La panique s'installe

L'Europe et le monde en général n'ont jamais quitté la situation de panique depuis la chute de Lehman-Brothers. Plus aucune décision financière n'est prise de façon rationnelle depuis cette date. La peur conduit les comportements. Faute de toute solution collective réellement adaptée aux causes réelles des difficultés, les différents sparadraps mis à la hâte sur les plaies se décollent aussi vite qu'ils ont été posés.

La panique est à son maximum en Grèce où le spectre d'une sortie de l'Euro a pris de la densité après les élections de colère qui viennent d'avoir lieu. Pas de majorité ; pas de gouvernement ;  pas de solution à la crise de la dette grecque. La peur panique est là qui stimule le goût de la sanction électorale et d'une forme de nihilisme.

Que faire de ses actifs liquides en Grèce ? Tout l'immobilier européen est dopé par les fuites de capitaux grecs qui tentent de s'investir dans quelque chose d'un peu solide. Les banques de dépôt grecques voient les déposants retirer leurs avoirs à flot continu. Ils craignent à juste titre la solution expérimentée lors d'une crise similaire en Argentine. La monnaie y était alignée sur le dollar et les Argentins avaient le droit de disposer de comptes en pesos et en dollars, la parité étant assurée dans le cadre d'un "currency board".  

Lorsque cette parité n'a plus été tenable, les autorités ont mis en place un "corralito" c'est-à-dire un droit à un montant minimum de tirage sur les comptes qui couvrait à peine les besoins de subsistance, puis on  convertit le reste en monnaie dévaluée.

Menacé d'un pareil blocage avant spoliation les Grecs sortent tout de leur banque aggravant la situation du pays et amplifiant la menace. 

C'est la caractéristique propre de la panique.

Il ne faut pas croire que cette panique ne concerne que la Grèce. La "décollecte" de l'assurance vie, en France, un joli mot pour une fuite devant la monnaie, correspond aux mêmes ressorts. Quant aux banques italiennes, leur bilan est maintenant à 80% accoudé à la BCE. Une situation jamais vue nulle part.  Le Franc suisse est à nouveau sous pression, en même temps qu'une fuite généralisée  fait chuter le cours de l'Euro contre toute monnaie

Il y a trois ans nous avions sur ce site dénoncé le risque créé par l'impatience des peuples devant la déflation et déjà évoqué la peur panique du "corralito". L'absence à peu près totale de réponse cohérente aboutit au pire. Que de temps perdu !  Que d'argent perdu ! Que de risque pris !

Et aucune proposition sérieuse pour en sortir.

Rappelons que le seul moyen de sortir de cette crise mondiale  est de rétablir une monnaie de référence internationale avec laquelle les différents pays s'engageront d'avoir un taux de change fixe bien qu'ajustable par accord général. Chaque pays aura alors à défendre son cours de change par tout moyen quitte à mettre certaines barrières aux mouvements de capitaux à court terme.

Seul ce cadre général a permis de liquidité l'endettement massif global hérité des années trente et quarante.  Aujourd'hui encore, il forme la SEULE solution pour une sortie concertée de la crise globale de la dette.

C'est la seule qui permette de jouer sur tous les leviers de réduction de dettes à la fois : un peu d'inflation, un peu de relance, un peu de restructuration de dettes, un peu de rééchelonnement. Cette politique ne peut réussir que si elle est concertée et que si tous les états jouent le jeu. Et elle demandera de la durée.  

Une totale liberté des mouvements de capitaux et des changes flottants ne permettent aucun ajustement réel. La formation des prix sur les marchés monétaires et de capitaux en cas de panique ne réponds à aucune rationalité et au contraire amplifie la panique. Un passerelle en caoutchouc en cas de panique ne fait qu'éjecter ceux qui s'y sont aventurés. Un pont en béton est nécessaire mais avec des joints de dilatation résistants.

Tout le monde devrait comprendre aujourd'hui que l'introduction dans le monde des changes flottants, associés avec une liberté quasi totale des mouvements de capitaux, d'un côté, et la mise en place d'une monnaie unique en Europe, ont été les deux mesures tragiques qui ont conduit l'économie mondiale là où elle est.

Aurait-on gardé le système de Bretton-Woods et mis en place en Europe une monnaie de référence avec un rapport fixe mais ajustable des monnaies nationales, nous n'en serions pas là.

Après avoir mis la charrue avant les bœufs en créant une monnaie unique les fédérolâtres européistes hurlent : "fédéralisme, fédéralisme, fédéralisme", comme des cabris, comme si plus de poison avait jamais guéri un intoxiqué.  

Une monnaie unique européenne a-t-elle une chance dans un système mondial de changes flottants sans coordination générale et centralisée des politiques nationales de la zone euro ? La réponse est non.

Une monnaie unique européenne a-t-elle une chance dans un système mondial de changes flottants avec coordination générale et centralisée des politiques nationales de la zone euro ? La réponse est aussi non.

Une monnaie unique européenne a-t-elle une chance dans un système mondial de changes fixes sans coordination générale et centralisée des politiques nationales de la zone euro ? La réponse est "probablement pas".

Une monnaie unique européenne a-t-elle une chance dans un système mondial de changes fixes avec coordination générale et centralisée des politiques nationales de la zone euro ? La réponse est "peut-être".

Le coût élevé à tout point de vue de la perte quasi-totale de souveraineté ne garantit rien. A peine un "peut-être" si les autres veulent bien réformer le système monétaire international.

Il valait bien mieux laisser chaque état défendre la valeur externe de sa monnaie dans un système de changes fixes mais ajustables. On aurait aujourd'hui la possibilité de rétablir les différences de compétitivité intra européenne par un réajustement des taux de changes au lieu de chercher indéfiniment à obtenir la même chose par une déflation mortifère.

Pour l'Italie et la France, ce sont des dévaluations de 15  et 12% qui seraient nécessaires, pas beaucoup plus, sachant que l'Allemagne réévaluerait de 10%.  Pour la Grèce, on sait qu'il faudrait plus de 50% de dévaluation, 30 pour le Portugal et 20 pour l'Espagne. Ceci ne serait efficace que si dans le même temps le dollar était légèrement dévalué (environ 7%) et les  monnaies des pays fortement excédentaires  réévaluées (Yuan de 25 à 30% , Won de 15 à 20%).

Ces mesures monétaires accompagnant le passage à un système généralisé de changes fixes mais ajustables par concertation générale, avec surveillance des situations d'excédents ou de déficits massifs par le FMI, est la SEULE chance de voir le monde repartir en croissance effective avec élimination progressive de la dette accumulée.

2007-2012 : déjà cinq ans de panique et de régression globale. Et cette vérité toute simple n'est même pas  entraperçue !  De quoi vont parler les différents G.x qui ont lieu actuellement ? De rien d'utile naturellement sinon des vœux pour plus de flexibilité des changes ! Zeus c'est bien connu aveugle ceux qu'il veut perdre.

Faut- il attendre encore cinq ans de demi mesures et d'expédients pour que le monde comprenne ? Où est-ce la réalité qui par des explosions successives va imposer dans la douleur les réformes nécessaires ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des économsites e-toile



Une analyse brève du scrutin présidentiel français

Les Français avaient à choisir entre le ridicule et la rigueur. Ils n'ont pas choisi la rigueur. Ils auront le ridicule et la rigueur.

La crise ? Connais pas !

Une des curiosités de toutes les phases de récession est l'impertubable avancée des lobbies et grands prédateurs qui vivent de leur liens avec l'Etat.

Le grand public est en général peu au courant car la Presse  parle peu de ces institutions et presque toujours dans le sens du poil quand elle le fait.

Prenons l'Europe.  Si vous fouillez le net pour savoir combien il y a de fonctionnaires européens, il est impossible d'avoir une idée précise. Les dénombrements vont de 32.000 à 44.000.

On sait que ces gens sont très bien payés : près de 80.000 Euros annuels en moyenne, avec des hauts postes entre 200 et 500.000 Euros voir plus (comme le président de la BCE).  Période électorale aidant les gouvernements ont fait semblant de bloquer une hausse des émoluments de près de 3.5% . Ils n'ont accepté que 1.7%. En vérité l'affaire a été portée comme lors de la dernière fantaisie de ce genre devant les juges européens qui donneront totalement raison aux fonctionnaires.  Non seulement ils toucheront un rattrapage pour 2011 mais repartiront sur les nouvelles bases pour 2012 et 2013.

N'oublions pas que ces fonctionnaires ne paient pas d'impôts nationaux. La flambée fiscale française par exemple ne les atteindra pas. Le bouclier fiscal européen est en titane.

Les Eurocrates sont si sûrs de leur succès qu'ils ont prévu pour 2013 une hausse de 3.2% des frais de fonctionnement, ce qui portera à 213.000 Euro le coût du poste de travail européen.  Et cela tout en proposant une réduction de 5% des effectifs. On ne se serrera pas la ceinture à Bruxelles, au Luxembourg et autres lieux-dits de l'Union Européenne, pour ceux qui restent.

A Paris on va vers un effectif de 52.000 personnes, soit 1/3 de plus que les effectifs européens. On sait qu'avec M. Delanoë le slogan est : "pourquoi se gêner ; je ne m'excuserais pas !"

Qui sait en revanche que les directrice de crèche se sont vu subrepticement accorder le statut de fonctionnaire catégorie A ?  Une mesure incroyablement coûteuse qui déséquilibre tous les financements de crèche dans toute la France à un moment où on les multiplie.  Citation dans la presse ? Aucune. Discussion lors de la campagne électorale ? Néant. Des exemples comme celui là il y en a des centaines. Le Moloch adminsitratif marche en avant sans s'occuper de l'environnement. Vive la tranche à 75% de l'IR !

Dans un genre différent constatons en pleine campagne électorale la parution d'un énième rapport Pauget exigeant la disparition du chèque "gratuit". L'organisation des banques françaises, corporation pétainiste de façon certaine, celle-là, veut rendre payant l'ensemble des moyens de paiements.  Elle ne veut plus ni du chèque ni de la monnaie en pièces et en billets.

On sait que les dépôts dans les banques ne sont pas des dépôts mais des prêts gratuits.  Les banques utilisent immédiatement toute trésorerie qui lui est confiée pour leur compte propre, les mettant aussitôt en danger.  Elles ont une peur panique des rushs vers  la liquidité. Elles ont obtenu des avantages dérogatoires du sens commun pour essayer de ne jamais subir les foucades de la clientèle. 

Vous voulez quitter la banque ? D'accord mais après avoir viré votre argent dans une autre banque. Pas question de vous fournir votre solde en liquide. Prisonnier des banques vous devez rester prisonnier des banques.  Vous voulez retirer de l'argent liquide de vos comptes ?  Désolé on ne le peut plus au guichet : il faut passer par l'automate. Mais je n'ai pas de cartes de crédit ! Souscrivez c'est payant. Je dois payer pour retirer l'argent que je met en dépôt chez vous ? Euh oui mais non mais bien sûr. On fera pression sur vous jusqu'à ce que vous craquiez et vous dotiez d'une carte.  Payez et faites le travail vous-même. Votre argent m'intéresse à condition que j'en fasse ce que je veux et que vous ne puissiez le retirer qu'avec les plus grandes difficultés. Quelques oiseaux rares résistent. On leur donne des cartes à retrait unique ! A chaque retrait il faut redemander une carte. Pratique, non ?  Les mêmes banques ont obtenus le droit en cas de déficit du compte-chèques de casser vos instruments de placements et de se servir eux-mêmes sans même vous avertir.  Le droit de propriété ? Il n'existe pas pour les clients des banques.

Mais voilà : il reste le chèque, le maudit chèque. Il est d'usage gratuit alors que tout le reste est payant. Insupportable, non ?  Inlassablement le Moloch monte à l'assaut. Il faut réduire l'usage du chéquier et le rendre payant.  Evidemment il faudra trouver un autre nom pour le compte-chèque.  Le plus drôle est que l'Etat, phagocité depuis longtemps par les Inspecteurs des Finances qui règnent en maîtres sur la banque a imposé le chèque comme moyen de paiement obligatoire pour certaines opérations et en tout cas pour tout paiement supérieur  à une certaine somme (de tête 5000 euros).  Va-t-il inventer le virement payant obligatoire pour tout paiement à partir d'un compte-carte ?

Pour qui suit la guerre d'usure menée par les banques depuis des décennies contre le chèque l'aspect comique provient des justifications avancées qui changent en fonction de la mode. Aujourd'hui on nous dit qu'il faut supprimer le chèque gratuit pour payer la modernisation des paiements par cartes. Si ces nouveaux systèmes sont productifs pourquoi devrait-on payer plus cher que pour ceux qu'ils remplacent ? 

Et la Presse obligée de survivre dans la mouvance des banques de chanter les louanges de ces rationalisations putassières. Et gare à leur direction si elle n'obtempère pas.

Eric Fottorino, l'ancien directeur du journal le Monde, raconte dans son dernier livre (Mon tour du Monde) comment il a été viré par M. Pébereau, le président infatué et gonflé de primes et bonus de la BNP. La raison : il avait montré que ce M. Pébereau était comme une pieuvre dans la quasi totalité des conseils d'aminsitration des grandes entreprises françaises, cumulant les jetons de présence et les pouvoirs.

Plus rien ne peut se faire dans la presse ou dans l'industrie sans ce M. Pébereau qui touche à tous les rateliers et dispose d'un pouvoir de nuisance absolue en cette période de crise.

Mérites : nuls. La BNP comme toutes les grandes banques "généralistes" ologopolistiques françaises multiplient les conflits d'intérêt et en tirent profit. En plus, actuellement, la BNP emprunte à 1% et replace en bons d'état à 3 ou 4. Des dizaines de milliards d'Euros. Il faut deux personnes à la banque pour ces opérations d'une technicité redoutable : il suffit de savoir faire des additions et des soustractions, et de savoir remplir les imprimés.  Et le bonus va au dirigeant sous forme d'argent et de pouvoir. Ils ont tellement de talent !

Les portefeuilles sont remplis de crédits problématiques ? Pas d'importance. Une grande banque en général se refinancait à hauteur de 15 ou 20% auprès de la banque centrale. Pour certaines grandes banques on en est à 80%. Il y a tellement de mistigris dans les portefeuilles que plus une banque ne fait confiance à une autre banque. Ils savent, eux, que leurs directions ont fait gonfler les bilans au delà de toute mesure et de toute sécurité. Ils pourraient tous être poursuivi pour faillite par moyens ruineux.  Alors la BCE dirigée par l'un des leurs fait tourner la planche à billets pour les sauver. Et protéger les dépôts qu'ils ont employés à mauvais escient au risque de leur faire perdre toute valeur. 

Le plus drôle est de voir certains cumuler leurs rentes de satrape sans mérite  avec ...leur retraite de l'Inspection des finances. Pourquoi se gêner  ? 

Pourquoi se gêner ! La crise n'existe pas. Les grands prédateurs et les petits, bien embossés dans les arcanes des institutions nationales et internationales savent qu'ils peuvent tout se permettre  en se moquant totalement des électeurs et de la conjoncture. 

 

Sylvain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elections, sociologie et nécessités nationales (2)

La France doit impérativement "dégraisser le mammouth" comme le disait maladroitement le mais de façon imagée le ministre Allègre, et rétablir une balance normale entre emplois marchands et emplois financés par les prélèvements.  

Les populations concernées ne le veulent pas. Les élections actuelles le montrent bien. Elles ont voté massivement pour celui qui annonce qu'il les protégera. Les votes Mélenchon et Hollande sont des votes urbains et concerne des familles dont le revenu est fourni par la collectivité.  En revanche le vote des familles exposées au grand vent de la compétition mondiale, et subissant la crise, ouvriers et paysans en tête, ont voté pour les partis de droite, avec une nuance protestataire de plus en plus marquées dès lors que cette compétition internationale biaisée était plus mal ressentie.

Sans être marxiste la sociologie politique est largement dominée par les structures sociales. Mais la division n'est pas là où on met usuellement la distinction gauche droite.

Lorsque tout va à peu près bien le bloc marchand s'unit et donne la victoire à la droite. Quand tout va mal il se divise et donne paradoxalement la main à ceux qui vont protéger le secteur massif qui lui nuit par l'excès de sa masse et des prélèvements qu'il exige.

Nicolas Sarkozy a compris qu'il fallait réduire tant faire se peut la masse des secteurs non marchands. Derrière la tête de chapitre il n'y a pas eu de gros paragraphes :

- La RGPP était un gratouillis là où aurait fallu une tronçonneuse.

- Le non renouvellement d'un fonctionnaire sur deux était à la fois trop simpliste et mal conçu puisqu'on restituait la moitié des gains potentiels au secteur non marchand. En fait on a donné plus au secteur non marchand que prévu comme l'a reconnu la Cour des comptes.

- On a laissé en dehors du mouvements tout le para étatique et les collectivités locales.

Le résultat est là : tout a continué. Il n'y a pas eu de redressement. Simplement un ralentissement des dérives.

D'autant que derrière l'aspect purement quantitatif des effectifs, il faut tenir compte du niveau des rémunérations. Depuis 1970 le niveau moyen des salariés du public est passé de 15% environ en dessous la moyenne des employés du secteur marchand à 15% au dessus, avec le maintien de l'essentiel des avantages acquis qui se justifiaient plus ou moins du fait de la moindre rémunération moyenne du secteur public.

Les politiques n'ont plus barre depuis l'émergence de l'"énarchie compassionnelle" sur leur secteur public qui vit sa vie, pour son compte en oubliant qui le paie et en l'asphyxiant en faisant croire que les prélèvements sont pour les petits pauvres.   

Appréciation trop générale et arbitraire ? Que nenni ! Prouvons-le sur un exemple récent et en apparence minuscule. Qui sait qu'une "norme" a soudain édicté que les directrices de crèches devaient être classées dans la catégorie A des fonctionnaires. Aucun débat. Aucune publicité. Au nom du compassionnel bobo il fallait pousser à mort la constitution de crèches. Et voilà que l'administration créait une nouvelle catégorie de fonctionnaires à salaire multiplié.  Le coût des crèches publiques est désormais devenu exorbitant. Pour des raisons d'équité sociales on demande leur gratuité. Et voici comment les prélèvements augmentent massivement sans aucun débat public. Tout cela en pleine crise de la dette évidemment.

Des exemples comme celui là on en ramasse des centaines chaque année pour peu qu'on soit au contact des réalités.

Ce qui est vrai dans les régions l'est aussi à Bruxelles. On se souvient que soudain il est apparu avec bien du retard que les fonctionnaires européens s'étaient vu gratifiés d'une hausse massive de leurs émoluments, largement défiscalisés, bien entendu. Cette annonce avait conduit les politiques a faire semblant de dire non. Mais la négociation avait déjà eu lieu et semble-t-il, puisqu'on en parle plus, la hausse  a été appliquée.

 

Pour en terminer avec le candidat Sarkozy, on voit qu'il veut continuer dans la bonne direction mais toujours avec des demi mesures. C'est insupportable pour le gros quart  de la population qui vit directement de l'Etat.  Il prouve qu'on ne pourra pas effectuer de façon graduelle le nécessaire réajustement entre secteur marchand et secteur non marchand.  La Grèce qui s'était laissé aller aussi au développement d'un secteur non marchand délirant, associé à une économie largement "grise", se trouve obligé par la nécessité à réduire dans la douleur et souvent dans l'imbécillité  sa "graisse" publique. Pourquoi dans l'imbécillité ? Parce que ce n'est pas toujours la graisse qui est touchée mais la chair. Réformer dans la panique créée par les marchés financiers est nécessairement un désastre. Il faut réduire à froid et si possible pendant les phases d'expansion : d'où la culpabilité des gouvernements qui ont bénéficié des phases de haute conjoncture internationale et qui ont fait le contraire de ce qu'ils auraient du faire (Jospin et surtout Rocard).

 

La candidat Hollande a choisi de conforter le moloch. On supprime la RGPP. On abandonne la règle du non remplacement d'un départ à la retraite sur deux. On titularise à tout va. On recrute à nouveau massivement dans le fief socialiste de l'EDUNAT. On rassure les régions en leur promettant des ressources affectées et des responsabilités nouvelles. On ment un peu en laissant entendre qu'on stabilisera seulement la part respective des secteurs marchands et non marchands. On supprime l'allégement de charges patronales qui devait redonner un peu d'air aux entreprises du secteur marchand. Une hausse fiscale massive, voire délirante, sur les parties dynamiques et prospères du secteur marchand financera tout cela.

Tout cela est contraire à l'intérêt national bien compris de la France et se heurtera automatiquement à la question de la dette. Quelque soit la tuerie fiscale à laquelle se prépare Hollande, il est impossible de réduire l'impasse budgétaire de 25% environ chaque année depuis quarante ans en maintenant la disproportion caricaturale en France entre secteurs marchand et non marchand.

Hollande est un danseur de corde obèse qui s'arrête lors de la traversée d'un précipice en criant : je ne bouge plus. On lui crie : il faut maigrir un peu. Il ne veut pas et commence à manger le bras qui tient le balancier.

L'ennui du moment tient à l'incapacité du Français à imaginer qu'il danse sur un fil. Aucun des millions de fonctionnaires et de personnels à statut n'a perdu dans la crise.  Toute la charge de la crise est sur le dos des populations qui ne peuvent plus trouver d'emplois et des vaches à lait fiscales, c'est-à-dire le haut des classes moyennes. Les fonctionnaires et les personnels à statut hurlent : "qu'on prenne l'argent des riches et qu'on continue à nous payer et plus vite que cela".

Quand la sociologie urbaine fait apparaître une classe dépendant presque totalement de la dépense publique elle vote en ayant droit pour le seigneur dont la main les nourrit en frappant les manants. L'énarque Hollande a la prime. Il le sait. Son clientélisme est parfait : "je ne vous donnerai rien de plus. Mais je maintiendrai".

Je maintiendrai : une belle devise hollandaise !

Et le taux de prélèvement passera à plus de 46% du PIB, c'est-à-dire plus de 100% de la production marchande française résiduelle, en attendant un miracle une fois que la spoliation de l'épargne des Français aura vidé les dernières réserves.

Cette politique est suicidaire.

La seule solution est dans une économie solide et compétitive. Elle suppose des entrepreneurs, des profits, de l'emploi dans les secteurs marchands. Il faut sortir de l'urgence et cesser de manier l'assommoir sur les boucs émissaires.

Cette politique ne peut malheureusement pas être uniquement "nationale".  Il faut une route pour la croissance mondiale et l'expérience a montré que ses lourds camions ne passent pas sur les passerelles en bambou  et en caoutchouc des changes flottants. Mieux vaut un pont solide qui ne fait pas verser régulièrement les charges dans le vide.

Il faut que sur le pont solide des changes fixes et ajustables, dans le concert des nations, les camions aillent dans les deux sens et avec des valeurs proches. Les déséquilibres doivent être corrigés par des écluses ou des péages comme on voudra.

Malheureusement on voit que ni le monde, ni l'Europe ni la France n'ont encore compris la leçon.

Les anglo-saxons croient au dollar et aux changes flottants. Du coup Cameron se débat dans une récession qu'il a lui-même provoqué. Les Etats-Unis ne décollent pas. Leur système bancaire est en faillite virtuelle. Que la France et les autres grands débiteurs européens viennent à faire défaut, et il le sera de façon formelle.  Leur persistance dans une erreur idéologique et leur aveuglement de puissance ne peut conduire qu'à une grande dépression.

L'Europe des cabris, de la Commission, des eurolâtres, est en capilotade.  Mais elle persiste dans son être : vive les changes flottants ; vive les conventions qui abaissent unilatéralement toutes les frontières de l'Europe. Comme un canard à la tête coupée, la Commission court à toute jambe dans la cour sur la seule force de l'habitude tout en sachant que l'effondrement économique de la zone la remettra totalement en cause. La BCE de Draghi ne sait plus quoi faire et se démène dans l'urgence en violant toutes les règles. Que la France tombe en cessation de paiement, avec le sud de l'Europe, qu'en restera-t-il ? Son énorme bilan est totalement composé de produits "toxiques".

On voit que la France dans ses profondeurs  ne veut pas bouger non plus.

Le monde, l'Europe,  la France, attendent en espérant un miracle une reprise spontanée des affaires comme à chaque fois. Cinq ans déjà ! Le RU, l'Espagne, la Grèce sont en récession franche et nette. Le commerce mondial est arrêté. La panique et les changes libres et flottants rendent impossible l'ajustement des balance des paiements. Le Franc suisse est sous pression. La recherche de la précaution est partout. Mais il n'y a nulle part où se cacher et le fisc prend tout ce qu'il peut.

Quelle est la chance d'une reprise mondiale dans un tel contexte ?

Quelle est la chance d'une reprise européenne entravée par un euro flottant toujours au-delà de cours permettant aux pays de la zone d'équilibrer leurs comptes extérieurs ?  Compter sur la déflation pour rééquilibrer les échanges intérieurs à la zone et les différences de compétitivité, est-ce raisonnable ?  

Quelle est la chance d'une reprise française des affaires si on maintient une dépense publique supérieure à la valeur ajoutée du secteur marchand et des taux d'imposition déments ? On veut rendre l'impôt encore plus progressif. Ce qui veut dire qu'en cas de redémarrage de la croissance le taux de prélèvements AUGMENTERA encore plus que d'habitude étouffant tout espoir de reprise durable.   

Alors on entend la sinistre chanson de la politique du pire. "Ce qui doit arriver arrivera. A l'impossible personne n'est tenu. Quand nous ne pourrons plus emprunter les fonctionnaires ne seront plus payés. Il faudra bien faire quelque chose. La dépense publique devra bien être contenue et les réformes faites".

Illusion. La politique du pire est la pire des politiques.

Qu'on regarde l'histoire récente de l'Argentine. Quand il n'y a plus eu de dollars, on a créé des monnaies fantaisistes, genre "Argentino". L'épargne des Argentins qui n'avait pas fui a été ratiboisée. L'inflation a tout dévasté.  Certes le Campo dans ce désastre général a retrouvé des capacités d'exportation compte tenu des cours très bas d'une monnaie fortement dévaluée. Mais l'Etat était en loque. Les expédients se sont succédés. On a fait défaut sur la dette extérieure transférant la crise vers l'Europe. Merci !  Mais le pays n'a plus de crédit. Alors il a eu recours à tous les expédients. Le plus simple était de voler les compagnies étrangères. Depuis dix ans on les ratisse. La dernière expropriation concerne le secteur pétrolier. L'Espagne ne dit pas merci.  On s'est saisi des réserves de la banque centrale qui maintenant est nue comme un ver.

On nous a dit avec une fougue toute mélenchonesque : "faites comme l'Argentine". Ou "essayez Chavez". Le pire est qu'on y va tout droit. Il ne peut y avoir de fonds de sauvetage comme pour la Grèce. Quand la politique d'immobilisme figé aura échoué, les créanciers seront floués ; une monnaie dévaluée circulera achevant la ruine de l'épargne. Les réserves des la Banque de France seront mobilisées.  L'ennui est qu'il n'y a pas d'actifs étrangers en France à saisir. L'Europe explosera et le monde entrera en dépression.   

Le problème des Français et du reste du monde est qu'Hollande, qui a toutes les chances d'être élu, est un inconnu.  On sait qu'il a l'esprit alerte, le goût des jolies femmes, un solide talent d'apparatchiks, une ambition démesurée.

Mais au fond de lui-même ?  Fils d'un adepte de Tixier-Vignancourt, donc de la plus extrême droite, il s'est dédouané par un engagement socialiste sans faille. S'agit-il d'une faille familiale  lourde de conséquences oiseuses ?  On se souvient de Raymond Barre, fils de failli, en perpétuelle grogne  et incapable de dépasser une haine rance qui imbibait de sarcasmes tous ses propos. S'agit-il d'un opportuniste intelligent et séducteur, habitué à ruser, plus léger et bordélique que véritablement sérieux ? On sait qu'à la Cour des comptes il passe pour un rigolo incapable d'un travail lourd et consciencieux.

Ceux qui l'ont connu comme dirigeant du PS ont vu une anguille capable d'embobiner, de fuir, de se dégager, de n'être jamais pris dans rien. Et une couleuvre fuyant le travail trop lourd et les dossiers trop difficiles. Aucun effort de rénovation du PS, aucune ligne claire. Monsieur nageait et surnageait avec un petit sourire faussement niais.

P'tit gros alopécien,  il a accumulé les succès auprès de jolies femmes qu'il s'apprête à récompenser. Pas mal non ?

Fils de notable d'extrême droite rouennais, le voici en socialiste héritier de Jaurés, Blum et Mitterrand, sans avoir perdu la fortune héritée. Sans jamais avoir travaillé. Pas mal non ?

Il va gagner pour avoir imprimé dans l'esprit public  le retour de la retraite à 60 ans, la protection de la sphère publique, et l'idée que les "riches paieront".

En vérité il a dit tout, sans dire rien, tout en disant n'importe quoi.

Le Hollandisme est un don-juanisme qui ne se donne comme fin que la victoire d'une séduction passagère. En annonçant sa filiation mitterrandienne il en fait l'aveu fort clair.

Il a compris après l'effondrement de son principal concurrent socialiste que les attitudes de Matamore de son adversaire, associées aux ressentiments nés de la crise,  lui permettaient de séduire la belle sans trop avoir à se forcer ni à s'engager.

La bague de fiançailles sera payée par d'autres.

Il pense savoir surnager comme pacsé de la République à force de virevoltes et de belles paroles.

La nation voit arriver un Bel-ami  à tête de notaire rafraîchie et à ventre dukkanisé, l'œil  astucieux et le discours enveloppant, comme le propriétaire d'une entreprise en difficulté voit s'imposer un candidat gendre incertain, pas trop scrupuleux, qui n'a jamais rien prouvé dans sa vie mais qui a des diplômes et de la jactance.

 Seule certitude : cela va coûter cher. Et la faillite n'est pas impossible.

Elections, sociologie et nécessités nationales (1)

Les programmes des deux candidats sont explicites sur au moins un point : ils vont faire exploser le taux de prélèvements. Pour 2016 ou 2017, selon les plans, il dépassera dans les deux cas 46% du PIB.

Le problème est que les Français ne comprennent pas ces deux chiffres et on se garde bien de les déniaiser sur ce sujet.  Si vous leur posez la question ils vous répondront : "42 ou 46 c'est presque pareil ; c'est pas trop grave. Il nous en restera tout de même la moitié".

C'est faux.  Nous l'avons souvent démontré depuis 15 ans avec la fable de l'esquimau. Cela vaut la peine de recommencer de temps en temps surtout en période électorale. .

Un esquimau pêche un poisson dans le trou qu'il a percé dans la glace. Le comptable national local énonce : PIB (en poisson) = 1.

Un type arrive avec un fusil, le braque et lui prend le poisson. Le comptable national énonce :

-Prestation de gestion et de sécurité de l'Etat estimé à son coût = 1 poisson. PIB global 2 poissons (la production du pêcheur et celle du fonctionnaire). Taux de prélèvement = 50%.

Autrement dit quand l'Etat prend tout pour lui-même, le taux de prélèvement est de 50% et non de 100% comme on pourrait le penser et comme la majorité des Français le pensent.

Quand vous augmentez les prélèvements de 42 à 46%, le disponible diminue de 8 à 4% (50-42 contre 50-46) , donc baisse de moitié. Avec les hauteurs de prélèvements que l'on connait en France toute variation de la charge des prélèvements a des effets multiplicateurs terrifiants.

La comparaison entre dépense publique et valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand confirme cette réalité. La dépense publique en 2011   est supérieure à la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand. Cela veut dire que s'il n'y avait qu'un seul impôt; la TVA, le taux devrait être supérieur à 100% pour équilibrer les comptes publics.

Le nœud du problème tient à la part de la production du secteur non marchand (dans la pratique les fonctionnaires et personnels à statuts des services non marchands) dans la production globale. On répute que leur action a une valeur que l'on estime à  son coût, faute d'un marché pour faire apparaître un prix.  L'arbitraire est ici total. Nous l'avons accusé dans notre exemple de l'esquimau  en assimilant l'Etat à un pur prédateur ce qui est évidemment exagéré. Il faut bien voir que si on augmente les fonctionnaires sans changer leur effectif ni leur production, quelque soit ce qu'on pense de cette production, l'augmentation de coût entraîne directement une augmentation du PIB.

Il faut être très attentif à la part de la population active qui se trouve ainsi compter dans le PIB à son coût sans constat réel de la valeur de ce qui est produit. Les pays nordiques redistribuent beaucoup mais conservent une administration peu coûteuse et restreinte. La France redistribue un peu mais surtout sert un énorme effectif de personnels qui ne sont pas dans le secteur marchand.

On aboutit en France à une structure de l'emploi réellement très bizarre, et totalement exceptionnelle dans le monde : 7 millions de personnels à statuts, 7 millions de chômeurs ou de personnes en âge de travailler exclues du marché du travail, 16 millions de salariés du secteur marchand.

Si on compare avec la moyenne des pays de l'OCDE, approximativement car les comparaisons internationales sont très difficiles dans ce domaine, on devrait avoir :

2 millions de personnels à statut (exclusivement dans la fonction publique centrale et territoriale), 25 millions de salariés du secteur marchands et 3 millions de personnes laissées en dehors du marché du travail dans les phases de mauvaises conjoncture.

L'anomalie française n'est pas mince.

Le secteur hors emploi étant largement financé par l'Etat et les personnels dont la production est non marchande aussi,  on voit la pression qui est mise sur le secteur marchand. On demande à un secteur qui emploie 16 millions de salariés de porter l'effort principal du coût de près de 14 millions de personnes.

Ainsi s'explique la hauteur des charges sociales en France et le niveau hystérique des impôts et autres prélèvements.

Ainsi s'explique aussi l'impact de mesures comme les 35 heures. Dans le secteur protégé les 35 heures n'entraînent aucune baisse du PIB bien que la production de service ait baissé de 11%. En vérité on va recruter pour compenser. Il faudra financer cet accroissement. On aura une hausse concomitante obligée du PIB et de la dette. Dans le secteur marchand  elles provoquent une forte hausse des coûts dont une baisse des résultats et des ventes. Pour financer les surcoûts du secteur non marchands on va forcer sur l'imposition du secteur marchand au moment où il se contracte. Compte tenu du volume respectif des deux mondes, l'effet serait massif.

Comme il est impossible de forcer l'imposition sans limite, , on comprend mieux le rôle de l'endettement. Celui de l'Etat français approche des 100% du PIB comme nous l'avions annoncé il y a quatre ans. Pour ne pas voler totalement le revenu des Français l'état a du emprunter à mort. Les particuliers eux ont emprunté environ la valeur d'un an de PIB. Comme les banques et les entreprises ont du faire de même, on voit où l'on en est : dans la quasi impossibilité de rembourser nos dettes.  Ni de maintenir notre pouvoir d'achat si les emprunts régressent ou si leur coût augmente.  

Les Français ne peuvent plus à la fois rembourser leurs dettes privées, rembourser les dettes de l'état et payer les dépenses publiques. Leur impôt sur le revenu paie à peine l'intérêt de la dette publique. On ne parle pas du remboursement du principal. 1700 milliards de dettes ; 180.milliards chaque années  pour renouveler l'en-cours (emprunter pour rembourser les précédents emprunts) et  55 milliards d'intérêts.  Cela veut dire au passage que la maturité de la dette publique française est de près de 10 ans et son intérêt moyen de 2.5% environ. Comme si elle était constituée d'obligations à 10 ans que nous venions de souscrire.  Si on voulez rembourser la dette pour la ramener à zéro, il faudrait tripler l'impôt sur le revenu ce qui est physiquement impossible. On ne parle que de stabiliser la dette, alors qu'il faudrait pour le seul Etat la faire reculer à moins de 60% du PIB pour respecter Maastricht.

Ceux qui croient qu'on pourra  faire cela en comptant soit sur l'imposition des "riches" soit sur des expédients sont des menteurs sans scrupules.

 

La France doit s'interroger sur son modèle  qui a provoqué un chômage structurel par gonflement prodigieux et excessif de son secteur non marchand. Si on prend sur les quarante dernières années la tendance, on s'aperçoit que le nombre des salariés du secteur marchand n'a augmenté que très faiblement (environ 3 millions) et que celui du secteur non marchand a grimpé à peu près du même nombre.  Les deux secteurs se sont à peu près partagé à 50% la création d'emplois.

Le secteur marchand pour supporter le poids du secteur non marchand a du se résoudre à ne créer que des emplois hyper productifs. C'est ainsi que toutes les populations faibles (jeunes entrants sur le marché du travail, femmes, personnes âgées, immigrés)  se sont retrouvées largement exclues de l'emploi ou obligées à un parcours du combattant pour obtenir le droit d'entrer dans le monde des CDI.

Pour corser l'affaire on a abaissé toutes les frontières et obligé le secteur marchand à lutter contre des productions étrangères qui ne supportaient pas les mêmes contraintes. Tout en créant deux bureaucraties nouvelles, les fonctionnaires de Bruxelles et ceux de la décentralisation.

La France doit impérativement "dégraisser le mammouth" comme le disait maladroitement le mais de façon imagée le ministre Allègre, et rétablir une balance normale entre emplois marchands et emplois financés par les prélèvements.  

 

A suivre...

Les deux non-dits du premier tour

Les commentateurs restent toujours dans l'analyse des thèmes de campagne et en fonction des résultats cherchent les thèmes qui ont triomphés au vu des résultats. Les motivations des électeurs sont souvent beaucoup moins explicites que cela.  Le non dit est aussi important que le dit.

Sarkozy a perdu les élections. C'est presqu'inscrit dans les résultats du premier tour et les sondages pour le second : depuis un an il y est donné perdant avec 45% des voix. 

La raison "non dite" qui explique cette constance dans le rejet est fiscale. La convention dans le monde médiatique c'est que les impôts ne doivent jamais être évoqués. Mais les Français sont tondus ras et menacés de l'être encore plus. Sarkozy a taxé à mort sa clientèle et annoncé qu'il ferait encore pire à l'avenir. Sa clientèle a fui pour Mme Le Pen et pour faire "turbuler" le système. La droite est majoritaire et désormais un rapport 1/3, 2/3 entre ses deux composantes s'est institué qui peut monter à 50/50.  Sarkozy en donnant l'impression de privilégier quelques dizaines de super-riches et en écrasant d'impôt la classe moyenne l'a chassée vers le Front National.

Le second non dit est que les Français sont désormais prêts à faire sauter l'Europe si la politique européenne doit les conduire à une situation à la grecque. De toute façon la solution appliquée à la Grèce est impossible à appliquer à la France. Il y faudrait plus de 1.000 milliards d'Euros ! On pense les marchés forts. Ils sont faibles et en grand danger de perdre l'argent placé en France.  C'est pour cela que quelque soit le résultat final nous ne croyons pas trop à un troisième tour "sur les marchés" pas plus qu'un troisième tour social.

L'Europe et les marchés vont plutôt soutenir F. Hollande. C'est leur intérêt.  Ils ont besoin de l'argent des Français pour survivre. On pillera donc "les riches" et la classe moyenne pour rembourser les dettes et éviter l'éclatement de la zone Euro. Cela durera ce que cela durera. A terme cela signifie une recomposition forte des droites et peut être l'éclatement de la zone Euro.

 

Sylvain

Collectif d'économistes en faveur de Hollande : opportunisme ou imposture ?

Pourquoi cette gêne persistante après l’annonce d’’un groupe d’économistes de soutenir un des candidats à la présidentielle française ? On imagine bien que dans toute profession on trouve des supporters dans tous les camps politiques. Le candidat le mieux placé dans les sondages draine presque mécaniquement les opportunistes. Pourquoi jouer les moralistes au bruissement des vestes qui se retournent  ou des ambitions qui s’aiguisent ?

Le malaise ne vient ni de l’engagement politique ni du carriérisme des signataires mais du fort sentiment qu’au-delà de « l’opération image », on se trouve en présence  d’une  réelle imposture.

« A quoi servent les économistes si leur science ne leur permet pas d’éviter une crise grave ? », disait la Reine d’Angleterre avec un grand bon sens.  Au moment où le monde connait, depuis quatre ans déjà une crise sévère, et où la France est en très grande difficulté,  les économistes ne peuvent pas s’engager publiquement  comme experts confirmés parlant  ex cathedra en toute neutralité politique sans  avoir donné quelques preuves de leur clairvoyance passée et de la justesse de leurs avertissements.

 

Hélas, hélas, hélas !

 

Tous les signataires de l’appel à voter pour la candidature du candidat socialiste aux présidentielles publiés dans le journal Le Monde,  sont des économistes officiels dont la charge aurait dû être de prévoir la crise, d’en expliciter à l’avance les mécanismes, de définir les mesures d’urgence propres à éviter la catastrophe.  Ils n’en n’ont rien fait.

Ont-ils, dès les discussions sur l’Euro, prévenu des conséquences dramatiques possibles ? Ont-ils proposé les ajustements de gouvernance nécessaires ? Ont-ils montré que les divergences de croissance interne au sein de la zone étaient dommageables ? Ont-ils prévenu que la monnaie unique impliquait des contraintes voire des sacrifices ? Les a-t-on entendus sur ces sujets dans les années 90 et 2000 ? Ce furent non seulement les silencieux du sérail mais pire encore pour la plupart de lourds propagandistes des défauts que l’on constate aujourd’hui, défauts qui sont niés encore aujourd’hui par certains d’entre eux qui doivent leur carrière  à leur européisme bêlant.

Ont-ils à un moment quelconque prévenu que la France ne pouvait pas, seule au monde, s’enfoncer dans le non travail, avec des systèmes de retraites intenables,  des durées de travail  trop basses, des charges excessives et pesant trop sur le travail, des dépenses publiques hystériques, des impôts intolérables et des dettes intenables ? Au contraire. L’un d’entre eux s’est même fait le chantre énamouré d’une dépense publique encore plus grande et d’une fantastique augmentation des impôts.  Nous avions dénoncé ici les sophismes  qui avaient permis à cet escroc intellectuel de tromper le pays.

Ont-ils compris la source même des difficultés internationales ? Ont-ils condamnés toute l’évolution monétaire et financière que l’on a vu se développer depuis l’erreur magistrale de la suppression des contraintes de Bretton-Woods ?  Ont-ils dénoncés l’Europe passoire qui a renoncé à être quelque chose dans un système de monnaies flottantes en folie ?  Ont-ils dénoncé les choix socialistes de foncer dans une mondialisation dérégulée en contrepartie de quelques places en vue pour certains de leurs hiérarques ?   Ont-ils vu arrivé le surendettement global et l’ont-ils dénoncé ? Ont-ils avec courage remis en cause les thèses anglo-saxonnes d’une finance triomphante et demandé des corrections urgentes ?

Aucun des signataires, aucun, n’a eu la clairvoyance d’analyser la situation ou le courage de proposer les changements nécessaires.  Ils ont tous été des économistes façon « rats crevés au fil de l’eau », jugeant prudent de ne rien dire qui pourrait affecter leur carrière officielle.   De leur carence est née l’affirmation des politiques que cette crise terrible « était imprévisible ».

Ils donnent la même impression pénible, mutatis mutandis,  que ces généraux défaits honteusement en mai 40 du fait de conceptions fausses et de lâchetés carriéristes en tout genre et qui ont ralliés sans ambages  leurs vainqueurs pour perdurer encore un peu dans leur  pontificat officiel malgré l’effondrement  militaire qu’ils avaient mission d’éviter.

Lisons-les, ces Gamelin économistes de la trente-cinquième heure.

« La crise de l’Euro montre que le pire est encore possible ».

Que n’ont-ils dénoncé à temps les fragilités qu’ils ne constatent qu’avec quatre ans de retard (au moins).

« La croissance de la dette publique rend indispensable l’assainissement des finances publiques ».

Quand ont-ils dénoncés cette République qui depuis 1974 vote des budgets en déséquilibre massif, gonfle inlassablement la dette, provoque une hausse continue des prélèvements sociaux au point que nous sommes en devenus les champions du monde toutes catégories ?  A-t-on lu une seule fois sous leur signature qu’un pays dont l’Etat  dépense l’équivalent de toute la production du secteur marchand avait quelques soucis à se faire ?  Ont-ils dénoncé le drame structurel qui fait que désormais qu’il manque entre 5 et 10 millions d’emplois salariés en France du fait des erreurs invraisemblables accumulées depuis le septennat Giscard, renforcées par le lamentable programme commun de la gauche,  aggravées par la gestion inique de la crise de 92-93, encore aggravées par les 35 heures et le malthusianisme Jospinien, non corrigées par la passivité chiraquienne et finalement  impossibles à rattraper  par l’activisme brouillon  d’un dernier président  finalement frappé d’incapacité par la crise ?

« Il faut mettre un terme à la sous taxation du capital et des rentes ».

Nous sommes le pays qui a la taxation la plus phénoménale du capital et des rentes.

On sait que le rendement du capital est en moyenne de longue durée de 3%. Avec une imposition de près de 50% des revenus et une tranche à 1.8% de l’ISF on atteint un rendement marginal  négatif du capital en toute circonstance. Avec la crise, ce sont des baisses énormes qui frappent les détenteurs de capitaux. Nous avions un capitalisme sans capitaux (voir l’absence de la France dans le domaine des grosses PME). On nous propose un capitalisme sans capitalistes.

On sait que les grandes fortunes sont tellement privilégiées qu’elles sont parties en masse  (près de quarante mille depuis l’instauration de l’ISF (ou équivalent) en 81. Plus de 600 milliards d’euros en fuite.

Quiconque possède  des bureaux qu’il loue sait qu’après déduction des charges, de la taxe sur les bureaux (doublé à Paris), des taxes foncières, de l’ISF et des autres impôts directs et indirects, il ne reste pratiquement rien.

Quiconque loue des logements sait qu’il en est de même.

C’est pourquoi les gouvernements confrontés à l’absence d’incitation à construire multiplient les mesures fiscales incitatives.  La plupart des niches fiscales datent du gouvernement Jospin !

On sait que depuis 74 et surtout 81 l’investissement en France est beaucoup trop faible.  On sait aussi que le capital français passe, en masse, dans des mains étrangères. Près de 50% des actionnaires du CAC 40 sont des étrangers et tous nos biens immobiliers de luxe suivent le même chemin.  Un impôt très fort sur le capital et l’ISf progressif jusqu’à 1.8%  impliquent automatiquement un bouclage par la vente d’une partie du capital à l’étranger. C’est mécanique.

« La sous taxation conduit « aux excès spectaculaires à l’origine de la crise financière »

On a vu qu’il n’y a aucune sous taxation et au contraire une sur taxation délirante et contreproductive.

Et voici que ces messieurs nous offrent enfin l’explication de la crise qu’ils n’ont pas vu venir. Quatre ans après ils savent : ce sont les excès  de Français sous taxés qui nous ont mis dans ce mauvais cas ; on va leur faire passer le goût du pain à ces « salauds » au sens sartrien du terme et tout ira enfin bien dans le meilleur des mondes possibles.  Quand des économistes se mettent à dresser des gibets de boucs émissaires, on sait qu’on est dans l’ignominie et pas la science économique.  Mais là on dépasse toutes les bornes.

Même si on adhère à la thèse (totalement fausse comme on l’a mille fois démontré)  que la crise actuelle est le fruit d’une trop grande spéculation sur les subprimes américaines, en quoi sont-elles liées à la taxation des quelques fortunes françaises ? Les principales victimes des subprimes ont été les trésoriers des entreprises qui plaçaient leurs excédents temporaires dans des Sicav de trésorerie « dynamiques »  et à qui on n’a jamais dit les méthodes choisies pour obtenir ce dynamisme.  Les particuliers qui conservaient également une partie de leur trésorerie en Sicav ont été pratiquement tous remboursés par les banques.

Si ce ne sont pas des subprimes, de quoi parle-t-on? Des collectivités locales qui se sont engagées dans des emprunts à risque ?  Quel rôle là-dedans des « grandes fortunes françaises sous- taxées » ?

L’affirmation, qui n’a qu’un seul but, surenchérir sur l’accusation de « président des riches » portée contre le président sortant, n’a aucune réalité. Il s’agit d’un mensonge caractérisé.  On dit n’importe quoi après avoir pratiqué le silence le plus épais.  

Le plus drôle est que le Journal le Monde qui a cru devoir jouer le jeu de ce collectif publiait dans le même numéro un supplément « votre argent » qui démontrait à chaque ligne exactement l’inverse que ce qu’affirmaient de mauvaise foi ces « économistes » félons aux obligations minimales de vérité et de bonne foi de leur charge. 

On y voit une épargne française depuis toujours à la recherche d’un maximum de sécurité et ne la trouvant pas dans les tourments financiers qui secouent le monde depuis 1971.  Nous plaçons dans l’or, dans la pierre, dans l’assurance vie défiscalisée. Tout le reste nous fait peur.  Où sont les riches cascadeurs sous taxés  lancés dans les pires virevoltes financières et faisant basculer l’édifice ? En revanche combien de gogos anesthésiés par le silence des économistes officiels qui découvrent soudain que les dettes d’état sont dangereuses et que leur assurance vie était bourrée de dettes grecques, espagnoles, italiennes, portugaises. Les gouvernements l’avaient exigé !  Nos économistes trouvaient cela très bien.

Arrêtons-nous là : ces Gamelin qui vont à la gamelle n’ont rien à nous dire. Ils n’ont acquis aucune crédibilité par  leurs écrits techniques ni leurs conseils dans les dix années passées.  Au contraire, ce furent des nuls taiseux, des potiches heureuses de jouer les utilités, des incapables vaniteux, des nocifs par abstention.  Ils mentent et trompent aujourd’hui avec une absence de dignité presqu’équivalente  au néant de leur  contribution économique  utile dans un passé récent.

Un signe ne doit pas tromper. Ils se cachent derrière leur titre. Ils évoquent les institutions qui les emploient. Ils invoquent des principes d’autorité pour prétendre à la pertinence. Faute de tout prestige personnel associé à leurs études et à leur pensée,  ils engagent celui des institutions qui les ont, bien à tort, recrutés.  Ils s’abaissent ainsi à les instrumentaliser. Et ils les abaissent.  Faute de toute crédibilité personnelle ils se groupent en espérant que la masse de la meute cachera la maigreur intellectuelle, étique, de ses membres.

Ils ne font que rappeler le sinistre exemple des « 127 économistes pour les 35 heures » de 1997,  dont tous les noms sont aujourd’hui oubliés et qui eux aussi avaient publié dans le Monde un appel pour expliquer que les socialistes avaient la chance inouïe de bénéficier de la confiance du gros des économistes.  On sait quelle sinistre erreur sera cette mesure lamentable.

Jospin avait  la même époque  créé le CAE pour donner un terrain de jeux aux collectifs d’économistes  qui le soutenaient.  On retrouve d’ailleurs dans la liste des pétitionnaires actuels un des membres éminents de cet organisme, présent depuis l’origine,  qui naturellement condamne la spéculation financière après avoir servi de caution bourgeoise chez Rothschild avec de lourds honoraires à la clef.  

Notons aussi  que  le Monde qui aère les ambitions de notre collectif est entre les mains de deux des milliardaires sous-taxés les plus remarquables, MM.  Bergé et Pigasse. Une sacrée spéculation, au passage.

Défense de rire.

L’épisode fera sans doute comprendre pourquoi la France est désormais considérée comme un trou noir en matière de sciences économiques, après des siècles à l’avant-garde.  

On est passé de l’économique au comique.

Mais qui a envie d’en rire ?



Monnaies et banques centrales

La monnaie s'invite enfin dans la campagne électorale française. Le président sortant, M. Nicolas Sarkozy, a lancé le thème de la réforme de la Banque centrale européenne (BCE) lors d'un discours le 15 avril 2012.

 

Il est vrai que la monnaie s'était invitée dans toutes les pages économiques des journaux de la semaine : nième effondrement boursier généralisé, nouveaux plans de "Quantitative Easing" (cad de création débridée de monnaie banque centrale) aux Etats-Unis, annonce d'un flottement de 1% du Yuan, surveillance du cours du Franc Suisse, testé par "les marchés", critique des pays du sud vis-à-vis de l'hégémonie malsaine du dollar.

 

L'actualité suggère de s'intéresser aux monnaies et aux banques centrales.

 

Il coexiste deux grandes conceptions de la monnaie, depuis l'abolition généralisée  des monnaies métalliques.

 

La première propose que l'on mette en place des "monnaies de confiance" multiples et largement décentralisées dans leur émission et sous la responsabilité pleine et entière de leur émetteur qui peuvent en cas d'erreurs disparaître. L'autre veut que la monnaie soit d'abord administrative, la question étant le mode d'administration.

Il existe dans la société d'échange capitaliste un besoin naturel de disposer d'un instrument qui permette de se procurer des biens et des services sans recourir au troc, de conserver de la valeur (cad du pouvoir d'achat), au moins un temps  et qui assure le moyen de se libérer de ses dettes notamment vis-à-vis des grands prédateurs étatiques.

Les économistes libéraux de la fin du XVIIIème et du XIXème ont glorifié essentiellement l'approche marchande de la monnaie.  En vérité la monnaie est née au 7ième siècle avant JC au confluent du sabre et du goupillon. Avant d'être un instrument d'échange commercial, la monnaie a été "le sang des Dieux" et "le nerf de la guerre". Le mort (voir la cérémonie mortuaire de l'obole sous la langue) et le prêtre, le soldat et la prostituée du temple, virent naître la monnaie bien avant les marchands.

Ils se sont rattrapés depuis.

La première théorie dispose qu'une monnaie ne fonctionne que si celui qui la reçoit croit qu'elle va lui permettre d'en faire quelque chose de valeur au moins équivalente à ce qu'il a cédé.  Toute monnaie est basée qu'on le veuille ou non sur un forme de confiance. Elle est toujours fiduciaire. La confiance est toujours modeste. On sait que le temps est mauvais maître en matière monétaire. Le risque que l'instrument ne serve plus ou perde de la valeur est latent.  On doit confier à des banques décentralisées le soin de fournir les instruments ad hoc sous la forme souhaitable. Cela peut être des billets, ou des comptes.

C'est la confiance des acteurs qui conduira  à  choisir la banque et les instruments de paiements qu'elle propose. Bien sûr le choix se portera sur une banque dont la signature est généralement admise. Une bonne concurrence et la peur de la perte de la confiance régulera l'ensemble.

Si plusieurs monnaies de banques circulent, se pose naturellement la question de leur valeur relative. Comment vont-elles se "compenser" ? Si la confiance est différenciée, il peut y avoir surcote ou décote sur la valeur réciproque des monnaies. J'accepte un virement sur la banque X mais pas à la valeur nominale proposée parce que ma monnaie à moi est plus sérieuse que la monnaie qu'on me propose.

On retrouve la théorie bien connue de Milton Friedman : la monnaie est une marchandise comme les autres. Comme toute marchandise elle a son prix.

Il appartient aux banquiers de réguler leur création monétaire en fonction des vrais besoins rentables. S'ils vont trop loin ils risquent deux tourments : la crise de liquidité (les anciens croyants changent leur préférence et veulent convertir leur monnaie de confiance), la crise de rentabilité (les pertes sur prêts mettent en cause la survie de l'entreprise si le capital n'est pas suffisant pour l'étaler). En fait les deux vont toujours ensemble.

L'ennui c'est qu'il y a un type d'acteur un peu particulier les Etats, toujours impécunieux et toujours à la recherche de ressources nouvelles. Leurs manipulations monétaires douteuses est à la source de la création de la science économique. Il fallait montrer que ces manipulations étaient sans objet.  La valeur réside dans la production pas dans l'instrument qui fluidifie les échanges.

Cette conception s'oppose radicalement à l'existence d'une banque centrale. C'est parce qu'il n'y a pas de filet de sécurité  que la monnaie est gérée sainement par les banques décentralisées. Et l'absence de banque centrale interdit à l'Etat de faire marcher "la planche à billets". Donnez moi une monnaie saine et je vous ferai de la bonne finance.

Ces idées se retrouvent encore aujourd'hui. Glen Paul aux Etats-Unis s'en fait souvent le propagandiste. Il poursuit une longue tradition aux Etats-Unis. L'hostilité à une banque centrale aux y était si forte qu'il a fallu créer la FED au début du 20ème siècle  sous un nom obscur et presque dans la clandestinité.

   

Un système de monnaies multiples, polycentrique,  sans banque centrale, dont la valeur réciproques seraient laissées au marché n'a jamais réellement existé dans les frontières d'une nation. A notre avis il est vain de croire qu'il puisse être mis en place jamais.  L'exemple du Canada (ou de l'Ecosse) souvent cité, revient en fait à un système de banque centrale privée.

 

La raison en est très simple : personne ne veut avoir à manipuler en permanence plusieurs monnaies. Une monnaie l'emporte rapidement sur les autres. L'institut qui le gère devient central dans le système économique et sa défaillance serait  "systémique" comme on dit aujourd'hui, en un mot inadmissible. Pour faire simple on ne peut le laisser faire faillite car alors tous les billets et tous les dépôts libellés perdent immédiatement leur valeur.

 

L'histoire a montré  que tout système bancaire a tendance à créer périodiquement trop de prêts et de dettes, donc trop de monnaie. Le cycle décennal y trouve sa cause principale.

 

Un système de monnaie décentralisée a tendance naturellement à se concentrer et à provoquer des crises. Les dégâts sont trop graves pour qu'on laisse ce genre de fonctionnement perdurer.

 

Au fur et à mesure des crises économiques on a constaté l'obligation  d'unifier l'unité de compte et de créer une monnaie unique permettant la gestion de la liquidité interbancaire  et de faire face à toute crise de liquidité.

 

La création de monnaie de dépôt était laissée libre et décentralisée mais une monnaie banque centrale était instituée, à qui l'émission sous forme de billets, liquidité ultime, était réservée.

 

Tous les systèmes monétaires actuels sont désormais construits sur ce modèle.

 

La banque centrale doit veiller à la stabilité et la sécurité du système monétaire : surveillance des banques ; contrôle de la liquidité et de la rentabilité ; contrôle de la quantité de monnaie en circulation.    

 

On est donc passé d'un système de monnaie de confiance à un autre purement administratif. La monnaie centrale a seule directement cours forcé et peut servir à tout aussi bien aux règlements entre particuliers et entreprises que les paiements de taxes à l'Etat.  Il n'est même plus nécessaire d'avoir confiance : l'usager n'a pas de choix.  Pour obtenir une meilleure traçabilité fiscale le fisc a reconnu et imposé l'usage de la monnaie de crédit émise par les banques. En contrepartie l'Etat a verrouillé largement le système bancaire.

 

Le système des banques de dépôts en France est resté constitué de quelques mastodontes gérés pour l'essentiel par des hauts commis de l'état.  Aucune ne pouvait faire faillite. On séparait clairement le domaine du spéculatif domaine de banques d'affaires qui pouvaient sombrer sans dommage, et le trivial, laissé aux grandes banques de dépôt.

 

Comment éviter que la banque centrale, démembrement de l'Etat, de jure ou de facto, ne fasse tourner honteusement la planche à billets pour ses besoins propres provoquant des comportements contre-productifs des agents économiques? 

 

Jusqu'en 1971, la réponse était simple : la contrainte de change pesait sur les banques centrales et les états. Certes l'étalon or était mort mais il subsistait une forme d'étalon de change or, où le dollar servait de monnaie internationale mais rattaché à l'or.  Chaque état étant responsable de son change, le trésor comme la banque centrale faisait en sorte de ne "pas faire plus de bêtises que les autres".  La tentation de créer de la monnaie banque centrale était contrebalancée par la crainte d'un dérèglement des changes, de l'inflation et du déficit extérieur, entraînant la défiance des marchés et donc des conséquences.

 

Mais voilà que les Etats-Unis commencent à se moquer du lien avec l'or, au point que les autres ne veulent plus accumuler des dollars et demandent le remboursement en or. Ils répondront en interdisant la conversion en or.

 

Le monde s'engouffre dans un système jamais vu : des monnaies administratives émises sans aucune contrainte.

 

On en revient sur une base internationale à la solution qui n'avait jamais marché sur une base nationale : des monnaies multiples dont le cours varie au jour le jour.  Dans ce cas là la monnaie dominante l'emporte. Le dollar l'emporta toujours géré avec la plus folle inconséquence par la banque centrale américaine.  

 

On cherchera à solidifier l'ensemble. On acceptera le flottement des monnaies en contrepartie de l'indépendance des banques centrales. Celles-ci ne devaient plus avoir pour autre boussole qu'une dégradation lente  d'un indicateur de prix.  Le lien avec l'Etat sera coupé. Seules les banques pourront prêter à l'Etat, si tant est que celui ci doive financer des déficits.

 

Lorsqu'on crée l'Euro pour des raisons qui restent encore largement à expliquer, (simple Hubris européolâtre d'un côté ou volonté de contrer le dollar de l'autre, volonté de domination allemande ou désir de l'empêcher), cette doctrine est gravée dans la pierre des traités.

 

La vérité éclatera assez vite : lors que les mouvements de capitaux sont libres  et la finance déchaînées, on assiste à un yoyo général des monnaies  qui transforme l'économie en immense casino. La création monétaire est partout et nulle part. Les changes ne régulent rien  et accroissent les variations. L'instabilité devient de règle. Les banques centrales ne peuvent plus individuellement contrôler la création monétaire : il est toujours possible de chercher de l'argent ailleurs.

 

Les banques ne peuvent pas créer seules la monnaie banque centrale  dont elles ont besoin pour multiplier les crédits mais peuvent moyennant un risque de change s'approvisionner partout dans le monde. Il faut simplement croire que les signatures qu'on échange ont la moindre valeur. Le collatéral prend le dessus. Mais on ne sait plus trop ce qu'il contient.

 

Le système devient instable. Les banques centrales sont constamment confrontées à des crises de liquidité des banques qu'elles surveillent, qui sont si grosses et si opaques qu'elles ne savent pas les contrôler.  Les banques centrales sont comme la psychanalyse : elles ne savent guérir que les maladies qu'elles créent.

 

Il suffit qu'à un seul endroit un délire de création monétaire s'installe et le risque de chaos financier s'installe. Les Etats-Unis ont décidé de jouer à fond la diplomatie du dollar. Sa création monétaire débridée est aggravée, amplifiée par la politique de la Chine et des pays à excédents commerciaux : ils replacent leurs excédents en dollars. Une double pyramide de dettes se crée automatiquement.

 

L'interconnexion des marchés financiers amplifie le mouvement : l'endettement global qui avait baissé jusqu'en 71 recommence à grimper. 150%,200%,250%,300%, bientôt 400%, 700%, 1400% pour certains pays.

 

La catastrophe finale peut arriver après que le trend ait été ralenti et les crises décennales aggravées.

 

Le système de monnaies administratives gérées par des banques centrales censées être indépendantes et  avec un objectif de stabilité des prix, avec des changes flottants sur des marchés totalement libres, a prouvé qu'il ne marche pas. Il n'a jamais marché. Il ne marchera jamais.

 

La fuite devant les monnaies est permanente. Personne ne sait plus ce sur quoi chaque  monnaie de dépôt repose. La défiance se porte sur toutes les banques. Le marché interbancaire se grippe.  La panique règne. Les Etats craignent pour le refinancement de leurs dettes, les banques craignent pour le refinancement de leurs crédits, les particulier cherche à fuir les risques sur les monnaies en allant vers des refuges instables, comme la pierre ou le Franc suisse.  L'urgence devant la méfiance devient la règle.

En fait il n'y a plus qu'une monnaie d'échange dont on cherche à se débarrasser au plus vite contre quelque chose de plus solide.  Sans confiance pas d'expansion du commerce, pas d'investissement.

 

L'urgence ponctuelle devient une urgence permanente et universelle.

 

Les pays qui disposent de leur banque centrale et d'un minimum  de surface peuvent tenir en respect leur créanciers : la banque fournira toujours autant de monnaies administratives qu'il sera nécessaire pour payer les intérêts des dettes régaliennes même si c'est théoriquement interdit. Tant pis pour le cours du change. Il se tiendra si tous les autres font pareils. On voit les marchés financiers triomphants alors qu'ils sont dans le plus total désarroi, les prêteurs ne sachant plus comment récupérer leur argent.  

