Dix huit mois de récession vus au travers du Baltic Dry Index

L'un des apports méthodologiques de la crise aura été le succès du Baltic Dry Index, inconnu de tous et qui a soudain pris un  certain relief. Pour avoir été le premier groupe d'économistes à attirer l'attention sur cet indice, nous en sommes évidemment très heureux. Avec un  peu de recul, que nous a-t-il appris ?

* La première leçon est à chercher dans le déclenchement précoce de l'effondrement vertical de l'indice. Le retournement se produit en juin-juillet 2008. Pas en octobre. Les contrats commerciaux internationaux s'arrêtent à la suite de la flambée "incompréhensible" des trafics relatifs aux grains et denrées alimentaires du premier semestre 2008. La bulle spéculative correspondant à une fuite devant la monnaie éclate fin juin. Le commerce international se bloque. Rien à voir avec les subprimes.

* La seconde leçon est la chute verticale de l'indice qui perd près de 90% de sa valeur en quelques semaines. Du jamais vu. On sait que la crise sera sévère.

* La troisième leçon est la plus visible et la moins exploitée : c'est le commerce international qui s'effondre. Un mode de fonctionnement non durable de l'économie mondiale disparait. Un pilier se désagrège. Au lieu de s'attacher à cet aspect fondamental, l'opinion et les medias se concentrent sur les subprimes et les défauts de comportement de certains banquiers. Cette myopie évite de regarder l'essentiel : l'économie mondialisée basée sur le gonflement indéfini de l'endettement global, des échanges déséquilibrés et les gains spéculatifs à court terme ne fonctionne plus. Les courants commerciaux et financiers internationaux se bloquent.

* La quatrième leçon est l'indication sur la nature de la reprise. L'indice talonne en février 2009, huit mois après le début de la chute, et marque une reprise très timide. La vraie reprise a lieu à la fin du printemps mais elle s'épuise très. Une nouvelle bouffée a lieu à l'automne et s'épuise presque aussitôt.  En ce début d'année 2010 le trafic est très mou. Il correspond à un fonctionnement réduit des usines et aux cahots de la spéculation.

* La cinquième leçon est comparative. Los de la crise de 2001-2002, les trafics commerciaux avaient été déjà fortement ralentis : l'affaire Enron, la spéculation sur le pétrole et les matériaux stratégiques qui s'était effondrée avait provoqué une stagnation de moyenne durée. Les containers  en avaient pris un coup. Ainsi que le commerce des grains et autres denrées alimentaires. Mais l'activité d'échanges de biens finis et semis finis n'avaient pas cessé, tirés par la croissance du Bric.   D'une certaine façon la crise actuelle est plus brutale mais moins longue que celle de 2001-2002, avec le retour à un niveau de prix des affrètements plus solide et plus rapide.  Mais cela ne correspond pas à une continuation des flux habituels et plus à l'effet des plans de relance.

Est-ce que le BDI permet de faire des prévisions sur 2010 ?  Certainement pas. Il a surtout pour intérêt de "prévoir le présent". On entre dans l'année 2010 sur un rythme très faible. Les courants commerciaux n'ont pas été rétablis. Les déséquilibres infernaux demeurent et devront bien  être contrariés d'une façon ou d'une autre. La réaction de relance des Etats ne pourra pas être aussi forte bien longtemps. On a utilisé un fusil à un coup. On entre dans une zone de turbulence forte où tout reste possible d'une reprise tranquille et constante à une dépression et des actions désordonnées des Etats confrontés à des situations sociales intolérables.

Tout est centré sur la machine infernale des changes flottants et des déficits abyssaux qu'ils permettent. L'intolérance à un Yuan grossièrement dévalué et à des créations monétaires américaines sans limites générés par des déficits extérieurs eux-mêmes sans limites ne peut que croître.

On n'a voulu faire aucune réforme. Les changes flottants sont toujours un mot tabou. Les conséquences de ce système malsain continueront à se faire sentir. Cette fois il n'y aura plus de marges de manœuvre. Le système bancaire a vu le coût de portage de ses dettes réduit et ses facilités de gains spéculatifs accrues. Mais les dettes irrécouvrables sont là et le stock augmente du fait de la crise. Certains Etats sont au bout du rouleau.  Les entreprises qui vivent sur leurs réserves ou sur les obligations qu'elles ont souscrites pour se substituer aux emprunts bancaires et aux rentrées commerciales vont être progressivement plus mal. On sait qu'en général le pic du chômage et des faillites arrivent deux ans après le déclenchement de la crise ouverte. 2010 et 2011 vont donc être des années de très haut chômage et de destruction d'entreprises partout dans le monde, en même temps que les Etats seront asphyxiés.

Lors de la crise de 92-93, la plus proche de la crise actuelle, l'emploi et l'investissement ne sont repartis qu'en 1997.  La situation sera la même, au mieux, pour cette récession-ci.

Beaucoup va dépendre de la patience des peuples.

Le gouverneur de la BCE, M. Trichet, croit à un scénario peu probable : on garde les changes flottants, des banques centrales uniquement focalisées sur l'inflation et le sauvetage des banques, et on se moque de tous les déséquilibres internationaux.  Et on crie Confiance ! Confiance ! Confiance ! comme un cabri.  Les Etats épongent les dégâts financiers et sociaux. Et la reprise viendra qui financera tout cela.

C'est le scénario de 1993 et de 2001. Est-il encore jouable ? On dit jamais deux sans trois, mais aussi une fois cela passe, deux fois cela lasse et trois fois bonjour les dégâts !

Notre petit doigt d'économistes inquiets nous dit que quelque chose devra bien céder quelque part. N'avoir fait aucune réforme et avoir acheté l'arrêt de la crise globale à grands frais est une chose.  Sortir spontanément  du marasme en est une autre.

2010 et 2011 seront des années intéressantes. Rappelons-nous qu'après 1929, les années de transformation de la crise en désastre international furent 32 et 33. 

Mieux vaudrait que les bonnes réformes soient entreprises immédiatement. Il faut supprimer le système des changes flottants et revenir à une croissance forte, concertée et équilibrée, sous la responsabilité des Etats, dans un cadre multilatéral réformé dans le sens de l'égalité des droits et des devoirs, et imposant que les déséquilibres excessifs soient drastiquement réduits.   

Didier Dufau pour le Cercle des économsites E-toile.



Un chiffre cruel

En France en 2008, la valeur ajoutée par les entreprises, tous secteurs confondus et évidemment  administrations exclues, a été de 998 milliards  d'euros. La dépense publique, elle, a atteint 1.027 milliards d'euros.

Il en résulte que si  on n'avait en France qu'un seul impôt, la TVA, le taux en serait supérieur à ... 100%.

Chiffre cruel. Curieux que la presse ne le publie absolument jamais ! Il est vrai qu'il est de bon ton de crier Vive l'impôt dans les médias français.

En un mot, même en confisquant toute la valeur ajoutée par les acteurs économiques privés, on ne parvient pas à payer nos dépenses publiques.

On sait qu'en 2009 les chiffres ont évolué de façon néfastes : baisse de la valeur ajoutée et hausse des dépenses publiques. Il sera intéressant de les comprer dès qu'ils seront pubiés. Ils montreront probablement qu'une TVA à 110% serait nécessaire pour équilibrer la dépense publique et si on veut rembourser nos dettes disons en 5 ans, il est probable qu'il faudrait une TVA à 140-150%.

Les "sages" nous expliquent qu'il va bien falloir augmenter les impôts. La seule question qui se pose esst la suivante : comment fait-on pour payer plus d'impôts que nous ne créons de valeur  ?

On sait qu'on va faire payer le carbone  et  la spéculation, ces grands vilains.

Mais tout cela est-il bien sérieux ?

La cruelle vérité est qu'il faut retrancher entre 30 et 40% de la dépense publique ou accepter de descendre dans les enfers de la dette éternelle non remboursable et de nous jeter dans la stagnation de longue durée.

Qui osera le dire ? Qui osera le faire ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

 

 

 

Les deux erreurs majeures du gouvernement Jospin

Alors que Lionel Jospin publie ses mémoires, avec ce titre plus que révélateur (Lionel parle de Jospin (sic)) de la schizophrénie  et des affres très protestantes du personnage, que penser de la politique économique qui fut celle de son gouvernement ?

Une fois de plus il faut se placer dans le cycle économique. Jospin arrive au moment de la phase haute du cycle. Et il ne s'en rend pas compte. Pendant tout 97 nous nous égosillons sur le site du Monde.fr pour signaler que l'emploi est en pleine expansion et que partout dans le monde les courbes économiques se redressent.  L'ombre portée de la récession de 93, la première depuis la guerre,  est si forte que personne ne veut y croire. C'est l'époque où l'énarque Seguin parle du Godot de l'emploi qu'on attendrait en vain, alors qu'il se manifeste déjà avec une grande force démonstrative.  C'est l'époque où l'énarque Rocard préface le livre ridicule de Rifkin qui prétend que c'est la "fin de l'emploi". Eternel décalage entre la réalité et l'hystérésis des sentiments.

Cette myopie, encouragée par un enveloppement idéologique particulièrement brumeux dans le camp qui est le sien, est la cause de deux erreurs absolument délirantes qui disqualifient radicalement son expérience de chef de gouvernement.

