Hommage à Raghuram Rajan

Raghuram Rajan, Raghu pour les intimes,  est gouverneur de la banque centrale de l’Inde (Reserve Bank of India). Il vint de refuser de faire un second mandat. Cela s’est passé un 18 juin et cela résonne comme un appel. Il n’a pas été démissionné pour incompétence. Au contraire, il a été probablement le meilleur gouverneur de banque centrale de ces dernières années.

Raghuram était l’ancien Economiste en chef du FMI et il savait exactement de quoi il parlait.

Sa compétence et son autorité économique, qui n’étaient pas seulement une image de com’, comme pour DSK,  lui ont permis de sortir l’Inde de trois de ses tares habituelles : une inflation trop forte, des déficits intérieurs et extérieurs exagérés et un cours erratique de la Roupie. Rappelons la période : la pire pour les relations financières et monétaires internationales. Rappelons aussi le résultat : la meilleure croissance mondiale, bien avant la Chine !

Mais voilà, Il avait compris que le système monétaire international, basé sur les changes flottants et le n’importe quoi, était fou et forçait une guerre des banques centrales ridicule et contreproductive. Il ne l’a jamais dit aussi clairement. Les banquiers centraux ne font pas cela. Mais la restriction était évidente.

Alors les pressions ont commencé pour l’éjecter.

Raghu s’était fait connaître dès 2005 pour un rapport prémonitoire qui prenait à contrepied les inepties propagées par « la triplette tragique », Robert Rubin, le politique, Alan Greenspan, l’énigmatique, et Larry Summers, le vociférant, et annonçait l’explosion de 2008.

 “Here was a telling moment in 2005, at a conference held to honor Greenspan’s tenure at the Fed. One brave attendee, Raghuram Rajan (of the University of Chicago, surprisingly), presented a paper warning that the financial system was taking on potentially dangerous levels of risk. He was mocked by almost all present — including, by the way, Larry Summers, who dismissed his warnings as “misguided.”

Larry Summers l’a même carrément insulté en le traitant de « Lubbit », un terme qui s’applique aux fofolles qui épousent une pensée sans substance par pur snobisme.

Raghu n’a jamais caché depuis les réserves que lui inspirait le fait qu’aucune réforme n’avait suivi l’effondrement. Il est l’un des rares économistes de qualité ayant eu le courage de dénoncer les défauts structurels de la mondialisation basée sur la fuite en avant monétaire. Son livre,  Fault Lines: How Hidden Fractures Still Threaten the World Economy?, publié en Août 2011, et qui n’a eu exactement aucun écho en France, démontrait très précisément que les explications par les « subprimes » et de gangstérisme financier manquaient un tantinet de profondeur.

 “Rajan shows how the individual choices that collectively brought about the economic meltdown--made by bankers, government officials, and ordinary homeowners--were rational responses to a flawed global financial order in which the incentives to take on risk are incredibly out of step with the dangers those risks pose”.

Il faut aller plus loin que la simple dénonciation d’individus déviants.  Les agents économiques sont rationnels même dans un système irrationnel. Le problème est dans les défauts du système, pas dans la mentalité des agents économiques.

Il a rappelé à de nombreuses reprises que, dans le système financier existant, il est impossible de connaître la valeur fondamentale des actifs. L’économie n’a donc plus de boussole. Les investisseurs deviennent des guêpes frappant contre une vitre.

Comme beaucoup d’économistes soucieux du tiers monde, Raghu croit beaucoup que l’inégalité croissante est largement responsable de la crise, aussi bien celle qui apparait au sein des pays émergents, que celle qui s’est installée aux Etats-Unis et celle qui persiste entre pays émergents et pays industrialisés. Voir sa conférence fondamentale : (https://www.youtube.com/watch?v=GW7wu3uyz9g).

Sans nier l’impact des inégalités,  nous-même mettons plutôt l’accent sur l’effet délétère des grands déficits et des grands excédents qui imposent le retour des excédents de balance des paiements sur le marché financier des Etats-Unis et la hausse consécutive des en-cours bancaires, provoquant l’apparition d’une économie baudruche et des crises de plus en plus graves. Il n’est pas nécessaire de partir des inégalités aux Etats-Unis pour comprendre qu’une nation qui paie ses déficits dans sa monnaie n’aura aucun frein à les accroître jusqu’à l’explosion finale.   Mais il n’a pas sous-estimé le rôle des bulles financières répétées ni les effets des grands excédents et des grands déficits.

Il a parfaitement démontré que les politiques d’exportations forcées avec des monnaies dévaluées et les super excédents entrainaient à terme une économie locale anémiée et un Etat asphyxié. Il a moins bien vu que le débiteur américain était aussi capable de ruiner périodiquement le créancier (Allemagne en 74, Japon en 1992, Chine, en ce moment même). Mais au moins il a produit ce qu’on attend d’un économiste : une explication basée sur des observations et des mécanismes et non sur des pétitions de principe et des postures.

Naturellement, les éléments de langage relatifs à l’exclusion de Raghu Rajan font valoir uniquement des querelles internes à la politique indienne et l’énervement du nouveau dirigeant indien, Narendra Modi, face à la volonté de la banque centrale de nettoyer les bilans des banques et de mettre fin aux prêts « politiques » , et sa réticence à baisser de façon irresponsable les taux d’intérêt.

