des aléas nouveaux  ont entraîné une imagination technique non maîtrisée avec la création de  contrats de plus en plus obscurs et dangereux.     

Plus on augmente les prêts, plus ceux-ci sont spéculatifs, moins ils n'ont de sens dans l'économie réelle.  On ne peut pas avoir un système financier qui prend l'ascenseur pendant que l'économie réelle prend l'escalier.

Tous ceux qui avaient observé et compris ces mécanismes, à la vérité tellement massifs qu'on se demande comment ils ont pu être ignoré par le plus grand nombre des observateurs,  ont annoncé que l'explosion arriverait et qu'elle serait terrifiante.

Si le marché interbancaire s'est bloqué c'est bien entendu parce que chaque  banques savait que ses consœurs étaient comme elle-même gorgées de prêts aventurés, complexes, à l'issue incontrôlable.  Du jour où le système bancaire fut miné par la méfiance il était voué à s'écrouler et il le fit en moins d'un an.

Le monde ne peux plus fonctionner sur la base des changes flottants et d'une monnaie internationale qui soit celle d'une seule nation, qui a  théorisé la négligence qu'elle affecte et qu'elle pratique des conséquences internationales.  Quarante ans d'échecs et de crises pour aboutir  finalement à  une explosion dévastatrice  jugulée à grand peine  ont tranché la question. Cela suffit ! Stop !

Bien sûr, "la tyrannie de l'existant" pousse en ce sens, on peut essayer de juguler les conséquences sans travailler sur les causes.

C'est ainsi qu'on peut essayer d'encadrer le système bancaire pour que les prêts ne gonflent pas dans la double spirale décrite par J. Rueff.  C'est essayer de mettre un couvercle sur un volcan en gênant les financements d'investissements utiles sans empêcher les financements spéculatifs inutiles.

C'est ainsi qu'on peut tenter de réduire le caractère spéculatif , complexe et obscur de la finance internationale.  Mais cette complexité est liée à la complexité intrinsèque d'un système où les monnaies valsent en permanence. et où pour chaque transaction il faut s'inquiéter de l'évolution d'un marché particulier et des monnaies impliquées dans la transaction.  La complexité est un produit dérivé des changes flottants.

C'est ainsi qu'on peut tenter de fixer des règles quantitatives pour éviter que les déséquilibres dans un sens où un autre 'ne dépassent pas une certaine proportion du PIB, par exemple 4%. Mais si on conserve une monnaie nationale comme monnaie internationale , la nation concernée sera en déficit de paiement permanent et  de grande ampleur à proportion de la croissance mondiale. On sait que la crise est au bout. 

Toutes ces mesures trouveraient leur pleine efficacité si on supprimait d'abord la cause des difficultés.  Mettre en place un système de change fixe attaché à une monnaie internationale qui ne soit pas en même temps  une monnaie nationale,   avec des disciplines de type du premier accord de Bretton Woods, mais cette fois ci effectivement  supervisées, voilà la vraie solution.

Dès qu'un pareil système sera mis en place nous verrons disparaître l'économie casino, la guerre des monnaies, le gonflement imbécile de l'endettement, la complexité des  produits financiers, les sur rémunérations du secteur financier et l'instabilité générale .

Aussitôt la coopération remplacera les différentes guerres commerciales et monétaires et aussitôt le plein emploi partout pourra être recherché collectivement.

Oui, le G.20 a une fonction essentielle  : permettre la coopération en vue du plein emploi. Partout. Croire qu'on pourra gagner durablement des emplois en les arrachant aux autres est une folie.  Croire qu'on peut installer durablement le monde dans un sous emploi chronique sans conséquences, une faute morale et intellectuelle. Il faut une croissance concertée avec une responsabilité des états  vis à vis des engagements internationaux.   Cela passe aujourd'hui  prioritairement par la réforme du système monétaire international.

En s'attachant dès aujourd'hui à cette tâche exaltante le G.20 enverra quelques signaux forts au monde.  Il prouvera qu'il a compris les causes de la crise actuelle. Il prouvera que la solution est à portée de la main. Il rétablira immédiatement la confiance tout en mettant fin aussitôt à la spéculation effrénée et mortifère que nous connaissons sur les monnaies.  

Notre responsabilité est grande. Exerçons là, pleinement, avec courage et lucidité, ici et maintenant !

pcc  Didier Dufau



Les paris sont ouverts

Non, nous n'allons pas évoquer le choix du nouveau gouvernement maius attirer l'attention sur une position intéressante des courbes respectives du BDI et du Stanard et Poo 500.

Jamais l'écart  d'évolution n'a été si grand. Le BDI stagne alors que la bourse grimpe sous l'effet du plan de "Quantitative Easing" de M. Bernanke. La planche à billets fume. La peur vis à) vis de la valeur des monnaies explose. Le bâtiment voit ses prix se redresser et les bourses reprennent du poil de la bête.

Mais on sait que Jamais le BDI et le SP 500 ne divergent longtemps. Il va donc y avoir une correction.

Soit c'est l'activité qui repart avec un temps de retard et nous allons voir le BDI "skyrocketing"  soit c'est la bourse qui va connaître un ressac soit les deux mouvements vont avoir lieu en même temps. 

Les paris sont ouverts.

 

 



Le mythe de la Grande Réforme Fiscale (suite)

5. Un système fiscal en France absolument complet


On touche le patrimoine quand il nait, quand il est cédé, quand il est transmis, et simplement quand il est possédé. Tout le cycle de la richesse est verrouillé. On touche la consommation par la TVA et mille taxes spécialisées. On taxe le revenu du plus petit nombre mais frénétiquement.  Que reste-t-il qui ne soit pas taxé ?

Après s'être concentré après guerre, sous la pression socialiste, sur l'entreprise, avec une frénésie qui a provoqué la panne industrielle française depuis 1974, on se concentre maintenant sur les revenus de l'épargne et les pensions.

D'ores et déjà le revenu net d'impôts de nombreux placements est négatif.  Pensons à un beau local à Paris qui coûte 1 millions d'euros et rapporte, au mieux, du 3% en loyer. L'inflation entre 2 et 3 % prend déjà tout le gain. Mais ces trois pour cent entre  dans l'assiette de l'Impôt sur le revenu.  Prenons le cas d'une tranche marginale à 40% ! Le revenu net est maintenant négatif de 2.5%. Ajoutons l'ISF en tranche maximale : 1.8% = on perd 4.2% !  Après on plante de jolies tentes rouges sur la passerelle du pont des Arts à Paris pour se plaindre qu'il n'y a pas de logement.  Et les politiciens chantent : nous avons fait la loi Scellier, c'est-à-dire une "niche fiscale". Et les crétins la bouche en cœur expliquent qu'il y en a que pour les riches qui se goinfrent sur la misère du pauvre monde.

Soyons clair : si un investissement doit être fait à perte, il n'est pas fait. Point stop !


6. Un système fiscal irréformable sans en changer la structure

Lorsqu'on atteint un prélèvement moyen sur les grands cadres et entrepreneurs de 80%, il faut voir qu'une augmentation de 5% de la pression fiscale sur  le revenu de ces gens aboutit à une baisse de 20% du revenu disponible après impôt. Cet effet multiplicateur s'aggrave au fur et à mesure que le taux moyen s'élève.

Dire :" les riches paieront, il n'y a qu'à augmenter de 10% leurs impôts ; avec ce qu'ils gagnent cela ne changera pas grand-chose", est une immense sottise. Dans ce cas le taux moyen passera à 90% et le revenu disponibles des dits aura été réduit de moitié.  Personne ne souhaite ne conserver que 10% de son revenu. Cette considération explique pourquoi un nouveau train d'expatriation est en route. Il est dramatique de quitter son pays mais si cela permet de n'être taxé qu'à trente pour cent au lieu de quatre-vingt-dix, il  est difficile de résister.

Dans ces conditions aucune vraie réforme n'est possible.

Quelle serait l'objectif d'une "vraie" réforme ?  D'un point de vue économique ce serait de favoriser l'emploi, la croissance, la vitalité économique. D'un point de vue social ce serait de permettre la croissance du revenu disponible des ménages, et le retour de l'ascenseur social tout en permettant les aides temporaires au retour à l'activité en cas de malheur. Du point de vue écologique, ce serait de limiter les consommations polluantes ; du point de vue national ce serait d'éviter tout désavantage fiscal dans la compétition économique.   

Le dynamisme économique suppose que l'investissement soit facilité, le développement des entreprises possibles. Accabler les dirigeants, accabler l'épargne et l'investissement, accabler les salaires, accabler la valeur ajoutée, accabler les mutations, accabler les profits n'a aucun sens. On l'a fait pourtant. Et pour éviter le pire on a donné des avantages à des dispositifs qui n'intéressent que les dirigeants des très grandes entreprises et on a subventionné massivement des secteurs entiers comme la presse, l'automobile, la construction navale et aérienne, l'agriculture, la pêche, les transports, le syndicalisme etc.