* Il ne voit pas que la croissance a sa conséquence habituelle : compte tenu de la progressivité globale du système fiscal les recettes augmentent plus vite que le PIB !  L'incroyable coup de massue fiscal de l'énarque Juppé est considéré comme insuffisant alors qu'il était déjà surdimensionné. On aboutira à l'affaire dite "de la cagnotte"  qui parait secondaire alors qu'elle est fondamentale. Nous en sommes arrivés à de tels taux de prélèvements que la conjonction d'une haute conjoncture internationale et d'une aggravation des impôts a des conséquences immédiates et terribles : l'Etat dépense tout sans se rendre compte qu'il étouffe le pays. Lors de la récession suivante, non prévue elle non plus par Jospin et qui le frappe avant la fin de son quinquennat,  l'étranglement fiscal du pays sera total. Seul Fabius, pour des raisons électorales, verra le danger. Mais il était trop ,tard. Et le choix de réduire la TVA sera une grave erreur. C'est pendant le gouvernement Jospin que le taux de prélèvement atteindra son sommet historique.

* Ne voyant pas la reprise très forte de l'emploi partout dans le monde, il se trompe, ici encore lourdement, de politique du travail. Il multiplie les emplois administratifs précaires, contribuent à stériliser une part notable des réserves de productivité française et il bloque pour l'avenir la croissance avec les 35 heures. La manière presque fasciste avec laquelle l'affaire des 35 heures est menée est révélatrice de l'état de la gauche. Le socialisme est mort. Il n'y a plus de programme. On n'a plus d'idée, alors on choisit en urgence avant une élection un gadget qui peut plaire aux masses, un "cadeau au peuple", et lorsque la surprise d'une élection donne le pouvoir on passe outre à tous les avertissements pour mettre en œuvre la promesse honteuse de façon autoritaire. Les 35 heures sont un nœud coulant autour du cou de l'économie française. Qu'on  ne dise pas que les conséquences ont été une surprise. Nous n'avons cessé de batailler contre cette chimère d'un présupposé idéologique et d'une manœuvre électoraliste démagogique.   La mesure est mise en place d'une façon très progressive qui fait qu'elle ne fera sentir ses pleins effets qu'à partir de 2000, c'est à dire à l'arrivée de la phase de récession du cycle.  La France ne parviendra pas à sortir de la crise de 2001-2003 : "la haute conjoncture de 2005,6 et 7"verra des taux de croissance infimes.

Accessoirement, mais pour donner sa pleine mesure sociale, Jospin, très trotskiste dans ses appréciations, considère qu'il doit mettre la force de l'Etat au service des "faibles" contre les "vilains capitalistes". Le droit social devient une jungle. Tout est bloqué.  Adapter le tissu économique aux nouvelles réalités devient ou impossible ou tellement coûteux que personne ne veut plus se risquer à l'investissement.

Au total le gouvernement Jospin bénéficiant d'une conjoncture internationale jamais vue depuis 1974 écrase le pays d'impôts à contretemps, laisse filer la dépense publique d'une façon telle qu'il aggrave l'endettement de mille milliards de Francs, crée un chômage structurel phénoménal, bloque l'investissement productif et étouffe pour longtemps l'économie et les relations sociales.

Il s'agit bien d'un désastre. Mais qui n'est pas perçu à la hauteur de ce qu'il est parce que Lionel Jospin a exercé sa gestion au meilleur moment de la conjoncture. 

Alors c'est bien beau de toujours se présenter comme "un grand honnête homme" qui aurait fait une politique "digne".  Jospin est un ignorant un peu trop torturé par sa prédestination et ses nombreuses contradictions (révolutionnaire mais énarque, trotskiste mais secrétaire général du PS, modeste mais candidat à la présidence de la République, honnête mais menteur pour sa tranquillité, socialiste mais ne détestant pas les facilités de l'argent, aimant les intellectuelles mais à peu incapable de parler un français correct etc.), qui a mené une politique suicidaire pour la France.

Est-ce que cela aurait pu être pire ?

Oui, assurément.  Notamment si DSK avait pu se maintenir au pouvoir. Heureusement ses turpitudes dans les milieux de l'assurance des étudiants, tondus ras par des voyous sans aucun scrupule, l'ont écarté du pouvoir, permettant, trop tard mais tout de même, une certaine correction de trajectoire. Les juges comme dans l'affaire Dray ont considéré qu'on pouvait piller la jeunesse sans conséquences pénales. Mais au moins ont ils permis  un temps qu'un changement d'homme génère une réorientation utile de la politique.  De même on créditera Jospin d'une certain réserve dans l'expansion des dépenses des administrations centrales. Les débordements les pires concerneront les collectivités locales (qu'on ne cherche pas à brider), le monde associatif subventionné (les copains et les coquins) et la sécurité sociale, où aucune réforme n'est engagée malgré l'urgence.

Au total Jospin a fait perdre son temps à la France tout en l'enfonçant dans l'endettement et le chômage structurel, alors qu'il bénéficiait d'une période hyper favorable pour résoudre à l'intérieur certains des problèmes structuraux provoqués par "l'énarchie compassionnelle" et le socialisme mitterrandien et à l'extérieur pour faire prendre conscience des dangers du système monétaire et financier international basé sur les changes flottants. On ne peut pas en même temps faire rire de sa ringardise dans les congrès socialistes internationaux et avoir un poids économique quelconque dans les instances économiques mondiales. 

Il est un des symboles de l'effondrement intellectuel français, dont les élites sont désormais incapables de se porter à la hauteur des enjeux nationaux et internationaux. 

Monsieur Jospin vous vous considérez dans l'article donné ce dimanche au JDD, comme un protestant ayant su gardé toute sa dignité et son quant-à-soi. Votre troisième place à l'élection présidentielle de 2002 aurait du vous prévenir contre cette forme de narcissisme extrême. Votre échec tient entièrement au fait que les Français dans leurs tréfonds ont parfaitement compris que vous avez gâché les quelques chances de la France qu'il aurait fallu à tout pris sauvegarder.

Votre pas de danse avec Chirac marque la fin de l'imposture de l'énarchie compassionnelle, lancée par le couple Giscard - Chirac en 1974,  qui a vu des hauts fonctionnaires s'emparer du pouvoir en croyant qu'ils sauraient apaiser la société  par leur arbitrage alors qu'ils n'ont fait que la châtrer. Vous êtes le dernier maillon d'une chaîne délétère qui a vu la France sortir de l'histoire faute d'avoir tiré toutes les conséquences du renversement des équilibres mondiaux qui se sont produits en 1974.

Vos mémoires, comme celles de J. Chirac, sont le témoin du chemin de croix qu'a suivi la France sans nécessité aucune.

Vraiment pas de quoi pavoiser !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



2010 : la suite mais pas la fin d'un désastre intellectuel

En 2007, les défauts du système monétaire international ont entraîné un blocage des marchés monétaires. Aucune réforme n'a été entreprise.

En 2008, les défauts du système monétaire international ont provoqué la plus grave crise bancaire et financière depuis le crise de 1929. Aucune réforme n'a été entreprise.

En 2009 les défauts du système monétaire  n'ayant toujours pas été pris à bras le corps il a fallu laisser filer la création de monnaie par les banques centrales et les gouvernements. Alors qu'une magistrale récession étranglait le monde, que les dettes publiques dépassaient toutes les limites de l'histoire connue, aucune réforme du système monétaire international n'a été esquissée. Quelques pays voulant montrer leur activisme ont taxé les bonus des banquiers, ouvrant la voie à d'autres augmentations fiscales.

En 2010 les défauts du système monétaire international seront toujours là, ne seront pas discutés, encore moins traités. On vivra les inconvénients d'un système "qui ne marche pas" conjugués avec ceux des politiques inutilement coûteuses qui ont servi des substituts à des réformes de fond.

Les Etats cupides voudront imposer, imposer, imposer. Par tous moyens. En cherchant les méthodes d'imposition quasi invisibles et en frappant des boucs émissaires pour ceux qui sont visibles. La chasse fiscale aux "vilains" déjà bien entâmée en 2009, reprendra de plus belle.

Plutôt que d'observer et de traiter le malade, les Diafoirus se répandront en "purgare ! purgare !" aussi sonores qu'exaltés.La haine sociale servira plus que l'inteligence économique.

Les économistes de cour une fois de plus se tairont. Ils accompagnent les gouvernements. Ils accompagneront la course aux impôts. Ils chanteront avec les Purgon : mais oui il faut des impôts. Après tout, presque tous vivent de l'impôt.

Cela ne demande aucun courage, aucune pertinence. S'il fallait se colleter avec les mystères des systèmes monétaires internationaux, les différents intérêts, les Etats, les collègues, en allant contre le courant de la bêtise et de l'ignorance qui emporte tout, en plus d'avoir à apprendre, à connaître, à percer à jour ! Impensable ! Et avoir du courage en plus ? 

Chut ! Le système monétaire international des changes flottants ne marche pas. Depuis 1971 il n'a provoqué qu'une succession de crises toujours plus graves. La politique d'expédients menée par des sots et des lâches a aggravé encore la situation et plus personne ne sait comment en sortir ? Qu'importe : il suffit d'espérer un miracle. En hurlant avec les loups.

En 2010 le système monétaire international débile qui nous régit  ne sera pas réformé.

Sur Sirius il y a surement un observateur découragé qui murmure : "décidemment, il n'y a rien à faire avec ces idiots : quarante ans que le système les ruine et ils n'ont toujours pas compris !".

Crions aux étoiles : bonne année ! En sachant qu'elle sera mauvaise. Alors qu'on voudrait crier "au secours !".

Le crier aux hommes ne sert à rien.