Ces querelles existent. Mais derrière ce conflit, il reste l’hostilité des tenants de la mondialisation à l’américaine basée sur la suprématie du dollar et la violence extérieure de son droit pénal.  Elle a laissé Raghu sans soutien.

En dépit du « lip service » politiquement correct en faveur d’un tiers-mondiste sérieux et soucieux d’efficacité sociale, Raghu a fini par être un homme seul en dépit de la justesse de ses vues et l’efficacité de son action opérationnelle.

Dommage. Car il a prouvé que la réflexion économique n’était pas seulement américaine et qu’elle devait même s’écarter de la vulgate de sa propre école (Chicago).

Et hommage, pour avoir prouvé qu’il était nécessaire de regarder plus loin que le bout de son nez. Espérons qu’il pourra à terme devenir président de l’Inde en dépit des graves  passions qui divisent ce pays.

Ce serait un allié idéal pour une réforme du système monétaire international.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile.

Jacques Rueff et la double pyramide de crédits

Jacques Rueff ne figure dans pratiquement aucun livre actuel  d’économie. Il est vrai qu’il n’était pas véritablement un économiste. Polytechnicien et inspecteur des Finances, il a le profil d’un notable le de la République comme la France sait en produire et un financier au sens le moins technique du terme. Le rapport Rueff-Armand reste dans les mémoires comme l’exemple même de la justification technocratique d’un retournement politique  en vue de redresser un pays et de le mettre sur la voie de la modernité.   Cette démarche, voulue par le général de Gaulle, sera souvent imitée par les politiques désireux de montrer qu’ils parcourent à nouveau le champ du progrès, en se dégageant des miasmes et rigidités d’un passé sclérosant.  Nicolas Sarkozy essaiera la formule avec le rapport Attali en début de quinquennat.

Bref, J. Rueff est considéré comme exemplaire des élites administratives  à la Française, mais pas du « Nobel » de l’économie.  

C’est bien dommage. J. Rueff était un observateur extrêmement fin des réalités monétaires et  financières.  Son témoignage est d’autant plus précieux qu’il a couvert de ses observations toute la période de 1929 à 1973. Il a donc vu se créer la bulle qui allait faire exploser l’économie américaine et à sa suite l’économie mondiale. Il a connu tous les aléas monétaires de l’entre deux guerres.  Il a vu la lente dégradation du système de Bretton Woods puis sa crise brutale à partir de 1967 menant à l’instauration des changes flottants et à un système monétaire dont les devises n’étaient fondées sur rien (monnaie entièrement administrative)  et établissaient leurs valeurs respective sur les seules forces de l’offre et de la demande.

Que découvre-t-il dès ses premières fonctions comme attaché économique à l’ambassade d’’Angleterre.  Que le système monétaire de Gold exchange standard   mis en place au début des années 20 a un comportement curieux très différent du système des points d’or que l’orthodoxie avait mis en œuvre en 1873.   La monnaie pivot d’un système de GES devient automatiquement  une monnaie de réserve.  Cette monnaie n’est pas conservée mais placée dans le pays de la monnaie pivot où elle produit des intérêts. Ce replacement crée de la monnaie qui par le mécanisme du multiplicateur  gonfle les en-cours de crédits. La balance des paiements du pays émetteur de réserves  tend à devenir déficitaire et un cycle auto- aggravé se met en place.  Du côté du pays dont les réserves en monnaie pivot se gonflent la banque centrale émet à proportion de la monnaie banque centrale et pousse donc au développement du crédit. Mais comme les réserves sont replacées dans le pays d’origine, elles servent à nouveau à justifier un nouveau round de création monétaire et de dettes.

Le mécanisme de la double pyramide de crédits était décrit.

Il observe alors le gonflement vertical de l’encours de dettes aux Etats unis et la poussée corrélative de la bourse, dont les transactions sont entièrement soutenues par le crédit et non par l’épargne.  Le crédit va de moins en moins à l’économie mais de plus en plus à la spéculation.  La dette appelle la dette de plus en plus loin des réalités.  Tous les circuits d’épargne mondiaux entrent dans la danse.  Lors que la bulle éclate ce ne sont pas seulement les Etats-Unis qui sont  frappés mais l’ensemble des circuits financiers mondiaux. Un terrible « credit crunch » se produit qui assèche les échanges. La récession violente  se produit et gagne le monde entier. Les banques font faillite partout.  Les finances publiques des Etats sont ravagées. Les troubles sociaux commencent.   

Ce mécanisme fondamental est ignoré de la quasi-totalité des ouvrages  consacrés à la crise de 1929 qui  généralement ne voient pas que la cause principale de la crise de 1929 tient aux défauts du système monétaire international.  Milton Friedman aura raison d’affirmer que la réaction de la FED face au « credit crunch » sera l’inverse de ce qu’il aurait fallu faire. Mais lui-même n’a pas d’explication de la crise elle-même. On affirmera donc aux Etats Unis : la crise de 1929 était une crise comme une autre transformée en désastre dépressionnaire par de mauvaises politiques.  Exit le système monétaire international et les conséquences drastiques de ses défauts.