 

La BCE prive les état de l'Euroland de cette menace. Alors voici les Etats membres pris au piège. Ils ne peuvent qu'augmenter les impôts, choisir la déflation et la rigueur.

 

Ils ont à financer le poids de leurs propres erreurs, celui de la récession et celui du sauvetage de leur secteur bancaire. Ils n'en peuvent plus. Dès que les taux d'intérêt montent ils sont asphyxiés.

 

Alors dit M. Sarkozy il faut que la BCE prête aux Etat, que les marchés sachent qu'ils auront toujours des euros nominaux en remboursement. Mais alors tout le système devient fou : car où serait les limites ?

 

Le modèle de banque centrale de 1973 est cohérent au moins en théorie avec un système de monnaies administratives dont le change fluctue.  Certes on a vu qu'il ne marchait pas. Mais supprimer la règle du jeu n'est un expédient qui se comprend quand on a la menace aux fesses d'une situation à la grecque mais qui n'a aucune rationalité à moyen et long terme.

 

C'est le système global de monnaies administratives à valeur externe dérivante qu'il faut changer.

 

Et il n'y a pas d'autres solutions que de revenir à une système de changes fixes reliés à une base de référence hors de portée des états individuels. L'obligation de tenir son cours de change et ses grands équilibres, pourvu qu'elle soit générale (les Etats-Unis étant tenu de s'y soumettre) suffit pour éviter les trop grand dérapages de crédit.

 

Dans une telle optique la banque centrale est un des organes (n'est qu'un des organes )  qui permettent , en convergence d'objectifs et en union de moyens, de tenir les engagements monétaires externes de la zone monétaire.  Son indépendance n'a plus tellement d'importance.  Elle peut même devenir contreproductive si les pouvoirs de politique économique sont employés de façon incohérente (on l'a vu en France peut avant 1936 où la banque de France faisait tourner la planche à billets pendant que le gouvernement tentait une …déflation).

 

Ce n'est pas du statut des banques centrales qu'il faut parler mais de la réforme du système monétaire international.

 

Des monnaies administratives flottantes gérées par des instituts d'émission dont le seul voyant est l'inflation des prix à la consommation des articles d'un index ne constituent pas une solution sérieuse.   

 

Cela ne marche pas, n'a jamais marché et ne marchera jamais.

 

Delenda est !

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Crise, Etats, Nation.

Nous vivons depuis le début des années 50 en Europe, des années 70 dans le monde occidental et des années 90 dans le monde entier, dans l'idée d'un monde où les nations ne sont plus le creuset de la vie sociale et les Etats des touche à tout dangereux qu'il importe de contenir.

L'Europe de Monnet est une Europe supranationale. La CEE est une organisation où l'on prive les Etats de tout droit d'initiative dans les domaines mis en commun.  On cherche d'ailleurs à les affaiblir en poussant des régions, historiques dans certains cas, totalement artificielles dans d'autres.  Le pouvoir quitte les Etats pour une commission d'experts européistes par construction (ils ne seraient pas choisis dans le cas contraire). Le renoncement à toute volonté nationale est sacralisé comme "devoir européen". Un Parlement problématique sert de caution démocratique à une gestion loin des nations. On gère par la norme. La réglementation est pointilleuse et tombe dans un détail invraisemblable. C'est qu'on a accepté l'intervention des lobbies.  Tout le monde fait ce qu'il veut à condition qu'il respecte la norme.  Un tribunal européen s'inscrit au dessus des nations et de leur souveraineté pour sanctifier la règle et condamner les dérives nationales éventuelles. Il n'y a aucune subsidiarité dans les domaines concédés.

En perdant leur droit d'initiative, les Etats perdent en vérité tout pouvoir puisqu'il ne leur reste que celui de dire non et on ne peut pas dire non tout le temps surtout si la majorité des autres a dit oui.  M. Allègre a parfaitement montré qu'un Commissaire européen pouvait s'assoir sur un projet présenté par la totalité des ministres des états européens et considéré comme très utile par tous les chefs d'Etat.  Résultat les ministres, c'est-à-dire chaque état, regarde ailleurs et attend de voir ce qu'on a concocté en dehors de leur vue.  La nation est totalement laissée hors du coup et ne peut que réagir dans la rue quand elle découvre dans les faits une réglementation conçue ailleurs par des fonctionnaires qu'elle ne peut pas sanctionner.  Les élections au Parlement européen sont organisées pour sanctifier cette dépossession. La proportionnelle intégrale évite qu'il y ait un vote tranché. Les élus se regroupe dans l'assemblée européenne selon des bannières différentes de leur étiquette électorale.

Cette gestion par la norme a été étendue par le traité de Maastricht à la sphère financière. La Banque Centrale Européenne est gérée par des experts sans aucun contact constitutionnel ni avec les états ni avec les nations.  Les états européens ont perdu le pouvoir monétaire et, dans la pratique,  la gestion des changes.

Par une interprétation extensive de la politique de concurrence les fonctionnaires de Bruxelles et de la Haye ont prétendu détricoter toute possibilité rapide de politique fiscale et industrielle. On l'a vu dans l'affaire de la TVA sur la restauration et dans le blocage de la création d'entreprises européennes de dimension mondiale.  Ne parlons pas de l'agriculture.

L'idée européenne est que des individus, jouissant de libertés protégées, les exercent librement dans le cadre d'une règlementation détaillée.  Et adviennent que pourra.

La suppression des changes fixes  et ajustables comme mode de fonctionnement monétaire international, au début des années 70 correspond aux même principes. Les Etats sont contents de se débarrasser de la terrible contrainte des changes. On peut laisser filer les déficits commerciaux et de paiements. En vérité ils se sont débarrassés en même temps de leur souveraineté. Les conditions de leur compétitivité seront dictés désormais par "les marchés".  Certes comme pour l'Europe, on a défini des règles et des organismes pour les élaborer ou les faire respecter. Mais c'est une gestion par la norme sans le pouvoir étatique pour les faire respecter.  La liberté totale des mouvements d'hommes, de marchandises et de capitaux tournent automatiquement à la foire d'empoigne. Plus personne n'est là pour corriger des déséquilibres dangereux. Ceux-ci peuvent exploser à l'envie.

On peut voir cette organisation comme le triomphe des droits de l'homme. Après tout chaque homme a un droit naturel au monde et à faire ce qui lui plait dans le cadre des règles.

On peut aussi la voir comme un complot des plus forts pour imposer leur pouvoir aux Etats et au monde, sans être sous la pression des peuples et des nations.

Dans un cas comme dans l'autre la crise démontre au prix fort que cette forme d'organisation est impossible en cas de crise systémique, d'abord parce qu'elle en permet l'émergence, ensuite  parce qu'elle ne permet pas d'y faire face et enfin parce qu'elle crée la condition de mouvements de foule populistes qui peuvent transformer en drames le conflit entre peuple et marchés.  

Il faut acter la réalité des Etats.  La politique européenne ne peut pas s'imaginer et s'exercer en dehors des Etats.  La norme n'est pas tout. Il faut le pilotage. Et le pilotage ne peut pas être confié soit à personne soit à des fonctionnaires ou des experts, la facture étant présentée aux peuples sous forme de chômage et d'impôts .

Le salarié qui perd son emploi, l'entrepreneur qui perd son entreprise, l'épargnant qui perd son épargne, le retraité qui voit son niveau de vie altéré parfois gravement, ne se sentent en aucun cas responsables de la crise. Ils la subissent sans la comprendre. Les gouvernements n'ont d'autres moyens d'action que la fiscalité. Ils assomment les citoyens parce qu'au fond ils ne savent plus faire que cela, tout le reste leur étant interdit, y compris celui de "faire de la dette" en distribuant des amusettes électorales.

Le grand débat aujourd'hui n'est pas de renoncer aux droits de l'homme, à l'idéal européen, à l'ouverture du monde.  Il est d'en fixer les conditions d'exercice. On connait désormais ces conditions.

Il faut d'abord créer les conditions monétaires d'un échange équilibré à long terme entre les nations.  Ceci ne peut se faire que par des accords de responsabilité des Etats sur des taux fixes et ajustables des monnaies.  Redonner une responsabilité aux Etats dans ce domaine entraîne par capillarité une reprise en main totale des mécanismes économiques, qu'il s'agisse des mouvements de personnes, de biens ou de capitaux. Certes il faut continuer à promouvoir des normes communes mais tout dérapage sur les comptes extérieurs doit être rattrapé.  

Dans un monde de changes fixes mais ajustables les structures de l'Europe paraissent totalement décalées : il n'y a pas de pilote dans l'avion. L'illusion d'une gestion par la seule norme éclate au grand jour. S'il doit y avoir une gestion pluri-étatique des grands équilibres, elle ne peut se faire qu'en responsabilité. Les instances de pilotage commun doivent dépendre directement des chefs d'états et des instances intergouvernementales. La Commission doit être laissée totalement en dehors du coup. Il ne s'agit pas de priver les Etats de leur prérogative mais d'agir au jour le jour avec le contrôle du peuple et non d'une instance judiciaire. Les schémas européistes repris par Mme Merkel sont inopérants.

Bien sûr il y aura de facto des limitations apportées au mouvements de personnes, de marchandises et de capitaux. On sera obligé de gérer des écluses à chaque fois que nécessaire.  Et alors ?

La crise force automatiquement à repenser l'organisation mondiale du commerce et des monnaies. Elle force automatiquement à repenser les institutions européennes. Non pas par l'abandon des principes mais par le retaillage des modalités et en basant l'ensemble sur la responsabilité des Etats et le pouvoir d'adhésion des peuples et pas seulement des individus.

Ce que montre les présentes élections présidentielles ce sont des tiraillements en ce sens. Les foules dans la rue trahissent la volonté des peuples de ne pas être totalement impuissants dans un misérabilisme consterné et délétère. L'échec des écologistes trahit le rejet d'une gestion par la seule norme poussée aux extrêmes. Le renversement des équipes en place est de règle depuis 1974. Le peuple français ne veut pas de dirigeants élus impuissants. Le peu d'appétence pour Hollande ou Sarkozy traduit bien ce rejet de l'impuissance hâbleuse d'un côté, de l'impuissance couleuvrine de l'autre.

La crise réhabilite automatiquement les Etats et mobilise les nations.

La difficulté c'est qu'enserrés dans des traités et des habitudes, les élus sont strictement incapables de tenir un langage cohérent et crédible dans la reconstruction d'un monde qui ne peut plus être fondé sur la seule norme et le laisser faire, laisser aller de forces internationales incontrôlées.

Qui est capable de porter le projet d'une réforme du système monétaire international ? Qui est capable de porter le projet d'une réforme profonde de la gouvernance de l'Europe ?
 
Nicolas Sarkozy a largement compris ces nécessités. Il s'est tapé contre les vitres de verre pendant cinq ans comme une guêpe prise au piège. Mais on voit l'extrême limite de son discours en la matière. On ne peut pas proposer un nouveau Bretton-Woods et dans la même phrase indiquer que le dollar conservera ses privilèges et que les changes seront flottants.  On ne peut pas dire qu'on a créé une gouvernance européenne économique alors qu'on a signé un traité purement déflationniste qui laisse  les états encore plus impuissants qu'avant.  Il s'est cassé les dents sur ces contradictions. François Hollande a-t-il seulement des dents ? Les habiletés tactiques d'un apparatchik de parti socialiste lui permettront sans doute d'atteindre la présidence, de confier le Parlement à la mère de ses enfants et la mairie de paris à une ancienne bonne amie.  Mais où sont ses idées, ses leviers, ses plans pour résoudre les difficultés évoquées ?

Jamais crise n'aura autant parlé sur ce qu'il faut changer et jamais elle n'aura révélé l'absence d'hommes d'état capables de porter les nécessaires changements.

Il faudra donc attendre encore les malheurs provoqués par la pesanteur des choses pour que cela bouge.

Une politique du pire per abstentio. La pire des pires politiques.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Pendant les élections la crise continue (bis)

Pendant les élections la crise continue (bis)

Les élections ont toujours leur caractère de purge caractérielle nationale. Le défouloir est nécessaire pour évacuer des tensions et des frustrations accumulées. Tensions et frustrations sociales ? Pas vraiment. Plutôt des tensions et des frustrations personnelles dont le cumul donne un comportement de masse.  

La notion de "troisième homme" est toujours la même : le paratonnerre n'est jamais celui qu'on croit. Il canalise les pulsions de haine et de refus. Et s'évapore au bout de quelques années.

 Un jour ce fut Chevènement ; un autre Bayrou ; aujourd'hui c'est un certain Mélenchon. On se défoule toujours là où cela gratte. Chevènement  était un exutoire pour le prurit national, alors que la France abandonnait son indépendance pour l'Europe. Bayrou capitalisait l'opposition au bipartisme qui ignore tant de sensibilités particulières, après que le passage au quinquennat eût renforcé à outrance la "présidentialisation" des institutions donc son bipartisme obligé. Mélenchon est le symbole des gratouillis qui marquent l'abandon de notre avenir "aux marchés", c'est-à-dire à des forces incontrôlables dont la rationalité n'a rien d'évident et les dangers tout de manifeste.

Cette phase de purge des humeurs est l'apanage des premiers tours. Elle ne se termine pas avec lui. "Au second tour on élimine" dit le dicton politique.  La France ne va pas choisir un programme, une réflexion, une expertise. Elle ne va pas rechercher son intérêt, choisir son avenir, envisager des solutions, s'ouvrir à des opportunités. Plus personnes ne croit que le Président de la République Française, dépourvu de tout pouvoir, peut avoir le moindre volontarisme convaincant.

Tout le monde se moque des programmes. Annoncer des pluies de dépenses et d'avantages catégoriels ciblés sur des populations segmentées par des politologues mercenaires, le tout basé sur des taux de croissance désincarnés, est un exercice méprisable. Qui y croit ? Personne. Jamais programmes n'ont été si bien chiffrés et aussi vains.

M. Hollande en chef de guerre économique, entouré de Mme Aubry, la dame des trente cinq heures, de M. Mélenchon, le révolutionnaire à voix gaulliste, attitude mussolinienne et moue veule, de Mme Joly, la Savonarole  pilotée comme une marionnette par des verts bien rouges, est aussi crédible qu'un guignol à sabre de bois.  Il parait qu'il et rigolo dans le privé.

M. Sarkozy, le moi-je en bandoulière, équipé d'un volontarisme de tempérament mais aussi de façade, dont la vanité a été évidente pendant cinq ans, s'est voulu l'homme de toutes les transgressions. Il a voulu tout oser. Braver à droite, baver à gauche, taxer le tout en disant qu'il n'en faisait rien. Les évènements ont été plus forts que lui et le resteront.  Il parait que Carla est fort charmante.

Le second tour arbitrera des détestations plus qu'il ne validera des programmes. Sera élu, dit-on, celui qui aura assis le mieux sa crédibilité. Foutaises. M. Hollande n'a aucune crédibilité. M. Sarkozy n'en a pas plus.  Sera élu celui qui sera le moins méprisé, momentanément ou celui qui laissera le plus indifférent.

Car la crise qui frappe le monde depuis 2007 ne connait pas de pause. Aucun des deux candidats ne l'a comprise. Aucun des deux n'a même la moindre conscience des causes et des remèdes.

Le 10 avril 2012, à quelques jours du premier tour,  les bourses mondiales ont connu une baisse qui en d'autres temps aurait été considérée comme un krach calamiteux augurant du pire.  Près de 4% : ce n'est pas rien. Les marchés des changes ont recommencé à bouger. La spéculation teste le Franc Suisse et la résolution de la BNS de veiller sur un cours de 1.2 par rapport à l'Euro.  L'Euro est attaqué comme toute la zone en prenant appui sur une spéculation cette fois effrénée sur la dette espagnole. Après la Grèce et l'Italie, l'Espagne est dans le collimateur.

Depuis 5 ans nous expliquons qu'il est strictement impossible de sortir de la crise sans revenir à une collaboration internationale sur les changes qui impliquent des disciplines collectives, la maîtrise des mouvements de capitaux à cout terme, et des objectifs globaux de croissance.

Une fois de plus la crise redémarre après que le feu ait couvé dans l'indifférence générale ou plutôt le sentiment que "ouf elle était passée cette fichue crise".

La vraie question n'est pas de faire un pacte de stabilité et de monter des pare feux pour "rassurer les marchés" ou les emplir de craintes.  Les marchés financiers sont une boule de lave qui brûle les enveloppes en papier qu'on leur oppose et s'insinue dans tous les interstices qu'on laisse ouverts.

Il faut faire sauter le couloir de lave. Le bloquer à la racine.

Les marchés ne peuvent pas grand-chose contre une coalition d'états décidés à briser dans l'œuf toute spéculation sur les monnaies et les taux d'intérêts. Mais il faut que les Etats aient une discipline commune et des objectifs uniques et coordonnés. Où est la coopération internationale ?

En annonçant que l'on renonce à l'idéologie de la finance et des marchés libres dans un monde où cette liberté ne peut s'exercer valablement, faute, à ce stade,  d'un environnement unique et propice, que les Etats se retrouvent sur un objectif commun de stabilité des changes, qu'ils mettront tous les moyens, réellement tous les moyens, pour briser tous les mouvements ou attitudes qui viendraient contrevenir à cet objectif, la spéculation s'arrête dans l'instant.

Il devient alors possible d'envisager la liquidation du legs tragique du système précédent : une dette insoutenable qui sera éliminée progressivement par les trois moyens habituels : des pertes, de l'inflation et de la croissance.

On verra alors que la croissance mondiale, durable, est possible même dans les pays développés et que la sinistrose grotesque de commentateurs qui ne comprennent rien ni à la crise ni aux solutions de sortie de crise, ni aux conditions d'une croissance forte qui sauvegarde la planète, est sans objet.  L'Europe ruinée par la guerre ne pouvait pas se relever. Et nous eûmes une série de "miracles", allemands, français, italien etc. Le Japon ruiné ne s'en sortirait jamais. On a vu. La Chine ne pourrait jamais croitre. les pays de l'est étaient voués à la misère. l'Afrique était mal partie. La farandole des vues basses ne date pas d'aujourd'hui.

Il n'y a pas de miracles. Seulement les conditions à créer d'une croissance possible.

Non le monde n'est pas voué à la déréliction.

Non l'Europe n'est pas vouée à la décroissance morose.

Non la France n'a pas plus que les autres à devenir le champs clos de forces incomprises la plongeant dans le marasme.

Cette crise mondiale à rechutes chroniques aurait pu être arrêtée dès octobre 2008. Nous devrions déjà en être sortie.  Nous en sommes à prévoir 7 ans de nouveaux malheurs.

Sur ce sombre volcan nos nains éructent et dansent. L'un crie : "Vive l'impôt Vive l'impôt ; les riches paieront" dans un pays sans investissement depuis des lustres, où il manque entre 5 et 10 millions d'emplois salariés, et dont la dépense publique représente plus que la totalité de la valeur joutée par les entreprises du secteur marchand.  L'autre crise "Vive moi", "Moi Je" après avoir refusé pendant la campagne de 2007 de voir venir la crise et pendant 5 ans de porter les solutions nécessaires, avec une force de conviction suffisante.

Nous avons écrit d'abord sur ce blog une chronique de la catastrophe annoncée puis une chronique de la poursuite de la catastrophe faute des solutions appropriées.  Dans quelques semaines cela fera 5 ans que nous prenons les faits à témoin et que nous annonçons les conséquences de décisions et de non décisions inconséquentes et inappropriées. Prévoir les évènements avant est toujours plus fécond que nier les réalités ou se taire avant et pendant et commenter les échecs après.

Nous arrêterons ce blog à la date de son cinquième anniversaire, c'est-à-dire en juin 2012.

Nous le ferons avec la colère au ventre. Celle de n'avoir pas réussi à convaincre à temps ; à faire bouger les lignes ; à provoquer les prises conscience nécessaires.

A la fin d'un cycle politique quinquennal, synchrone avec ce blog, nous voici Gros Jean comme devant, avec les mêmes mensonges, les mêmes erreurs, la même classe politique sourde et aveugle, les mêmes médias asphyxiés par des experts stipendiés par la finance, l'Europe et l'état.  Vive la finance libérée et les changes flottants, vive l'Euro malgré les malfaçons, vive l'impôt et la dépense publique.  Sinon plus de charges honorifiques ou grassement rémunérées, plus de prébendes, plus de "vu à la télé".

Ces cinq années auront vu des confirmations éclatantes :

- l'effondrement des économistes officiels roulés dans le néant de leur esprit de cour et d'idéologies partielles et à courte vue qui s'apparentent plus à une vulgate socio-politique  mal digérée qu'à une véritable réflexion scientifique.

- l'effondrement d'institutions qui auraient du jouer leur rôle comme le FMI et accessoirement des dirigeants de cette institution ( on en  attendait aucune rigueur et on en a eu aucune) ; comme la Commission européenne, organisée contre les états et incapable de s'y substituer ;  de l'Eurogroupe, dont le vide et la superficialité est devenue criante ;  comme le G.20 structure qui aurait du agir et dont la passivité est la marque même de l'impuissance collective

- l'impossibilité d'une croissance durable dans un système de changes flottants, alors qu'on a voulu une libéralisation totale des mouvements d'hommes, de marchandises et de capitaux dans un cadre non préparé. Le trend s'est d'abord ralenti avant de se bloquer ; le cycle décennal s'est d'abord aggravé avant de s'emballer.

- l'impossibilité de gérer une zone de monnaie unique avec des institutions inexistantes  ou paralytiques, dans un monde  de changes flottants.

- L'impossibilité d'atteindre croissance et plein emploi quand l'état dépense 56% du PIB, capte la contrevaleur de la valeur ajoutée des entreprises privées, et ne pense qu'à servir des clientèles en commençant naturellement par la classe des hauts fonctionnaires. La France a voulu servir de témoin à cette inconvenance. Elle est à la fois ridicule, ruinée et sortie de l'histoire. Encore bravo !

Le seul vrai programme électoral serait :

- de proposer de sortir des changes flottants et de reconstruire un système de changes fixes mais ajustables, dans un but de croissance globale et de réduction de la dette excessive qui paralyse le monde, avec une libéralisation contrôlée par des jeux d'écluses raisonnables.

- de réformer les institutions de la zone Euro, en dehors de la calamiteuse Commission Européenne et des idées détestables qui la sous-tendent, afin qu'il y ait un véritable pilotage de la zone dans le concert des nations.

- de réformer lourdement l'état Français pour que l'on sorte de la maladie fiscale et démagogique qui le mine.    

On vérifiera que ceux qu'on propose aux Français préparent l'exact contraire. La soumission aux marchés, la soumission à l'Euro, la soumission à l'énarchie perpétuellement à la manœuvre fiscale, sont des axes communs aux deux programmes. Les différences sont de degré. L'énarque Hollande ne reniera pas sa caste, ni l'Euro ni les marchés (ce sont ses amis qui ont fait le travail de soumission à cette organisation à partir de 83).  Sarkozy au fond s'en fiche pourvu qu'il ait un tourniquet où s'agiter et donner du grain à son égo.  Après avoir annoncer un nouveau Bretton-Woods, il est venu à Canossa, précisant bien qu'il voulait que le dollar reste la monnaie mondiale et que les changes flottants soient la règle. Quelle cohérence ?  Après avoir annoncé qu'il baisserait les impôts il a multiplié les taxes et les lois de finances pour aggraver la pression fiscale. Il se vante maintenant que le taux de prélèvement aura finalement légèrement augmenté pendant son quinquennat. Quelle cohérence ? Quant à l'Europe, il l'a voit dans les jupes de Mme Merkel après avoir cherché à mener une politique franco anglaise en début de mandat, sans avoir jamais compris ce qu'il fallait réformer dans la zone euro. Quelle cohérence ? On ne peut pas dire tout et faire son contraire.   

Oui, cette élection est une élection pour rien, désobligeante pour les Français,  à qui on fait jouer le rôle d'une peuplade débile réduite à vivre dans une France descendue quelque part entre le Vénézuela de Chavez et le Zimbabwe de Mugabe.

Non la crise n'est pas finie.

Oui les forces délétères qui sont à l'origine de la crise sont toujours en pleine action. Et cette action est désastreuse.

Non, personne ne les arrêtera à court terme.

Une fois encore on ne peut compter que sur la pédagogie d'un désastre.

D'un désastre hélas annoncé. Alors qu'on devrait être en pleine sortie de crise.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Nouvelle brève

La presse américaine cite le cas de cette ville du nord des Etats-unis qui est au bord de la faillite. Sa population : un million d'habitants ; le nombre de ses employés municipaux : 11.000.

 

Prenons le cas de Paris : un peu moins de deux millions d'habitants ; effectif municipal : 50.000 ! Deux et demi fois plus d'employés par habitant.

Pourquoi pas cinq, dix, vingt fois plus ? Comme dit M. Delanoë : "et je ne m'excuse pas". Pourquoi se gêner , en effet.

 

Sylvain

 

L'Europe est-elle sortie d'affaire ?

L'affaire Merah, un "beur déclassé" devenu tueur islamiste pour devenir quelque chose sinon quelqu'un, a tué la campagne électorale en même temps que quelques innocentes victimes. Monsieur le Ministre de l'intérieur va maintenant sortir une affaire de "beur déclassé" tous les trois jours jusqu'au premier tour des élections. Les questions difficiles avaient déjà été expulsées de la campagne. Il n'y a maintenant plus aucune chance qu'elles soient jamais discutées.

Quelles sont les causes de la crise dans laquelle nous sommes plongées ? Silence. Pourquoi l'Europe est-elle si touchée ? Silence. Quelles réformes à faire en Europe ? Silence. Comment sortir de l'urgence ? Silence. La France peut-elle passer en première ligne de la crise  avec devant elle des mesures drastiques et douloureuses ? Silence. Les plans Hollande et Sarkozy ont-ils la moindre chance de réussir ? Silence. Va-t-on vers un déchaînement fiscal alors que nous sommes déjà au plus haut ? Silence. M. Hollande s'éraille la voix à ne rien dire. M. Sarkozy n'a plus besoin de rien dire : il n'a qu'à laisser faire M. Guéant, le Ministre de l'intérieur.

Raison de plus, puisque la Presse va maintenant entrer dans le dérisoire final pour aborder quelques questions difficiles. La première : l'Euroland est-elle sortie d'affaire ?

Pendant 12 ans plus personne n'avait compris ni expliqué que cette institution était bancale et dangereuse. L'explosion grecque, l'effondrement portugais, le glissement de terrain italien,  le tremblement espagnol et les lézardes françaises, ont eu le douteux mérite de soudain mettre sur le devant de la scène les faiblesses structurelles de la zone Euro :

- des politiques divergentes avaient été conduites par chacun des gouvernements de la zone avec comme conséquences des écarts de compétitivité que l'on compensait auparavant par des dévaluations. Avec l'Euro, plus de dévaluations possibles ? Ne rien faire et laisser les béances s'élargir encore ?  Impossible. La seule solution était la déflation c'est-à-dire  la récession contrôlée.  Cette politique est très difficile à réussir. Il faut en effet obtenir une diminution des salaires et des coûts de production qui tue beaucoup d'entreprises et met un grand nombre de salariés au chômage. Lorsque l'écart n'est pas trop grand, c'est une politique qui peut réussir. S'il faut baisser les salaires de plus de 10%, la potion devient dangereuse pour l'équilibre social et politique.

- l'endettement global dans tous les pays de l'Euroland était devenu insupportable. Le "bouclier" imaginaire de l'Euro a certes assuré dans un premier temps la confiance des prêteurs. Il ne faut pas exagérer ce rôle de l'Euro. L'endettement était devenu partout dans les pays de l'OCDE  littéralement fou. En tout cas insupportable à court terme. L'explosion du nuage de dettes global et le risque de liquidation brutale du système bancaire mondial a frappé très durement les pays du "club med" mais de façon très différente.

La France, au sommet des prélèvements et des dettes d'état dès avant la crise, s'est retrouvée avec l'obligation de sauver ses banques, de participer au sauvetage de la zone Euro et  de faire face à l'explosion de son endettement public qui est passé d'obscène à hyper dangereux. Mais il n'y a pas eu de vraies réformes. Les régions ont fait flamber la dépense sans réaction  suffisante de l'Etat central. Les réformettes qui ont été faites ont certes permis d'atténuer le choc social mais tout le monde a compris que les vraies réformes restaient à faire, qu'aucune des forces politiques en présence n'était prête à baisser la dépense publique et que toutes espéraient s'en sortir en surtaxant les contribuables. Une solution suicidaire compte tenu du taux de prélèvements déjà inouï atteint.  Compte tenu que la dette de la France est principalement étatique et qu'elle est portée aux deux tiers par l'étranger, on peut s'attendre à une réaction très dure "des marchés financiers" dès l'été.

L'Espagne a du faire face à l'explosion de la bulle immobilière absurde qu'elle avait laissé gonfler (plusieurs millions d'appartements, figurant au bilan des banques,  sont vides, comme autant de valeurs fictives) et aux conséquences de la décentralisation excessive du pays. La régions comme en Argentine à la fin du siècle dernier sont le creuset des déficits clientélistes de la politique. Tout le système bancaire régional est perdu de dettes impossibles à rembourser. Certaines des régions ressemblent à la Grèce. L'Etat ne peut que réduire son moignon. Il le fait. Bientôt il ne restera plus que les régions malades. La situation est en trompe l'œil. La politique gouvernementale centrale de l'Espagne avait été plutôt bonne : pas de déficits budgétaires excessifs ; réforme des retraites avec des excédents dans les caisses ; investissement dans les infrastructures avec l'aide de l'Europe (près d'1% de PIB par an tout de même) ; système de production sans charges excessives. Le redressement des comptes extérieurs s'est produit assez vite preuve d'une certaine efficacité de la déflation des salaires pratiquées. Mais les bombes à retardement régionales sont là.

L'Italie est dans une situation paradoxale. Elle dispose encore d'une belle industrie mais elle s'est laissée dépassée par ses coûts et n'est plus compétitive. Elle aussi devait passer par une déflation faute de pouvoir dévaluer comme d'habitude.  Et surtout dégonfler des coûts politiques absolument monstrueux. Réforme de l'état et déflation étaient les mots clé. Mario Monti s'est attaché à ces deux tâches. Il est au milieu du gué.  L'Italie s'en sortira d'autant plus facilement que la reprise mondiale aura lieu.  Rien ne la garantit. La fragilité reste de règle. 

La Portugal est mort, comme la Grèce. Comme l'économie du pays est minuscule, cela ne gênera personne. D'immenses investissements immobiliers sont en jachère. On fait semblant de croire qu'ils finiront par se vendre. L'industrie a disparu frappé par la dérive des coûts. La déflation nécessaire pour revenir à la compétitivité est telle qu'on ne voit pas qu'elle puisse réussir. L'agriculture est insuffisante. Il faut réduire globalement les prix de plus de 30% pour espérer revenir à la compétitivité. L'émigration des habitants a reprise. Un échec lamentable.  Comme la Grèce le Portugal aurait du être laissé hors de la zone Euro pendant une période beaucoup plus longue ou intégré avec un avantage de change beaucoup plus important.

De tous les pays du sud c'est la situation de la France la plus grave. Parce qu'elle n'a pas compris l'ampleur des difficultés qui étaient devant elles et qu'elle sait laissé aller trop longtemps à la facilité de la dépense publique. La sirène d'alerte est son commerce extérieur. La France n'a pas retrouvé sa compétitivité. La travail reste à faire. Et la dévaluation lui est interdite. Il reste devant elle un travail de déflation particulièrement délétère.  La France reste dans l'urgence et ne peut en sortir. Elle a peur de ses créanciers. Elle est tenue de gesticuler pour éviter qu'ils ne se fâchent.

Si on contemple l'ensemble de la zone sud de l'Europe on s'aperçoit qu'il y a des faiblesses partout et que le retour à compétitivité par rapport aux pays du nord n'est pas là, malgré quatre années de crise.  C'est la France qui est le pays le plus en retard. La perspective déflationniste et récessive y est la plus probable.

Dans la zone nord, la question de la compétitivité est entièrement liée au cours du change. Comme il n'y a pas de politique de change en Europe, c'est la bouteille à l'encre. Europe reste à la remorque des pays qui ont une politique de change, c'est-à-dire tous les autres. Le surendettement et la quasi faillite du système bancaire sont identiquement valables dans le nord et le sud de l'Europe. La banque allemande est extrêmement faible, notamment les Landesbank, proches de la faillite réelle. La première place de la Deutsche Bank ne pas faire illusion. En imposant une politique de rigueur aux pays du sud l'Allemagne pense avoir gagné le temps de restructurer son secteur bancaire hors de la pression des marchés.  Toutes les banques du nord bénéficient également des conditions monétaires nouvelles mises en place par Mario Draghi à la BCE : 1.000 milliards d'Euros empruntés à 1% et replacé à 4% garantissent au moins pour deux ans la crédibilité de l'Euro… et l'amortissement progressif des pertes des banques, en même temps qu'ils garantissent le financement des états du sud à des taux raisonnables.

Globalement l'Europe est à la merci des marchés des changes et du potentiel de croissance mondial. Faute d'avoir  effectué aucune réforme du système monétaire international, le fait que tous les pays de l'OCDE sont gorgés de dettes, des Etats-Unis au Japon en passant par le RU,  et que les pays émergents commencent à sérieusement tousser, de la Chine à l'Inde en passant par le Brésil, ne crée pas les conditions d'une reprise saine de la croissance du commerce international.

Dans un monde en voie de stagnation le nord de l'Europe est voué à une croissance quasi nulle et le sud à une récession plus ou moins importante.  Ce qui ne permettra en aucun cas de régler la question de la dette globale et risque de susciter des épisodes de paniques et des troubles politiques.

La question reste posée des réformes à appliquer à la zone Euro et au système monétaire international.  Peut-on rester sans faire la moindre réforme  et espérer qu'on sorte progressivement de la crise de surendettement global ?

Pour l'Europe la question est de savoir si on persiste à jouer le jeu d'une zone Euro sans institution de gouvernance, au sens pilotage, l'essentiel reposant sur une banque centrale déconnectée de la politique, mais capable de jouer le jeu de l'inondation monétaire,  et un jeu de règles durcies s'imposant aux états dispendieux. La zone Euro resterait sans gestion de son taux de change, seule dans son genre. Les Etats pourraient faire ce qu'ils veulent pourvu qu'ils respectent des règles globales. Les marchés seraient tenus en respect à la fois par un fonds d'action richement doté et une banque centrale décomplexée.  

Les banques étouffées par des règles d'encadrement très strictes seraient désormais empêchées d'enfler leur bilan de façon excessive avec un risque systémique pour les contribuables, sauf que naturellement elles auraient à financer inlassablement les Etats.

Notre position est que cette solution est une illusion. Comme d'habitude on se réveillera de cette illusion d'une façon extrêmement dure soit par de nouveaux phénomènes de panique, soit parce que l'absence de croissance et l'obligation pour certains pays de faire des sacrifices réitérés deviendront politiquement insupportables.

L'Europe et notamment la zone Euro ne peuvent pas rester en l'état. Ses institutions doivent changer et le "logiciel" qui va avec aussi.    

L'Europe ne s'en sortira dans un système mondial basé sur des monnaies administratives en folie censées s'ajuster sur le marché des changes sans intervention politique.

Il faut donc que l'Europe se construise autrement et prenne place dans le concert mondial des monnaies comme la première zone économique du monde avec des représentants ad hoc et une politique ad hoc.  Elle doit imposer un réforme indispensable du système monétaire international et donc, dès maintenant en élaborer le projet, au lieu d'être la muette du sérail. 

Sinon elle restera "l'homme malade" du monde et sera en grand danger d'éclatement sans retour.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile. 

Une campagne d'une exceptionnelle médiocrité

Les sondages confirment ce que tout le monde pouvait sentir depuis le démarrage de cette campagne électorale : elle est d'une absolue médiocrité et ressentie comme telle.

Démagogie et foire d'empoigne sont certes une dimension du genre qui n'est jamais particulièrement séduisante.  Mais là, on est vraiment tombé au fond du panier.

C'est assez désobligeant pour l'électeur français, considéré comme de la chair à canon électorale sans cerveau ni dignité.

La survenue d'un crime innommable aurait pu susciter comme un réflexe de hauteur. Mais non. Rien à faire.

Si on s'en tient au président sortant, il aurait pu défendre l'axe de réflexion suivant :

"J'avais en 2007  un plan pour temps calmes. Il aurait pu fonctionner. Mais dès juillet 2007, à peine quelques semaines après mon élection, la tempête a commencé à souffler. Aucun des conseillers officiels de la République de l'avait vu venir. Toute la France économique officielle a été prise à revers.  Il faut que nous nous interrogions sur les raisons de cet échec des économistes officiels. Nous avons du conduire une politique différente fondée sur la défensive. Tout mon quinquennat a été ainsi marqué par l'urgence.

Le diagnostic que j'avais fait en 2007 était globalement bon.

Oui la France travaille trop peu ; dépense trop pour des corporations à privilèges et peu productives. Oui la pression fiscale est trop élevée. Oui la pression syndicale et les corporatismes étouffent la France. Oui la politique coûte trop chère. Oui il faut que les Français soient propriétaires de leur logement. Oui il faut qu'ils augmentent leur pouvoir d'achat par un surcroît de travail. Oui il faut que l'état réduise sa voilure. Oui il faut un pacte avec les plus fortunés pour qu'ils cessent de fuir la France et qu'ils retrouvent le chemin de la confiance et de l'investissement. Oui il faut pousser le plus possible d'indemnisés vers l'emploi. 

Je ne regrette aucune des intentions exprimées avec constance depuis cinq ans. 

J'ai fait des erreurs. J'aurais du supprimer l'ISF et convertir euro pour euro cet impôt en une tranche supplémentaire de l'impôt sur le revenu.  J'aurai du créer immédiatement la TVA sociale.  J'aurai du aller plus loin dans la convergence entre les systèmes de retraites afin de mettre fin aux privilèges énormes et injustifiés qui lèsent les salariés du secteur privé et pénalisent la nation.  J'aurai probablement du aller plus loin dans l'élévation de l'âge légal du départ à la retraite, le passage à 65 et bientôt 67 ans étant pratiquement obligatoire.

Bien sûr j'ai payé trop cher des réformes nécessaires qui ne méritaient pas autant de douceurs distribuées aux privilégiés dont on changeait les habitudes. Jamais je n'aurai du supprimer les charges sur les heures supplémentaires ni redonner aux fonctionnaires l'essentiel des gains liés aux suppressions de postes effectuées. De même augmenter la rémunération des chômeurs au moment où leur nombre allait être multiplié était absurde. J'ai été trop gentil.

Mais tout le reste, les 150 réformes achevées et qui ne seront sans doute jamais remises en cause, je les assume et les porte au crédit d'un bilan qui est un des plus riches de l'histoire récente de notre pays.

Quant à la défense de la France et des Français dans les cinq années de crise que le monde vient de connaitre de 2007 à 2012, que me reproche-t-on ? La France n'est pas seule au monde. Elle a supporté beaucoup de coups qui venaient de l'extérieur. La gestion laxiste de ces quarante dernières années ne la mettait pas en situation de résister facilement.  Bien sûr notre endettement est devenu  problématique mais il reste maîtrisable si nous sommes sérieux et prenons les bonnes mesures. Bien sûr notre chômage est important mais il reste contenu dans des limites connues.

Il faudra en interne un effort de réduction très important des dépenses publiques nationales et régionales. Leur niveau est insupportable et intenable. La crise nous impose d'aller plus vite et plus loin que ce nous avons fait jusqu'ici. S'il est nécessaire d'augmenter temporairement les impôts il doit être bien clair que la règle qui doit nous guider est la suivante :  90% de réduction de dépenses pour 10% d'augmentation des impôts. Et non pas l'inverse.

C'est dans nos relations extérieures que les réformes à faire progresser par la négociation sont les plus indispensables. La crise n'est pas venue de nulle part et le fait que l'Europe soit la partie du monde la plus touchée nous interpelle particulièrement.

L'Europe a montré ses lacunes. La gestion de la zone euro est problématique. Qui a pris les initiatives pour faire face aux dangers les plus immédiats ? La France.  Des progrès ont été faits dans la douleur. Il faut aller plus loin. Bien plus loin.

 

La zone Euro ne peut plus voir ses membres mener des politiques contradictoires qui creusent les écarts de croissance alors que la monnaie est unique. La convergence ne se fera pas toute seule. Alors il faut des institutions intergouvernementales fortes pour assurer que tout le monde marche d'un pas compatible avec une monnaie unique. Naturellement nous sommes ici dans l'inter-gouvernementalité et pas dans la supranationalité. Il n'appartient pas à la Commission, dont le rôle est de gérer des espaces mutualisés par la norme,  de faire ce travail qui implique une forte responsabilité politique.  La Banque Centrale Européenne ne doit pas non plus avoir comme seul objectif la stabilité des prix mais aussi la compétitivité de la zone et le plein emploi. La déflation n'est pas une solution. Ce sont des changements majeurs qui impliquent fortement l'avenir. L'édifice européen a failli s'écrouler. Il faut agir et vite.

Nous ne pouvons pas non plus accepter un monde où les monnaies font le yoyo au détriment de l'épargne mondiale et des échanges.  Chaque pays doit devenir responsable vis-à-vis des autres de la croissance harmonieuse des échanges. Il faut pour cela des changes fixes mais ajustables et un rôle accru du FMI comme chien de garde des grands équilibres. Le rattrapage de croissance des pays figés trop longtemps dans la misère est une chance aussi bien pour eux que pour le reste du monde. Il doit se faire de façon coordonnée sans déséquilibres permanents et guerres économiques et monétaires.

La France se battra sur ces deux fronts pour faire évoluer les mentalités, les pratiques et les organisations. L'urgence est d'aboutir à un diagnostic partagé, avant que des mécanismes structurels  d'harmonisation soient mis en place.

En cas d'échec l'Europe devra prendre acte de l'impossibilité d'échanges loyaux et constructifs et cesser d'être le ventre mou du monde, qui prend tous les coups sans jamais en rendre un seul.  L'Europe devra prendre des mesures conservatoires fortes tant en matière de droits de douane que de monnaie.

Si nous parvenons à avancer sur tous ces sujets, nous serons un pays plus fort dans une Europe enfin solide et dans un monde plus équilibré. La croissance aura reprise et les entreprises françaises pourront jouer pleinement leur jeu en faveur du pouvoir d'achat, de l'emploi et de la richesse générale.

Si, par malheur, nous revenions en Europe à la politique autiste, passive et suiviste qui a été trop longtemps poursuivie, et en France aux expériences déphasées, laxistes et aventuristes  conduites par démagogie, nous irions vers des dommages irréparables.

En corrigeant les erreurs commises et en engageant résolument les réformes proposées nous sortirons d'affaire et profiterons de la reprise mondiale des affaires qui ne manquera pas de survenir.  La pertinence dans la pensée  et le courage dans les actes ne garantissent pas nécessairement un total succès. Leur absence valent certitude de l'échec".

Ppc Nicolas Sarkozy

M. Hollande peut d'ailleurs faire exactement le même discours, en attribuant simplement les erreurs à son adversaire… 

Il appartient aux candidats à la présidence de la France de parler d'abord de la France et de son bien commun, de sa place dans l'Europe et dans le monde, de ses chances en tant qu'aventure collective. 

Cela serait tout de même plus digne que d'essayer d'acheter des cohortes d'électeurs avec des promesses électorales monétisées, tout en permettant à l'électeur de se défouler sur des boucs émissaires et des minorités.

Un président n'est pas là pour faire des cadeaux à des catégories en prenant l'argent de tous, à des fins purement électoralistes. Il n'et pas là non plus pour vouer aux gémonies des catégories sélectionnées de la population.

Au-delà des deux grands partis, la décrépitude de la politique française se lit clairement partout.

Prenons le programme du Parti Radical de M. Borloo.

"1. Donner une seconde chance aux ménages surendettés"

"2  Soutenir les élèves en difficulté dans le primaire"

"3. Aider les salariés précaires à accéder au logement"

"4. Accueillir des apprentis dans la fonction publique"

"5. Aider les territoires fragiles".

Les intentions sont louables. Mais enfin, c'est un programme pour un sous-secrétaire d'Etat à la population, pas pour un président de la République. On se souvient du programme de Jacques Chirac : "réduire les accidents de la route et lutter contre le cancer". C'était déjà une vision excessivement médiocre du rôle du dirigeant suprême. Jacques Chirac laissera l'impression d'une fin de règne stérile.

On sait bien que ce programme qui "touche la vie quotidienne des Français" selon la phrase imbécile à la mode,  a un but de communication. Il faut que l'image de ce M. Borloo soit gentille et sociale pour que son ralliement au second tour soit utile en terme d'électorat.

Malgré tout quelle médiocrité.

Dans les oppositions marginales, c'est pire encore.

Les pitreries à la Goebbels du sénateur à vie (ou presque) Mélenchon, saisie par une débauche tardive,  enchantent la classe médiatique : quel tribun ! Comme il ose injurier ! Comme il  ment bien ! Comme il sait accabler des boucs émissaires ! Quels beaux coups de menton ! Presqu'aussi fort que Mussolini dans cet exercice, c'est dire..  Comme si la famille le Pen ne suffisait pas.  Voilà l'élection qui entre dans le langage violent (si amusant, au début) et la grossièreté absolue. Voilà les promesses d'exactions.

Ignoble.

Quant à M. Bayrou, l'espoir du catho-fédéralisme européen, et de lui-même, il ne dit rien et il le dit mal.

Quant aux prétendus écologistes, ils sont travaillés par leur européisme fédérolâtre qui nie les problèmes, les tares de leur origine d'extrême gauche sectaire, leurs luttes de clans, et leur proposition de décroissance au moment où justement les peuples voient les conséquences en Grèce et ailleurs d'un recul du PIB. 

Ne parlons pas des autres.

D'un bout à l'autre de l'échiquier politique, cette campagne est jusqu'ci un désastre qui n'ouvre vers aucunes perspectives utiles.

Il reste un mois.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Non la crise actuelle n'est pas d'un type nouveau !

Non la crise actuelle n'est pas d'un type nouveau !

Une des curiosités de la crise actuelle  est la surprise générale des économistes devant un évènements qu'ils n'avaient généralement pas prévu ni même envisagé.

Il suffit de livre l'excellent livre de Catherine Nay, toujours parfaitement informée et capable de rendre excellement les situations passées pour se rendre compte de l'impréparation  mentale générale. En mai 2007, cela turbule déjà beaucoup sur le front des refinancements bancaires.  La chute des prix immobiliers, la première depuis la guerre, provoque dès le début 2007 des secousses sur les marchés de trésorerie. Les grands groupes américains ont fourgués à toute vitesse des centaines de milliards de CDS aux Européens, trop content de voir leur intérêts bonifiés, pardon "dynamisés".  La dynamite en question était légèrement explosive et en mai les premières tensions sont perceptibles.

Nous même avons averti : une grande crise arrive. Elle est pour le second semestre 2008.  Gare ! Nous avons même envoyé une lettre ouverte à MM. Sarkozy et Guaino pour les avertir et réfréner leur foi dans une accélaration impossible de la croissance.

"Le Ministre des Finances , Thierry Breton, estimait en quittant Bercy que la croissance dépasserait 2.5% et atteindrait êut être même 3%. Ce que personne, Commission européenne comprise,  n'avait mis en doute". L'illusion règne en maîtresse sauvage dans les palais de la rRpublique.  

Cette surprise quasiment totale des politiques et de leurs nombreux conseilleers  pose au moins deux questions. La première est la réalité de l'économique en tant que science.  La seconde est l'observation de la Reine d'Angleterre dès 2008 : "à quoi servent les économistes s'ils sont incapables de prévoir une crise ?"

S'ils sont les tenants d'une science, faut-il incriminer la discipline ou les disciples ?

Une des manières de répondre à cette redoutable question est de relire les anciens. Pour avoir trainé mes études de longues heures dans la salle Leroy-Beaulieu, à l'Institut d'études politiques de Paris, j'ai une particulière prédilection pour les écrits de cette figure d'"économiste distingué", une formule qui semble avoir été créée pour lui. Aujourd'hui il est universellement décrié par ceux qui croient le connaitre, c'est-à-dire pas grand monde. L'ignorance et l'idéologie conduisent à des jugements du type : petit penseur bourgeois sans importance.

En vérité le "Traité théorique et pratique d'économie politique" de ce professeur au Collège de France est une mine d'or à la fois sur la manière dont on concevait l'économie à la fin du XIXème siècle et aussi sur la manière d'expliquer de nombreux phénomènes économiques.  Il était de la race des économistes sans préjugés ni connaissances mathématiques, ce qui lui évitait de modéliser sur du sable. Il avait l'œil. Il regardait. Et lui, n'hésitait pas à prendre parti sur les questions du jour.  Un parfait honnête économiste comme on les aime et que détestent les économistes asservis à une idéologie. On s'expose à exposer : il fut la tête de turc de pas mal d'humoristes dont un Allais, Alphonse,  qui lui n'aurait pas pu prétendre au "Nobel d'économie". Il y a beaucoup à prendre de ses observations.

Il savait, lui,  qu'il y avait des crises périodiques et il en avait précisé avec une grande justesse la dynamique.

"Les crises de la seconde catégorie, la plus nombreuse et la plus fréquente, sont celles qui portent spécialement le nom de crises commerciales quoiqu'elles soient souvent d'origine financière et qui ont leur cause dans les entraînements du public et dans les abus de crédits".

Déjà le monde de la finance n'aimait pas être mis en première ligne et imposait des appellations neutres : crise de surproduction ; crise commerciale. On dit aujourd'hui crise de la mondialisation ou de la civilisation ou du capitalisme. Cela permet de rester imprécis.

"Leurs causes, leur périodicité, leur évolution sont parfaitement connues".

"Les crises de cette catégorie proviennent d'une certaine disposition d'esprit exagérément optimiste et audacieuse où se trouvent placés et maintenus pendant un temps de quelque durée non pas certains hommes mais la généralité du public et qui poussent les entrepreneurs, les commerçants, les capitalistes à développer outre mesure leurs opérations sans proportion aucune avec un débouché probable en faisant un usage excessif du crédit".

Le suroptimisme et l'emballement du crédit sont la cause des crises périodiques.

"L'engouement et la crise reviennent à des intervalles assez rapprochés tous les dix ans".

Voici notre cycle quasi décennal bien cadré. Il faut dire qu'il a été mesuré pendant tous le dix-neuvième siècle et qu'il n'est pas  bien difficile de le voir se déployer au vingtième.  Pour s'en tenir aux quarante dernières années : 1973-19674, 1982-1983, 1992-1993, 2001-2002, 2008-200x.

"Certaines circonstances sont particulièrement propices à l'éclosion des crises notamment la baisse des intérêts des capitaux". Ses conséquences "poussent à chercher des gains chimériques"…"On cherche à compenser à compenser la modicité du revenu par de rapides plus values sur le capital lesquelles quand elles se produisent sont alors considérées par beaucoup de gens comme une sorte de supplément consommable de revenu. Le besoin s'allie alors à la cupidité pour propager le goût des entreprises hasardeuses".

Difficile de ne pas voir l'application de ces mécanismes à notre économie contemporaine basée sur l'accroissement de la valeur pour l'actionnaire, c'est-à-dire la plus value.

En termes actuels,  l'économie cesse de s'intéresser au compte d'exploitation au profit des opérations de haut de bilan.  La finance cesse d'être connectée au réel.

"Cette extension des opérations de production dont les unes sont sérieuses mais exagérées et les autres complètement chimériques s'effectue en grande partie avec le crédit".  "Les encaisses des banques se vident chacun usant dans la limite possible" les capitaux dont il dispose ou qu'il emprunte.

On voit se profiler ici la crise de liquidité des banques : il faut constamment se refinancer.

" Au fort des crises commerciales et financières de cette catégorie le portefeuille et les escompte des banques montent à un chiffre très élevés". Le bilan des banques  "dépasse énormément les chiffres habituels". 

L'auteur rappelle que c'est sur l'observation du gonflement des bilans bancaires que Juglar a basé sa théorie du cycle.  L'accroissement anormal est le signe précurseur de la crise. Quand les encaisses se sont reconstituées et les bilans dégonflés, la reprise devient possible.

Au début 2007 les encaisses des banques sont au plus bas et les besoins de refinancement gigantesques. 

Qui ne voit l'application directe des observations de Juglar, reprises par Leroy-Beaulieu ,  sur le désastre  qui s'annonce ? 

L'ennui c'est qu'alors, plus personne ne s'occupait plus d'économie bancaire et que tous les économistes officiels regardaient ailleurs. Quand aux grands manitous de la finance modélisée et hyper- mathématifiée, qu'ils appartinssent à l'école micro-économique ou aux sous produits keynésiens, l'idée même de s'intéresser à des choses pareilles ne leur seraient pas venue. 

Lisons la suite :

" A un certain moment quand tous les ressorts du crédit sont au maximum de tension un incident quelconque  atteint une des pièces de tout cet échafaudage et le fait s'écrouler".

Subprimes, Islande, Grèce, tous ces secteurs à l'extrême limite du crédit possible ont vascillés en 2007 se sont effondrés en 2008.

"Une grosse faillite, comme celle de L'Union Générale et de la Banque de Lyon et de la Loire en 1882  rappelle à la prudence ceux des prêteurs qui ont encore quelques réflexion".  Eh oui : Baring, ou LTCM ou Lehman Brothers…

"De proche en proche le crédit se restreint et il se produit une panique". 

Ces temps de panique imposent une grande libéralité dans l'approvisionnement monétaire pour éviter la ruine des épargnants et les conséquences du "crédit crunch".

On constatera qu'on na pas attendu Milton Friedman pour proposer des politiques de "quantitative easing" ! Bagehot l'avait fait dès les crises du milieu du XIXème siècle ! Et cela faisait partie de la vulgate.

"Les crises se dénouent en une période de 18 mois à 2 ans en général, quelque fois trois ou quatre". 

Comment ? Toute seule. Il faut laisser la réduction des bilans bancaires se faire, tout en assurant la liquidité générale et en engageant de façon raisonnable des travaux publics pour réduire les effets du chômage de façon utile à l'avenir et soutenir l'activité.  Pas de protectionnisme ni trop d'interventionnisme de l'état qui a tendance à en faire trop et mal.

Bien entendu  ces observations doivent être actualisées. Nous sommes dans un monde où la monnaie métallique a disparu au profit de monnaies administratives pilotées par des experts. Les gouvernements prennent une part colossale de la richesse produite. Les changes sont flottants.  Des institutions comme la zone Euro ont été créées.  L'Union soviétique s'est effondrée. Des pays immenses se sont ouverts au commerce mondial.  L'informatique a changé les conditions des transactions financières.

Nous n'admettons plus des récessions de 30 à 40% du PIB industriel, tempérées partiellement par la prédominance de l'économie agricole.

 

Mais le moteur reste à peu près le même que celui montré par Leroy-Beaulieu. Ses leçons ont été perdues au moment où par Hubris les économistes et les dirigeants politiques ont cru qu'ils savaient juguler les crises.  On a créé alors les conditions d'un retour aux crises toujours aggravées par le désordre monétaire et amplifiées par la mondialisation, avec une gravité croissante  aboutissant au chaos actuel.

La science économique existe. Encore faut-il la pratiquer !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



La fin du secret bancaire suisse

Une des victimes collatérales de la crise mondiale qui sévit depuis la fin juillet 2007 aura été le secret bancaire suisse.

La Suisse s'était mise dans une situation impossible. Ses grands établissements, UBS et Crédit Suisse, collectaient une épargne démesurée par rapport aux ressources du pays et devaient pour se développer et concurrencer les monstres américains employer leurs ressources aux Etats-Unis. Trop gros à l'échelle suisse et trop petits à l'échelle mondiale : la vulnérabilité était patente. UBS a voulu grossir aux Etats-Unis. La grenouille se voulait bœuf. Elle a avalé tous les mauvais risques qui passaient par là.

Le retour de bâton a emporté le secret bancaire suisse vis-à-vis des Etats-Unis. Il est impossible de gérer un secret à dimension variable. Le secret bancaire suisse est donc une espèce en voie de disparition.

D'ores et déjà des masses financières colossales ont émigré sous d'autres cieux. Les petites banques qui un temps avaient bénéficié de la fuite des clients UBS  voient leurs encours gérés baisser et avec eux leurs revenus, la baisse de rentabilité des capitaux investis n'arrangeant rien. L'obligation, imposée par les autorités, de renforcer les capitaux propres afin que l'Etat suisse n'ait pas à financer une déroute, complique encore les choses.  La place suisse voit la perspective d'une forte restructuration s'imposer à elle.

Bien sûr elle a réagi. Sa migration vers l'Orient et notamment Singapour a pris de l'ampleur. Sus aux nouveaux riches. Il faut aller chercher l'argent là où il est.  Mais l'Orient est compliqué, surtout quand il est extrême.  L'idée que la place est d'une technicité magnifique  et qu'elle survivra à la fin du secret bancaire en profitant de la liberté accordée aux mouvements de capitaux légaux parait pour ce qu'elle est : un pansement affectif.  La finance représente près de 15% du PIB suisse. Les difficultés annoncées du secteur vont faire mal.

Bien sûr elle finasse. On demandera aux déposants de déclarer qu'ils sont blancs comme neige. Alors on ne pourra plus poursuivre les gentils banquiers pour sollicitations abusives et complicité d'évasion fiscale. Elle veut bien que les déposants paient collectivement et anonymement un impôt. Mais les autres veulent un échange automatisée d'information. Et Rubik a du plomb dans l'aile.

Les Suisses commencent eux-mêmes à se lasser de leur politique de refuge pour riches en rupture de confiance avec leur nation au fisc cupide.

Ils en donnent des signes multiples.

Une votation pour introduire un impôt sur les succession de 20% par ci ; une interdiction de construire des résidences secondaires par là ; une réduction des appartements et maisons disponibles à la vente pour les étrangers par ci ; des demandes d'abandon du régime fiscal spécial des étrangers (le forfait).  par là.

L'immobilier est asphyxié par le trop plein de demandes et les prix sont devenus inabordables. Le bon Suisse natif a du mal à se loger.  Les paysages sont menacés.

L'économie est asphyxiée par le Franc trop fort obligeant la BNS a des actes d'une violence inouïe pour tenter de casser les afflux.

Les accords de Schengen lui ont valu l'arrivée massive de délinquants des pays de l'est et des banlieues lyonnaises.

Les frontaliers agacent.

Le discours flamboyant de Nicolas Sarkozy contre le secret bancaire a amené à commander les pales Grippen. 

C'est dire que la tentation d'une forme de repli sur soi est plus que perceptible.

Si le rôle de refuge fiscal  n'est plus possible il faut pourtant s'ouvrir au monde.

La contradiction est terrible.

Il ne faudra pas dix ans pour que la Suisse entre dans l'Europe.

Et c'est très bien ainsi.

Une méthode de suicide économique : la surtaxation du capital

Dans les programmes des candidats on retrouve partout la même antienne : les revenus du capital doivent subir la même taxation que les revenus du travail. M. Hollande développe cette idée dans pratiquement chaque discours. En résumé  : "les riches tiennent le capital, donc les revenus du capital ; les riches doivent payer la crise ; donc je taxe le capital, les plus values du capital, les revenus du capital, la transmission du capital".  Dans le concours des "cadeaux au peuple", généraux ou ciblés sur des cohortes particulières, M. Sarkozy n'est pas en reste. Le financement du RSA a été gagé sur une augmentation de la fiscalité sur les revenus du capital pendant son mandat. Dans le cadre de la présente campagne il propose de "donner" "jusqu'à 1000 euros pour 9 millions de personnes" en réformant la prime pour l'emploi et en complétant par le produit d'un nouvel impôt sur les revenus du capital.

Le capital serait une espèce de niche fiscale dans laquelle on n'aurait pas assez puisée et qui pourrait nourrir tous les fantasmes électoraux.

Une fois de plus le problème est mal posé.

Tout le monde sait que le travail est trop taxé en France, la gauche depuis la Libération ayant fait valoir de façon ininterrompue qu'il fallait prendre l'argent là où il était créé, dans l'entreprise, provoquant au fur et à mesure des décennies une surcharge fiscale sur l'entreprise tout à fait insupportable dans une économie ouverte où la majorité des autres états ont joué un jeu différent.    On sait que lorsqu'on paie 100 euros à un salarié, l'entreprise est obligée de donner 100 euros à l'Etat (au sens large). Et il va falloir payer l'IS et la TVA et les charges locales et les taxes spécialisées …

Il est vrai qu'au sortir de la guerre, il n'y avait plus en France de capital. Les actifs des entreprises françaises avaient été pillés par les Allemands. L'épargne des particuliers avait fondu.  S'attaquer au capital et aux intérêts  aurait été une politique totalement stérile : il n'y avait pas de capital ni de revenus du capital.

Le "miracle économique français" des "trente glorieuses" a donc été financé par des dons en capital, le Plan Marshall, des dettes importantes (dont le coût était gommé par l'inflation) et par un traitement fiscal favorisant l'épargne.

Cette situation n'était pas tenable dans la longue durée. Le surfiscalité des entreprises a provoqué une évolution structurelle particulièrement néfaste : la France dispose d'un capitalisme sans capitaux ! Les entreprises françaises, trop taxées, n'ont jamais pu grossir comme il aurait fallu. Jamais nous n'avons pu faire éclore une forte nichée de PME importantes, à l'image des Allemands ou des Suisses ou même des italiens du nord. Pas de "Mittelstand" en France. Merci la fiscalité de la quatrième république. Le capitalisme français s'est donc développé dans une symbiose avec l'état, seule capable d'apporter les capitaux,  pour les grandes entreprises, à l'abri de la concurrence internationale, en liaison avec notre "Empire" ou du moins ce qu'il en restait.

Le vol de l'épargne par l'inflation n'était pas plus bénéfique à long terme. L'accès aux capitaux via la bourse française a toujours été très insuffisant. Jusqu'à la fin des années soixante la bourse française a toujours été désespérément plate. Il est vrai que l'état se réservait l'essentiel des capitaux disponibles par des emprunts qu'il fallait rendre attractifs.  L'emprunt défiscalisé gagé sur l'or de M. Pinay reste le symbole  de cette politique.

L'effondrement du système colonial et l'ouverture à l'Europe via le marché commun mettait en défaut ce système précaire.

Les gouvernements du général de Gaulle ont donc mis en place une série de mesures destinées à atténuer le choc : les budgets ont été votés et réalisés pour l'essentiel à l'équilibre. On a réduit l'endettement public en supprimant les déficits budgétaires. La fiscalité sur les particuliers a été aggravée, en même temps que la TVA a été imaginée. En un mot, on a commencé à basculer une partie de la fiscalité des entreprises sur le consommateur et sur le particulier.
 
Un autre phénomène a été la conséquence du baby boom : pendant une longue période l'épargne retraite des français n'a pas trouvé à s'employer. Les salariés partaient à la retraite à 65 ans mais une grande partie d'entre eux n'atteignait jamais cet âge. Les réserves servaient pour l'essentiel à financer l'état qui lui-même finançait via des banques d'investissement spécialisés, des entreprises sans capitaux.

Un troisième phénomène a été la bancarisation forcenée des années 60. Tout le monde devait passer par la banque et le chèque est devenu quasiment obligatoire. La collecte de l'épargne par les banques nationalisées, entre les mains des Inspecteurs des finances, était ramenée ainsi vers l'Etat.

Des dévaluations régulières avaient permis pendant tout le temps de la Quatrième République le maintien d'une compétitivité externe, certes artificielle, mais possible.
 
En 1970 la France est un pays paradoxal. Une certain épargne s'est reconstituée avec la hausse du niveau de vie et une fiscalité favorable. Mais elle ne va pas vers l'entreprise. Des secteurs entiers sont en pleine capilotade du fait de l'ouverture des frontières ou de l'évolution des technologies. Le Nord perd ses filatures et son charbon. Les aciéries lorraines sont problématiques.  Des secteurs entiers se développent dans le monde, notamment aux Etats unis et nous n'y sommes pas. C'est par exemple le cas de l'informatique. Le seul secteur où nous sommes en pointe, après avoir été cherché les idées aux Etats-Unis, est la grande distribution.