 

Lewis Holden pour le Cercle des Economistes E-toile

 

 

 

 

 

 

 

 



Qu'est-ce qu'une "transaction financière" ?


Voilà que les Etats-Moloch veulent exploiter la crise pour trouver d'autres ressources fiscales. Après avoir taxé la consommation, la production, le travail,  les échanges, les revenus, le capital, la valeur ajoutée, le produit du capital, les plus values, ils viennent de découvrir une nouvelle source de recettes miracles : les transactions financières.

Le mot est compliqué. Transaction : qu'est-ce que cela veut bien dire ? Et ce qualificatif de "financier", il n'est pas simple non plus.

En droit une transaction est un arrangement entre les parties à un conflit qui acceptent de céder sur leurs exigences pour éviter l'aléa et les frais de la Justice. Le Quillet donne une bonne définition de la transaction : "contrat par lequel les parties terminent une contestation".  

Le mot finance lui, identifie la somme d'argent qu'il fallait verser au Trésor Royal pour acheter une charge. On disait : "acheter une charge pour le prix de la finance". Dans un système de vénalité des charges, il y avait nécessairement un Surintendant des finances. Pardi  !

Il faut toujours se méfier quand l'Etat emploie des mots qui ne sont manifestement pas pris dans le sens du dictionnaire, surtout pour lever des impôts nouveaux.

On peut difficilement envisager que nos princes imaginent taxer les transactions juridiques entre l'Etat et les bénéficiaires de charges vénales disparues depuis 1789.

Alors de quoi s'agit-il ?

C'est d'autant plus important de le savoir qu'on accorde au futur impôt des vertus magiques : un prélèvement ridicule mais tellement productif que la faim dans le monde cesserait aussitôt, que le Sud pourrait rattraper le Nord, que les questions de réchauffement de la planète en seraient totalement réglées, que les relations monétaires internationales seraient aussitôt "régulées" et la prospérité mondiale retrouvée.  Véritable couteau suisse de la survie bienheureuse du monde et de la justice  distributive généralisée, solution facile et immédiate de toutes les difficultés sociales et écologiques, panacée contre les rhumes bancaires, on se languit de bien comprendre cette imposition des déjà fameuses mais toujours fumeuses  "transactions financières" qui ne seraient ni production, ni vente, ni consommation, ni revenu, ni capital, ni plus value.

En lisant bien les textes on trouve quelques éléments. On va taxer le change des devises. Vous disposez de 100 Euros. Vous voulez transformer ces cent euros en monnaie marocaine. On va vous taxer sur cette transformation.  Vous vous êtes  donc enrichi dans cette métamorphose ? Non. Le coût de transformation existe. Il est assez élevé. L'Etat, toujours goulu, se sert au passage. Le service rendu crée une valeur ajoutée qui est taxée. Le revenu des intermédiaires est aussi taxé. Bref le change vous appauvrit et nourrit l'Etat. Ici et maintenant. Et on se propose d'aggraver ce coût par une taxe nouvelle, non plus assise sur la valeur ajoutée par les intermédiaires mais sur le mouvement lui même dont l'assiette est vingt fois plus importante.

Voilà qui est concret. Aussitôt la réflexion peut partir sur des bases solides.

Première question : pourquoi faut-il taxer un change de monnaie qui n'a pour but que de pouvoir acheter quelque chose mais dans une autre zone monétaire ? S'agit-il de privilégier les achats fait dans la zone monétaire de son pays de résidence ? D'une mesure protectionniste ? En quoi une mesure protectionniste pourrait-elle fournir les moyens magiques sus évoqués ?

Pourquoi dois-je payer une nuit d'hôtel surtaxé au Maroc et pas en Allemagne ? On va changer le monde avec ça ? Vraiment ? Des taxes j'en ai déjà payé au Maroc : à l'aéroport, à l'hôtel lui même où chaque nuitée exige de payer sa taxe de séjour. On va ajouter une taxe nouvelle pour sauver le Maroc de la pauvreté au moment où je vais changer ma monnaie avant de payer ?  Et le miracle va s'accomplir ?  Surtout que tous les immigrés marocains qui envoient une partie de leur salaire au pays vont être taxés. Cette redistribution  du Nord vers le sud était donc si injuste qu'on la surtaxe ? Et comment le produit de cette taxe va-t-il rétablir l'équilibre Nord Sud si on pénalise les transferts qui y contribuent actuellement ?  

Décidemment, vous direz-vous, cela ne tient pas debout. On a déjà grâce à J. Chirac prélevé une taxe spéciale  sur chaque passage en avion sans que la face du Monde en soit foncièrement changée. Pourquoi à ce compte là ne pas ajouter un péage à l'entrée de l'aéroport de départ et à l'entrée de l'aéroport d'arrivée ?  Et une taxe à l'entrée et à la sortie de la porte de l'hôtel ?  Une toute petite taxe : par exemple 1 cent. Vous vous rendez compte des sommes incroyables que cela ferait si on l'applique à tous les hôtels et à tous les voyageurs ?  Vous direz : ce serait encore plus rentable si on payait la taxe à chaque fois qu'on fait un pas, mais hors de sa zone monétaire naturellement...

Décidemment on y voit plus clair : l'impôt souhaité est un péage sur les mouvements de fonds. Oui mais hors de sa zone monétaire.

Il faut dire que si on étend la taxe à sa zone monétaire  de résidence, la nouvelle taxation devient étrange. Vous virez de l'argent à un de vos enfants : taxe sur le virement . On vous paie votre salaire : taxe sur le  versement. Vous achetez un produit : taxe sur le mouvement physique (l'achat du bien) et sur le mouvement d'argent associé (le paiement). En dissociant l'aspect monétaire et économique d'un même acte, on double la base fiscale. Finaud, non ?

- "Mais si vous avez besoin d'argent, chers Etats, pourquoi n'augmentez- vous pas les impôts existants ?"

- "Vous n'y pensez pas ! On est au maximum tolérable. Songez qu'en France non seulement l'Etat dépense plus que la valeur ajoutée de la population  mais qu'en plus il a endetté tout le monde chaque année depuis 1974.  Un ouvrier est l'occasion d'un prélèvement de 60%, un employé de 65%, un cadre de 70%, un cadre supérieur de 75 à 80%. Avec l'ISF on atteint allégrement les 100% malgré la "bouclier fiscal". Comment voulez vous qu'on ose encore aggraver les choses ?"

- "Mais c'est bien ce que vous allez faire !"

- "Oui mais en douce. Les idiots vont croire que les "transactions financières" ce n'est pas eux mais les "financiers", des zombies quoi  et moralement condamnables en plus.  Tout va se passer à la source sans qu'ils ne s'en aperçoivent. Elle est là la magie : on taxe deux fois la même chose et personne ne s'en rend compte".

- "Vous êtes cyniques, pervers et hypocrites !".

- "Oui, bien sur. Comme d'habitude. Et alors ? Imaginez qu'on soit honnête et qu'on mette tous les prélèvements sur la TVA : on aurait un taux de 110%-120% ! Et comment on ferait-on pour sauver le monde, la nature, le système bancaire, la justice sociale, l'équilibre Nord Sud, tout en payant nos fonctionnaires et nos associations ?"

- " Je ne sais pas : un grand emprunt, par exemple" !

- "Alors vous, comme cynique...".

Plaidoyer pour une croissance forte

Le Cercle des économistes  e-toile s'est réuni en séance plénière pour fixer son attitude sur un sujet crucial : la croissance est-elle encore possible en Occident et particulièrement en Europe et en France. Les exigences écologiques nous entraînent-elles nécessairement dans une spirale de  baisse de la valeur ajoutée et dans la régression économique ? Doit-on céder aux sirènes moralisatrices qui prêchent la pénitence et la fin du festin ? En un mot la croissance est-elle encore souhaitable et est-elle encore possible ?

La réponse a été unanimement OUI.

Voici pourquoi.

L'économie, par construction, est basée sur des ...économies. La croissance n'est possible que parce qu'une économie a été faite quelque part qui permet au système d'évoluer vers de nouvelles productions et consommations.  Une économie en croissance est pratiquement toujours une économie qui trouve sa valeur ajoutée dans des modes innovants de produire et de consommer. En un mot, il n'y a pas de croissance sans productivité, c'est à dire sans diminution, à un stade où un autre, de la part de ressource détruite par rapport au besoin satisfait.


La croissance est le produit d'une énorme machine à trouver des économies. Les voitures consommaient 20 à 25 litres d'essence en 1930. Nous en sommes autour de 5 litres. On pourrait donner mille exemples de ce type dans tous les domaines, que ce soit la quantité de kérosène au kilomètre parcouru pour les avions, la quantité d'acier dans une voiture, le coût de vente d'un article ou de diffusion d'un message  via Internet etc.  Les gains sont souvent spectaculaires : le coût d'un message a diminué par exemple de près de 95%. De même pour le coût d'une transaction financière. La croissance économique n'est rien d'autres que l'ensemble des gains de productivité, résultant de notre capacité à détruire moins tout en ajoutant plus de valeur.

Appeler à l'économie dans l'économie, c'est formuler une tautologie. Tout l'effort des entrepreneurs et de leurs cadres est de trouver des ratios coûts/valeur ajoutée  favorables. Les campagnes se sont vidées parce que la productivité agricole a incroyablement augmenté ce qui a permis de diversifier les productions et les consommations. La démocratisation du transport a été aussi le fruit de gains de productivité considérables.