Depuis 74 tous les économistes un peu sérieux disent qu'il faut transférer les charges qui portent sur le travail vers la consommation. Rocard a prétendu s'inscrire dans ce mouvement avec la CSG. Sauf que la CSG n'est pas un impôt sur la consommation et qu'il n'a rien transféré du tout. On a créé un prélèvement supplémentaire aujourd'hui à 12% du PIB tout en accroissant massivement la dépense publique   qui est la source de tous les maux actuels !   

La TVA sociale puisque c'est le nom actuel de cette suggestion est impraticable parceque nous avons déjà une des TVA les plus hautes d'Europe  et que pour avoir un effet sensible, aux niveaux de prélèvement concernés (60% de la masse salariales des entreprises), il faudrait une hausse si importante que l'on arrêterait la consommation et provoquerait une hausse des prix incontrôlable.

L'ascenseur social ne peut se remettre en marche que si le SMIC n'est pas augmenté de façon telle qu'il mange toute la hiérarchie des salaires et si le franchissement de seuils n'entraine pas des hausses subites et massives de la fiscalité.  Les mêmes raisons qui expliquent l'échec du RSA expliquent aussi pourquoi  bien des ménages ajustent leur quantité de travail pour ne pas entrer dans les cases fiscales confiscatoires.

La taxe carbone, la solution fiscale aux questions d'écologie, se heurte aux mêmes difficultés que la TVA sociale.  

Une vraie réforme ne serait possible qu'après avoir baissé les dépenses publiques structurelles d'au moins un tiers et l'endettement de l'Etat des deux tiers.  On pourrait alors mettre une place une fiscalité plus juste (aucune exonération d'aucune sorte, progressivité moins déraisonnable), moins cachée, plus régulière et ne nuisant ni à la compétitivité des entreprises ni au développement durable.

Une fois de plus la récession décennale nous met dans le chemin inverse : endettement explosif ; dépenses en forte croissance ; aggravation de la pression fiscale pour payer la facture de la récession. Et dès qu'on en sera sorti, on croira qu'on peut à nouveau dépenser à tout va.

Alors Messieurs les journalistes et Messieurs les politiciens, merci de ne JAMAIS parler de grande réforme fiscale "juste et efficace" qui serait "round the corner".  

Elle est en l'état impossible.

 

Didier dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Le mythe de la Grande Réforme Fiscale

 

Cela fait maintenant plus de quarante ans que le mythe du grand soir fiscal, de la grande réforme fiscale, de la remise à plat général de la fiscalité, du "grenelle de la fiscalité", enflamme l'imagination des journalistes et de certains politiciens.

Ce marronnier refleurit après chaque récession décennale. Les déficits se sont creusés : il faut trouver des recettes nouvelles car le cliquet joue à la baisse pour la dépense publique. Surtout il faut faire croire que "cette fois ci" le système enfin juste sera mis en place et que sont "les autres" qui paieront la hausse.

Personne ne regarde les dépenses publiques qui se sont gonflées les dix années précédentes dépassant largement le rythme de croissance du PIB et ont aggravé l'endettement. Ce sont les impôts qui doivent augmenter.

Cette augmentation doit être "juste", c'est-à-dire  grossièrement inégalitaire.
Mais cette augmentation doit être efficace, c'est-à-dire toucher tout le monde.
Cette contradiction conduit au mensonge, à la manipulation, à la démagogie, à l'ignominie.

Et suscite des vocations de Pic de la Mirandole de la fiscalité avec leurs facétieuses solutions de réformes fiscales  qui résoudraient tout en ne frappant personne. C'est si facile de prétendre tout demander à la fiscalité sans rien demander au contribuable !

Afin de permettre à chacun d'affronter ce débat biaisé et miné avec un peu de hauteur, voici quelques réalités le plus souvent ignorées ou occultées qu'il importe de garder en tête.

1. L'impôt est globalement progressif en France . Le taux de pression fiscale hausse rapidement pendant les phases de haute conjoncture mais baisse tout aussi rapidement pendant les phases de récession. La baisse de la pression fiscale depuis 2008 est due à 80% à la récession et à 20% à la loi Tepa. Ce qui veut dire qu'elle est provisoire même si on ne change pas les règles fiscales. Dès la reprise on retrouvera les taux intenables de la fin des années 1990.  

Il suffit de regarder la récession de 93, la première récession sévère depuis la guerre : le taux de pression fiscale baisse sous Balladur. Juppé se saisit d'une matraque fiscale que complète Jospin. Dès que la reprise se sera un peu établie entre 1997 et 2000 (en dépit de l'accident monétaire de 98) la pression fiscale explosera, dépassera les taux d'avant crise et  provoquera la querelle dite "de la cagnotte".

Le petit jeu politicien débile sera à droite de prétendre être responsable de la baisse de la pression fiscale et à gauche de prétendre qu'on a des marges de manœuvres.

2. Le leurre de la notion de "dépenses fiscales" ou de "niches fiscales".

La gouvernement a jusqu'ici  choisi d'augmenter les impôts de trois façons :

- en créant une nouvelle assiette fiscale : l'impôt sur les revenus du capital devant théoriquement financer le RSA

- en multipliant les taxes et le facturant de plus en plus cher les actes faits par la puissance publique ou les entreprises qui en dépendent.


- et en "limant" les niches fiscales.

L'ensemble de ces mesures sont supérieures en coût pour le citoyen moyen que les réductions de la loi TEPA qui étaient très ciblées et touchaient des circonstances (le petit héritage à la mort d'un parent, les intérêts d'emprunt).

Il faut au passage dénoncer avec force la notion de "dépenses fiscales" qui est le langage intéressé de la DGI, pas celui de la vérité.

A chaque création d'impôts nouveaux on limite sciemment l'assiette de l'impôt pour le rendre "acceptable". Lorsque l'ISF a été créé on a tout de suite vue que si on mettait le patrimoine artistique dans l'assiette il disparaîtrait aussitôt à l'étranger. On l'a donc exclu de l'assiette de l'impôt. On a eu raison. L'exemple de l'immobilier de luxe qui a été vendu pour 50 à 60% à des étrangers et des actions françaises, également détenues maintenant pour 60% par les étrangers, montre suffisamment qu'un impôt sur le patrimoine ne peut se boucler que par la vente d'une partie du patrimoine à l'étranger.  En terme fiscal, l'exonération des œuvres d'art est une dépense fiscale ! Alors qu'il ne s'agit que d'une mesure de sauvegarde.

D'autre part la pression fiscale est tellement énorme en France qu'on ne peut chercher à résoudre un problème criant qu'en la réduisant ponctuellement là où elle étouffe toute solution. Considérer ces mesures de sauvegarde comme des "dépenses fiscales" et des niches est absurde. Les éliminer revient à rétablir les difficultés qu'on avait essayé de limiter.

On comprendra que le vrai problème est le niveau ahurissant de la pression fiscale en France qui paralyse la pays. Au lieu d'augmenter la pression globale et de mettre un filet protecteur  là où cela crie le plus fort, il vaudrait mieux réduire globalement la pression fiscale. Mais les hommes politiques aiment bien créer de nouveaux impôts et de nouveaux dégrèvements. Ils montrent ainsi leur pouvoir à la montée et à la descente. Et ils tuent le pays !

3. Un niveau de pression fiscale aberrant.

On a l'habitude de mesurer la pression fiscale en rapport avec l'ensemble des prélèvements au PIB. On aboutit selon la conjoncture à des taux situés entre 42 et 45%.  Il faut rappeler encore et encore l'apologue de l'esquimau et de l'homme armé.

Un esquimau sur sa banquise pêcha un poisson. Pib de l'esquimau (évalué en poisson) =  1.
Un homme armé vit a passé et dit : "je suis l'état et je te protège!".  Il prit le poisson.
L'Insee des esquimaux compta :
- production pêcheur = 1
- prestation de sécurité de l'Etat = 1
- pression fiscale = 1 sur 2 = 50%.
Quand l'état prend tout et le dépense pour lui-même, le taux de prélèvement est de 50%.

Nous pouvons maintenant apprécier un taux de 45% !

Il veut dire que l'Etat prend "presque tout".

Nous avons démontré déjà plusieurs fois que les taux de prélèvements actuels par groupes sociaux sont à peu près les suivants :

- Travailleurs à 2.000 Euros par mois : 60% de prélèvements
- Travailleurs à 5.000 Euros par mois : 70% de prélèvements
- Indépendants, entrepreneurs, dirigeants à 15.000 euros par mois : 80% de prélèvements.
Selon la composition du patrimoine , l'ISF vient aggraver  en moyenne de 9% du revenu la situation (avec le bouclier actuel). On aboutit dans le dernier groupe  en moyenne à un prélèvement de près de 90% avec des pointes au dessus de 100% pour quelques dizaines de milliers de personnes.