Le Japon, l'Allemagne, dégagés de tout soucis de budgets militaires, ont joué la carte inverse de la France. L'accent est mis sur la création d'un maximum de PME capables de grossir et de prendre des positions sur le marché international. En 1970 on voit déjà les résultats. La France a perdu toute son industrie photographique, mécanique,…

Et voilà que trois évènements majeurs frappent le monde :

- le système de Bretton-Woods est abandonné. C'est la loi du plus fort qui sera désormais de règle dans le domaine des monnaies.  La force du Franc après 30 ans de dévaluations systématiques et l'évacuation de la politique du général de Gaulle après les évènements de  68 est plus que problématique.   
- le coût du pétrole commence sa hausse continue, alors que la France n'en a pratiquement pas.
- la récession de 73-74 est la première d'une série de "plus graves crises économiques depuis 1929".
La France ne s'est pas relevée de ces trois chocs.
M. Giscard, "le plus intelligent de nos dirigeants", ne comprend pas la situation. Il accepte à la Jamaïque de jouer le jeu des changes flottants. La banque centrale n'a plus le droit d'alimenter directement l'Etat. Le règne commence des monnaies administratives "gérées" par des banques centrales indépendantes dont le change est laissé aux "libres forces des marchés financiers". Les premières mesures de dérèglementation financière sont prises. L'économie casino se met en place. La Société Générale ouvre sa grande salle des marchés dans une tour à la défense. Tout un symbole.  

La relance keynésienne menée par Chirac en 1974  est un échec. En changes flottants, cela ne marche pas. Les déficits explosent que M. Giscard comble par une hausse des impôts en aggravant de façon constante le taux de prélèvement global :  impôt sur les plus values et généralisation de la TVA. Les grands plans d'état (téléphonie, TGV, aviation) ne concernent pas les PME- PMI qui sont taxées au maximum, privées de capitaux, éloignées de l'exportation.   

Le programme commun de gouvernement de M. Mitterrand charge un peu plus la mule. On taxe le capital avec l'Impôt de solidarité sur le fortune, sauf celui de l'entreprise si l'assujetti la gère lui même. Tous les impôts sont aggravées. Après l'intermède du gouvernement de cohabitation, M. Rocard lance la CSG, un moyen de frapper les revenus du capital en plus de leur taxation habituelle.

A la veille de la grande récession de 92-93, la seconde "plus grave depuis la crise de 1929", la finance a été libérée par M. Beregovoy pour se mettre en ligne avec le système mondial imposé par les Anglo-saxons. La France doit se financer à l'étranger. Ses déficits sont constants. Sa compétitivité a été éliminée par le programme commun. D'un point de vue fiscal,  la technique a basculé : on ne cherche plus à obtenir tout de l'entreprise, défavorisée dans la compétition internationale. On recherche des ressources nouvelles sur le capital et ses revenus.  

Là où MM. Giscard et Mitterrand auraient du proposer une conversion fiscale : réduire l'imposition sur les sociétés et notamment les PME, en rééquilibrant, sans hausse des prélèvements globaux, en frappant les revenus du capital et la consommation, afin de permettre la reconstitution d'une industrie exportatrice forte, ils ne font que chercher par tout moyen des ressources nouvelles.

La hausse constante du SMIC aggravée par des coups de pouces démagogiques et absurdes, la réduction du temps de travail (39 heures et retraite à 60 ans), l'étouffement administratif  de la gestion des effectifs, la pénalisation de la vie économique avec mise en prison systématique des dirigeants pour un oui ou un non,  la spoliation totale des propriétaires de PME en faillite, ont provoqué un déséquilibre structurel du marché du travail : il manque bientôt plus de 5 millions d'emplois salariés. De même un déséquilibre structurel du commerce extérieur est désormais en place.

Dès 1990 la France est morte en tant que grand acteur de la vie économique internationale.  Elle n'est plus présente dans aucun des grands secteurs technologiques qui se développent (Internet, téléphonie, numérique etc.).  Son Etat est devenu démesuré. La décentralisation provoque une croissance incontrôlée des dépenses des collectivités publiques. Les béquilles sociales voient leur coût s'emballer. La préparation de l'Euro conduit à un Franc fort et à une stagnation financière partiellement déflationniste en France.

Le choc de la crise de 93 est terrible. Les déficits s'envolent. M. Juppé est obligé de donner un coup de massue fiscale d'une violence jamais vue. Il est vrai qu'on lui lègue les conséquences du traité de Maastricht. Il faut bien satisfaire les critères de convergence.

Dès ce moment là les grandes erreurs structurelles qui mettent la France en danger sont  évidentes.
- Le monde est victime du système monétaire international des changes flottants qui éteint progressivement la croissance et provoque des crises mondiales de plus en plus violentes.
- L'Europe, et singulièrement l'Euroland, ne sont pas structurés pour lutter dans un tel environnement. Créer une zone monétaire non pilotée  avec une monnaie unique, alors que le monde est partout en change flottant, et que les pays gardent la liberté de gérer leur économie sans aucune concertation avec les autres, est une aventure. Aucun raisonnement économique n'est possible face à un dogme politique. Aucun avertissement ne sera entendu.
- La France surfiscalisée et étouffée de toute part ne peut pas lutter même dans l'Euroland. Le fait est masqué par la réunification allemande qui laisse penser que ce pays aura des soucis pour longtemps. Mais nous sommes déjà une proie potentielle pour l'industrie allemande qui commence à racheter les PME françaises en masse.
La politique Jospin est contradictoire. Elle aggrave le déficit de compétitivité avec les 35 heures et les différentes lois qui pénalisent un peu plus la relation avec les salariés. Elle laisse se développer la folie des créations d'emploi administratifs en région. On multiplie les emplois aidés. Mais on comprend dans les hautes sphères, les élites mondialisées socialistes, qu'il faut permettent aux entreprises du Cac de gagner dans la mondialisation. Stocks options; parachutes dorés ; golden hello ; tout est bon pour mettre les entreprises du CAC et leurs dirigeants à la hauteur de leurs concurrents mondiaux.
M. Fabius réalise même, pour des raisons purement électorales, que le choc fiscal risque de faire perdre les socialistes. Une baisse des impôts bienvenue est lancée.  Malheureusement elle et inefficace : On privilégie la baisse de la TVA  et la "prime à l'emploi", c'est à dire un chèque direct payé à la clientèle électorale. Rien de tout cela n'est en mesure de reconstituer la compétitivité des entreprises. Sauf une mesure importante : la suppression partielle des charges sur les salaires proches du SMIC. Malheureusement cette mesure est financée par la dette !

Comme on le sait M. Chirac ne fait rien ou presque. M. Sarkozy lui prend des mesures contestables : la détaxation des charges sur les heures supplémentaires ; la réduction de la TVA sur la restauration. La baisse des impôts sur les petits successions est démagogique mais reste insignifiante sur l'état de l'économie. Son quinquennat va être une suite ininterrompue de créations de taxes et d'aggravations de l'imposition des revenus du capital. L'ISF n'est pas supprimé, son effet sur les très grosses fortunes est simplement diminué sans réels bénéfices globaux.
 
On a donc bien depuis 1974 tenté de basculer une imposition excessive sur l'entreprise vers les particuliers,  leur revenu, leur consommation, leur épargne, leur capital.  Mais l'enfer de la dépense publique toujours augmentée sans mesure et l'effet de crises mondiales constamment aggravées ont fait que ces efforts n'ont conduit qu'à une élévation de la pression fiscale de plus de 10 points de PIB. Nous habitons sur les sommets mondiaux de la fiscalité.  

Les grandes entreprises travaillant à l'international ne sont pas taxées. Mais les PME sont écrasées. Le capitalisme français sans capitaux est désormais un capitalisme sans entrepreneur. Les chiffres de création d'entreprises ne doivent pas tromper. Ce sont le plus  souvent des retraités ou des chômeurs qui se lancent dans des entreprises en général sans lendemain. Parfois les grandes entreprises se débarrassent sur des entreprises sans avenir des activités qui peuvent valoir des ennuis à leur dirigeants ou qui ne correspondent plus à leur stratégie mondialiste.  Le bénéfice global pour la France est quasi nul.   

Et voilà qu'une nouvelle crise "la plus grave depuis 1929"  creuse tous les déficits publics. Et les deux candidats de fanfaronner : les riches paieront !

Surpris sur sa gauche le candidat socialiste lance son double slogan : 75% de taux marginal sur le revenu et intégration des revenus du capital dans l'assiette de l'impôt.

Indépendamment du taux marginal d'imposition, peut-on considérer tous les revenus et capitaux comme absolument identiques comme base fiscale ?

Prenons le cas d'un entrepreneur : il a créé sa boite avec quelques dizaines de milliers d'Euros. En cinquante ans il en a fait une petite PME qui vaut, disons, 10 millions d'Euros. Lorsqu'il l'a vendra la valeur qu'il a créée sera considérée comme une plus value taxable comme tout revenu. A 75% ? Cela signifie que tout acheteur achète en vérité les entreprises… au fisc. L'entrepreneur est spolié d'une vie de travail qui devait lui permettre de prendre sa retraite confortablement après réussite (monter de rien une PME qui tient des années et finit par valoir quelque chose est un exploit en France). D'où viendra l'argent de l'acheteur ?  Seulement de l'étranger. Ou de l'emprunt. Mais on a vu où on en était avec les LBO financés par la dette.    
La surtaxation des plus values  occasionnelles sur le capital, sur la même  base que celle  d'un revenu récurrent et à un taux confiscatoire mettra aussitôt fin au moignon de capitalisme familial qui survit en France. Elle viendra s'ajouter à des mesures qui ont déjà des effets dévastateurs : l'impôt progressif sur les successions entraîne déjà la vente à l'étranger de nos fleurons industriels (voir L'Oréal et Nestlé après milles autres cas) ; l'entrée dans l'ISF du propriétaire de son capital dès qu'il cesse de diriger son entreprise est mal vécu et entraîne des exils fiscaux.

La majorité des expatriations n'ont pas pour cause l'intensité de l'impôt sur le revenu mais la taxation sur la transmission du patrimoine ou de la direction de l'entreprise.       

Dans tous les cas, la surfiscalité portant sur le capital de l'entreprise entraîne une expulsion tendancielle vers l'étranger.

C'était évident pour les entreprises du Cac 40 qui n'auraient eu qu'un pas à faire pour se délocaliser. On les a soigné fiscalement très favorablement.

C'était tout aussi clair pour les autres entreprises qui n'ont pu dans cette perspectives qu'à se vendre à l'étranger ou voir les propriétaires s'expatrier pour ne pas tout perdre. En quarante ans, c'est près de 20.000 entrepreneurs français qui ont émigrés et dans la plupart des cas il s'agissait des plus grosses PME-PMI françaises.

L'application de taux confiscatoires à ces opérations finira sans aucun doute possible à faire que le capitalisme français n'ait plus ni capitaux ni capitalistes du tout.

Plus généralement l'épargne est née de la non consommation d'un revenu taxé, c'est-à-dire d'un reliquat après impôts. On a fiscalisé sa propriété, sa cession, ses plus values éventuelles,  son rendement, sa transmission. On veut maintenant avec la taxe sur les transactions financières taxer son simple déplacement. Avec des taux progressifs coercitifs et prédateurs il n'est même plus envisageables de capitaliser son épargne sachant qu'à la vente finale la spoliation sera quasi-totale, sauf niche fiscale, comme l'assurance vie.    

Au point où on en est arrivé, une dépense publique qui représente globalement 100% et plus de la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand (il faudrait une TVA de 100%  pour les financer si cette impôt était unique !), un manque à gagner de 5 à 10 millions de salariés,  un déficit extérieur structurel et des comptes sociaux totalement dégradés, l'assimilation fiscale pure et simple des revenus du capital et des revenus du travail conduirait à la quasi disparition du tissu d'entreprises français.  Avec les taux envisagés, cette élimination se ferait en moins d'une génération.

Plutôt que de suivre la voie délétère qui nous fait sortir de l'histoire économique depuis 1974, les politiques devraient comprendre trois choses essentielles  :

-  La France est surfiscalisée, suradministrée et étouffée par les règlements. Aller plus loin est suicidaire. Ni l'extension des assiettes ni l'aggravation des taux ne suffiront jamais. Il n'y a pas de choix : il faut réduire à la hache les dépenses publiques et recréer les conditions d'un capitalisme avec des capitaux et des entrepreneurs français.  Une fois le champ salé rien ne repousse. Voyez les pays de l'ex bloc soviétique. Seuls des transferts d'assiettes sans alourdissement de la fiscalité  sont acceptables. Ces transferts doivent favoriser l'entreprise et l'emploi.
 
- La dite France n'a aucune chance dans une Europe à monnaie unique où les autres pays ont pris les bonnes mesures. La situation vis-à-vis de l'Allemagne devrait éclairer.  L'ambiance déflationniste détestable qui préside au système de l'Euroland conduit de toute façon à la stagnation donc à affaiblir les plus faibles et à nourrir les plus riches. les entreprises allemandes sont contentes ; les entreprises françaises sont à merci.

- L'Europe, et à l'intérieur d'elle la France,  n'a aucune chance dans le système fou des changes flottants qui provoque depuis quarante ans le ralentissement constant du trend et la survenue de crises financières mondiales toujours plus graves tous les 8-10 ans.

La France est actuellement au bord du gouffre et on lui propose de faire allégrement un grand pas en avant fiscal.  Si elle le fait, c'est un suicide.

Après tout la France est le pays où l'on se suicide le plus. Alors : tous ensemble; tous ensemble ?

Vraiment ?

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

 

Un grand discours de campagne ? Presque !

Le discours de Nicolas Sarkozy à Villepinte est, enfin, un grand discours de candidat aux présidentielles.

La phrase clé :

 

"Entre les scènes nationale, européenne et mondiale, il n'y a pas de cloison".

 

Nous ne cessons ici de répéter que les crises françaises, européennes et mondiales sont strictement emboîtées et qu'il est totalement vain d'essayer de résoudre l'une sans s'attaquer aux autres.

Ce n'est pas par l'électoralisme, l'attitude politique qui consiste à acheter des clientèles électorales avec des promesses qui parfois risquent d'être tenues, et l'accumulation d'opérations "image" ou de catalogues de mesurettes que l'on pourra dessiner un chemin de sortie de crise aux Français. Ce n'est pas non plus en stigmatisant des boucs émissaires.

Tout candidat crédible doit tenir un discours qui dégage des politiques permettant de traiter en même temps les difficultés apparues dans les trois sphères.

Oui, l'absence de système coordonné en matière monétaire permet à quelques grandes puissances de commettre des abus dangereux qui ont été à l'origine de la crise et qui demeurent, faisant courir les plus grands risques pour bientôt.

Oui face à ces abus et leurs conséquences, une gestion européenne par la norme en fonction d'une idéologie simpliste n'est qu'une impuissance dangereuse. Il faut des organes exécutifs et un pilotage très proches des gouvernements et des parlements nationaux capables de réagir vite. La zone Euro est actuellement un déni d'organisation sérieuse.

Oui la France ne peut pas être empêchée de mener des politiques adaptatives par des organes de contrôle européen qui laissent jouer les autres grandes puissances à leur guise en Europe. 

Le monde doit coopérer, l'Europe doit revoir sa gouvernance, la France est impuissante à agir seule si les deux préalables ne sont pas levés mais garde encore quelques leviers qu'il importe d'actionner avec la vigueur nécessaire.

Une personne intelligente et sympatique étant celle qui pense comme vous, nous aurions la plus grande mauvaise foi à  ne pas saluer ce passage là du discours de Nicolas Sarkozy.

Celà dit, il reste à savoir si le  Nicolas Sarkozy qui "a appris", a compris dans le détail ce que cette triple politique implique.

Il voit bien que la crise est mondiale, mais où sont les causes ? En parlant de plusieurs crises successives, il masque l'unité fondamentale des évènements qui viennent de se produire et suggère qu'il n'a pas vraiment compris ce qui s'est passé. La ficelle de propagande est un peu voyante (le héros a terrassé plusieurs Gorgone ; il est plus fortiche que s'il en avait terassé une seule). Mais l'impuissance intellectuelle est flagrante.

Il remet en cause les manipulations monétaires. Mais il ne dit pas l'essentiel : il faut aller vers un système de changes fixes et ajustables étalonnés sur une valeur externe indépendante des banques centrales. Mais à ce moment là la taxe sur les mouvements financiers n'a plus d'intérêt technique et apparait pour ce qu'elle est : une pompe de plus dans la poche des Français.

Il remet en cause la gestion par la règle qui prévaut en Europe avec des politiques confiées à Bruxelles qui les exerce contre les Etats et de façon idéologique, avec la complicité bienveillante de la Cour de justice.  Mais il faut dire quels organes on veut mettre en place pour obtenir quels résultats avec quels moyens. Là c'est le silence.

Peut-être que la fin de la campagne nous éclairera-t-elle...

Pour la France le candidat est singulièrement muet. Certes on vise l'équilibre budgétaire en 2016, en continuant les réformes.  Très bien. Mais jusqu'en 2016 les budgets vont continuer à être déficitaire et la dette va arriver aux 100% du PIB que nous craignons depuis le début.  On voit qu'il va y avoir un tour de vis fiscal. Mais la réduction de la dépense publique est évacuée. Où sont les nécessaires "commissions de la hâche" ? On note avec plaisir qu'une des voies que nous avons évoquées sur ce blog (la réduction du coût des institutions démocratiques notamment par réduction des postes d'élus)  apparait dans le discours. Mais il en faudrait 20 comme cela.

La nécessaire réconciliation de l'Etat avec les "forces vives" qui nous parait indispensable n'est même pas évoquée.

Monsieur Sarkozy voit bien les têtes de chapitres. Son problème est la déclinaison qu'il en fait ou qu'il n'en fait pas. Sa candidature, dans le contexte sondagier hyper négatif, est peut-être la manifestation ultime du "complexe de Zorro" diagnostiqué par M. Allègre. Mais son approche va au fond des choses. Les solutions aux difficultés qui nous assaillent  sont presqu'exclusivement collectives. Un plan français interne ne suffit pas.

Pour avoir une crédibilité internationale il faut s'appuyer sur un corps d'analyses extrêmement solides qui puissent être partagées.  Quand on n'a pas le pouvoir suprême d'imposer il faut convaincre. Faute de proposer avec l'appui des experts un corpus indiscutable et partagé, Nicolas Sarkozy en est réduit à menacer :" je ferai si vous ne faites pas".

 

L'ennui avec le candidat François Hollande est qu'il a choisi une tactique du silence, où des catalogues de mesurettes catégorielles d'inspiration électoraliste jouent le rôle de cache-sexe troué d'une stratégie pour la France non exposée sinon inexistante.  Pas un mot sur la mondialisation, pas un mot sur l'Europe. Et sur la France, malheureusement, une mesure symbolique qui va directement à l'encontre de ce qu'il faudrait faire. 

Il sait avec Mitterrand, qu'on ne sort de l'ambiguité qu'à son détriment. Il devrait aussi remarquer que le silence est peut être d'or mais pas le vide, même s'il est tactique. Le Président de la 5ième République est nécessairement un stratège.  "Tactique sans stratégie et stratégie sans tactique  ne sont que ruine de l'armée" disait Bonaparte.  

Hollande a gagné jusqu'ici la vaine bataille de la tactique électoraliste. Mais il n'a développé aucune idée claire sur sa stratégie pour la France dans les trois domaines mondial, européen et français. Il serait bon qu'il le fasse désormais. On peut craindre que bien installé avec près de 10 points d'avance dans les sondages au second tour, il trouve astucieux de n'en rien faire.  Dommage ! Avant dommages.

Sarkozy gagne actuellement la bataille stratégique mais risque de tout perdre par une tactique incertaine, brouillonne et parfois révulsive.  Il serait bon qu'il réagisse dès maintenant. Va-t-on contre son tempéramment ?

La campagne a fait à Villepinte un saut qualitatif. Espérons que  ce n'est qu'un début. Pour être au niveau des exigences, il reste encore bien du travail. 

Aux deux candidats principaux, il reste à définir dans leurs grandes lignes  à la fois une tactique et une stratégie gagnante pour la France (pour eux mêmes on s'en fiche un peu, il faut bien le dire !) dans le monde où nous sommes.

Avec un degré de précision qui permet l'analyse et le pronostic du succès.

On est loin du compte.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

 

 

 

 



Pendant les élections la crise continue.

La campagne électorale française est à peu près totalement nulle. Aucun des candidats n'a la moindre proposition sérieuse et il ne s'agit plus que d'un combat douteux de "communicants" pris dans un jeu de rôle  débile.  Le vent mauvais détecté il y a quelques semaines est devenu pestilentiel. 

La France est «un pays de collabo néo-fasciste» affirme un bobo qui rêve de faire fortune dans le cinéma avec un talent minuscule  tout en conservant son aura "de gauche". "On sombre dans le communisme pur et dur qui ruinait les malheureux qui subissait le régime en leur donnant la satisfaction des exactions faites aux autres :  tu ne manges pas mais regarde ce qu'on fait aux paysans", affirme un partisan de l'autre bord. Nous revoici à la guerre entre fascistes et communistes, entre chemises brunes et chemises rouges, des années trente. Presque cent ans déjà.

Chacun des candidats en est à essayer à surprendre l'autre "pour prendre la direction de la campagne sur ses thèmes" en lâchant des énormités.  Le candidat de la "normalité" trouve "normal" d'avoir une fiscalité   hors norme, une durée de travail  hors norme,  un taux de dépenses publiques hors norme, une position européenne contraire à l'avis de tous les autres.  Dans l'autre camp on explique que les citoyens devront désormais avoir un éthylotest dans leur voiture,   les élèves un uniforme, et que les pratiques bizarres de préparation de la viande dans les religions juive et musulmane pourraient tout de même disparaître.  Bientôt on vérifiera la manière de se gratter le nez.

Chacun s'essaie à trouver ses boucs émissaires. Entre les "mauvais Français" qui n'acceptent pas d'être tondus ras sans autre raison que l'arbitraire politicien, et les "mauvais étrangers" qui nous font tant de mal,  choisissez M'sieurs-dames, le marché de la haine est ouvert.

En un mot, le niveau zéro de la politique qui n'échappe pas d'ailleurs au public que la campagne dégoûte après l'avoir déçu. Il faut dire que les deux personnalités qui combattent sont des nains médiocres sortis au forceps  du ventre de partis  intellectuellement et socialement moribonds et devenus de simples écuries féodalisées.

Pendant ce temps là, le monde chemine.

 "D'après les chiffres cités par les deux journaux, l'avis d'imposition du fondateur du réseau social Facebook pourrait afficher neuf zéro. Le Fisc devrait en effet lui réclamer cette année la coquette somme de 1,5 à 2 milliards de dollars."

Ah si cette innovation avait eu lieu en France !  Mais non. La France n'innove plus depuis longtemps. Elle a voulu, sous la houlette de hauts fonctionnaire, généralement socialistes, un capitalisme sans capitaux et sans capitalistes, avec une surfiscalisation délirante.

 Elle est sortie de l'histoire économique. 

Mme Bettencourt ? Une survivante des années trente. Il n'y aura pas de nouvelle madame Bettencourt en France. Impossible. M. Arnaut ? Un malin qui a fédéré les industries du luxe avec l'aide de l'état et des banques.  Mais les acheteurs du luxe n'existent plus en France. On fait avec de l'ancien non renouvellable.

Glencore va de son côté ramener des centaines de millions de francs suisse au fisc suisse.  Aurait-on pu avoir un Glencore en France. Non. Evidemment non. 

La France est sortie de l'histoire économique après avoir fait partie de toutes les révolutions et les créations  industrielles pendant 200 ans.  Il est  vrai que nous aspirons d'abord à "casser du riche" et à devenir une exemplaire démocratie non populaire qui régente la vie des citoyens  dans le détail  en l'empêchant de vivre sa vie dans un monde qui s'ouvre.

La Suisse et la Belgique sont agacées par l'arrivée ininterrompue de riches fuyant la France.  Sévèrement prise à partie par les américains,  elle supprime progressivement son secret bancaire, qui est presque mort. On n'en est  plus à Rubik. Les déposants devront dire qu'ils sont en règle. Comme cela s'ils sont pris, ce ne sera pas la faute de la Suisse mais du vilain menteur. Une votation propose de créer des droits de succession à 20%. On interdit de  plus en plus aux étrangers de s'installer en Suisse ou d'acheter des biens immobiliers. Les prix de toute façon sont devenus tels que seuls les plus riches peuvent envisager de payer des fortunes pareilles.  Les frontaliers sont en ligne de mire.

La Suisse s'ouvre à la moralité internationale en se repliant, une figure de style assez curieuse.

La Belgique suit le même chemin. La hausse du prix de l'immobilier est mise toute entière sur les dos des déménageurs français.  Et si la Wallonie était rattachée à la France ?

Les étrangers contemplent avec mépris ou étonnement, ce pays, autrefois leader du monde,  qui se suicide avec frénésie et le sauve qui peut qui s'en suit.  Et tentent  d'en profiter mais sans être submergés.

La conjoncture mondiale, elle, s'effondre. La Chine n'exporte plus. En janvier et février et mars , elle aura connu une baisse de ses exportations.  L'Allemagne en subit le contrecoup. Les voitures allemandes ne se vendent plus comme des petits pains. Le repli est partout.  Les Etats-Unis sont sous perfusion  monétaire comme les européens.

Des milliers de milliards de Dollars et d'Euros sortent des imprimeries, dopant artificiellement non pas les économies mais les bourses et les marchés de matières premières. Pardi, on n'a fait aucune réforme du système monétaire international !  Mais les flottes de "freighters" restent à quai.  Les pays "émergents" piquent du nez, alors qu'on envisageait de se refaire en attaquant vigoureusement ces marchés.  

Les causes de la crise ne sont toujours pas comprises. Les mesures curciales ne sont toujours pas prises.

Le réveil post électoral sera saumâtre.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes é-toile.



L'Europe déraille. La France s'éteint.

Les années trente avaient déjà montré qu'en cas de crise économique durable les élections aggravaient la situation et retardaient les solutions.

Nous voyons en temps réel la confirmation de cette triste règle.

L'Europe n'arrive pas à sortir de l'urgence. Pendant que la Banque Centrale Européenne achève son plan de sauvetage des banques et des états, avec la création de 1.000.000.000.000 d'Euros de monnaie centrale (une paille !),  la zone entière entre en récession.

Le plan de Mme Merkel et de M. Sarkozy de renforcement de la discipline budgétaire que deux pays ont déjà refusé est un peu plus fragilisé par  l'annonce d'un référendum en Irlande.  Le candidat français favori des sondages au second tour a déjà annoncé qu'il en demanderait la renégociation et qu'il ne le ratifierait pas.  Il n'est plus sûr  que les élements constitutionnels qui doivent être acceptés par le Parlement français soient votés.

L'idée allemande qui veut que la monnaie unique suppose non pas des institutions de gouvernance unique mais une austérité unique est incompatible avec l'appel aux électeurs.

Le plan de "sauvetage" de la Grèce, (on sauve le système bancaire grec, largement possédé par des banques étrangères)  qui a déjà coûté quatre années de récession et un appauvrissement dramatique du pays, est menacé par les élections grecques. Personne ne croit plus qu'il sera réellement appliqué.

Comme nous l'affirmons depuis quatre ans, la banque centrale ne peut à elle seule, sortir de la crise. Et l'Europe n'a aucune politique économique, aucune politique monétaire, aucune politique commerciale extérieure et aucune politique de change commune. La "gestion par la règle" est une ineptie. Il faut un pilote dans l'avion commun. Ou alors il faut revenir à des politiques nationales intégrées.
 
Quant à la France ! On sait qu'elle souffre d'un délire chronique de dépense publique associé à ses deux conséquences, un endettement massif et une névrose fiscale tournant à l'hystérie permanente.  Malgré tous les ouvrages qui depuis  trente cinq ans expliquent que les politiques français conduisent le pays dans le mur, malgré des institutions qui devraient  responsabiliser les dirigeants en les forçant à assumer leur démagogie donc à la maîtriser,  la campagne électorale pour les présidentielles françaises marque un dévoiement  inoui.

Désormais on cherche de façon explicite à "acheter" des cohortes d'électeurs en leur proposant quasiment de l'argent liquide et comme ces "cadeaux au peuple" ne suffisent pas  on fournit de la haine à consommer de suite, sous forme de stigmatisation fiscale ou autre de minorités.

Au delà de l'abjection morale et civique que traduit cette évolution méphitique,  on voit se profiler un n'importe quoi économique qui va rendre toute sortie de crise impossible.

Cette crise demandait dès 2008 que les grands pays se concertent pour mettre fin aux changes flottants et à l'absence de système monétaire international, afin de coordoner l'élimination du surdendettement global par une croissance concertée. Les théories dominantes et les intérêts nationaux mal compris ont interdit cette inévitable solution qui avait pourtant montré sa pertinence dans le passé. 

Sur un fond monétaire mondial stabilisé et orienté vers la croissance, l'Europe aurait pu mettre en oeuvre des plans de gouvernance raisonnables sans obliger tout le monde à une austérité intenable.  On a choisi la panique et le n'importe quoi tout en laissant la BCE arroser les banques.  Aucune confiance n'a été rétablie et la perspective de l'éclatement de la zone n'a jamais été si grande.

La France aurait pu à son tour mettre fin à sa névrose fiscale par des réformes simples mais efficaces orientées toutes vers la croissance et l'élimination des excès perpétuels de ses politiques en matière de dépense publique.

On voit qu'on en est à proposer de taxer marginalement les revenus à près de 90% rien qu'avec les deux impôts les plus faibles en matière de rendement !  On surenchérit dans le confiscatoire en espérant quoi ?

Le monde  en crise durable et sans espoir, l'Europe en voie de dislocation, la France réduit au niveau du Zimbabwe de Mugabé ou du Vénézuela de Chavez, voilà  où on en est après quatre ans de sottise et d'aveuglement général.

Qu'on ne nous dise pas que ce n'était pas prévisible !

Que la France est moche dans cette Europe zombie et ce monde sans direction !  La campagne électorale actuelle, un combat de nains démagogues entourés de clowns grotesques,  marque sa disparition comme nation qui compte. 

Quelle tristesse pour notre génération qui aura vu le suicide d'une grande nation !

Le Français né malin est en train de mourir de bêtise. 

RIP.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Une erreur ancrée dans la population

On sait que nous sommes favorables depuis des lustres à ce qu'on appelle la TVA sociale (ou TVA anti délocalisation) et que nous essayons de populariser ce concept depuis 1977 en public. A cette date nous étions bien seuls. L'application de la solution par les Allemands et quelques autres a fini par changer la donne. Aujourd'hui peu de personnes ayant quelques compétences dans ce domaine la rejette.


En revanche, l'opinion publique, les médias et ce qu'on sait des réactions populaires critiquent la TVA sociale au prétexte qu'il s'agirait d'une simple augmentation des impôts et d'une perte immédiate de leur pouvoir d'achat.

Il faut dire qu'ils ont quelques raisons de se méfier des prétextes donnés par l'Administration pour charger la mule un peu plus.      

Au-delà des aspects psychologiques ou politiciens il est tout de même important d'aller au fond des choses. La TVA sociale est-elle inflationniste ou plus inflationniste que toute autre solution fiscale ?
Il va de soi que la TVA sociale va grever les produits qui sont importés et qui ne souffrent pas de la concurrence des productions françaises (15 à 20% de la consommation).

Il faudrait avoir la foi chevillée au corps pour croire que cela va permettre une production en France (créée ou relocalisée). Une hausse de quelques % de la TVA ne changera rien dans ce domaine. Ce qui a été perdu est probablement perdu pour longtemps. Est-ce que cela changera les prix ? La réponse est non pour tous les produits technologiques dont la tendance est à la baisse (ordinateur, téléphone, etc.). Sauf dans les segments où la compétition est faible, la politique des prix n'est pas déterminée automatiquement par la TVA.  On dira : qu'est-ce qui vous permet de l'affirmer ? Un fait tout simple : la variation des changes. On sait que les changes varient constamment et dans des amplitudes qui n'ont rien à voir avec une hausse de quelques pourcent. L'effet théorique sur les prix est donc bien plus fort que ne le serait la hausse de la TVA. On l'a vu avec la baisse de l'Euro qui a dépassé 10% ces dernières semaines. Effet prix : zéro !  Les politiques de prix sont établis dans la durée en fonction de la concurrence et de mille facteurs. Le marché est constamment alimenté en nouveaux produits et les prix de ces nouveaux produits sont gérés dans une optique purement marketing.  Une hausse de TVA de moins de 2% n'aura exactement aucune influence.

Pour les produits fabriqués en France, il faut regarder l'ensemble du prix de revient. Si on considère que le coût salarial est d'environ 66% de la valeur ajoutée, avec un partage 50/50 entre salaires nets et charges, les charges sociales représentent 33% de la valeur ajoutée. La TVA même augmentée ne dépassera pas dans l'hypothèse Sarkozy 22%.  Cela veut dire que l'impact sur le prix des charges est moitié supérieur à celui de la TVA.


Lorsqu'on augmente les charges patronales le bon peuple croit que l'on pique l'argent aux propriétaires. Lorsqu'on augmente la TVA il croit qu'on le lui pique à lui.  En vérité les deux assiettes jouent exactement le même rôle : ce sont des charges de productions qu'il faut amortir d'une façon ou d'une autre dans les prix.  Il vaudrait évidemment mieux augmenter la TVA de 10% que les charges sociales du même taux ! L'impact sur les coûts serait moitié moindre et celui, potentiel,  sur les prix également diminué. 


Cette idée qui ressort de l'arithmétique élémentaire n'est pas comprise.
Si on remplace euro pour euro une charge sociale patronale par une TVA, l'effet global sur les coûts est nul. L'effet prix est nul. 


La situation est différente si on diminue les charges salariales contre une hausse de TVA.  Les salariés profitent d'un avantage mais les entreprises doivent gérer une hausse des coûts. Il y a pression sur les prix.  Au total les non-salariés transfèrent du pouvoir d'achat aux salariés. Où est le logique économique et même sociale ? Il vaudrait mieux que les hausses de salaires soient gagées sur une hausse de la production et des profits.


La pression sur les prix est sans doute  la raison pour laquelle le candidat Sarkozy propose de financer la mesure par une hausse de la CSG.  Mais là le transfert des non salariés vers les salariés est évident.


Pour mesurer l'effet prix de la TVA sociale il faut également tenir compte des circonstances. Aujourd'hui nous luttons contre la déflation et le niveau des prix est contrôlé par la banque centrale dont c'est la seule mission. Une hausse de TVA contre une baisse des charges patronales n'aura aucun effet significatif sur les prix quelque soit l'importance du transfert.


La vraie question est plutôt de savoir si les mesurettes envisagées auront un effet quelconque sur l'emploi.  La réponse à court terme est non.  Il aurait fallu déplacer toutes les charges patronales, sauf celles relatives à la retraite et aux maladies professionnelles, vers la TVA.  Lorsque la TVA était à 15.6%, le passage à 21,6% en réduisant d'autant (en valeur) les charges patronales, aurait eu du sens.  On a préféré comme toujours en France augmenter la TVA inlassablement 16.6, 18.6, 19.6, 20.6 puis faire un retour inopiné vers 19.6, une grave erreur au demeurant, toujours sans aucune contrepartie.


Résultat, la France est bloquée pour faire des réformes significatives.  On fait donc avec la TVA sociale un tout petit pas dans la bonne direction, avec des effets bénéfiques très dilués dans le temps et très modestes en volume.


La France doit diminuer d'environ 10 points de PIB sa dépense publique. Pas la stabiliser.  A partir de là les réformes d'assiettes pourront avoir un effet. Sinon on fait de l'irrigation en période d'inondation, ou de la politique politicienne, comme on voudra.


En attendant espérons que les médias cesseront de laisser croire qu'une hausse des charges patronales est neutre au point de vue prix alors que la TVA serait hyper sensible sur ce même indicateur.


Surtout quand les candidats se livrent à une sorte de compétition dans l'exonération ciblée des charges patronales sans jamais préciser la ressource de substitution. Jusqu'ici toutes les exonérations ont été financées par la dette…
Il est vrai que  M. Hollande hier à la télévision a évoqué une tranche de 45% à l'IR sur les riches et de 75% sur les super riches. Il ne fallait pas laisser le terrain de l'hyper démagogie fiscale  à un certain M. Mélenchon, candidat d'un Front de gauche comprenant les communistes, ni même à M. Sarkozy, ci devant homme de droite anti élite, qui propose de donner du pouvoir d'achat en taxant les revenus de l'épargne.


Comme si les électeurs pouvaient croire qu'il allaient s'enrichir sur le dos de quelqu'un maintenant qu'ils savent qu'ils ne pourront pas s'enrichir par le travail pendant de longues années !


Jamais campagne électorale n'aura été plus sinistre et plus injurieuse pour l'intelligence française. On stimule la haine en comptant sur l'ignorance.


Que fera-t-on lorsque les conséquences seront là ?


On le sait. On mentira.

Que faire d'autres ?

Jusqu'ici ce sont des mensonges par omission. On oublie de dire aux Français les vrais taux de prélèvements pratiqués. On oublie de dire aux Français qu'il manque 10 millions d'emplois salariés. On oublie de dire aux Français que la dépense publique est supérieure à la totalité de la valeur ajoutée du secteur marchand. On pleure simplement sur les conséquences en prétendant les régler en aggravant leurs causes.


Pauvres Français, figés dans le mensonge et l'auto mutilation  fiscale comme un papillon épinglé, et qui à qui quelques abjects politiciens  veulent faire croire  qu'ils voleront quand eux-mêmes voleront un peu plus  d'autres Français en leur nom ! 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Leçons sur l'évolution du PIB français sur 40 ans

Le Monde a produit une belle infographie donnant l'évolution du PIB depuis 1970. Nous conseillons depuis des années à l'INSEE, à Eurostats d'abord, et aux grands organes de la PQN, de produire et de publier des séries longues.

Ce sont les plus instructives.  Alors MERCI !

Que permet de voir ce beau graphique  ?

- Il existe un cycle quasi décennal : tous les huit-onze ans se produit une récession. Cela fait 200 ans que cela dure. Ce cycle très étudié à la fin du 19ième siècle et au début du 20 ième est aujourd'hui négligé, parfois même nié. C'est une grave erreur. Le cycle existe : vous l'avez sous les yeux.

- Dans ce cycle, il y a alternance d'une crise dure et d'une crise molle. 1992 et 2009 sont des récessions sévères. 1982 et 2001 sont des crises plus légères.  

- Si on avait pu surimposer la courbe des Etats-unis on la verrait exactement parallèle. Le cycle est mondial. Simplement la crise commence un peu plus tôt aux Etats-Unis et finit plus vite.

- Quant on regarde les taux de croissance moyen pour chaque décennies on voit que la décennie 80 baisse par rapport à la décennie 70 (qui était déjà en forte baisse par rapport à la décennies précédente), que la décennie 90 voit une croissance moyenne encore plus basse et c'est la même chose pour la première décennie du 21ième siècle.  Cela ne va pas s'arranger.



- Cycle à part nous sommes en décroissance de trend continue depuis 1971.

Depuis l'instauration des changes flottants le trend baisse et les crises s'aggravent ! Un fait qui mériterait d'être pris en compte par tous et qui ne l'est pas, notamment par les économistes américains qui du coup sont totalement à côté de la plaque. 

- Il n'y a eu que deux bonnes périodes de croissance pendant ces quarantes années :
    - celle qui correspond au gouvernement Rocard
    - celle qui correspond au gouvernement Jospin.

Les comparaisons internationales montreraient que ces périodes sont exactement les mêmes ailleurs. Elles correspondent à l'emballement de fin de cycle. qui prend toujours le caractère de bulle.

- Nous avons ajouté les taux de prélèvements. On les voit grimper presque continûment pour atteindre un sommet historique absurde en 1999.  C'est pratiquement 10 points de PIB qui a été piqué par l'Etat. Mais comme la dépense de l'état est partiellement compté comme faisant partie du PIB, le tableau n'est pas totalement exact. En fait le taux de prélèvement par rapport à la veur ajouté des entreprises du secteur marchand  est passé de 60% environ à 80% environ. Ce qui est colossal. Compte tenu que la dépense publique est plus de 10 points au dessus du taux de prélèvements, elle égale voire dépasse la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand !

- On voit que les récessions sont le moteur de la hausse des prélèvements. Le mécanisme est toujours le même : les gouvernements dépenses tout le surplus des périodes fastes et ensuite, le cliquet à la baisse des dépenses se met en place et on aggrave les impôts pour maintenir le financement des dépenses.  Les gouvernements  Rocazrd et Jospin, au lieu de freiner les dépenses massivement et de faire les grandes réformes qu'on ne peut faire qu'en période faste laissent filer  lorsqu'ils ne "réhabilitent" pas la dépense publique tout en aggravant les impôts.

- Ces erreurs conduiront au coup de massue fiscal de Juppé et à l'inexcusable cagnotte de 1999 avec un record de prélèvements que Fabius commencera à résorber.

- On voit que le septennat Giscard a été un septennant fiscal, aggravé par le Plan Barre.
 
- On voit que la croissance française ne s'est jamais totalement remise du programme commun de la gauche.  On ne retrouvera plus jamais les taux de croissance connus depuis 1945.

- On voit que le gouvernement Jospin n'a rien compris aux nécessités économiques.  Les 35 heures ont  cassé la reprise qui aurait du se produire entre 2005 et 2007. Les fers aux pieds la production française ne parvient pas à exploiter la période de croissance mondiale.  Elle perd inexorablement des parts de marché dans le commerce mondial.

- On aurait pu surimposer la courbe de la dette globale . On verrait le passage des 200%, puis des 300% et enfin des 400% avec à chaque fois le coup d'accélérateur des récessions décennales.  Cette courbe n'étant pas publiée personne ne la connait ni ne prend conscience qu'elle est tragique : elle marque que quelque chose va casser car le taux d'endettement global est intenable.

En fait la crise du marché bancaire de 2007 marque le début de la fin de la période de croissance (molle mais croissance tout de même) : la crise décennale arrive et fait sauter le nuage de dettes.  C'et aussi simple que cela.

Nous y sommes encore.

Il nous faut réduire les dépenses publiques, purger nos dettes, et revenir à un taux de prélèvements qui ne dépasse pas 35-37% du PIB en fonction de la conjoncture.

Une fois de plus nous félicitons le Monde de sa bonne initiative. Nous lui suggérons deux tableaux de même durée :

- l'emploi salarié rapporté à la population totale

- le taux d'endettement global (banques, particulierrs, état, entreprises) par rapport au PIB.

Ses lecteurs pourront lire les paroles de deux chansons économiques sinistres :

- la sortie de la France de l'emploi salarié (25% là où buien d'autre sont au dessus de 30%). Il manque environ 10 millions d'emplois salariés en France, fait entièrement correlé à la hausse des prélèvements.

- la montée du nuage de dettes qui vient de nous tomber sur la tête et le rôle du cycle dans ce mécanisme.

Ajouter des courbes portant sur nos principaux partenaires est également très instructif.

Observer les faits avant de les commenter est toujours mieux que ne pâs les voir ou ne pas en parler ou dire n'importe quoi.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.    



L'argument de campagne le plus consternant

On le doit à une palette de candidats allant d'Eva Joly à François Hollande. Il consiste à dire :

"Dans l'affaire de Fessenheim les ouvriers ne doivent pas s'inquiéter, on les paiera à démolir leur usine".

Qui aurait pu imaginer qu'un jour on en viendrait en France à proposer aux salariés de les employer à démolir leurs usines dans la joie et l'allégresse ?

Avant,  on affirmait que des investissements amélioreraient l'emploi grâce à une meilleure productivité et à des productions plus adaptées au goût du jour.

Cette période honteusement "productiviste" est terminée. Nous eûmes le Ministère du Temps Libre, puis les 39 heures payées 40 puis les 35 heures payées 39, donc 40, en attendant que Rocard finisse de convaincre ses amis qu'à 32 heures, payées 40 ce serait encore mieux (surtout à l'hôpital).

Nous eûmes bientôt les théories sur la "décroissance heureuse" : demandez aux Grecs ce qu'ils en pensent, de la décroissance ! Le bonheur est visible sur tous les visages.  Il est vrai que personne ne nous a encore chanté les vertus de la récession grecque du point de vue de la sauvegarde de l'air pur et de la planète.

Nous connûmes il y a peu cette idée grandiose que tout ce qui était improductif et plus coûteux qu'avant était une chance pour l'emploi ! Mme Joly donna de l'écho à cette idée neuve : les nouvelles technologies "douces" sont plus chères dont elles emploient plus de monde donc elles sont favorables à l'emploi.  Augmenter la production en augmentant les coûts !

Une nouvelle théorie de la gestion et du management est en gestation.

Et voilà qu'on arrête des productions dont la contre valeur se compte en milliards d'Euros et en milliers d'emplois, pour des raisons de magouille électorale autour de sièges ("tu arrêtes tant de centrales, et tu nous donnes tant de sièges, et on fait cause électorale commune, car sans nous, tu es dans les choux"), en chantant l'air de la victoire de l'emploi.

Quand même : oser dire au peuple français : "ne vous inquiétez pas ;  vous allez avoir de l'emploi puisqu'on va arrêter des usines qu'on vous demandera de détruire", cela dépasse l'imaginable.

Qualifier des coûts… de chiffre d'affaire et  des pertes… de profit,  n'est-ce pas tout de même aller un peu loin ?

A quand un gros malin qui indiquera que si on déconstruisait la Tour Eiffel cela ferait de l'emploi ? On peut aussi reboucher les canaux ; défaire les jetées des ports et les digues.

A quand un gros malin qui proposera aux Grecs de déconstruire le Parthénon pour booster l'emploi et sortir de la crise ? Quitte à le reconstruire après. Sûrement en mieux.

Que d'emplois ! Que d'emplois ! 

Au moins Mac-Mahon qui disait "que d'eau, que d'eau"  en contemplant les inondations voyait de l'eau. Son propos était ridicule mais exact.  Où voit-on des emplois quand on détruit des usines et leur production ?  

Si la campagne continue à ce niveau, elle va être grandiose.

Le bilan de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy est depuis ce soir candidat à sa réélection comme Président de la République Française. Il est naturel de tirer le bilan de sa mandature. Nous ne cherchons ici qu'à juger la partie économique.

On pourrait se contenter des résultats constatés en fin de mandat en terme de chômage, 10% de la population active et à peine 16.000.000 de salariés actifs (sur 65-66 millions de résidents, soit à peine 25% de la population…), d'endettement public, qui se rapproche des 100%,  de commerce extérieur, fortement déficitaire, de budgets  étatique ou sociaux, toujours fortement déficitaires, de part de marché mondial, en régression, de taux d'insertion des jeunes, calamiteux.

En face de ce désastre on peut citer que les banques ont résisté, sauvegardant l'épargne des Français, qu'il n'y a pas eu de véritable plan de rigueur avec même une hausse du revenu des personnes au travail. Ce n'a pas été le cas partout.

Mais après quatre ans de crise ouverte, nous entrons à nouveau en récession.

Compte tenu de la crise mondiale qui a frappé fort les économies depuis 2007, il s'agit d'un bilan navrant mais dans la bonne moyenne. Il y a fort à parier que le débat électoral verra les oppositions évoquer le bilan "inexistant" et les gouvernementaux mettre en avant cette bonne moyenne.  Et tous deux auront raison en même temps. La situation est navrante et les gouvernements français de M. Fillon ont géré la crise avec prudence en aboutissant à des résultats qui sont loin d'être pires que ceux de nos voisins d'économie comparable.

La vraie question est plutôt de savoir si on aurait pu faire mieux et précisément comment. Pour cela il faut une grille d'analyse de la situation économique en 2006 et analyser si les questions pendantes à ce moment là ont commencé à connaître un début de réponse. Après tout, si malgré la crise mondiale, on avait réellement progressé dans la résolution de difficultés récurrentes, ce ne serait déjà pas si mal. Si en plus on avait traité aussi bien les causes que les conséquences de la crise, ce serait parfait. L'état de l'économie ne serait sans doute pas excellent mais au moins on aurait fait au mieux et préparé l'avenir.

Qu'espérer de plus d'un président ?

 

Quels étaient les défis connus en 2006 ?

Pour la France :

- Structurellement la France était bloquée par un excès majeur de dépenses publiques. Cet excès avait comme corollaire  une fiscalité excessive, pouvant dépasser 100% du revenu des contribuables, et portant beaucoup trop sur l'entreprise, perpétuant un capitalisme sans capitaux et avec des capitalistes stigmatisés et tentés par le départ. 

Il était indispensable d'arrêter l'arrosage général de subventions aussi bien en terme de budget national, de budget des collectivités locales, que de budget de la sécurité sociale. Et réformer la structure fiscale à la fois pour éviter des exactions dommageables et une sous-compétitivité permanente.

- Politiquement l'optique du "ni ni"  poursuivie par Chirac faisait que toutes les mesures malthusiennes qui s'étaient accumulées depuis trente ans,  notamment les 35 heures, la pénalisation totale de la vie de l'entreprise, l'accumulation des règlementations tatillonnes, la rigidité invraisemblable des relations sociales, se conjuguaient pour rendre extrêmement difficile l'investissement et l'embauche. La sanctuarisation des "avantages acquis", notamment en matière de retraites, le refus de toutes réformes d'envergure "du fait de la fragilité du tissu social français" créait des situations intenables, alors qu'on avait sous traité à l'Europe les relations économiques extérieures et que l'Union avait quasiment supprimé toutes les écluses vis-à-vis des concurrents du monde entier.

On demandait à un obèse entravé de gagner les jeux olympiques.

Pour l'Europe.

Il était clair que la vision opérationnelle était celle d'une Europe lavette ne prenant parti sur rien et zone d'ajustement de toutes les pressions des autres. L'Europe empêchait mais ne stimulait point tout en mettant tout le monde sous le feu de règlementations tatillonnes en internes et laxistes s'agissant de l'entrée de produits et de services provenant d'ailleurs.

La grande difficulté était surtout les défauts de la gouvernance de l'Euroland. Le système mis en place était une gestion par la norme sans aucune instance de pilotage et d'ajustement aux conditions extérieures ou intérieures. Tous les avertissements donnés lors de la campagne de Maastricht avaient été repoussés du pied.  Les politiques en étaient à rire des contraintes du traité et proposaient de s'en affranchir gaiment, notamment M. Sarkozy en tant que Ministre des Finances.  L'inconscience en matière de gestion d'une zone monétaire unifiée était absolument totale aussi bien dans le monde politique que dans la presse, en dépit de la poussée de "nonisme" qui avait entraîné le blocage du projet de "constitution".

On sentait bien que le monétarisme absolu intégré dans les statuts de la Banque Centrale Européenne, avec un objectif exclusif de stabilité des prix d'un panel de produits de consommation,  associé à une ouverture totale des frontières aux mouvements de capitaux, de marchandises et de personnes, laissait entrevoir bien des difficultés.  Mais l'Euro "nous protégeait" et il n'y avait rien à redire, rien à analyser, rien à faire. Les divergences de compétitivité à l'intérieur de la zone n'étaient jamais évoquées. Chacun faisait ce qu'il voulait.

Rétrospectivement le refus absolu de réfléchir sur la question du mode  de gestion d'une zone monétaire unifiée alors que les politiques restaient totalement libres sauf deux objectifs statutaires portant sur les déficits publics et l'endettement global, reste ahurissant. Toute critique était considérée comme indigne et son auteur voué aux gémonies. Pauvre Maurice Allais  qui avait osé à pas d'âge lancer d'ultimes avertissements !   

Ce blocage intellectuel n'était cependant rien devant le néant absolu de la réflexion sur les défauts du système monétaire international. Là on est dans le monde du tabou invincible. Le système des monnaies administratives gérées par des banques centrales indépendantes et dont la valeur respective serait déterminée par les marchés financiers libérés de toutes entraves en dépit des différences de systèmes et de politiques, était bon et le seul bon. Il était hors du champ de la critique et de la réflexion. Chacun faisait ce qu'il voulait et que le meilleur gagne, étant bien entendu que le dollar était la monnaie mondiale et que la FED considérait que le "benign neglect" était la bonne attitude à avoir.  

Ce système de cinglés avait comme conséquences, visibles comme le nez au milieu de la figure, une baisse du trend de croissance mondial et une amplification massive du cycle quasi décennal, amenant des crises périodiques dont chacune était "la plus grave depuis 1929" (74,92,2009). Il permettait par le mécanisme de la double pyramide de crédits une hausse permanente dans les pays développés du taux d'endettement global vis-à-vis du PIB. On avait passé les 200% puis les 300% et on commencait EN MOYENNE à atteindre les 400%, certains pays aventureux caracolant bien au-delà.

Pendant 10 ans de 1997 à 2007 nous n'avions pas nous-mêmes cessé de crier casse cou haut et fort, annonçant que la crise à venir serait extrêmement sévère car cette situation était impossible à maintenir. Mais là, rien à faire.  La France des économistes officiels était muette. Le monde anglo saxon avait imposé son credo. La presse refusait tout article sur le sujet. Le système monétaire international était une vache sacrée, chiante et compliquée de surcroît. Silence.

Au total on demandait aux entreprises françaises de financer un état obèse, alors qu'elles étaient entravées de partout, dans un système européen ouvert à tous les vents mais sans réflexion ni politique autre que monétariste, aboutissant à une Euro surévalué empêchant largement la croissance, dans un système monétaire international fou et conduisant le monde à une crise majeure, mais chut il ne fallait pas le dire.

Honnêtement une telle conjonction n'offrait à aucun candidat en 2006 des perspectives affriolantes. Impuissants intellectuellement et pratiquement sur les deux aspects les plus graves, la réforme de la gestion de l'Euroland et celle du système monétaire international, il ne leur restait guère qu'à libérer un tant soit peu la France du fardeau de ses dépenses publiques et de ses blocages,  à mettre fin aux situations intenables et à accroître sa compétitivité, tout en se préparant à une crise très dure.

La France a choisi celui qui lui proposait la "rupture".

Au terme de son mandat, sur les trois terrains de jeu, français, européen et mondial, quel aura été l'impact de Nicolas Sarkozy, compte tenu qu'il n'a pas voulu voir venir la crise et qu'il devra s'y adapter en urgence ?

Le système monétaire international n'apparait dans le champ de vision de Nicolas Sarkozy qu'en septembre 2008, alors que le blocage du marché monétaire date de fin juillet 2007. Comme la majorité des analystes il ne comprend pas ce blocage. C'est une crise américaine qui restera cantonnée aux Etats-Unis.  Pas la peine de s'en préoccuper, même s'il ya des effets de bords pour les banques et les épargnants français.  La brusque réalisation en septembre 2008 qu'on est à la veille d'une crise majeure le pousse, justement, et avec une rapidité d'analyse qu'il faut louer, à créer le G.20 et à demander un nouveau "Bretton-woods".

Mais ce ne sont que des mots. Il n'a pas de projets réels de transformation du système des monnaies administratives et des changes flottants. Privé de doctrine son discours flanche dans le moralisme à trois sous : la finance c'est mal ; il faut changer les règles comptables, la rémunération des traders et le rôle des agences de notation. Haro contre les paradis fiscaux ! Sus aux vilains. Il rend les armes sur les trois questions clefs :

- le rôle du dollar et du "benign neglect"

- les mercantilismes chinois et allemands

- la liberté absolue des mouvements de capitaux et les changes flottants.

Finalement le G.20 choisira le statu quo et l'espérance que la crise se résoudra toute seule avec les moyens classiques (plans de relance et laxisme monétaires des banques centrales). Nicolas Sarkozy endosse cette politique.

C'est la cause principale du fait que nous sommes toujours en crise et que nous abordons la quatrième année avec la perspective d'une nouvelle récession.

On peut choisir deux explications : Sarkozy n'a rien compris ; il a compris mais il n'a rien pu faire.

Admettons qu'il n'a pas aidé par ceux qui auraient du lui fournir une armature théorique et pratique solide. Le FMI a été au dessous de tout. Dominique Strauss-Kahn était manifestement surévalué comme économiste. Il a montré dans l'affaire une incompétence effarante qui, personnellement, ne nous a pas surprise : depuis des lustres à chaque fois qu'une grande sottise économique a été annoncée, ce garçon était pour,  voire à son initiative ! La réputation économique de ce Monsieur nous a toujours paru totalement étrange. Il n'a pas vu venir la crise ; il ne réagira que très tard ; il ne proposera rien d'utile et surtout il ne donnera pas au monde le canevas essentiel qu'aurait été un bon diagnostic et une cap.

Quant aux autres économistes officiels français, ils n'ont pas vu venir la crise et ils en sont resté pendant des mois à l'idée qu'on ne leur avait pas dit combien les subprimes étaient oiseuses. On leur avait tout caché à ces malheureux. Le résultat ils ont chanté la fausse chanson : c'est la faute à Wall Street ; c'est la faute aux subprimes. Comme s'il était difficile de voir qu'avec 400% de taux d'endettement global vis-à-vis du PIB, une masse énorme de dettes était privée de toute réalité économique et qu'elle s'effondrerait avec la puissance d'un tsunami !

Oui il y avait bien tabou et blocage intellectuel général. Constatons que Nicolas Sarkozy n'a rien fait pour lever ces blocages bien qu'il en ait été averti (nous avons écrit en ce sens au Président de la République en juillet 2009 ! ). Il devrait réaliser maintenant où cela l'a mené et il gagnerait à ramasser le flambeau maintenant qu'il est à nouveau candidat. M. Guaino, pourriez vous faire quelque chose en ce sens ? Je sais, c'est emmerdant...  Mais vous auriez pu prendre date dès 2009 et vous auriez de meilleures armes pour infléchir la politique internationale dans ces domaines si NS était réélu !

L'Europe sera comme le système monétaire international un désastre intellectuel doublé d'un désastre pratique. Pendant deux ans on croit à l'Elysée que l'Euro nous protège. On se félicite de ne plus avoir de Franc qui aurait été balayé dans la tempête de septembre 2008 provoquant une hausse terrible et probablement insurmontable de la dette étrangère, convertie en Franc. Le défaut de paiement était possible. Vive l'Euro !   On relance, en déséquilibrant massivement des comptes publics qui l'étaient déjà lourdement,  et on sauve les banques en cautionnant leurs dettes les plus dangereuses. La BCE lâche suffisamment de liquidité pour passer un temps le "crédit crunch" provoqué par l'effondrement du système international de dettes qui s'était mis en place. Mais on ne voit pas qu'on a ainsi rendu extrêmement vulnérable la dette d'état qui gonfle de façon telle qu'un doute s'installe sur son caractère soutenable.

C'est d'autant plus étrange que la crise dite  "grecque" a commencé dès 2009. Alimentée artificiellement par l'Europe depuis des années, la Grèce, pays sans Etat et sans moralité publique, fondée sur les clans et la culture des "coups", où l'industrie est très faible et le clientélisme clanique très fort, vit à crédit depuis 1981. Tout le monde, à commencer par les fonctionnaires, s'est gobergé sans limite. On a multiplié les salaires, les avantages, les droits acquis. Merci l'Europe, merci les financements internationaux créatifs. La Grèce est KO et en grand danger de faire défaut. 

On mettra tout de même deux ans à constater que les statuts de la BCE ne permettent pas de financer des états, que la devise de la Grèce ne peut être dévaluée. Le seul chemin qui reste est la récession contrôlée, une déflation sévère avec remise en cause radicale de toutes les fausses "avancées" arrachées pendant 20 ans de tricherie généralisée. Trois ans après on en est encore à discuter de l'ampleur du défaut déguisé en "hair cut",  et à faire admettre aux Grecs l'amère potion, condition d'un financement de sauvetage.  

Et la France, comme la Grèce, le Portugal, l'Espagne, et l'Italie se trouvent exactement dans le même cas.  En cas d'asphyxie du refinancement, la dépression  est la seule voie.

Que faire ? Réformer la zone Euro ? Constater que son organisation est fautive ? Remettre en cause les statuts de la BCE ? Admettre l'exclusion de la Grèce et éventuellement du Portugal  de l'Euroland ? Les milieux européistes ne le veulent pas. L'Allemagne ne veut pas payer et demande un renforcement des corrections  d'attitudes et de pratiques dans les pays en cause.  La France, donc Nicolas Sarkozy, refuse de prendre la tête d'une croisade qui démontrerait que la voie proposée est sans issue. Il emboîte d'autant plus vite le pas de l'Allemagne que la note de la France est en cause. Elle sera finalement dégradée. 

Nous en sommes à essayer de sacraliser un nouveau traité marqué par la rigueur et les promesses de vertu avec sanctions internationales à l'appui.

Le bilan est tragique.  Voici la France à la remorque de l'Allemagne, sommée de trouver des dizaines de milliards pour sauver l'idée européiste de la monnaie unique et sans aucun levier pour faire face aux conséquences de la crise : la BCE ne s'occupe toujours pas des Etats et la gestion externe de la valeur de la monnaie échappe à tout le monde. 

Quant au nouveau candidat Sarkozy  à part crier Vive l'Euro, vive la BCE et vive les changes flottants que peut-il dire ? La question de la gestion de la zone monétaire unique est posée. Sauf dans le débat présidentiel, sinon, jusqu'ici, par des candidats marginaux. Celle du système monétaire international ne l'est par personne. C'est encore plus simple. Et on s'étonnera que la crise dure !  

Reste la France.

Nicolas Sarkozy aurait pu et du prendre dans le domaine fiscal les mesures qu'au fond tout le monde attendait de lui et qui n'auraient pas générer plus de criailleries que celles qu'il a du entendre.

Il fallait :

- faire la paix avec les entrepreneurs et les Français fortunés en :

               - supprimant l'ISF, en le remplaçant "franc pour franc" par une ou plusieurs tranches surtaxée de l'Impôt sur le revenu.

               - faisant revenir en France les capitaux qui avaient fui depuis 1981 grâce à une très large amnistie et une taxation non spoliatrice (on attire pas les mouches avec du vinaigre), le terrain étant dès lors clarifié pour permettre à la, Suisse et d'autres paradis fiscaux de sortir dans l'honneur de leur secret bancaire abusif.  

Au total le trésor s'y serait retrouvé et le terrain du financement de l'entreprise aurait été nettoyé.

En matière de compétitivité il fallait :

- Transférer sur la TVA l'essentiel des charges sociales (autres que celles correspondant à un revenu différé), le solde étant prélevé sur les revenus de l'épargne directement ou via la CSG.

Il ne fallait évidemment pas diminuer aussi drastiquement la TVA sur la restauration ni détaxer les heures supplémentaires, deux mesures absurdes qui n'ont pas eu d'effets significatifs sinon celui d'accroitre la dette, avec un solde nul en matière de chômage.

Le pari de "ne pas augmenter les impôts" était, avec la crise, une gageure. On le fera hypocritement via des dizaines de taxes nouvelles, en associant la réforme du RMI avec une création d'un impôt nouveau sur les recettes des placements (3.5 milliards d'Euros de recettes annuelles !),  et en 2011 on finira par  lâcher tout avec des hausses directes de TVA et de l'impôt sur le revenu.

Au final lorsque les comptes de 2012 seront définitifs, on constatera que le taux de prélèvement n'aura pas diminué d'un poil de pourcent et qu'on a retrouvé les hauteurs phénoménales et intenables de 2000.

Le quinquennat fiscal de Nicolas Sarkozy aura été d'abord un leurre puis un échec cuisant.

Côté dépenses, le bilan de sa gestion n'est guère plus favorable.

Au lieu d'attaquer les abus et les inconséquences à la hache d'abordage, on a opté pour la RGPP. Nous avons écrit dès le premier jour que c'était insuffisant. Cinq ans après on voit bien que même s'il y a eu des économies, même si des tabous sont tombés, comme celui de la réduction des effectifs publics, on n'a pratiquement rien gagné.