On recrée un système de gold exchange standard à Bretton Woods.  Va-t-on revoir le même scénario se produire ? Pendant 10 ans il y a une telle famine de dollars qu’elle masque tout. Mais  à partir de l’arrivée de Kennedy et surtout son remplacement par Lyndon Johnson  on voit se multiplier les Eurodollars. La double pyramide de crédits est en train de se reconstituer.  Dès 1967 les observateurs commencent à se rendre compte que le système ne pourra pas durer.  A nouveau J. Rueff explique ce qui se passe. Mais on lui demande au nom de  la solidarité occidentale de ne pas attaquer la monnaie américaine, alors que le général de Gaulle ne se prive pas de demander le retour à l’étalon or au milieu des lazzis des commentateurs anglo-saxons et de leurs suiveurs en France.

On aboutit alors aux changes flottants. Le Dollar reste la monnaie de réserve dominante.  La double pyramide de crédits  n’est pas liée au Gold exchange standard mais au fait qu’une monnaie nationale devient la monnaie de réserve du monde.   Trente ans de dollar pivot ont créé un « fait accompli ».  Les désordres monétaires qui s’enchaînent jusqu’en 1985 masquent les mécanismes de fond. Mais après la stabilisation Volcker,  et la prise de conscience générale qu’on obtenait directement inflation et  dégringolade de la monnaie  en menant une politique nationale keynésienne,  on entre dans un système de monnaies stabilisées par les banques centrales (elles ne conservent qu’un objectif  de  stabilité des prix).  Circonstances particulières : l’ensemble des économies ex-communistes entrent progressivement dans le jeu économique mondial.  Les prix des objets fabriqués ne peuvent plus augmenter.

Jaques Rueff n’est plus là pour signaler le fonctionnement pervers de la double pyramide de crédits.  Mais la réalité demeure. Les déficits américains nourrissent des excédents majeurs notamment en Allemagne et au Japon.  L’argent replacé aux Etats unis alimente le cycle infernal.  Les purges périodiques  sont de plus en plus brutales.  91-93 est la plus grave crise depuis 1929.  Les Etats unis en sortent par une fuite en avant  après avoir ruiné son créancier principal le Japon, qui ne s’en remettra jamais tout à fait.  Alimentée par les libéralités de la FED  la dette mondiale commence à enfler de façon incontrôlable, l’inflation ne liquidant plus une partie de l’excédent de monnaie qui gonfle en revanche tous les actifs immobiliers.   Le couple Chine-Etats unis se met en place avec des déficits géants d’un côté et des excédents géants de l’autre.  
 
On retrouve le schéma de 1929 mais dans un contexte très différent avec des montants supérieurs de plusieurs magnitudes.  Et on retrouve le même « credit crunch » à compter de juillet 2007 puis surtout de septembre 2008.
Ne pas comprendre que J. Rueff a mis le doigt sur un moteur essentiel des dérèglements qui ont gâché les cent dernières années est une des lacunes les plus graves de l’économie moderne telle qu’elle est décrite et enseignée.

La leçon de Rueff a une conséquence immédiate : il faut supprimer tout système qui fait d’une monnaie nationale la monnaie du monde.  Il ne reste alors qu’une alternative : ou le retour pur et simple à l’étalon or ou un système de monnaie de réserve multilatérale  du type du Bancor de Keynes ou de ce que nous appelons le Mondio.
Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Projet Obama : une révolte violente mais instructive

La réaction violente aux projets d’Obama  interpelle aussi la France et l’Europe.

Les médias et  les politiques français sont totalement surpris par la vigueur de l’opposition qui s’exprime aux Etats unis contre les projets d’Obama en matière de Sécurité Sociale Universelle.
Cela porte témoignage moins sur ce que sont les Etats- Unis que sur ce qu’est devenue la France.  

En France la droite et la gauche partagent désormais des conceptions quasiment identiques.  Un « filet » social doit être tendu sous la société française de telle façon qu’à tout âge et en toutes circonstances, l’argent public vienne se substituer aux ressources manquantes  ou les compléter.

Le gouvernement  Français actuellement  cherche à colmater le dernier « trou » existant dans le système français, la subvention aux inactifs de 18 à 25 ans.

Une fois ce maillon faible supprimé, il sera possible de vivre ad vitam aeternam aux frais du reste de la société.  

Le dispositif est complété par de très nombreuses gratuités qui permettent d’assurer à des familles qui ne travaillent pas tous les services considérés comme essentiels, et leur liste s’allonge sans cesse.

La santé est gratuite pour tous, quelque soit l’âge et la situation du malade. L’enseignement primaire secondaire et supérieur est pratiquement gratuit.  Une large partie de l’offre culturelle et sportive est également rendue gratuite ou très largement subventionnée.  Le « droit opposable  au logement » qui vient d’être déclaré,  complète un système où il suffit d’être là pour devenir créancier du reste de la société.  

Subventions et gratuités sont assurées sans grandes contraintes de statut ou de durée.  On a vu que les enfants d’immigrés clandestins ont droit à l’école gratuite, à la santé gratuite etc.
Toutes les failles du dispositif sont activement dénoncées pour  que le principe socialiste, à chacun selon ses besoins en toutes circonstances, soit complètement appliqué.  Et les gouvernements successifs, qu’ils soient de droite ou de gauche cèdent aux pressions après  un faux semblant de résistance.