Autre chiffre qui permet de confirmer cette réalité : les dépenses publiques sont en France depuis 1993 légèrement supérieures à la valeur ajoutée des entreprises privées du secteur marchand. Si on prend uniquement les prélèvements on abouti à un taux de 80%.

C'est un système intenable qui contribue à la stagnation de longue durée qui accable la France depuis 74 et l'explosion de "l'énarchie compassionnelle". 81 et le sinistre Programme Commun de Gouvernement ont achevé le travail.

4. Une pression fiscale habilement "cachée".

Comment a-t-on pu aboutir à un tel niveau de pression fiscale, spoliateur à l'extrême, sans révolte générale ?

La solution est très simple : complexité, concentration, habillage.

Tous les prédateurs qui prennent beaucoup d'argent pour peu de retour le savent bien : tout doit être si complexe et obscur que personne ne pourra voir la réalité. Le droit fiscal est d'une complexité effarante. Personne ne peut le dominer sans se spécialiser dans un secteur très délimité. Il devient donc impossible de faire des calculs simples présentant pleinement les réalités : trop de cas particuliers et de subtilités découragent.

Les impôts voyants et qui font mal sont tous concentrés sur une partie très étroite de la population. 600.000 personnes en France, soit moins de 1% de la population, paient 80% de l'Impôt sur le revenu et la totalité de l'ISF. Les autres ne voient pas ces impôts et n'imaginent même pas ce que paient "les riches". On leur laisse penser qu' "ils", les salauds, ont les moyens de se défiler pour ne rien payer. L'affaire Bettencourt ne va pas arranger les choses.  "Ils peuvent payer".  En vérité seuls une poignée de très grandes fortunes a l'entregent et les moyens d'organiser leurs relations aveec l'Etat. Les autres sont matraqués.

Pratiquement tous les autres impôts sont pour la grande masse des ménages invisibles et indolores.
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Les prélèvements salariaux et patronaux sur les salaires ?  Ils sont énormes puisque l'entreprise donne en moyenne aux prédateurs étatiques 60 quand elle donne 40 au salarié.  Le salarié qui raisonne toujours en "salaire net" ne voit pas que ce qu'on lui donne est inférieur aux prélèvements auxquels il donne lieu. Le salarié crie : regardez mon salaire de misère ! Il ne se rend même pas compte qu'on a fait disparaître plus que l'équivalent de son salaire en charges. On a essayé de l'avertir en mettant la somme sur sa feuille de paie. Cette dernière est devenue tellement longue et complexe qu'il ne peut rien y comprendre. Le double fiscal du salarié français est une de ces réalités fondamentales que la presse et le monde politique tait avec obstination.  

La TVA ? C'est avec les prélèvements sociaux sur le salarié et l'entreprise, l'impôt principal. Il est invisible dans les prix de vente. Personne n'a le sentiment de le  payer, sauf l'entreprise qui doit faire à ce titre des paiements gigantesques. La peur de ne pas y parvenir est la hantise de tous les patrons de PME. Mais les bons esprits ont dit : vous n'êtes que collecteur ; vous ne payez pas ! C'est le consommateur qui paie. 

Les deux impôts principaux ainsi cachés et les autres concentrés sur 1% de la population on peut monter la pression fiscale sans trop de crainte de révolte.

Bien sûr les plus riches partent. Des milliards d'Euros en capital ou en revenu ont ainsi quitté la France. Pas un grand artiste, ou grand sportif, qui ne soit résident à l'étranger. Certains vont même jusqu'à venir crier "vive l'impôt" en France. pour bénéficier de l'ondoiement du politiquement correct fiscal majoritaire dans la presse. Alors les dégâts sont minimisés et on prétend qu'il s'agiit d'un phénomène marginal et immoral qui ne mérite pas de considération.  Et l'investissement national dans les entreprises s'effondre.

(à suivre)

Lâchetés

Il est toujours intéressant de faire retour sur quelques questions brûlantes sur lesquelles nous avions pris position au Cercle des économistes e-toile et d'en tirer leçon.


- ISF et bouclier fiscal

Voir ici

et là

Nous défendons depuis toujours la suppression de l'ISF, l'impôt le plus injuste, le plus néfaste, le plus ruineux et le plus stupidement idéologique qu'on ait jamais imaginé. Le bouclier fiscal a été conçu par MM. Chirac et Villepin pour ne pas avoir à toucher à cette vache sacrée du pseudo égalitarisme républicain. N. Sarkozy avait l'occasion de le supprimer. Il s'est contenté d'augmenter le bouclier. Tout lui retombe sur la tête aujourd'hui et les voix qui demandent la suppression conjointe de l'ISF et du bouclier fiscal sont majoritaires non seulement dans les rangs de la majorité mais également, selon les sondages, dans le pays.

On annonce cette suppression pour le collectif de 2011. Tout dépendra des détails. Si c'est pour taxer à nouveau le patrimoine , cela sera de la magouille politicienne sans intérêt.  La bêtise et l'ignominie  font souvent chemin ensemble avec le mensonge.

L'affaire Bettencourt sert de prétexte à faire croire aux Français que "les riches" ne paient pas d'impôts ou disposent de pleins de combines pour échapper au fisc. Rien n'est plus faux. Les beaux quartiers de France passent aux mains de l'étranger. Car des impôts sur le patrimoine se soldent nécessairement par la vente du patrimoine à l'étranger puisqu'ils ne sont plus liés au revenu et il faut bien trouver les ressources quelque part.

Déjà l'île Saint Louis appartient aux étrangers ainsi qu'une bonne partie du sixième et du septième arrondissement. Dans l'immense projet immobilier qui se commercialise à côté du Bon Marché sur l'emplacement d'un ancien Hôpital, plus de 75% des acheteurs sont étrangers. Paris devient une ville de pieds à terre et de touristes. Une frénésie s'est emparée des services fiscaux qui redressent à tout va les estimations en profitant des niveaux de prix de bulle de l'immobilier. Les Français fortunés recommencent à s'exiler. Tous les champions sportifs sont résidents hors de France. Tous les grands managers ne pensent qu'à s'exiler.  Et Nicolas Sarkozy pérorait il y a peu de temps : "La droite veut supprimer l'ISF ; la gauche veut supprimer l'ISF. Mais moi je conserve l'ISF" !  

Il n'y a pas pire sourd que celui que ne veux rien entendre. En attendant les idées que nous défendons depuis maintenant des lustres, le changement d'assiette de l'ISF,  sont reprises par tout le monde, le dernier en date étant Nicolas Baverez. Il y a 5 ans nous étions presque seuls.  Désormais c'est N. Sarkozy qui est seul.  En prime les étrangers qui achètent ces biens exigent et vont obtenir le bénéfice du bouclier fiscal dont ils étaient privés ! Tableau !  
Toutes nos félicitations aux lâches qui nous gouvernent.
 
- TVA sociale

Nous avons développé cette idée à la fin des années 90. Nous sommes parmi les premiers à l'avoir fait en démontrant que cet impôt permettrait de décharger le travail et donc favoriserait l'emploi. Depuis l'idée a été mise en place en Allemagne. La France après l'avoir caressée y a renoncé. pourquoi ? Parce que les charges sont si élevées que les taux de TVA deviendraient exorbitants. Une chose est de passer de 16 à 18% de taux de TVA pour supprimer deux points de Pib sur la production. Une autre est de passer de 20 à 28% de taux de TVA pour réduire d'à peine la moitié les charges sociales sur le travail. Si on se trouve en période de crise, la perte de pouvoir d'achat et de demande globale est immédiate et le gain potentiel ne peut être exploité par les entreprises privées de demande. Si, en prime, on vit une période de guerre des monnaies, les variations monétaires peuvent neutraliser tout le gain possible en une heure. Comme toujours ce genre de mesure ne peut pas s'improviser et impose une vision globale qui n'est pas possible en l'état actuel de l'organisation économique européenne et internationale. Rappelons que si nous devions, en France,  transférer tous les prélèvements sur la TVA collectée par les entreprises du secteur marchand nous aurions une TVA à près de 100% !

Toutes nos félicitations aux lâches qui nous gouvernent.  

- Echec du RSA

Voir nos trois artilces sur cette question ici, ici et.