Partout des milliers d'ingénieurs cherchent des solutions avantageuses qui permettront de créer de la valeur. Jamais il n'y a eu autant de produits inventés ou améliorés qui n'ont de clients que s'ils ont un meilleur rapport entre coûts et valeur ajoutée.
Les produits qui n'améliorent pas leur ratio productivité/valeur ajoutée diminuent ou disparaissent.

La grande vérité qui est ignorée par tous les philosophes, énarques, journalistes, politiciens ignares en économie, c'est que la croissance n'est JAMAIS le gonflement de l'existant. Des produits disparaissent pendant que d'autres apparaissent. Le contenu de la croissance est éminemment variable. On se satisfait d'autre chose d'une génération à une autre. Le PIB de 1909, n'a rien à voir avec celui de 1959, qui n'a rien à voir avec celui de 2009.

Si on considère un produit considéré, il n'est pas rare qu'on soit plus pauvre en ce produit que nos prédécesseurs, alors qu'il y a eu croissance globale.  Par exemple le coût du travail a considérablement augmenté réduisant drastiquement le marché du personnel de maison. Là où une famille bourgeoise employait au milieu du XIXème siècle une nuée de serviteurs, un petit riche moderne se contente d'une fraction de journée de femme de ménage.

L'économie étant en permanente adaptation, la population passe son temps à réduire sa consommation de certains produits au profits de nouveaux qui le satisfont mieux.  L'économie ne cesse de réduire la consommation de facteurs de production. Le nombre des faillites est là pour prouver que la lutte pour la survie n'est pas facile. Car justement le capitalisme a un aspect destructeur. 

Mais la destruction a un bon motif : la substitution.
Si on prend à un instant donné la structure des coûts d'un niveau de production et qu'on prolonge les tendances dans la durée, on aboutit TOUJOURS sur une impossibilité. La mésaventure est arrivée aux petits maîtres du Club de Rome.  Ils ont poursuivi des tendances et ne sont arrivés ...qu'à des sottises.

Comprendre que la croissance n'est pas l'augmentation indéfinie des mêmes productions mais une transformation, une métamorphose permanente, éviterait les pires contresens.
Dans les années 50 le saumon était un plat de fête réservé à une élite qui ne le consommait que dans des circonstances bien particulières, notamment les réveillons de fin d'année. Aujourd'hui c'est un plat de base de la consommation populaire.  A l'inverse les crevettes étaient un plat extrêmement peu cher (à peu près le même prix qu'une entrée de radis dans un restaurant). Aujourd'hui manger des crevettes grises est un luxe.

Une des caractéristiques principales de l'évolution des produits est la part croissante de leur contenu psychologique. Le téléphone portable, Internet, ne satisfont pas des consommations physiques importantes. On consomme une information, une chaleur humaine, dont le coût unitaire a baissé de façon gigantesque.  Le succès n'implique même plus de productivité décroissante.

Si un logiciel plait, il va s'imposer sur le marché avec un coût marginal presque nul par client nouveau. Un film coûte la même chose qu'il fasse 100.000 entrées ou 20 millions. Le rendement marginal du spectateur supplémentaire est considérable.  Son coût marginal en facteurs de production ou de diffusion  plafonne à niveau très bas.

Une vidéo qui va être vue par des millions d'internautes ne coûte pas plus qu'une vidéo  sans aucun succès.  Le temps passé à la regarder ne va pas être utilisé à autre chose. Il y aura donc des perdants : une partie de la valeur ajoutée en terme de plaisir et de satisfaction de l'internaute va être prise sur d'autres consommations qui vont baisser.

Actuellement personne n'est en mesure de dire si les effets de substitution de la croissance ont un impact positif ou négatif sur la planète. Personne ne s'est jamais enquis de faire un calcul sérieux de la propension marginale de l'économie à ruiner l'écologie de la planète. Pour une raison simple : c'est impossible.

Une ville comme Paris voyait sa population rechercher l'ouest  pour se loger parce que les vents dominants venant de l'ouest , toutes les fumées de la villes allaient à l'est. Il n'y a pratiquement plus de fumées industrielles en ville aujourd'hui : la ville s'est rééquilibrée à l'est où le facteur terrain était moins cher pour une santé identique.

La valeur ajoutée est toujours d'essence psychologique. C'est l'arbitrage de millions de consommateurs qui font la valeur ajoutée. Le PIB n'existe pas en soi.  Cet arbitrage dépends des prix, normalement le reflet du coût des facteurs de production.
Le coût de la nature va continuer à considérablement augmenter. La croissance future contiendra de moins en moins de ce facteur là. Mais elle continuera tant que les entrepreneurs trouveront des modes nouveaux de satisfaire des besoins, avec des consommations réduites de facteurs de production.

Au début des années 70 deux dossiers écologiques étaient particulièrement forts : d'énormes usines à pêcher étaient envoyées par les Japonais pour ratisser avec d'immenses chaluts l'incroyable richesse des fosses de l'ouest africain. En dix ans ils ont tout nettoyé. Le port d'Abidjan était un formidable spectacle de poissons de toute nature et de toute taille. C'est largement fini. Tout le monde savait le crime écologique qui était en cours. Tout le monde s'est tu, la corruption et le laxisme des lois maritimes internationales permettant tous les abus.  La forêt amazonienne était en train d'être détruite. De nombreuses voix s'élevaient contre  la destruction de la forêt primaire. Pendant quarante rien n'a été fait. La forêt de Bornéo offre le même spectacle.

Dans tous ces cas il s'agit de prédation politique. Des élites corrompues jusqu'à l'os se sont enrichies vite et bien sur le dos de trésors de la nature qui n'étaient absolument pas nécessaires à la croissance. La forêt amazonienne n'aurait pas été touchée, la croissance mondiale n'aurait pas changé d'une décimale.

Est-ce que le capitalisme est vierge de toute critique ? Certainement pas. Les entreprises ont à leur disposition mille manières d'organiser rentes de situation et monopoles. Il n'y a pas de dossier de start-up sans un chapitre sur les barrières à l'entrée permettant de protéger le marché des nouveaux produits envisagés. La banque, l'assurance, la téléphonie, offrent mille exemples de manipulations visant à se préserver de la concurrence et à tromper le client.  Le consumérisme est un mouvement indispensable ; la législation anti trust également.
La recherche véritable de la satisfaction des utilisateurs passe nécessairement par un encadrement des pratiques permettant à la vérité des marchés de s'établir.

Mais il faut noter que les principaux pollueurs sont des secteurs entièrement financés ou presque par l'Etat. L'agriculture en donne un parfait exemple. Par démagogie on a dressé un système en trompe l'œil où les prix ne guident plus les productions et ou la pollution fait partie du jeu. Qu'ont fait les autorités pour éviter qu'en Bretagne l'élevage intensif du porc ne pollue gravement les rivières et le littoral ? Ils ont subventionnés les éleveurs !

Les systèmes de production de type soviétique ont de tout temps été les plus polluants.  L'indifférence aux facteurs de production  a fait que l'on a tué des millions de personnes tout en saccageant la nature. Lorsque le communisme s'est effondré on s'est aperçu de l'ampleur du mensonge que l'Occident avait accepté de gober.

Le désastre écologique soviétique et plus généralement communiste n'a aucun rapport avec les pollutions du capitalisme.
Alors oui, le politique doit fixer le cadre et les objectifs.  Il a certes le devoir de faire en sorte  que tous les coûts soient correctement prix en compte.

Il doit le faire en évitant plusieurs écueils.

Le premier est la politique de gribouille : j'augmente les coûts de plusieurs magnitudes immédiatement parce que je sais que plus tard il est possible qu'ils coûtent plus chers en se raréfiant. Plonger dans la piscine toute de suite parce que la pluie menace n'est pas des plus intelligents.  Les taxes sur l'essence n'ont exactement aucune fonction écologique. Elles ont été créées pour donner à l'Etat un maximum de ressources faciles. En multipliant par cinq fiscalement le coût du pétrole combien d'activités ont elles été bridées ou rendues impossibles ?  Combien d'emplois perdus ? Ces chiffres là ne seront jamais publiés. Les manque à gagner ou à produire n'émeuvent jamais personne.

Le second est le privilège donné aux consommations collectives. Les biens collectifs ne sont pas pour la plupart tarifés à leur coût réel et ils sont considérés dans la comptabilité nationale du PIB non pas en fonction de la satisfaction apportée mais à leur coûts de fabrication.  Dans bien des cas ce sont des consommations forcées ou des consommations tellement subventionnées qu'elles n'ont plus de sens. La prise en compte des coûts écologiques n'est pas automatique et peut être contournée.

Le troisième est l'intervention directe sur la consommation elle même. La stigmatisation des "blondes en 4x4" par Denis Baupin et sa clique à Paris est un bon exemple de ce qu'il ne faut pas faire. La liberté de consommer ce qu'on veut, quand on veut, est fondamentale dès lors qu'on l'obtient de façon licite. Si on entre dans la culpabilisation des comportements et des achats  on n'en sort pas. Pendant le "grenelle" de l'environnement en septembre 2008, deux congressistes évoquaient leurs vacances  à une terrasse d'un bistrot proche. "Moi disait l'une, cet hiver je vais en montagne dans un hôtel qui a un spa formidable : piscine extérieure chauffée à 30%, sauna, hammam. Pour la santé, c'est parfait". " Tu as raison disait l'autre, donne moi l'adresse, j'adore cela".  Chauffer une piscine extérieure en montagne par moins 5 ou 6 degrés est bien agréable. Mais quel est le bilan carbone ? Que fait-on ? On interdit ? Bien sûr que non. Contingenter de façon malthusienne des consommations serait se lancer sur un terrible toboggan.