Le grand virage a été pris à l’initiative de Rocard avec le RMI. Pour la première fois on faisait sauter le verrou  symbolique essentiel : on subventionnerait en argent liquide et pas seulement en prestations en nature même ceux qui sont capables de travailler et qui ont pris le parti de ne jamais le faire.
Pour peu que l’on accepte une vie frugale, il est possible, de la naissance à la mort, de se faire porter intégralement par la société  sans jamais travailler. Le niveau de vie assuré, toutes prestations inclues,  est supérieur à celui des trois quarts de l’humanité qui travaillent dans le monde.

Lors d’un voyage officiel d’un Président Français en Algérie, acclamé par le cri passionné des foules : « des visas » « des visas », un journaliste de télévision questionne une adolescente sur le bord de la route. Que penses-tu de la France ? « C’est un pays extraordinaire où on gagne dix fois plus à ne rien faire que nous ici en travaillant ».  Ce cri du cœur dit tout de l’exceptionnelle situation française.  La guerre d’Algérie et tout le tintoin : rien à en faire !  Mais vivre à l’œil indéfiniment, voilà qui mérite attention.

Dès qu’une gratuité et une indemnité a été accordée, elle est vue comme un avantage acquis pour l’éternité qu’il faut perpétuer et étendre.  L’homme politique et le journaliste qui élèveraient  une objection ou qui contesterait l’extension illimitée du système serait immédiatement exclu.  Le « oui mais » reste possible, mais il ne faut pas non plus en abuser.  Allocations et gratuités pratiquement sans conditions  sont devenues les mamelles de la démocratie française.


Personne ne veut qu’on lui indique le coût extravagant de cette folie.


En 1999, avant les manipulations qui ont été faites pour maquiller le système, le plus humble des travailleurs était l’occasion de prélèvements représentant 60% de son salaire brut,  en incluant les charges patronales ; les mêmes chiffres étaient de 65% pour un employé moyen, de 70% pour un petit cadre, de 75% pour les cadres moyens et de 80 à 85 pour les entrepreneurs individuels et les cadres supérieurs. Avec l’ISF, on dépassait allégrement les 100% de prélèvement. 

Ces chiffrages mille fois justifiés et mille fois publiés, ont fini par inquiéter les politiques qui ont pris deux mesures phares chargées de « casser le thermomètre ».  On a « supprimé » une grosse partie des charges sociales pour les Smicards ; on a institué un  « bouclier fiscal». Du coup il n’était plus possible d’écrire que le Smicard était l’occasion d’un prélèvement de 60%, injustifiable, ni qu’on pouvait être taxé à plus de 100%, un taux confiscatoire tout aussi injustifiable.  


Ces mesures, prises par la droite, l’ont été pour sauver le système qui autrement aurait fini par exploser. Ce sont des artifices.  Les charges sociales des smicards ont été simplement transférées sur l’impôt et, faute de ressources suffisantes, sur la dette.  Le sauvetage de l’ISF n’et qu’un replâtrage intenable qui sautera un jour ou l’autre.  Ces exemples récents montrent que la droite est surtout désireuse de maintenir et d’amplifier un système social d’inspiration pleinement socialiste.  Une des raisons des difficultés du Parti Socialiste tient au fait que le langage  et l’action des partis de droite de pouvoir en France sont purement et simplement les siens.

A l’inconvénient d’une fiscalité extravagante s’ajoute naturellement un endettement qui n’a cessé de croître depuis qu’à l’initiative de MM. Giscard et Chirac, la France est entrée dans l’ère de « l’énarchie compassionnelle ». A l’endettement structurel s’est ajouté celui né des différentes récessions, et particulièrement la dernière, au point que plus personne ne sait comment éviter que la spirale de l’endettement ne s’amplifie. Pire encore, comment rembourser : la dépense publique est supérieur à la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand !

 
Le taux d’emploi en France est ridiculement bas. La proportion des personnes en âge de travailler mais qui ne le font pas est en France est une record du monde.  Nous avons les taux les plus bas d’emploi des jeunes, des femmes, des personnes de plus de 50 ans et des immigrés.  Le chiffre le plus tragique de l’histoire économique nationale est le nombre de salariés du secteur marchand qui n’est même pas au quart de la population totale.  Par rapport à la moyenne des pays de niveau économique comparable, il manque entre 5 et 10 millions d’emplois ! Une paille !

Ce manque à gagner grimpe constamment et ce n’est évidemment pas la crise actuelle qui va le réduire.
Personne ne sait comment assurer l’avenir d’un tel système qui craque déjà de partout et ne pourra que se révéler intenable lorsque qu’il nous sera plus possible d’emprunter. On risque alors de  constater qu’il est impossible de le réformer dans la douceur et à la marge.  Le papy boom, la capture économique de l’industrie par la Chine,  de l’agriculture par des pays émergents comme le Brésil, s’ajoutant au poids de la dette accumulée et au nombre des personnes dont l’emploi ou le non emploi sont subventionnés et qui exigent que l’on continue,  risquent de créer une situation incontrôlable.