La machine à arroser a fonctionné à plein dès la première demande. Les marins souffrent ? Arrosons. Les journaux souffrent ? Arrosons. Etc. La dépense publique est toujours à 56% du PIB, ce qui est extravagant. Elle dépasse toujours la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand. Même avec une TVA à 100% on ne couvrirait pas les dépenses !

Quant aux grandes réformes, on voit qu'elles ont toutes été des demi mesures.

Oui il fallait unifier les conditions de retraites. On l'a fait à moitié en alignant celles des anciennes sociétés nationales sur la fonction publique qui elle-même a perdu quelques privilèges particulièrement douteux.  Mais pourquoi n'a-t-on pas unifié réellement toutes les conditions ? Pourquoi conserver des privilèges pour les personnels non exposé à la compétition mondiale ? Les accords partiels obtenus ont de toute façon été l'occasion de marchandages occultes qui ont parfois aggravé les coûts !

Oui il fallait retarder l'âge de départ à la retraite ou tout du moins le nombre d'annuités pour partir en année pleine. Mais pourquoi avoir frémi : il fallait aller à 67 ans dès le départ pour tous.

Sur les 35 heures que de palinodies ! Il fallait revenir à 40 heures immédiatement surtout dans le secteur hospitalier.  Au lieu de cela !

Pour le reste des dizaines de réformettes ont été faites qui ont eu un effet très limité, souvent du fait des conditions de leur négociation. La réforme de la carte judiciaire a fait droit à tellement de demandes qu'elle coûte probablement plus cher que le système précédent.

Quant aux grands abus, on s'est bien gardé de les attaquer de front (dockers, ouvriers du livre, intermittents du spectacle, absentéisme monstrueux dépassant 30% dans certains organismes publics ou administratifs, comme à la Direction du Patrimoine…).

Le refus de mettre un terme à la gabegie dans les finances des collectivités locales qui se sont livrées, l'exemple de Paris étant le plus délirant, à des recrutements inutiles et souvent maquereautés, et à des dépenses sans rapport avec la croissance du pays, est également une faute impardonnable. On dira que les textes ne le permettaient pas. Et bien il fallait proposer de nouveaux textes.

Au terme du quinquennat de Nicolas Sarkozy la France se retrouve Gros Jean comme devant. La réforme fiscale reste à faire ; le dégonflement de la dépense publique reste à lancer sur des bases sérieuses ; l'élimination des abus les plus manifestes est toujours dans les limbes ; les réformes à moitié faites restent à finir.

On dira que ce faisant les deux gouvernements Fillon ont évité une récession qu'une politique à la Cameron aurait rendu quasi certaine dans le contexte général de crise. Ce n'est qu'à moitié vrai. On aurait pu aller beaucoup plus loin dans la réduction des dépenses publiques qu'on ne l'a fait sans que cela ne se ressente en négatif sur la croissance très faible que l'on a connue et dont une trop grande partie est le seul fruit d'un accroissement de la dette.

Que conclure ?

Ces cinq années n'ont pas été totalement perdue pour la France. Les erreurs "actives" de Sarkozy sont toutes réversibles sans grands dommages et ont commencé à être corrigées. La crise a eu sa pédagogie : la dépense publique a tout va c'est fini. Il faudra bien persister dans les réformes.

La France a été en fait gérée avec douceur, surtout à partir de 2009. L'essentiel de l'action gouvernementale a visé à calmer la panique et à permettre de surmonter sans trop de casse les effets successifs de la crise.  On a préservé les banques et l'épargne globale des Français. On a évité des paniques pires.  On a maintenu par la dette un niveau d'emploi bas mais pas plus bas que d'habitude malgré la sévérité de la crise (on avait dépassé les 10% en 93). Les transferts sociaux n'ont pas été touchés.  Les salaires ont été maintenus.

Ces résultats sont notables mais largement artificiels et intenables car trop liés à l'emprunt et à la dette et pas assez fondé sur l'activité fondamentale des entreprises et de leur compétitivité.

Intellectuellement et pratiquement les défauts du système monétaire européen et du système monétaire international ne sont pas en voie de réforme ni même malheureusement en voie d'être compris.  Les blocages intellectuels demeurent.

Le navrant constat est qu'en 2012 les mêmes questions qui étaient posées à la France, à l'Europe et au monde en 2006 le restent à peu près dans des  conditions aggravées par la crise.

On a vu que le programme de M. Hollande n'abordait aucune de ces questions. L'organisation de l'Euroland ? Connait pas. La réforme du système monétaire international ? C'est quoi cela ?  Réduire les dépenses publiques ? Non ! Réformer là où c'est le plus criant ? Pas du tout. Revenir à une fiscalité efficace, rationnelle et favorable à l'emploi ? Jamais ! C'est presque pire que Ségolène Royal.

On verra celui du candidat Sarkozy. Mais honnêtement, si on commence par un referendum pour contraindre les chômeurs à suivre une formation,  on peut se tapoter le menton.

Les Français sont certainement très malins, mais la France, décidemment est mal partie (comme l'Europe d'ailleurs et un monde dominé par les changes flottants et la guerre des monnaies).



L'explosion de la "pensée magique"

Les campagnes électorales sont ainsi faites. Les arguments les plus irrationnels sont employés sans pudeur. Qu'on affirme n'importe quoi pendant ces bacchanales n'a pas d'importance sauf si on constate qu'un argument erroné se fixe dans l'esprit public  et  risque de polluer longtemps l'action publique et de bloquer indéfiniment  des solutions utiles.

On l'a vu avec l'ISF, mesure stupide, qu'on n'a jamais osé supprimer depuis 25 ans.

On l'a vu avec les 35 heures, mesure stupide, qu'on a jamais réussi à supprimer depuis 15 ans.


Dans le passé on avait eu le blocage des prix, mesure stupide qui a duré des décennies avant d'être supprimée, on espère sans espoir de retour, le blocage des loyers, l'autorisation administrative de licenciement etc.

A chaque fois on bloque, on confisque, et la mesure se retourne contre tous par un effet pervers imprévu.

Ou alors on lâche des libéralités qu'on ne parvient plus à contrôler : intermittents du spectacle, RMI, gratuité du petit risque  etc.

L'intérêt général passe par des idées justes. 


On dira : où serait le plaisir de la démocratie, la loi du plus grand nombre, si le plus grand nombre ne pouvait pas se faire plaisir sur le dos du plus petit nombre, en particulier la tranche des plus fortunés ?

On aurait raison.

La démocratie réussie reste l'art de ne pas tuer la poule aux oeufs d'or et de ne pas faire mal au plus grand nombre en essayant de nuire à des minorités.  Ce qui suppose un minimum de réflexion collective.  Puisque le terme de populisme revient à la mode, tentons cette définition : en démocratie le populisme est l'attitude qui consiste à faire croire au plus grand nombre qu'il tirera un bénéfice durable des exactions menées contre une minorité ou que des gratuités non finançables pourront être indéfiniment multipliées sur le dos des autres .

 
S'il était possible de tirer un bénéfice durable des exactions commises contre des minorités, il y a longtemps qu'il n'y aurait plus de minorités.  Les régimes qui s'y sont essayés s'en sont tous mal trouvés.

Notons que le concept de corps social qui implique qu'une société forme un tout et qu'il est peu expédient pour le bras de s'en prendre au pied, pour l'estomac de s'en prendre au coeur, à la colonne vertébrale de s'en prendre au cerveau, ou toute combinaison qu'on voudra,  est tout sauf récent.  Les maladies les plus graves de la démocratie sont toujours "auto-immunes".

Une conception veut qu'au fond tout est permis en période électorale et que l'élu, en général  en France un énarque, sera raisonnable une fois au pouvoir, le haut fonctionnaire étant par nature soucieux au plus haut point et lui seul de l'intérêt général. En gros : les propos attrape-couillons n'engagent que ceux qui croient. Ils ne sont pas graves pendant les campagnes électorales car on sait que ceux qui y ont cru seront de magnifiques cocus.  Tous les ethnologues savent que les sociétés les plus corsetées  ont besoin de soupape où tout ou presque est permis. Un court instant.

Permettre à la bêtise et à la violence de s'échapper, après tout pourquoi pas ?  On connait cette île où coexistent depuis la nuit des temps deux tribus en détestation permanente. Une fois par an la guerre est déclarée. Et s'arrête au premier mort, la famille du mort étant prise en charge à vie par la communauté après de très belles fêtes, fort émouvantes.

Oui mais voilà : la gueule de bois suit la fête et comme nous l'avons vu bien des mesures absolument contraires au bien commun ont été prises qu'il a été très difficile de supprimer.  Ces mesures soit proposent de fausses solutions qui se retournent contre leurs bénéficaires théoriques, soit bloquent des solutions qu'il aurait fallu prendre absolument mais qui sont devenues tabous dans l'imaginaire politique.

Serait-il donc donc du devoir des experts d'alerter sur les erreurs qui se retrourneront contre leurs auteurs même en période électorale, même si le risque est alors d'entrer dans des polémiques sans fin ?

Finalement, et à regret, nous ne le pensons pas.  Il faut laisser à la pensée magique et aux passions diverses  l'occasion de se déchaîner.  Les discours  sur la tempérance n'ont pas de sens lors des fêtes de Bacchus.

Cette élection est bien partie pour être un grand cru  question exaltation de la sottise. Haro sur les riches, haro sur la finance, haro sur l'Europe, haro sur les immigrés,  haro sur les fonctionnaires ! Et tout cette hargne et ces mauvais sentiments fonderont des opinions pour lesquelles un simple coup de doigt règlera toutes les difficultés pourvu qu'il fasse du tort à quelqu'un d'autre.
Les Français se sont largement mis dans la nasse eux-mêmes. On voit qu'ils sont strictement incapables d'annuler les mesures  qui les y ont précipités ou d'envisager celles qui leur permettraient d'en sortir. 

Mais les plus grosses difficultés sont extérieures : défauts de construction de la zone Euro,  système délétère des changes flottants.  Leur faiblesse leur interdit tout langage ferme dans le concert des nations pour faire changer les choses.  Ils n'ont d'ailleurs aucune idée des mesures qu'il faudrait prendre.

Ils ne sont pas responsables de la crise européenne et mondiale. Mais rarement les a-t-on vu si peu aptes à affronter la tempêt

e, compte tenu de l'épaisseur des semelles de plomb dont ils se sont affublés.
Rappelons que lors de la crise de 1929 c'est la France qui a payé le coût le plus élevé à la crise : la récession lui a coûté autant que la guerre de 14-18  et sa place de première puissance mondiale (qui se rappelle aujourd'hui du rang qui fut celui de la France ?).  Si le Français, né malin comme chacun sait, ne comprend pas qu'il ne peut pas aujourd'hui sombrer dans le populisme et la pensée magique, alors il finira de sortir de l'histoire.

Par la petite porte.  La porte grecque. 

A moins qu'on ne mérite un Chavez qui lui achète directement l'électeur. 

Après tout, au point où on en est.



L'effondrement du Baltic dry index

Le Baltic dry index qui donne le coût du frêt est passé d'un plus haut de 12800 à 647, soit une baisse de 95%.

La reprise qui s'annonçait a été cassée et désormais tout est à l'arrêt côté commerce international. 

On dira : l'index n'a plus de valeur. La production massive de "freighters" en décalage avec la conjoncture a créé un marché du frêt en crise de surproduction de moyens de transport. Les cours ont de ce fait cessé d'être significatifs.

Nous pensons que cette explication est fausse. Il a bien arrêt du commerce mondial. Cet arrêt est l'explication majeure de l'effondrement de l'indice. Les difficultés du transport maritimes se retrouvent dans le transport par avion. Les compagnies fragiles font faillite les unes après les autres.  Le blocage de la croissance dans les pays en développement en Afrique et en Amérique du sud n'est pas un mythe.

Comme en automne 2008, le commerce international est bloqué par les différentes incertitudes financières et la rétractation des politiques des Etats, y compris celle que l'on constate en Chine.

Tous ceux qui croyaient trouver de la croissance dans les pays en rattrapage sont obligés de tourner les yeux vers les Etats-Unis. Une légère reprise y a lieu. Mais elle est financée à nouveau par des déficits extérieurs et intérieurs.

Les schémas déflationnistes, l'absence de réelle coopération internationale, le désordre des changes flottants, ont bloqué la reprise modiale des affaires.

La masse des dettes accumulées dont chacun sait qu'elle n'est pas totalement remboursable pèse sur tous les marchés.

La machine s'arrête.   



Un vent mauvais électoral en France

Un mauvais vent souffle sur les élections présidentielles françaises

La crise économique date de la fin juillet 2007 avec le blocage du marché interbancaire et la prise de conscience progressive que toutes les banques et d'une manière générale tout le système financier mondial portaient un niveau de dettes sans rapport avec le niveau PIB mondialni avec sa croissance.  L'endettement global des pays occidentaux était passé de 200 puis 300 et enfin 400% du PIB. Ces taux sont incompatibles avec un remboursement assuré. La crise de liquidité cachait une énorme crise de solvabilité. Celle-ci éclata avec la faillite de Lehman Brothers. Le blocage bancaire entraînera un "credit crunch" phénoménal et la plus grosse récession depuis 1929. La récession à son tour mettra les Etats en déficits massifs générant massivement de la dette publique par transfert partiel des dettes bancaires vers le contribuable, par application de plans de relance et par le jeu des pertes de recettes.

La solvabilité des  Etats s'est retrouvée en première ligne, accusant la différence entre ceux qui disposaient d'un soutien de leur banque centrale  et ceux, notamment tous ceux de la zone Euro, qui n'en disposaient pas. Les premiers ont fait tourné la planche à billets à haute dose pour se refinancer. Les autres se sont trouvés bien dépourvu. La seule solution pour eux était la déflation et éventuellement la faillite, selon la force de leur économie, le niveau de leurs dépenses publiques et la structure de leur endettement.

Pendant ce temps là le commerce international devenait totalement chaotique et dépendait uniquement des spasmes des politiques publiques de la Chine et des Etats Unis.

En dépit des plans de relance engagés en 2009-2010 aucune reprise durable n'est parvenue à s'enclencher.

Le cas de la France est emblématique. Pendant toute l'après-guerre elle a choisi de faire porter sur la production l'essentiel des impositions. A partir de 74 elle se met à accroître massivement ses dépenses publiques et ses prélèvements. Elle fait grimper à toute vitesse ses minima sociaux notamment le SMIC. Le septennat de M. Giscard sera essentiellement un septennat fiscal avec une telle hausse de la dépense publique que l'endettement public décolle. La folie du "programme commun de gouvernement" proposé par l'union des gauches communistes et socialistes casse la croissance française. Il n'y aura plus de croissance forte en France qu'associée à des périodes de hausse encore plus forte de la conjoncture internationale (à peine 4 ans sur trente ans). Les entrepreneurs se voient prélever entre 75 et 100% de leur revenu. Les fortunes commencent à quitter le pays. L'investissement s'effondre.

Les élites socialistes décident néanmoins  d'accepter la compétition mondiale et se rallient à la mondialisation financière et commerciale proposée par les pays anglo-saxons et  l'Europe. Les exigences déflationnistes de la construction de l'Euro, la dislocation du bloc communiste, la conversion de la Chine et de l'Inde à l'économie de marché, provoquent des mouvements contradictoires mais qui, tous, touchent la France.

La France a cessé d'être compétitive en Europe. Elle ne l'est plus du tout dans le monde. Son industrie est entravée. Son Etat est grossièrement dilaté et dépense près de 56% du PIB, PIB qui comprend pour partie les dépenses du secteur public ! En fait l'Etat français dépense plus que la valeur ajoutée de son secteur marchand…une totale folie. 

Après trente ans d'errances de ce genre, les résultats sont là :

- le chômage est devenu structurel et il manque près de 10 millions d'emplois salariés en France. Dix millions ! 

- L'industrie perd des centaines de milliers d'emplois depuis 2000 et les lois Aubry.

- Les entreprises françaises sont absentes de la plupart des nouveaux marchés. Un capitalisme sans capitaux et bientôt sans entrepreneurs ne peut pas triompher !

- Le commerce extérieur français s'embourbe. Les parts de marché à l'international régressent constamment.

Dès la fin des années 90 les grands choix de la France sont connus :

- il faut réduire de 10 points de PIB la dépense publique

- il faut transférer les impositions de l'entreprise vers la consommation.

- il faut mettre fin à des "cadeaux sociaux" gagés sur rien : augmentation de la durée du travail et abandon de la mesure folle des trente cinq heures ; retraite à 67 ans ;  suppression des privilèges aberrants de la fonction publique et de certaines catégories de la population (intermittents du spectacle, salariés d'EDF, de la SNCF, de la RATP, des chantiers navals, dockers, ouvriers du livre,  parlementaires, fonctionnaires, personnels excessifs des collectivités locales, …).

- il faut arrêter d'"arroser" de subventions tous les secteurs économiques : presse, spectacle, agriculture, pêche, transport, énergie, etc. 

Il le faut d'autant plus que ces réformes sont faites à l'étranger notamment à l'intérieur de la zone Euro, par exemple  en Allemagne confrontée à l'intégration de la partie orientale a été ruinée par quelques décennies de communisme.

Après que le gouvernement Jospin ait achevé de bloquer l'économie française, le gouvernement Chirac pratique le "ni ni".  Nicolas Sarkozy est élu sur la promesse de la rupture. Il ne l'a fait pas. La crise est là.  La dégringolade commence, symbolisée par la perte du triple AAA par une agence de notation, la mise en remorque de la France derrière l'Allemagne, la prise de conscience qu'une évolution à la grecque est possible en France. 

Et voici venir des élections présidentielles essentielles. 

Les Français et la France ont-ils compris ce qui leur arrive ?

Le slogan des socialistes est clair : on fera payer la crise aux riches. Un mouvement de fuite des classes possédantes se déclenche, de la même ampleur qu'en 1981. Ces familles ont fait leur calcul : ils paient entre 75 et 100% d'impôts. On veut leur prendre environ  10 points de plus. Cela les laissera avec entre 15% et -15%  de ce qu'ils gagnent.  Ils partent. Normal.

De toute façon ils savent que Nicolas Sarkozy n'a même pas eu le courage élémentaire de supprimer l'ISF et les 35 heures,  de mettre au pas les collectivités locales, ni de mettre fin autrement que par des mesures d'apparence, aux excès de la gestion publique.  Ils savent que la phraséologie de gauche lui sied dès qu'il est en besoin de recettes fiscales. Présenté comme "le président des riches" il est devenu le président méprisé des riches tout en restant méprisé à gauche pour son style et les aberrations "bling bling" de son début de quinquennat.

Quels sont les thèmes électoraux  qui se dégagent ? 

- "Produire français".  Ce slogan est vide de sens dans un monde où la sous-traitance est généralisée et où les composants de la plupart des produits proviennent en majorité de l'étranger, européen ou extra européen. Bien sûr il faut égaliser la compétition en évitant de charger notre production de contraintes tout en acceptant qu'elle soit concurrencée par des produits qui ne respectent pas ces contraintes. Bien sûr il faut mettre fin aux baisses volontaires de devises de pays concurrents, bien plus anticoncurrentielles que les écarts de coûts de production.  Mais le protectionniste n'est pas la solution. Il porte atteinte au moteur de notre future croissance. Ce sont nos entreprises capables d'affronter le monde qui seraient pénalisées dans l'espoir insensé de sauver nos industries dépassées. Une folie absolue.

- "Sortir de l'Euro". Ce slogan est tout aussi  vide de sens. Au point où on en est il est impossible de revenir à un Franc gaulois sans faire défaut sur toutes nos dettes en Euros et en devises étrangères. Faire faillite n'est pas le solution. Tout du moins pas encore. Il y a d'autres voies. La première est évidemment la réforme de l'Euroland et des mécanismes de l'Union Européenne. Elle doit être associée à une action  vigoureuse de l'Union pour la réforme du système monétaire international.

La France malthusienne, cartellisée, assommée de prélèvements, envahie par la dépense publique, et incapable de se réformer, est mal partie.

Croire qu'elle va s'en sortir en "faisant payer la finance" ou "en faisant payer les riches", ou en sortant de l'Euro, ou en mettant en place un protectionnisme fort, est une illusion.

Si l'élection présidentielle conforte ces illusions La France est sur le chemin de la décrépitude et de la marginalisation définitive.

On dit : la France ne voudra pas de Margaret Thatcher ! La France n'a pas besoin d'homme providentiel ! La France n'a pas besoin de croquemitaine !

On veut dire : pitié monsieur le bourreau encore un instant avant le grand saut.

Ce sont des pleurnicheries grotesques.

Il faut retrouver un avenir, disposer d'un horizon. On sait ce qu'il faut faire. Il suffit d'avoir le courage de le faire.

Mais oui il faut casser les reins aux dockers qui ruinent consciencieusement nos ports depuis des décennies. Et alors ?

Mais oui il faut supprimer toutes les subventions à la presse et casser les reins aux ouvriers du livre. Et alors ?

Mais oui il faut contrôler la dépense publique dans les régions et les collectivités locales. Et alors ? 

Mais oui il faut que la croissance des recettes  publiques soit strictement limitées à celle de l'économie, en tenant compte du cycle économique. Et alors ?

Mais oui il faut que l'âge de la retraite pour tous, dans un cadre unifié, soit portée à 67 ans. Et alors ?

Mais oui il faut supprimer la couverture publique du petit risque. Et alors ?

Mais oui il faut réduire le nombre de députés, de sénateurs, de conseillers régionaux, de conseillers départementaux, de conseillers municipaux. Et alors ?

Mais oui il faut revenir au 40 heures. Et alors ?

Mais oui il faut renoncer à subventionner aussi massivement le secteur de la culture et mettre fin au statut des intermittents du spectacle. Et alors ?

Mais oui il faut réformer les subventions agricoles. Et alors ?

Mais oui il faut fiscaliser les recettes des comités d'entreprise et contrôler leurs dépenses. Et alors ?

Mais oui il faut transférer sur la consommation les prélèvements qui touchent la production. Et alors ?

Mais oui  il faut renoncer à mille subventions tout en fusionnant mille autres afin de les réduire et de les contrôler plutôt que de les accumuler. Et alors ?

Mais oui il faut supprimer l'échelon du département. Et alors ?

Mais oui il faut provoquer un choc fiscal en supprimant l'ISF en contrepartie d'une hausse temporaire de l'IR et en garantissant les Français susceptibles d'investir qu'ils pourront le faire sans être tués fiscalement. Et alors ?

Mais oui il faut mettre fin au RMI et au RSA et revenir à un système de palettes de subventions temporaires gérées au plus près des besoins. Et alors?

Mais oui il faut réduire les charges pesant sur les entreprises en évitant de les transférer sur la dette. Et alors ?

Laisser croire  qu'on pourra conserver toutes ces anomalies, pour certaines honteuses, en taxant la finance,  en ruinant les riches, en quittant l'Euro et en élevant des frontières commerciales est une mauvaise action contre la France.

La rupture avec les anomalies est indispensable. Désintoxiquer la France et les Français des subventions est crucial. Oui il faut une rupture ciblée, sinon c'est une rupture globale qui se produira, nous laissant dans une situation de pure ruine.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



Le programme de M. Hollande

Comme toujours le programme d'un candidat socialiste à la présidence de la république contient :

- la dénonciation d'un bouc émissaire : ici c'est "la finance", vocable suffisamment lâche pour ne fâcher personne individuellement. Comme en France la finance est essentiellement entre les mains des hauts fonctionnaires et d'anciennes entreprises d'état vivant en concubinage avec lui, cela risque d'être drôle. Il faut traduire : on va frapper l'épargne et les retraités.

- la sanction contre les vilains riches : on va à la fois augmenter l'ISF et la tranche haute de l'IR. Les 200.000 familes concernées apprécieront. La fiscalité des placements sera alignée sur l'IR. Le tout représente une perte de revenu disponible pour cette transche de population, déjà taxée entre 80 et 90%, d'environ 10% soit la moitié du revenu disponible. Les départs sans  fanfare vers l'étranger ne peuvent que reprendre puisqu'en sus il n'y a plus de "bouclier fiscal" ni de niches. On va donc droit vers l'existence à nouveau d'une dizaine de milliers de personnes frappées à plus de 100% sur leur revenu. 

- quelques cadeaux ciblés à la clientèle. On abandonne la RGPP, pourtant si molassonne, pour ne pas indisposer les fonctionnaires.  On augmente le nombre des enseignants, clientèle de base du PS. On joue avec le Livret A pour faire cadeau de quelque chose à l'épargnant qu'on accable par ailleurs.  On augmente la dette garantie par l'état, ce qui est de circonstance. Quand on sait qu'actuellement le Livret A ne rapporte rien et même perd vis à vis de l'inflation, les pauvres sont sûrement super heureux.On remet à 60 ans le départ à la retraite des cotisants ayant commencé jeunes. On frappe les communes qui ne font pas assez de logements sociaux. On crée des emplois jeunes par dizaines de milliers.

On se demande où est passée la crise.

Non pas que toutes les mesures soient intrinséquement mauvaises.

Oui il fallait augmenter provisoirement la tranche haute de l'IR mais en contrepartie de la suppression de l'ISF. Euro pour Euro. Et en créant une tranche à 50% au delà de 500.000 Euros.

Oui il faut séparer l'activité pour compte propre des banques et la gestion des dépôts. D'une façon générale il faut mettre fin au modèle de banque universelle qui débouche sur la multiplication des conflits d'intérêts.  Mais faire des financiers des boucs émissaires n'a pas de sens. Ce ne sont pas les "financiers" français qui sont à l'origine de la crise actuelle.

Non on ne peut pas accepter de ne rien réformer ni de ne rien trancher à la hâche dans les dépenses publiques nationales et régionales.  Le retour du ni-ni est décourageant.  On regonfle l'état au moment où on devrait le dégonfler.

Si on considère les priorités affichées depuis des lustres par notre Cercle, le dégonflement de l'Etat, la réforme des institutions européennes, le retour à un cadre fixe des changes, il n'y a exactement rien dans le programme de M. Hollande en ce sens.

Attendons le programme du candidat de la droite. On verra sans doute que sur ces mêmes critères les mesures concrètes seront faibles voir inexistantes.

Pendant ce temps la crise continue. La dette grecque, problèmatique depuis 2009, en crise ouverte depuis 2010, sans solution en 2011, bouillonne dans l'arrière salle.  Encore un effort et le "hair cut" sera de 100%, quelques milliards piqués aux épargnants français, auxquels s'ajouteront les mesures Hollande s'il est élu. La dette française continue à augmenter, merci ! La récession avance majestueusement. On va frapper les épargnants qui auraient pu refinancer la dette et financer un plan de sortie de récession.

Tout cela est parfaitement incohérent.

Est-il si difficile d'exiger des politiques un peu de respect pour les habitants et les citoyens, un peu de clairvoyance économique, et même tout simplement un peu de raison ?

Dette : deux mots à Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro.

Les lecteurs du Figaro connaisse bien Ivan Rioufol ainsi que les spectateurs des diverses chaînes de débats télévisés de la TNT (télévision numérique terrestre). Cet éditorialiste aime bien fustiger les politiques. Il n'aime pas leur "droit de l'hommisme", leur "politiquement correct", leur trop grand souci vis-à-vis des immigrants, leur incapacité à voir les dangers de l'islamisme, leur peu d'ardeur à identifier les vrais problèmes de la société et à les corriger. Pour lui les Français sont des "citoyens abandonnés" par les vilaines élites politiques mondialisées. Zemmour-Rioufol même combat !

Dans son éditorial du 20 janvier 2011 il s'en prend violemment aux politiques à qui "il reste à affronter leurs erreurs passées" en matière de libéralités diverses qui ont conduit à un endettement suffocant. C'est un thème que nous explorons si souvent que nous ne saurions lui en faire grief.  La charité publique sans limite avec l'argent des autres qu'il soit prélevé ou emprunter a bien  mis la France dans une situation impossible.

Nous aimerions même qu'Ivan Rioufol et ses amis du Figaro aillent plus loin : qu'ils comparent sur les quarante années passées la croissance de la valeur ajoutée des entreprises privées et celles des dépenses publiques. Ils verraient que nous en sommes arrivés au point où la dépense publique dépasse la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand privé !  Cela veut dire que même si les entreprises cessaient d'amortir leurs machines, les salariés de toucher leurs salaires, les capitalistes de toucher leurs profits, et donnaient tut à l'état, absolument tout, cela ne suffirait pas à payer les dépenses publiques.

Il est sûr qu'on est dans le mur et que pour en sortir il n'y a qu'une solution : diminuer drastiquement la dépense publique. Le dernier plan Fillon qui propose 10% de réduction de dépenses publiques contre 90% d'augmentation d'impôts n'est visiblement pas dans le bon axe. Il est vrai que  Le Figaro malgré son optique pro gouvernementale l'a remarqué.

Il faut bien à la France la "kartoffelkur" que les Danois ont réalisé, après les Canadiens, les Suédois, les Néozélandais, et même les Allemands dans une certaine mesure.  Pendant près de 20 ans ces succès ont été totalement passés sous silence  dans la presse nationale quotidienne. Qu'ils viennent aujourd'hui à la surface de leurs pages, bravo ! Ils n'avaient aucune vocation à rester dans la seule blogosphère.

Vous avez raison M. Rioufol. Il serait absurde pour les politiques  des partis de gouvernement de  "faire taire les enquiquineurs à calculette".  Nous en sommes ! Dénoncer publiquement les "vérités interdites" est une excellente initiative.
Nous avons décidé de vous y aider en abordant un aspect qui vous intéresse et que vous n'avez pas encore traité, sans doute par simple oubli : les subventions à la presse.  Ces subventions sont vertigineuses par leur nombre, leur ampleur, leur croissance. Elles ont largement contribué à la dérive de la dépense publique  et de la dette que vous dénoncez de façon si juste.  Le président Sarkozy, en dépit de sa volonté de rupture et M. Fillon son premier Ministre, malgré l'état de faillite qu'il avait diagnostiqué, n'ont pas remis en cause ces libéralités. Au contraire ils ont massivement activé la "pompe à phynances" pour vous gorger de subventions.

Il n'y a pas un seul acteur de la vie d'un journal, qu'il s'agisse de ses propriétaires, de ses journalistes, de ses ouvriers, de ses distributeurs, de ses supports qui ne soit grassement subventionné.

Pourtant lorsqu'on regarde le capital des grands journaux on ne voit guère la justification de ces libéralités. Le Figaro est détenu par M. Serge Dassault, très estimable milliardaire, vivant encore largement en symbiose avec l'Etat. Le Monde est entre les mains de M. Lagardère dont la fortune s'est constituée également dans les canons et la connivence publique et d'un trio de milliardaires moins marqués dans les armes mais tout aussi milliardaires. M. Xavier Néel a fait fortune dans les messageries pornographiques  et le Minitel, la plus belle innovation technocratique française, avant d'investir dans le téléphone et désormais Internet. M. Bergé est un socialiste milliardaire anciennement spécialisé dans l'exploitation et la promotion des grands talents artistiques comme MM. Bernard Buffet et Yves  Saint-Laurent. M. Pigasse est un candidat milliardaire façon Lazard, avec tonalité Rocker. Libération est amicalement soutenu par un Rothschild  peu connu pour son manque de moyens. Le Nouvel Obs est entre les mains d'un milliardaire discret mais puissant, Claude Perdriel. L'arrivée de Mitterrand lui a permis de racheté le Vivier, cette belle propriété qui a servi à tourner le film Le Président avec Jean Gabin et dont la valeur aujourd'hui doit tourner autour de 10 millions d'Euros. On pourrait continuer ad libitum avec les autres magazines (Marianne, …) et la presse régionale (Jean Michel Baylet, le fameux "veau élevé sous sa mère", et son groupe politico capitaliste de la Dépêche), dont aucun des propriétaires n'est spécialement pauvre. Les saga Amaury ou Hersant, le "papivore", prouvent qu'on a pu encore faire fortune en partant de rien dans le domaine de la presse.  Pourquoi des subventions ?

L'observation des rémunérations des journalistes n'inspire guère plus de pitié. Le temps du journaliste famélique est terminé depuis longtemps. Le recrutement ne se fait plus dans les rangs anciennement innombrables des non-titulaires du Baccalauréat et des farceurs à belles plumes.  Sortir de "Normale Sup" est désormais de mise pour diriger une rédaction que ce soit de la variante Saint Cloud pour Nicolas Demorand ou Sèvres pour Christophe Barbier.  Les meilleurs éditorialistes ou chroniqueurs ont rapidement compris les énormes possibilité du multimédia et du "vu à la télé".  On voit leur "bobine" partout. Leurs livres sont partout en devanture des librairies.  L'exemple d'Alain Duhamel participant allègrement aux médias écrits (livres et un nombre étonnant de journaux en province, radios, télévision) a été suivi par pratiquement tout le monde, y compris les belles plumes du Figaro. Où ne voit-on pas Yves Thréard ? Le succès poly médiatique récent  d'un Eric Zemmour est tout à fait spectaculaire. Vous-mêmes M. Rioufol… Rassurez vous, nous ne visons pas le Figaro spécialement  : ce fut pareil pour le Monde  et les fortunes de Jean Marie Colombani ou de son mauvais diable, aujourd'hui à Médiapart, Edwy Plenel,  sont là pour le confirmer.

Cet enrichissement est une excellente chose. Il est du largement aux talents des journalistes concernés. Mais en quoi justifie-t-il que ces activités soient subventionnées par l'Etat et les revenus des journalistes détaxés, ces avantages étant payés notamment par les pauvres qui paient la TVA?

On pourrait dire la même chose des non journalistes travaillant pour les journaux. Les ouvriers du livre sont une catégorie de salariés particulièrement chouchoutée avec un temps de travail très réduit, parfois nul, des avantages innombrables et des salaires souvent mirobolants. Les propriétaires des journaux ont choisi de pactiser avec le Syndicat du Livre en s'entendant sur le dos des contribuables pour faire financer une partie de leurs abus par l'impôt.
Un seul propriétaire s'est révolté contre les abus du Livre CGT :  Emilien Amaury, il y a bien longtemps.  Il n'a pas été soutenu et au contraire condamné par tous les autres propriétaires,. Son combat a sans doute un lien avec sa mort. Le Parisien aura le lendemain de son décès ce titre éloquent : "le cheval d'Emilien Amaury sort indemne d'un accident".  Rappelons que la CGT fera de ce combat une bagarre de chiffonniers allant jusqu'à la mort d'autres hommes.  Le courage d'Amaury aura été bien solitaire.

On pourrait légitimement penser que parmi les erreurs passées des gouvernements successifs vous alliez dénoncer, M. Rioufol, cette abondance de subventions aussi  massives que dénuées de justification.  On attendait des articles vengeurs avec des titres comme : "Non l'état n'a pas à payer pour les riches quand ils sont propriétaires de journaux" ; "Non ce n'est pas à l'état de payer la conversion au numérique de la presse", "Non ce n'est pas à l'état de nous aider à financer les contrats fous que nous avons passé avec les ouvriers du livre", "Nous ne voulons plus de subventions à la distribution des journaux",  etc.  Vous auriez pu tenir au moins un an avec un philippique de ce genre chaque semaine.

Mais là, rien. Le silence complet. On regarde ailleurs en sifflotant. "Les pratiques frauduleuses à la limite de la voyoucratie" des Ouvriers du Livre ne méritent pas d'être aérées dans votre éditorial. Le "frein à la modernisation libérale du pays" que constituent les impôts versés aux journalistes et aux  propriétaires de journaux n'existe pas. Serait-ce une de ces "vérités interdites" ?

La cohérence voudrait que vous auto-dénonciez les subventions et avantages publics qui baignent votre activité. Mais vous ne le faites pas M. Rioufol. Partout dans la presse ou dans les médias radio télévisés on n'entend parler que de la spécificité de la culture, qui doit être massivement aidée, de la fragilité des journaux, qui doit être compensée par l'impôt, pour que le débat public ait lieu. La collectivité des journalistes considère que l'Etat doit avoir une politique de soutien "à la démocratie", c'est-à-dire à eux.  Les journaux ont un "droit à" la subvention publique sans limite.  Leur pouvoir de nuisance  est très bien compris par les politiques qui de tout temps et en particulier dans la période récente de surendettement des Etats ont multiplié les arrosages fiscalisés ou pris directement sur la dette.

L'endettement de la France provient pour partie de l'acharnement des journalistes et des propriétaires de journaux à obtenir des subventions et des avantages.  La désintoxication générale passe aussi par le démantèlement de tous ces dispositifs.

On s'attend d'ailleurs à ce que le Figaro commence une campagne en ce sens dès lundi prochain. Merci de vous atteler Monsieur Ivan Rioufol à l'éradication de  ce compartiment du "modèle français" dont vous dénoncez si bien les autres composantes. Nous, ici, on vous soutiendra

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile.



Mondialisation fiscale genre "Fatca" : refuser la tentation "totalitaire" !

Chaque personne dispose d'un droit naturel au monde et à la protection de ses droits dans le monde. La liberté est d'abord individuelle. L'organisation d'un monde où chacun a le droit d'aller et venir, de contracter, de s'installer, de se marier, de travailler, dans le respect des lois locales démocratiquement débattues et soumises à la censure des droits fondamentaux de l'homme tels que définis dans une charte universelle, reste un des grands enjeux de l'humanité. La mondialisation, c'est-à-dire principalement le droit protégé  pour les hommes à une certaine ubiquité indépendante du pays de nationalité est dans cette perspective un progrès.


Les aspects économiques du comportement humain, la production, le travail, la consommation, l'épargne, l'achat, la vente, ne sont plus centrés sur une zone géographique ou politique donnée. L'homo économicus est devenu polycentrique et en décalage avec le citoyen.

En un mot il est désormais possible de disposer de sources de revenus partout dans le monde, de travailler simultanément en plusieurs endroits du monde, de produire en plusieurs endroits du monde, de dépenser en plusieurs endroits du monde, de posséder de l'immobilier dans des pays différents etc.

Cette nouvelle réalité qui concerne maintenant des cohortes importantes de citoyens pose de difficiles problèmes de philosophie fiscale qui méritent qu'on s'y arrête un instant.

Deux conceptions peuvent être envisagées :


- La centralisation fiscale : on organise la dépendance fiscale universelle rattachée principalement à la citoyenneté, qui correspond à une vision agrégative et totalisante  des comportements économiques. C'est l'agent économique qui est taxé où qu'il s'agite.

- La décentralisation fiscale (ou polycentrisme fiscal) : ce sont les actes économiques qui sont taxés et ils le sont dans le pays où ils ont lieu.
 
Il est intéressant de constater les principes appliqués  aujourd'hui selon les différents types d'actes économiques.

Pour la consommation, dont l'imposition représente une très forte proportion de des prélèvements globaux, la règle qui s'applique le plus souvent est celle du lieu de consommation. Un citoyen qui voyage beaucoup paiera donc des taxes un peu partout à des fiscs différents. C'est le principe du démembrement fiscal polycentrique qui prévaut.

Pour le travail, on a vu lors des polémiques sur la directive Bolkenstein que de nombreuses chapelles politiques ou syndicales  ont plaidés pour que la taxation qui s'applique soit également celle du lieu de l'acte.  Tout non résident qui peut être amené à travailler temporairement ou durablement dans un pays suit les règles sociales et fiscales du pays où il travaille. Le travail transfrontalier, l'activité des  saisonniers est typique de l'application de ce principe.  Ce qu'on appelle les charges sociales, en fait les charges sur le travail, sont généralement celles du pays d'exercice du travail. Même si le travailleur n'est pas résident. 

Le principe polycentrique régit donc des impôts qui en France représentent les deux tiers du prélèvement global.

En revanche, le revenu du travail est considéré par les pays qui le mette en œuvre comme devant être centralisé et taxé par le fisc de la résidence fiscale.

Pour les impôts immobiliers, la règle effectivement appliquée est moins claire. Les taxes locales sont évidemment attribuées au pays où se trouve le bien.  Mais que se passe-t-il s'il y a un impôt collectif sur la fortune ? Là les promoteurs de ce type d'imposition exigent l'approche centralisée qui pose le problème de la connaissance du bien par le fisc de la résidence alors qu'il n'a pas de moyens de contrôle direct.  Il est vrai que le nombre de ces pays est peu important.

Pour les gains financiers et les placements, la plupart des fiscs ne veulent pas entendre parler d'une optique de fiscalité par pays de détention. Cela parait naturel à beaucoup de Français mais il est des pays où le revenu externe n'est taxable dans le pays de résidence qu'à partir du moment  où il y retourne. Tant qu'il reste "hors les murs" il n'entre pas dans la sphère fiscale de la résidence. 

C'est ce qui se passe au Royaume Uni et c'est ce qui a fait la fortune des îles anglo-normandes. Les groupes de chanteurs pop par exemple laissent le revenu de leurs tournées à l'étranger à Jersey où ils ne sont taxables que selon les règles de Jersey. Lors que l'argent entre en Angleterre il devient taxable. Aussi bien, un écrivain qui vendrait partout dans le monde pourrait parfaitement disposer d'un yacht ou de propriétés un peu partout et de revenus d'épargne ou de droits d'auteur non taxés et non déclarés sur son lieu de résidence, tant qu'il n'utilise pas son revenu dans son pays de résidence.

La conception centralisatrice veut au contraire que tout bien possédé et tout revenu qui lui soit associé  servent d'assiettes fiscales dans le pays de résidence et doivent y être déclarés avec toutes les difficultés de contrôle afférentes.

Entre centralisation et décentralisation pratiquement tous les systèmes fiscaux  hésitent  et les plus souvent mélangent allégrement les deux conceptions centralisatrice et décentralisatrice.  Il n'y a aucun principe ni aucune autre rationalité que l'opportunité.

Est-il possible de sortir de cette ambiguïté  et d'arrêter des principes fiscaux stables et uniques s'appliquant à toutes les formes de comportements d'un individu ? En un mot faut-il choisir entre une approche centralisée de la fiscalité ou une approche décentralisée et polycentrique, sachant que le progrès dans l'exercice des libertés n'est pas le moindre objectif ?

De plus en plus les nations vont se trouver confronter à des cohortes grandissantes de ressortissants "mondialisés" pour tout ou partie de leurs activités économiques. La question n'est pas sans importance et grossira avec le temps.

Pour les personnes morales, les entreprises,  l'affaire est déjà pratiquement classée : ce sera l'optique décentralisatrice. On a vu avec l'affaire Total et c'est vrai pour les grandes entreprises du Cac 40 et en vérité pour  toutes les entreprises à développement international, que la France n'impose plus les résultats obtenus hors de France. L'optimisation fiscale entre filiales marche à fonds. On a renoncé à l'identité fiscale unique de l'entreprise. Certaines forces politiques veulent revenir sur ce renoncement. Ils se heurtent à une réalité : il suffit de changer le lieu de résidence  fiscale du siège et le fisc  se retrouvera uniquement avec les filiales françaises. Alors à quoi bon rechercher l'impossible ? Le débat est ouvert et "chaud". Mais il est clair que la nationalité fiscale de l'entreprise devient une notion un peu fuligineuse.


Pour les personnes physiques la question est moins évidente et peut conduire des conséquences ubuesques. 

On le voit avec le choix américain du citoyen fiscal "universel".

Ce système "nationalise" toutes les actes d'un individu où qu'il les exerce et les totalise. On en arrive à des situations étranges qui n'ont rien de théoriques. Vous êtes né américain et vos parents vous ont emmené jeune hors des Etats-Unis. Vous avez été élevé à l'étranger où vous vous êtes mariés et travaillez. Adulte fiscal vous devez faire néanmoins une déclaration au gouvernement américain de vos avoirs et de vos revenus, alors que vous êtes éventuellement resté 5 jours (ou jamais)  dans votre pays de rattachement,  il y a peut-être quarante ans.  On n'échappe pas à la nationalité américaine.


Cette vision est parfois et  justement appeler "totalitaire". Elle entraîne le monde dans une logique folle.  Tout Etat où un citoyen étranger est ainsi taxé est sommé, lui ou des intermédiaires,  de déclarer les éléments taxables au gouvernement de son hôte sous peine de sanctions. Naturellement  les petites nations n'ont aucune chance de pouvoir jouer ce jeu là. Les grandes puissances, oui.

Les Etats Unis s'y essaient en ce moment avec une violence sans limite. La loi Fatca,"Foreign Account Tax Compliance Act",  qui va être mise en œuvre au 1er janvier 2013, est le prototype de ces machines menaçantes autant qu'extravagantes. L'état américain exige de toute institution financière à travers le monde, où qu'elle soit, qu'elle isole dans sa clientèle les nationaux américains et qu'elle fournisse les éléments déclaratifs qui permettront de vérifier leur déclaration annuelle. Faute de quoi tout mouvement financier que voudra effectuer cette institution  avec les Etats-Unis sera taxé à 30%, la taxe sur les transactions financières la plus extravagante que l'on ait jamais conçue. Le "totalitarisme" fiscal conduit à imposer des règles au monde entier, violant l'autonomie règlementaire et fiscal des autres nations.

Tout acte commercial d'achat, de vente, de versement de salaire ou d'honoraire, de transfert financier d'un national peut désormais impliquer des obligations déclaratives, administratives et fiscales qui s'imposent à l'ensemble des autres nations ou à leurs agents en contravention ou non avec les règles locales.  Accueillir un étranger, son travail, sa consommation,  ou un de ses avoirs revient à accueillir avec lui sa législation fiscale.

La logique absolue de cette théorie liberticide mènerait à considérer qu'une dépense dans un pays étranger devrait être chargée de la TVA du pays de nationalité et reversée à ce pays.  Pourquoi alors que la fiscalité touche toutes les dimensions économiques d'un homme voudrait-on qu'une seule forme échappe à l'Etat totalitaire ?


Corolaire intéressant, dans les pays qui imposent un impôt religieux cela voudrait dire qu'un agnostique émigré devrait tout de même fournir son du à une église qu'il ne fréquente pas. Cela veut dire que s'il faisait, hors de son pays de nationalité,   un mariage ou tout acte qui génère une donation religieuse taxée dans son pays d'origine il faudrait qu'il verse quelque chose à sa paroisse "nationale" ou au fisc !  

Si tous les pays adoptaient le régime fiscal centralisé il faudrait que fisc, entreprises, banques et commerces identifient la nationalité de leur client et adaptent leurs pratiques à toutes les législations particulières des nations existantes (il doit y avoir 193 nations membres de l'ONU).

Sombre folie qui n'a pas retenu le bras du législateur américain.

Cela signifie que la théorie fiscale centralisatrice  tue l'indépendance des nations et en même temps  asservit les libertés essentielles  de contracter, d'aller et venir etc. Tout acte d'un citoyen à l'étranger devient  suspect et déclarable. Les libertés se doivent d'être traçables pour être taxables.   La surveillance individuelle  de tous les actes économiques devient une règle absolue. Big Brother est là.  Il est partout. Plus le Brother est Big plus l'indépendance des autres Brothers plus petits est remise en cause. Les petits flics sont englobés par les grands flics.

Ce nationalisme  fiscal pose de nombreuses difficultés aussi bien pratiques que théoriques. Outre qu'il impose à chaque état d'avoir une législation fiscale pour tous les non nationaux qui ont une action économique chez eux,  il crée des effets de bord particulièrement choquants. Que faire des multinationaux ? Peut-on renoncer à sa nationalité ? Que faire des apatrides ? Comment articule-t-on droits propres à la résidence et droits nationaux en matière fiscale ?  Sur tous ces sujets on arrive souvent à des situations indéfendables. Si un national américain décède alors qu'il est résident ailleurs le fisc des Etats unis est en droit d'exiger 30% de la valeur de ses biens immobiliers sis hors des Etats-Unis !   

Il faut  rejeter cette approche hystérique.  La solution la plus stable et la moins conflictuelle est de considérer que si vous avez des activités multiples assises sur plusieurs zones fiscales, alors votre activité est démembrée par zone fiscale. Chaque entité paie son écot local. Si vous rapatriez vos biens et revenus dans votre zone de résidence la législation de votre résidence s'applique.

Ce schéma "polycentrique" est simple et rationnel : il distingue entièrement le sujet fiscal du citoyen. On peut être sujet fiscal sans être citoyen de sa résidence ; on peut être citoyen sans être sujet fiscal. On peut être un sujet fiscal multiple en étant un citoyen unique ;  un sujet fiscal unique en étant un citoyen multiple.

L'homme a le droit de bouger et d'être multiple. Cette liberté générale de mouvement et d'action économique  marque  le progrès de l'humanité dans son ensemble vers un stade supérieur d'organisation. Avoir un système fiscal qui reconnait cette multiplicité et l'organise sans flicage insensé est parfaitement admissible. Tout ce qui va dans le sens inverse, peut être assimilé à une forme d'assignation à résidence qui est toujours mortelle pour les libertés et les droits de l'homme.

Le droit fiscal ne peut être distingué du droit général à la liberté.

L'inquiétant est de voir des Etats affolés par des besoins de dépenses publiques insatiables quitter ces territoires de liberté pour aller vers une idée totalitaire de la fiscalité.  Le moteur de ce totalitarisme est l'assimilation entre citoyenneté et fiscalité. Chaque individu appartient, comme un esclave, totalement à son pays de citoyenneté. Chaque propriété est assortie d'une clause de propriété dérivée de l'état de citoyenneté. Chaque revenu est d'abord un droit de l'état de rattachement qui en concède ce qu'il veut bien.  Ce totalitarisme fiscal fait de l'individu un concessionnaire précaire et à merci de sa nation de rattachement.

La fiscalité totalitaire va considérer que tout revenu ou tout capital, où qu'il ait été perçu et où qu'il se trouve est une base fiscale nationale déclarable et éventuellement taxable. Elle va considérer que toute dépense, où qu'elle ait été faite devrait payer les mêmes taxes que celles que le citoyen aurait du payer dans son pays de rattachement national, puisque sinon il échappe à l'équilibre subtil établi entre les différentes taxations. Elle va considérer que tout mouvement de capital ou de revenu entre diverses zones fiscales doit être taxé au profit de la nation. En cas de décès, les biens d'un national reviendront en tout ou en partie à sa nation.

Lorsqu'on s'est lancé dans ce totalitarisme fiscal on emmêle la pelote de façon rapidement inextricable et toutes les solutions deviennent  arbitraires, choquantes, liberticides. Au nom du contrôle universel de l'action économique d'un individu comme assiette fiscale on tue les libertés essentielles et on suscite des fraudeurs par millions tout en créant une multitude de tensions entre les différents pays "souverains".

Il ne faudrait pas croire que ce débat ne concerne que la loi FATCA et les Etats unis.

La mauvaise coexistence des droits fiscaux entre voisins européens est manifeste et conduit à des solutions parfois démentes. Que l'on regarde simplement la formule du calcul des droits de Rubiks !  Le désir de voir établi des "exit tax" particulièrement attentatoires au droit élémentaire à la propriété ne concerne pas que les Etats Unis. La France s'y est essayée avant d'être retoquée par la justice européenne. On entend des candidats prétendre que toute personne cherchant à quitter la résidence française ou la nationalité, ces gens là ne font pas de différence, seront obligés de s'acquitter de toute une série de droits, y compris le remboursement des apports sociaux de la nation (par exemple rembourser tout ou partie des gratuités reçues ou des apports légués par la collectivités).
 
Le globalisme  fiscal nationaliste  ne concerne pas seulement les propriétés et revenus acquis ou gérés  à l'étranger. Il est souvent associé à des thèses qui prétendent que le citoyen n'a qu'un droit de propriété révocable.  Le revenu maximal ou la propriété de valeur maximale sont des compagnons de cette attitude répandue en france. Ces mesures violent sans pudeur le droit des gens à leur propre revenu et à leur propre propriété.  Il ne s'agit plus de contribution à des frais communs nationaux, d'ailleurs restrictivement définis, et qui dans certaines constitution ne concernent que des politiques de défense (police, diplomatie, guerre). La collectivité s'arroge le droit de fixer une limite à votre revenu et à vos propriétés. On vous concède vos droits sous réserve et dans la précarité. Il va falloir aller chercher si à l'étranger vous n'avez pas tenté d'éluder des règles que certains jugeront avec justesse comme contraire au droit des gens et spoliateurs.

Les Etats qui se sont laissés glisser sur la pente fatale de la dépense publique outrancière et de la  dette perpétuellement accrue (tant que le prêteur croit à la perpétuité) sont tentés par le totalitarisme fiscal. La France y succombe progressivement en s'appuyant sur l'exemple américain. L'Europe est coincée entre son légalisme qui fait la part belle aux libertés individuelles dans le cadre européen et l'interdiction des législations nationales visant à les brider,  et sa volonté de puissance, notamment vis-à-vis de ses voisins les plus faibles comme la Suisse.

Le totalitarisme fiscal conduit à des conséquences multiples et universellement fâcheuses, dont l'une des plus graves est l'apparition d'une société internationale policière, soumise à la loi de la nation la plus forte. Tout le contraire d'un système de droit et d'une mondialisation heureuse poussant à la paix et à la fraternité universelle.

Il y a fort à parier que le totalitarisme fiscal sera un des grands drames de ce siècle. Il serait bon que les penseurs de la liberté s'en inquiètent un peu plus. Un des points d'applications immédiat pourrait être le refus par les Etats européens de la loi funeste que l'on appelle FATCA alors qu'on voit que l'ambition fiscale totalitaire américaine ne rencontre aucune résistance ni auprès de la Commission, ni au Parlement Européen, ni dans les instances nationales. Ne parlons pas des grands médias français qui ne sont jamais intéressés à cette question.

Les principes de la loi fiscale ne sont plus discutés en France sauf entre quelques députés et sénateurs  spécialisés et les experts du Trésor. Dix personnes, peut être,  guidées généralement plus  par l'opportunisme qu'autre chose. Ils méritent pourtant  un large débat. Nous mêmes au Cercle des économistes e-toile nous sommes pour le principe que les droits s'appliquent là où les activités  s'exercent sauf pour des dérogations (temporaires ou pragmatiques vu les sommes concernées comme dans la directive Bolkenstein) et pour une fiscalité seulement contributive et non pas concessive. Nous nous opposons absolument au "totalitarisme" fiscal. 

Nous militons pour la rationalité en matière fiscale contre l'opportunisme irrationnel des hauts fonctionnaires et des parlementaires (et qui sont largement les mêmes personnes). Il faut que la loi fiscale parte de principes, respecte des normes qui en découle simplement et soit protectrice des individus. Sinon on sombre dans la confusion, le n'importe quoi généralisé, l'insécurité juridique et fiscale,  et la prédation pure et simple.  Avec des effets pervers économiques désastreux.
 
Sans compter la guéguerre perpétuelle entre les différentes nations. La mondialisation est à la fois la condition et la résultante d'une plus grande extension des libertés. Elle implique pour bien fonctionner que la fiscalité d'un pays s'applique aux actes économiques qui se sont produits dans le pays quelque soit la résidence fiscale de l'acteur  et non pas à tous les actes économiques faits dans le monde par ces citoyens. En un mot il faut appliquer les principes actuellement en œuvre pour les taxes à la consommation. Sinon sur le modèle de Fatca ou de Rubiks on va vers une véritable folie hystérique et contentieuse destructrice des libertés, faisant la part belle à l'arbitraire des plus forts et rendant la vie impossible à tous.



"La Grève" de Ayn Rand

Il est des conjonctions amusantes.

La campagne américaine pour les présidentielles fait apparaître la France comme une sorte de repoussoir. Obama c'est la "social-démocratie à la française", la haine de l'entrepreneur, le mépris du succès, le triomphe des "pillards" qui exploitent les masses pour satisfaire des désirs qu'ils seraient incapables d'envisager sans le vol de la création des autres. En un mot l'horreur absolue. Réciproquement les journalistes de tout bord en France  font des "Tea Parties" qui ont secoué l'Amérique, le témoignage d'une sorte d'effondrement moral de la droite américaine qui aurait cessé de consentir au "politiquement correct" social nécessaire à la perpétuation du système.

Un film sur la Dame de Fer met dans la bouche de Mme Thatcher le même mépris : "vous voudriez imposer les Britanniques à 85% comme les Français". Qu'elle a été haïe Mme Thatcher, injuriée de toutes les façons par ceux-là même qui ont fait de la prédation fiscale et la récupération personnelle de l'argent des autres leur seul crédo ! "Reagan le clown et Thatcher la salope" ont été la manière convenue , on n'ose pas dire "de gauche", d'évoquer ces deux dirigeants sur les forums du net. Le film en question est magnifiquement interprété par Méryl Streep, il faut le reconnaître et techniquement sans faille. Mais il est oiseux. Laisser de Mme Thatcher l'image d'une femme touchante mais lamentable accablée par l'âge et abimée  par la maladie d'Alzheimer est une atteinte à la dignité essentielle d'une personne publique.  Si on tournait un film sur Léon Blum en pitoyable vieillard égrotant et troublé par les fuites de sa couche "Confiance", nous aurions une émeute dans tous les médias de gauche. Mais bon !

Et voici le bouquet : la parution en France, enfin  dans une excellente traduction,  du livre majeur d'Ayn Rand, La Grève (Atlas Shrugged) aux éditions Les belles lettres  grâce à la fondation Andrew Lessman (ISBN : 978-2-251-44417-8).

Ce livre n'est pas récent : il date de 1957, année de sa parution aux Etats-Unis. Il a connu un succès universel et immense. Les sondages  montrent que les américains y voient le livre  qui les a le plus influencé après la Bible, ce qui est curieux vu l'absolu athéisme de l'auteur.  Depuis qu'Obama a été élu le livre s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires aux Etats-Unis, succès renouvelé qui a conduit à sa parution en France, avec (seulement) 54 ans de retard.

Il est vrai que ce livre sera probablement reçu par la majorité des lecteurs français comme le serait en Corée du Nord un livre qui ne considérerait pas les KIM comme des dieux vivants. Il prend à revers tout le prêchi-prêcha qui justifie en France la détestation des entrepreneurs, les impôts spoliateurs, la multiplication indéfinie des "droits à", le justicialisme à la petite semaine qui veut que le faible ait raison contre le fort, le public contre le privé, le salarié contre l'entrepreneur, le client contre le fournisseur, le malade contre le bien portant, le piéton contre l'automobiliste, le fainéant contre le travailleur, l'abusif contre l'abusé, l'immigré contre le "petit blanc", le squatter contre le proprio, le délinquant contre l'honnête homme ("beauf" nécessairement "beauf"), le faucheur d'OGM contre le paysan…

Le livre n'est pas un roman mais ce qu'on pourrait appeler un conte ou une parabole philosophique. Il appartient plus à la catégorie de livres comme "Candide" ou "Les Lettres Persanes". En plus long : 1168 pages serrées !

Les personnages et les situations sont définis en fonction des thèses qu'ils doivent justifier. Ayn Rand est une intellectuelle de haute volée. Wikipedia indique justement :"Ayn Rand a, au fur et à mesure de ses écrits, constitué un mouvement philosophique intitulé l'« objectivisme » reposant sur le postulat selon lequel « ma philosophie conçoit essentiellement l'Homme comme un être héroïque dont l'éthique de vie est la poursuite de son propre bonheur, la réalisation de soi son activité la plus noble, et la Raison son seul absolu »".


Il ne faudrait pas croire que cette préoccupation philosophique rend le livre pénible et verbeux. Au contraire. Il se lit d'une traite avec de nombreux "morceaux de bravoure".


Nous n'aurons pas ici la prétention de le résumer.  Nous conseillerons plutôt de le lire, car indiscutablement l'œuvre est majeure et d'une grande actualité. 


Ayn Rand considère comme amoraux les cyniques qui, au nom de la haine de soi, essaient de détruire ceux qui méritent, par leur succès, l'estime de l'humanité, provoquant une totale inversion des valeurs. Elle juge intolérable ceux qui utilisent la force, non pas pour protéger la société, mais pour satisfaire les désirs de groupes prédateurs sur le dos des producteurs compétents, généralement en prenant la défense des besoins de la masse des incapables frustrés et envieux qui attendent des autres des satisfactions qu'ils seraient bien incapables de s'offrir sur leurs seuls mérites.


En un mot une forme d'égoïsme est salvatrice. Si les héros qui portent le monde à bout de bras, Atlas dans son image figurée, faisaient grève (d'où le titre) , la collectivité des pillards en serait pour sa violence stérile. Elle crèverait la bouche ouverte.  Sans la gamelle remplie par ceux qu'ils méprisent tous les grands prêtres du pillage organisé de ceux qui travaillent et réussissent seraient réduits au néant.


Ayn Rand frappe les religions toujours promptes à condamner "le profit" et à culpabiliser la vie, et les adeptes d'un pouvoir politique imposant le vol systématique des individus méritants. Disons que ce qu'on appelle parfois les "christo-cocos" n'ont pas particulièrement les faveurs de Mme Rand, juive agnostique qui a réussi à s'échapper d'Union soviétique au milieu des années 20 !


L'originalité de l'œuvre de Rand est justement qu'elle ne cherche pas à faire la critique facile d'un enfer mythifié dans le répulsif comme l'URSS. Ce sont les forces internes mortifères qui selon elle travaillent la société occidentale qu'elle met en scène pour démontrer leur caractère intolérable. 


Elle ne condamne pas "les autres", mais ce qui en nous trahit la vie et la grandeur de l'humanité et pour commencer la raison. "La Grève" est un immense salut à la puissance créatrice de l'homme rationnel qui dompte la nature et se construit un destin. Le savant qui a trouvé, l'entrepreneur qui a innové, l'ouvrier ou le cadre qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes dans le cadre d'un projet qui exige qu'ils se dépassent et qu'ils fassent preuve de compétences rares, sont les héros de l'humanité, pas les curés ni les commissaires politiques qui ne pensent qu'à les entraver. Ils ont droit à la juste rémunération de leurs apports et la force publique n'a aucun droit de les spolier.


On pourrait citer des dizaines d'extraits et il est difficile de trouver la citation courte qui permettrait de bien introduire à la pensée d'Ayn Rand. L'auteur est prolixe et dans ce conte, lorsqu'un personnage réponds à une question, il peut le faire sur 10 pages !


Essayons avec ces quelques lignes (p.1062 de l'édition française) :


"Un gouvernement qui emploie la force  sans être agressé et sans la contrainte par les armes contre de victimes désarmées est un cauchemar, une machine infernale conçue pour annihiler la morale. Ce gouvernement niant sa légitimité passe du rôle de policier protecteur à celui de criminel, ennemi du genre humain, investi du droit d'exercer la violence contre des victimes privées du droit de se défendre. A la morale, ce gouvernement substitue une règle de conduite selon laquelle tout est permis à condition d'être du côté du plus grand nombre. Il faut être une brute, un fou ou un lâche, pour accepter de vivre dans ces conditions, pour signer des chèques en blanc sur sa propre vie et son propre esprit, pour admettre que certains aient le droit de disposer des autres à leur guise, que le désir de la majorité a force de loi, que la brutalité se substitue à la justice, à la réalité, à la vérité. Nous les hommes de l'esprit qui ne sommes ni maîtres ni esclaves mais qui vivons du commerce avec autrui nous n'émettons ni n'acceptons de chèques en blanc. "


Ayn Rand condamne aussi de façon sévère les profiteurs qui font du business en liaison avec l'état en profitant de leurs relations au sommet pour se créer des occasions de profits indignes sur le dos des autres. Les "brillantes réussites" construites dans la coulisse des palais nationaux sont pour elle méprisables. Elles sont factices et n'appellent que "des approbations qui ne reposent sur aucune valeur, des hommage sans contenu, des honneurs sans cause, une admiration sans raison, …".  Toute ressemblance avec la situation oligarchique française ne saurait être qu'une coïncidence, bien sûr.