Le quatrième écueil est d'imposer des restrictions inutiles et sans quantum d'action sur les problèmes écologiques mondiaux. Le problème s'est posé exactement dans les mêmes termes lors des querelles sur le malthusianisme des naissances. Il est clair que la natalité était trop forte en Inde et en Asie, comme au Maghreb. De là à prendre des mesures malthusiennes...en France, qui souffrait déjà d'un déficit des naissances !  La guerre de 14 venant après des décennies de réduction volontaire des naissances a ruiné la France. Heureusement, il y a eu sursaut après la guerre.  Malheureusement ce sursaut s'est partiellement enlisé à partir des années 70. La leçon des désastres de l'avant guerre commence à être oubliée. En Europe de nombreux pays sont menacés par le dépeuplement. La Russie, l'Allemagne, l'Italie ont des perspectives démographiques déplorables. Va-t-on commencer à s'en réjouir au nom de l'écologie et de la sauvegarde de la planète ?

Le cinquième écueil est la suite logique du précédent. L'homme risque de devenir l'ennemi d'une nouvelle religion. Maltraitons l'homme pour sauver la planète. Pénitence, restriction, culpabilisation commencent déjà à apparaître.  Il y a quelques jours dans un media français les intervenants ne l'envoyaient pas dire : l'homme est un loup pour l'homme mais pire encore pour la planète. il va falloir le dompter, volens nolens.

Nous ne disons pas ici que les marchés s'équilibrent tout seuls  en optimisant satisfaction et prédation écologique. Seuls les sots pensent qu'une économie totalement spontanée fonctionne sans difficulté. On n'en a aucun exemple historique. En revanche nous affirmons qu'il n'y a pas d'économie sans liberté, que la valeur apparait dans des processus d'échange libres,  et que cet ajout de valeur peut se faire même en réduisant la prédation sur tel ou tel facteur de production sensible.


En un mot une croissance non prédatrice est possible. Indéfiniment.  Il ne faut pas, au nom de la sauvegarde de la planète, détendre le ressort fondamental qui voit des millions d'hommes chercher les chemins du futur. Il faut investir. Il faut innover. Il faut supprimer les sources de gaspillages. Il faut réformer les systèmes qui ne marchent pas. Il est illusoire de croire que l'on pourra redistribuer les richesses  pour résoudre les problèmes sociaux sans croissance. Une double redistribution entre pays riches et pays pauvres d'un coté et entre riches et pauvres de l'autres, est strictement impossible dans une ambiance de décroissance.

Il n'y a pas de décroissances heureuses. Le moteur de la croissance est forcément inégalitaire : la création de valeur ne se fait pas partout en même temps. Des disparités se créent sans cesse puis la richesse diffuse.  Mais le moteur administratif de la décroissance sera encore plus inégalitaire, chacun se crispant sur ses situations acquises et excluant gaiment tous les nouveaux entrants.


Nous n'avons aucune expérience des décroissances volontaires. Mais nous connaissons bien le mécanisme des décroissances involontaires.  Ce ne sont pas les consommations qui baissent dans un premier temps mais les investissements. Les nouveaux entrants dans le circuit économique voient les portes se fermer devant leur nez, en même temps que les fragiles sont éliminés.

Toute décroissance planifiée génère des inégalités sociales d'autant plus épouvantables qu'elles sont sans remèdes. Lors d'une récession classique, le mécanisme s'enclenche mais on espère la reprise de la croissance. Il y a aura une solution. Mais si la récession est voulue ? Si les perspectives de chaque entreprise est une réduction de son activité ?  On cherche désespérément des gains de productivité et on désinvestit. On licencie plus que la baisse de croissance décidée et on va accélérer les efforts de réduction de coûts et de productivité. Alors la décroissance s'accélère et provoque la destruction de la base sociale.

Oser proposer un tel désastre est incompréhensible et en dit long sur l'indigence économique des politiques et leur indifférence sociale au delà des slogans.

Une bonne politique écologique passe par une bonne politique économique de croissance, pas de décroissance. Eliminer les freins à la croissance, faire valoir les coûts externes réels non pris en compte, harmoniser les droits commerciaux aux frontières en fonction des efforts écologiques des uns et des autres, stimuler l'inventivité, rechercher la productivité, récompenser l'innovation utile et la création de valeur, empêcher les monopoles et les pratiques anti concurrentielles, réformer les sous systèmes qui fonctionnent mal, aider à la création d'un vivier d'entrepreneurs, stimuler l'investissement, éviter les décisions purement politiques catastrophiques pour l'environnement par démagogie ou corruption, voilà le rôle des dirigeants.

Casser les énergies, accabler l'homme du poids de son péché écologique originel, réduire la population dans les pays européens, faire décroître la satisfaction des besoins par des mesures administratives, attacher un boulet écologique à toutes les initiatives de progrès, tous ces comportements dont on voit se déchaîner actuellement les promoteurs au nom des petits oiseaux et de l'effet de serre, n'est pas seulement ridicule. C'est la voie du déclin, du malheur et de la servitude.

Si le déclin devient un objectif alors toutes les fautes,  toutes les horreurs deviendront des bienfaits pour la planète. Staline a massacré 10 millions de Koulaks ? Il a bien fait : cela a préservé la planète. L'économie est totalement désorganisée par des mouvements sociaux alimentés par les pénuries. C'est formidable : pendant les désordres la terre s'est mieux portée. 

Toutes les erreurs aboutissant à des reculs économiques seront sanctifiées : ne mènent-elles pas à une meilleure santé de la terre. On en viendra à considérer 20 millions de chômeurs comme une bénédiction pour la planète : au moins pendant qu'ils chôment ils ne polluent pas.  


Cette voie est sans issue.


Restons mobilisés. Faire constamment mieux et plus est indispensable. Tout en déformant nos consommations vers des produits et des processus plus économiques et moins agressifs pour la planète.  C'est la vocation de la civilisation.  On ne peut pas dire à un médecin : on va se satisfaire d'une décroissance médicale. Finis les produits nouveaux ; Adieu les progrès thérapeutiques ; Revenons à un niveau passé compatible avec la santé de la planète.  On ne peut pas dire à une civilisation : arrête-toi !  On ne peut pas dire à une économie : décroît ! On ne peut pas dire à ses enfants : tu auras moins et on t'accablera de demandes de repentance et de sanctions si tu entreprends quoi que ce soit.


L'humanité s'en tirera par l'économie, la créativité, le dynamisme. L'horloge du temps humain ne recule pas. Et on ne peut pas la retarder artificiellement.

Vive une croissance économique de moins en moins gourmande en ressources naturelles. C'est souhaitable. C'est possible.

Didier Dufau au nom de l'ensemble des membres du Cercle des économistes e-toile.

Article connexe :"le devoir des économistes" .

Deux chiffres clé

chart gold

- L'once d'or a atteint 1180 dollars  lors des cotations d'hier (24 novembre 2009). Depuis que le dollar flotte (1971), il a perdu 97% de sa valeur exprimée en or.  On parle de "changes flottants" ; on devrait parler de changes fondants !

Question : est-ce qu'un système monétaire international qui suppose la dévaluation continue et massive de sa monnaie pivot est un bon système ?

Question subsidiaire : avez-vous entendu qui que ce soit demander un abandon du sysème des changes flottants qui depuis le début ne marche pas ?

- Le Baltic dry index s'est violemment redressé après des mois de stagnation. L'écart impossible entre le SP500  et le BDI ne pouvait perdurer. L'intéressant est que le SP500 a simplement stagné et que le BDI lui a grimpé pour le rejoindre.

Cela signifie qu'il y a une reprise du commerce international. Mais ce n'est plus le commerce international qui tire la croissance globale mais les politiques d'hyper relance de chaque état et la spéculation sur les ressources essentielles.  Les liquidités délivrées en abandance ont commencé par s'investir en bourse puis désormais sur les matières premières.  Mais il y a dans ces mouvements à nouveau comme début 2008 une fuite devant les monnaies et particulièrement le dollar.

Dans cette reprise les aspects monétaires sont déterminants. 

C'est une reprise fragile et menacée par l'instabilité générale du système.

L'économie mondiale tourne toujours à une fraction de ses capacités, ce qui imposera de nouvelles faillites et de nouveaux licenciemments.

L'impatience des peuples peut générer à tout moment des désordres qui aggraveront les choses. Et un accident sur le front de la finance ou des monnaies peut toujours survenir.

La sortie de crise ressemble plutôt à celle de 2003, mais sans réserve de manoeuvre.  Une collection de bulles au milieu de la crainte générale ne fait pas une reprise solide.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

 

 

 



Les belles histoires de George Pauget (président de la FBF) sur Europe 1

L'interview de George Pauget sur Europe 1, haut dirigeant du Crédit agricole et président de la Fédération bancaire française,  ce jour, 6 novembre 2009, est l'exemple frappant des conséquences d'un mauvais diagnostic de la crise sur le dialogue entre journalistes et banquiers. Et sur la désinformation du grand public qui en résulte.