Nous l'avions annoncé dès l'institution de cette fausse bonne réforme évidemment votée, comme toutes les sottises, quasiment à l'unanimité. Improvisée à la hâte, conçue par un sous ministre de piètre qualité, faussement testée, ne tenant pas compte de la psychologie des personnes concernées, cette réforme ne pouvait qu'échouer. La presse se remplit d'articles constatant que ce dispositif est sans intérêt. Il n'aura servi qu'à créer un impôt nouveau très lourd qui a plombé définitivement l'image de Fillon et de Sarkozy. Mesure politicienne visant à doter le candidat Sarkozy d'un argument social lors des élections présidentielles, elle n'aura même ce rôle médiocre.

Toutes nos félicitations aux lâches qui nous gouvernent.

- Echec de la RGPP

Voir notre article ici.


Nous avions expliqué dès le début que cette mesurette était une plaisanterie. Qui en doute aujourd'hui ?  Pas plus aujourd'hui qu'hier on ne peut réduire les dépenses publiques significativement par ce genre d'exercice.  La dépense publique quand elle est comme en France aussi gigantesque ne peut pas être "rationalisée". Elle ne peut être réduite qu'à la hache d'abordage et au bulldozer. D'autant plus qu'il ne se passe pas un jour où par clientélisme social, la maladie parasitaire de la droite et de la gauche dite "de gouvernement" en France mais aussi en Europe, on n'annonce pas un nouveau "cadeau peuple".

- Echec de la fausse réforme des 35 heures.

Au lieu de prendre la question bille en tête on a voulu finasser. Le résultat :  les dégrèvements fiscaux sur le SMIC sont toujours là et sont financées par la dette. La perte de compétitivité est également toujours là et se retrouve dans l'écart de croissance avec l'Allemagne et le gonflement de nos déficits commerciaux.

Toutes nos félicitations aux lâches qui nous gouvernent.

- Echec de la fausse réforme territoriale

Le "mille feuille administratif", la liberté totale laissée aux régions de faire ce qu'elles veulent en matière fiscale et de dépenses, une décentralisation non maîtrisée, ont conduit à des recrutements débridés dans les régions, sans compensation dans les services centraux et une floraison sans limite de "cadeaux de proximité au peuple".  Aucune réforme n'a été mise en place pour contrer ces évolutions désastreuses. La réforme envisagée intrinsèquement  indigente sera massacrée par les élus-édiles locaux pour la rendre totalement inopérante.

Nos félicitations aux lâches qui nous gouvernent.  

- Echec de la réforme des régimes de sécurité sociale.

Voir notre article ici.
On a vu que la remise en cause du petit risque et du traitement beaucoup trop généreux (remboursement à 100%) pour les maladies de longues durée n'a même pas été envisagée. La réforme était interdite. En même temps que la gestion de type Gosplan du Ministère de la santé et des Hôpitaux donnait à voir ses résultats dans l'affaire du H1N1.

Voici que le Parlement Européen, ce machin méprisé des peuples et qui veut redorer son image, décide d'accorder des congés maternité monstrueux  et aux seuls salariés (les travailleurs indépendants n'existent pas pour les fonctionnaires politiciens qui font les lois en France et en Europe) et qu'aussitôt notre Ministre de la Santé crie aussitôt qu'on va le faire et tout de suite encore. Coût ?  Entre deux et trois milliards d'Euros ! Deux fois la hausse d'impôt justifiée par le prétexte du RSA !  On est riche. Nous n'avons aucun problème. "Travaillez plus pour gagnez plus". Enfin quand vous pourrez. Pour le moment faites-en le moins possible et continuons à emprunter pour payer nos feuilles de soins. Nos enfants paieront.  

Toutes nos félicitations aux lâches qui nous gouvernent.

- TVA réduite sur la restauration : une mesure non durable

Voir notre article ici.

Nous avions montré que cette mesure n'aurait pas les effets escomptées et serait forcément remise en cause.  Nous y sommes.

Toutes nos félicitations aux lâches qui nous gouvernent.

Sur tous ces sujets sur lesquels nous avons prix position il y a maintenant deux ans, la réalité a été conforme à nos prévisions. Rien n'était fondé. Rien n'était solide. Rien ne pouvait être efficace.

La leçon de ces échecs : on ne peut pas faire semblant.   Quand on a choisi la lâcheté, il est impossible d'en sortir.  L'avilissement mène toujours à une avilissement plus grand.  

On dira : "lâcheté, mais c'est un mot bien laid".  C'est le mot qui convient. La France aujourd'hui a sombré dans la lâcheté qu'on croit compenser par des opérations image et une bêlante démagogie. C'est vrai à droite comme à gauche.  C'est vrai pour les dirigeants comme pour la plupart des commentateurs des médias principaux. C'est vrai pour les élus comme pour les électeurs.

Tout le monde savait quelle était la vérité sur les questions que nous venons de passer en revue. Tout le monde. Nous ne prétendons à aucune originalité ni aucune pertinence particulière. Jamais dans un conversation avec un seul élu, un seul dirigeant, et même un seul citoyen de base, les arguments que nous avancions n'ont été réfutés. Ils ont même toujours été largement admis.  Le propre du lâche en politique est de tenir deux discours. Dans le privé, la vérité. En public et au moment de la décision le faux semblant et la mesure démagogique nuisible mais facile, si facile.  

C'est la même chose pour les retraites dont une réforme timide, provisoire et insuffisante, a entraîné les mouvements ruineux et débilitants que l'on connait.  Tout le monde sait qu'il faudra monter l'âge où on peut solliciter une retraite à plein tarif à 65 ou 67 ans. On ne peut pas financer 40 ans de vie au crochet de la société avec 30 ou 35 ans de vie au travail trouée de périodes de chômage. Tout le monde sait que l'iniquité fondamentale du système actuel est entièrement due à la lâcheté gouvernementale qui accepte de payer à ses élus, ses fonctionnaires et aux troupes des syndicats qui cogèrent la nation,  des avantages extravagants qui écrasent le reste de la société et effondre ses capacités productives.

Oui il s'agit bien de lâcheté. Il faut voir l'étonnement glacé de tout ce petit monde devant les mesures prises sans frémir par David Cameron ou devant la réaction libertaire aux Etats-Unis face au risque de sombrer dans le socialisme à l'européenne que symbolise Obama et qui est un chemin effectivement sans retour.

Comment ? Un peuple, dans ses profondeurs, pourrait ne pas être intéressé par des cadeaux et des gratuités ? Comment ? Un gouvernement pourrait tenter vraiment de redresser une situation réellement compromise ?

Pour le lâche invétéré le simple courage est une curiosité qui le laisse perplexe.

Vive l'impôt ! Vive la dette ! Vive le chômage structurel ! Vive la grève !  Vive le déclin !  

Pendant ce temps là la France sort de l'Histoire et les Français de leur histoire.

 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile.

Monnaies et G.20 : ni guerre ni paix à Séoul, seulement la confusion.

Le 11 novembre 2010 se tiendra à Séoul une réunion du G.20 qui ne résonnera pas dans l'histoire comme une victoire. La réunion préparatoire des Ministres des Finances qui vient de se tenir à  Gyeongju, en Corée également, pour la préparer a démontré, une fois de plus, à la fois l'irréalisme doctrinal et l'emprise des relations de force nationalistes dans le domaine des monnaies.

Il existe chez certains une doctrine subliminale : les états sont mauvais ; ils ne font que des bêtises ; ils doivent laisser les marchés monétaires fixer librement le cours des changes et  aucun droit de douane ne doivent empêcher la libre concurrence partout et sur tous les marchés de biens et de services. Que la Chine laisse flotter le Yuan et que tous les autres s'abstiennent de lutter contre la hausse de leur monnaie et tout ira bien. Et continuons le cycle de Doha ! Au milieu du désastre général…

La suite logique de cette doctrine est que la Chine est la seule cause de la crise et que les licences prises par certains pays pour gérer leur cours de change sont une erreur qui doit cesser.  

Tout cela se passe dans un pays qui a choisi une politique "win-Won" comme disent les humoristes monétaires (il y en a), c'est-à-dire qui a dévalué tellement fort sa monnaie au début de la crise qu'il a mis en difficulté le Japon et bon nombre de ces concurrents en gagnant des parts de marchés dans un commerce international brusquement freiné.  

Tout cela se passe au moment où les Etats Unis qui possèdent de facto la monnaie de réserve internationale se lancent dans une politique de création monétaire à tout va et font flamber la planche à billets entraînant à la baisse le cours de sa monnaie, tout en exprimant, par la voix de Timothy Geithner, qu'on devrait réguler les changes avec des normes.

Autrement dit, les monnaies ne peuvent pas être laissées à la seule discrétion des marchés et des politiques nationales égoïstes. La norme, si elle a un sens, obligerait les états à prendre des mesures pour les respecter. C'est donc qu'ils en ont le pouvoir. Et qu'ils peuvent effectivement mener des politiques efficaces en ces sens.  