L'actualité d'Ayn Rand en France est certaine. La France est le pays qui a trouvé normal de confisquer la totalité du revenu d'une vingtaine de milliers de ses citoyens pendant trois décennies, où le petit salarié est l'occasion d'un prélèvement fiscal de près de 60% et où les entrepreneurs et les cadres dirigeants voient leur rémunération subir une amputation souvent supérieure à 85% (Thatcher avait raison !).  C'est le pays où hauts fonctionnaires et camarillas politico-bancaires ou politico industrielles se gavent, se nomment et se répartissent des gains douteux qui doivent plus au soutien de l'état qu'à leur talent propre.  


Arcboutés sur leurs privilèges ils multiplient les "cadeaux" démagogiques aux masses et s'acoquinent avec les syndicats dans leurs pratiques les plus douteuses. Ils sanctifient, la bouche pleine,  les Restos du cœur. Ils crient inlassablement Vive l'impôt (des autres, car stock options et parachutes dorés bénéficient d'une fiscalité favorable). Ils massacrent le train de vie de la population moyenne aisée tout en organisant des sources de revenus dégrevées et massives pour quelques happy few, dont eux, en premier.


On a d'un côté le Baron Seillières qui organise sous l'aile de l'état ce qu'il faut, semble-t-il, appeler le pillage de sa parentèle et des contribuables, de l'autre des Pérol qui à prix d'or font des allers et retours entre le public et le privé, cumulant les avantages en fraude des règles, des syndiqués de la Sealink qui volent impunément, des comités de grandes entreprises ex publiques qui sont dans la délinquance perpétuelle payée comme pour EDF par un impôt sur les pauvres, des sénateurs qui se sont organisés une pantoufle en or massif, des oligarques qui ont créé leur fortune lors des dénationalisations  et qui vivent en symbiose avec le pouvoir, quand ils ne se battent pas comme des chiffonniers (voir l'affaire Areva ou l'affaire Renault). 


Les honnêtes entrepreneurs privés du bénéfice de leur travail ne pensent qu'à partir ailleurs devant la perspective effarante de nouvelles spoliations, cette fois ci définitives. Ainsi que les générations nouvelles talentueuses (cuisinier ou diplômé de grande école) qui rêvent d'un ailleurs où la vie réelle et morale serait possible par le travail, le talent, l'énergie, l'esprit d'entreprise. 


Ayn Rand a écrit un roman pour montrer ce qui adviendrait si ceux qui font marcher la machine cessaient de jouer le jeu et d'accepter le viol continu de leur vie. Il n'était pas trop difficile de prouver que l'incompétent et le parasite ne font pas couler des "fleuves de lait".   La France, dont les dépenses publiques excédent la production de ses entreprises privées du secteur marchand , et les Français, nés malins, essaient de prouver la même chose sur la base de travaux pratiques exaltés depuis 30 ans. Ils y arrivent très bien.  la France  vient de perdre son triple A !  Surement un coup des Tea-Parties et une manœuvre occulte du fantôme de Mme Thatcher!


En dehors du plaisir de la lecture de ce livre, souvent jubilatoire,  diffuser la pensée de Ayn Rand ferait beaucoup de bien en France où l'on préfère la chaleur du prêche à la lumière de la raison. Même si naturellement nous ne partageons pas toutes les théories de l'auteur, allant très au-delà de la simple économie, la dénonciation du tout état, tout impôt, tout dette, tout copain, ne saurait faire du mal à ce stade de l'effondrement français.  


Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile


PS : la sortie de ce livre a été pratiquement occultée en France dans les grands médias nationaux.

Note à l'éditeur : l'abréviation de Monsieur en Français est M. (M point). Mr (sans point), abréviation de Mister,  serait un anglicisme, parfois toléré.  Mais Mr. (Mr point) est un solècisme qu'on regrette de voir répété ad infinitum dans l'ouvrage. On met un point à une abréviation en Français si et seulement si la dernière lettre du mot abrégé ne figure pas. Mme, Mlle, Mgr n'ont pas de point car la lettre terminale apparait.

Euro : une question amusante.

Lorsqu'on regarde les numéros portés sur les billets de banques libellés en Euros, on constate qu'il y a une lettre devant le numéro proprement dit.Cette lettre indique qu'elle est la banque centrale nationale qui l'a émis, selon le codage suivant :

L Finlande, N Autriche, R Luxembourg, S Italie, T Irlande, Y Grèce, M Portugal, P Pays-Bas U France, V Espagne, X Allemagne, Z Belgique.

Chacun dispose donc dans sa poche de billets de différentes origines. Personne n'y prend garde car tout le monde croit que ces billets sont parfaitement "fongibles", c'est à dire ont exactement la même valeur d'usage et de réserve.D'aute part la thésaurisation est faible même en ce moment. La quantité de billets dans la masse monétaire est faible, même si elle est en augmentation constante depuis 2007.

On peut donc penser que tout cela n'a aucune espèce d'importance.

En fait un billet est une créance sur son institut d'émission. Un billet portant un x est une créance sur la BUBA allemande. Celui qui porte un u est une créance sur la Banque de France.

On se souvient que sur les premiers billets la signature avait un sens : elle garantissait la conversion en or des billets.  Aujourd'hui la créance du billet ne peut être exercé puisque la liquidité suprême est justement le billet. Si vous allez à la banque centrale exercer votre créance vous risquez d'être un peu surpris. Le trésorier de ladite aussi d'ailleurs.

C'est vrai si et seulement si cette monnaie n'est pas convertie ou échangée. Lors du passage à l'Euro tout billet en Franc pouvait être converti en billet en Euro.  Le billet porte un droit de conversion. Mais en quoi et à quel taux ?

La question n'est pas que théorique. Si l'Euro vient à être supprimé et que chaque nation retrouve sa souveraineté monétaire qui convertira quoi en quoi ? Cas plus réduit : si seulement un petit groupe de pays conservent l'Euro et que les autres reviennent à leur monnaie, comment la conversion se fera-t-elle ?

Prenons le cas de l'abandon général.

La France revient au Franc et l'Allemagne au Deutchmark.Vous avez dans votre poche des billets marqués U et d'autres X.On imagine que le cours du DM augmente sensiblement par rapport au Franc, soit dans le cadre d'un système de change fixe mais ajustable soit du fait du marché si les changes sont flottants.

En droit "normal" seul l'institut qui a émis le billet est responsable de sa conversion.  Par conséquent les billets codés X peuvent être présentés à la BUBA qui donnera des marks à charge pour vous de convertir en Franc si cela vous chante. Dans une telle hypothèse, il serait intéressant de conserver tous les billets marqués X dans l'espérance d'une plus value lors de l'explosion de l'Euro. Si tout le monde connaissait le truc on assisterait à une fuite devant la monnaie codée u qui seule circulerait. La monnaie codée x serait thésaurisée. C'est l'application du principe de Copernic (appelée à tort loi de Gresham qui n'a fait que recopier le texte de Copernic) qui veut qu'une mauvaise monnaie chasse la bonne des marchés.

Différentes théories circulent sur le net qui exploitent cette idée.

Sont-elles crédibles ?

En cas de disparition concertée de l'Euro (on voit guère qu'il puisse y avoir une disparition "sauvage") il est plus que probable que les autorités définiront le cadre d'échange. Elles fixeront très probablement un taux de un pour un avec les nouvelles monnaies. Les banques nationales n'auront pas le choix : elles remettent leur billets à la banque centrale pratiquement quotidiennement. On ne tient pas compte de la lettre. Elles se retrouveront immédiatement avec un compte en Franc ou en DM à la banque centrale de leur pays. Pour les particuliers la chose est plus compliquée : devront-ils donner à convertir  tous leurs billets quelque soit le code d'origine à leur banque habituelle ou à l'agence de leur banque centrale, à charge pour les banques centrales d'effectuer les conversions nécessaires ? La Banque de france émettra uniquement des Francs en contrepartie d'euros codés france ou allemagne. Que fera-t-elle des euros en X ? Peut-elle les annuler alors qu'elle ne les a pas émis ? Normalement non. Elle devra les présenter à la Buba qui lui donnera en contrepartie des DM qui entreront dans ses réserves. Si le change du DM monte par rapport au Franc, la plus value ira automatiquement à la Bdf.

Les particuliers français pourront-ils demander la conversion en Allemagne et se retrouver avec des DM ? Est-ce que la Buba convertira tousles billets ou seulement ceux codés X ?  Si toutes les lettres sont convertis le fait de stocker du X n'aura servi à rien. La Buba se retrouvera avec des Francs après que la compensation des billets en X et en U aura été faite. Avec un risque de perte en cas de baisse du franc.

On peut considérer que si la baisse du franc est certaine la Buba ne voudra pas prendre ce risque.

Dans ce cas elle ne convertira que les billets en X en DM et les autres en Franc avec accord réciproque de swap entre banque centrale. Elle donnerait alors des francs contre des billets codés U. Symétriquement la Bdf donnerait des DM contre les billets codés X. Comme il a y a beaucoup plus de billets codés X que codés U en circulation, du fait des déficits de paiements français vis à vis de l'Allemagne, les Français se retrouveraient avec une masse de DM dans leur poche.On aurait un manque de liquidité en Franc sur les marchés !

A chacun de faire ses calculs.

NB : Les instituts d'émission ont la responsabilité de la qualité physique de leurs billets. Lorsque les billets leurs reviennent tous les soirs, ils sont vérifiés et les billets U abimés sont remplacés par la BDF. Les billets X abimés sont renvoyés vers l'Allemagne qui doit en fournir des neufs. La BDF n'a normalement pas le droit de fournir des U neufs contre des X usagés. Il serait intéressant de savoir si cette règle est bien celle qui s'applique (impossible de le savoir semble-t-il avec les textes publiés. En tout cas on ne les pas trouvés). En tout cas la BDF a le moyen de connaître la ventilation par lettre de la masse de billets en circulation en France. On aimerait bien avoir ces chiffres. A votre bon coeur messieurs-dames !

Remarque : le fait que les billets soient codés indique qu'il y a bien en circulation des euro-DM, des euros-Francs etc. Il ne serait pas nécessaire d'imprimer de nouveaux billets si la fantaisie venait de créer explicitement des euro-francs convertibles en d'autres euro-monnaies. Pour les malvoyants, cela risquerait seulement d'être un peu pénible, sauf naturellement si on profite de leur retour en banque centrale popur les perforer donnant ainsi un moyen de reconnaissance tactile.

TVA "sociale" : la position du Cercle des économistes e-toile".

Nous sommes parmi ceux qui dès le milieu des années 90 ont fait la promotion du concept de TVA sociale.  On ne l'imagine pas aujourd'hui mais à l'époque la majorité des commentateurs et des économistes officiels prétendaient que la TVA était "neutre".

Il était très facile de démontrer le contraire.

Imaginons un pays A qui a choisi de mettre l'ensemble de sa pression fiscale sur l'entreprise et un pays B qui l'a mise sur la TVA. Admettons que ces charges doublent les coûts dans le pays A et portent à 25% la TVA dans le pays B.

Les entreprises du pays A sont obligées de répercuter dans leur prix les prélèvements. Pour un produit donné, le prix sera Prix de revient + marge + prélèvement vendu  dans le pays A et Prix de revient + marge + charge + TVA dans le pays B.   On voit que le prix du produit A dans le pays B comprend à la fois les prélèvements du pays A et les prélèvements du pays B.

En sens inverse le produit venant de B vendu en A ne supporte AUCUN prélèvement puisqu'il n'y a pas de TVA en A  et pas de prélèvement sur la production en B.

L'avantage compétitif des entreprises du pays B est extrême vis-à-vis des entreprises du pays A. Il n'y a aucune "neutralité" mais un avantage abusif. Il va de soi que si le pays A s'est de surcroit laissé aller à des prélèvements massifs, son désavantage s'accroit d'autant plus quand il voudra exporter.

Si on ajoute que le pays B a des salaires bien plus bas et jouit d'un taux de change manipulé à la baisse, et si on imagine que par des manipulations artificielles le coût des bas salaires a été gonflés pour des raisons politiques dans le pays A,  on aboutit pour le pays A à une situation désespérée. Il est voué au chômage, aux déficits extérieurs, à l'emprunt pour compenser ses déficits de paiements extérieurs.

Les Français, nés malins, n'ont jamais compris ces mécanismes élémentaires et se sont vautrés dans cette sottise. 

Les socialistes du "programme commun" ont hurlé : "l'entreprise paiera, nous prenons l'argent là où il est". La droite dirigée par des hauts fonctionnaires a crié : "socialistes vous n'avez pas le monopole du cœur" !  Le Smig est devenue SMIC puis de coup de pouce en coup de pouce il a exclu de l'emploi des millions de français fragiles. UMP et PS ont augmenté de 10 points de PIB les prélèvements en 40 ans. La dépense publique dépasse la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand. La dette globale a atteint les 400% ou à peu près. Le gouvernement Jospin a par des mesures malthusiennes lourdes paralysé la production (rigidité administrative, 35 heures etc.).

Les deux partis de gouvernement  ont adhéré à une Europe qui a supprimé le tarif extérieur commun qui compensait partiellement les écarts de niveau de vie et de contraintes de production et qui a voulu un Euro fort.

La perte de compétitivité a été totale :

- perte de compétitivité fiscale
- perte de compétitivité douanière
- perte de compétitivité monétaire
- perte de compétitivité de production.

Les résultats étant désastreux on a choisi non pas de prendre le taureau par les cornes et de remettre en cause toute cette folie mais de prendre des mesures circonstancielles non financées. La principale a été  naturellement le transfert d'une partie des charges sur les salaires au SMIC. Transfert sur quoi ? Sur la dette…

Il faut dire que de coup de pouce en coup de pouce on était arrivé au point où tous les entrants sur le marché du travail devaient avoir une productivité telle que les postes permettant d'accueillir les non qualifiés étaient trop rares. On vit alors le taux de chômage ou de non emploi  des jeunes, des femmes, des immigrés, des vieux atteindre des sommets historiques. Pour ceux qui arrivaient à être employés le salaire net disponible avant impôt et taxe était dérisoire : la moitié du coût total charge comprise.

En panique on a supprimé des cotisations sur les smicards, baissant radicalement le coût d'emploi. Mais on a renvoyé le financement sur la dette tout en chargeant les non smicards et en augmentant de 11% le coût du travail par les 35 heures !
Certaines entreprises ont encaissé le bénéfice d'opportunité et dès que les temps sont devenus durs ont délocalisé. Le petite flambée d'emploi initial s'est retournée en blocage de l'emploi dans la longue durée et chômage structurel.

Ces expédients n'ont évidemment aucun sens. De même qu'il est absurde d'avoir créé un "double fiscal" du salarié, qui fait que ce dernier ne reçoit que la moitié des coûts salariaux que l'entreprise engage pour son emploi.

L'empilage grotesque des expédients et des mesures démagogiques s'ajoutant à l'empilage des impôts, des taxes et entraves diverses, a abouti à la situation kafkaïenne qui est celle de la France et que nous dénonçons, avec tant d'autres, depuis, pour nous 15 ans, pour d'autres près de quarante !

Faut-il mener dans l'urgence une réforme des impôts permettant la mise en œuvre de la TVA sociale ?

Oublions les postures politiciennes et électorales pour se concentrer sur l'aspect purement économique  :

- Nous avons un tel déficit de nos balances extérieures qu'il est indispensable de freiner nos importations. La hausse de la TVA est malheureusement le seul moyen rapide et efficace en ce sens. La hausse des taux "réduits" et des taux "normaux" est un moyen efficace à court terme.

- Une hausse de 5 points de la TVA correspond à une baisse de 10 à 15 points des charges.  Compte tenu de l'importance des charges (100% du salaire net, 50% des coûts) c'est une baisse sensible mais pas gigantesque. Pour obtenir un véritable effet de compétitivité Il aurait fallu diminuer de façon drastique les charges elles mêmes. En un mot il aurait fallu remettre en cause le niveau de la protection sociale (chômage, retraite et santé)  pour obtenir un quantum significatif.  Suppression de la couverture du petit risque, retraite à 67 ans, plafonnement des niveaux d'aide au chômage étaient les corollaires obligés (avec liquidation de tous les privilèges sans justification : alignement de la retraite des fonctionnaires, suppression du statut intermittents du spectacles, dockers, etc.). Le  retour aux 40 heures et la suppression des RTT auraient par ailleurs permis un gain de productivité d'une dizaine de pour cent.

- La mesure ne peut avoir de sens que si l'effet sur la compétitivité extérieure n'est pas compensée par des variations de changes défavorables. N'oublions pas qu'avec les changes flottants les prix extérieurs peuvent varier du simple au double. Actuellement l'Euro est en baisse. Il a perdu près de 10% par rapport au dollar et au Yuan en quelques jours.  Compte tenu des délais de réalisations de changement de la TVA si elle et votée, probablement pas avant les élections générales de mai 2012,  des variations peuvent avoir lieu.

On dira : c'est vrai sauf pour les pays de la zone Euro. C'est vrai. Mais l'Euro peut soit disparaître soit s'effondrer soit se reprendre.  C'est la bouteille à l'encre.

Dans ces conditions la proposition d'une TVA sociale fait surtout partie des effets d'annonce électorale. On risque de gâcher une bonne réforme et comme on l'a fait pour tant d'autres réformes utiles, de l'utiliser comme source fiscale supplémentaire évitant des mesures de réduction de coûts mal perçues par leurs ayant-droits embossés dans le système d'état.

Si au lieu de faire voter le plan TEPA, Nicolas Sarkozy avait fait passer en début de mandat un plan cohérent de réforme fiscale et sociale visant la compétitivité et le désendettement, il ne serait pas dans le pétrin actuel.

Le plus probable est que la réforme n'ait pas lieu et qu'on retombe dans la politique Juppé ou Jospin de hausse massive des impôts sans aucune reconstitution du potentiel compétitif de l'industrie française.  Dans ce cas on n'aurait fait qu'aggraver la fiscalité avec un poids majeurs sur le niveau de vie des français, notamment les retraités, dont on sait qu'il s'agit du réservoir de ressources privilégiés du gouvernement. 

N'est-on pas est dans la même démarche que pour la taxe sur les transactions financières. Vite des impôts qui nous permettent de ne faire aucune vraie réforme ! 

Dommage : la TVA "sociale" est une vraie réforme qu'il aurait fallu réussir.  Plus exactement avoir une fiscalité globale compétitive est aussi important que d'avoir une industrie compétitive ou une monnaie compétitive.

Nicolas Sarkozy a au moins le mérite de poser partiellement la question. François Hollande lui se tait sur son programme en critiquant tout ce que le camp adverse propose. Ils feraient mieux vu l'urgence générale de se mettre d'accord sur un fiscalité compétitive admissible pour tous.


Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Un témoin de la crise : la fréquentation de ce site s'envole !

Le nombre de lectures des articles de ce site a dépassé en 2011 le total des trois précédentes années.  En cumulé nous avons dépassé  les 100.000 lectures  pour atteindre 115.000. Compte tenu de l'austérité des thèmes abordés c'est un résultat étonnant qui s'explique principalement par l'intensité de la crise et la faiblesse des explications rapportées dans les grands medias.


D'erreurs de diagnostics en absence de solutions précises et adaptées on voit une crise que nous avions annoncée comme exceptionnellement grave dès 2006 tourner à la catastrophe.


Les optimistes pourront dire : c'est dur mais au moins les idées progressent.


Beaucoup des sottises prononcées par les meilleurs experts de la sphère officielle apparaissent pour ce qu'elles ont été et ce qu'elles sont souvent encore.  Malheureusement on est loin du compte. Nous avons essayé de donner  des aperçus des véritables âneries prononcées encore aujourd'hui par des "experts reconnus".  Nous ne l'avons pas fait par goût iconoclaste ou de la critique facile. Il fallait montrer à quel point l'absence de réflexion, la méconnaissance historique, les jugements sans réels fondements, dominent dans les sphères dont on attendrait une meilleure compréhension de la situation.


Si nous avions véritablement eu envie de "faire un carton" nous aurions repris les propos de 2007 des experts les plus verbeux dont les textes sont encore consultables sur le net. Les perles sont nombreuses.


Nous n'avons aucune vocation à écrire ce bêtisier économique. On sait que notre vocation est d'alerter sur les thèmes qui, selon nous,  ne sont pas abordés clairement ou de façon pertinente dans les médias.
Depuis la création de ce blog n

ous ne cessons de dénoncer  les trois drames qui gâchent notre existence :


- Pour la France, l'aberration et l'indécence qui consiste à accumuler la dette, l'impôt, la dépense publique dans la bonne conscience générale.  Nous sommes un pays malade de l'impôt, de la dette et de la dépense publique. Malade. Très malade. Nous avons tenté de montrer par quels mécanismes cette maladie à métastases s'était emparée du pays et le ruinait en profondeur.


- Pour l'Europe une construction bancale  qui conduit désormais à gérer la déflation partout, dans la haine des peuples, et en l'absence totale de regrets de ceux qui ont construit ce monstre et qui paradent encore en demandant plus d'Europe et de fédéralisme alors que leur précipitation a conduit l'Europe à être un ectoplasme voué à recevoir des coups sans réagir.


- Pour le monde, un système monétaire international absurde, permettant des politiques dangereuses de la part de la Chine et des Etats unis et conduisant à l'effondrement général.

Sur le premier thème de cette trilogie tragique des progrès ont été faits. 


Chacun voit bien que les déficits et les délires de dépenses ont été indécents en France. Mais on est loin d'en tirer les conséquences. A-t-on vu un Delanoë fortement mis en cause à Paris alors qu'il s'est comporté en véritable sagouin gaspillant sans vergogne l'argent des Parisiens  ?  Voit-on remettre en cause les plus grandes gabegies (SNCF, AREVA, EDF...) ? Non : on leur permet d'augmenter leur tarif de plusieurs fois le niveau d'inflation ! Comme d'habitude.  


Les prochaines élections malheureusement vont voir une surenchère parfaitement imbécile d'impôts sans aucune réforme d'envergure permettant de juguler nos dépenses. Les fonctionnaires et les bobos vont  ruiner la France des petits riches, des entrepreneurs  et des retraités pour rien. Pour rien du tout. On va se retrouver avec 15 millions de Français sous le seuil de pauvreté et plus aucune entreprise capable de fournir de l'emploi. L'image qui vient à l'esprit est celle du film de Bunuel, Viridiana où on voit des clochards faire ripailles en s'amusant avec des robes de mariées trouvées je ne sais où.  Que reste-t-il de la France ? 


En Europe la compréhension des défauts du système a largement progressé. Les mouvements nonistes et souverainistes ont de la force et ont permis de relayer au moins la description des défauts. Tout le monde comprend aujourd'hui que l'Europe telle qu'elle est construite est absurde. Bien sûr le rigorisme d'Angela Merkel est dramatique et bloque ou retarde bien des évolutions nécessaires. Mais chacun voit que l'Euroland est grevé de handicaps moins personnels ou conjoncturels que la simple personnalité de la chancelière allemande. 


Comment faire marcher ce bazar sans réguler les écarts de croissance et d'inflation  par la seule déflation ?  Comment piloter une zone monétaire dont les changes ne sont gérés par personne ? Ces deux questions, les plus importantes, ne sont pas réellement posées dans le débat général ou de façon très partielle.  La question européenne restera donc en 2012  grevée de non dits et de sous entendus.


Sur l'organisation générale du monde et notamment la question cruciale de l'organisation des changes et de la création de monnaie internationale,  rien n'a bougé en 2011. Rien ne bougera en 2012. Les esprits sont bloqués et les idéologies mises au service des intérêts des grandes nations prédatrices que sont la Chine et les Etats unis.  Il faudrait une aggravation dramatique de la crise pour que quoi que ce soit bouge. 

Personne n'a voulu dire d'où venait le gonflement monstrueux de la dette mondiale globale depuis 1971.

Personne n'a voulu remettre en cause le dogme affligeant des changes flottants.

Autant dire que pour une France malade de ses dépenses publiques et de son "vive l'impôt" au sein d'une Europe malade de l'organisation foireuse de l'Euroland, et dans un monde livré aux mécanismes  désastreux des changes flottants, l'année 2012 ne sera pas gaie.

Nous savons d'expérience que les années électorales voient une régression du débat intelligent sur les grandes questions économiques. Les philippiques passionnelles vont bientôt remplacer le débat serein. Au moment même où les dégâts économiques vont s'amplifier.


Cette contradiction risque d'être la caractéristique particulière de l'année 2012.

Quand on pense que 2012-2013 aurait pu et du  être les années du retournement de la conjoncture si les bonnes mesures avaient été prises dès 2007 et le blocage des marchés monétaires mondiaux !

La tentation de devenir vraiment méchant avec les clercs qui sont sensés nous diriger, nous informer ou nous instruire risque de devenir irrépressible. L'histoire, elle, sera impitoyable pour l'époque.

 

Cercle des économistes e-toile

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Lionel Stoleru : un article délirant !

En cette période d’incertitude maximale nous fermerons l’année 2011 sur une nouvelle analyse des attitudes « autorisées » telles qu'elles  se manifestent dans les médias, ici l’article signé Lionel Stoleru.

Politicien versatile passé de Giscard à Mitterrand puis à Sarkozy, les idées de cet économiste certes un peu  secondaire, bien que polytechnicien et chef d’orchestre, auraient pu être intéressantes du fait de son indépendance des partis.

Qu’écrit-il dans l’article que Monde du 30 décembre 2011 publie dans sa page « décryptage ».

« Nous sommes dans l’œil du cyclone »

Le cyclone a un gros œil !

Il aurait mieux valu dire que d’erreurs de diagnostic en erreurs de politiques économiques nous sommes arrivés au bord du chaos.

«  Une crise du chômage due depuis des années aux fermetures d’usines et délocalisations issues de l’invasion des produits asiatiques ». 

Il est vrai que nous vivons un chômage structurel en France. Mais il aurait été bon d’en donner les vraies explications.  Tout mettre sur le dos du « péril jaune » est un peu court. Cet échec structurel date de la politique de Giscard et a été aggravé par celle de Mitterrand. Les blocages malthusiens de Jospin et l’immobilisme du "ni ni" chiraquien ont fait le reste. La composante nationale est donc très importante. La perte de compétitivité par rapport à l’Allemagne est tout aussi importante, en volume et en valeur,  que celle que l’on constate avec la Chine.

Quant au problème Chinois il est largement monétaire. M. Lionel Stoleru n’en dit rien.

L’auteur n’a en fait aucun diagnostic sérieux. On enfile les perles les plus banales sans chercher à regarder l’huitre.

«  Une crise conjoncturelle des dettes souveraines qui auraient pu être jugulées dès le début de l’alerte grecque ».

Cette remarque aurait eu du sens si l’article avait proposé une explication du gonflement des dettes souveraines. Là encore, c’est le vide absolu. L’auteur n’a pas compris que depuis 1971 le monde est dans un gonflement des endettements globaux tout à fait délirant et n’en perçoit pas les causes. Il se contente de voir la résultante actuelle après qu’une partie de la dette privée ait été refilée aux états et que de nouvelles dettes se soient accumulées du fait de la récession.  Du coup on est sûr qu’il ne proposera rien d’utile.

Il est vrai qu’on aurait pu « tuer » la crise grecque dans l’œuf. Mais il aurait fallu pour cela avoir un vrai diagnostic de la crise, une vision à terme, des institutions ad hoc et des mentalités en ligne. Rien de tout cela n’existait. La crise a apporté une pédagogie que les économistes officiels  auraient du fournir. Mais les  économistes comme M. Stoleru regardaient ailleurs.

« L’économie française ne survivra pas sans réformes draconiennes  au premier trimestre ».

La France se serait mieux trouvée de réformes draconiennes dès 1974 lorsque M. Stoleru est venu assister M. Giscard et où les plus grandes erreurs ont été commises sans que le secrétaire d’état qu’il fut ne les dénonce.  La France se serait mieux trouvée si les réformes stupides du programme commun de gouvernement, cautionnées par M. Stoleru, n’avaient pas été faites et s’il n’avait pas accompagné la politique dramatique de M. Rocard qui avait les moyens, après le redressement du Gouvernement Chirac et dans la conjoncture mondiale très porteuse de l’époque, de faire aboutir de nombreuses réformes utiles.  Au lieu de cela il a chargé la mule de façon indécente et une bonne partie de nos problèmes actuels viennent du gouvernement dont il animé le secrétariat au Plan.

Il n’a exactement rien vu venir, rien compris, rien annoncé, rien condamné.   La France prendra la crise de 92-93 dans les dents avec une violence formidable. Merci qui ?

Il est donc très surprenant de voir un « économiste » qui a cautionné toutes les erreurs et n’a anticipé aucune des difficultés prévisibles pendant des décennies, se réveiller soudain pour exiger un plan pour le prochain quart d’heure !

Celui qui n’a cessé d’ajouter bug sur bug veut maintenant « changer le logiciel » dans l’urgence.

 « M. Fillon n’a pas la moindre marge de manœuvre politique à quatre mois des présidentielles ».

Donc il faut le virer. Le mauvais logiciel c’est Fillon.  Ah mais oui mais c’est bien  bien sûr ! C’était lui ! Ce satané Fillon.

« Il n’a pas l’autonomie par rapport au président de la République qui n’a pas su s’entourer comme Barak Obama d’un Council of Economic Advisers ».

Que le Premier Ministre n’ait pas d’autonomie par rapport au Président de la République sous la Cinquième République, on le sait bien et on ne voit pas en quoi cela devrait changer à quelques mois de la fin d’un mandat.  Le CAE, conseil d’analyse économique existe.

Son président M. De Boissieu le présente ainsi : « Placé auprès du Premier ministre, le Conseil d’analyse économique a pour mission « d’éclairer, par la confrontation des points de vue et des analyses, les choix du gouvernement en matière économique ». Le CAE est une instance pluraliste composée de 28 économistes reconnus et de sensibilités diverses et de six membres de droit qui représentent les grandes administrations économiques et sociales. En quatorze ans, le CAE a déjà publié 100 rapports demandés par le Premier ministre et s’apprête à en présenter plusieurs autres. »


On sait que nous avons parfois la dent dure vis-à-vis des économistes officiels qui n’ont rien vu venir et sont souvent totalement à côté de la plaque. Nous n’avons pas manqué de les égratigner sur ce site à l’occasion. Mais de là à nier leur existence !


Que l’on dise : ils se sont trompés ; voilà où ; et ce qu’il faut faire. D’accord. Mais là on est réellement dans la critique sans fondement.


«  D’où un G.20 raté »


C’est Sarkozy qui a créé le G.20 et s’ils ont tous été ratés, cela demande des explications un peu moins courtes que celles proposées. Quelles étaient les propositions du FMI ? Quelle latitude laissaient les politiques de la Chine et des Etats unis ? Où était l’Europe ? Pas un mot.


« Je pense »


Tant mieux.


« Que le Président serait bien inspiré de changer de gouvernement ».


Une crise ministérielle est bien la solution qu’il nous faut juste avant une élection… 


 « [le premier ministre] doit être quelqu’un d’une compétence  économique et d’une crédibilité  internationale reconnue » 


Incompétent et nul serait en effet  peu opportun.


Mais quels sont les critères de compétences en question ? Quelqu’un qui aurait annoncé la crise, prévenu inlassablement des causes et des conséquences, aurait indiqué publiquement les solutions ?   


Qui nous propose-t-on ?


Michel Camdessus, « sœur Théresa » quand il était au Fmi,  et qui n’a absolument rien compris et rien vu venir. C’est un des concepteurs de l’Euroland telle qu’on la connait. Bien sûr il a repris du service sous Sarkozy pour remettre en cause les 35 heures et proposer le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, preuve au passage que le président s’est bien  entouré de conseiller « compétent » (selon les règles Stoleru) comme M. Obama. Mais c’est un de ceux qui ont construit ou admis que l’on construise le système global absurde dans lequel on se débat.  MM. Trichet et Lamy sont sans doute des gens très distingués mais ils sont eux aussi totalement mouillés dans le système mis en place et qui tourne de l’œil. Quant à M. Bébéar, astucieux profiteur des faiblesses de la gestion énarchienne de l’UAP, on ne voit pas trop ce qu’il vient faire dans cette galère. 



Il nous faudrait un Barre « mais il n’est plus là ». On a eu un Barre et rien de fondamental n’a changé (sauf une excellente mesure : la fin du contrôle des prix.).


«  La démocratie est incapable de secréter et de soutenir des dirigeants politiques qui ont le courage de prendre des décisions populaires mais nécessaires ».


Comme aux temps antiques donnons nos pouvoirs à un Tyran, mais propre sur lui, bien aimé de l’Europe car européiste, connu dans les milieux internationaux et ceux de la finance,  mais pour quelques mois et après, Hop !,  des élections sympas après que les écuries d’Augias auront été nettoyées.


On a fait l’Europe de l’Euro en catimini en mentant au peuple. Quand il a dit non on lui a refilé le projet en douce sans le consulter. Maintenant on voudrait lui fourguer une politique d’hyper rigueur en loucedé avec un « super technicien » complice de ses malheurs, sans qu’il ait son mot à dire.  Et après la politique reprendrait ses droits !


Et M. Stoleru serait prêt naturellement à se sacrifier et  à mettre toute sa volatilité politique personnelle au service de qui voudra bien gagner le jackpot électoral !


Comment peut-on écrire autant de sottises !

Lettre ouverte à M. Guaino seconde partie - la France

Reste la France dont nous affirmons depuis 14 ans qu’elle file un mauvais coton.  Qu’en dit le discours de  Toulon 2 ?

« Je ne crois pas qu’il serait économiquement juste, ni moralement acceptable d’imputer aux Français les difficultés que nous vivons. » « Nous ne sortons pas de trente années où les Français auraient refusé de faire le moindre effort pour faire face à la concurrence des pays émergents.»

Flatter les électeurs fait partie du jeu. Nous ne nous offusquons pas. Une fois de plus vous ne considérez que les aspects commerciaux de la compétition internationale. Comme si la compétition sur les marchés de biens avait été l’essentiel. Grave erreur d’appréciation ! La compétition sur les marchés de biens a été totalement faussée par le développement des bulles financières  successives liées aux défauts de structure du système monétaire international et à ceux de l’Euroland. Depuis la crise de 92-93, il n’y a plus de développement régulier du commerce mais des emballements déséquilibrés arbitrés par la crainte et aggravés par la panique.  Comme nous l’avons vu c’est le développement d’un énorme nuage de dettes sur la sphère économique mondiale, représentant en moyenne, rappelons le, près de 300% de crédits par rapport au PIB global, qui a provoqué la crise et la pousse continuellement vers la dépression généralisée.

Les Français dans tout cela n’ont rien vu, à l’exception de Maurice Allais qui seul et sous les quolibets a expliqué que ce nuage de dettes exploserait et ferait couler le système. Les dirigeants français, de droite comme de gauche, par confort intellectuel se sont accommodés des défauts du système quand ils ne les ont pas aggravés. La gauche socialiste a créé le système déséquilibré de l’Euroland et sous Jospin ne s’est pas gênée de bloquer le système de production interne à la France  par des mesures malthusiennes paralysantes.  Chirac s’est endormi dans le "ni ni" et la défense des avantages acquis. M. Sarkozy en plein philo-américanisme businesso-fouquétien   voulait des subprimes à la française et trouvait que les contraintes de Maastricht étaient excessives. Son action en 2007 a été calamiteuse alors que la crise avait commencé. Il n’a commencé à réagir qu’en septembre 2008.

Les Français sont-ils responsables de la politique irresponsable des dirigeants qu’ils ont élus ? Ils les ont chassés chacun à leur tour pendant trente ans. Personne  ne leur a tracé un véritable parcours économique.

Bien sûr ils ont aimé la retraite à 60 ans, avec des avantages acquis à cinquante pour de nombreux salariés du public. Bien sûr ils ont aimé les postes publics inamovibles où on peut glander sans trop s’inquiéter de la suite. Bien sûr ils se sont calfeutrés pour beaucoup dans des situations où sans travailler ils ont profité de la charité publique. Bien sûr ils ont joué avec la sécurité sociale au-delà du raisonnable. Trop de Français ont cru que la gratuité de la vie à ne rien faire était acquise pourvu qu’on se contente de peu.  Bien sûr ils ont aimé le politiquement correct, cette bonne conscience à peu de frais apparents pour chacun et beaucoup de frais pour tous.

Mais ont-ils réellement marqué une préférence pour cet effondrement moral, intellectuel et économique qui caractérise le pays ?

Les « élites mondialisées », une petite camarilla de hauts fonctionnaires et de dirigeants riches, même pas 2000 personnes, se sont enfoncées dans la recherche du profit rapide sur fond d’abandon de morale personnelle et de souveraineté nationale.  Les aventures du Baron Seillères, pris les deux mains dans les combines pour accumuler les milliards au détriment de sa cousinade, voire du fisc,  sont tout aussi exemplaires que l’enrichissement sans cause réelle des manitous de la politique locale ou  les rétro-commissions nourrissant les plus hautes autorités de l’état. 

La France du haut comme du bas s’est vautrée dans la bonne conscience du politiquement correct tout en cherchant la récupération maximale avec les moyens du bord, sans trop se demander si cette absence de rigueur intellectuelle et morale pouvait avoir des conséquences. Cupidité et pensée zéro auront été les maîtresses exigeantes de la France de ces quarante dernières années. Doit-on en accuser le peuple ?  Doit-on l’en exonérer ?

Il aurait mieux valu l' instruire et le conduire.  Car le réveil va être sinistre. Il l’est déjà.

En conclusion, je vous invite à réfléchir à l’échec du discours de Toulon 1. Trois ans après, la crise est là et l’Euro est à deux doigts de mourir. La croissance est arrêtée. Les bourses sont au plus bas. Les banques sont au ras de la faillite généralisée.  Les épargnants sont à la veille d’être ruinés. L’ascenseur social ne marche plus. Les faibles, jeunes, vieux, femmes, immigrés de fraiche date, sont massivement au chômage. Les petits riches sont en grand danger de tout perdre. Les grands riches ne sont plus en France.  Les jeunes se désespèrent de trouver un emploi sérieux et des perspectives de carrière.

Faute d’avoir entamé une vraie rupture en France et faute d’avoir brandi en Europe et dans le monde l’étendard de la révolte contre les institutions, les idéologies et les pratiques qui sont réellement à l’origine de la crise, se contentant de multiplier les déclarations moralisatrices et les rodomontades sans suites pratiques, Nicolas Sarkozy a ruiné un crédit déjà entamé par quelques  lacunes de tempérament et des écarts de comportement qui auraient du être évités.

Il est aujourd’hui impuissant à redresser le cours des choses. Vous-même ne savez plus où le guider. Les redites de Toulon 1 dans Toulon 2 témoignent de cette impuissance.

Vous direz : nous n’avons pas fait beaucoup de fautes depuis la faillite de Lehman-Brothers. Nous avons maintenu l’activité, sauvé nos banques, garanti l’épargne, gardé le chômage dans les limites habituelles.  Nous avons constamment asticoté l’Europe pour qu’elle bouge.  Est-ce notre faute si Angela Merkel est à chaque fois si longue à se porter au niveau des enjeux ?  Est-ce notre faute si le FMI a été un si mauvais guide ? Est-ce notre faute si la BCE est si bornée qu’elle risque de disparaître elle-même avec la zone Euro, en une sorte de suicide par la vertu ?  Est-ce notre faute si les Etats-Unis sont irresponsables et la Chine saisie par le vertige de la gloire déplacée des Hans ? Est-ce notre faute si le G.20 est vain ?

Vous pouvez légitimement plaider ainsi. Vous ne serez pas écouté, encore moins, entendu.

La rupture était le bon thème. Vous vous êtes contenté d’une fausse rupture. Et vous êtes en grand danger d’être rompu par les évènements que vous n’avez ni vu venir ni compris ni domestiqué.

Que faire ? Nous n’avons qu’un conseil à vous donner : avouez tout ! 

N’essayez pas de vous accrocher à de tristes branches. Oui la situation des Anglais est pire que la notre. Oui les américains sont plus responsables que quiconque de ce qui arrive.  Oui, les socialistes de M. Hollande seront pires que vous. Non, Madame le Pen n’a pas de vraies solutions. Non Monsieur Bayrou, le fédérolâtre euro et égo -centré n’est pas l’homme de la situation.

Avouez que vous n’avez pas compris que depuis 1971 les conditions du gouvernement n’étaient plus celles d’avant. Avouez que vous n’avez pas assez tenu compte de la leçon terrible des crises de 93, 98, 2001.  Avouez que vous n’avez pas compris combien le gonflement permanent des dettes globales depuis 71 était dangereux. Avouez que vous n’aviez pas vu à quel point les institutions de l’Euroland étaient mal conçues.  Avouez n’avoir pas reconnu que la crise de 2007 était si grave qu’il fallait dès l’été de cette année là renoncer à tout votre programme et commencer autre chose.

Cet aveu fait, vous auriez la conscience tranquille pour annoncer tranquillement au monde cette vérité d’importance : si le monde ne renonce pas aux défauts de son système monétaire international, si l’Europe ne remet pas dans l’ordre ses institutions bâclées, si la France ne renonce pas au tout-état, au tout-subvention, et à la défense « perinde ac cadaver » des avantages acquis mal acquis par des catégories sociales abusives,  alors le pire arrivera.

Annoncez à la BCE que si elle ne fait pas son devoir et vite, alors la Banque centrale Française sera réquisitionnée pour battre monnaie à nouveau.  Annoncez à la Chine que si les déséquilibres commerciaux gigantesques perdurent avec la France, une double barrière tarifaire et monétaire sera mise aux frontières. Annoncez aux Etats-Unis que si le « benign neglect et la non coopération continuent, vous ferez défaut sur la dette des créanciers en dollars. 

Vous verrez la panique s’allumer dans tous les yeux. Et les consciences s’ouvrir aux vraies solutions.

Ces solutions faites en votre leitmotiv :


-    Oui il faut revenir à une coopération entre les états basée sur des changes fixes, rationnels et défendus par les états, à charge pour eux d’éviter les déficits et les excédents monstrueux.


-    Oui l’Euroland doit retrouver une gestion financière complète où trésor et banque centrale sont dans la main des dirigeants effectifs, responsables et démocratiquement élus avec un objectif de plein emploi.


-    Oui l’Europe doit retrouver son tarif extérieur commun et doit être pilotée politiquement et économiquement  autrement que par des directives pointillistes et majoritairement inutiles, une Commission anti-états,  et la Cour de justice européenne.S'ouvrir à tout vent et empêcher avec ténacité toute réaction n'est pas une politique.


-    Oui la France doit abandonner le mode de fonctionnement qu’il connait depuis 1974. L’énarchie compassionnelle doit disparaître et la séparation de la haute administration et de  la politique prononcée. La paupérisation par l'hyperfiscalité et la dépense publique folle doit cesser.

Vous ne serez peut être pas réélu.  Mais vous aurez pris date pour après le désastre. Et il faudra bien quelqu’un pour reconstruire.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

La zone Euro va-t-elle éclater ?

"Au lieu de lire des vers de mirliton nous préfèrerions savoir concrètement si la zone Euro peut exploser et si oui ce qu'il faut faire pour se protéger". 

La question est si franche que nous y répondons :

- Oui la zone Euro peut exploser

- Non il n'y a pas grand-chose à faire pour se protéger.

Vous voilà bien avancé,  cher lecteur.

Nous ajouterons : il n'est pas certain qu'elle explose. Il n'est pas obligatoire de chercher à tout prix des protections.

Nous n'avons jamais cru, au Cercle des économistes e-toile, les théories qui expliquaient que la zone Euro n'avait aucune chance de vivre ou de survivre. Nous ne croyons pas à la théorie des zones monétaires optimales, pour des raisons si souvent expliquées ici que nous y renvoyons le lecteur. Nous ne croyons pas à l'existence d'un vice absolu vouant l'édifice aux poubelles de l'histoire.
 
En revanche nous considérons que la zone Euro, zone politique, est grevée de nombreux défauts de construction qu'il importe de comprendre avant de savoir s'il faut et s'il est possible de les corriger.

Une zone monétaire ne peut pas fonctionner durablement sans qu'une politique économique complète soit mise en œuvre. Une politique économique possède quatre dimensions indissociables :

- Le budget
- La banque centrale et la politique de crédit
- Le change
- la législation économique, sociale  et fiscale .

Pour conduire une politique il faut des organes coordonnés vers un même but.

La zone Euro a été construite en refusant ces réalités.

Il n'y a pas d'objectifs globaux explicites. Les budgets restent nationaux, comme la législation économique, sociale et fiscale.

La banque centrale conduit une politique qui lui est propre avec un objectif de prix des biens de consommation tels que définis dans un indice composite européen.

Le change est laissé à l'abandon. M. Juncker, Président de l'Eurogroupe, est théoriquement en charge de la politique de change, selon les traités. En vérité l'idéologie dominante veut que ce soit les marchés qui fixent "librement" les cours de change.
 
Le système actuel repose sur des normes de déficits et d'endettement contredites par  des politiques disparates.

Il s'inscrit par ailleurs dans un système monétaire international sans règle, chaque pays étant libre de faire ce qu'il veut : lier sa monnaie à une autre, la laisser flotter, la diriger.   En revanche les capitaux sont libres de se déplacer à travers le monde sans aucune supervision internationale et d'agir pour ou contre la politique de chaque banque centrale,  c'est selon. 

Autant dire que la zone Euro était un accident dans l'attente de se produire.
 
On dira : l'accident conjoncturel qui frappe la zone n'est pas de son fait et on n'envisageait pas de telles tempêtes. La crise actuelle est de type centennal et le fait qu'elle survienne dix ans seulement  après les débuts de l'Euro tient à la malchance et non  à ses faiblesses structurelles.
 
Les deux affirmations sont justes. Ce n'est pas la zone euro qui est à la source de la crise mondiale et la gestion "par la norme" n'était pas faite pour le gros temps.

Le très gros temps est de la partie. Les défauts deviennent criants.

Pour chacun des états de l'Euroland la pression est sévère.

Leurs dirigeants ont laissé leur pays s'endetter au long cours et les solutions à court terme apportées à la crise mondiale  (sauver les banques et laisser jouer les "amortisseurs sociaux")  ont fait  déborder des bassins déjà trop pleins.  Ils sont à court de ressources et à la merci des prêteurs.  L'Euro n'a pas de responsabilités directes dans l'affaire, sinon en ayant laissé croire à la force du bloc et permis des taux d'intérêt bas pendant un temps trop long.

La difficulté est que les politiques  n'ont plus rien entre les mains pour faire face. La monnaie ? Ce n'est pas eux ? Les changes ? Ce n'est pas eux ?

Restent les budgets et la législation.
 
Dans plusieurs pays de la zone Euro la dette est devenue impossible à rembourser et même à proroger. Les taux d'intérêts sont devenus prohibitifs. Les budgets ne peuvent plus être bouclés et les déficits ne peuvent plus être financés. Ils sont en état de faillite virtuelle.

La seule solution était la solidarité des pays de la zone monétaire  par l'appui de la Banque centrale et la mutualisation des dettes. En un mot la Banque centrale aurait fait chauffer la planche à billets autant que de nécessaire pour financer les états en détresse ; le trésor commun aurait fait rouler la dette, en en purgeant un petit bout au passage. Seulement voilà : les statuts de la BCE interdisent ce genre de politique et les traités précisent bien que les états nécessiteux ne doivent leur salut qu'à eux-mêmes.

Pendant que les pays de l'Euro tergiversent, les banques porteuses des dettes concernées sont considérées comme en grand danger de faillite. Depuis juillet, date où des décisions rapides s'imposent sur la Grèce, puis l'Italie, rien n'a été fait. Alors la croissance s'est arrêtée. Les banques ont vu leurs liquidités s'assécher. La panique s'est installée dans une sorte de sauve qui peut général.

Faute d'autre moyens tous les états se sont lancés dans la contrition budgétaire. Pour contrer les effets déflationnistes les banques centrales se sont concertées. Elles ont  sauvé les banques en panne de dollars puis toute celles en panne de liquidité.

Un énorme coup de frein budgétaire et les plus grandes libéralités monétaires coexistent. Manier le frein et l'accélérateur en même temps provoque généralement des dérapages.

La question est de savoir si la tentation du cavalier seul monétaire, en un mot permettre à un état de produire autant de monnaie qu'il le veut en quittant l'euro et en laissant plonger sa monnaie , l'emportera dans l'esprit des principaux dirigeants européens.

En raison, ils ne sont pas obligés par la crise d'aller à cette extrémité là.

On a vu avec l'Islande, avec le RU et avec bien d'autres pays qui ont leur monnaie propre, que le privilège de pouvoir jouer avec le change et l'offre de monnaie ne changeait pas fondamentalement les choses. Le coup de massue budgétaire au RU est plus sévère qu'en Europe continentale. Il n'y a guère de différences entre l'état de l'Islande et celui de l'Irlande.

Il va de soi que si la zone Euro disposait d'une structure de commandement économique centralisé, d'un trésor central, d'une banque centrale assujettie aux ordres de la gouvernance économique, d'une politique offensive des changes, ainsi que de tous les instruments financiers centralisés, la situation serait meilleure.

Eusse-t-elle été dotée de ces outils en 2008  la politique aurait été sensiblement différente. On aurait laissé filer l'Euro, géré sans effort le cas grec qui aurait disparu des radars,  et prouvé aux marchés que la banque centrale était prête à financer inlassablement tous les déficits qui apparaîtraient et à fournir de quoi rembourser au nominal toute forme de prêts privés ou publics.

La crise n'aurait pas été réglée pour autant. Le Japon, les Etats-Unis  et la Chine auraient été immédiatement gênés par la politique de la zone Euro. Un Euro faible ne les arrange pas. Leurs dettes sont aussi là. Une guerre des changes aurait été possible bien pire que celle que l'on connait.

On aurait craint d'en arriver là. Entre puissances il aurait bien fallu vaille que vaille aboutir à un compromis sur les monnaies.

Eh oui, un compromis sur les monnaies ! Car une guerre de changes ne mènerait nulle part.

Le plus grave dans l'organisation zombie de la zone Euro c'est que sa faiblesse même interdit la seule solution globale. On craint qu'elle ne s'effondre mais on ne la craint pas. Zone d'ajustement elle est et doit rester.

Le RU dévalue à tout va comme la Corée. La Chine ne sait plus où elle va. L'épargne mondiale en folie cherche où se cacher et ne trouve pas. On fuit l'Euro sans tête mais on craint le dollar.

Si la zone Euro casse, tout cassera. Le "credit crunch" sur les dettes sera tel qu'on va directement à la dépression auto entretenue.

2012 est l'année de tous les dangers parce que les décisions politiques qui devraient être prises ne le sont pas. Peuvent-elles l'être ?
 
On entre ici dans la prévision politique. Le tu-me-tiens-je-te-tiens par la barbichette est un jeu difficile à arbitrer. L'issue dépends de la résistance des barbichettes et de la force ceux qui tirent dessus.

Si la guignolade continue au G.20 comme devant et si l'Euroland persiste dans le tempo actuel alors oui il y aura explosion de la zone euro et dépression générale. Oui. Et désolé, il n'y aura aucun endroit où se cacher. Environ 10% du capital mondial disparaîtra ce qui est le coût d'une guerre.


Nous sommes aux extrêmes limites.

Le conseil que nous donnons à la zone Euro est de nommer immédiatement un "chancelier de l'échiquier de la zone euro" avec pour mission de négocier le retour à système monétaire international où les états auront des responsabilités et le pouvoir d'utiliser tous les instruments nécessaires pour éviter l'explosion de la zone Euro.

Le conseil que nous donnons à la Chine et aux Etats Unis, c'est de se préparer à un nouveau Bretton-Woods qui les verra solidifier avec l'Europe  la solidarité des grands pays du monde autour d'objectifs de vraie stabilité  et de coopération équilibrée.

Allons, donnons les parités souhaitables : 1 Euro = 1 Dollar = 5 CNY = 100 Yens.

S'ils avaient mis en œuvre cette politique dès l'explosion du marché interbancaire de 2007, nous n'en serions pas là. Quatre ans ont été perdus. Parions qu'une cinquième année de n'importe quoi ne restera pas sans conséquences gravissimes. 

Revenons à nos questions initiales :

- La zone Euro va-t-elle exploser ? La solution ne dépends pas d'elle seule et suppose qu'elle change profondément ses pratiques. Elle est donc très mal. D'autant que pas une bouche officielle ne tient le discours qu'il faudrait et que les économistes officiels pro-euros sont cachés sous le tapis.

- Peut-on se protéger ? Non. La fuite est en cours depuis des mois et des années. Les actifs gonflés par la fuite s'effondreront plus encore que les autres en cas de dépression généralisée.

La meilleure protection est de militer pour des idées justes et de voir les bonnes politiques triompher.

La chance de Sarkozy serait d'emboucher les bonnes trompettes. Mal conseillé, il tergiverse. Il doit dire à Mme Merkel que les structures de la zone Euro doivent changer et pourquoi, sans cacher qu'un refus de sa part signifie la mort de l'Euro.  Il doit affirmer haut et fort à la Chine et aux Etats unis que les politiques aventurées, le n'importe quoi pour les Etats-Unis et le mercantilisme pour la Chine, se heurteront de plein fouet à la réalité d'une grande dépression. Mme Lagarde doit jouer son rôle qui n'est pas seulement de Cassandre mais de proposition.

Ni Sarkozy ni Merkel  n'ont les conseillers, le bagage économique et la force de conviction pour porter ce message. Qu'ils prennent enfin conscience des efforts qu'il leur faut faire sur eux-mêmes et sur leurs équipes !
 
Si chacun des dirigeants des grands pays  continue à creuser la tombe de l'économie mondiale avec ses petites dents, prisonnier de ses petits calculs, de ses lobbies et des grandes ambitions de son pays, entourés d'idéologues qui les trompent et qui se trompent, alors oui 2012 verra un désastre économique de première grandeur.

Le pire n'est pas sûr.  Le monde est résistant. Les quatre années de pensée zéro et de contre politique  qui viennent de passer le montrent.  Mais le compte à rebours est désormais  enclenché.

Joyeuse année 2012 à tous. 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Poésie de Noël

Quelle est donc cette Europe, devenue aventure,
Qu'une monnaie unique trahit et dénature ?
Avoir perdu les peuples, abaissés les Etats,
et les avoirs réduits à ce sinistre état !


Faut-il incriminer les idées délétères
d'hommes dénaturés oublieux de leur terre ?
Ou l'Hubris exalté d'esprits désincarnés
ivres d'une utopie qu'ils croyaient bien née ?


Une banque centrale peut-elle unir les peuples,
et prévenir les guerres qui parfois les dépeuplent?
Ah que la paix est belle ! Faut-il une monnaie,
un métal frappé fort, des signes engrainés,


pour que  l'espoir vive d'une paix si certaine ?
Aux voisins oublieux  de guerres si peu lointaines,
L'Euro seul suffirait, comme grand  capitaine?
On a voulu des Pères, sacraliser Monnet
en bâtissant soudain une belle  monnaie.


Vois comme en peu d'années elle a sur les marchés
perdu son auréole et son halo sacré.
Partout les peuples souffrent sous une bannière
qui leur fait regretter les bonheurs d'hier.


Les Grecs n'ont ni Délos ni Dieux à  pleurer,

Ils désertent souvent  les charmes du Pirée.

L'Italie, endettée, maintenant sent le souffre

priant pour échapper à l'appel du gouffre.

Où sont des Espagnols les châteaux en Espagne,

Leur immobilier et toute leur épargne?

 

La France attend son tour, sinistre et résignée,
lassée d'avoir trop  cru à ce qu'elle a signé :
un traité mal fichu  au nom imprononçable
illisible et obscur, qui la met sur le sable.

.
De la crise aujourd'hui rien ne parait trop clair.
Contre quoi s'insurger et partir sabre au clair ?
Demain l'élection aux présidentielles
promet de beaux discours, démago, irréels.


Les Français choisiront dit-on un président,
un programme soigné pour tous les résidents,
où fleurent abondamment, l'amour des épargnants,
le souci de l'Euro et les propos gnans-gnans.


Craignez-en la colère  et leur dédain des urnes.
Les impôts, le chômage ça leur casse les burnes.
Les peuples à qui l'on ment et à qui l'on s'en prend,
sont capables tout seuls, de se revoir en Francs.

Lettre ouverte à M. Guaino

Cher Monsieur Guaino,

En juin 2006 nous avions écrit au candidat Nicolas Sarkozy sous forme d’une lettre ouverte publiée sur le forum du Monde.fr.  Nous l’avertissions qu’il allait rencontrer une crise terrible en cours de mandat et qu’il fallait qu’il tienne compte de cette réalité difficile dans son discours de candidat.

Nous pensions qu’il fallait qu’il renonce absolument à ses promesses de croissance accélérée qui se briseraient sur le mur des réalités.

Cinq ans après, voilà Nicolas Sarkozy fracassé par la crise annoncée. Lors du discours de Toulon n°1, il nous avait semblé rester trop décalé face aux réalités. Trop de condamnations globales pas assez d’analyses précises. Trop de morale de tribune. Pas assez d’actes concrets permettant de faire face aux évènements.

Voici qu’à Toulon un second discours est censé marquer les esprits, lancer les accords de Bruxelles sur un nouveau traité européen, mettre le candidat en meilleure posture pour la nouvelle élection présidentielle qui se profile.

On attendait qu’il explique pourquoi Toulon 1 n’avait pas marché, pourquoi la crise était au bord d’un nouvel épisode encore pire que le précédent, pourquoi l’Europe était désormais en pleine discorde, pourquoi la zone Euro était en grand péril d’éclatement, pourquoi la récession s’annonçait à nouveau dans le monde en 2012.

Gouverner c’est prévoir. Avoir raté le coche une première fois lors des élections présidentielles précédentes était pardonnable. La situation était si peu analysée par les économistes de cour qu’on comprend que les politiques aient été pris de court.  Avoir raté le coche une seconde fois à Toulon en 2008 était plus grave. Mais rater le coche une troisième fois  maintenant est dramatique.  


Analysons ensemble certaines assertions du discours de Toulon 2. 

« En septembre 2008, ici, à Toulon, au cœur de la tourmente, j'avais tracé une perspective : celle d'un capitalisme de production, d'une mondialisation régulée, d'une finance encadrée, d'un développement durable, d'un nouveau rôle pour l'État dans l'économie, d'une nouvelle gouvernance européenne et mondiale. »


-    Le capitalisme récent a toujours été un capitalisme de production. Il n’a d’ailleurs jamais atteint de meilleures performances. La difficulté est pour la France en particulier que la production a eu lieu ailleurs et que la croissance de la valeur ajoutée française a été de plus en plus médiocre et dépendante de la dette.


-    La mondialisation, s’il s’agit du commerce international  n’a jamais été autant régulée et surveillée par des organismes ad hoc comme l’OMC.


-    La finance a toujours été extrêmement encadrée. Les règles de Bâle existaient en 2008. Et les nouveaux produits financiers avaient tous été avalisés par les autorités compétentes. Aucun n’a d’ailleurs été interdit depuis.


-    Le développement durable n’est pas seulement le développement qui ne consomme pas les ressources rares de la planète.  C’est celui empêche des bulles de  gonfler qui exploseront nécessairement un jour ou l’autre. Mais les bulles n’ont pas été dénoncées. Elles ont explosées et la croissance n’a pas été durable.


-    Le rôle de l’Etat dans l’économie est en France excessif. C'est la coopération des états dans le monde qui est insuffisante.


-    La nouvelle gouvernance mondiale en Europe et dans le monde n’a de sens que si on précise bien les politiques ou les absences de politiques fautives.

Ces têtes de chapitre en elles-mêmes ne sont pas suffisantes. La question fondamentale reste : qu’est-ce qui était mal fichu dans le système précédent et comment le réparer ? Le diagnostic précède toujours la thérapeutique. Sans diagnostic de détail on reste dans des généralités stériles. 

Vous le faites dire d’ailleurs très bien : « Il faut chercher les causes communes qui ont conduit le monde dans la situation où il se trouve aujourd'hui. »

Et vous continuez de façon excellente :

« C'est dans l'instauration, à partir de la fin des années 70, d'une mondialisation sans règle autre que celles qui garantissaient la liberté du commerce que se trouve l'origine des difficultés actuelles. »


Ce qui nous gêne ici c’est l’emploi du mot mondialisation. Il est trop vague.

 

Ce qui s’est mis en place en 71 c’est une liberté du commerce sans politique monétaire internationale. On a prétendu que les monnaies pouvaient varier l’une vis à vis de l’autre dans un rapport quelconque (on a été du simple au double)  mais qu’un demi pourcent de droits de douane était une honte inacceptable. 

Baisser la TVA sur la restauration de quelques points était un sujet de discussion décennale mais perdre 50% de compétitivité vis-à-vis du Yuan ou du Dollar était « normal » et hors du débat entre nations. 

Ce qui a changé en 1971, c’est le système monétaire international. Le système fautif et l’idéologie qui va avec, auront été que les monnaies, gérées en Occident par des banques centrales plus ou moins indépendantes,  devaient flotter au rythme des pulsions du marché alors que les biens, les capitaux et les personnes pouvaient courir le monde sans entraves.


Il n’est donc pas tout à fait exact de dire que le système monétaire nouveau était sans règle.


Les accords de Bretton-Woods comme vous le savez ont été la victime à la fois des Allemands qui du fait des arrivées de liquidités excessives en provenance des Etats-Unis ont décidé de cesser d’en appliquer les règles et des Etats-Unis qui n’ont pas voulu défendre la parité de leur monnaie en or et qui ont finalement refusé de livrer leur or aux détenteurs de dollars.


Le flottement des monnaies a bien été subi. Aucun économiste sérieux n’avait fait une théorie complète et convaincante des changes flottants, à part quelques bribes dans Milton Friedman.


Mais de mauvais esprits ont fini par théoriser un état de fait et rendre tabou toute tentative de le modifier. Le rôle, pour la France,  de M. Giscard et de son conseiller Pébereau ont été à cet égard parfaitement délétère.  Dès 1972 le tarif extérieur commun de la Communauté européenne est abandonné (sans discussion auprès du peuple ni même des forces politiques), la banque centrale se voit interdire de prêter directement aux états et le principe d’indépendance de sa gouvernance est gravée dans le marbre. 

Depuis la zone Euro a été construite sur les mêmes bases d’une banque centrale qui n’est pas responsable de la valeur externe de la monnaie et qui n’a d’autre boussole que les prix moyens d’une sélection transnationales de produits de consommation.


Banques centrales indépendantes, ne finançant pas les états, marchés de capitaux à court et long terme libres, changes flottants, stabilité interne des prix de consommation sont devenus des idées et des institutions  sacralisées.


L’ennui, c’est que ce système n’a jamais fonctionné, ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais. Il est bien à la source de nos difficultés actuelles.


Il faut donc explicitement le condamner ou se condamner au verbiage. 


Voici la phrase que vous auriez du prononcer : « C'est dans l'instauration, à partir de la fin des années 70, d'un système général de monnaies administratives dont la valeur externe flotterait au gré des pulsions des marchés financiers et des manœuvres des banques centrales que se trouve l'origine des difficultés actuelles. »


L’auriez-vous fait qu’il vous aurait  fallu expliquer pourquoi et  dire comment on devait changer le système, mais vous auriez pu prendre date  et démontrer que faute de réforme on allait tous dans le mur.

Nous reviendrons dans cette grande faute intellectuelle de départ. Continuons à lire votre discours.

« La globalisation financière s'est installée pour compenser artificiellement les ravages que la mondialisation sans règle provoquait dans les économies des pays développés.
C'était nécessaire pour que les excédents des uns puissent financer les déficits des autres. »


Ici, vous allez un peu trop vite.  Dans le nouveau système rien en apparence ne laissait penser que les déficits et les excédents excessifs devaient être la règle. Les cours du change des pays en excédent auraient du monter et ceux des pays en déficits baisser. Les mouvements de changes auraient été stabilisateurs. C’était la théorie de Friedman : les ajustements auraient plus petits, plus constants, moins destructeurs. A terme le monde aurait connu une égalisation des taux d’intérêt, une baisse des réserves nécessaires, et des variations modestes de cours de change.  Pour Milton Friedman les changes flottants comme tous les systèmes de prix étaient stabilisateurs. 