On sait que la banque est en France complètement cartellisée depuis Pétain.  L'Association professionnelle des banques était l'organisme chargé de piloter le faisceau de l'organisation oligopolistique bancaire française sous la tutelle bienveillante de l'Etat Français. Il manquait les mutuelles : on a donc créé la Fédération bancaire française qui regroupe tout le monde. Ces organisations, en totale consanguinité de ses  dirigeants avec l'Etat (on l'a encore vu avec les dernières nominations à la tête du groupe Caisse d'épargne-banque populaire), tiennent l'Etat et le législateur dans une main de fer obtenant après tout ce qu'elles veulent.

Lors de la crise récente, elles n'eurent aucune difficulté à se faire cautionner et subventionner à des hauteurs vertigineuses (plusieurs centaines de milliards d'euros), alors que l'ensemble du secteur bancaire était de facto en faillite.

Les réponses de George Pauget illustrent parfaitement comment un tel mastodonte est capable de traverser les pires crises sans se considérer le moins du monde responsable et en renforçant ses prérogatives.

La crise ? Les banques américaines ! Les banques françaises furent d'une sagesse exemplaire et d'ailleurs si elles sont revenues si vite à de bons résultats c'est qu'elles étaient très sainement gérées...

Qu'ont fait les banques américaines ? Elles ont pris des risques sur les marchés très rentables. Les banques françaises ne sont pas comme celà. Les activités de marché  ne représentent que 8% de l'activité du Crédit Agricole et entre 10 et 20% des autres.  Car les banques sont désormais d'énormes mécannos avec des divisions multiples et différenciées. La gangrène ne pouvait toucher qu'une part minime de l'activité bancaire.

Avons-nous des responsabilités dans les prêts à risque aux collectivités locales ? Pas du tout. Les directeurs financiers des collectivités locales étaient des spécialistes. Nous n'étions que des intermédiaires vers les solutions qu'ils ont choisies et qu'ils pensaient les meilleures pour leurs mandants.  Le casino ne force personne à jouer et à perdre !

Si la question lui avait été posée de la gestion de fortune catastrophique pour la clientèle (à qui on a fourgué du Madoff et du subprimes sans aucun scrupule, et à qui on a fait avaler dans les comptes sous mandat des masses d'actions du secteur bancaire juste avant leur effondrement) il aurait sans doute rétorqué que les clients étaient rois et que c'est eux qui voulaient de la performance !  Même pour les comptes sous mandat !

En revanche sur le changement de rémunérations des traders, M .Pauget se lâche : bien sûr il fallait  faire  une réforme; d'ailleurs nous l'avons fait les premiers ;  cela ne changera pas tout, mais comme c'est bien !  On se rappelle que l'autre grand acteur du changement de statut des rémunérations des traders était Baudoin Prot, président de l'AFB. AFB et FBF, main dans la main, crient au charron sur les traders et chantent leur merveilleux courage de mettre fin à des situations qu'ils considéraient avant la crise comme "de chantage" vis à vis d'eux.

On voit tout l'inconvénient d'avoir donné une explication "comportementale" à la crise d'une extrême gravité que nous subissons.  Si la crise est comportementale il suffit de dénoncer les moutons noirs (les banques américaines)  et de mettre des muselières  aux boucs émissaires (les traders).  Et Hop ! Passez muscade !

Ce que M. Pauget ne dit pas, c'est l'énorme gonflement des crédits y compris en France, qui fait que le secteur bancaire gère désormais des encours de crédits qui représentent près de trois fois le PIB !  Ce M. Pauget ne dit pas, ce sont les énormes profits de monopole permis par la constitution d'institutions monumentales de banque-assurance incrustées dans l'Etat,  ce qui permet au prix de conflits d'intérêts majestueux, d'extraire de la clientèle des gains astronomiques. Ce que M. Pauget ne dit pas, c'est quasiment la refrancisation presque complète du secteur financier, les organismes étrangers étant ramenés à des activités marginales.

En un mot le secteur oligopolistique franco-français des banques a réussi à se constituer en énorme cancer dans la société française, bloquant l'activité des banques étrangères et donc la concurrence, utilisant toutes les facettes de métiers accolés dans d'immense cartels horizontaux et verticaux,  et servant exclusivement les intérêts de ses directions générales, qui concentrent des parts extravagantes de la création de richesses en France.

Dès qu'il y a un problème : vite l'Etat ! Jamais on n'a vu de façon plus cynique la privatisation des profits et la collectivisation des pertes.  Jamais une crise n'a été autant exploitée pour renforcer les défauts pourtant patents du système.  En se jetant sur l'os misérable qu'est la réforme de la rémunération des traders, qui redonne du poids aux directions des banques contre leurs professionnels de haut rang, les banques font coup double : elles évitent toute réforme de fond ; elles se donnent le beau rôle.


L'ennui, c'est que la crise n'est pas comportementale. Elle est structurelle. Le gonflement de la masse des dettes à des niveaux insoutenables par rapport au PIB  explique à la fois :

* la perte de rentabilité marginale des nouveaux crédits puis l'effondrement des valeurs de portefeuilles de dettes

* la violence de la perte de liquidité du marché interbancaire

* l'importance disproportionnée des gains bancaires et donc  des rémunérations du secteur (contrairement à ce qu'affirme George Pauget, ces gains ne sont pas liés à la prise de risque mais au gonglement exorbitant des activités bancaires avec le financement d'une dette d'Etat qui croit de façon exagérée au seul profit des banquiers, et à l'excès de crédit dans des domaines comme l'immobilier et le crédit à la consommation qui peuvent faire prélever aux banques une part excessive du PIB au détriment des autres activités).  

Rappelons tout de même que malgré les progrès de la productivité dans la banque de paiement grâce à une informatisation forcenée et au renvoi sur le client de la majorité des actes,  le secteur bancaire français a augmenté ses effectifs de 11% en 2007  et de 8% en  2008.

La vérité est qu'il faut dégonfler massivement la taille du secteur bancaire, le spécialiser et le décartelliser. Il y a eu trop d'émission de dettes en France, comme dans le reste du monde.  La singularité de la situation française est que ce gonflement excessif  a provoqué la faillite du système bancaire mais que le transfert des actifs excédentaires  vers l'Etat et la BCE lui a permis non seulement de ne  sentir que le vent du boulet mais  aussi de ressortir plus monopolitistique et protégé que jamais.

L'interview de M. Pauget montre seulement l'impudence d'un secteur monopolistique privé entièrement cautionné par l'Etat et tenant l'Etat à sa pogne, l'absence de grille de lecture chez les interviewers, et les conséquences d'un faux diagnostic  sur les débats en France.

L'anomalie, c'est que les journalistes ne veulent absolument pas faire droit à des analyses précises et extrêmement rigoureuses dès lors qu'elles sortent du champ d'une explication officielle aussi controuvée qu'elle soit.


Platitude et serviture vont toujours de paire.


Sylvain Dieudponné pour le Cercle des économistes E-toile.

L’évidence s’impose : le G.20 n’a pas fait les réformes nécessaires

En économie les faits sont têtus et ceux qui les ignorent sont systématiquement rattrapés par leurs erreurs d’interprétation et de politique.

Le Cercle des Economistes E-toile, après avoir parfaitement prévu et la date de la crise et son intensité,  a développé dès la faillite de Lehman-Brothers  une explication détaillée de la crise et en a tiré un plan d’action précis.  Le G.20 ne l’a pas fait et s’est perdu dans la pusillanimité. Cela commence à se voir.

Résumons notre diagnostic et notre thérapeutique pour ceux qui découvriraient ce site maintenant et qui ne souhaiteraient pas parcourir les dizaines d’articles que nous avons publiés sur ces deux thèmes.

La crise est due au développement de deux institutions désastreuses :

1-    Le système de changes flottants mis en place lors de la rupture du lien entre or et dollar, système de fait qui n’est cautionné par aucune analyse économique généralement admise,  est la source de tous les maux. Par le mécanisme fondamental de « la double pyramide de crédits », il a provoqué une hausse continue du taux d’endettement global des économies,  en même temps qu’il a offert l’occasion de gains spéculatifs gigantesques et sans intérêt collectif.  Le système a conduit à un empilage de dettes aboutissant à des niveaux d’endettement rendant impossible le remboursement et le versement des intérêts, et   dont une grande partie ne finançait que des anticipations à la hausse sur les divers marchés et rendait l’édifice d’une grande fragilité.

2-    La concentration du système bancaire et la fusion avec le monde de l’assurance  aggravent encore les choses. Les ensembles monstrueux  de la banque-assurance ne peuvent plus être mis en faillite. Les opérations croisées rendent les marchés illisibles. Les conflits d’intérêt deviennent systématiques.  La captation de richesses par les états-majors des banques a abouti à des résultats socialement inacceptables.  La course à la taille mondiale des nouveaux monstres a mis  en danger les systèmes nationaux de contrôle de la stabilité financière et les liens avec l’assurance ont  court-circuité les schémas prudentiels classiques permettant de tourner toutes les lois de renforcement de la sécurité des banques.

Ce système diabolique  après avoir provoqué la crise de 1974, puis celle du début des années 80, puis celles de 92-93, puis celles dites à tort « des pays émergents » puis celles dite à tort des « NTIC », chaque fois aggravées par des inondations monétaires plus importantes, un accroissement de la dette globale mondiale, des déséquilibres de balances de paiement,  a fini par explosé en septembre 2008, comme nous l’avions précisément annoncé.

Dans cette optique  le cas particulier des subprimes, la complexité  des produits dérivés,  le délire des agences de notation, les règles  comptables n’ont eu qu’un caractère anecdotique.  Nous avions prévenu que les autorités se concentreraient sur ces aspects mineurs et laisseraient l’essentiel dans l’ombre.  C’est exactement ce qui s’est passé.