Personne ne sait où l’on va et comment la France terminera cette expérience  généreuse mais  aux conséquences à terme probablement des plus funestes.  Sans compter l’injustice faite ici et maintenant à tous ceux qui voient leur vie de travail ruinée par le fisc et l’effondrement progressif de l’économie française.
Les projets d’Obama laissent penser à de nombreux américains que l’avenir qu’on leur propose est celui que la France a choisi et qu’ils appellent sans fausse pudeur le socialisme.  Et ils ne veulent pas entendre parler du socialisme.

Quel est le fond idéologique sur lequel  ils s’appuient ?  Il est très simple.  Ces américains considèrent qu’une personne en âge de travailler et qui le peut doit le faire.  S’il le fait il pourra, en fonction de son travail et de ses mérites, se soigner et assurer les dépenses  de sa famille.  L’Etat, et la charité, très importante dans ce pays porté à la religion, ne doit s’intéresser qu’aux enfants et aux personnes âgées (Medicare et médicaid)  ainsi qu’aux handicapés. L’enseignement de base est gratuit. Mais pas l’enseignement supérieur qui est investissement qui relève des choix et des capacités individuelles.  Le chômage  la maladie  et la retraite des adultes relèvent de l’assurance et non de la subvention.  Des programmes ciblés peuvent être mis en place, dans les communautés, les Etats régionaux voir à l’échelon  fédéral, pour aider à sortir de conditions difficiles. Mais ils ne peuvent être que temporaires.


Il appartient donc aux individus, aux communautés de base comme la famille  ou  la communauté religieuse, ainsi qu’à la communauté de travail qu’est l’entreprise, de faire leur affaire de la couverture des risques sociaux des personnes capables de travailler.

L’agressivité extrême qui se manifeste contre les projets d’Obama ne s’explique pas autrement : on touche à un des piliers moraux de la société américaine et de la société tout court.  Toute personne en âge de contribuer à la société doit le faire. Et c’est à elle de prendre les décisions qu’elle juge bonne, en association avec les communautés de base, pour faire face aux aléas de la vie.  Big Brother est un ennemi contre lequel il faut lutter sans concession : vade retro satanas !

La question  qui se pose aux Français et plus largement aux Européens, c’est de savoir si le système inverse qu’ils ont mis en place et dont personne ne sait comment le maintenir, ne finira pas par exploser pour laisser la place, au mieux, au système américain actuel. 

Il n’est pas sûr que les nécessités ne nous fassent pas  revenir  à une conception de l’aide sociale plus ciblée et plus temporaire.  Pourrons-nous réellement conserver la couverture intégrale du « petit risque » ?  C’est très peu probable.   Pourrons réellement conserver un système de gratuité totale et universel pour l’enseignement  supérieur ? Le chemin contraire est en route.  Les universités poubelles qui fabriquent du chômeur en masse n’ont plus la cote. On voit que notre merveilleux système nous a interdit en fait de faire le nécessaire pour les handicapés et les grands maladies de la vieillesse.  On a changé le RMI dans l’espoir avec le RSA de favoriser tout de même le retour à l’emploi. Il est plus que probable que ce sera un échec total et pas seulement à cause de la récession actuelle qui masquera le fait longtemps mas pas éternellement.

La récession a avancé pour nous Français la croisée des chemins.  Plutôt que de nous effarer sur la réaction d’une grande partie du peuple américain, réaction qui risque de mettre par terre les espoirs d’Obama,  nous devrions plutôt nous interroger  sur nos propres options d’avenir.  Elles sont d’autant plus complexes que nous n’avons aucune des qualités communautaires  pratiquées aux Etats Unis. 

Le jour où l’Etat cassera et ne pourra ni pousser la fiscalité, ni emprunter, n’est pas si loin. Nous avons non seulement à nous interroger sur la sortie de crise mais aussi sur la sortie d’un système impossible  dont il serait aventuré de penser qu’il puisse durer lui non plus  éternellement.


Plutôt que de se gausser de l’électorat républicain  américain, les intellectuels, les économistes et les dirigeants politiques français devraient plutôt s’interroger sur l’évolution nécessaire de leurs méthodes actuelles, avant que la réalité ne s’impose dans le désarroi total de ces  mêmes élites.  De la même façon que beaucoup de démocrates aux Etats-Unis se montrent inquiets des projets d’Obama.  Tout le monde sent bien que les enjeux sont d’une extrême gravité.

La question posée n’est pas qu’américaine. Elle transcende les nations comme les camps et les partis. Français et européens seraient bien avisés de  ne pas se contenter de caricaturer les débats américains pour  fuir toute réflexion d’avenir  sur des solutions réellement durables.  De même que les Américains n’ont rien à gagner à un débat  outrancier sur des bases purement politico idéologiques.

Didier Dufau et Lewis Holden pour le Cercle des Economistes E-toile

Dur d'être banquier !

"Ne dites pas à ma mère que je suis banquier elle me croit pianiste dans un b… ". Ce titre  célèbre pourrait resservir

D’abord il est important de ne pas perdre d’argent car sinon la direction est aussitôt virée et sans indemnités  et la banque nationalisée !