Voici donc les Etats-Unis qui expliquent que les forces du marché ne peuvent pas jouer librement et qu'il faut que les Etats fassent leur devoir pour respecter leurs partenaires ! Au moment où la FED fait exactement l'inverse. Défense de rire !

La Chine pour sa part explique, à juste titre,  que les dérèglements viennent de la politique monétaire américaine qui inonde de liquidité le monde entier  provoquant des bulles de crédits qui explosent pour le grand dommage de tout le monde et que de toute façon, ce grand pays a besoin d'une croissance forte pour des raisons intérieures et qu'il compte toujours l'obtenir par une politique mercantiliste d'exportation favorisée par un Yuan sous évalué.

"Puisque nous sommes dans une foire d'empoigne dans le domaine des monnaies", semble dire la Chine , "voyez mes muscles ! Mon marché intérieur est l'espoir de vos entreprises ! En attendant vos marchés intérieurs sont la réalité de mes industries. Comme je suis immensément bonne, je vous consentirai, peut être, si vous êtes bien gentils, une minuscule hausse du Yuan pour calmer le jeu et marquer ma bonne volonté".  

Défense de rire jaune.

L'Europe est complètement coincée dans des réunions de type G.20 où elle est minorée, divisée, et prisonnière d'un système de pensée qui veut que les changes ne flottent pas chez elle mais que le cours de l'Euro ne soit la responsabilité de personne !  Elle n'a pas de doctrine ; elle n'a pas de politique ; et les intentions des états constitutifs sont divergentes. L'Allemagne est pour la déflation compétitive. Le Royaume Uni pour la dévaluation compétitive. La France elle est pour l'agitation verbale sans but et sans moyen.  L'Europe dans sa configuration actuelle est donc toujours sûre de perdre au G.20. Le président Français peut toujours croire qu'un activisme fondé sur aucune doctrine et aucune base politique ferme, peut être l'occasion d'opération image bénéfique.

On est dans l'illusion. Une politique réussie suppose TOUJOURS  des idées claires (et donc une base doctrinale précise) et des institutions idoines. La France et l'Europe n'ayant ni l'un ni l'autre sont les victimes désignées du G.20.

Le G.20 n'a pas plus les idées claires. En contradiction totale avec ses recommandations de non intervention sur les marchés de biens et de monnaie, il augmente les réserves du FMI et lui demande "de contrôler les comptes courants de chaque pays, pour s'assurer que les surplus commerciaux se maintiennent à un niveau soutenable".

Alors que cette mission est déjà dans les statuts du FMI mais qu'il n'a plus aucun moyen de faire respecter des "niveaux soutenables" depuis l'abandon des disciplines du système de Bretton-Woods.

"Statuts du Fonds monétaire international
ARTICLE IV - Obligations concernant les régimes de change
Section 1. Obligations générales des États membres

Reconnaissant que le but essentiel du système monétaire international est de fournir un cadre qui facilite les échanges de biens, de services et de capitaux entre nations et qui favorise une croissance économique saine, et qu'un objectif principal est d'assurer de façon continue les conditions de base ordonnées nécessaires à la stabilité économique et financière, chaque État membre s'engage à collaborer avec le Fonds et avec les autres États membres pour assurer le maintien de régimes de change ordonnés et promouvoir un système stable de taux de change"

En un mot les statuts du FMI sont totalement en contradiction avec les objectifs de non intervention qui viennent d'être rappelés à Gyeongju ! Mais on lui demande malgré tout de s'en inspirer pour conseiller le G.20 !

Comprenne qui pourra !

Rappelons une fois de plus que la Grande récession que nous vivons, troisième  épisode d'une genre de plus en plus catastrophique après 1973-1974 et  1992-1993 est entièrement due aux conséquences d'un système de changes flottants non régulés où les puissances économiques dominantes exercent des politiques nationalistes exacerbées au détriment du monde entier, où l'émetteur de monnaie mondiale se dit indifférent aux conséquences de sa politique monétaire, où la création monétaire sans objet  créée ex nihilo par les défauts même du système, où le mécanisme de la double pyramide de crédit décrite par J.Rueff s'emballe périodiquement par sa propre dynamique, où la spéculation née de la complexité ainsi créée et d'une déréglementation folle de la finance fabrique un monde artificiel entièrement décalé des échanges de biens.

Ce qui veut dire qu'on aurait pu éviter la crise en revenant aux disciplines de Bretton Wood, corrigées des défauts que les déséquilibres de la guerre avaient rendu inévitables, et qu'on ne pourra en sortir qu'après l'avoir fait.

Pour l'Europe le choix est clair. Ou elle en vient à des structures de décision de politique économique unifiée en accord avec une monnaie unique et à une politique unifiée, où elle se morfondra sans l'impuissance et la stagnation.

La France, elle, enfoncée dans un anarcho-syndicalisme débile doublé d'un état obèse et impuissant et d'un amour exclusif pour l'impôt confiscatoire et la dette, mais incapable d'en voir les conséquences mortifères,  continuera à sortir de l'histoire par une porte toujours plus petite.   

Rendons en passant  un petit hommage à Maurice Allais qui avait bien compris tout cela et il y a longtemps : " ce qui doit arriver arrive". Tout aurait pu être évité. Rien ne sera évité. Et des milliards d'hommes souffriront plus que nécessaire.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

 

Maurice Allais : convergences et divergences

Maurice Allais était de la race des économistes qui s'exprimaient et qui considéraient que l'économie politique devait aider à éviter les catastrophes. Sa voix a été étouffée dans la presse et les médias radiotélévisés. Mais elle comptait pour les économistes qui pensaient que tout n'est pas indifférent en économie et que les erreurs se paient cher.

Une crise comme celle que nous vivons a un prix extravagant, en perte de richesses et en drames humains. Elle aurait du être évitée. Le devoir des économistes existe. Le devoir des médias aussi. Avoir étouffé les débats économiques essentiels, s'être couverts du ridicule d'aller chercher des économistes anglo-saxons sans consistance réelle, transformant la France en toutou des médias américains, restera la honte indélébile des responsables des grands médias français.

Le débat se réfugie dans les blogs. Les questions posées par Maurice Allais étaient essentielles. Ses solutions étaient problématiques. Ce n'est pas en les enterrant dans le silence puis sous les fleurs nécrologiques  qu'on a fait avancer quoi que ce soit.

Le Cercle des économistes e-toile a toujours eu avec Maurice Allais des convergences mais aussi des divergences. Lesquelles ?

Maurice Allais considérait que la monnaie, ce qu'il appelait la dynamique monétaire, était absolument centrale en économie. Il y voyait la clé de bien des phénomènes et en particulier des cycles économiques. Nous partageons entièrement ce constat.
La monnaie est à la source même de la science économique. Les premiers livres d'économie se sont tous concentrés sur la question monétaire.  Ce domaine est actuellement en déshérence et la nullité règne dans notre enseignement économique sur tout le champ des questions monétaires et plus encore dans celui des relations financières internationales.  Malheureusement toutes les questions du temps se concentrent sur le problème institutionnel des relations économiques internationales et des changes !

Maurice Allais l'avait parfaitement compris et associait  réflexions institutionnelle, économique et monétaire. C'est absolument indispensable.  On voit aujourd'hui que ces questions ne peuvent plus être cachées sous le tapis  et combien les réflexions officielles sont pauvres pour ne pas dire inexistantes.  Quand DSK en est réduit à avouer que le FMI va désormais s'intéresser aux conséquences des contagions monétaires et financières, il ne fait que confirmer ce que tout économiste un peu sérieux ne pouvait que constater : une longue et  effroyable carence de la pensée a frappé les institutions économiques internationales.

Rendons grâce à Maurice Allais d'avoir inlassablement attiré l'attention du monde sur cet état de fait même si son combat a été mené en vain. Ce combat doit continuer et il importe que les économistes éclairent le chemin avec pertinence.

Est-ce que Maurice Allais avait raison sur tout dans le domaine de la réforme des finances nationale et internationale ?  Certainement pas.  

Une divergence fondamentale avec nous porte sur la création de monnaie. Maurice Allais en était arrivé à croire qu'une banque pouvait créer de la monnaie et enfler son bilan de son seul mouvement. Cela est faux et l'a conduit dans l'outrance.  C'est le système bancaire qui crée de la monnaie à partir d'un delta de création de monnaie qui provient soit de la banque centrale soit de la balance des paiements. L'intérêt doit donc se concentrer sur la politique des banques centrales et l'ajustement des balances de paiements, tout en empêchant les banques de dépôts de mettre en danger l'ensemble de l'épargne par des politiques aventureuses. Nous sommes, comme ce blog le montre dans de multiples articles, pour une certaine forme de spécialisation bancaire et quelques interdictions. Mais nous ne sommes pas pour l'étouffement de la création monétaire ni le blocage total de la transformation des dépôts en financements longs. Maurice Allais était trop systématique et allait trop loin dans le contingentement monétaire.  