Nous proposions des mesures  radicales pour faire face à la crise :

* Restructuration immédiate de la finance.

- Actant la faillite des banques et du système bancaire dans son ensemble,  il fallait nationaliser le secteur afin de le restructurer.
- Les secteurs assurance et banque auraient été structurellement disjoints
- Un système de banques de paiement aurait été mis en place et mis sur le marché par enchères publiques.
- Les mondes du placement, du crédit, de la gestion de fortunes, de l’intermédiation financière, auraient été isolés les uns des autres et régulés par des instances ad hoc.  Les morceaux auraient été mis sur le marché après nettoyage.
- Le produit des ventes auraient servi à payer éventuellement les actionnaires  des institutions financières nationalisées.

* Réorganisation immédiate du système monétaire international

- Restauration d’un système de changes fixes mais ajustables dont les Etats seraient responsables sous l’œil d’un FMI totalement rénové, sur la base de l’égalité absolue des droits et des devoirs des membres (fin du veto des Etats unis, fin du rôle du dollar, fin de l’acceptation de déficits  ou d’excédents massifs perpétuels).
- Mise en place d’un système de réserves internationales gérées par le FMI basé sur le « Mondio » et non pas le dollar.
- Dévaluation du dollar et réévaluation du Yuan par rapport à l’Euro.
- Interdiction des techniques de « short » sur les monnaies.
- Suppression de la cotation en continu.
- Réorganisation des bourses de matières premières (pétrole etc.) pour un système de cote en Mondio.

* Lancement immédiat d’un grand emprunt dans chaque grand pays
- Pour essorer toutes les liquidités tentées par la thésaurisation
- Pour financer  immédiatement des plans de relance

* Interdiction des stocks options sauf pour les start-up.
* Baisse concertée des taux d’intérêt pour refinancer la dette et faciliter l’investissement.
* Restructuration des crédits manifestement irrécouvrables

Au lieu de cela, le G.20 s’est réuni essentiellement pour tenter de démontrer qu’il y avait un consensus international. La seule mesure concrète a été la lutte contre les « paradis fiscaux » et l’autorisation pour le FMI de multiplier les DTS.  Tout le reste est resté du domaine du verbal.

Les autorités monétaires des Etats Unis et de l’Europe ont ouvert en grand les vannes de la création monétaire et fait fumer la planche à billets.
Les autorités budgétaires ont creusé les déficits.

Le bilan des banques centrales est désormais farci à des niveaux jamais vus d’actifs de qualité plus que douteuse, le cantonnement des dettes pourries ayant largement eu lieu en leur sein, ce qui est extrêmement discutable.

Les Etats sont désormais endettés à des niveaux jamais vu. On est entré dans un monde inconnu. L’histoire ne fournit pas de précédent sur lequel s’appuyer.

15 mois plus tard, il y a eu une seconde  bouffée de reprise qui vient relayer celle du printemps.   Des chiffres de hausse  significative du PIB ont été publiés en Chine, aux Etats Unis,  au Brésil.  Divers pays de la zone Euro ont vu également la décroissance s’arrêter et  une timide reprise s’installer.  Les plans de relance massifs ont bien eu  un effet là où ils ont été mis en œuvre.

Point noir, le commerce international est toujours à l’arrêt, les principales industries travaillent à un niveau situé entre 20 et 30% plus bas qu’à leur pointe d’activité de 2008, le chômage explose, les faillites se multiplient.  Des marchés entiers sont en grave souffrance.

Le monde de la finance allégé de ses  dettes les plus scabreuses, favorisé par des taux d’intérêt quasi nuls,  cautionné de toutes parts, a repris ses entrechats sur le même rythme qu’avant. Comment s’en étonner ? Aucune réforme n’ayant été faite, que voudrait-on qui se soit produit de différent ?

Paradoxalement l’activité de crédit aux entreprises est fortement pénalisée par les taux bas et la récession.  Les banques ont besoin d’un bon différentiel entre le coût de leurs ressources et leurs recettes. Même si le taux de refinancement est bas, l’activité de crédit n’est pas très rentable et impose de forcer sur la taxation abusive des opérations liées à la gestion de compte. Les emprunteurs étant déstabilisés par la crise, ils deviennent suspects.   On prête donc moins. 


En revanche la spéculation pour compte propre devient très rentable puisque le joueur dispose d’argent quasiment gratuit.  Et l’intermédiation financière offre des gains d'autant plus faciles que les énormes banques sont incontournables. Les grandes banques se sont donc branchées sans vergogne sur la bulle des émissions obligataires des entreprises,  sur le placement des emprunts d’état,  sur les augmentations de capital  à prix bradé des actions et sur les courtages de la reprise boursière.  La spéculation a alimenté la spéculation.


Jamais les banques n’ont été moins utiles à l’économie des entreprises  et ont bénéficié autant des facilités de la spéculation.  La concentration bancaire s’est accentuée.  Les mastodontes sont encore plus gros et leur taille interdit qu’on les laisse tomber en  faillite. 

La masse globale de la dette s’est à peine réduite pesant de façon excessive sur les acteurs.

Quant aux monnaies, tout le monde s’inquiète. Le dollar est au plus bas et menace comme toujours depuis quelques années de s’effondrer.  La Chine ne cesse d’accumuler des excédents  liés à la sous évaluation du Yuan. L'or flambe.


En un mot l’économie mondiale est stabilisée à un niveau très inférieur à celui qu’elle  avait atteint. Le crédit utile aux entreprises est congelé. Le moteur du commerce international est grippé.  Tous les facteurs des déséquilibres préexistants sont là et persistent à produire leurs effets délétères à la grande interrogation de ceux qui ne les ont jamais dénoncés et qui maintenant nagent dans les contradictions lorsqu'il faut interpréter les faits.

La France bancaire, cartellisée soigneusement depuis Pétain et vivant en consanguinité totale avec la haute administration,  chante les louanges du modèle  oligopolistique de la banque-assurance omnipotente. 

Le Crédit agricole ne pense plus qu’à une chose : sécuriser son accès aux dépôts en croquant la Société générale et créer des liens fusionnels avec  le petit monde de l’assurance mutualisée.

Bientôt les cinq grands réseaux  se partageront la quasi totalité des dépôts, des placements, des crédits et des opérations d’intermédiation. Le Crédit Agricole (sans la Société Générale) se vante de gérer les comptes de 20 millions de personnes, le tiers de la population française en comptant les bébés ! Et de s'extasier au lieu de s'inquiéter !

Nous sommes déjà parmi les pays d’Europe où les frais bancaires sont les plus élevés.  Cela ne va pas s’arranger.  Comme au temps des grands financiers du passé, les Fugger, les Médicis, les Law,  on n’est pas loin d’avoir affermé l’impôt à  quelques grandes banques.  Les intérêts de la dette d’Etat consomment désormais plus que le rendement de l’impôt sur le revenu. 

Certes les banques françaises ne sont pas les seuls prêteurs du trésor.  Mais leur part est prépondérante.  Une poignée de ce qu’il faut bien appeler des larrons  voient leurs rémunérations gargantuesques  directement branchées sur la collecte fiscale.  Pour des mérites d’apparatchiks, pas pour ceux de grands capitaines d’industrie.
Et on n’a pas encore lancé le Grand Emprunt Juppé-Rocard !


Pendant ce temps là l’Europe démantèle ING qui se voit obligé de vendre ses assurances. Comprenne qui pourra !

Avec retard et dans la foulée des journaux anglo-saxons, le Monde du vendredi 30 octobre s’interroge : spéculation financière, comment contrôler les banques ?   Le bandeau barre sur quatre colonnes la première page.  En page 13 sur cinq colonnes cette fois ci la question est posée autrement : faut-il interdire aux banques de spéculer ? 

Quinze mois après  la faillite de Lehman-Brothers on en vient enfin à poser les questions que nous posons depuis cette date.  Lire enfin  dans la presse quotidienne nationale que  « les institutions attrape-tout sont souvent l’objet de conflits d’intérêt » est des plus réconfortants même si le style laisse à désirer.  Les banques polyvalentes  sont TOUJOURS  en tentation de profiter d’une situation qui les fait juge et partie tout au long de la chaîne financière.  Plus le Moloch est gros plus les conflits d’intérêts deviennent choquants et plus le risque global pour la nation s’accroit.  Et plus les sur-rémunérations des dirigeants sont scandaleuses et contiennent d’argent finalement capté et non pas gagné.  Nous aussi  nous avons nos oligarques !

Le même exemplaire du Journal intervient pour signaler via une tribune de Nouriel Roubini  qu’il faut réduire les déséquilibres macroéconomiques.  Eh oui ! Mais pourquoi ne pas avoir lancé l’affaire dès juin 2008 ?  Le seul problème est que l’auteur ne remet pas en cause le moteur essentiel des déséquilibres : les changes flottants.  Il faut supprimer les effets mais ne pas s’attaquer aux causes !  Du coup l’article perd de sa force. 

Un peu plus loin Nicolas Baverez évoque l’impasse des politiques de sorties de crise.  Il pointe très justement les défauts que nous cessons de commenter depuis des lustres.

*Les politiques économiques ne sont pas coordonnées. C’est vrai ! Mais le seul moyen de les coordonner c’est de leur imposer la défense d’un taux de change internationalement agréé.  Il faut donc nécessairement et préalablement réformer le système monétaire international. 