En gagnerait-on qu’il ne s’agit plus d’avoir des primes ni des intéressements.

Comment en gagner d’ailleurs vu le nombre d’activités qu’on suggère de supprimer.

-    Ne plus jouer sur compte propre (assimilé à un compte sale)
-    Ne plus faire d’opérations hors bilan
-    Abandonner l’ingénierie financière
-    Ne plus échanger quoi que ce soit avec les paradis fiscaux
-    Cesser toutes relations avec les Hedge Funds
-    Ne plus faire de prêts à risques
-    Ne plus toucher à l’argent des déposants
-    Ne plus  s’amuser avec les devises
-    Ne plus rien faire avec les assureurs (chacun son métier).

Remarquez, il y aura des économies : les banques n’auront plus à financer les agences de notations, une pratique « incestueuse ».

Toujours, dans les temps troublés on voit revenir au premier rang les contempteurs de toujours.

Revoilà la caricature de banquiers  sans scrupules présentés dans une vidéo qui fait beaucoup parler d’elle actuellement sur le net, comme des voleurs de toujours. 

voir : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=1274

Ils pillent hypocritement dans le dos des braves gens ;  on essaie de les mettre au pas mais ils arrivent toujours à s’en sortir pour commettre à nouveau des détournements. Et ils pourrissent la vie politique en achetant les députés et les dirigeants.  Comme on est moderne on évite les caricatures à la Rastapopoulos  et on préfère le monsieur distingué façon  administrateur du FMI vu par les Tontons Flingueurs.  

Les vilains banquiers français  ont par exemple convaincu Giscard de leur laisser financer les déficits publics au lieu d’utiliser la planche à billets. Si la banque centrale finançait les déficits de l’Etat avec de la création monétaire on n’aurait plus d’intérêts à payer (car l’Etat n’a pas à se payer d’intérêt à lui même) ! Et on retrouverait aussitôt des ressources budgétaires immenses.  Imaginez ! Les intérêts représentent plus que le rendement de l’impôt sur le revenu.  En Gros Giscard a transféré le montant de l’impôt sur le revenu à ces salauds de banquiers en une petite ligne dans un règlement : « la banque centrale ne doit plus prêter au Trésor ». 

Sordide et cynique , non ?

Les prêts à intérêt de toute façon supposent qu’il y ait croissance  puisqu’il faut rembourser plus que le prêt initial : ils concourent à la destruction de la planète.  Les banquiers foutent en l’air l’écologie de notre bonne terre et Dieu sait qu’on n’en a qu’une seule !

Là arrive  opportunément un rappel de la condamnation générale de l’usure par toutes les religions du Livre. On ne savait pas les contempteurs du capitalisme bancaire si pieux, mais bon…

En revanche, le microcrédit c’est bien.  Il serait encore mieux s’il ne portait pas d’intérêt et qu’on ne le remboursait pas, mais tout de même !

Et si on supprimait la monnaie ? La monnaie c’est l’argent, c’est sale. 

Le troc dans des communautés de vie, ça ce serait chic. Voici le SEL, la sélitude  (la SEL attitude) et la Sélidarité : « Foin des spéculations, on vous demandera d’apporter ce que vous avez à offrir et vous recevrez  ce que chacun vous proposera. Vous verrez poindre une nouvelle forme de société où la seule exclusion sera celle de l’enrichissement monétaire pour tendre vers l’enrichissement de tous par les ressources de chacun ».

Celui qui ose dire que le  SEL a un grain n’a pas à fourrer son grain de sel dans le débat.  

Chantons ensemble : « Fra-Ter-Ni-Té » !  « Fra-Ter-Ni-Té » !  « Fra-Ter-Ni-Té » !

Le Français, né malin, donne toute sa mesure en période de crise générale.



Faut-il interdire les « parachutes dorés » ?