Il voyait très bien que l'énormité des encours de dettes était insoutenable. Mais ils pensaient que cette énormité était le fait principal des banquiers. Le mécanisme principal, la double pyramide de crédits décrite par Jacques Rueff, lorsqu'une monnaie nationale à l'abandon devient la monnaie internationale, est autrement décisif dans l'étude de le gonflement délirant de la dette globale que l'action des banques. Diagnostic un peu décalé, mesures correctrices partiellement en porte à faux : Maurice Allais ne pouvait pas être totalement suivi.

Maurice Allais croyait aux cycles économiques. Nous croyons aux cycles économiques. Mais nous en avons une vision plus précise. L'observation nous laisse voir depuis plus de 200 ans un cycle quasi décennal à deux temps, un temps fort et un temps faible. Nous avons constaté depuis quarante ans que nous pratiquons cet exercice que ce concept cyclique était parfaitement opérationnel pour anticiper les crises majeures. Nous ne nous sommes jamais trompés depuis 1987.  Maurice Allais n'avait pas une boussole aussi précise. Il en est résulté des erreurs d'analyses. La crise de 1987 qu'il avait qualifiée de début de la grand crise monétaire inévitable n'était pas sur la courbe cyclique. Nous l'avons écrit. Nous pensions qu'une crise sévère arriverait plus tard au début des années 90. C'est bien ce qui s'est passé. Et Maurice Allais est passé pour une Cassandre qui prenait ses désirs pour la réalité. Même chose en 98 où nous avons écrit que la crise du dollar (appelée ridiculement la crise des marchés émergents) était un épiphénomène et que la vraie crise cyclique aurait lieu en 2000-2001 et qu'elle serait modérée. Ce qui fut le cas. Cette deuxième erreur de diagnostic a coûté beaucoup de crédibilité à Maurice Allais. Du coup, l'âge aidant également, il n'a pas vu venir celle de 2008 que nous avons annoncée avec force coups de trompettes.  

Lorsque le système monétaire international débile que nous subissons  a conduit les principaux pays à accumuler des dettes globales supérieures à 400% du PIB et qu'approche la crise périodique sévère, il est certain que la crise va être très grave. Quand partout des bulles absurdes menacent d'éclater, le doute n'est plus permis. Maurice Allais avait globalement raison : ce système ne pouvait que finir en récession mondiale majeure. Mais il lui manquait  la finesse du conjoncturiste pour voir la vraie échelle de temps et il a raté la synchronisation de ses analyses  avec la réalité.

Un autre point clé de la pensée de Maurice Allais est la question du libre échange. Son combat l'a emporté très loin sur ce sujet où sa pensée était plus subtile que ce que les groupes divers qui se sont emparés de ses idées en ont fait. Il n'était absolument pas opposé au libre échange, bien au contraire. Mais il considérait à juste titre que le libre échange avait des conditions. Crier comme un cabri "libre échange, libre échange, libre échange", sans jamais discuter des conditions d'efficacité de ce libre échange n'est que ruine de l'âme et pas que de l'âme. Sur ce point Maurice Allais avait entièrement raison. Nous avons nous même inlassablement défendu l'idée que le tarif extérieur commun européen était une absolue nécessité et que son démantèlement pratiquement unilatéral fut une énorme erreur.  En économie, comme en hydrologie, la brutalité des chocs est l'ennemi. Il faut des digues, des vannes et des canaux. Sinon le délicat dispositif des échanges se perd, emporté par un bouillonnement tumultueux d'eau sauvage.  C'est vrai aussi bien pour les échanges commerciaux que pour les échanges financiers. Les tempêtes ne sont pas meilleures en économie qu'en transport maritime.

La contradiction presqu'indécente entre une philosophie qui faisait d'un écart de 5% sur le front des droits de douane une horreur effroyable pendant que les monnaies voyaient leur change changer en quelques semaines de 50%, restera le symbole de la bêtise crasse du consensus de Washington.

Une politique de commerce international durable doit être nécessairement fondée sur un système monétaire international concerté, stable et durable.  Affirmer la liberté totale d'un commerce dégagé de toute contrainte  et d'une finance internationale sans entraves et contrôles, sans système monétaire international organisé,  est une totale absurdité.

Il fallait créer des blocs économiques et monétaires assurant leur convergence progressive. L'objectif était la liberté complète. Mais le chemin aurait du être balisé. Il doit d'ailleurs toujours l'être. L'absence de système organisé des changes a provoqué la crise et empêche actuellement la sortie de crise. On doit dépasser les querelles de puissance pour aboutir à une construction rationnelle. On n'en est loin.
En contrepartie, lorsqu'on est dans un système organisée, la liberté économique doit être totale. Nous avons défendu mordicus la directive Bolkenstein au sein de l'Union européenne.  Et il faut lutter fermement  contre les pratiques monopolistiques et oligopolistiques. Notre position sur ces point est autrement ferme que celle de Maurice Allais. L'espace économique européen doit être libre de toutes entraves. En même temps qu'une monnaie unique suppose une convergence économique bien plus grande sur presque tous les domaines. C'est la direction à suivre. Il faut construire l'Union, même si cela doit être fait sur une base confédérale et non fédérale.

Avec les autres blocs il faut être beaucoup plus circonspects. De ce point de vue là Maurice Allais a parfaitement raison.

Malheureusement son message a été brouillé par les récupérations auxquelles il a donné lieu. Maurice Allais a été imprudent. il a laissé des groupuscules ou des partis politiques plus ou moins douteux reprendre son message sans qu'il se distancie suffisamment.

Nous préférons mille fois l'attitude de James Tobin qui avait eu la surprise de voir son idée de taxe sur les transactions financières récupérée par des groupements soit disant "altermondialistes".  Il a pris ses distances de la façon la plus formelle avec l'idéologie, les objectifs et la pratique de ces instances qui lui répugnaient profondément.

Privé d'accès aux médias, irrité de constater que le seul prix Nobel français était privé de tribune sur des sujets où il avait conscience d'avoir parfaitement raison et où les enjeux étaient majeurs, il a accepté de se laisser non pas embrigader mais au moins associer aux campagnes de mauvais goût d'un Larouche et d'un Cheminade ; il n'a pas marque de réticence à voir Mme Marine le Pen emboucher son message avec les objectifs qui étaient les siens.  Il l'a payé d'un discrédit largement injuste. Ces idées valaient mieux que cela.

Nous mêmes au cercle des économistes e-toile, qui professons sur de nombreux sujets des idées qui vont à l'encontre des idées dominantes (ou de l'absence d'idées) prenons bien soin  d'expliquer en détail les différences qui nous séparent de groupes extrémistes qui peuvent avoir sur tel ou tel sujet des idées similaires.

La France est malheureusement le terreau des batailles idéologiques les plus sottes. Les faits ne sont plus étudiés pour ce qu'ils sont mais pour le degré de confirmation qu'ils donnent à des pulsions fumeuses. Les réflexions sont embrigadées pour leur faire dire bien d'autres choses de ce qu'elles veulent dire.  Nous contestons bien des analyses d'un Sorman ou d'Attac. Mais il nous arrive d'être d'accord avec des points exprimés par Sorman ou Attac.  

Pour eux ce ne sont pas la valeur intrinsèque des analyses qui comptent mais le degré de virulence qu'elles permettent à l'expression de leurs articles de foi. Pour nous c'est justement cette valeur intrinsèque qui nous intéresse et nous voulons qu'elle féconde les partis de gouvernement et l'opinion dominante, pas seulement les extrémistes de tous les bords.

Nous sommes certains que si Maurice Allais n'avait pas été mis sur la touche aussi grotesquement,  c'est au coeur de la réflexion politique et économique qu'il se serait adressé. C'est là qu'il fallait qu'il expose et s'expose. C'est là que le débat aurait du être ouvert.  C'est là que la France aurait pu apparaître comme en pointe sur des sujets cruciaux ignorés par les économistes américains qui tiennent le haut du pavé mais y disent à peu près n'importe quoi.    

Une dramatique occasion manquée.

Le débat continue.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Maurice Allais : souvenir d'une conversation aux effets durables

J'ai rencontré Maurice Allais une fois.

J'élaborais  alors une thèse de doctorat sur la "prévision à long terme". Je rencontrais des difficultés croissantes avec mon responsable de thèse, Bertrand de Jouvenel, car plus j'avançais plus je constatais qu'elle était impossible, cette prévision à long terme. Finalement nous nous séparerons lorsque je proposerais le titre "la prévision à long terme : un impossible espoir". Mais avant cela il fallait épuiser toutes les sources disponibles. Un collègue me dit : "Va voir un certain Maurice Allais. C'est un original. Mais au moins il te dira si les mathématiques sont capables de régler la question des prévisions à long terme : c'est un polytechnicien".