On aura vu exactement l’inverse.


Le système ne devait pas provoquer de « ravages ».  Il n’aurait donc pas du être nécessaire d’effectuer des compensations sous forme de dettes.


Votre propos n’a de sens que si on explicite pourquoi en fait dès 1971 a été mis en place un système voué aux déficits et aux dettes en excédents contrairement à la vulgate qui a fini par le justifier.  

Vous ne le faites pas.


Est-ce la libre concurrence qui est le moteur du déficit, les pays pauvres et peuplés emportant progressivement tout le commerce mondial et toute la production ? La régulation doit-elle être commerciale d’abord ? Faut-il donc revenir sur le libre échange quasi intégral qui prévaut aujourd’hui ?   Ou sont-ce les défauts structurels du nouveau système monétaire international de facto qui doivent être incriminés ?


Le discours ne donne pas de clé sur ces questions cruciales.


En revanche il esquisse une explication fausse de l’accroissement de la dette globale. En considérant que la liberté du commerce implique que les pays riches soient mécaniquement  obligés de s’endetter pour continuer à consommer, on se trompe totalement de diagnostic.  Vous semblez croire qu’un pays pauvre a toujours l’avantage sur un pays riche en matière de productivité et qu’il lui prendra nécessairement sa production.

C’est évidemment faux. Sinon il n’y aurait plus de pays pauvres depuis longtemps et la Grèce triompherait en Europe.   Ce que vous oubliez c’est le taux de change. C’est lui qui régule les vannes.  Au sein de la zone Euro il n’y a plus de vannes. Dans un système de changes flottants les vannes sont chaotiques et irrationnelles. L’ennui c’est que le taux de change est un sujet tabou, aussi bien au sein de l’Euroland depuis que la monnaie unique a été choisie de préférence à une monnaie commune mais ajustable, que dans les instances internationales où les changes flottants sont le dogme absolu.


Ce que l’on a vu c’est une panne généralisée de quarante ans dans le fonctionnement des écluses monétaires. C’est sur ce défaut majeur que l’on aurait du se pencher. Mais au G.20, on a considéré,  que les changes étaient un non-sujet. Tragique méprise.
L’ouverture du commerce international et son développement n’est pas la source des difficultés. Au contraire, ils ont été une force de croissance constante et puissante jusqu’à ce que désordres financiers finissent par l’étouffer.


En revanche le pseudo-système, qui s’apparente à un non-système du point de vue technique, qui consiste à laisser une monnaie nationale jouer le rôle principal dans le système monétaire international soit comme monnaie de transaction soit comme monnaie de réserve, en sachant que les autorités dudit pays annoncent qu’elles se moquent de la valeur externe de leur devise, et qui laisse toutes les monnaies flotter ou non selon les stratégies des états, est une absurdité calamiteuse qui a fait tout sauter.

C’est cette absurdité qu’il faut dénoncer. Oui il  importait dès 2007 de prendre date en assénant que l’absence de réforme dans ce domaine provoquerait une crise plus grave encore et dès 2008 qu’elle ne permettrait pas de sortir de la crise qui avait explosé.

Bien sûr la France aurait rencontré des oppositions. Ni la Chine ni les autres pays mercantilistes n’auraient accepté sans réagir la remise d’un système dont ils croient tirer avantage. Les Etats-Unis n’auraient pas lâché leur privilège monétaire d’un tour de main.  Le Royaume-Uni, poumon financier et principale passerelle de recyclage des excédents et des déficits de balances de paiement  n’aurait pas non plus pavoisé.


Mais en indiquant que le prix à payer de l’inaction était une crise mondiale pire que celle de 1929, on se positionnait pour la suite.


Toulon 2011 n’aurait pas été cette pale copie de Toulon 2008.  Le Président aurait pu dire : « Nous nous enfonçons dans la crise comme nous l’avons prévu et annoncé faute de toucher au moteur de la crise. Voulons-nous attendre la vraie grande dépression mondiale pire que 1929 pour agir ? ».


Au lieu de cela vous avez rendu les armes par avance. En annonçant qu’il ne s’agissait pas de remettre en cause le rôle du dollar comme monnaie internationale et qu’on ne reviendrait pas sur les changes flottants et que la Chine était notre amie malgré sa politique mercantiliste agressive,  vous vous êtes privé de tout levier pour faire changer quoi que ce soit. Et vous avez aggravé le tout en affirmant qu’il n’était pas question de revenir sur l’indépendance totale de la BCE.


Que vous reste-t-il comme issue sinon subir l’aggravation de la crise en secouant des petits poings impuissants ? Alors que le Président de la République Française aurait  pu prendre la stature du commandeur.

« L'Europe sans politique, l'Europe en pilotage automatique qui ne fait qu'appliquer aveuglément les règles de la concurrence et du libre-échange est une Europe qui ne peut pas faire face aux crises. »

Nous retrouvons ici une variante de la même analyse : l’Europe serait victime de la liberté commerciale et d’elle seule.  En vérité ce sont les changes de la zone euro qui sont en déshérence.  Lorsque le dollar a été faible ainsi que le Yuan entre 1997 et 2000, la croissance a été forte. Lorsque l’Euro a été trop fort, elle a souffert.

Les déséquilibres internes à la zone  ne sont pas non plus pris en compte. L’Allemagne a conduit une politique « mercantiliste » fondée sur la retenue salariale et une moindre croissance, mais sans trop de dettes, pendant que la France prenait un autre chemin, basé sur la consommation, le farniente et la dette à outrance.  Quant aux autres ! Chacun a fait ce qu’il voulait.

Entre le défaut de construction de la zone Euro qui laisse sans gestionnaire le taux de change (M. Juncker aura été un président fantomatique de l’Eurogroupe) et la politique foldingue de la France fondée sur le vive l’impôt, vive la dépense publique, vive la dette, vivent les avantages acquis, on a assez d’explications des difficultés particulières qui nous assaillent sans remettre en cause exclusivement le libre échange. 

« La croissance extravagante du secteur financier qui a disséminé d'invraisemblables quantités de dettes a eu pour conséquence la financiarisation de l'économie. Elle l'a mise sous la domination exclusive de la logique spéculative et l'obsession du court-terme. On en connait les conséquences dramatiques sur l'industrie, sur l'environnement, sur les inégalités et sur la dégradation de la valeur du travail ».

La question est de savoir quelle est la source de cette « croissance extravagante ».  Vous n’en esquissez aucune description dans le discours. On pourrait penser que votre idée sous jacente est que les pays développés, perdant dans la compétitivité mondiale, se sont lancés dans une course folle volontaire à la dette et que les banques en auraient rajouté pour arriver à la catastrophe que l’on connait.

La vérité, à laquelle vous faites si souvent référence dans ce discours,  est un peu plus précise que cela.

Les banques ne peuvent pas enfler leur bilan toute seule. Si elles avaient le pouvoir individuel de créer de la monnaie à volonté, aucune d’entre elle ne risquerait la faillite.  La dette créée par les banques est toujours un produit dérivé. Il faut une source nette de liquidité pour que la banque prête plus.  Cette source de liquidité à l’échelon d’un pays ne peut venir que de la création de monnaie banque centrale ou dans un afflux net de monnaie internationale, dans la pratique de dollars.

Chaque zone monétaire est donc dans la dépendance des balances qu’elle entretient avec les autres et de la politique de sa banque centrale « indépendante ». 

Dans un système de changes flottants où personne n’est responsable ni des cours des devises, ni des niveaux de balances de paiements, ni des niveaux de balance commerciale, laissés à la libre évaluation ou évolution des marchés, tout va dépendre de la politique monétaire des grands acteurs et principalement de la banque centrale du pays qui émet la monnaie mondiale et qui ne peut alimenter la liquidité mondiale que par des déficits de balances extérieures.

Après dix années d’inflation à deux chiffres et de déficits monstrueux, Volcker aux Etats Unis a donné à la fin des années 70 un énorme coup de frein qui a aggravé fortement aux Etats-Unis la dureté de la crise cyclique décennale. Ensuite Greenspan a repris dès 1987 la politique de Benign neglect et d’injection massive de liquidité à chaque chute de bourse ou début de récession. Lorsque les dettes devenaient trop grandes on ruinait le créancier comme le Japon dans les années 80. Ils ont accumulé des avoirs en dollars replacés aux Etats Unis selon une spirale sans fin (la double pyramide de crédits décrite si bien par jacques Rueff) avant de subir des très graves dépréciations dont ils ne sont toujours pas remis. A partir des années 90 la Chine s’est ajoutée.  Et elle proteste en voyant qu'elle prend le même chemin si lme dollar s'effondre. 


Les pyramides de déficits de la balance dollar des Etats unis ont donc été depuis 1971 la source des pyramides de dettes quiont été certes  partiellement purgées après chaque accident conjoncturel.mais qui ont chjaque fois repris de plus belle.


On a vu ainsi les dettes globales moyenne des Etats industrialisés qui étaient redescendues à moins de 200% du PIB remonter dès 1972.  Partout. On a dépassé  200% puis 250% puis 300% puis 350% de ratio dette/PIB pour atteindre souvent 400 et plus. L’Irlande ira vers les 1000%, l’Islande les 1400% !


Nous avons décidé au Cercle des économistes e-toile d’intervenir quand beaucoup de cs pays ont dépassé les 300% en 1997.  Depuis cette date nous appelons les dirigeants à réfléchir aux défauts d’un système qui ne pouvait qu’exploser de façon cataclysmique. Et on a passé les 300% pour aller vers les 400%  dans le silence absolu des économistes officiels et des politiques !


Le cœur de votre réflexion devrait être fixé sur cette explication : pourquoi et comment depuis 1971 le monde a-t-il vu l’endettement global des pays développés remonter alors qu’il baissait continument depuis la guerre ? 


 « L'Europe sans politique, l'Europe en pilotage automatique qui ne fait qu'appliquer aveuglément les règles de la concurrence et du libre-échange est une Europe qui ne peut pas faire face aux crises. C'est une Europe désarmée. C'est une Europe qui est condamnée à subir. Cette Europe-là, nous n'en voulons pas. »


Ce n’est pas nous qui vous contredirons. Nous affirmons que la gestion par la norme est la grande victime de la crise.  Ce n’est pas vrai seulement pour l’Europe : à partir du moment où il n’y a plus de discipline internationale d’état autour des taux de change, le monde vit dans le spontanéisme corrigé théoriquement par la norme et les institutions juridiques mais en vérité exploité par les puissances en vue de leur propre intérêt. Au darwinisme microéconomique réponds un darwinisme macro économique qui a permis aux Etats unis et à la Chine de tirer au moins provisoirement et en apparence leur épingle du jeu. Mais au prix de la faillite générale. 


Il est clair que dans ce choc des puissances la France n’a pas  fait le poids et l’Europe n’a pas existé.


A l’intérieur de la communauté, sur trop de sujets, la commission européenne dicte sa loi contre les états. Le ministre socialiste Allègre a écrit que la collectivité des ministres de l’éducation n’a rien pu faire pour imposer à un Commissaire un projet que tous les ministres européens avaient accepté. Le Commissaire a dit : niet. Et rien ne s’est fait.  Seule la commission a l’initiative. Et sur certains thèmes un grignotage perpétuel soutenu par la Cour de Justice Européenne a été mené sans résistance réelle de la France.

Dans tous les secteurs communautarisés via la Commission les gouvernements et donc leurs électeurs ont perdu tout pouvoir de contrôle et surtout de changement. Le Parlement européen a toujours été une farce démocratique et le restera.

Avec la BCE la perte de pouvoir est encore plus radicale. Non seulement le pouvoir a échappé aux Etats mais ils sont condamnables s’ils prétendent remédier à ce triste état de fait.  L’indépendance des banques centrales est une fiction idéologique. Ne donner à cette fiction qu’une mission de stabilité d’une liste de prix de produits de consommation plus ou moins arbitraire et moyennée sur une zone aussi grande n’a pas de sens.

Vous venez de prendre des décisions qui mèneront à la perte de la responsabilité budgétaire. La « règle d’or » cela consiste à créer une condition de plus de « pilotage automatique pendant la crise ».

Les Etats européens ne disposent plus du volant règlementaire et législatif dans aucun des domaines communautarisés, n’ont plus de gouvernail monétaire et désormais sont contraints à faire avaliser leurs budgets par la Commission.

C’est une Europe dont les états sont condamnés à subir.

Vous affirmez : nous ne voulons pas d’une Europe passive.  Très bien. Parfait. Mais quels sont les leviers qui restent à disposition du Président de la République Française ?

En revanche des pouvoirs transférés ne sont pas exercés.

Qui était responsable de la politique de change en Euroland ? Pas la BCE, on le sait. On a statutairement mis hors jeu l’institution qui a le plus d’influence sur les changes. Les états de la zone Euro ? Aucun pouvoir.  Les traités disaient : c’est l’Euro-groupe.

Cet Euro-groupe a été présidé par un fédéraliste européen, le luxembourgeois Juncker,  quasiment depuis sa création. Qui a entendu sa voix ? Qu’a-t-il fait ou dit dans ce domaine ? Rien.   Et pourquoi rien ? Parce que l’Euro-groupe et les états de l’Euroland n’ont exactement aucun pouvoir sur les changes externes et qu’ils sont totalement impuissants à contrer les forces centripètes à l’intérieur de la zone Euro.  De toute façon son président n’a même le pouvoir de parler au FMI !

On ne voit pas que ces institutions partiellement informelles, divisées et croupions, ait un rôle quelconque sinon de dialogue entre ministres européens, façon club.

L’Europe a désarmé les états pour tout ce qui concerne les mouvements de personnes, de capitaux et de produits au sein de l’Union.  Et elle ne produit aucune politique dans ces domaines. Les armes mises au râtelier européen ne servent plus.

Votre discours n'est pas faux. Il ne fait guère avancer les choses. On en reste à l’incantatoire. Que faire sans sortir de l'Euro ou sans créer à côté de la Commission un centre opérationnel réel de l'Euroland piloté par la réunion des états concernés ? Surtout comment faire si Mme Merkel ne veut pas  ?

Les erreurs incroyables de M. Michel Pébereau

Le banquier Michel Pébereau a commis un discours à l'Institut de France le 25 octobre 2011 qui illustre de façon presque parfaite l'incompréhension de la situation économique qui prévaut aujourd'hui dans les milieux huppés de la finance et de l'administration françaises.

Les contresens commencent à la première ligne et se poursuivent jusqu'à la fin du texte (publié dans Commentaire n°136).

Nous n'avons pas ici la place pour en faire une critique détaillée complète. Allons à l'essentiel :

"C'est la décision de la communauté internationale dans les années 70 de s'en remettre au marché pour fixer la valeur des monnaies qui est à l'origine du basculement dans un nouveau monde financier. "

C'est vrai sauf qu'il ne s'agissait pas d'une décision. Les Allemands ont cessé en 70-71 de jouer le rôle prévu par les accords de Bretton-Woods provoquant la réduction rapide des stocks d'or des Etats-Unis.  Ceux ci ont réagi en abandonnant unilatéralement la conversion des dollars en or. Cette voie de fait n'a rien à voir avec une "décision de la communauté internationale".  Elle traduisait que justement il n'y avait plus de "communauté internationale" et chacun était libre de faire ce que bon lui semblait avec sa monnaie et sa politique monétaire. Cela revenait à un étalon dollar compte tenu de la place de cette monnaie dans les transactions internationales.  Aucun livre d'économie n'avait explicité ce nouveau modèle. Au contraire les changes flottants étaient considérés dans tous les grands manuels comme une fantaisie qu'on signalait en passant pour être complet.  On est donc entré de force dans un système inconnu à cette échelle là et dont les inconvénients allait bientôt se faire sentir.

" Ce système (les changes fixes NDLR) a éclaté à la suite des bouleversements provoqués par le choc pétrolier de 1973".

Parfaite inversion des causes. Les changes flottants apparaissent en…1971, pas en 1973. L'énorme dépréciation du dollar engendrée par le détachement du dollar à l'or a provoqué la colère des pétroliers, payés en monnaie de singe.

Ils ont profité de la guerre perdue lancée contre Israel par les pays arabes en vue de récupérer les territoires occupés depuis la guerre précédente pour  provoquer une hausse massive des tarifs.  La crise de 74 n'est pas "le premier choc pétrolier", mais "la première crise des changes flottants", la première des crises les plus graves depuis 1929. A l'époque on s'interrogeait sur les risques imminents d'une dépression de type 1929.

Face à la récession divers pays comme la France jouent la politique habituelle : relance keynésienne pilotée par les déficits étatiques. Mais là, surprise, cela ne marche pas. La relance Chirac est un échec et il faut vite appeler Raymond Barre.

Les relances keynésiennes ne fonctionnent pas en changes flottants.   La leçon sera réitérée après la récession de 1992 et celle de 2009.

"Elle (la nouvelle sphère financière) a aussi aidé les pays avancés à maîtriser le fléau de l'inflation".

Comment peut-on écrire des bêtises pareilles?  Pendant 15 ans les changes flottants ont été à la source d'une inflation à deux chiffres partout. Jusqu'à ce que Volcker siffle la fin de la récréation, au prix d'une violente récession aux Etats-Unis.  L'auteur passe d'un trait de plume sur toute la période de stagflation qui a suivi la décision américaine de 1971. Puis sur la terrible récession de 93, la véritable première récession mondiale depuis la guerre de 40 et la nouvelle "crise la plus sévère depuis 1929". 

Après cette crise  se produit un phénomène important : la chute du mur de Berlin et l'accès de la Chine au commerce mondial. Les terribles effets des doubles pyramides de crédits  ne se verront plus dans les chiffres des prix à la consommation mais dans ceux des biens durables et dans les bulles qui enflent sur tous les marchés de valeurs.  Les prix de l'immobilier s'envolent, comme les cours des bourses de valeurs, des commodities, de l'or et des métaux précieux etc.  Le dollar perd 99% de sa valeur en or.  Ces bulles explosent entre 1998-2001 provoquant une terrible secousse et parfois de véritables tsunamis financiers comme en Argentine, en Russie, et un peu partout en Extrême-Orient.

"Dans l'enthousiasme de ces années de croissance"…

La croissance mondiale moyenne baisse dans la décennie 70, puis baisse à nouveau dans la décennie 80, baisse encore dans la décennie 2000, puis baissera encore dans la décennie 2010 compte tenu de ce que l'on sait. C'est la fin des trente glorieuses et l'arrivée des quarante minables.  En attendant mieux.

Enthousiasmant ? Vraiment ?

" Par ses excès la finance porte une lourde responsabilité dans la crise".

Une fois encore, une banque ne crée pas de monnaie par elle-même. Il faut au système bancaire une impulsion, une arrivée nette de liquidité. D'où est donc venu cet apport net de liquidité ?  Là il n'y a plus personne. M. Pébereau est absent. 

Elle  n'a que deux sources principales : la politique des banques centrales et les excédents de balances de paiement. Quand la FED alimente en permanence le marché de liquidités alors que les partenaires des Etats-unis replacent leurs excédents aux Etats unis eux-mêmes, elle crée un cercle vicieux, une vis sans fin de création de crédits. Il n'y a pas d'autres explication au gonflement monstrueux des encours de dettes qui passent les 200% du PIB, puis les 300, puis les 400, presque partout, sans que personne ne rugisse de colère. Si : Maurice Allais avant de mourir pousse un cri d'alarme. Il est marginalisé de façon incroyablement grossière. Où était Monsieur Pébereau pendant ce temps là ? Quand a-t-il dénoncé ce système délétère qui ne pouvait qu'exploser. "Ce qui doit arriver, arrive " disait Maurice Allais.

Ce qu'ont fait les acteurs financiers, c'est introduire, avec la caution des autorités, et des agences de notation,  des outils permettant de tourner les règles prudentielles habituelles. A-t-on jamais entendu M. Pebereau se plaindre et demander la mise hors la loi de ces dispositifs ? Ils ont permis une certaine augmentation du "leverage", de l'effet de levier, du ratio capital-dette. Mais c'est marginal par rapport à l'enflure de crédits induite par les alimentations massives et constamment accélérées  de liquidités primaires.

"Les Etats ont un rôle à jouer pour que toute la finance soit au service de la croissance et de la stabilité financière. Maîtrise des finances publiques et coordination des politiques économiques sont les conditions de l'indépendance des états par rapport aux marchés".

Les accords de Bretton-Woods, aussi imparfaits qu'ils étaient avaient pour mission principale de forcer les états "à ne pas faire plus de bêtises que les autres" et à s'assurer d'un minimum de coopération. Pas d'excédents commerciaux monstrueux ; pas d'excédents monstrueux de balances commerciales ou de paiements.  Ce ne sont pas les marchés qui peuvent mettre en branle les mécanismes législatifs et budgétaires et monétaires, qui permettent de maintenir les parités arrêtées en commun. Au contraire les changes flottants et la liberté complète des mouvements de capitaux permettent des crises de crédits endogènes. Ils sont déstabilisateurs par construction. Toutes les hypothèses contraires ont été démenties par les faits.

"Pour que toute la finance remette ses virtualités au service de la création de prospérité réelle, il faut encadrer la liberté du marché par le contrôle et la régulation de ses acteurs".

Le seul mécanisme assez puissant c'est l'obligation faite aux Etats de surveiller leurs balances extérieures et la valeur externe de leur monnaie. C'est-à-dire le retour à un système de changes fixes, concertés et de règles puissantes de surveillance des politiques d'états.  Tout le reste est du pipeau grec  et peut même être contreproductif. Réguler les bonus et le capital des banques et les règles comptables et les agences de notation, tout cela c'est de la blague.  Si on laisse en place un système qui dans les trente ans à venir fera baisser à nouveau le dollar de 99% pour sa valeur en or, qui permettra à la Chine la poursuite des excédents monstrueux qu'on connait, empêchant que "le travail s'échange contre le travail",  avec une liberté totale des mouvements de capitaux qui peuvent contrarier toutes les politiques nationales ou régionales , on n'aura exactement rien fait.  Et il faut liquider les milliers de milliards de dettes créées par le système précédent.

L'illusion que les changes flottants et la complexification des méthodes techniques de la finance sont une bonne chose est tenace.  C'est cette illusion là qu'il faut vaincre. Et celle de croire qu'en régulant uniquement le secteur financier par des taxes et des règlements, sans changer le cadre global où il s'agite, on aura réglé tous les problèmes, est tout aussi puérile.  


Didier Dufau pour le cercle des économistes e-toile.



Nouveau traité européen : quel impact ?

Pour connaître l'impact d'un train de mesures comme celui qui vient d'être mis sur les rails par l'Union Européenne moins le Royaume-Uni il faut avoir une grille de jugement.

En temps de crise, la préoccupation est toujours double :

* sortir du mauvais pas où l'on s'est fourré
* éviter de recommencer.

Il faut donc, d'abord, avoir une idée des causes de la crise.

Nous défendons ici que le monde souffre d'une erreur de conception du système monétaire international fondé sur les changes flottants et une monnaie de réserve internationale gérée par un seul pays à son seul profit apparent, que l'Euroland est mal conçue avec notamment une banque centrale à la vocation atrophiée, et que la France a sombré à son détriment dans le tout état, tout impôts, tout dépenses publiques.

L'accord européen n'apporte aucune solution directe aux malheurs liés aux changes flottants et à "la guerre des monnaies".

Les statuts de la banque centrale reste ceux qu'ils sont et la gouvernance de la zone euro reste bancale, du fait d'une gestion par les principes, par la norme, et non par une gouvernance capable de piloter. Si la convergence des politiques budgétaire est acquise, tous les autres éléments sont libres. Une politique sociale effrénée mais sans effet sur le budget (jouer sur la durée du temps de travail, les salaires etc.) a autant d'effet que la politique budgétaire. De même que les politiques de crédits peuvent être très différenciées indépendamment du budget. La convergence budgétaire ne garantit aucune convergence générale. D'autant plus que les déficits peuvent être subis et non décidés, comme on vient de le voir du fait du sauvetage presqu'obligé des banques et la mise en œuvre des "stabilisateurs automatiques" en cas de récession. 

Pour la France l'obligation d'être raisonnable était souhaitable. Mais les mesures prises ignorent une réalité que nous soulignons inlassablement : l'existence du cycle. Le budget doit être contra-cyclique. Il ne doit pas être a-cyclique.  Excédentaire pendant les phases de croissance forte il doit redevenir déficitaire pendant les creux. L'équilibre budgétaire doit être dosé finement en fonction des fluctuations générales. L'anomalie est dans l'effet de cliquet des dépenses publiques en cas de baisse de recettes et la reprise immédiate des libéralités financières dès l'arrivée des excédents des vaches grasses.

Toute cette rigidité introduite sur le sable mouvant des changes flottants, renforçant la sous-compétitivité lié à l'Euro fort et confirmant l'absence de politique des changes ne garantit rien du tout pour l'avenir. On a mis une camisole de force à un épileptique jouant au trampoline.

Permet-il au moins de sortir de la crise de financement propre à la zone Euro ?

On sait que la difficulté est lié à un excès de dettes. Les banques sont virtuellement en faillite et les états ne peuvent plus les soutenir sans paniquer les prêteurs, ni même se financer à des taux raisonnables.

Pour liquider des dettes en excédent il n'y a que quatre manières :

- Constater la perte d'une partie des créances : en un mot une faillite organisée ;
- Faire fondre la dette par l'inflation ;

- Pousser la dette devant soi en réduisant à rien les taux d'intérêt voire en les rendant négatif ;

- Accélérer la croissance pour trouver les ressources nécessaires au paiement des intérêts et au remboursement du principal.

Sur le premier point il est annoncé qu'il n'y a aura plus de faillite organisée. En revanche on corsète à ce point les banques qu'elles doivent liquider en masse leur portefeuille et limiter drastiquement le financement...des états. La taxe sur les opérations financières achèvera le travail. C'est du "deleveraging" au forceps.  Mais si on brade des dettes sur le marché secondaire, ces dettes ne sont pas pour autant réduites.

L'inflation est interdite par les statuts de la BCE.
 
Pousser la dette devant soi n'est possible que dans la mesure où il y a refinancement. C'est-à-dire qu'il faut des banques désireuses et en situation  de prêter, si possible dans la zone monétaire elle-même et non pas à l'étranger avec risque de change. Mais les mesures de compression bancaire ne le permettent pas.

Accélérer la croissance est impossible dans le cadre des plans d'austérité nécessaires pour revenir dans les clous des normes fixées par l'accord.

Au total force est de constater que ces accords ne règlent rien pour le futur et ne permettent pas de sortir du trou où on est tombé.
 
Ils rassurent à moyen terme les porteurs de dettes européennes hors de la zone Euro. Mais ils n'empêcheront pas la dégradation générale des notations. Ils donnent à penser que l'Europe  a choisi son avenir politique de façon si forte que la panique s'arrêtera et l'intendance suivra. Mais le temps constitutionnel n'est pas celui de la finance.
   
Sauf si la BCE, "rassurée" sur le sérieux de ses mandants par ses beaux principes gravées dans le mou des parchemins, décidait unilatéralement et en toute "indépendance" de lâcher les liquidités massivement ce qui est actuellement possible sans déclencher une forte inflation, il est plus que difficile de déterminer en quoi les mesures prises peuvent véritablement avoir un effet positif pour la prévention des crises futures comme pour la résolution des conséquences de la crise mondiale en cours.

A entendre les débats qui ont suivi dans les médias, les défenseurs de l'Euro semblent pris au dépourvu. Ils en sont à acquiescer avec ceux qui pensent que l'Euro ne passera pas l'hiver si, au-delà des mesures prises, un "projet vraiment européen" n'était pas mis en place accompagné par un déversement de liquidité de la BCE rendu actuellement impossible par la constitution allemande, verrou qui doit sauter.  Les européistes ont finalement intégré  que l'Euro tel que conçu n'était pas viable. Après avoir crié sans réfléchir que l'Euro était la seule solution, celle qui allait faire naître solidité financière et 5 millions d'emplois nouveaux, comme disait Mitterrand, qu'il s'agissait d'un bouclier dont la construction valait bien quelques sacrifices, manifestations d'un acte de foi plus que d'un raisonnement économique,  les voilà devenus incrédules ou apostats au moment même où l'on créée une nouvelle étape de la fusion économique : l'Europe budgétaire.  

Pendant ce temps là la Grèce s'enfonce dans la récession, comme peu ou prou l'Espagne, le Portugal, l'Irlande et l'Italie. La France ne sait plus si elle dans le camp des forts ou des faibles. L'Europe tout entière perd en compétitivité globale.

Ce n'est plus qu'un cri presqu'unanime : que la BCE lâche la liquidité nécessaire et que l'Euro baisse.

On vote un traité qui dit le contraire : pas de gabegie et pas de dévaluation compétitive. 

La postérité risque d'être un peu dure lorsqu'elle examinera la manière dont l'Europe et le Monde auront géré la crise depuis 2007.

 
Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Du côté des gestionnaires de fortune

En attendant que les états se soient mis d'accord sur quelque chose, aussi bien dans le cadre de l'Europe que dans celui plus général du G.20, il est intéressant d'aller tâter le pouls des épargnants et des gestionnaires de leur épargne.

Comme le dit si bien le CEO d'UBS au journal suisse Le Temps, la question est savoir si on fait du conseil en placement ou si on gère la relation avec le client. En ces temps d'incertitudes majeures, l'accent est partout mis sur la relation avec l'épargnant. Imaginez qu'il retire sa confiance au vu des résultats navrants de l'année 2011 !

On sait que de tradition un bon gestionnaire de fortune est un homme émotif et convivial qui sait pleurer avec le client. Lors que les résultats sont bons, le gestionnaire dit "je". Lorsqu'ils sont mauvais, il dit "nous". En 2010 : "je suis content de mes performances." En 2011 : "nous avons souffert cette année". Enfin, surtout vous, car nous cela va encore bien merci. Surtout si vous restez.  

Il faut être capable en toute circonstances de débiter les plus plates banalités, en général pêchées dans le journal du jour si tant est que "des éléments de langage" n'aient pas été distribués par une obligeante direction générale. Le chef du département "retail"  de Blackrocks  en Suisse va par exemple se fendre d'un article, toujours  au Temps,  pour expliquer que "la stratégie doit privilégier les entreprises en bonne santé". C'est sage en effet.   

Le bon gestionnaire doit sans farder la "difficulté exceptionnelle du moment" faire valoir qu'il fait tout de même mieux que les autres. Il doit utiliser la méthode "Hervig von Hove" telle que démontrée dans le même journal Le Temps, une vraie mine d'or : "Depuis le début de l'année la performance de nos fonds se situe entre -2% et -6.5%, des chiffres à comparer à des chutes bien supérieures des principaux indices boursiers".  Variante : à ceux de nos principaux concurrents. Toujours garder prêt à servir le résultat particulièrement désastreux d'un fonds même inconnu qui servira de repoussoir. L'important est de faire prendre conscience au client à quel effroyable destin il a échappé en restant sagement auprès des "bons gestionnaires".

Une des règles de fer est de jamais parler de la rentabilité de l'entreprise gestionnaire.  Inutile de rappeler au lourdeau que les marges s'étaient envolées jusqu'à 180 points de base dans certains  cas de mandat entre 2005 et 2007 (nous ne parlons évidemment pas de la gestion de la fortune de la malheureuse Mme Bettencourt !).  Et de ne jamais présenter  de comparatifs explicites sur plusieurs années. Les résultats globaux sur l'année en cours, n'espérez rien de mieux. Quant au prix de revient unitaire moyen d'un actif comparé à sa valeur du jour, ne rêvez pas.  Les pertes apparaîtraient si bien que même le plus langoureux roucoulement ne servirait à rien.  Evitez les aveux dérivés comme celui  du "Head of discretionary portefolioManagement du Crédit agricole suisse private equity" : "La performance moyenne sur trois ans sur les dix dernières années est de +3.6%".  Si l'inflation prend 2,1% et le gestionnaire 1.8%, le gain avant impôt est nul.  

Le Cabinet Deloitte qui conseille le secteur de la gestion de fortune indique qu'il est l'heure de "changer de modèle", une des phrases creuses à la mode dans tous les domaines du management. Il faut mettre en avant les notions "d'asymétrie, de liquidité et de dynamisme". Avec de tels conseils nous sommes sauvés. Surtout si on y ajoute l'avis déterminant du responsable de la gestion de portefeuilles pour la clientèle privée chez Lombart Odier : " Une gestion active avec conviction s'impose".  On apprend donc que jusqu'ici la gestion n'était pas active et manquait un tant soit peu de conviction.

Lors d'une récente enquête, la BNP demandait à ses clients ce qu'ils espéraient d'une bonne gestion de fortune. De beaux locaux et des invitations à des "events" de prestige dans des endroits sélectionnés pour happy few ont été des réponses fort nombreuses, à ce qu'on dit. Cela prouve que les épargnants sont des sages. Quitte à se faire légèrement piller, autant que ce soit dans une ambiance sympathique et exclusive. Il faut le dire les vrais gestionnaires de fortune spécialisés dans la clientèle riche sont autrement plus "dynamiques" et montrent une autre "conviction"  dès lors qu'il s'agit du traitement du client (par traiteur)  que les mercenaires des banques commerciales.  

L'un d'entre eux organisait son raout annuel ces derniers jours.  L'endroit choisi est magnifique : un hôtel particulier place Vendôme, avec des salons luxueusement décorés et la vue féérique sur les illuminations de Noel. Le champagne, Henriot, servi frais est excellent.  Côté petits fours cela manque un peu de classe. Mais les temps sont durs. On ne va pas chipoter.  L'important, ce sont les discours. On a fait venir "un économiste officiel". Pas n'importe qui.   

On ne fera pas grâce d'un de ses titres à l'auditoire lors de sa présentation. Il s'agit de montrer que décidemment, on choisit les meilleurs, les mieux en cour. L'intervenant  entend lui même faire savoir combien il est important. Il énumère ses postes de conseiller. Il indique qu'ayant été choisi pour un poste dans un "machin" public, les conflits d'intérêts possibles l'obligeront à quitter certains d'entre eux. En un mot : quelle chance nous avons qu'il ne se soit pas encore démis de ses fonctions chez ce gérant de fortune ! Profitons donc encore un instant de son grand savoir et de son entregent. Un homme si proche du pouvoir, si influent, si présent dans les médias, cela vous pose. C'est tellement vrai que nous avons vérifié qu'il intervenait partout. Trois invitations à des manifestations de ce genre reçues en quelques semaines portent son nom.

L'augure va parler. Nous, on est un peu sceptique.  Ce garçon est le roi de la banalité. Il est le parfait représentant du "parler économie pour ne rien dire", le prince de la "pensée zéro". Nous l'avons égratigné sur ce site justement pour cette incapacité à assumer ce que devrait être le "devoir des économistes" : alerter sur les défauts des systèmes et sur les contradictions des politiques ; faire savoir les conséquences des actions et des inactions. Il n'a jamais proféré la moindre prévision juste. Il n'a pas vu venir la crise. Au contraire il l'a toujours minimisée. C'est un européiste. L'Europe c'est toujours bien. Sinon il ne serait pas aux postes qu'il occupe.

L'Europe,  il va en parler. C'est le "sujet de la semaine".  Lui qui n'a jamais, au grand jamais, éprouvé la nécessité de faire valoir qu'il y avait quelques difficultés de structure dans la construction de l'Euroland de Maastricht depuis 20 ans, trouve que ce petit sujet pour semaine creuse  n'est pas grave.  La théorie du complot qui voudrait que de vilains américains chercheraient noise à l'Euro est ridicule.  L'Europe a toujours avancé par crise. Nous sommes au bord du gouffre mais l'Europe avance toujours le dos au mur. Il ne peut rien dire des résultats des conférences qui s'annoncent en fin de semaine pour recadrer l'Euroland et ne peut préjuger des résultats (on n'est jamais trop prudent) mais il pense que cela va bien se passer. "L'Europe est  le dos au mur et au bord du gouffre mais elle va faire un grand pas en avant", volens nolens. Pas sûr que l'orateur ait bien vu le côté comique de son discours.

Pour le reste, on n'aura droit qu'à des airs inspirés pour énoncer des banalités et vite parce que "le temps nous manque".

Des explications de la crise ? Aucune. Satané manque de temps …Des solutions concrètes ? Néant absolu.  Toujours ce sacré manque de temps.

Alors quoi ? Monsieur a un scénario. D'une originalité exemplaire ! L'expansion sera molle en 201. Pareil pour 2013. Aucune catastrophe à prévoir. Et surtout pas d'inflation, en tout cas pour les deux prochaines années. Donc inutile d'investir dans l'or ou l'immobilier. La panique actuelle qui fait fuir vers le Franc suisse, les actifs réels en Allemagne, etc.? Rien à battre.  Comme il n'y aura pas de crise de la zone Euro ni d'inflation, pourquoi s'inquiéter ? Il est vrai que si  le président du CAE auprès du Premier Ministre faisait du catastrophisme, il ne le serait plus longtemps.
 
Molle l'économie sera mais positivement tirée par les pays émergents. Le ralentissement au Brésil, en Chine, le début de crise en Argentine, ce n'est rien du tout. Leur croissance restera forte et tirera l'économie des pays développés. Pas de soucis à se faire sur le long terme.

On ne peut rester totalement dans cette ambiance béni-oui-oui. Il faut alerter sur des aspects  ciblés.   Voici notre sommité alertant sur des "points à surveiller".

Le dollar risque de baisser et les chinois de leur emboiter le pas. Une critique du système monétaire international ? Que nenni. Les changes flottants c'est tabou. Il faut les surveiller c'est tout. D'autant plus qu'il n'y a personne en Europe chargée de la politique de change. Une critique ? Mais non. C'est normal ou tout du moins c'est comme cela.
 
Il faut surveiller les matières premières qui risquent de grimper de façon asphyxiante pour l'économie française et européenne.  

Un krach obligataire est possible car les taux longs sont négatifs ce qui ne pourra pas durer éternellement. On fait quoi ? Silence. Mais il l'aura bien dit si cela arrive.

Même discours depuis quatre ans selon les habitués de ces agapes. Il n'y a pas que le président Sarkozy pour resservir tel quel d'anciens discours !

L'auditeur n'aura rien appris.  Espérons qu'il pensait pendant ce pensum à la flûte de champagne à venir.  Comment des nullités pareilles qui n'ont rien vu venir et absolument rien compris à la crise peuvent-ils continuer ainsi à truster, avec de grasses rémunérations, le discours économique ? Un expert qui se trompe en France reste un expert. Ce n'est pas ce qu'il dit qui compte mais qui il est. Enlever l'armature des titres il ne reste rien. On nous joue "l'être et le néant".   Et pendant ce temps là l'avoir se carapate (alexandrin).

Mais voici que les gestionnaires prennent la parole. La durée de possession d'une action est …de 22 secondes. La volatilité est structurelle. Les marchés de valeurs sont déconnectés des réalités et vivent leur vie propre. Tous les placements ont vu leur rendement baisser et se rapprocher de presque rien. La crise va durer longtemps sans doute une décennie ou deux. Par conséquent il faut de superbes gestionnaires de fortune. La "gestion directionnelle" c'est finie. Il faut une gestion "opportuniste" afin de résister aux baisses et exploiter toute occasion de gains de valeurs.

Nos dynamiques gestionnaires vont donc aller "chercher l'argent là où il est" (phrase citée une bonne demi douzaines de fois par les orateurs, un "élément de langage", probablement conçu par un ancien fiscaliste socialiste converti à la gestion de fortune). Le mauvais esprit pensera que c'est bien ce qu'ils font avec la clientèle qui les écoute. Mais non : on parle de l'intérêt des épargnants.  Par chance il reste des gisements de profits certes lointains et dangereux mais prometteurs : les pays émergents. la Chine nous sauvera donc ainsi que le sud saharien ! Les atterrissages en cours se feront sans drame. Ce qui est bien le moins quand la piste se trouve au bord du gouffre !

Et l'or dans tout cela ? Un des gestionnaire n'est pas du tout d'accord avec Monsieur l'économiste (avec tout le respect qu'on lui doit naturellement). Non pas que la panique généralisée doive fausser le jugement. Monsieur aime les courbes longues (nous sommes comme lui) et il nous sort une des courbes que nous aimons beaucoup : celle de l'évolution du ratio dette/Pib des Etats unis. C'est un des éléments qui depuis 1997 nous a fait considérer la possibilité d'une crise d'une exceptionnelle gravité.  La revoir ici est une bonne nouvelle. On s'intéresserait donc à cet aspect critique de la situation : le gonflement inimaginable des dettes par rapport au PIB dans la majorité des pays développés ?
 
En vérité la courbe est exploitée en association avec une autre qui donne le cours de l'or en fonction des encours de dette.  Il y a corrélation. Donc l'or a encore de beaux jours devant lui et le cours de 1750 dollars l'once n'est qu'une étape. L'or reste un placement important non lié à l'incertitude ou à l'inflation. C'est inscrit dans les courbes. C'est structurel. Monsieur le président du CAE peut aller se rhabiller.

Au passage on donne un état de l'endettement des pays européens. Mais là, surprise : les chiffres sont tronqués. Ils ne font apparaître qu'un endettement à peine supérieur à 2 fois le PIB. En fin de séance la remarque en sera faite en privé. Réponse : "on ne peut tout de même pas faire paniquer la salle, on lui a déjà dit assez de mauvaises nouvelles comme cela" !  Si en effet il fallait dire toute la vérité au malade, où irait-on !
 
Notons une fausse note : devant un parterre de personnes plus qu'aisées on  laisse glisser que la crise française "c'est la faute des politiques qui ont voulu  sauver notre modèle social".  "D'ailleurs plus d'un million de travailleurs allemands gagnent moins que notre Smic et le coût horaire en France est supérieur à celui des Allemands".  

Allons donc vite aux buffets installés dans les jolis salons plongeant sur  la place Vendôme  méditer sur ces pauvres qui nous font tant de mal. Heureusement que les marchés veillent pour mettre un peu de plomb dans la tête de nos démagogues. Même si, actuellement, ils ruinent proprement la petite foule qui se presse autour des buffets.

Ainsi vagabondaient en ce début décembre 2011 l'esprit des gestionnaires de fortune.  En 2012 c'est sans doute la fortune qui va vagabonder !

 



Economie amusante : un scénario intéressant !

Que se passerait-il si un état, par exemple la France, qui dispose d'une fabrication des billets de banques coûteuse mais puissante  décidait le créer unilatéralement des Euros ?

Le mécanisme pourrait être celui-ci :

- L'état français crée la Banque d'amortissement  de la dette française.

- L'état ferait imprimer pour 1000 milliards d'euros de billets.

- La Banque de France les monétiserait en achetant pour mille milliards de titres émis par la banque d'amortissement.

- Le bilan de la banque centrale française serait équilibré : 1000 milliards d'émission contre 1000 milliards de titres.

- Le bilan de la banque d'amortissement le serait aussi : 1000 milliards de cash contre 1.000 milliards d'obligations.

- La Banque d'amortissement  dispose maintenant de la trésorerie pour intervenir par mille moyen sur les différents marchés financiers (marché interbancaires, marchés secondaires des dettes d'états etc).

- Les banques commerciales peuvent à nouveau financer l'économie et éventuellement souscrire de nouveaux bons du trésor.

- La spéculation sur les taux d'intérêt français s'arrête aussitôt après avoir essuyer de lourdes pertes.

- L'économie repart à proportion des injections de liquidités.

-  Loin de la dictature de la BCE et des marchés l'état peut organiser une croissance vertueuse en étalant les réformes visant à amaigrir l'état et les collectivités locales.

- A terme la banque d'investissement rembourse  la banque centrale et les écritures inverses sont passées.

- Nous sommes revenus à la situation ex ante avec des économies encore dynamiques (pas de  déflation,ni de récession) et une situation budgétaire assainies.

- Bien sûr on aurait violé les traités. Mais sans le dire. En quelque sorte on auraiot  péché contre la règle mais pas contre l'esprit, puisque l'Euro, dégagé du besoin de faire sortir un pays du club de l'Euro, serait naturellement sauvé.

- Du faux monnayage d'état n'est pas du faux monnayage, mais de la politique monétaire.

- Et depuis quand l'hypocrisie ne figure plus dans les armes de la politique nationale ?

Au lieu d'être maltraité par les marchés, on aurait marché sur les traités.


Maintenant la BCE peut décider de son côté et d'un seul élan de créer 2500 milliards d'Euros (1.000 milliards pour la France, 500 pour l'italie,  300 pour l'Espagne, 150 pour le Portugal, la Grèce, l'Irlande, etc.)  et de les mettre à disposition d'un fonds de solidarité financière  Européen.

On ne parlerait pas de faux monnayage et les traités seraient respectés.

L'inflation ? A voir.

Quant à l'hypocrisie ....

Valentin Zeldenitz

Quelles leçons tirer du discours Seguin ?

Un des aspects du discours est purement politique : la souveraineté comme la virginité ne peut pas se perdre à moitié. Ou on l'a gardée ou on l'a perdue ! Perdre sa souveraineté monétaire revient à perdre sa souveraineté politique. Nous nous concentrerons sur l'économie.

"Que l'on ne s'y trompe pas la logique du processus de l'engrenage économique et politique mis au point à Maastricht est celle d'un fédéralisme au rabais fondamentalement anti-démocratique, faussement libéral et résolument technocratique".

Comme nous l'avons répété mille fois ici la politique européiste consiste à mettre constamment la charrue avant les bœufs pour prouver à terme, quand la charrue est bien piétinée,  qu'il faut aller plus loin. Aujourd'hui le fédéralisme est proposé comme solution à la crise de l'Euro. C'était entièrement prévisible et prévu. Tous ceux qui avaient affirmé péremptoirement le contraire ont menti.  Dont acte. Construire l'Europe par le mensonge, en manipulant ou en contournant les peuples, nous est présenté comme la seule solution pour la construire. C'est une idée affligeante et totalement anti démocratique. 

Nous voici donc en train de quémander la grâce du soutien de l'Allemagne, au moment où des commentaires "germanophobes" se multiplient à gauche, faisant pendant aux caricatures présentant en Grèce la chancelière en Hitler en jupons.

"…le conformisme ambiant, pour ne pas dire le véritable terrorisme intellectuel qui règne aujourd'hui, disqualifie par avance quiconque n'adhère pas à la nouvelle croyance, et l'expose littéralement à l'invective."

Ce mécanisme est typique de l'époque. Le caractère néfaste des changes flottants, impossible à contester si on s'en tient aux réalités, est tout aussi  impossible à critiquer pour un économiste officiel.  Il porte atteinte à une croyance. Comme personne ne peut ni ne veut remettre en cause cette croyance, ce qui impliquerait trop de lourdes conséquences, théoriques, économiques,  diplomatiques, organisationnelles, une chape de plomb pèse sur les lèvres. Tenter de la lever voue vous au silence, à la marginalisation,  voire aux gémonies.

"Tout se passe en réalité comme si personne n'avait vraiment envie de débat" constate Philippe Seguin. C'est une évidence. Dès qu'une idée gène l'oligarchie administrativo-médiatique, le silence s'installe. La presse écrite et audio visuelle est tenue par 10 personnes en France. Leur consensus s'impose. Sur les sujets techniques, il s'impose toujours par le silence. Le terrorisme intellectuel en France ne passe pas seulement par la bastonnade médiatique. On aime surtout taire et ignorer, chasser du débat et faire oublier. C'est la source principale de sa dégringolade intellectuelle et de sa marginalisation dans le débat d'idée mondial.

"on peut toujours prétendre - on commence à le faire çà et là - que la question est beaucoup trop technique pour être valablement abordée lors d'un débat public, dans un climat passionnel, à un moment dans la conjoncture qui ne s'y prêtent pas et devant des électeurs dont il est avantageux de postuler l'incompétence".

Nous pouvons témoigner avoir entendu mille fois cette même réponse : la monnaie, mon bon ami mais personne ne comprend rien : Le système monétaire international ? Mais vous voulez endormir la salle !

Cantonné le débat et faire taire le technicien, c'est tellement plus facile. La panne est au bout du chemin.

En tout état de cause l'économie, elle, ne supporte jamais longtemps le mensonge et se venge toujours à un moment ou un autre. Les mauvaises constructions économiques se délitent toujours. Il est tout de même de la responsabilité des économistes d'alerter sur les vices cachés de certains échafaudages. 

Ce que nous apprend la confrontation entre les prévisions faites par M. Seguin et la réalité d'aujourd'hui, c'est que les défauts sont toujours visibles pour ceux qui veulent bien regarder. Le système de Maastricht était gravement fautif et les défauts parfaitement clairs.  Mais ceux qui tiennent les médias en France n'ont pas voulu la clarté.

"La mise en commun des faiblesses et des défaillances de chacun n'a jamais amélioré les performances de tous".

L'idée que la taille est la solution de tous les problèmes est une illusion d'optique qui a gâché bien des projets politiques ou économiques.

"Redoutable contresens économique, d'ailleurs, que cette « harmonisation » à laquelle nous devons déjà des centaines et des centaines de directives et de règlements communautaires ! L'harmonisation sera un échec et l'harmonie disparaitra de la zone Euro".


Il est bien temps de découvrir que ce n'est pas l'unification de la taille des prises électriques qui permet la coordination critique des actions budgétaires et des dispositifs sociaux. M. Sarkozy vient d'annoncer que désormais laction devait se concentrer sur la nécessaire harmonisation au sein de l'Europe ! 20 ans après le démarrage du processus. Cherchez l'erreur.


"On nous dit que la monnaie unique va favoriser nos exportations, mais les échanges intra-européens sont déjà considérables et I'unification de la monnaie ne supprimera pas les risques de fluctuation vis-à-vis du dollar et du yen. Mieux : dès lors qu'il y aura trois pôles monétaires comparables, les arbitrages triangulaires iront se multipliant, avec tous les risques de change y afférent."

Jamais les déficits commerciaux extérieurs français n'ont été si hauts. Ils n'ont pas cessé de progresser depuis lm'instauration de l'Euro.

Pour le reste nous ne cessons de répéter qu'une zone monétaire fixe dans un océan de monnaies flottantes est une gageure.  Une des conditions de l'Euro était qu'on en revienne à un système de parités fixes mondialement.

"On nous dit que la monnaie unique fera baisser tes taux d'intérêt, mais cela est plus que douteux dès lors qu'il va falloir intégrer des pays plus sujet à l'inflation et ensuite tout dépendra de la politique de la Banque centrale européenne qui sera indépendante, c'est-à-dire incontrôlable."

On ne saurait mieux dire.

"dans le SME, la France choisit librement les contraintes qu'elle s'impose jusqu'à ce qu'elle décide de s'en affranchir. Au contraire, avec la monnaie unique, nous abandonnons définitivement ou presque le droit de choisir notre politique monétaire. Toute la différence est là !"

Il aurait mieux valu pouvoir décrocher la Drachme que de vivre ce que nous vivons depuis deux ans. Et devant le mercantilisme allemand la France aurait pu décrocher de 7 à 10% le Franc.

"En tout cas, rien n'impose aujourd'hui à la France la politique monétaire qu'elle s'est choisie, qui joue au détriment des salariés, qui disqualifie les investissements à long terme et qui a des effets tellement désastreux sur l'activité qu'ils finiront de toutes les façons par faire fuir les capitaux étrangers."


Près de 100 milliards d'euros de dépôts étrangers ont quitté la France en quelques semaines ! Il y a eu désinvestissement dans l'industrie et le niveau global des investissements réellement productif a été très faible.

"Quant à ceux qui voudraient croire qu'une politique bud­gétaire autonome demeurerait possible, je les renvoie au texte du traité, qui prévoit le respect de normes budgétaires tellement contraignantes qu'elles imposeront à un gouvernement confronté à une récession d'augmenter les taux d'imposition pour compenser la baisse des recettes fiscales et maintenir à tout prix le déficit budgétaire à moins de 3 p. 100 du PIB. Enfin, et je souhaite insister sur ce point, la normalisation de la politique économique française implique à très court terme la révision à la baisse de notre système de protection sociale, qui va rapidement se révéler un obstacle rédhibitoire, tant pour l'harmonisation que pour la fameuse « convergence » des économies."

La démonstration en est faite.

"II est temps de dire que bâtir l'Europe des Douze sur la peur obsessionnelle de la puissance de l'Allemagne est tout de même une bien étrange démarche, proche de la paranoïa. D'autant qu'à force de vouloir faire cette intégration à tout prix, on va finir par faire l'Europe allemande plutôt que de ne pas faire l'Europe du tout, ce qui serait un comble."

C'est un comble. On y est.

Nous avons insisté sur l'étude de ce texte pour montrer que "ce qui doit arriver arrive". les défauts de la construction de l'Euroland étaient parfaitement connus. Le débat n'a pas eu lieu. Ceux qui le portaient ont été éliminés de la vie politique. Même le peuple a été éliminé du jeu : son non au référendum "constitutionnel" à été éliminé par le traité de Lisbonne signé loin de son approbation. Et voici qu'on propose déjà un nouveau traité de Lisbonne.

Est-ce à dire qu'une zone de monnaie unique est impossible en Europe et qu'elle va exploser ou qu'elle doit exploser ?

Nous ne le pensons pas.  Mais il faut pour cela ne pas cacher la réalité : une zone monétaire unique implique des disciplines monétaires budgétaires, et sociales coordonnées.  On ne peux pas décider d'un côté d'augmenter les déficits, de l'autre de les réduire, d'un côté d'aggraver les charges sur le travail, de l'autre de les réduire, d'un côté de réduire la durée de travail, de l'autre de l'augmenter.

Réduire les écarts une fois creusés impliquent en monnaie unique  une politique déflationniste dans l'urgence qui tourne à la panique inefficace.

Une zone monétaire unique suppose qu'une politique commune soit conduite avec tous ces leviers monétaires, financiers, budgétaires et sociaux. Une banque centrale ne disposant que de l'objectif de maintenir la stabilité interne des prix et se moquant du reste est un défi au bon sens.

Les projets transnationaux à long terme y doivent être financés par des empruntés globaux, en l'occurrence des eurobonds. Les investissements nationaux doivent pouvoir être financés par des prêts de la banque centrale., sans imposer le versement d'intérêts aux banques privées qui reçoivent là une manne totalement incompréhensible. En revanche le déficit primaire doit être solidement encadré.

La double question du tarif extérieur commun et de la valeur externe de la devise commune doit être gérée. Il est évidemment impossible d'admettre l'environnement international de changes flottants avec ses déficits exorbitants et ses accumulations absurdes de créances. Les mouvements de capitaux à court terme doivent être contrôlés.

Bref, on est très loin de ce qui a prévalu à la suite de Maastricht et de ce qu'on nous propose aujourd'hui.

L'ennui est que la crise actuelle est une panique monétaire  à court terme qui doit être contrée par des mesures institutionnelles qui exigent du temps et qui supposent une unité de conception qui n'existe pas et l'abandon de lambeaux d'idéologies mal fondées considérés malheureusement comme des tabous à ne jamais remettre en question.

Ce n'est pas en priant pour que la BCE fasse ce qu'il faut, tout en confiant à la Commission des pouvoirs de police budgétaire contrôlée  par la Cour de Justice Européenne, qu'on évitera les conséquences  des défauts criant du système actuel.

La solution Merkel n'en est pas une. Une gouvernance économique, budgétaire et monétaire effective à l'échelon des chefs de gouvernements est clairement la solution cohérente avec le choix de l'Euroland, si on souhaite conserver cette option qui n'est que POLITIQUE.

Si on veut garder l'Euroland, il faut mettre en place une structure spéciale située à Strasbourg chargée sous le contrôle des chefs de gouvernements concernés, de définir et de mettre en œuvre les politique ad hoc.

Cela veut dire mettre fin à l'indépendance totale de la BCE et l'élargissement de sa responsabilité ; cela veut dire que l'instance commune aura à gérer la valeur externe de la monnaie et disposer du pouvoir de négocier des accords avec les trésors étrangers  et notamment négocier un nouveau Bretton-woods.

Ce chancelier financier de l'Euroland aura à sa disposition quatre organes : la BCE (membres nommés selon les règles actuelles, vocation élargie); le Trésor européen (directeur nommé par le Chancelier chargé des changes et des financements collectifs) ; le comité budgétaire européen ; le fonds monétaire européen (membres nommés pour cinq ans par la conférence des premiers ministres des pays de la zone Euro) .

Le comité budgétaire sera composé des ministres du budget de chaque pays de l'Euroland et du représentant de la commission des finances de chaque parlement. Il aura pour vocation de voter les enveloppes budgétaires nationales des pays de la zone Euro proposé par le Chancelier, après négociation avec les différents gouvernements et d'en suivre l'exécution.

Le fonds monétaire a vocation d'intervenir au cas où un gouvernement ne respecterait pas ces engagements. Il pourrait à la fois mettre sous tutelle un pays en défaut ou le maintenir sous perfusion financière le temps du retour à la normale. Il sera chargé de toutes les investigations sur les conditions d'exécution des budgets et notamment de la garantie des statistiques.

Ces instances seront totalement déconnectées des institutions de l'Union Européenne et notamment de la Commission et du Parlement, chargées des politiques communes et pas de l'Euroland.

On sait que les Allemands sont profondément opposés à toute institution qui divergeraient de la Commission et de l'Union européenne globale.

Mais il n'y a strictement AUCUNE raison de donner à la Commission des responsabilités sur un domaine qui n'est pas de sa compétence et qui ne concerne qu'une partie des membres de l'UNION. Elle est d'essence technocratique et foncièrement hostile aux états. Alors que les nouvelles instances doivent un rôle de gestion positif en liaison étroite avec les instances élues et non pas contre elles.

Cela vaut pour la cour de Justice Européenne qui n'a rien à dire sur l'application de mesures de gestion qui dépendant directement du législatif élu pour le contrôle et des exécutifs pour l'initiative et l'exécution. 

Si les blocages institutionnels et idéologiques persistent, la zone Euro éclatera ou sera ravaudée avec un sparadrap de tellement mauvaise qualité qu'on ira de crise en crise. 

Si on profite de la crise pour créer une Europe fédérale par la bande, les peuples  ne l'accepteront pas. Déflation plus fédéralisme égale troubles assurés et révolte des peuples.

Maintenant on peut préférer des états nations retrouvant toute leur souveraineté monétaire et financière, l'Union Européenne étant juste une zone de coopération.

L'important est qu'il  est cohérence entre institutions et règles de base de l'économie.

Actuellement il n'yen a aucune.

Article Collectif - Cercle des économistes é-toile



Discours de Seguin (fin)

Il reste à répondre à une ultime question qui donne toute la mesure de notre responsabilité : existe-t-il une alternative à la démarche de Maastricht?

La réponse est claire et nette : oui, bien sûr et à l'évidence ! Mais, certes, il y faut de la lucidité et du courage.

De la lucidité d'abord pour comprendre les difficultés que nous vivons, car ce n'est pas le sentiment de la crise, comme on l'entend dire, qui crée la crise. La crise est une réalité profonde qui s'appelle nouvelle pauvreté, exclusion, ghettos, chômage, désespérance des jeunes, inégalités des chances, insécurité, déculturation, perte de repères, dérive du système éducatif.

Il serait vain et dangereux de continuer de répéter que la France se porte bien. Si l'on ne répond pas au désarroi des Français, ils continueront à se laisser aller vers les extrémismes et vers les intégrismes qui minent déjà le sentiment national. De renoncement en renoncement, nous avons nous-­mêmes contribué à détourner le peuple de la chose publique et à ruiner le sens civique. A force de laisser entendre que tout se vaut et que l'action est impuissante face aux contraintes de l'économie et de la technique, nous avons accrédité cette idée dangereuse que la politique ne peut rien changer à rien, que ce qui arrive doit donc arriver et que nul n'en est responsable ni coupable.

On ne pourrait rien contre la conjoncture internationale, rien contre la concurrence du Sud-Est asiatique, rien contre les feuilletons américains, rien contre le drame des banlieues, rien contre le progrès technique, prétendument seul à l'ori­gine du chômage. Bref, tout cela serait inscrit dans la nature des choses.

La référence constante à l'exemple des taux d'intérêt pour justifier de tels comportements vaut qu'on s'y arrête à nou­veau, car elle n'a pas seulement des conséquences économiques ou sociales, elle contribue à la démoralisation de la nation. Il y a quelque chose de pourri dans un pays où le rentier est plus célébré que l'entrepreneur, où la détention du patrimoine est mieux récompensée que le service rendu à la collectivité.

Ce que cache la politique des comptes nationaux, ce que cache l'obsession des équilibres comptables, c'est bien le conservatisme le plus profond, c'est bien le renoncement à effectuer des choix politiques clairs dont les arbitrages bud­gétaires ne sont que la traduction. Que penser d'une politique économique qui se contente de guetter la reprise américaine ou la récession outre-Rhin ? Que penser d'une politique éco­nomique qui se résume à l'indexation de notre monnaie et de nos taux d'intérêt sur le deutsche mark et les décisions arrêtées par la Bundesbank, au moment où l'Allemagne fait l'objet de critiques convergentes et croissantes au sein du G7 pour la manière dont elle gère les conséquences de la réunification? Quelle est la logique d'une politique qui oscille au seul gré des parités monétaires, indifférente à l'économie réelle.

Ce n'est même plus de l' « économisme », c'est de l' « économétrisme » ! Et n'est-il pas paradoxal de voir l'État, plus myope encore que les marchés, se déterminer au rythme de la publication de quelques indices financiers ?

Oui, la libéralisation et l'internationalisation des activités économiques sont à la fois souhai­tables et inéluctables ! Oui, elles entraînent une redéfinition du rôle économique de l'État ! Non, il n'en résulte pas que l'État n'ait désormais d'autre logique de fonctionnement que celle d'une entreprise - au reste plus mal gérée qu'une véritable entreprise. Et oui, l'État conserve une fonction d'arbi­trage dans le partage de la valeur ajoutée, une fonction de régulation et d'anticipation, dont l'efficacité détermine la compétitivité des économies comme le montrent à l'envi le Japon, l'Allemagne ou les pays d'Asie du Sud-Est

Mais le premier alibi de tous nos renoncements, c'est indubitablement la construction européenne. Nous ne pouvons rien faire, nous dit-on, puisqu'il faut harmoniser, Bruxelles en ayant décidé ainsi. Nous ne pouvons pas réformer la fis­calité puisqu'il faut soi-disant uniformiser les taux de T.V.A.

Nous ne pouvons pas baisser les taux d'intérêt puisqu'il nous faut soi-disant rester accroché au mark en vue de l'union monétaire. Nous ne pouvons rien pour notre industrie puisque le commissaire à la concurrence y fait obstacle. Nous ne pouvons rien faire pour l'aménagement du territoire puisque nos marges de manœuvre sont mises à la disposition de la Communauté.

On voit bien l'avantage politique à transférer sur Bruxelles ou sur les collectivités locales la responsabilité de ce que l'État n'a plus le courage d'assumer. A commencer par l'impôt, dont on veut bien désormais qu'il soit local ou même européen, pourvu qu'il ne soit pas national et qu'il n'en soit pas tenu compte dans les statistiques de la politique fiscale.

Mais cette Europe alibi est pleine de dangers car il est vain d'espérer que nos problèmes seront résolus par ce qui n'est au fond qu'une fuite en avant. Il est illusoire de chercher ailleurs qu'en nous-mêmes les réponses à nos difficultés. Il est faux de penser qu'en mettant en commun nos problèmes nous allons miraculeusement les résoudre mieux, nous tous, Européens de l'Ouest qui, pris séparément, n'avons eu jusqu'à présent pour leur faire face ni la volonté ni l'imagination nécessaires.