Comment recruter un nouveau dirigeant d’entreprise lorsque la promotion interne n’est pas souhaitable ? En demandant à un chasseur de têt e de trouver l’oiseau rare. Il est rarement au chômage. Il faut le séduire.  En quittant la place qu’il occupe et où il réussit (sinon on ne viendrait pas le solliciter) il perd parfois beaucoup (en  terme d’ancienneté s’il avait un contrat de travail, ou  un plan spécial de retraite, ou des prêts à taux avantageux, ou nombres d’autres avantages para salariaux). Et il prend le risque que cela ne marche pas.
Le niveau de salaire est une chose.  Mais le plus souvent on ne provoquera la venue du candidat souhaité que si on a indemnisé immédiatement les avantages qu’il perd et si on a garanti qu’en cas de départ  non volontaire, une indemnité solide sera  versée, car alors la reconversion risque d’être difficile.  L’habitude s’est prise d’appeler Golden Hello et Golden Parachute ces deux indemnités.
Ces pratiques sont aujourd’hui montrées du doigt au plus haut niveau et  certains pensent à les interdire.  Doit-on interdire la compensation  d’une perte d’avantages acquis pour recruter un cadre supérieur ?  Ce serait amusant dans un pays où les avantages acquis des salariés sont sacralisés !  Si on le fait pourquoi le candidat ferait-il, lui,  le saut vers une nouvelle aventure ? On bloque simplement le marché du recrutement des cadres dirigeants.  Doit-on légiférer pour imposer  qu’un cadre attiré dans une nouvelle entreprise et  jeté presqu’aussitôt  le soit sans indemnité ? C’est amusant là aussi dans un pays qui rêve de flexi-sécurité.  On bloque un peu plus le marché du recrutement de cadres dirigeants.  Le golden parachute compense un risque de carrière très important. Il n’est pas sans contrepartie et  son principe n’est pas arbitraire.  
Bien sûr, il y des abus. Le golden parachute ne doit pas se déployer au-delà de  deux années d’exercice des fonctions  en question.  Il ne doit pas se déclencher du fait d’une décision du bénéficiaire : démission ou vente de l’entreprise ou toute décision du même genre.  Il ne doit pas concerner les mouvements de postes à l’intérieur d’un groupe : le petit jeu qui consiste à faire le tourniquet dans les filiales et à chaque mutation de toucher une petite indemnité contractuelle est évidemment honteux.  Certains cas sont emblématiques des dérives possibles : un président fait venir un de ses amis auprès de lui, en lui garantissant  un golden parachute si lui-même vient à partir.  Il vend l’entreprise.  La nouvelle recrue démissionne et demande son golden parachute puisque le patron a changé.   C’est évidemment un enrichissement sans cause même si ce n’est pas une pure magouille.  
On voit que les indemnités de recrutement et de départ anticipé pour un cadre dirigeant révocable ad nutum ne sont pas en soi critiquables. Elles doivent être connues du conseil d’administration préalablement à leur prise d’effet et  pour l’indemnité d’éviction précoce, disparaître après deux ans de fonction. Toutes les clauses d’auto déclenchement par la personne concernée doivent  être  décrétées comme nulles.
On voit que la législation n’est pas difficile à mettre au point et à  contrôler juridiquement.  Dans la pratique on peut estimer que  d’ores et déjà les pratiques contractuelles appliquent ces règles pour la quasi-totalité des clauses en cours. Législation ou auto régulation par le Medef ne changeront pas grand-chose.  
Se focaliser sur les parachutes dorés relève plus de la démagogie politicienne que de la régulation intelligente de l’économie.  Il n’en va pas de même des stock-options qui posent un réel et grave problème économique, social et politique, autant que moral.

A suivre…

Sylvain Dieudonné,

pour le Cercle des Economistes E-toile.

Maurice Allais : prophète de malheur ou Nobel de l’économie à redécouvrir ?

Le français Maurice Allais est notre seul prix Nobel d’économie. 

Pendant des années il a bataillé contre le système de crédit  et de change qui prévaut encore aujourd’hui dans le Monde. 

A plusieurs reprises il a voulu démontrer qu’une crise de 1929 était imminente. Il l’a fait en 1987 puis en 1997. La fameuse crise ne s’est pas déclenchée à ce moment là mais elle vient de le faire en cette année 2008.  

L’intérêt revient vers les thèses de Maurice Allais qui est désormais très âgé et ne s’exprime plus en débat public, après avoir été traité par la presse comme, disons, un original frôlant le sectaire.

Lors de la parution de son dernier livre, le Monde publiera en particulier un article méprisant contre lequel  je me suis opposé sur le forum du Monde.fr.

Le problème avec les thèses de Maurice Allais c’est qu’elles remettent à ce point en cause les pratiques existantes qu’elles sont inassimilables par la société des commentateurs.  

Résumons-les en quelques mots.

La monnaie devrait être pilotée par les autorités et non par les banques. 

La licence donnée aux banques de créer monnaie en transformant les dépôts en crédits et les crédits en monnaie crée une instabilité chronique qui est à la source de toutes les crises économiques récentes et notamment celle de 1929. Les banques créent de la monnaie non pas pour fournir l’économie mais pour spéculer.  Elles fabriquent des bulles qui sont tellement éloignées de l’économie réelle qu’elles finissent toujours par éclater.  La mondialisation des marchés  expliquent que les bulles soient de plus en plus grosses.  L’allocation des richesses est faussée. La mauvaise monnaie se mélange à la vraie épargne. 

Les changes flottants ajoutent à la confusion, car ils permettent des déficits de balance de paiement colossaux qui sont source de création de monnaie et d’ouverture de crédits  dans une spirale infernale.

L’inflation en allégeant la charge de remboursement de crédits pousse à la roue. Les politiques des gouvernements en cas de crise qui consistent toujours à rendre moins coûteux pour les faux monnayeurs le refinancement de leurs erreurs aggravent tout. 

Au bout d’un moment, tout l’édifice ne peut que s’effondrer. Cela s’est passé en 1929 et cela menace de se produire aujourd’hui à tout moment.

Les solutions proposées sont radicales. 

Les dépôts ne doivent pas être transformés en crédits par les banques.  Et voilà toute l’activité des banques de dépôts par terre !

Les déposants qui veulent investir doivent le faire dans des instruments ad hoc comportant le risque que l’on voudra. L’important c’est que les banques ne créent pas de monnaie, privilège des autorités monétaires et  que les prêts des banques soient toujours d’un terme inférieur à leurs ressources.  Des ressources à court terme ne doivent pas financer des  engagements à long terme. 