Par acquit de conscience je me présentais un matin à l'école des Mines où on m'avait dit qu'il exerçait. Nous étions début 1968, à une époque où le système de Bretton Woods commençait à se défaire mais avant les "évènements" que personne à ce moment là n'imaginait. Maurice Allais n'était pas très connu du grand public.  Je voulais simplement déposer le mot que j'avais préparé pour solliciter un entretien. L'appariteur me dit d'attendre un moment. Quelques instants plus tard Maurice Allais était là.

Il était dans la force de l'âge mais son port était déjà celui d'un académicien.  Il n'avait pas lu mon texte et me demanda ce que je lui voulais. Je l'expliquais en deux mots.

"Alors marchons", dit-il. Nous sortîmes sur le boulevard St Michel et prîmes la petite porte qui ouvre sur le Luxembourg, un peu plus bas.  Nous fîmes en 20 minutes un tour qui nous vit sortir par la porte donnant sur l'Observatoire avant de revenir à l'entrée de l'école des Mines.

Maurice Allais était à la fois impressionnant et extrêmement civil, sévère et accueillant. Tout était paradoxe en lui. Je souhaitais lui poser des questions. C'était lui qui ne cessait de me questionner.  On m'avait parlé de son approche mathématiques, il parlait psychologie et sociologie.  Il était de réputation  un théoricien et il abondait en réflexions pratiques. Son apparence était hiératique mais ses propos étaient emplis de passion.

Quelles sont les leçons que j'ai consignées après cette péripatétique expérience ? Elles me paraissent encore aujourd'hui d'une brulante actualité.  J'en cite quelques unes :

- La prévision à long terme est impossible même avec des outils mathématiques sophistiqués (il m'annonçait cela benoitement après que je lui ai indiqué  mon sujet de thèse : la vérité n'avait pas à s'encombrer de contingences aussi minces que mon désespoir devant le temps perdu !).

- La méthode Delphi est une sottise : concaténer des opinions fausses ou incertaines ne donnent aucune vérité (elle est aujourd'hui utilisée sous la forme du "consensus d'experts" dont on sait ce qu'il vaut notamment pour les prévisions boursières et les prévisions conjoncturelles).

- L'économie est une affaire de sociologie et de psychologie. Mais la sociologie et les comportements peuvent être mis en équation.

- La monnaie est l'affaire économique centrale et ses lois sont liées à la nature humaine profonde qui prise collectivement présente des constantes mesurables.

- La monnaie est une affaire trop importante pour être confiée aux banquiers et aux inspecteurs des finances qui monopolisent le domaine en France. Exception : J. Rueff, lui aussi polytechnicien...

- Le cycle des affaires existe ; il est une fonction de la capacité d'oubli des agents économiques. Son relais principal est la monnaie  via le comportement des offreurs de crédits bancaires et des porteurs d'encaisses.  

- L'économie ne saurait être une science sans quantification et sans abstraction. Elle doit fonctionner  comme toutes les autres sciences. Partir des faits est essentiel. Mais les faits ne sont perçus qu'à travers des concepts. Des concepts faux donnent une statistique inutilisable.  

Ceux de nos lecteurs fidèles reconnaitront sans difficulté  certaines de nos idées force...Elles murissent depuis 40 ans !

On présente parfois Maurice Allais comme un penseur sectaire. C'était tout le contraire. Il voulait que le modèle coïncide avec la réalité. Sans preuve expérimentale une théorie ne vaut rien. Beaucoup se sont mépris du fait du caractère volontiers altier et catégorique  de sa manière d'exposer les certitudes nées de ses travaux. On lui fait procès de théories un peu tirées par les cheveux ,"far fetched" disent les anglo saxons,  voire complètement lunatiques. Il est vrai que lorsque je l'ai entendu expliquer que les structures foncièrement périodiques de la nature conditionnaient notre manière de se souvenir et que les ondes dans lesquelles nos cerveaux baignent étant périodiques, c'est elles qui influencent le caractère cyclique de l'économie, j'ai senti en moi comme une réticence. Mais il admettait qu'il s'agissait d'hypothèses. La science n'est qu'une suite d'hypothèses dont seules celles qui fonctionnent demeurent. Sans hypothèses imaginatives pas de sciences.

C'est la seule rencontre que j'ai eu avec Maurice Allais. J'abandonnais peu après le sujet de thèse que m'avait suggéré  Bertand de Jouvenel : Allais avait raison, la prévision à long terme n'avait aucun sens ! La discipline finira par tomber dans l'oubli. Maurice Allais avait raison.

J'ai acheté tous les ouvrages d'Allais accessibles en librairie au fur et à mesure de leur parution. Son prix Nobel ne m'a pas surpris. Il était amplement mérité par ses travaux sur la théorie quantitative de la monnaie, même si les Nobels se sont décidés sur d'autres travaux, qui, à mon sens n'ont pas la même portée.  

Bien qu'il ait connu tous les honneurs, j'ai été surpris de constater qu'en France il n'était reconnu en rien, pour ainsi dire marginalisé. A un âge où beaucoup s'écartent des soucis de la vie publique, il a accepté d'entrer dans la mêlée.  Il l'a fait de façon tonitruante avec la certitude d'avoir raison et une profond dégoût de voir que, lui, le seul Nobel Français, était tenu pour un hurluberlu.  Sa contestation des changes flottants, de certaines pratiques des banques, de la disparition du tarif extérieur commun a toujours été parfaitement documentée et argumentée. C'est ce que j'aimais en lui : la capacité d'oser anticiper sur le futur, de prendre le risque d'être désavoué par les faits. Nous avons une collection d'économistes français ou taiseux ou champions de la rétrospective sans risque qui ne méritent que le dédain. Allais aura été quasiment le seul à prendre le risque d'annoncer des scénarios avant qu'ils ne produisent leurs effets. Grâce lui soit éternellement rendue pour ce courage.

Il n'a pas été compris. Bientôt des excités  ont exploité la réputation du Nobel pour cautionner leurs petites boutiques. On l'a vu Lepéniste, Larouchien,... En vérité il était Allais, un penseur libre mais qui avait compris que la profonde césure idéologique en France ne rimait à rien.  On se méprend généralement sur sa formule, tardive,  selon laquelle il était un libéral socialiste. Il voulait simplement dire que ce qu'il enseignait était indifférent aux doctrines et aux idéologies dominantes.  Si la monnaie était un bien collectif qui ne devait pas être laissée entièrement aux mains des banques, cela ne voulait pas dire qu'il était collectiviste. Si un certain protectionniste était nécessaire pour éviter des effets contreproductifs d'un commerce entièrement libre entre pays de niveaux de vie totalement différents et de niveaux de règlementations également différents, cela ne voulait pas dire qu'il était pour les monopoles et les mauvais coups portés au commerce par des gouvernements favorisant ses champions et des structures nationalisées obsolètes.      

Maurice Allais voulait le bien commun ; il était insensible aux idéologies ;  il pensait que l'observation était la seule maîtresse acceptable ; il croyait que lorsqu'on était sûr de ses théories il fallait en faire profiter le plus grand nombre.

Bien sûr il pouvait se tromper. Nous avions relevé en 1998 qu'il se trompait une fois de plus  sur la date de la grande crise qu'il prévoyait, comme il s'était trompé sur la nature de la crise boursière de 87. Nous pensions que cette grande crise surviendrait 18-20 ans après la crise de 1991-93, en application de notre théorie du cycle.  Mais qu'elle était en effet inévitable pour les raisons qu'il professait, et d'autres qui l'avaient été par J. Rueff. Curieux que les deux penseurs en économie dont les observations sont critiques pour mener une analyse pertinente de la situation d'aujourd'hui soient deux Français, polytechniciens et académiciens, qui ne furent des économistes qu'autodidactes et par passion personnelle et non de formation. Curieux que l'un comme l'autre attinrent les honneurs les plus élevés mais furent pratiquement rejetés, niés, oubliés par les médias saisis tout à coup par ce réflexe de dominés d'aller chercher leurs auteurs économiques à l'étranger, un des signes les plus sûrs d'une décadence dans l'ambition et la vitalité nationales.   

La crise qu'Allais anticipait parce qu'en effet "ce qui doit arriver arrive", est survenue en 2008. Nous l'avons prévue  et annoncée en détail aussi bien dans son calendrier que dans sa force dès 2006.  Maurice Allais s'était trompé deux fois. Il s'est tu cette fois là, concentrant son combat, à plus de 90 ans, sur le libre échange. Dommage ! Il aura fallu qu'il meurt pour qu'on s'aperçoive tout à coup que tout ce qu'il enseignait était au cœur des problématiques actuelles.