Comment peut-on croire que l'intégration apportera une meilleure sécurité à un moindre coût - alors que la défense, c'est d'abord la volonté de se défendre ! - qu'elle permettra d'augmenter les salaires tout en produisant moins, que la libre circulation des chômeurs autorisera la réduction de leur nombre, que les finances publiques seront mieux gérées à onze ou douze que dans le cadre national ? Il s'agit là de paris insensés ! D'autant plus insensés que le temps passe sans que personne cherche à résoudre des problèmes en voie d'aggravation rapide. Il faut dire qu'à force d'additionner une mauvaise conception de la décentralisation et l'affaiblissement délibéré de l'État, l'idée suivant laquelle la France n'est plus capable de se gouverner finit par acquérir quelque crédit. Est-ce là le fruit d'une stratégie politique ? Nul ne saurait le dire à coup sûr. Mais ce qui est certain, c'est que ceux qui ne voient plus d'autre solu­tion pour la France que de se fondre dans l'Europe intégrée et rétrécie de Maastricht sont précisément ceux qui préfèrent douter de la France el des Français plutôt que d'admettre que leur incapacité pourrait être seule en cause.

On prétend - que n'a-t-on pas dit ? - qu'en refusant de ratifier Maastricht nous déciderions de fait, et peut-être même de jure, notre sécession de la Communauté.

Voilà le plus infondé des procès d'intention, alors que, précisément, nous souhaitons conserver les acquis de la Communauté et la chance qu'ils représentent pour l'Europe, en la remettant sur les rails et en la remettant en perspective ! Car beaucoup de choses ont été accomplies au .sein de cette Communauté, qui ne sauraient être effacées. Beaucoup de liens ont été noués, qui ne sauraient être rompus. Beaucoup de coopérations ont été engagées, qui ne sauraient être arrêtées.

Mais il nous faut redéfinir les règles du jeu pour que la souveraineté reste où elle doit être, c'est-à-dire dans les nations. Dès lors, il ne saurait plus y avoir aucun transfert Irrévocable de souveraineté, mais seulement des délégations de compétences, qui pourront tout naturellement être réinterprétées, reformulées ou amendées dès lors que ce Parlement le décidera, dans l'intérêt national.

Alors, si nos partenaires font de même, la coopération entre les Douze fonctionnera comme elle fonctionne aujourd'hui dans le S.M.E., c'est-à-dire par consensus, sans que, ni en droit ni en pratique, aucun État  ne se dessaisisse de façon irréversible de son pouvoir de décision.

 

Mais dans la redéfinition des règles qui régissent la coopération communautaire. il n'y a pas que la question des souverainetés nationales à résoudre; il y a aussi la lancinante question du déficit démocratique. Or, pas plus après Maastricht qu'avant,  le Parlement européen ne sera un véritable législateur et il n'exerce aucun contrôle effectif sur les décisions communautaires. Le gadget de Maastricht s'appelle la « codécision », qui succède à la coopération de l'Acte unique, la codécision n'étant guère que le pouvoir reconnu au Parlement, au terme d'une procédure qui relève du parcours du combattant, d'enterrer les textes sur lesquels il ne parvient pas à se mettre d'accord avec le Conseil.

Pour combler le déficit démocratique, en fait, Il faut rendre leurs prérogatives. aux parlements nationaux.

Cela ne veut pas dire qu'il faut se contenter d'associer les parlements à la discussion, ni même faire semblant de les faire participer aux décisions, et encore moins introduire dans notre Constitution la formulation théorique du principe dit de subsidiarité pour empêcher que le droit communautaire n'empiète sur les compétences du législateur national.

Espoir vain si les traités internationaux ne sont pas modifiés ou si l'interprétation de l'article 55 de la Constitution n'est pas précisée. Le principe de subsidiarité n'est pas, en effet, un principe juridique : c'est un principe d'efficacité. Et il n'appartient pas aux juges d'apprécier subjectivement l'efficacité comparée des organes nationaux et des organes communautaires.

En réalité, si l'on veut rendre sa dignité à notre Parlement, il faut, dans un contexte radicalement différent de celui de Maastricht et de ce que vous proposez avec la monnaie unique que nous inscrivions dans Constitution que la loi nationale prime dans l'ordre juridique interne tout texte communautaire dès lors qu'elle est postérieure à celui-ci.

Ce principe juridique fondamental, dit de la loi écran, que reconnaissaient la Cour de cassation jusqu'en 1976 et le Conseil d'État jusqu'en 1989 doit entrer dans l'ordre constitutionnel pour qu'il soit possible à la majorité parlementaire de suspendre l'application d'une norme communautaire par le vote d'une loi contraire, qui s'impose à nouveau aux juges.

Compte tenu des dérives récentes, il est également nécessaire que, pour toutes les matières qui relèvent du domaine législatif, aucune mesure ne puisse être introduite dans le droit interne sans qu'une loi l'autorise expressément ; de même qu `aucune contribution ne doit pouvoir être versée par la France sans l'autorisation du Parlement  Il appartient bien, en revanche, au Parlement européen de voter les dépenses de la Communauté, d'exercer éventuellement à cette occasion un droit de veto et d'amendement ou de mettre en jeu la responsabilité de la Commission.

Dès lors, on cessera de prendre à Bruxelles, entre gouvernements, sur proposition d'une commission de technocrates, des décisions qui relèvent exclusivement des Parlements de chaque État.

Encore faut-il, pour que l'ensemble .soit cohérent, que la Commission perde son monopole de l'initiative pour ne plus être que l'organe de préparation et d'exécution des décisions du Conseil. Voilà qui remettra à sa place la technocratie, pour le plus grand profit d'une démocratie qui n'en finit pas d'être vidée de sa substance.

Reste la question monétaire.

Ce n'est certainement pas l'Instabilité des monnaies appar­tenant au S.M.E. qui étouffe la croissance européenne, Aussi, quand on se pose la question de la monnaie européenne, on doit se poser en rait la question d'une amélioration marginale de l'efficacité de notre système monétaire, certes significative, mais certainement pas décisive pour la compétitivité de notre économie.

Écartant le fantasme de puissance qui sous-tend le projet de monnaie unique, que reste-t-il pour améliorer le système actuel sans renoncer ni à notre souveraineté, ni à la souplesse d'adaptation que procurent les parités ajustables ?

Eh bien, il reste l'intelligente proposition défendu au Royaume-Uni par John Major et, en France, par Édouard Balladur, et sur laquelle s'accordent de nombreux économistes, je veux parler de la création d'une monnaie commune circulant parallèlement aux monnaies nationales, une monnaie commune qui serait l'aboutissement logique du S.M.E.

Celle-ci serait émise en contrepartie des monnaies nationales par un institut d'émission européen dont le pouvoir de création monétaire serait strictement limité pour éviter toute dérive Inflationniste.

Quels services rendrait-elle ? Elle intensifierait la concurrence monétaire en incitant chaque pays à une meilleure gestion de ses liquidités. Elle offrirait aux entreprises un instrument efficace pour mieux gérer leurs risques de change. Elle pourrait rivaliser avec le dollar et le yen sur les marchés internationaux de capitaux.

En adoptant la monnaie commune au lieu de la monnaie unique, on choisirait, je crois, l'efficacité contre l'idéologie.

Tout le reste est l'affaire de la coopération entre États. On observera d'ailleurs que ce qui fonctionne le mieux aujourd'hui en Europe se situe souvent en dehors de l'orbite communautaire, qu'il s'agisse d'Ariane espace, du GIE Airbus ou du CERN.

Donc, la stratégie est claire : il ne faut pas forcément des politiques communes, avec leurs programmes lourds, leur opacité, leurs procédures inextricables, leur arbitraire, leurs gaspillages, mais plutôt un cadre souple permettant des regroupements en fonction des moyens et des intérêts réels de chacun, des priorités et des circonstances.

Mettons en place un cadre souple qui favorise des coopérations efficaces mais aussi un cadre ouvert où chacun pourra maintenir les solidarités qu'il entretient avec le reste du monde et qui sont souvent une part de lui-même.

Un cadre ouvert pour intégrer au plus vite les nouvelles démocraties de l'Europe de l'Est et pour Ies associer aux programmes européens qui les Intéressent directement. Un cadre ouvert pour éviter que le repli de certaines nations sur elles-mêmes ne débouche sur celui de l'Europe tout entière.

Cette communauté-là est, en tout cas, la seule susceptible de s'ouvrir rapidement aux autres nations européennes. A partir d'elle, grâce à elle, nous pourrions construire une Europe plus réaliste, une Europe rendue à sa dimension véritable, une Europe plus démocratique, une Europe plus sûre et, je n'en doute pas, une Europe plus prospère.

Convenons d'appeler ce nouveau système de relations la Confédération européenne puisque les nations y resteront souveraines, tout en gérant ensemble et d'un commun accord leurs interdépendances chaque fois qu'elles le jugeront utile ou nécessaire. Mais ce ne sera pas la Confédération que nous propose M. Mitterrand - conçue comme un noyau dur et formée d'une communauté de nantis autour de laquelle gravitent des États subordonnés ! Les pays de l'Est en ont déjà refusé le principe à Prague il y a un an à peine ; ils ne l'accepteront pas davantage demain. Celle conception n'est pas la bonne. Elle est inadaptée et même dangereuse.

Et c'est précisément parce que nous sommes pour l'Europe que nous sommes contre l'Europe de Maastricht.

Ainsi conçue à partir des États, c'est-à-dire sur une base qui pourra être démocratique, l'organisation de l'Europe permettra d'assurer à tout le moins et sans délai l'entente, la détente, la coopération, ce qui n'est déjà pu si mal,

Que sera cette Europe ? Ce sera une Europe enfin réunifiée, dotée d'un système de sécurité collective et d'un grand marché commun. Car il l'agit tout à la fois de conjurer de conjurer des risques et de garantir des chances.

Les risques tiennent à la prolifération nucléaire, balistique et chimique. Ils sont technologiques et environnementaux. Les chances ce sont celles de la paix et de la prospérité à l'échelle du continent.  

Comment concevoir ce système de sécurité collective européen en faveur duquel la France doit agir de toutes ses forces, tout en modernisant sa propre défense ?

Il s'agit de bâtir une organisation régionale conforme à ce qui est prévu par la Charte des Nations unies. Elle serait essentiellement fondée sur un Conseil de sécurité composé pour partie de membres permanents, car l'Europe a besoin au plus vite d'une instance d'arbitrage capable de prévenir les affrontements et, le cas échéant, de les circonscrire et d'en limiter les effets. Il existe, en effet, au sein de l'Europe actuelle une multitude de conflits potentiels, d'autant plus à redouter que le principe de l'intangibilité des frontières est souvent intenable, s'agissant de tracés imposés arbitrairement par les vainqueurs des deux guerres mondiales, au mépris souvent des réalités historiques, culturelles et politiques.

Là est la voie, la seule voie d'une réelle indépendance européenne. J'oserai dire au passage que, dans les diverses célébrations de Maastricht, rien ne m'a choqué davantage que d'entendre quelques atlantistes patentés reprendre à leur compte la perspective d'une Europe indépendante, contribuant A un rééquilibrage politique et offrant un autre modèle au monde que le modèle actuellement dominant. Comme si cela était leur véritable objectif !

A l'inverse, un conseil de sécurité européen permettrait de signifier que si d'aucuns sou haltent organiser sous leur drapeau, comme on le dit, une gendarmerie mondiale, il faudrait lui trouver d'autres terrains de manœuvre que le continent européen.

Pour indispensable qu'il soit, ce système de sécurité ne suffirait pas à empêcher les tensions, les affrontements et les mouvements de population incontrôlés, sans un traitement simultané de la question économique., Et l'on ne pourra pas progresser sur le terrain de l'économie si, au nom du « gradualisme» et des nécessités de la transition, on inflige aux anciennes démocraties populaires ce qu'on a fait subir aux pays du tiers monde depuis trente ans, à savoir la fermeture de nos frontières à leurs produits.

Il faut donc songer à réaliser au plus tôt un grand espace européen à l'intérieur duquel serait progressivement garantie la liberté des échanges. Certes, l'état actuel des législations ne permet sans doute pas d'envisager l'ouverture très rapide d'un marché unique comportant la reconnaissance mutuelle de toutes les réglementations sur l'ensemble du continent, En revanche, rien ne s'oppose à la mise en place d'un grand marché commun dans l'esprit du traité de Rome, avec la libre circulation des marchandises. Rien ne s'oppose non plus à ce que soit signé un accord européen unique portant sur la protection des investissements, avec la création d'une instance arbitrale unique pour régler les litiges en la matière et la mise au point d'une assurance unique destinée à garantir les investissements étrangers contre le risque politique.

Et pour éviter que ne le referme une fois de plus le piège de la dette extérieure, peut-être faut-il admettre, pour apurer les comptes, que les créances publiques soient remboursées en monnaie locale et réinvesties sur place.

Remarquons à ce propos que si la libération des échanges doit être réalisée au plus vite, le passage à la convertibilité monétaire demande moins de hâte et ne pourra s'opérer avant que les banques centrales nationales aient rétabli l'équilibre entre la circulation fiduciaire et le niveau des transactions.

Enfin, un vaste plan de protection de l'environnement et du patrimoine est à mettre en œuvre dans cette Europe centrale et orientale qui est au bord du désastre écologique. Sans doute, une haute autorité de l'environnement aux compétences bien définies, pouvant statuer dans certains cas à la majorité, est-elle nécessaire pour préserver ou restaurer un patrimoine que l'Europe tout entière considère comme un bien commun.

Dans cette Europe-là, la France trouvera naturellement sa place, Elle a un grand rôle à y jouer et rien ne sera sans elle.

Voilà, en tout cas, un projet qui appelle à I'enthousiasme plutôt que de se nourrir de frayeurs et de fantasmes.

II est temps de dire que bâtir l'Europe des Douze sur la peur obsessionnelle de la puissance de l'Allemagne est tout de même une bien étrange démarche, proche de la paranoïa. D'autant qu'à force de vouloir faire cette intégration à tout prix, on va finir par faire l'Europe allemande plutôt que de ne pas faire l'Europe du tout, ce qui serait un comble.

Il ne servira à rien de tenter de ficeler l'Allemagne. Car l'Allemagne, et c'est bien naturel dans sa position, et avecles moyens dont elle dispose, ne renoncera à sa souveraineté que si elle domine l'ensemble, certainement pas si elle lui est subordonnée.

Le débat qui se développe en ce moment en Allemagne à propos de Maastricht en fait la démonstration : les Allemands veulent bien d'une banque centrale européenne, mais seulement si celle-ci est peu ou prou entre les mains de la Bundesbank, et d'une monnaie unique, si celle­-ci s'appelle le mark.

Et comment peut-on imaginer que l'Allemagne va renoncer à jouer son jeu en Europe centrale ? N'a-t-elle pas d'ailleurs clairement annoncé la couleur quand elle a reconnu unilatéralement la Croatie, sans se soucier des engagements communautaires qu'elle avait pris quelques semaines auparavant ?

Une fois de plus, il nous faut considérer le monde tel qu'il est et non tel qu'on voudrait qu'il soit. Et dans ce monde-!à, ce que la France peut apporter de plus précieux à l'Europe, c'est de trouver en elle-même assez d'énergie et de volonté pour devenir un contrepoids, pour équilibrer les forces en présence, pour peser lourd face à l'Allemagne, sinon pour faire jeu égal avec elle.

Le meilleur service que nous pouvons rendre à l'Europe, c'est donc de nous engager résolument sur la voie du redres­sement national, c'est de restaurer la cohésion nationale et l'autorité de l'État.

Encore faut-il que nous gardions les mains assez libres pour cela.

Pour autant, il ne s'agit pas de rompre l'axe franco-allemand, qui est essentiel, mais au contraire de le consolider en le rééquilibrant, en redevenant un partenaire crédible, un associé influent, un interlocuteur valeureux. Un couple franco-allemand où l'Allemagne serait tout et la France plus grand-chose ne serait pas un couple heureux.

Derrière la question de savoir quelle Europe nous voulons, se pose donc fatalement la question cruciale de savoir quelle France nous voulons.

Bien sûr, la France est solidaire du reste de l'Europe, bien sûr, sa participation à la construction européenne est un grand dessein.

Bien sûr, elle se doit en particulier de rassembler l'Europe méditerranéenne. Bien sûr, elle se doit de retrouver ses responsabilités vis-à-vis de l'Europe danubienne.

Mais la France ne saurait avoir l'Europe comme seul horizon, comme seul projet, comme seule vocation. Il suffit de regarder la carte de la francophonie pour comprendre combien la vocation de la France va bien au-delà des frontières de l'Europe.

Tant pis pour les intellectuels de salon qui montrent dédaigneusement du doigt ceux « qui ont cette conviction obsessionnelle que la nation française est porteuse d'un message universel de valeur supérieure et d'une mission civilisatrice ». Oui, la France a une vocation messianique, elle doit assumer et même y entraîner l'Europe, en particulier dans la coopération Nord-Sud pour prévenir les grands exodes que nous préparent la misère africaine.

Encore faut-il que, chez les hommes d'État, le visionnaire l'emporte encore un peu sur le gestionnaire, l'idéal sur le cynisme et la hauteur de vue sur l'étroitesse d'esprit. Car pour donner l'exemple aux autres, il convient d'être soi même exemplaire. Il faut, pour que la France soit à la hauteur de sa mission, qu'elle soit, chez elle, fidèle à ses propres valeurs.

Et la France n'est pas la France quand elle n'est plus capable, comme aujourd'hui, de par­tager équitablement les profits entre le travail, le capital et la rente, quand elle conserve une fiscalité à la fois injuste et inefficace, quand elle se résigne à voir régresser la solidarité et la promotion sociale, quand elle laisse se déliter ce qu'autrefois on appelait fièrement le creuset français et qui était au cœur du projet républicain.

Les défis que nous avons à relever sont immenses, Jamais ils n'avaient touché aussi profondément ce que nous sommes et ce que nous voulons devenir. Ils tiennent en une seule et même obligation : rompre enfin avec des schémas de pensée, des modes d'approche totalement dépassés du fait de l'évolution de nos sociétés. Et c'est parce que nous nous y accro­chons contre toute raison que nous donnons cette impression d'impuissance. A nous de savoir nous en dégager au lieu de nous y résigner ! Quel meilleur service rendre à l `Europe que nous voulons construire !

Sachons, par exemple, prendre la vraie dimension de la crise. Elle n'est pas seulement économique et sociale. Elle est aussi et probablement surtout culturelle. Elle tient à l'incapacité de nos sociétés à s'adapter aux conséquences de la révolution technologique et de l'évolution des mentalités.

Ainsi la lutte contre le chômage passe-t-elle par une meilleure égalité des chances. La reproduction sociale quasiment à l'identique n'est plus seulement intolérable en termes moraux, elle est un handicap insupportable en termes d'efficacité!

La mutation de notre système éducatif est elle-même une clef essentielle, car le problème culturel, le problème des mentalités, le problème de l'adéquation de la modernité à son rythme trouveront leur solution d'abord dans les repères intellectuels et les modes de pensée que nous saurons donner à nos enfants.

La grandeur éducative des débuts de la IIIe République avait su donner à l'immense majorité des Français les moyens d'affronter le grand basculement de la modernité urbaine, industrielle et scientifique de la fin du XIXe siècle. Un siècle après, voilà la République à nouveau confrontée aux mêmes grands défis. Il n'y a plus aujourd'hui aucun grand projet politique qui ne commence par là.

Il est temps de comprendre aussi que la compé

Discours de Seguin (suite)

Chacun a en mémoire l'absence radicale de la Commu­nauté de tous les événements majeurs de la fin des années quatre-vingt et du début des années quatre-vingt-dix : libération de l'Europe de l'Est, éclatement de l'Union soviétique, guerre du Golfe, tout s'est passé sans elle, lorsque ce n'est pas malgré elle !

Même le conflit yougoslave qui, tant par sa situation géographique que par la dimension de son territoire, semblait constituer un terrain d'exercices idéal pour la diplomatie communautaire, s'est transformé en un stand de démonstration de l'impuissance et de la désunion, impuissance qui, dans ce cas, ne tenait pas à l'absence d'une organisation intégrée, mais aux légitimes différences d'approche entre les pays membres - et je souhaite, s'agissant de la France, qu'elle puisse continuer à les exprimer,

La crise des euromissiles apporte une autre éclatante démonstration du poids d'un vieil État-nation dans des circonstances critiques.

Le président Mitterrand croit laisser sa marque dans l'his­toire de ce pays comme le héraut de la cause européenne. Oserai-je dire qu'à mon avis, il s'agit d'un contresens? Car, si cette empreinte historique existe, elle est à chercher plutôt dans son discours au Bundestag, qui a infléchi de manière décisive la position allemande devant la crise des euromissiles dans le sens de la fermeté! Par là même était ouverte la voie aux événements de la fin des années quatre-vingts, qui ne le virent malheureusement pas faire preuve de la même lucidité.

Ce qui fit peser en 1983 la balance dans le sens de la résistance, et donc de la liberté, ce ne fut certes pas l'intervention d'une communauté hétéroclite, ce fut le représentant d'un vieil État-nation, sûr dans le cas d'espèce de sa légitimité et du soutien des citoyens français, fort de l'opposition résolue du corps social et politique aux sirènes pacifistes,

Qui ne voit, à la lumière de ce qui s'est passé lors de la crise du Golfe, que l'Europe de Maastricht, qui se serait probablement préférée plutôt rouge que morte en 1983, s'acceptera demain verte ou brune au gré des conjonctures, privée qu'elle est de ces garde-fous fondamentaux pour la démocratie que sont le sentiment national et la légitimité populaire.

L'histoire, loin d'être achevée, est plus que jamais en marche et elle demeure tragique.

Oui, nous sommes en guerre économique! Oui, l'effondrement de l'Union soviétique ne signifie pas la paix mais la montée de nouveaux risques qui ont pour nom prolifération des armements nucléaires et classiques, multiplication des zones grises échappant à tout contrôle étatique, dangers tech­nologiques, menaces majeures pour l'environnement, extension des trafics de stupéfiants!

La conjuration de ces nouveaux périls demande évidemment un renforcement de la coopération interétatique. Elle ne demande nullement la disparition des États-nations dont la légitimité est plus que jamais requise pour intervenir efficacement contre ces fléaux.

Alors, qu'on veuille bien cesser de considérer les réfractaires et les adversaires du traité comme autant de fauteurs de guerre et d'irresponsables! Comme s'il n'y avait pas d'ailleurs quelque chose de choquant dans cette suspicion mal dissimulée vis-à-vis de partenaires, d'une partenaire dont nous devrions ainsi ignorer les évolutions politiques, économiques, sociales, culturelles intervenues depuis un demi-siècle, dont nous devrions ignorer l'amitié retrouvée, comme si, en tout état de cause, la France après de Gaulle était aussi vulnérable qu'avant lui, comme si, depuis 1945, l'Europe de l'Ouest n'avait pas connu la paix avant même que le Conseil européen ne se donne rendez-vous à Maastricht, comme si enfin l'Europe se réduisait à douze pays.

Car, si l'on veut aller sur ce terrain, est-on sûr que la démarche de Maastricht soit bien la plus prometteuse de paix pour l'ensemble du continent européen ? C'est une erreur de prétendre que l'on pourra réaliser en même temps ce que l'on appelle à tort « l'approfondissement » et ce qu'on nomme, sans mesurer tout ce que ce terme peut impliquer de morgue  et de condescendance, «  l'élargissement ». Oh ! bien sûr, l'in­tégration progressive des pays de l'A.E.L.E. est déjà pro­grammée avec la création d'un grand espace économique européen, même si la neutralité de certains États constitue encore un frein politique. Il n'en va pas de même, chacun le sait bien, en ce qui concerne l'Europe orientale et centrale, Car, en vérité, les contraintes qu'impose par exemple la mon­naie unique aux économies des États membres excluent de toute évidence, et pour des décennies, tout rapprochement avec le monde de l'Est,

Alors, qu'est-ce donc que cette conscience européenne qui laisse de côté la moitié de l'Europe? Qu'est-ce donc que cette morale politique qui nous parle sans arrêt de démocratie et ne fait rien pour elle là où elle tente de naître ou de renaître ?

Qu'est-ce donc que ce «sens de l'histoire » qui ne tire aucune conséquence de la levée du rideau de fer et reste crispé sur un projet dépassé par des événements formidables ? Qu'est-ce donc que cette attitude de fermeture, d'égoïsme, de repliement, d'aveuglement qui constitue pour le stalinisme, pour l'Europe de Yalta une extraordinaire victoire posthume ?

Oui ! C'est d'abord la morale qui devrait nous conduire à ne pas rejeter les pays d'Europe centrale et orientale.

En effet, il faut le dire tout net, ces pays ont des droits sur nous. A deux reprises, ils ont payé pour nous. Ils ont tout d'abord payé notre libération au prix fort de leur asservissement, car la victoire sur le nazisme passait par leur invasion. Ils ont ensuite payé notre sécurité au prix fort de leur abandon. Nous les avons laissés à leur sort car nous ne voulions assumer aucun risque politique ou militaire face au totalitarisme soviétique.

Nous sommes nombreux, ici, à appartenir à une génération qui a été bouleversée par les évé­nements de Hongrie en 1956 et ceux de Tchécoslovaquie en 1968. Et nous savons que c'est faire un mauvais procès à M. Claude Cheysson que de lui reprocher d'avoir résumé plus tard à propos de la Pologne ce qui fut notre attitude constante des décennies durant : « Évidemment, nous ne ferons rien. »

Et aujourd'hui que, sans nous, presque malgré nous, ils accèdent à la liberté, nous laisserions, pour reprendre la belle expression de Jacques Chirac, un mur de l'argent se substituer au rideau de fer ? Sommes-nous à ce point oublieux que nous puissions tolérer une telle perspective? Et si la morale ne suffit pas à nous réveiller, ne voyons-nous pas où est notre intérêt ?

Elles sont loin d'être assurées, ces démocraties balbutiantes d'Europe centrale et orientale aux prises avec la grande misère de l'après-communisme. Elles sont loin d'être assurées parce que le désordre, le chômage et la pauvreté auxquels nous sommes en passe de les condamner engendreront plutôt le populisme, le nationalisme et peut-être le fascisme. Le pitoyable spectacle de l'exode des Albanais vers Bari nous donne quelque idée de la formidable poussée migratoire qui pourrait s'effectuer d'Est en Ouest et s'ajouter à l'irrésistible pression qui s'exerce déjà du Sud vers le Nord. Qui ne voit, dans ces conditions, que l'Europe risque d'être autrement plus dangereuse, plus explosive que du temps des certitudes tranquilles de l'équilibre Est-Ouest. Est-ce bien là le chemin le plus sûr pour la paix ?

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Extrait du discours fondamental de Philippe Seguin du 5 mai 1992

Alors que M. Sarkozy va prononcer à Toulon un discours qui se veut "capital", il est intéressant de relire ce que M. Seguin annonçait en mai 92 lors de la discussion de l'exception d'inconstitutionnalité du traité de Maastricht.  La perte de souveraineté monétaire disait-il est le garant de la perte de toute souveraineté. Le faux fédéralisme est la garantie qu'on anoncera l'arrivée du vrai fédéralisme lorsque les défauts en seront devenus insupportables. Il annonçait un pouvoir national ligoté obligé de quémander pour faire face et se livrant à la fujite en avant institutionnelle faute de pouvoir élaborer un semblant de politique.

Il faut bien le dire : près de 20 ans plus tard, nous y sommes!

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"Les choses vont-elles donc continuer à se défaire sans qu'a aucun moment le peuple français ne soit consulté ? (...)

Mais voilà qu'on nous assure que Maastricht serait la condition de la paix et de la prospérité, ce qui signifie par là même que son échec équivaudrait à la régression et, j'ima­gine, à la guerre. C'est l'une des idées reçues du moment : les nations seraient inévitablement condamnées au déclin par le progrès de la civilisation matérielle. Leur souveraineté serait incompatible avec le renforcement inéluctable des interdépendances écono­miques et techniques. L'évolution des choses conduirait nécessairement vers un monde sans frontières, chacune de celles-ci constituant un obstacle à l'efficacité, une entorse à la rationalité, une entrave à la prospérité.

Ce sont là des affirmations qu'il nous faut vérifier avec soin car ce qu'on nous demande d'abandonner, pour atteindre la prospérité, ce n'est pas seule­ment le droit de battre monnaie, c'est la possibilité de conduire une politique économique qui nous soit propre.

Suffirait-il de constituer un grand ensemble intégré pour brusquement et sûrement accroître ces performances ? On en douterait au spectacle de grands ensembles existants qui péri­clitent ou se divisent. L'ancienne Union soviétique, la Chine, l'Inde sont-elles à ce point prospères qu'il nous faille à tout prix les imiter ?

Les États-unis eux-mêmes sont-ils à ce point heureux dans la gestion de leurs affaires intérieures qu'il faille les prendre pour modèles ? N'observe-t-on pas à l'inverse des réussites éclatantes qui ne doivent rien à l'immensité au Japon, à Taiwan, en Corée du Sud, voire dans les villes­États, comme Singapour ou Hong Kong?

    Comment s'en étonner? La mise en commun des faiblesses et des défaillances de chacun n'a jamais amélioré les performances de tous.

Si l'argument de la taille ne convainc pas, on tient en réserve l'une de ses variantes : elle consiste à condamner la tentation de l'autarcie. C'est ce qu'a fait M. le Premier ministre cet après-midi. L'autarcie est-elle la plus sûre façon de ruiner l'économie, d'étouffer l'initiative, d'appauvrir la culture ? Certes oui, mais qui dit le contraire ? Qui parle de replier le pays sur lui-même? Qui parle de renoncer à la liberté des échanges ? Qui donc ici prône l'exclusion, la fermeture aux autres ? Personne! En tout cas pas moi! Mais en quoi donc le rejet de l'autarcie a-t-il quelque chose à voir avec la prétendue nécessité d'une Europe fédérale ? La réponse est simple: cela n'a rien à voir !

Il y a des siècles que les échanges internationaux se déve­loppent et depuis 1945 ils ont enregistré une formidable progression, contribuant à la prospérité et à l'accroissement des niveaux de vie. A-t-on eu besoin pour cela de réduire le nombre des nations ? Leurs frontières politiques ont-elle fait obstacle à cette évolution ? Les particularismes nationaux ont-ils compromis l'allocation des ressources, freiné l'innovation, ralenti la croissance ? Dans les faits, n'est-ce pas tout le contraire qui s'est passé, et n'est-ce pas le pays qui en a le plus profité, le Japon, qui est aussi le plus rebelle à tout sys­tème qui l'intégrerait ? Il est vrai que, pour échanger, il faut avoir quelque chose à échanger. Il est donc autorisé d'être différent et il est même plus souhaitable d'être complémen­taire que semblable.

L'avenir n'est donc pas contradictoire avec la volonté des peuples de garder leur caractère, de tirer le meilleur parti de ce qu'ils sont, de leurs atouts, de leurs spécificités pour donner au monde la plus belle part d'eux-mêmes.

La compétition, la concurrence, c'est d'ailleurs cela : c'est le jeu où des producteurs placés dans des situations particulières, avec des capacités et des savoir-faire différents, s'effor­cent en permanence de se dépasser afin de produire à moindre coût et de vendre davantage.

Gardons-nous donc de la vision angélique et réductrice d'une internationalisation économique dégagée de toute référence aux nationalités ! Pour garder leur efficacité, les entreprises ont à prendre en compte les caractéristiques des marchés locaux, des mentalités, des comportements, des langues.

Tenir l'économie mondiale pour un système unitaire et indifférencié procède à l'évidence d'une analyse superficielle. En réalité, un espace de concurrence est un espace d'échange libre et non un vase clos dans lequel une bureaucratie tatillonne s'efforce de gommer toutes les différences en imposant avec obstination ce que les auteurs de l'Acte unique ont appelé « l'harmonisation des conditions de la concurrence ».

Redoutable contresens économique, d'ailleurs, que cette « harmonisation » à laquelle nous devons déjà des centaines et des centaines de directives et de règlements communautaires ! Mesurons l'absurdité d'une telle démarche en posant, comme le fit un jour un économiste, cette impertinente mais judicieuse question : « Puisqu'il faut harmoniser les conditions de la concurrence, pourquoi, comme sur le nez de Cyrano, ne pas poser des petits parasols sur les tomates cata­lanes, gorgées d'un soleil qui fait si injustement défaut aux tomates néerlandaises ? »

Ne rions pas, nous ne sommes pas loin de cela! Nous n'en sommes pas loin quand on se met à réglementer, pour toute la CEE, les conditions de production pour les chasses d'eau, les survêtements, les fromages. Croyez-vous que cela a quelque chose à voir avec la vitalité des marchés, avec la force créatrice de la libre entreprise, avec le stimulant de la concurrence ?

On nous fabrique aujourd'hui en Europe un espace écono­mique plus uniformisé que le marché intérieur américain lui-même, qui vit et prospère très bien sans même l'harmonisa­tion des fiscalités, alors que, pour créer un marché unique, on pourrait s'en tenir à la libre circulation des biens et des personnes et à la reconnaissance mutuelle des réglementa­tions, en limitant l'effort d'harmonisation à ce qui relève de la santé publique et de la protection de l'environnement.

Mais ce n'était pas assez pour nos eurocrates qui veulent supprimer la concurrence en prétendant la préserver. On met en avant de prétendus impératifs de concurrence pour réglementer, centraliser, diriger l'économie européenne, à la seule fin, non d'accroître l'efficacité et la prospérité communes mais de forger à la fois l'instrument et la raison d'être d'un futur gouvernement fédéral, un gouvernement fédéral qui ne pourra certainement pas souffrir l'existence d'une réelle concurrence entre les États fédérés.

La monnaie unique qu'on nous propose maintenant est la conséquence logique de cette stratégie. Voyons ensemble ce que vaut cette touche finale.

On nous dit que la monnaie unique est la clé de l' emploi. On nous annonce triomphalement qu'elle créera des millions d'emplois nouveaux - jusqu'à cinq millions, selon M. Delors, trois ou quatre, selon le Président de la République. Mais que vaut ce genre de prédiction, alors que, depuis des années, le chômage augmente en même temps que s'accélère la construction de l'Europe technocratique ? Par quel miracle la monnaie unique pourrait-elle renverser cette tendance ? Oublierait-on que certaines simulations sur les effets de I'union monétaire sont particulièrement inquiétantes pour la France puisqu'elles font craindre encore plus de chômage dans les années à venir ? En vérité, tout ce que notre économie doit d'incontestablement positif à la construction européenne, c'est la fin du protectionnisme intracommunautaire, ce qui n'a rien à voir ni avec I"harmonisation à tout prix ni avec la monnaie unique.

On nous dit que les risques cambiaires tendent à limiter les transactions. Mais les échanges internationaux n'ont souffert d'aucun ralentissement notable après la généralisation des changes flottants, moyennant la mise au point de techniques de couverture fort élaborées.

On nous dit que la monnaie unique va favoriser nos exportations, mais les échanges intra-européens sont déjà considérables et I'unification de la mon­naie ne supprimera pas les risques de fluctuation vis-à-vis du dollar et du yen. Mieux : dès lors qu'il y aura trois pôles monétaires comparables, les arbitrages triangulaires iront se multipliant, avec tous les risques de change y afférent.

On nous dit que la monnaie unique favorisera les investis­sements français dans les autres pays de la Communauté. Or aucune statistique ne permet de conclure à un effet significatif du risque de change sur I"investissement.

On nous dit que la monnaie unique fera économiser d'énormes coûts de transaction, mais personnes n'est réellement capable d'évaluer ces coûts et tous les chiffres cités à ce sujet, y compris les vôtres, sont le plus souvent totalement fantaisistes.

M. Rocard nous dit que, si Louis XI n'avait pas eu raison de Charles le Téméraire, la Bourgogne d'aujourd'hui vivrait dans la hantise de voir se détériorer sa balance des paiements avec l'lIe-de-France et l'Aquitaine.

Et il nous prédit que la monnaie unique mettra fin à ce genre d'archaïsme, entrave à la crois­sance. Mais qui donc est obsédé par le solde des paiements courants sinon ceux-là mêmes qui confondent les conséquences et les causes, qui confondent les écritures comp­tables avec les mécanismes économiques et qui sont paralysés par des contraintes imaginaires?

Comment peut-on penser en effet que la balance des paie­ments est en elle-même une contrainte économique bien réelle et croire qu'il suffit de ne plus libeller les transactions que dans une seule monnaie pour qu'elles s'envolent miracu­leusement ?

On nous dit que la monnaie unique fera baisser tes taux d'intérêt, mais cela est plus que douteux dès lors qu'il va falloir intégrer des pays plus sujet à l'inflation et ensuite tout dépendra de la politique de la Banque centrale européenne qui sera indépendante, c'est-à-dire incontrôlable.

On dit encore, en effet, que la monnaie unique entre les mains d'une banque centrale indépendante permettra de mieux assurer la lutte contre I"inflation : mais nul ne peut garantir que les dirigeants de cette banque, qui n'auront de comptes à rendre à personne, feront toujours la meilleure politique possible! Ou alors doit-on considérer l'irresponsabilité comme le gage le plus sûr de l'efficacité ?

L'expérience de la FED aux États-unis est-elle à cet égard concluante ? Le comportement actuel de la Bundesbank est-il si encourageant ? Certes non, d'ailleurs les plus grandes figures de l'orthodoxie monétaire, comme l'Américain Milton Friedman ou le Français Maurice Allais, sont farouchement opposés au principe de l'indépendance de la banque centrale.

En vérité, il n'y a pas de meilleure incitation à bien gérer la monnaie que la concurrence moné­taire même si cette incitation est loin d'être sans défaut.

Or, que nous propose-t-on, sinon de supprimer la concur­rence entre les monnaies européennes?

 

Alors on vient nous dire, argument ultime et présumé décisif, que nous n'aurions plus d'autre choix qu'entre « subir » et « co-décider ».

Que répondre à ceux qui nous disent qu'en acceptant de participer au SME, notre pays a déjà renoncé à sa souveraineté dans ce domaine? Que c'est oublier un peu vite qu'il existe des marges de fluctuation significatives. Que nous gardons, c'est vrai, la possibilité de dévaluer si nous le décidons et que nous pouvons sortir du système si nous le jugeons nécessaire. Que, dans le SME, la France choisit libre­ment les contraintes qu'elle s'impose jusqu'à ce qu'elle décide de s'en affranchir. Au contraire, avec la monnaie unique, nous abandonnons définitivement ou presque le droit de choisir notre politique monétaire. Toute la différence est là !

Alors on objecte encore que, même si elle le voulait, la France ne pourrait pas exercer sa souveraineté, qu'elle n'aurait d'autre possibilité que celle de s'aligner sur les décisions des autorités allemandes afin d'éviter la fuite des capitaux flottants et l'effondrement de sa monnaie.

C'est oublier, me semble-t-il, que le maintien à tout prix d'une parité arbitraire entre le franc et le mark est un choix politique qui n'a rien d'inéluctable. C'est oublier qu'une monnaie qui ne se maintient qu'en s'appuyant sur des taux d'intérêt réels exorbitants ne peut pas être considérée comme une monnaie forte et qu'en adoptant une telle politique, la France a permis d'accentuer la sous-évaluation du mark au sein du SME où tous les experts s'accordent pour constater qu'il est déjà sous-évalué depuis 1979, ce qui est un comble puisque nous donnons ainsi à l'Allemagne une prime supplémentaire de compétitivité. Et quand j'entends dire, comme hier, qu'on veut réévaluer le franc par rapport au mark, je me demande si on ne nage pas en pleine folie !

En tout cas, rien n'impose aujourd'hui à la France la poli­tique monétaire qu'elle s'est choisie, qui joue au détriment des salariés, qui disqualifie les investissements à long terme et qui a des effets tellement désastreux sur l'activité qu'ils finiront de toutes les façons par faire fuir les capitaux étrangers.

Et puisque rien n'impose à la France cette politique, rien ne l'empêche non plus d'en changer !

Que ceux qui me disent qu'en ne nous alignant pas systématiquement sur l'Allemagne, nous rejetterions la rigueur et choisirions l'isolement me comprennent bien : il ne s'agit pas à mes yeux de prôner le retour au contrôle des changes, au laxisme budgétaire, à l'inflation, ni même de recommander la sortie du SME, encore moins de la CEE. Mais enfin, le SME a bien survécu à onze ajustements depuis 1979 ! Et ce n'est pas parce que le franc a été dévalué en 1986 et le mark réévalué en 1987 qu'on peut dire que la gestion d'Édouard Balladur n'a pas été rigoureuse !

Dans le domaine monétaire comme dans les autres, il faut se plier aux réalités. Il faut donc savoir ajuster les parités quand c'est nécessaire, non pour faire de la dévaluation compétitive, mais pour éviter la déflation.

Eût-il été déraisonnable de laisser le mark se réévaluer quand la Bundesbank décida de relever ses taux d'intervention pour gérer les conséquences de la réunification ? On pourrait en discuter, mais le choix existait pour la France, Il n'en sera plus de même quand elle sera emprisonnée dans le système de la monnaie unique, Dans ce système, en effet, on chercherait en vain la présence du pouvoir national au milieu des mécanismes de codécision.

Une véritable codécision exigerait l'unanimité, ce qui, bien sûr, paralyserait une institution qui doit en permanence composer avec la conjoncture, les décisions seront donc prises à la majorité, non par des représentants des États, mais par des personnalités indépendantes, qui ne recevront pas d'ordre de leurs gouvernements respectifs. Donc, la France, en tant qu'État, n'aura absolument aucune part à l'élaboration de la politique monétaire. C'est cela, sans doute, qu'on appelle la « souveraineté partagée ». Curieux partage qui tendrait à priver la France de toute liberté de décision !

Et ne négligeons pas les conséquences de ce qui se prépare : conséquences économiques et conséquences politiques.

Conséquences économiques d'abord. Il n'est de politique économique cohérente que dans la mesure où elle dispose de l'ensemble des moyens d'intervention sur l'économie : budget, fiscalité, actions structurelles en faveur des entreprises, monnaie. L'aliénation de notre politique monétaire entraîne donc l'impossibilité de conduire une politique économique autonome, processus que l'Union économique et monétaire recon­naît d'ailleurs, en le qualifiant joliment de « convergence ».

Dès lors, le processus de l'union économique et monétaire mérite trois commentaires.

En premier lieu, il renouvelle le choix d'une politique qu'on pourrait qualifier de « monétarienne », qui est syno­nyme de taux d'intérêt réels élevés, donc de frein à l'investissement et à l'emploi et d'austérité salariale. Notons à ce propos l'hypocrisie fatale qui consiste à parler de « franc fort » lorsque le refus de la dévaluation se paie du blocage de l'investissement et de l'explosion du chômage. C'est très exactement la réédition de la «politique du bloc-or » qui a conduit l'industrie française à la crise au cours des années trente. Bonjour la modernité!

Maastricht, c'est ensuite la suppression de toute politique alternative, puisque la création d'un système européen de banque centrale, indépendant des gouvernements mais sous influence du mark, revient en quelque sorte à donner une valeur constitutionnelle à cette politique de change et à ses conséquences monétaires.

Quant à ceux qui voudraient croire qu'une politique bud­gétaire autonome demeurerait possible, je les renvoie au texte du traité, qui prévoit le respect de normes budgétaires tellement contraignantes qu'elles imposeront à un gouvernement confronté à une récession d'augmenter les taux d'imposition pour compenser la baisse des recettes fiscales et maintenir à tout prix le déficit budgétaire à moins de 3 p. 100 du PIB.

Enfin, et je souhaite insister sur ce point, la normalisation de la politique économique française implique à très court terme la révision à la baisse de notre système de protection sociale, qui va rapidement se révéler un obstacle rédhibitoire, tant pour l'harmonisation que pour la fameuse « conver­gence » des économies.

Que la crise de notre État providence appelle de profondes réformes, je serai le dernier à le contester. Que cette modernisation, faute de courage politique, soit imposée par les institutions communautaires, voilà qui me semble à la fois inquiétant et riche de désillusions pour notre pays. Il suffit d'ailleurs de penser à cette «  Europe sociale» qu'on nous promet et dont le Président de la République, lui-même, inquiet, semble-t-il, des conséquences de la monnaie unique, cherchait à nous convaincre, à l'aurore de ce 1er mai 1992, qu'elle aurait un contenu, qu'elle nous assurerait un monde meilleur,

Hélas, quand on lit les accords de Maastricht, on ne voit pas très bien où est le progrès social! On voit bien, en revanche, qu'on ouvre la porte à l'harmonisation, c'est-à-dire à un processus où, comme en matière fiscale, on cherchera au mieux à se mettre d'accord sur une moyenne plutôt que sur un optimum et où, chaque fois que nous voudrons faire une innovation dans notre législation sociale, il faudra aller demander la permission de nos partenaires.

Les conséquences politiques à escompter du processus ne sont pas moins importantes. Rappelons-nous une évidence. Dès lors que, dans un territoire donné, il n'existe qu'une seule monnaie, les écarts quelque peu significatifs de niveau de vie entre les régions qui le composent deviennent vite insupportables. L'expérience des États fédéraux, mais aussi celle de la réunification allemande devraient dissiper tous les doutes à ce sujet.

Or, si l'on veut, comme l'affirme le traité, imposer une monnaie unique à tous les pays membres, un effort colossal devra être consenti pour réduire les écarts actuels, qui sont immenses, un effort colossal sans commune mesure avec ce que nous réclame présentement Jacques Delors pour doter ses fonds de cohésion.

Il sera sans doute nécessaire de porter progressivement, comme le pensent assez raisonnable­ment, me semble-t-il, certains experts, le budget communau­taire jusqu'à 10 p. 100 du produit national brut, c'est-à-dire huit fois plus qu'aujourd'hui. On n'imagine pas un budget de cette ampleur sans un contrôle politique. Cela ne s'est jamais vu. Il faudra donc bien qu'un Parlement européen vote le budget comme un parlement national et qu'un gouvernement, responsable devant lui, l'exécute. C'est ainsi que la nécessité budgétaire engendrera tout naturellement les organes fédé­raux appelés à gérer un gigantesque système centralisé de redistribution à l'échelle de la Communauté.

Et puisqu'il s'agira de redistribuer, ce sera bien entendu aux pays les plus avancés d'en supporter la charge. C'est dire combien la France devra payer, elle dont la contribution nette à la Communauté s'élève déjà, d'après la commission des finances du Sénat, à 25 milliards de francs pour 1991.

C'est ainsi que la France, qui ne trouve déjà plus les moyens de financer pour son propre compte une vraie politique d'aménagement du territoire et d'aménagement urbain, devra demain engager des ressources considérables pour financer l'aménagement du territoire de ses voisins!

C'est ainsi que la France, qui verse déjà un tribut à la réu­nification allemande sous la forme de taux d'intérêt exorbi­tants, devra demain débourser une deuxième fois pour l'Allemagne de l'Est par le biais de sa contribution au budget communautaire.

Alors, bien sûr, on peut se rassurer à la pensée que, d'ici à l'an 2000, certains parmi les dix autres pays qui ont accepté le principe de la monnaie unique seront amenés à y renoncer et que l'union monétaire se limitera, au moins provisoire­ment, à ceux d'entre eux bénéficiant du niveau de vie le plus élevé, de finances publiques en ordre et de prix stables. Mais, dans un noyau dur où ne figuraient ni l'Angleterre ni l'Europe du Sud, que pèserait la France?

Bref, ou bien l'union monétaire se fait à dix ou à douze, et nous voilà payant très cher, au profit du budget communautaire, des interventions largement inutiles, ou bien elle se fait à six, et nous voilà réduits à un statut proche de celui d'un Land !

Dans tous les cas, la monnaie unique, c'est l'Europe à plu­sieurs vitesses : à trois vitesses si on la fait à six puisqu'il y aurait alors une Europe du Nord, une Europe du Sud et une Europe de l'Est. A deux vitesses si on la fait à douze puis­qu'on continuerait à exclure les pays de l'Est. Et, dans tous les cas, la monnaie unique, c'est une nouvelle division entre les nantis que nous sommes et les autres, c'est-à-dire les pays de l'Europe centrale et orientale.

On nous sert déjà, en effet, un autre plat que celui de la prospérité assurée : la ratification des accords de Maastricht, nous dit-on, serait la seule assurance de la paix, argument déjà entendu en 1954 à propos de la CED. Alors, comme vous, monsieur le ministre d'État, on nous presse de nous souvenir des conflits qui ont ensanglanté notre continent. La seule manière d'empêcher leur renouvel­lement, nous assure-t-on, c'est de signer des deux mains, sans maugréer ni rechigner.

En fait, tout procède de la même erreur d'analyse et, à trop vouloir nous démontrer les dangers des nations, on débouche sur l'absurde.

Certains théoriciens de l'Europe fédérale, qui ont du moins le courage d'aller au bout de leurs idées, nous assurent que l'humanité entre désormais dans une ère nouvelle, où la nation n'aurait plus sa place, parce qu'elle n'était dans l'avancée des civilisations qu'une étape historique, une sorte de maladie infantile, une phase nécessaire - et le temps serait enfin venu de la dépasser.

On retrouve là ces vieilles obsessions post-hégéliennes qui nous annoncent toujours pour demain la « fin de l'histoire ». Ces vieilles obsessions, c'est un comble qu'elles reprennent du service au moment même où les doctrines politiques qui reposaient sur le « sens de l'histoire » se dissolvent. Il s'agit d'ailleurs plus d'une idéologie que d'une philosophie de l'histoire, et d'une idéologie qui, comme toutes les autres idéologies, tourne le dos à l'observation du réel.

La réalité, c'est que, le plus souvent, les empires sont nés avant les nations et non après elles. Certes, on peut trouver des régions où les nationalités s'imbriquent trop pour qu'il soit possible d'organiser des États mais, partout ailleurs, les ensembles transnationaux qui ont précédé les nations ont dû leur céder la place quand les peuples, enfin, ont revendiqué leur droit à disposer d'eux-mêmes, car il est clair, il est avéré que, dans l'histoire du monde, l'émergence des nations est allée de pair avec l'émancipation des peuples.

Et puis les nations sont bien loin d'avoir été la cause principale de nos épreuves. Force est ainsi de reconnaître que, dans notre siècle, plus de malheurs nous sont venus des grandes idéologies et des impérialismes dominateurs que des ambitions nationales.

Donc, finissons-en avec cette vue naïve des choses qui voudrait nous faire croire que la disparition des États-nations signifierait la fin des conflits armés, « la paix perpétuelle », pour reprendre cette fois la terminologie d'Emmanuel Kant, lequel ne la concevait d'ailleurs que comme une paix entre nations souveraines.

Et à ceux qui entendraient dauber encore sur les passions nationales et leur opposer la sagesse millénaire des commis­sions et autres conclaves technocratiques et supranationaux, je voudrais rappeler quelques exemples de l'histoire récente. Ils méritent qu'on s'y arrête avant de passer par pertes et profits la possibilité de conduire une politique étrangère nationale.

.../...



Les vannes sont ouvertes


Il est intéressant de fixer l'esprit public qui prévaut lors du moment particulier de l'histoire économique du monde que nous vivons. L'oubli et l'accumulation des faits nouveaux que l'actualité économique charrie à gros bouillons ne permettent plus de s'en souvenir déjà quelques semaines après et ne parlons pas de plusieurs années plus tard.

Fin novembre 2011 aura été le moment exact où les vannes psychologiques  se sont ouvertes et où nombre de sujets tabous ou tout simplement hors des préoccupations de l'opinion publique se sont trouvés tout soudain abordés sans réticence.

Dans la presse comme dans les débats télévisés la disparition de l'Euro est ouvertement abordée comme un évènement non seulement possible mais probable et même inéluctable.
Les entreprises s'interrogent sur leur stratégie de défense contre les risques que leur fait courir la disparition de l'Euro.  Les entreprises grecques le faisaient depuis deux ans déjà : refus de laisser leur trésorerie dans des banques grecques et en Euro (asséchant la liquidité en Grèce et mettant les banques en question en crise de liquidité gravissime) ; déplacement des sièges sociaux hors de la zone euro ; arrêt des investissements ...Le risque est de voir  ces pratiques se généraliser dans les jours et les semaines à venir poussant l'Euro vers le bas et faisant tendre  la liquidité des banques françaises vers zéro. Les étrangers fuyant vers le dollar, les banques européennes sont à sec de cette devise. Les marchés interbancaires étant déjà bloqués, il appartiendra à la BCE de faire marcher la planche à billets pour ce qui concerne l'euro mais il lui faudra aussi trouver avec la FED à nouveau un accord de swap. Sinon des banques européennes vont rester sur le carreau pour illiquidité manifeste en toute monnaie de réserve.
 
Les particuliers ne sont pas en reste. L'assurance-vie voit son en cours fondre en France.  Les tourments de Groupama forcé à vendre en catastrophe une partie de ses actifs vient donner du corps  la terreur qui s'emparent des épargnants craignant cette fois ci pour le cœur de leurs économies.  L'immobilier de luxe flambe : il restera toujours une demande solvable pour ces biens là ! Même le mauvais immobilier grimpe à Berlin. Il sera temps de revendre une fois la crise passée et en DeutschMarks. 

Nous sommes en pleine panique. L'Europe annonce des mesures en partie institutionnelle pour début décembre ce qui est bien tard. "Dix jours pour sauver l'Euro" déclame un commissaire européen. Si même les officiels annoncent que la mort de l'Euro  est possible !

L'homme de la rue reste tout de même étonné. Il ne croit pas à la ruine de la zone euro ni à l'effondrement général. Il s'étonne des mouvements de panique.  "Ils savent, là haut. Ils disposent de personnes intelligentes qui trouveront une solution. Bien sûr ils tiennent un discours conservateurs. Mais ils vont agir. La BCE va agir. Ils ne laisseront pas tout tomber comme cela".

Sagesse populaire ?

Les vannes psychologiques sont ouvertes. Mais celles de la BCE ne pourront pas rester longtemps aussi fermées.

Ainsi va le monde en ce mardi 29 novembre 2011 et l'opinion, assommée par des nouvelles certitudes opposées à 180% à ce qu'on leur a rabâché pendant  deux décennies, garde l'espoir que "ils", les vrais, les dirigeants qui savent, feront ce qu'il faut faire pour éviter l'effondrement général.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Un graphique fort inquiétant

Nous reprenons ci-dessous le graphique publié par le Financial Times qui donne l'évolution des taux d'intérêt des différents pays de l'Euroland de 1990 à aujourd'hui. Son analyse peut faire grincer les dents.

Que constate-on ?

Avant la mise en place de l'accord de Maastricht, les taux sont totalement dispersés. "Les spreads", comme on dit, sont considérables, traduisant la crainte différenciée des investisseurs devant les risques souverains encourus.

L'obligation de respecter les conditions d'entrée dans l'Euro provoque d'une part une certain stagnation relative en Europe, corsetée par ces obligations et la convergence des taux d'intérêt. Le tremblement de terre de Kobé fait soudain fuir les capitaux d'Extrême-Orient et provoque une ruée sur le dollar. La crise qui s'en suit, appelée à tort crise des pays émergents, après un à coup conjoncturel initial fort,  est très favorable à l'Europe qui se retrouve avec un Euro dévalué et une meilleure compétitivité. On entre également dans la phase forte du cycle. L'Europe retrouve une forte croissante créatrice d'emplois.  L'optimisme gagne les marchés financiers, facilite la satisfaction des critères de Maastricht et crée les conditions d'un lancement réussi de l'Euro.

La crise décennale de 2001 -2002, de faible intensité, (selon le schéma des crises décennales qui veut qu'une crise faible succède à une crise forte, la récession de 92-93 ayant été forte), n'a pas d'effet sur l'Euro d'une part parce que les finances des Etats de l'Euroland sont assainies et d'autre part parce que Greenspan ouvre grand les vannes du crédit aux Etats Unis. Cela renforce la crédibilité de l'Europe et permet aux marchés de considérer que l'ensemble de la zone est homogène. Les taux d'intérêt sont convergents dans l'Euroland et ils sont bas.

L'inconvénient, c'est que le dollar baisse et la zone Euro commence à perdre des parts de marché. Elle entre dans une période de quasi stagnation. les états traditionnellement irresponsables, comme la France, l'Italie, la Grèce, bénéficient de taux d'intérêt dont ils n'ont pas l'habitude. Creuser les déficits ne coûte pas cher. On laisse monter la dette alors que la dette accumulée initiale était haute.

Passons sur le cas de la Grèce où les chiffres annoncées étaient mensongers. La France et l'Italie ne bouclent aucun budget en équilibre. 
 
L'Allemagne confrontée à une perte de compétitivité réagit par le plan Schröder qui rétablit la compétitivité par une austérité salariale et budgétaire progressive, continue et finalement forte. Le déficit des comptes publics allemands a été éliminé en 2008 (-0,1%), alors que la France s’enfonçait à la même époque à -3,4%. Notons qu'à cette date la crise n’avait pas encore frappé.
 
Le Traité de Maastricht avait confié à l'Ecofin le soin de coordonner les politiques budgétaires et économiques des pays de l'Euroland, Aucun avertissement n'est lancé sur les risques de différenciation des fondamentaux des différents pays. 

Même l'Eurogroupe présidé par le luxembourgeois européiste Juncker sans interruption depuis 2005 se tait.   On voit même différents pays à partir de 2005 discuter du bien fondé des critères de Maastricht et proposer de laisser filer un peu plus la dette.  La France participe à ces demandes par la voix de son ministre des finances.  En même temps l'habituel  chœur des vierges économiques  médiatiques exige une politique libérale de la BCE à l'instar de la FED. Les habitudes laxistes françaises sont invétérées.
 
Le cas de l'Espagne, du Portugal et de l'Irlande doit être disjoint. Dans ces pays la flambée immobilière est le moteur de la croissance et de l'emploi. Cette bulle est rendue possible à la fois par les libéralités de la FED qui inonde les marchés financiers de liquidité, les fonds structurels européens, et l'apparence de solidité de la zone Euro.

La France pour sa part entre dans la stagnation chiraquienne aggravant l'effet des mesures malthusiennes prises par le gouvernement Jospin à la fin de la décennie précédente. Sa compétitivité s'effondre ; son industrie part en morceau ; l'investissement productif devient minuscule ; le déficit du commerce extérieur s'aggrave constamment. Assommée par les prélèvements fiscaux, l'Euro fort, le sous investissement, le chômage structurel élevé, la France voit tous ses voyants économiques passer à l'orange et au rouge. Bien qu'on entre dans les années 2005, 2006 et 2007 dans la partie prospère du cycle, la croissance est en France d'une extrême médiocrité.

Dès 2006 on voit les taux d'intérêt dans l'Euroland commencer à diverger, reflet des différences de taux d'inflation. A titre d'exemple rappelons que cette année 2006, le taux d’inflation en Espagne a atteint 3,6% contre 1,9% en France. La crise est encore dans les limbes et ne peut être mise en avant comme cause des dérapages.  Juncker laisse faire. L'Ecofin se tait.
 
Le blocage des marchés interbancaires en 2007 accélère le phénomène. La bulle d'endettement mondial commence à exploser. Un an plus tard ce sera la faillite de Lehman-Brothers et la "grande récession". Les écarts de taux d'intérêt s'aggravent à la mesure du transfert vers les états d'une partie des dettes privées aventurées et la création de nouvelles dettes publiques liées à la récession.

L'absence de gestion sérieuse des causes de la crise et la mise en place de mesures de sécurité financières excessives entraînent un dégagement de la part des banques qui vendent leurs paquets d'obligations d'état douteuses. Les taux d'intérêt sur le marché secondaire des dettes souveraines connaissent des spreads de plus en plus importants en même temps que certains taux montent à des niveaux intolérables. Il suffit en effet que les banques vendent leur dette pour faire baisser le cours des obligations et mécaniquement augmenter les taux d'intérêt réels. Via les CDS qui n'ont fait l'objet d'aucune législation malgré leur rôle majeur comme moyen de spéculation malsaine, certains  "hedge funds" mobilisent des sommes colossales et s'en donnent à cœur joie.
 
Les défauts de construction de la zone euro apparaissent en pleine lumière : pas d'institution réelle de coordination des politiques économiques, Ecofin s'avérant une institution zombie et l'Eurogroupe un club européiste dominé par la puissance de la BCE tempérée par le laxisme des gouvernements, donc une maison du silence ; impossibilité de monétiser la dette souveraine ; absence de toute gestion de la valeur externe de l'Euro ; absence de mécanisme de solidarité financière, chaque état étant laissé structurellement responsable de ses dettes. Sans l'appui d'une banque centrale, tout désajustement vis-à-vis du reste de la zone ne peut se faire que par la récession ou l'austérité. L'austérité avec une monnaie forte et une spéculation sur les taux de la dette, dans une ambiance de crise mondiale des échanges ne peut rien donner sinon du chômage et de nouveaux déficits. Il faut ajouter la panique des épargnants qui se ruent sur les actifs sûrs (Francs suisses, actifs immobiliers en Allemagne).

Les Etats et les institutions européennes en sont réduits à courir après les conséquences.  "Trop peu trop tard".

La course à l'austérité des Etats en mal de refinancement de leur dette souveraine ne peut que provoquer mécaniquement une récession en Europe  et aggraver la panique générale sur les perspectives de l'Euro.

Mais  comment faire rentrer à nouveau dans le tuyau les courbes de taux d'intérêt écartelées façon éventail ?

Si on n'y parvient pas comment assurer la poursuite de la zone Euro et d'une monnaie unique ? Comment le faire surtout dans un monde sans aucune concertation économique internationale réelle comme l'a montré le dernier G.20 ? Comment le faire sans mettre fin à la guerre des monnaies ? Comment le faire sans croissance du commerce international ? Comment le faire au moment où la crise et les régulateurs contractent massivement l'enveloppe bilancielle des institutions financières obligées à licencier massivement ?
 
Si la panique reste la maîtresse du jeu, si les idéologies et les contraintes diplomatiques et géopolitiques diverses rendent inopérantes les seules solutions efficaces, on va directement vers l'explosion de la zone Euro et une grande dépression de type 1929.C'est le sentiment général qui s'installe en cette fin de mois de novembre 2011. On entend partout  des remarques du genre : "Mais il doit bien y avoir des gens intelligents au sein de ces équipes gouvernementales".  Ou encore : "Non décidemment non, ils doivent garder quelques atouts dans leur manche. Ils ne vont pas laisser tout exploser".  C'était le genre de remarque qu'on entendait lorsque Guderian avait percé le front  à Sedan en mai 40.

La suite ne fut pas fameuse. 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile
 
Post scriptum  : les obligations non respectées du conseil Ecofin et de l'Eurogroupe- Les projets d'évolution.
 L'Ecofin


"Les domaines de compétence du Conseil ECOFIN concernent plus particulièrement :
o la coordination des politiques économiques générales des États membres et la surveillance économique
o le contrôle de la politique budgétaire et des finances publiques des États membres
o certaines questions relatives à l’euro : en particulier, le Conseil adopte après consultation de la BCE des règlements concernant le cadre juridique de l’euro ; il peut également, après consultation de la BCE, formuler les orientations générales de politique de change (dans ces cas, les droits de vote des Etats membres n’ayant pas adopté l’euro sont suspendus –art. 122.5 du Traité instituant la Communauté européenne -) ; ces orientations générales ne peuvent affecter l’objectif principal du SEBC, à savoir le maintien de la stabilité des prix.
o le suivi des questions relatives aux marchés financiers
o les relations économiques avec les pays tiers"

Si vous avez entendu parler des mesures de l'Ecofin en vue d'effectuer une vraie surveillance économique et contrôler les politiques budgétaires, bravo ! Vous avez l'ouïe fine. 

L'Eurogroupe

"Au Conseil ECOFIN informel de Scheveningen du 11 septembre 2004, les ministres des finances ont décidé d’introduire d’ores et déjà, avant même l’entrée en vigueur du Traité, le principe d’une présidence stable de l’Eurogroupe pour une période de 2 ans. Jean-Claude Juncker, Premier ministre et ministre des finances du Luxembourg, a été choisi comme premier président de l’Eurogroupe, pour une période de 2 ans, du 1 janvier 2005 jusqu’au 31 décembre 2006 ; un vice-président lui a été adjoint (pour un an et demi) en la personne du ministre des Finances autrichien Karl-Heinz Grasser.