*Le modèle économique des banques n’a pas été modifié. Encore vrai. Mais il faut avoir un schéma de restructuration. Il manque. Nous, nous  l’avons inlassablement exploré. 

*Le refus du G.20 de se saisir du système monétaire ? C’est notre dada depuis que le G.20 existe.  Mais Baverez, s’il constate les anomalies,  ne propose rien.

On peut se satisfaire de voir que les analyses que nous avons faites à chaud  deviennent les banalités du jour.  Il était absurde de ne pas réformer immédiatement  le système des changes et le secteur de la finance. Les faits sont là et la réalité s’impose.  Mais quel désarroi dès qu’on veut passer à la recherche de solutions.  On en reste aux vœux pieux sur les résultats attendus et les méfaits à éliminer.

Les mots-clé arrachent la bouche et ne sont pas prononcés.

Oui il faut démanteler les molochs de la banque assurance, sans avoir peur d’affaiblir le secteur financier. Mieux vaut des roseaux  nombreux  que des chênes rares et énormes,  en matière de finance.    Oui il faut revenir aux changes fixes dans un système régulé par un FMI où il n’y aurait que des égaux et  pas de veto.


Ces mots ne sont pas prononcés. On tourne autour dans le non dit.  Quinze mois après le déclenchement de la grande faillite bancaire universelle,   l’évidence qu’on a tourné le dos aux vraies solutions commence à s’imposer. Mais on ne fera rien  pour aller vers des solutions concrètes.

Que de temps perdu ! Que d’argent perdu ! Que d’emplois perdus ! Que de souffrances évitables !

Nous sommes toujours à la merci d’un rebondissement  catastrophique qui nous laisserait sans solution.  Et personne ne sait comment sortir de l’impasse du surdendettement d’Etat ni comment dégonfler les bilans  des banques centrales de leurs actifs dits non conventionnels (en fait : anormaux).

Peut-être que dans quinze mois…

Didier Dufau pour le Cercle des économistes  E-toile

Une loi d’airain de l’économie française



Lors de l’interview du premier ministre  M. Fillon à RTL,  il y a deux jours, il a indiqué que le taux de prélèvement  avait baissé en France en 2008 en soulignant que la baisse venait principalement de la récession et très accessoirement des baisses d’impôts qu’il avait mises en œuvre.  Naturellement ce discours a une finalité politique : « nos baisses d’impôts n’ont pas généré le déficit ni l’endettement ».  Mais nous le considérons comme juste et bien venu parce qu’il met en lumière une loi fondamentale de l’économie française qui n’est pas assez connue et dont on ne tire jamais les leçons.

Cette loi veut que l’impôt en France soit globalement progressif ce qui explique qu’il croit plus vite que le PIB pendant les phases de croissance et moins vite que le PIB pendant les phases de récession.  

Une loi à graver sur le fronton de l’Assemblée nationale et du Sénat.

DSK, au joli  temps de la cagnotte,  avait nié de façon bien cavalière cette loi fondamentale en disant cette idiotie caractérisée selon la quelle les impôts supplémentaires se dilueraient dans la croissance et qu’on aurait une baisse des  taux de prélèvements. Naturellement la forte croissance mondiale de 1997 à 2000 a provoqué des hausses massives d’impôts qui se sont ajoutées à l’effet du coup de massue fiscal de M. Alain Juppé et des augmentations d’impôts parfaitement inutiles imposées par le gouvernement Jospin à l’initiative de M. Strauss-Kahn.  L’affaire de la cagnotte fera beaucoup de mal au gouvernement.

 Il est donc bon pour un homme politique de dire la vérité.  M. Fillon l’a fait.

La loi étant bien établie dans un sens comme dans l’autre par les expériences  du boom de 1997-2000 et la récession en cours, il importe d’en tirer la leçon, ce que naturellement personne ne fait, ni du côté de l’Administration, ni du côté du personnel politique, ni du côté des médias, encore moins du côté des économistes officiels ou de ceux des experts  qui côtoient les allées du pouvoir.

Leçon  numéro 1 : la croissance de longue durée provoque ipso facto un accroissement naturel du taux de prélèvement.  Depuis la guerre de 40 il n’y a eu que quelques rares années de récession noyées dans des dizaines d’années de croissance.  Le résultat a été une hausse perpétuelle  du taux de prélèvement. Faut-il qu’un dispositif de « justice fiscale » serve à donner à l’Etat de façon invisible une part croissante des ressources produites ?   Qui parle d’un mécanisme automatique pour effacer cet effet ?  De même qu’on considère normal de ne pas tenir compte de l’inflation pour augmenter les impôts, il devrait être tout à fait admis qu’on ne tient pas compte de la progressivité du système pour privilégier les ressources de l’Etat.  L’INSEE devrait mesurer chaque année l’effet global de sur-taxation du à la progressivité de l’impôt  et le gouvernement devrait le restituer aux Français, ou au moins le mettre de côté pour faire face aux phases de récession.   Ce mécanisme devrait être institutionnel et même constitutionnalisé. Sinon cela veut dire que la République accepte de privilégier indéfiniment et structurellement  l’Etat dans ses rapports avec les citoyens.  Bien la peine d’avoir fait la Révolution.

Si vous avez entendu parler de ce débat sur les média ou dans les discours politiques, vous avez gagné le premier grand prix de l’ouïe  fine !

Leçon  n° 2 : les dépenses publiques n’étant pas soumises  à la même variation cyclique, il faut limiter la hausse des dépenses en phase de croissance rapide  et éviter qu’elles ne baissent pendant les récessions.  Depuis quarante ans nous faisons l’inverse : tout le surcroît de recettes permis par la croissance est immédiatement dépensé  en général en rajoutant de la dette par-dessus le marché ; en cas de crise un cliquet à la baisse sur les dépenses se met bien en place (comment faire autrement) mais on aggrave les impôts pour payer le trou de recettes de la récession, comme par exemple sous les gouvernements  Barre,  Mauroy, Juppé, avec un petit coup de pouce sur la dette en prime comme d’habitude.

La mauvaise gestion du  cycle économique conduit  à une aggravation de la situation et à une double poussée conjointe de la pression fiscale et de l’endettement.

A cela s’ajoute la dérive permanente des dépenses des collectivités locales.  La gabegie honteuse d’un Delanoë à Paris, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, en est une bonne illustration.  Ce monsieur a bénéficié de la bulle immobilière pour engranger des sommes colossales en supplément du trend normal de la croissance longue.  Il les a entièrement dépensées, en général pour des sottises et pour satisfaire des groupes clientélistes, aboutissant à faire passer les effectifs de la Mairie de Paris de 40.000 (ce qui faisait déjà rire les cyniques) à près de 50.000. Lorsque la bulle a éclaté il a massivement augmenté les impôts soit par hausse démente des taux (taxe foncière)  soit par création de taxe.  Naturellement on a ajouté l’abjection du  mensonge à celle de la gabegie.  La brochure envoyée aux frais  Parisiens, à leurs frais,  pour chanter les mérites de la municipalité ne dit pas un mot des …dépenses.  On ne fait que la comparaison avec les autres villes de France : Paris a des taux plus faible donc c’est une ville de privilégiés. On peut frapper.  Bien évidemment on n’insiste pas sur le fait que les prix de l’immobilier  n’ont pas tellement de rapport avec les villes en question et que le surcroit de richesse des parisiens leur fait payer globalement des masses d’impôts sans comparaison.

On est ici dans la malhonnêteté politique caricaturale.  Elle est parfaitement acceptée. Le mensonge politique en matière de fiscalité est tout à fait normal en France et les manipulations de l’opinion sont constantes. On en trouvera la preuve dans une sortie étrange de la présentatrice  blondinette du journal de TF1 qui tout à coup, sans aucune raison d’actualité, sans transition, éructe deux phrases : la hausse des impôts à Paris n’est pas celle qu’on a dite ; les taux sont les plus bas de France. Cela venait comme un cheveu sur la soupe.   Il est vrai que ce perroquet ridicule est classée journaliste et qu’elle bénéficie ainsi de niches fiscales très privilégiées.  Une rédaction de droite  qui tient le maximum d’audience  télévisée cautionne ainsi  le maire de gauche  le plus catastrophique et le plus cynique que la Capitale ait jamais eu.   Ici et maintenant !
 
Le principe correct de finance publique devrait être d’aligner les dépenses sur la croissance  avec un taux de hausse aussi proche que possible du trend.  On gommerait ainsi les effets  pervers signalés.  Cela n’a jamais été fait depuis 1945 !  La France est glorieusement parvenue à se glisser dans le top 3 des pays où les prélèvements sont les plus forts tout en accumulant les déficits de tout genre (balance commerciale, budget, endettement).  

Tout en quittant le peloton de tête des pays en croissance.  La bêtise a son prix.  Nous sommes en tête pour le chômage des jeunes, des femmes, des vieux, des immigrés, en un mot des faibles  entrant sur le marché du travail.  Nos administrations sont presque toutes en grave difficulté, voire pour certaines effondrées.  La sécurité sociale est en faillite.

Si la France, une fois de plus, augmente les impôts au sortir de la crise actuelle, pour pouvoir  pérenniser le niveau de dépenses publiques  intolérable atteint,  elle sortira de l’histoire.

Il vaudrait peut être mieux comprendre et  tirer définitivement  les enseignements de la loi d’airain  dont on parle.  Elle est au cœur de l’avenir de la Nation.  Et elle s’impose à tous les partis.

Didier Dufau pour le cercle des économistes E-toile.

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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