Le traitement infâme et injuste  de la presse quotidienne nationale nous avait conduit à stigmatiser assez durement l'article du Monde de 98  rendant compte du livre d'Allais  annonçant une future crise de type 1929  et qui se concluait sur un "nous voilà averti" bêtement ironique. Les mécanismes décrits par Maurice Allais étaient peu contestables même si nos explications étaient sur certains points divergentes. Ils ne méritaient ni ironie facile ni mépris. Le Figaro lui ne risquait pas d'être attaqué sur ses commentaires  : il avait retiré à Maurice Allais la tribune qu'il lui avait offert un temps et ignorait superbement ce qu'il avait à dire. L'occultation est toujours plus efficace que la critique morveuse.

Allais  a découvert la force terrible des tabous que même un Nobel français couvert d'honneur ne pouvait vaincre. Sa dernière interview à Marianne est terrible : le bal médiatique des économistes ignorants existe bien. Le fait qu'ils n'aient rien vu venir de la crise ne les empêche pas de pérorer toujours et encore. Et parfois ils ne sont pas seulement ignorants : ils trompent le monde sciemment.

C'est un thème qui nous est familier.

Que les médias aient réduit Maurice Allais au silence, notamment la télévision qui forme désormais l'opinion , est une grande faute.

Qu'on nous permette d'affirmer que c'est une des raisons de la création de notre Cercle et de notre blog. Il importe que des questions clés non abordées dans la presse ou travesties soient discutées par des économistes indépendants dans le langage du grand public.

Nous admettons avec plaisir et même honneur que nous nous situons dans le sillage de Maurice Allais, même si nos thèses sont parfois  différentes et à l'occasion opposées.

Quarante ans après, le tour du jardin du Luxembourg avec Allais produit encore sa petite musique.

FMI : l'incroyable aveu de DSK !

L'aveu fait par DSK dans son interviex au journal le Monde datée  du 8 octobre 2010 est tout à fait extraordinaire.

"Le FMI va commencer des études de contagion", dit-il. "Jusqu'à présent le FMI étudiait la politique monétaire des Etats Unis principalement en analysant ses effets sur l'économie américaine elle même".  Et il continue en remarquant qu'il procèdait de même sur la question des excédents Chinois.

On relit en se pinçant.  L'analyse des déficits américains et des excédents chinois n'était même pas unifiée !  La stratigraphie des services bureaucratiques  remplaçait l'analyse économique du monde par  des analyses exclusivement pays par pays.

Comment détecter alors ce qui est pour nous le source principale de la crise : la double pyramide de crédits  s'emballant entre la Chine et les Etats Unis, provoquant partout une inflation de dettes intenables, aggravées par l'instabilité structurelle des changes flottants. ?

Ainsi s'explique la complète faillite du FMI à comprendre et à prévoir quoi que ce soit. Nous avons dénoncé cette carence dans plusieurs articles sur ce blog dès 2008. Il faudra plus d'un an au FMI pour se re synchroniser avec la réalité.

Ce compartimentage absurde de l'observation et de la réflexion n'est pas le seul fait de la bureaucratie du FMI. Sa composante idéologique est évidente.  C'est le décalque d'une organisation qui veut que les banques centrales n'ont d'autres préoccupations à avoir que le niveau des prix de leur zone monétaire.

Les évolutions de changes et les mouvements financiers internationaux, qui sont justement  les vecteurs de la "contagion" dont parle DSK,   sont idéologiquement hors du champs  de l'observation économique et d'une quelconque responsabilité politique.  Les effets multiplicateurs croisés d'une monnaie de réserve américaine non gérée comme telle, d'une politique monétaire mercantiliste en Chine et de l'instabilité des changes flottants,  qui sont le coeur même des désordres ayant provoqué la crise  n'ont pas été observés parcequ'ils n'avaient pas à être observés pour des considérations idéologiques.  Nous retrouvons là la force destructrice du tabou.  Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

C'est sur cet aveuglement volontaire  que la postérité économique sera sans doute le plus critique. Il accompagne l'autre immense sottise qui veut qu'on se batte comme des chiffoniers sur un demi pour cent de droit de douane mais qu'on trouve normal et hors de discussion qu'une monnaie perde 50% de sa valeur par rapport à une autre.

DSK aurait voulu démontrer la nullité effarante des conceptions économiques dominantes, qui s'apparentent plus à la pensée magique qu'à une analyse scientifique des causes et des conséquences, il n'aurait pas fait mieux.  Il serait sot de croire que le changement d'attitude du FMI correspond à une prise de conscience radicale des changements de méthodes et de perspectives qui s'imposent. C'est bien là le plus grave.  La réflexion menée s'inscrit dans une école de pensée qui fait des subprimes la cause de la crise  qui se serait amplifiée par des phénomènes de contagion sous estimés.  DSK confirme cet aveuglement lorsqu'il dit : "il ne faut pas oublier le secteur privé qui est à l'origine de la crise". 

On reste dans ce charabia débile qui veut que par un effet papillon magique  le comportement de certaines firmes sur le marché immobilier américain aurait "par contagion" gangrené le monde entier.   On ne veut pas voir que la crise est systèmique  ; que les "subprimes" ne sont qu'un détail infime dans le décor de dettes immense qui s'étaient  accumulées  progressivement  du fait du comportement de certains Etats.  La non gestion du dollar bien que monnaie de réserve et le mercantilisme du gouvernement communiste chinois dans le chaos des changes flottants  n'ont strictement rien à voir avec le comportement d'entreprises privées.

L'erreur conduit DSK à une contradiction immédiate puisqu'il finit par admettre que "la surévaluation du Yuan est à l'origine de tensions sur l'économie qui sont en train de devenir une menace".   Comme si cette menace était nouvelle !  Elle l'est depuis 20 ans. Seulement voilà : les changes ne pouvant pas être un problème, il était interdit d'envisager la responsabilité du système des changes.  Rappelons le : la crise des changes flottants  de 1998, improprement appelée la crise des pays émergents, n'était que le fait du comportement de "cronies" dans la bouche des économistes de cour américains et de leurs suiveurs dans les organismes internationaux comme le Banque Mondiale et le FMI.  Ajouter l'injure à la bêtise n'a jamais gêné qui que ce soit dans le domaine de l'analyse économique et monétaire internationale.

DSK n'a toujours rien compris. Il flotte comme un bouchon au gré des pulsions de ses mandants principaux.  Il fait de la politique. Rien d'autre.  A cause de cela le FMI est toujours à côté de la plaque. Son explication de la crise est nulle. Ses méthodes sont encore paralysées par l'idéologie des monnaies administratives gérées par des banques centrales indépendantes se concentrant sur l'inflation dans leur zone monétaire et dont la valeur est déterminée par "les marchés financiers".   Dans cette optique, la seule réforme demandée est que le Yuan flotte.  Pendant qu'on s'enquiert des phénomènes de contagion des crises bancaires et des moyens de les enrayer.  On a pourtant vu que tout le vacarme sur les bonus, la comptabilité, les agences de notation  n'ont abouti à rien de décisif.

L'interview de DSK montre qu'alors que le système des changes est partout sous tension et que les politiques monétaires désormais s'écartent sans honte du consensus de Washington,  le FMI traîne encore à l'arrière du front, alors que sa mission originelle dont il n'aurait jamais du s'écarter, était de conduire les états à s'inquiéter du potentiel de désastre contenu dans des politiques monétaires et de changes non synchronisées.

Le pompier n'est pas devenu pyromane.  Il avait la tête ailleurs.  Il vient de découvrir que quand le champ brûle il est bien possible que la forêt d'à côté peut aussi flamber.  Grands Dieux : il y a eu contagion ! Est-ce possible !  Et le village a fini par flamber aussi ? Tiens donc, quel intéressant  champ de nouvelles réflexions !  Alors que le climat avait été sec  depuis des années et que tous les campeurs du coin multripliaient les  barbecues !   Ne serait-ce pas ce barbecue à mergez qui aurait mis le feu en premier autour duquel s'agitent des types avec de drôles de têtes patibulaire ?  Sûrement si. Attaquons nous au goût pour les mergezs,  à la norme du barbecue et à l'organisme qui donne des notes de sécurité au barbecue.

La sécheresse ? L'inflamabilité générale ? L'absence de tout mécanisme permettant de contrôler les évolutions du feu entre les champs et le village ?  Allons : cela notre idéologie nous interdit d'y penser.

Et on en est encore là trois ans après une crise  qui a fait des dégâts gigantesques et dont la sortie n'est pas encore acquise.

Et pendant ce temps là en France les nigauds dressent un autel à DSK !

Le Français né malin ...

 

Didier Dufau pour le Cercle des économsites e-toile.

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