Afin que l’inflation ne crée pas de distorsions dans l’allocation des ressources, les intérêts doivent être indexés sur les prix et il faut évidemment des changes fixes pour ne pas introduire de ruptures désastreuses dans les anticipations.

Ce système est parfaitement cohérent et rigoureux. Seule l’épargne finance l’économie. L’épargne liquide est protégée. Le  revenu du prêteur est protégé de l’inflation. C’est lui qui choisit ses risques  en acceptant tel ou tel placement. L’allocation des ressources est optimisée. Elle va nécessairement aux besoins réels et la spéculation devient quasiment impossible.

Ce discours sera totalement rejeté. La raison en est simple : toute la banque est une industrie de la « transformation » qui permet aux bas de laine d’aller dans l’économie.

Certes des prêts longs sont financés par des dépôts courts, mais sauf panique, ces dépôts sont en fait une ressource longue.  Les tenants du système, c'est-à-dire le monde entier, considère que cet aspect n’est même plus à discuter sauf à retourner à l’âge des cavernes.

Le même raisonnement est fait pour les changes flottants : les attaques concertées contre une monnaie sont des opérations toujours gagnantes et le marché sait mieux que les Etats les cours à pratiquer.  C’est la théorie de Milton Friedman. 

Tous les économistes modernes ont une peur bleue de s’attaquer à Milton Friedman et  de passer pour un vieux schnock qui n’a rien compris.

En un mot Maurice Allais s’attaque à plusieurs piliers incontestés de la société moderne et dont la disparition est jugée quasi unanimement  comme  une aventure et probablement une voie vers la stagnation.   

La réaction commune est : d’accord les piliers en questions sont un peu mouvants et potentiellement dangereux mais les politiques prudentielles mises en œuvre par les banques elles mêmes et par les Etats suffisent à conjurer les risques les plus grands. Certes il y aura des crises bancaires, ou monétaires mais elles n’auront pas de conséquences graves à long terme.  Utiliser la voiture au lieu du vélo pour un voyage est plus dangereux mais on arrive en général tout de même plus vite. 

Et nous savons désormais éviter les crises de type 1929 !

On voit bien aujourd’hui que cette pensée commune est en difficulté.  Jamais les déficits américains n’ont été jugulés ouvrant la porte à des créations monétaires folles.  Faute d’autorités au dessus des Etats-Unis, l’impuissance est totale.  

Milton Friedman n’a jamais voulu voir que les changes flottants sont en faits déstabilisants et provoquent la chute globale du système monétaire.  En 35 ans les principales monnaies ont perdu 95% de leur valeur.  

La régulation des flots de crédits et de la création monétaire  est impossible en cas de formation de bulles.  Personne ne peut refroidir le gonflement des risques.  Quand on s’y risque la bulle est si grosse  qu’elle explose.  

On ne sait pas distinguer un prêt industriel et un prêt pour une spéculation. Dans tous les cas le prêt est fondé sur une espérance de gain plus ou moins fantaisiste.  

Les politiques prudentielles ne concernent pas jusqu’ici le hors bilan qui s’est développé de façon exponentielle et les hedge funds qui travaillent hors règles et hors impôts dans des paradis fiscaux.

Le grand défaut de Maurice Allais c’est évidemment de n’avoir jamais chiffré les conséquences des mesures qu’il propose en termes de croissance et de prospérité. 

Tout le monde a vu ce qui était démoli (et que tout le monde utilise). Personne n’a vu réellement ce qui était concrètement proposé.

Cet excellent esprit a alors été relégué dans une sorte de ghetto par la pensée « politiquement correcte » et cela d’autant plus qu’il s’est lancé dans une guerre contre le libre échange qui est un autre pilier du politiquement correct actuel.  

D’où l’article odieux du Monde significatif de la réaction decette pensée unique contre Maurice Allais, et sa conclusion ironique : « Nous sommes désormais avertis !».

Aujourd’hui le politiquement correct s’affole et dénonce « l’argent facile », « les banquiers irresponsables », « les traders fous », « les outils techniques trop sophistiqués », « le détournement de l’épargne vers la spéculation au lieu de l’industrie », « les lacunes des  agences de notation » etc. 

Mais personne ne s’insurge contre la généralisation du crédit à toutes les couches de population, même les plus économiquement faibles (le droit au crédit) et la montée de l’endettement global, contre la mobilisation des dépôts bancaires pour construire des pyramides de crédits et créer de la monnaie presque sans limite,  contre les changes flottants et les déséquilibres majeurs de la principale économie du monde. 

On ne veut pas toucher au tronc de notre arbre économique en croyant que seules les branches ont bourgeonné de façon excessive.  

Alors que la faiblesse est dans le tronc lui-même, sinon les déposants n’auraient pas si peur pour leur avoir.  

Que conclure ? Le Cercle des Economistes E-toile adhère à une grande partie du raisonnement de Maurice Allais.  Il faut en effet garder sous contrôle l’inflation, revenir sur les changes flottants et l’exception américaine, conserver la main sur la création monétaire.

Faut-il aller jusqu’à interdire toute  « transformation »  bancaire ? Nous ne le pensons pas.  

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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