Des consultations régulières avec la Commission européenne et la Banque centrale européenne font également partie du mandat du président de l’Eurogroupe. M. Juncker, en tant que président de l'Eurogroupe, pourra assister, sans droit de vote, aux réunions du Conseil des gouverneurs de la BCE. Inversement, le président de la BCE continuera à être invité lors des réunions de l'Eurogroupe. "

M. Juncker est toujours aujourd'hui le président de l'Eurogroupe.  Si vous avez entendu sa voix dénonçant les risques que faisaient courir à la zone euro les politiques divergentes des états de l'Euroland, pour provoquer les réflexions propres à éviter des vulnérabilités nouvelles, pour gérer mieux le cours du change de l'Euro vis-à-vis du dollar, il vous faire don de votre oreille à l'Institut de Sèvres : c'est un maître étalon !  Le bon Jean Claude s'est surtout préoccuper de conserver ses prérogatives administratives contre la volonté notamment de la France de faire remonter l'Eurogroupe à l'échelon non plus des ministres des finances mais des chefs d'Etat de l'Union.   Il s'est en vérité opposé à la gouvernance économique de la zone euro !  Il va bientôt s'écarter pour laisser la place à une autre personnalité chargée d'un rôle plus proactif à l'échelon de la présidence permanente de l'Union.  On a songé à DSK pour ce rôle, mais le Sofitel plus les affaires suivantes ont rendu vaine cette hypothèse.  On pense maintenant à Van Rompuy. Mais quel pouvoir et quelle doctrine aura ce nouvel animateur de la coordination des politiques européenne si la BCE n'est pas réformée et si on considère que le cours de l'Euro est l'affaire des marchés ?

Aux dernières nouvelles, on assiste à une bataille institutionnelle en Europe non pas sur les Eurobonds et sur le rôle de la BCE, mais sur qui donnera les coups de gourdin sur les méchants pays déficitaires qui mettent l'Euro en péril. La commission veut absolument récupérer ce pouvoir. On voit donc M. Barroso, dont la parole a été inexistante pendant toute la crise jusqu'ici, se démener pour obtenir ce pouvoir. L'Ecofin est dans les choux et M. Juncker, après l'effondrement de l'Eurogroupe  songe à les cultiver, ses choux,  dans son propre jardin. Le projet français d'Eurogroupe à la hauteur du conseil européen est retoqué.  Les optimistes croient que le gouvernement allemand cédera sur le rôle de la BCE et les eurobonds dès qu'il aura obtenu satisfaction  sur le transfert à la commission d'un rôle de père fouettard  aidé dans cette tâche par la Cour de Justice européenne chargée de condamner les désobéissants. On ne peut pas dire que ce débat crucial fasse l'objet de beaucoup de commentaires dans la presse quotidienne française. Les Français verront apparaître tout à coup dans les débats parlementaires une modification constitutionnelle créant de facto la perte de la souveraineté budgétaire, après la perte de la souveraineté monétaire. On leur dira : il n'y a pas de choix.

Au total l'Europe aura été pratiquement paralysée depuis que la situation de la Grèce est devenue incontrôlable, entraînant dans le maelstrom l'Italie, l'Espagne, le Portugal, et la France.  Sans parler des périphéries : Pologne, Hongrie…

Quant au Monde, laissé à l'abandon par le G.20 ?  Les Etats-Unis sombrent un peu plus dans les déficits et la désunion, la Chine voit son économie s'arrêter progressivement, le Brésil sent le vent du boulet.   Attachez vos ceintures !



La désespérante pédagogie par la crise

Lorsque nous avons décidé fin 1996 d'intervenir dans le débat économique public via le WEB, d'abord en intervenant sur le Forum du Monde, un de nos premiers débats avait concerné un sujet tout simple : peut-on convaincre avec des arguments ou faut-il constamment attendre que des évènements dramatiques viennent confirmer les avertissements lancés inlassablement pour que les esprits se débloquent ?

A cette époque la France se relevait à peine du coup de massue fiscale asséné par Alain Juppé, l'Europe vivait une stagnation forte entraînée par la construction de l'Euroland, et le monde venait de connaître la plus grande récession depuis 1929. La décennie en cours menaçait de connaître une croissance mondiale plus basse que celle de la décennie précédente qui avait été déjà plus basse que celle de la décennie d'avant.

Nous avions commencé à dénoncer la trinité fatale :

- Pour le monde, la tragédie des changes flottants et de la liberté absolue des mouvements de capitaux
- Pour l'Europe, les conceptions déséquilibrées de la construction de l'Euro
- Pour la France, la folie de la dépense publique, de la dette et de l'impôt, folie non seulement continue depuis le septennat de Valérie Giscard mais constamment aggravée, avec, pointant à l'horizon une autre folie, les 35 heures soutenues par un certain DSK. 

Toutes ces sottises étaient parfaitement intentionnées. L'extension des libertés économiques dans un monde largement libéré des servitudes soviétiques était un progrès. Unir l'Europe et parvenir à un ensemble cohérent et pacifique n'est pas une vision malsaine. Mettre en place une société moins dure aux faibles et plus équilibrée entre loisirs et travail, qui peut souhaiter le contraire ?

L'enfer est pavé de bonnes intentions et le diable dans les détails. Tout le monde sait cela.

La simple observation économique permettait déjà de constater que les changes flottants "cela n'a jamais marché, cela ne marche pas et cela ne marchera jamais".  La conjonction de ce système faux et d'une monnaie internationale, le dollar, utilisée à des fins stratégiques et non de croissance mondiale équilibrée, avait déjà provoqué la crise de 73-74, la première "plus grave depuis 1929", la crise de 92-93, la seconde "plus grave depuis 1929", un ralentissement significatif du trend de la croissance mondiale, la remontée après trente ans de décroissance, du taux d'endettement mondial, l'apparition d'une "économie casino" insupportable pour beaucoup.

Le chantier de Maastricht avait également démontré que le projet européen était totalement aventuré. La technique qui consiste à mettre la charrue avant les bœufs était employée, cette fois ci, d'une façon excessive. Certes la question était posée, mais de façon non technique : la perte de souveraineté. Techniquement  il était déjà clair que l'organisation médiocre et pourrie de défauts annoncée ne pourrait à terme que provoquer une crise  sévère. Certains l'espéraient comme levier pour aller un pas plus loin dans le fédéralisme.

Toute zone monétaire, disions-nous, est une affaire politique qui implique une organisation stricte pour éviter les divergences d'évolution des pays membres. Il n'y a pas d'autres solutions que la récession pour rétablir les écarts.  Mettre en place un "ilot de fixité dans un océan de flottement", avec une BCE indépendante, dont le seul objectif est le niveau de prix, une insouciance assumée en matière de cours de change, des états contraints à emprunter exclusivement aux banques sans garantie croisée des états, une liberté totale des capitaux et l'absence de tout tarif extérieur commun, constituait un pari absurde.

Quant à la France,  le choix du tout état, du tout fonctionnaire, du tout impôt et de l'endettement continu et massif,  aggravé par la perspective des 35 heures, était purement et simplement suicidaire. Alors que pas un seul budget n'avait été voté à l'équilibre depuis 1973, le déséquilibre s'avérant tous les calculs faits significativement plus importants que l'impasse initiale votée, contrairement à la période De Gaulle, que les smicards étaient l'occasion d'un prélèvement de 55% de leurs revenus bruts, que les classes moyennes étaient taxées à 65% et que les classes moyenne élevées pouvaient subir jusqu'à 80% de prélèvement moyens, l'impôt sur la fortune entraînait, pour quelques dizaines de milliers de personne une confiscation totale des revenus. Et là-dessus arrive par surprise un gouvernement Jospin qui aggrave les impôts sans utilité, impose les 35 heures et endette la France de 1.000 milliards de Francs supplémentaires !

Les forums ont ceci d'amusant qu'ils permettent de faire apparaître des attitudes mieux que la presse,. La spontanéité et la fraîcheur des réactions des internautes offrent un miroir plus net de l'état d'esprit qui prévaut dans les diverses  couches de l'opinion. Elles forment une espèce de mousse au dessus des clivages plus feutrés que révèlent les médias et les milieux politiques.

Quelles étaient ces attitudes ?

Sur le système monétaire international, le grand silence. Les changes flottants sont un tabou pour ceux qui pourraient en parler et une énigme pour les autres.

Sur l'Euro, un clivage purement politique entre souverainistes et europhiles supra-nationaux. Aucune réflexion sur les conditions pratiques d'une union monétaire. Aucune discussion possible sur les dangers strictement économiques. Maurice Allais, qui avait tout de même quelques "credentials" sera marginalisé et injurié (notamment par Le Monde) pour ses positions alarmistes. Bernard Connolly, dont le International Herald tribune  du 18 novembre rappelle l'histoire (après avoir tu ses thèses pendant 15 ans), était un économiste de la CEE inquiet des dangers du projet d'Euro. Il écrira un livre terrible publié en Français chez Albin Michel : "l'Euro cœur pourri de l'Europe - La sale guerre de la monnaie européenne". Il sera jeté dehors sans ménagement avec même une enquête judiciaire aux basques qui heureusement ne donnera rien. Il deviendra un "prophète de malheur" (doom sayer)  écouté notamment par les "hedge funds" qui commenceront sous son impulsion à jouer l'éclatement de la zone euro dès 2005.  

Il est amusant rétrospectivement de voir comment ce livre a été accueilli en France. Citons Libération :

"Fonctionnaire de catégorie A4 (560.000 francs par an), il a même dirigé pendant six ans la petite équipe chargée du suivi du Système monétaire européen. Jusqu'au jour où il a décidé de faire un bon coup d'édition, en publiant la Sale Guerre de la monnaie européenne, un livre rageur et d'une parfaite mauvaise foi".

Critiquer de façon technique un projet européen ne peut être que le fruit des passions d'un riche renégat d'une parfaite mauvaise foi décidé à s'enrichir encore plus !

Sur la question française, la presse et l'opinion dominante criait "Vive l'impôt" jusqu'à s'époumoner. Tant qu'on aurait pas dépassé le taux de prélèvements du plus dépensier des pays nordiques, nous serions coupables de préjugé  anti-social. Et on allait tomber dans l'absurde politique de Jospin-DSK-Aubry de surimposition, de blocage juridique de la vie économique, de trente cinq heures payées 39, d'endettement acharné, de décentralisation à coûts débridés. Tout avertissement sur les conséquences était immédiatement contré par des adjectifs déplaisants : néolibéral, fasciste etc.

Les quinze ans passés n'ont fait que confirmer les conséquences lamentables de ce blocage intellectuel et de ce verrouillage idéologique.

L'entrée en jeu de la Chine va donner aux défauts du système des changes flottants et du dollar fou une ampleur inégalée et entraîner la crise de 2007-201x, la troisième "la plus grave depuis 1929" avec désormais, faute de politique adaptée, un vrai risque de dépression mondiale.  Mais la pensée est restée totalement bloquée et la presse muette. Il reste impossible de discuter d'une réforme sensée du système monétaire international. 

L'explosion maintenant entrée dans le champ des possibles de la zone Euro a fait voler en éclat tous les blocages à la réflexion. Tous ceux qui le veulent bien peuvent constater que les institutions et les règles du jeu telles qu'elles sont ne peuvent pas faire fonctionner à long terme une zone monétaire. 

Quant à la dette, et ses risques mortels, dans un pays qui n'a plus de politique économique propre, une administration gourmande, des politiques devenus une classe à part fonctionnant sur la dépense publique en symbiose avec le secteur public (qui se souvient que le Parlement avait pour but de contrôler les dépenses du pouvoir exécutif ?), qui doute désormais de la folie des politiques suivies depuis près de 40 ans ?   

Seule la crise grave est pédagogique. Il faut la souffrance des conséquences avérées pour allumer un début de réflexion.

Et peut être un moignon de réflexion aimerait-on ajouter. Las !  Sur le réforme du système monétaire international, c'est toujours le silence de plomb. Sur la réforme de l'Euroland, la réflexion est biaisée par l'idéologie européiste et par les dissensions diplomatiques au sein de l'Europe. Au lieu d'être centré sur les moyens, la bataille s'égare  ou dans l'idéologie ou dans la politicaillerie. En France, les élections présidentielles et les programmes qui s'esquissent montrent que les partis n'ont toujours rien compris. Coincés, entre impuissance intellectuelle et impuissance économique, les grands acteurs politiques enchaînent postures et impostures.

Conclusion : il faudra encore plus de désastres économiques pour que toutes les leçons soient tirées. Il a fallu attendre 1944 pour que les conséquences de la crise de 1929 soient tirées, et 1968 pour constater qu'elles avaient été totalement oubliées.   On peut enrager de constater qu'on recommence ce cycle infâme.

La politique du pire est la pire des politiques. Surtout lorsqu'elle est inconsciente.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Qui donc a voulu l'Euro ?

Alors que la zone Euro est désormais en sursis, le projet d'unification monétaire manque aujourd'hui de parrains motivés mais aussi de père. Alors qu'il était présenté naguère comme allant tellement de soi qu'il n'était même pas la peine d'en discuter le fondement, on voit maintenant les thuriféraires d'hier devenir les procureurs d'aujourd'hui, souvent avec la même absence d'arguments.

M. Slama dans le Figaro du jour (16.11.2011) stigmatise une erreur évidente parce qu'on aurait pas respecté les règles économiques pourtant si claires et si bien établies des "zones monétaires optimales".  Que ne l'avait-il pas dit avant ! 

Le destin des économistes de la monnaies est d'être récupérés par des ignares en économie, semble-t-il.  Après Tobin, c'est le tour de Mundell.

M. Slama ne sait sans doute pas que Mundell trouvait que les Etats-unis n'étaient pas une zone monétaire optimale, ce qui n'a pas empêché que le dollar y règne en maître depuis des lustres. Il sait sans doute encore moins qu'il était pour une monnaie unique mondiale !

La théorie des zones monétaires optimales  est en vérité sans grande portée. Comme nous l'avons écrit à plusieurs reprises sur ce blog, la monnaie unique est une opération politique et marginalement économique.  Mundell fait de ce préalable politique un élément de cet "optimum" introuvable.  En vérité la règle d'optimalité "spontanée" est quasiment tautologique : elle suppose le problème résolu : si ma tante etc.

Une zone monétaire ne peut certes réussir que sous conditions. La première est d'avoir une banque centrale qui s'occupe de la monnaie aussi bien du point de vue de sa valeur interne que de celui de sa valeur externe. La seconde est une unification ou au moins une coordination très forte des politiques économiques de la zone. La troisième est l'existence d'instruments collectifs d'intervention en cas de difficultés. On peut ajouter un tarif extérieur commun pour assurer la cohésion prioritaire de la zone et le rattrapage des différences de niveaux de vie. Et il vaut mieux que le système monétaire international soit de type "changes fixes et ajustables".

Ce n'est pas tant le fait qu'on ait créé une zone monétaire qui est problématique. C'est de l'avoir fait sans mettre en place les institutions et les instruments correspondants.  La BCE a comme seul objectif de maintenir la valeur interne de l'euro en terme de pouvoir d'achat. Les états ont interdiction formelle d'emprunter auprès de la BCE. Il n'y a pas de coordination du contrôle et du pilotage économique, en dépit d'Ecofin et de M. Juncker. Il n'y a pas d'Eurobonds, chaque état étant responsable seul de sa dette.  Nous vivons globalement dans un système de changes flottants. Les droits de douane ont été pratiquement supprimés unilatéralement avec les pays hors zone. La liberté de mouvements des capitaux est totale. Cela ne peut pas marcher durablement.

Au lieu d'attaquer ces questions de front, les gouvernants de l'Euroland ne pensent qu'à "rassurer les marchés". Il vaudrait mieux leur faire peur. Si la BCE avait le pouvoir de créer autant de monnaie qu'il est nécessaire pour faire baisser les coûts d'emprunts des états attaqués, la spéculation s'écarterait immédiatement des marchés publics obligataires.  Elle serait sûre de perdre. La preuve ? La Livre anglaise n'est pas attaquée alors que les fondamentaux du Royaume Unis sont tragiques et que le succès du coup de massue du gouvernement conservateur se traduit surtout par un risque de récession aggravée.  Tout le monde craint Mervyn King, le gouverneur de la Banque d'Angleterre,  qui peut lâcher les chiens quand il veut autant qu'il veut pour contrer toute attaque. Dans l'autre sens on a vu la Banque centrale helvétique se déchaîner pour faire baisser le cours du franc suisse et réussir son coup à contrecourant des marchés. D'accord c'est un trader de l'UBS qui a dégusté ! Les marchés savent retenir des leçons à plusieurs milliards de dollars (d'euros ou de francs suisses) de pertes.
 
Au lieu de discuter de ces questions fondamentales on s'acharne désormais sur ce qu'on avait adoré. Pour le lecteur la situation devient comique. L'un dit : "salauds d'Allemands : l'Euro c'est eux qui l'ont voulu réalisant le rêve d'Hitler". L'autre réplique : "c'est cet idiot de Mitterrand dont les connaissances économiques ont toujours été un peu juste qui a imposé l'Euro pour donner son autorisation à l'unité retrouvé de la nation allemande".

Comme si le projet d'union économique et monétaire datait de ces 20 dernières années !  Qui se souvient que le projet "d'union économique et monétaire" (c'est nous qui soulignons), date du 2 décembre 1969, par des décisions des pays membres de la CEE réunis à la Haye.  Que l'on sache, ni Mitterrand ni Kohl n'étaient aux affaires. Il faudra trente ans pour le faire passer dans les faits.

Voici l'article 8 du communiqué final :
 
" 8. Ils [les chefs d'état européens ]ont réaffirmé leur volonté de faire progresser plus rapidement le développement ultérieur nécessaire au renforcement de la Communauté et à son développement en une union économique. Ils sont d'avis que le processus d'intégration doit aboutir à une Communauté de stabilité et de croissance. Dans ce but, ils sont convenus qu'au sein du Conseil, sur la base du mémorandum présenté par la Commission le 12 février 1969, et en étroite collaboration avec cette dernière, un plan par étapes sera élaboré au cours de l'année 1970 en vue de la création d'une union économique et monétaire.  Le développement de la coopération monétaire devrait s'appuyer sur l'harmonisation des politiques économiques.  Ils sont convenus de faire examiner la possibilité d'instituer un fonds de réserve européen auquel devrait aboutir une politique économique et monétaire commune".

On s'appuie sur le "plan Barre", qui explicite  les mécanismes de la "convergence des politiques économiques et la coordination des politiques monétaires".  Le 6 mars 1970 on créé un groupe de travail pour élaborer un programme de réalisation du plan Barre. Le 8 octobre 1970 voit la remise du rapport final du Groupe Werner. On y propose : "une union monétaire caractérisée par la convertibilité totale et irréversible  des monnaies, l'élimination des marges de fluctuations, la fixation irrévocable des parités". La monnaie unique est considérée comme l'option préférable. Le rapport peut être lu ici (http://ec.europa.eu/economy_finance/emu_history/documentation/chapter5/19701008fr072realunionecomon.pdf).

On y trouve cette phrase qui, aujourd'hui, prend un air tout à fait épatant :
"L'union économique et monétaire permettra de réaliser une zone à l'intérieur de laquelle les biens et les services, les personnes et les capitaux circuleront librement et sans distorsions de concurrence, sans pour autant  engendrer des déséquilibres structurels ou régionaux. La mise en œuvre d'une telle union améliorera de façon durable le bien-être dans la Communauté et renforcera la contribution de cette dernière à l'équilibre économique et monétaire du monde."

On constatera que le rapport ne met pas véritablement en garde sur les conditions du succès d'une union monétaire. Il affirme qu'il apportera le bonheur. Les raisons techniques  invoquées pour progresser sur cette voie sont très légères : l'interpénétration des économies et la gestion des politiques communes rendent possible et souhaitable l'union monétaire.
 

On retrouve ici le caractère d'acte de foi ou de pur slogan comme on voudra de la création d'une zone monétaire européenne. On doit la faire parce qu'il le faut. Il le faut parce que c'est un progrès "décisif" sur la voie de l'intégration.  L'intendance suivra. L'orientation générale est politique, plus économique. On considère l'économique comme le levier de l'union politique.


Pas de chance, les allemands las des excès américains  déclenchent en 71  les manœuvres qui aboutiront à l'inconvertibilité du dollar en or et au flottement généralisé des monnaies.

 
Il devient pratiquement impossible de mettre en œuvre un ilot de fixité dans un océan de flexibilité. Personne ne le voit dans les instances européennes. Au contraire on considère qu'il est d'autant plus important de créer un bloc fixe que le reste du monde devient flexible. Il s'agit ici encore d'une croyance, ou d'un postulat.  Elle n'est fondée sur aucune analyse économique sérieuse.  Le rapport Marjolin plaide pour la construction de l'union monétaire à l'horizon 1980 en dépit des difficultés posées par les changes flottants.


Il est vrai que le "serpent monétaire" mis en place à la suite du rapport Werner passe son temps à exploser. Les Allemands pendant toute la période considèrent qu'il appartient aux pays en difficulté de faire les efforts nécessaires pour recoller au peloton. Déjà. Ce sont exactement les mêmes considérants qu'aujourd'hui. Sans en changer une virgule.


Et pourtant Valéry Giscard, devenu Président,  va convaincre Helmut Schmidt de créer le SME, premier pas vers Maastricht. 
Pourquoi ? La réponse est donnée par Jacques van Ypersele  : "Le soutien accordé par le chancelier Schmidt à la création du SME fut partiellement motivé par son désir d'atténuer l'impact de la faiblesse du dollar en étalant sur une zone monétaire plus large ".


Le bon Helmut voit d'abord l'intérêt allemand.


Toute la contradiction des positions d'Angela Merkel est déjà présente à la fin des années 70.  Les Allemands sont prêts à une union monétaire à la condition que "les pays du club med" se comportent comme des Allemands et font les efforts nécessaires. L'Allemagne ne sera plus en butte aux dévaluation compétitives de la France et de l'Italie. Et la nouvelle monnaie sera moins forte que n'aurait été le DM qui cessera de ce fait d'être constamment enquiquiné par des apports de capitaux cherchant la sécurité. En un mot, les Allemands veulent le beurre et l'argent du beurre : une monnaie suffisamment faible pour exporter dans le monde entier et des partenaires suffisamment raisonnables pour que la supériorité industrielle allemande puisse s'exercer pleinement en Europe sans qu'ils dévaluent.


Heureux allemands qui disposent d'un Chancelier qui fait ses comptes et caresse des arrières pensées.  Giscard n'a jamais expliqué pourquoi l'Euro serait favorable aux français. Il l'a décrété. On attend toujours la justification pratique de l'intérêt français.


La terrible stagflation des années 70 a conduit les gouvernants français et européens à comprendre que la stabilité des prix et la modération des salaires était nécessaire.  Giscard n'a pas de véritable dessein pour la France dans l'affaire du SME, sinon l'idée que la France doit jouer un rôle pilote dans la construction européenne. Se débarrasser du risque d'être jugé sur un Franc toujours sous la menace d'une dévaluation a certainement joué.


La crise de 1992 a failli tout faire capoter. La chute de l'URSS et l'élargissement de l'Europe à de nouveaux pays poseront de nouvelles questions.  Mais jamais le projet d'union économique et monétaire ne sera abandonné. Il sera mis en œuvre en 1999.


La crise de 2007- 201x va faire éclater toutes ses faiblesses structurelles et l'inconscience  des différents dirigeants devant les contraintes réelles d'une monnaie unique dans un monde de changes flottants et sans remplir aucune des conditions que nous avons rappelées au début de cet article.


Les fédéralistes européens comme Delors ont considéré que les avertissements techniques n'avaient pas leur place devant l'énormité grandiose de la tâche à accomplir : faire naître  les Etats-Unis d'Europe en réduisant les réticences des peuples,  en créant des états de fait successifs. En un mot ils ont repris la méthode Monnet consistant à constamment mettre la charrue avant les bœufs. Il serait bien temps lors que la charrue serait trop piétinée de faire les sauts institutionnels supplémentaires. L'article récent de Joschka Fischer exigeant le passage au fédéralisme maintenant est typique de la démarche des europhiles absolus, qu'ils soient allemands ou français.


On comprend leur panique devant la demande de referendum de Papandréou et leur soulagement de voir  la nomination rapide en Grèce et en Italie d'eurocrates pur jus.  L'Europe a toujours eu une horreur absolue du peuple et M. Giscard amuse son monde en prétendant fort hypocritement dans un article récent  que le referendum grec  aurait du être mené à son terme et que les Grecs auraient voté OUI pour une austérité phénoménale.


Les gouvernements du "sud" découvre le piège allemand. Face au mercantilisme allemand et à la spéculation sur leur dette ils n'ont que le choix de la déflation ou de la faillite. Cela vaut naturellement pour la France.


Et les Allemands découvrent que l'avantage qu'ils ont réussi à obtenir n'est durable que si l'Euro n'éclate pas car sinon le DM repartira vers les sommets avec un double effet : la perte d'une partie de ses positions fondamentales en Europe et une perte de compétitivité très forte dans le monde malgré ses décentralisations en Mittel Europa.  Sans compter sur les effets dépressionnistes de l'éclatement de la zone Europe sur l'économie mondiale.


Tout le monde est donc coincé y compris les Etats-Unis, le Japon et la Chine qui seraient gravement touchés par un effondrement de l'Euroland.

  
La solution "organisée"  passe obligatoirement par la recréation d'un système monétaire international basé sur des changes fixes et ajustables, dont la monnaie étalon ne serait plus le dollar et, en Europe, par l'élimination des possibilités de spéculation sur les dettes souveraines  et l'abandon de certaines créances irrécouvrables sur les pays les plus mal lotis, pour y limiter l'ajustement par la déflation.


Sinon les réalités étant plus fortes que les petits calculs, on aura l'explosion de la zone euro, une revalorisation massive du nouveau Mark,  l'effondrement du commerce international, la ruine des créanciers en dollars (mais oui messieurs les Chinois et les Japonais), des dévaluations massives en France et partout ailleurs avec une faillite avérée du système bancaire international  et la perte de l'épargne mondiale.  


Epatant, non ?


Quatre ans déjà que nous répétons cette  antienne, pardons pour cette antiphoné (respectons le grec sinon la Grèce !).  Mais qui avait raison ?


La question du bien fondé de l'Euro, des conditions de son sauvetage, des réformes nécessaires à sa poursuite devrait être au cœur de la campagne électorale présidentielle française. 


Souhaitons qu'on ne se contente pas des vaticinations (contre) et des prêches (pour) habituels. Il faut être un peu plus précis que cela.  L'Euro est actuellement un objet politique fort et un objet économique faible.  On peut légitimement défendre l'Euro pour des raisons politiques sensées  et même enthousiasmantes. Mais il faut alors en faire une réalité économique solide, comprendre comment, formuler et assumer les réformes indispensables.


Si l'Euro devait exploser juste avant la date de l'élection du président français, que resterait-il de MM. Sarkozy et Hollande ?


Il serait bon également de dire à M. Joschka Fischer que le saut vers le fédéralisme total n'est pas la solution, mais qu' il faut parvenir à un nouveau Bretton Woods,  une nouvelle définition des rôles et moyens de la BCE, et la fin du mercantilisme unilatéral allemand.


Karl Peiper pour le Cercle des économistes e-toile

De la nature monétaire de la crise

Il n'y a qu'une seule crise, depuis 2007 et elle est d'origine monétaire. Cette thèse nous la défendons depuis que ce blog est né.

Nous étions tellement effaré du manque de connaissance en matière de monnaie que nous avons totalement réécrit l'article Monnaie de Wikipedia pour qu'au moins les personnes qui seraient tentées de comprendre ces questions puissent le faire. A ce qu'il semble cet article a été lu en moyenne 25.000 fois par fois depuis 4 ans. On ne doit pas être loin du million de lecteurs. La pédagogie est nécessaire.

Elle ne suffit pas. Il fallait mettre avec soi la force des évènements. Démontrer au gré de l'histoire qui se fait que si on ne corrige pas les défauts moéntaires qui accablent notre époque, aucune solution ne serait trouvée.

Nos idées progressent non pas pas leur force intrinsèque mais par le poids des désastres successifs.  Le magazine l'Express titre cette semaine sur la crise de "2007-2011", alors que les journaux faisaient jusqu'ici partir la crise de la chute de Lehman-Brothers.  Les Etats-Unis se fâchent contre les cours trop bas de la monnaie chinoise. Après que la Suisse ait pris des mesures jamais vues pour enrayer la hausse du franc suisse.  Les pays émergents se retrouvent avec des parités de monnaies qui risquent de devenir défavorables si le cours de l'Euro s'effondre et protestent.  L'Euro est en première ligne avec des affirmations continuelles dans tous les medias sur la certitude de son éclatement.

La monnaie est bien aujourd'hui au coeur des débats.

Le glissement d'opinion le plus spectaculaire touche en effet la construction de l'Euro : tout le monde réalise soudain qu'une banque centrale vertueuse qui prive les états de son secours direct les met en situation de dépendance absolue des "marchés". Il suffit de faire monter les taux d'intérêt sur le marché secondaire des dettes souveraines pour mettre tout l'édifice en difficulté.  Les Etats sont totalement impuissants à faire face. La dette souveraine étant dans la pratique constamment renouvelée, bloquer le renouvellement revient à bloquer le pays. Il faudrait alors une solidarité considérable des pays pour contourner la difficulté. Mais justement elle est inexistante ou faible comme on voudra. Une zone de monnaie unique est une affaire ultra contraignante qui ne peut marcher sans au moins trois ingrédients :

- une structure centrale forte, disposant d'une puissance d'emprunt centralisé, en un mot un trésor public et une poids directif dans la conduite des politiques économiques et budgétaires des membres, en un mot un directoire économique.
- un banque centrale accommodante capable de soutenir financièrement les Etats
- une solidarité sans faille des pays membres.

On a privé les nations des moyens de faire face à certaines situations graves sans rien créer en compensation.

Toute ces considérations ont été inlassablement répétées  lors du débat sur Maastricht par des techniciens mais également par des politiques.  Elles ont toujours et perpétuellement rejetées d'un simple revers de la main. La socialiste Guigou, par exemple, exécutait cette figure de style avec beaucoup de naturel. Il manquait juste l'éventail.  L'Euro était bon en soi ; le fait d'être arrimé à l'Allemagne serait une garantie ; les règles de sérieux finiront le travail. Tout se passera bien.  Les nations de l'Euroland constatent aujourd'hui qu'elles ont été mises dans la dépendance des banques internationales et qu'elles n'ont de voie de sortie qu'un long purgatoire récessionniste et déflationniste dont on ne voit pas le bout.

Un souvenir personnel : lors de la campagne de Maastricht la station de télévision  FR3 interview une dame âgée dans le jardin du Luxembourg. "Pourquoi voulez -vous que je vote pour une affaire où je ne comprends rien".  Vieille dame indigne ! L'ennui c'est que les promoteurs eux-mêmes de Maastricht ne comprenaient rien et criaient "l'euro, l'euro, l'euro" comme des cabris sans jamais entrer dans une quelconque réflexion.  Les spécialistes du complot évoquent aujourd'hui de sombres  arrières pensées. L'idée du complot n'est pas nécessaire. La simple inconscience suffit. 

On dira : la situation progresse. Pour l'Euro on sait désormais à quoi s'en tenir. D'accord les conditions d'une véritable novation dans la gestion de la zone euro ne sont pas réunies. D'accord les peuples risquent de payer très cher cette paralysie. Mais au moins on sait ; le débat est sur la place public. Que l'on aille vers un éclatement de la zone ou vers son renforcement, la question du rôle d'une banque centrale est maintenant au cœur des discussions.  La gestion de la monnaie est devenue une variable critique fondamentalement politique.

En revanche il n'en ait pas de même du tout pour le second aspect de la crise monétaire : les défauts du système monétaire international. C'est lui le plus important. Nous croyons avoir démontré que c'est lui et lui seul qui est la cause de la crise majeure que nous traversons. Là, nous sommes dans le silence. Même pas dans le déni. Dans la "pensée zéro" comme dirait Emmanuel Todd. 

La "communauté internationale", disons le G.20, est strictement incapable de porter publiquement un diagnostic et d'annoncer des réformes. La presse internationale est muette ; la presse française inexistante sur le sujet.

S'il y a bien une évidence qui s'impose en ces temps de folie, c'est bien que la monnaie n'est pas une "marchandise comme les autres".  Le système américain fondé sur un dollar monnaie mondiale dont on abuse par "benign neglect" est à bout de course. Le mercantilisme chinois ne peut plus guère durer. La crise immobilière spéculative déclenchée par le relâchement à contre temps de la politique monétaire intérieure a explosé, provoquant des baisses de prix sur le marché immobilier de près de 30%.  Le commerce international ne parvient pas à reprendre sur des bases continues et saines.

Le G.20 de Cannes a été comme prévu un non évènement.

Toutes les conditions d'une relance de la crise sont donc réunies et cette fois ci c'est la dépression qui est au bout.

Il est navrant qu'il faille s'appuyer sur la pédagogie du désastre pour faire comprendre les faits économiques les plus simples. 

L'Euro tel qu'il est construit ne peut pas fonctionner durablement sans entraîner les peuples dans une spirale déflationniste et malthusienne intolérable.

Le système de changes international basé sur la liberté absolue des mouvements de capitaux et les changes flottants ne fonctionne pas n'a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais.

La crise étant d'essence monétaire ne pourra être surmontée que par des réorganisations monétaires fondamentales. Force est de constater que si la prise de conscience progresse on est encore loin du but.

Continuons le combat ! Après tout nous ne l'avons commencé publiquement qu'en 1997, presque rien quand on considère les enjeux…

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Mairie de Paris : pillages et gaspillages

Nous avions déjà sur ce blog critiqué les "folies Delanoë" (voir http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/10/24/Comment-nos-impts-augmentent-massivement--lexemple-de-Paris) en notant que les effectifs étaient passés de "40 à 43.000" sans aucune nécessité" (aujourd'hui, trois ans à peine après, nous en sommes à 50.000 !), que l'augmentation des dépenses avaient été catastrophiques, que la hausse des prélèvements en pleine crise était irresponsable.  Nous y voyions l'exemple le plus caricatural des débordements budgétaires d'une collectivité locale importante.

Le livre de Dominique Foing, "Comptes et légendes de Paris", "Bilan de la gestion Delanoë",  chez Denoël, dont nous conseillons à tous la lecture urgente, va bien au-delà de ces constats faits à la volée. On découvre une gestion cataclysmique et une communication efficace mais basée entièrement sur le mensonge et l'esbroufe.

Le caractère terrible du livre de Foing est qu'il n'est en aucun cas polémique : on prend les promesses affichées, les justifications avancées, les annonces faites. On les compare avec la réalité. On tombe de haut. De très haut ! Il ne s'agit plus d'un simple écart entre objectifs et réalité. Piloter une ville est difficile. Il est normal qu'entre le programme annoncé et les réalisations sur le terrain il y ait quelques divergences. Elles sont telles qu'on peut parler ici de moquerie pour ne pas dire d'escroquerie vis à vis des Parisiens.

Nous n'extrairons que quelques exemples, renvoyant les lecteurs à l'ouvrage lui-même qui fourmille de détails plus accablants les uns que les autres.

"Depuis qu'il est élu, Bertrand Delanoë fait exploser les dépenses municipales".  Les chiffres sont donnés avec précision : 44,45% de hausse ! Pendant ce temps-là le PIB national a stagné. A ceux qui se demandent comment des pays comme la Grèce ont pu tomber dans le piège de la dette impossible à rembourser, il suffit de regarder le comportement d'un politicien comme ce Monsieur Delanoë. On dépense ; on dépense; on ne cesse de dépenser.

On a vu que les effectifs de la ville déjà considérés comme pléthoriques se sont accrus massivement.  Alors que le nombre d'habitants n'a pas varié sensiblement. 

A la tête de la municipalité un véritable "spoil-system" a été mis en place. Tous les cadres dirigeants ont été changés. "Tous les directeurs centraux sont remplacés. 22 sur 23 des directeurs de société d'économie mixte le sont également". Les nouveaux venus se sont vus attribuer des rémunérations inespérées. Elles sont si grasses que malgré son affichage de transparence le Maire refuse de donner tous les éléments qui permettraient de savoir qui a été "servi" sans vergogne au plus haut de la pyramide de la mairie. 

Sans surprise "le produit fiscal collecté sur les contribuables parisiens est passé de 1.7 milliards d'Euros au budget 2001 à 2.5 milliards au budget 2008 soit 47% d'augmentation". Et cela n'a pas arrêté depuis puisqu'on va dépasser les 3,1 milliards pour 2011. Pourquoi se gêner ?

Il suffit d'affirmer qu'on n'a pas augmenté les impôts et qu'ils restent les plus bas de France pour que le forfait soit accompli sans conséquences électorales.

En vérité la hausse des impôts sur les ménages parisiens a été de 70% entre 2001 et 2011 ! Que le ménage qui a vu son revenu augmenter dans la même proportion lève le doigt il n'a rien perdu à venir à Paris.  A part les copains de M. Delanoë grassement augmentés, on peut craindre qu'on n'en trouve aucun. Delanoë a fait plus perdre de pouvoir d’achat aux Parisiens que la crise ! 

Si on s'en tient aux seules dépenses de fonctionnement elles ont cru de 2 milliards d'euros en 10 ans !  Il s'agit bien de folie furieuse dans la dépense irresponsable.

La dette, faible à l'arrivée du nouveau maire, s'est accrue également d'un milliard d'euros. Une fois encore pourquoi se gêner ?

Faire valser les milliards pris dans la poche des administrés n'est-ce pas la preuve du plus grand dynamisme ? "Et je ne m'excuse pas" dit Bertrand Delanoë.

Si on ajoute l'absentéisme, trois fois supérieur à celui des personnels des entreprises privées parisiennes, aux jours non travaillés pour mille et une raisons, "un employé de la mairie travaille en moyenne un jour sur deux !"

Arrêtons-nous là : nous avons l'exemple même d'une gabegie totalement débridée. Rappelons qu'elle s'est développée en plein marasme général et dans la stagnation et la crise économique.

Tout cela pour quoi ?

Le lecteur trouvera tout le détail sur les improvisations, les erreurs, les légèretés coupables qui émaillent  le parcours de B. Delanoë. 

Investissements culturels aberrants et déficitaires.

Opération de rénovation des halles tournant au délire et à la spoliation des Parisiens.

Politique de "mixité sociale" fleurant bon le ridicule. Le dernier exemple qui ne figure pas dans le livre est de transformer à prix d’or l'immeuble de la marine situé en plein cœur de Montparnasse en refuge pour ex taulards et SDF de tout poil.

A coûts de centaines de millions d'euros on fabrique des appartements labellisés "sociaux" en maintenant dans les lieux les anciens locataires qui profitent du coup d'un loyer modéré ! 

Le blocage de la circulation à Paris continue bon train avec l'élimination des voies sur berge, un projet  tragiquement malthusien. 

Et voici notre Maire saisi de la maladie de la pierre à la George Frèche de si belle mémoire !  A nous les nouvelles tours, les projets extravagants.

Pendant ce temps-là le promeneur habituel dans Paris n'aura pas beaucoup de mal à confirmer que Paris est devenu une des villes européennes les plus sales.

Le citoyen s'inquiétera de constater que tous les indicateurs qui pouvaient donner une idée des résultats tangibles des politiques menées ont été peu à peu supprimés.  L'auteur en donne la longue liste. Le "baromètre propreté est abandonné dès 2008".  Le "bilan des déplacements" est arrêté la même année.  Etc. Etc. Etc.

Il ne reste que les "éléments de langage" qui sont en général autant de trompe-couillons qui ne résistent pas aux plus petites vérifications.
 
La nuée de parasites qui s'agitent autour de la mairie centrale et des mairies d'arrondissement n'a jamais été aussi vibrionnante. Jamais le clientélisme n'a été poussé aussi loin. L'information sur les subventions est carrément inexploitable. L'argent part on ne sait où. Mais il n'est pas perdu pour tout le monde.

Le plus accablant est que cette gestion proprement ahurissante n'est pratiquement pas dénoncée par l'opposition, qui dans le genre "taiseux" est plus que remarquable. Les media font silence. Il est plus que significatif de voir que le livre de Dominique Foing est pratiquement passé sous silence dans la presse et les médias, voire même les librairies. L'information en France est tenue par dix personnes.  Elles soutiennent Delanoë comme précédemment DSK et elles le feront jusqu'à ce que décidemment ce ne soit plus possible.

Le bon peuple est tenu d'accepter cette gabegie insensée. On viendra nous expliquer que faire des réformes est inutile et des économies impossible : voudriez- vous supprimer policiers et infirmières ! Il n'y a pas de policiers ni d'infirmières dans le budget massivement augmenté de la Mairie de Paris.

Avoir commis ce pillage et ces gaspillages ou les avoir laissés faire sont le signe d'une forme d'effondrement moral et politique français.

Que faire ?

Il faut passer une camisole de force aux petits potentats médiocres qui comme ce Monsieur Delanoë ont appauvri leurs administrés et endetté leur collectivité locale dans des proportions aussi indécentes.  

La décentralisation ne peut pas servir à quelques satrapes sans honte ni scrupules de dépenser autant, de gérer aussi mal des effectifs pléthoriques constamment gonflés, de servir des rémunérations si élevées à tant de petits marquis incompétents, de piloter si mal tant de projets mal inspirés, et d'endetter in fine la France entière. 

Au moment où la France titube sur le bord du précipice de la dépense publique et de la dette, le comportement du maire actuel de Paris doit servir de repoussoir.

Ce genre de dérive n'est plus admissible. Il faut légiférer pour empêcher que cela ne se reproduise, avec de lourdes sanctions pénales pour ceux qui seraient tentés de passer outre, dont l’inéligibilité à vie. 

L’exemple de Paris est loin d’être le seul. Un rapport récent du Ministère du Budget rappelle que les collectivités locales auraient créé 262.000 postes entre 2002 et 2009. En vérité depuis 1981 on a dépassé allègrement le million de fonctionnaires locaux supplémentaires. La loi de Parkinson joue à plein, crise ou pas crise. On a substitué sans vergogne des emplois de fonctionnaires aux emplois industriels.

Le plus dramatique est la manière dont la presse rend compte de ces débordements tragiques qui font de la France le pays où il y a le plus de fonctionnaires ou assimilés par rapport à la population active et le moins de salariés dans les activités productives.

Nous n’en donnerons qu’un exemple pris cette fois-ci dans la presse régionale, en l’occurrence Ouest France (du vendredi 4 novembre 2011). Le journal est, comme chacun sait, de tendance socialiste et chrétienne-démocrate.  Donc il faut défendre la dépense publique et s’agissant de la presse locale, très proche du socialisme municipal, la dépense des collectivités locales. On cite donc un Jacques Pallissard, président de l’association des maires de France, UMP, ainsi qu’un Laignel, vice-président, PS, qui expliquent que les collectivités locales sont « exemplaires ». L’argument clef : « 262.000 postes en 7 ans ça fait 37.500 par an, un par collectivité, toutes tailles et toutes catégories confondues ». Nous sommes le pays au monde qui a le plus de collectivités locales et donc les plus petites. Des milliers d’entre elles n’ont pas 1000 âmes.

Le vice sert à justifier le vice.

En vérité la France ne devrait pas avoir plus de 6.000 collectivités locales pour être efficace et aux ratios habituels. Mais, comme le rappelle opportunément le Canard enchaîné de la même semaine, les regroupements de communes ont été souvent l’occasion de multiplier les postes de fonctionnaires et d’élus rémunérés au lieu de les réduire, avec dans des villes moyennes comme Rouen des dizaines de vice-présidents grassement défrayés, équipés, transportés et aérés dans des voyages d’études sympathiques,  et dont la plupart cumule leur fonction avec des présidences de sociétés d’économie mixte.
 
On voit donc que s’est établi en France une espèce de complicité entre média, fonctionnaires et élus  (de tous bords politiques) pour que rien ne change et que le maximum de parasites se servent sur la bête, indéfiniment, dans un « toujours plus » mortifère.

Casser cette connivence est une priorité nationale. 

Alors que les présidentiables préparent leur programme, qu'ils se rappellent qu'il faut créer la règle d'or suivante pour les collectivités locales : pas de croissance des dépenses supérieures à la croissance générale. Toute exception, dans le cadre d'une enveloppe nationale maximale, devra être votée par le parlement, dont les députés devront être empêchés naturellement de cumuler emplois nationaux, régionaux et locaux. 

Même si ce sont les dépenses de sécurité sociale qui, nationalement, poussent le plus aux déficits et aux dérives de l'endettement, nos bobos soixante-huitards reportant sur les générations futures le paiement de leurs bobos, il n'y a aucune raison de laisser le champ libre aux excès démagogiques ou simplement délirants des collectivités locales ou territoriales.

 

Sylvain Dieudonné

Demos et Economos sont dans un bateau. Economos tombe à l'eau…

Demos et Economos sont dans un bateau.  Economos tombe à l'eau…

…et il faut se pincer pour éviter de rire aux éclats au spectacle des  Dieux du G.20  constatant avec horreur que Demos risque de se retrouver seul avec le bateau (le plus drôle étant qu'un certain Papademos tient désormais la barre à Athènes en remplacement de Papandréou !).
 
L'épisode de la menace d'en appeler à un referendum populaire  proférée par l'ancien chef du gouvernement socialiste grec, devant l'impossibilité d'accepter sans autre forme de procès les pressions déflationnistes de plus en plus pressantes  de la "troïka" formée par le FMI, la Commission Européenne et la Banque Centrale Européenne, restera un temps fort de la "chronique d'un désastre annoncé" que nous tenons maintenant depuis bientôt cinq ans.

Rappelons que le mot troïka a été utilisé par Staline pour qualifier les groupes de trois apparatchiks envoyés avec pouvoir de vie et de mort dans les campagnes ukrainiennes pour mettre au pas les "koulaks". Une famine atroce et  5 millions de morts plus tard, le mot troïka avait perdu un peu de son charme.
 
Rappelons aussi le plan en 15 points dont on parle :

1.    Coupes dans les effectifs – saisonniers ou fixes – dans toutes les administrations, y compris les enseignants.
2.    Etendre le chômage technique à l'ensemble du secteur public et application immédiate du système.
3.    Egalisation de la taxe sur le fuel domestique sur celle du gas-oil.
4.    Permettre la retenue sur salaire de l'impôt de solidarité destiné à financer les caisses de chômage.
5.    Baisse des retraites pour les marins et les anciens employés de l'opérateur téléphonique OTE.
6.    Suppression des subventions à la Poste pour la distribution de la presse.
7.    Nouveau cadre juridique dans le secteur public pour réduire les indemnités de départ et les heures supplémentaires.
8.    Gel des retraites primaires et complémentaires jusqu'en 2015.
9.    Augmentation des amendes pour les constructions illégales.
10.    Fusion ou fermeture de 35 agences d'Etat.
11.    Fusion ou fermeture de 10 autres structures: agence nationale de la jeunesse, organisme de télévision publique, société de l'immobilier public, société des biens immobiliers touristique, etc.
12.    Recensement des biens mobiliers et immobiliers sous le contrôle de l'Etat.
13.    Recenser tous les avantages sociaux et prestations de santé; signature de négociations collectives dans 16 hôpitaux privés ; signature de contrats entre hôpitaux privés et publics pour la locations de lits.
14.    Nouvelle loi pour réduire les retraites agricoles.
15.    Réduire les prix des médicaments en passant des accords avec les laboratoires pharmaceutiques.
16.   
Ce plan, sorte de bric-à-brac de mesures diverses à l'impact économique incertain et d'ailleurs non chiffré mais politiquement ultra sensible, est typique des actions moralisatrices du FMI qui lui ont valu la réputation flatteuse que cette institution connait dans la plupart des pays où elle est intervenue. En fait on affiche des aspects du clientélisme politique particulièrement honteux  et on demande une action immédiate.  L'aspect économique est secondaire. 

Que le chef de la majorité politique du pays ait voulu se dédouaner d'un plan aussi connoté n'est pas tellement surprenant. La manœuvre est légèrement narcissique : assumez, vous, puisque vous me faites la leçon si bruyamment ! Moi je me retire sur l'Aventin ou plutôt sur le Mont Philippapou, restons local.  "Je serai le recours. Celui qui n'a pas eu peur du peuple". A quelqu'un d'autre de subir la honte d'avoir à démonter 50 ans de bricolages politiciens de bas étages.

La seconde victime de ce happening à la grecque aura été le G.20 de Cannes. Là aussi on était dans l'affichage et le bricolage géo-politicien. Il fallait masquer le sentiment qui domine : chacun pour soi les Dieux de l'Olympe (ou d'ailleurs)  pour tous. Toujours aucun diagnostic avoué de la crise. Toujours aucune solution organisée. Seulement, à prix d'or, des débats totalement stériles tant les positions de force des pouvoirs de fait l'emportent sur la réflexion économique élémentaire.  Depuis le premier G.20 la crise n'a pas cessé de s'approfondir au milieu des déclarations ronflantes censées prouver la parfaite maîtrise des dirigeants. On reste sur le même schéma de pur affichage.

La semaine flamboyante ne pouvait se terminer sans un dernier effort.  On a donc vu M. Sarkozy annonçer, à la veille d'une élection, un plan Fillon qui comme le Canada Dry, se doit d'être un plan Juppé avec le goût d'un plan Juppé, l'effet d'un plan Juppé mais sans être un plan Juppé modèle 1995. 

Rappelons que M. Juppé, deux ans après la récession de 93,  avait assommé le pays d'un tel coup de gourdin fiscal, qu'il y avait provoqué une récession sui generis en 1996 et …fait perdre les élections suivantes, provoquant cinq années de cohabitation  entre MM. Chirac et Jospin.

Comme toujours avec M. Sarkozy, les préoccupations électorales et d'amour propre l'ont emporté sur tout le reste. Jamais un candidat n'a été si bas dans les sondages à la veille d'un scrutin présidentiel. Sa seule carte est de jouer la "responsabilité et le courage " contre "l'irresponsabilité socialiste traditionnelle". C'est un gambit politique de belle ampleur façon Papandréou. S'il tombe ce sera en "père la rigueur" maître de l'intérêt général français. S'il ne tombe pas, il est maître des lieux pour cinq ans.

Le plan Fillon, c'et vrai,  essaie de tenir compte de l'expérience Juppé. On n'y va pas "droit dans ses bottes". On finasse. On contourne. On cherche à conserver des "éléments de langage".  Démos est si fragile et son ouïe est si délicate ! 

Quels sont les éléments du plan d'équilibre des finances publiques, présenté lundi 7 novembre par François Fillon ? Il prévoit "7,9 milliards d'euros de hausses d'impôts supplémentaires en 2013, dont 5 milliards pèseront sur les ménages de façon directe et 6,8 milliards au total, en intégrant l'effet indirect sur les consommateurs du relèvement des taux réduits de TVA."

Ces dispositions s'ajoutent aux mesures prises précédemment, notamment lors du premier "virage-de-la-rigueur-qui-n'était-pas-un-virage-de-la-rigueur" de juillet 2011. 
1) "La mesure qui rapporte le plus, est le gel en 2012 et 2013 du barème de l'impôt sur le revenu (IR), et partant de celui de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), et des donations et successions. Ce gel rapportera 3,4 milliards d'euros en année pleine".

Il s'agit d'une hausse d'impôts déguisée puisqu'on ne tient pas compte de l'inflation. On taxe à l'impôt progressif un revenu nominal dans la réalité inexistant.  Les 10% des ménages les plus aisés paieront 90% de la facture.  Si la mesure est maintenue alors que la planche à billets déclenche une inflation forte, ce sera du vol pur et simple. Notons que l'ISF n'est pas ajusté à l'inflation et que ce type de vol y est pratiqué de façon régulière. 

2).Le relèvement de la TVA à taux réduit de 5,5 % à 7 %  sur tous les produits, "à l'exception des seuls produits de première nécessité  (produits alimentaires, abonnements au gaz et à l'électricité ainsi qu'à des réseaux de fournitures d'énergie, équipements et services à destination des personnes handicapées), rapportera 1,8 milliard en année pleine. Le nouveau taux de 7 % s'appliquera au secteur de l'hôtellerie-restauration mais aussi à la restauration rapide".

1.5 sur 5.5, cela fait une hausse d'impôt de 27,3%. Notons au passage les errements de la fiscalité sur les travaux d'entretien. Pour éviter le travail au noir, on décide qu'ils seront déductibles de certains impôts. On supprime cet avantage pour les assujettir à une TVA réduite. Et on augmente peut après la TVA en question. L'incohérence est frappante ainsi que l'instabilité fiscale qui perturbe toutes les décisions.

Nous avions critiqué ici la baisse de la TVA sur la restauration. Nicolas Sarkozy semble n'avoir porté à terme cette mesure que pour faire pièce au "roi fainéant Chirac". Ces réformes partielles incohérentes sur lesquelles on revient par nécessité ou par opportunisme sont une plaie française particulièrement détestable et une signature dans le cas Sarkozy, as du deux pas en avant trois pas en arrière.
 
Précisons que la taxe équivalente en Grèce est de 13%...
 
3). Les mesures de réduction des niches, "dont le rendement sera d'1 milliard en 2013, concerneront aussi, pour l'essentiel, les ménages avec en particulier le coup de rabot transversal supplémentaire, la suppression en 2013 du dispositif Scellier sur les investissements locatifs, le recentrage du prêt à taux zéro (PTZ) sur le neuf et une diminution du  crédit d'impôt développement durable".

Nous avons déjà dit mille fois sur ce blog que la notion de niche fiscale n'avait pas de sens. Si l'exonération consentie a un sens, ce n'est pas une "niche" mais une bonne mesure.  Avec l'envolée des prix de l'immobilier et la hausse de toutes les impositions du patrimoine, le tout enveloppé dans une justice entièrement du côté du locataire déloyal, la location d'habitation ne permettait plus de loger les Français.  On a donc poussé par mille procédés artificiels  successifs les épargnants à construire pour le logement. On cesse d'aider. Comme on cesse d'aider les investissements sur les économies d'énergie. Soit ! Le saupoudrage de mesures fiscales de ce type est néfaste.  Reste à gérer la hausse des coûts de l'énergie  et l'insuffisance des constructions de logements. On en entendra à nouveau parler… 

4)Au nom de la réduction des écarts de taux d'imposition entre les revenus du travail et ceux du capital,  le prélèvement forfaitaire libératoire sur les dividendes et les intérêts, mis en place en 2004 par la droite,  est relevé de 19 % à 24 %. Matignon affirme que, pour les personnes les plus aisées, imposées jusque dans la dernière tranche du barème, les dividendes supporteront désormais le même niveau d'imposition, quelle que  soit l'option choisie par le contribuable (prélèvement libératoire ou taxation au barème de l'impôt sur le revenu).

5/24 = 20,8% de hausse. Une bagatelle. On a choisi de frapper les revenus du capital au nom d'un légitime rééquilibrage de la fiscalité entre revenus du travail et revenus de l'épargne. Il ne faut pas oublier que la CSG et le CRDS frappent également ces revenus qui ont fait lors de la création du RSA l'objet d'une imposition nouvelle. Le tout se cumule.

Ce qui est dommage c'est qu'une fois encore on préempte une mesure qui aurait du être prise dans un cadre d'ensemble de réorientation de l'imposition.  Elle aurait du servir à par exemple baisser les prélèvements sur le travail. Une fois de plus on attend un prétexte pour aggraver les impôts (et avec quelle violence) mais sans contrepartie de réforme utile.  Le tonneau des danaïdes recevra une pluie de prélèvements nouveaux.  Les revenus du capital servaient largement à augmenter la formation de capital brute en France. Associés à diverses facilités comme le Scellier ils permettaient notamment le financement des entreprises et de la construction. Les voilà mobilisés pour financer des déficits.   Le court terme l'emporte sur le long terme.

5)Le montant de l'impôt sur les sociétés, "qui est dû au titre de 2011 et de 2012 par les grandes entreprises réalisant un chiffre d'affaires supérieur à 250 millions d'euros, sera majoré de 5 %. En comparaison aux mesures pesant sur les ménages, le rendement de la mesure est estimé à 1,1 milliard soit 14 %  seulement du total des nouvelles hausses d'impôt prévues dans le deuxième plan Fillon pour 2011".

Ici encore on prive les investisseurs du rendement de leur capital.  La France est le pays où les entreprises sont sous capitalisées à l'extrême. L'épargnant est la cible privilégiée du plan Fillon.

On cherchera en vain la réduction des dépenses publiques dans ce plan. Dans le plan de juillet nous avions 10% de réduction de dépenses publiques pour 90% d'augmentation d'impôts.  Ici il n'y a qu'une augmentation d'impôts.

Le gouvernement a choisi de frapper les classes moyennes supérieures, déjà fortement touchées par la chute de la valeur de leur épargne et étrillées par les hausses des impôts locaux.  Nicolas Sarkozy pense qu'elles se laisseront faire sans réagir et qu'elles n'auront pas de choix que de voter pour lui plutôt que pour Hollande. On n'est pas dans l'économie mais dans le calcul politicien.

Economos s'en sortira un peu plus meurtri mais on croira avoir neutralisé Demos. D'autant qu'on a baissé ou bloqué les salaires des hauts dirigeants publics et incité les patrons privés à en faire autant.  L'ennui de ce genre de gesticulations c'est qu'elles laissent généralement totalement froids les électeurs qui attendent des réformes de fond et non des expédients.

Il aurait mieux valu  remettre à plat le système fiscal pour diminuer la fiscalité portant sur le travail et cesser de subventionner les importations. Comme Rocard,  comme Juppé, comme Jospin, Fillon gaspille les cartouches qui auraient pu servir à des réformes fondamentales et durables. Et la chancelière allemande Merkel, qui, elle, bénéficie du fait que l'Allemagne les a faites, baisse la fiscalité de ses entreprises !

Pendant ce temps là, la crise, incomprise dans ses causes, laissée à elle-même faute de mesures adaptées, s'approfondit. Demos paie pendant qu'Economos se noie.

Tableau.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

La faillite nous voilà !

Un des aspects de l'Euroland qui devient évident aujourd'hui, est qu'une banque centrale indépendante et exogène par rapport à un pays souverain lui fait perdre  le privilège  de ne jamais être mis en faillite. 

Si les dettes souveraines sont appuyées sur une banque nationale, il est toujours possible de fournir au nominal l'argent des intérêts et le remboursement du principal. Ce qu'on appelle la monétisation de la dette a des inconvénients majeurs : on crée de l'inflation ; on ruine le créancier en le remboursant en monnaie dévaluée, mais doucement ; le change de la monnaie s'effondre ; les voisins peuvent prendre des contre mesures pour éviter une concurrence déloyale. Le crédit devient difficile.  L'avantage est évidemment que tout est très facile pour les gouvernements : c'est la banque centrale qui fait tourner la planche à billets. Les ministres n'ont rien à faire d'autres que le train train habituel.  Et il est inutile de tout bloquer, d'imposer des impôts nouveaux, de  revenir sur des avantages acquis etc.

L'externalisation de la banque centrale rend impossible ces expédients. C'est comme si les emprunts étaient faits en monnaie étrangère. Il faut rembourser les dettes dans une monnaie dont on ne tient pas le robinet. On est tenu par les créanciers. Il faut soit faire défaut soit rembourser en se serrant la ceinture, si tant est que le dit serrage de ceinture ne casse pas définitivement la croissance.

On a conçu la banque centrale européenne comme le prêteur de dernier ressort des banques soumises à une crise de liquidité. On a strictement refusé le rôle de financier en dernier ressort des dettes souveraines. La BCE ne devait pas financer les états qui étaient tenus de conserver leurs dettes au dessous de 60% du PIB et leurs déficits budgétaires au dessous de 3%. C'était monter un barrage en papier contre le risque de défaut sur les dettes souveraines.

Le vice caché est que rien n'était stipulé pour les dettes des autres agents économiques. Or on a vu l'endettement des autres agents s'emballer à un niveau qui rendait la pyramide de crédits si fragile qu'elle ne pouvait que s'écrouler. Il est vrai que les mouvements de capitaux ayant été totalement libérés les agents étaient capables de ponctionner toute la liquidité mondiale sans trop se soucier des directives de la BCE.  L'Europe devenait tributaire des politiques monétaires des autres.

Une des conditions du succès de l'Euroland était évidemment de limiter l'accès aux marchés financiers internationaux. Sinon on pouvait voir se gonfler un surdendettement privé qui lors de son implosion entraînerait aussitôt un dépassement de toutes les normes de papier mis en opposition aux déficits et à l'endettement publics.

Sauver les banques pour sauver l'épargne et l'économie, amortir la récession par des stabilisateurs budgétaires, relancer l'investissement, toutes ces mesures ne pouvaient que faire exploser les déficits et l'endettement souverain.

Endettement qui dans l'Euroland ne peut être monétisé statutairement. Donc le système revenait à admettre froidement des défauts sur la dette souveraine des états composant l'Euroland.  La faillite nous voilà ! Les Etats Unis admettent parfaitement qu'un Etat puisse faire faillite. Ou une ville, ou un comté. La Fed n'intervient pas.

Pourquoi alors ne pas accepter la faillite de la Grèce tout en la conservant au sein de la zone Euro ?  C'était la pure logique de Maastricht. Les détenteurs de la dette grecque auraient perdu sauf si des CDS leur permettaient de reporter sur d'autres le fardeau. Les montants n'avaient pas de niveau "systèmique", même à 200 milliards.  Faite il y a un an cette opération d'apurement n'aurait d'ailleurs pas atteint ces montants. La Grèce soulagée d'un poids de dettes excessif n'auraient pas été sauvée d'une période d'adaptation lourde, ses déficits structurels  étant devenus impossibles à financer par des emprunts externes. 

L'autre solution était la sortie de la Grèce de la zone Euro.  La première conséquence aurait été immédiatement un défaut complet sur la dette souveraine mais aussi sur toutes les autres dettes internationales de la Grèce. Il est peu probable que qui que ce soit se soit intéressé, à l'achat de Drachme pendant un certain temps. Donc la dévaluation du Drachme aurait été très forte.  On aurait eu à peu près la situation de l'Argentine lors de la sortie de son currency board.  Sauf qu'en dehors de son tourisme, la Grèce n'a pas grand chose à exporter, contrairement au "campo" argentin. Le système bancaire grec aurait été lessivé.  Un contrôle des changes draconien aurait été mis en place. L'hypothèse de la faillite du Portugal voire de l'Espagne ou de l'Italie serait devenue une certitude. Le risque d'une panique générale se serait ajouté. 

On peut comprendre qu'on n'ait pas voulu choisir entre le diable et Satan.

On a choisi entre 2008 et 2011  la voie du faux semblant et de la solution d'attente jusqu'à ce que l'absence de politique sérieuse soit devenue impossible.

La solution retenue hier par les pays de l'Euroland est en fait une faillite organisée de la Grèce, sans le dire pour ne pas faire jouer les CDS,  avec pare feu pour éviter la contagion aux autres pays menacés.  Elle est à la fois dans la logique du rôle de la banque centrale maastrichienne et un expédient.

Le malheur c'est qu'il reste dans le monde plusieurs millers de milliards de dettes irrécouvrables qu'il faudra bien nettoyer un jour ou l'autre. La Grèce comme les subprimes ne sont qu'un détail de la pyramide de dettes sans contrepartie réelle qui pèsent sur le monde. 

La crise de la Grèce comme la crise de l'Euro ne sont que des vues sur la crise globale de l'endettement accumulé depuis 1971. 

L'organisation de la zone euro et les statuts de sa banque centrale interdisent une des voies d'élimination de ce surendettement (la monétisation et un certain niveau d'inflation). Le système monétaire international des changes flottants interdit largement la solution d'une croissance concertée.

Le monde se met donc en place pour une réduction générale de la dette par la perte directe, par la faillite. C'est le chemin de la dépression et de la guerre économique.

Sans remédier aux défauts structurels de la zone Euro et sans refonder une coopération internationale basé sur un système de changes concertés, il n'y a pas de solution.

Nous sommes dans la même situation qu'après guerre où il fallait éliminer collectivement  une masse de dettes nées du conflit. Nous y sommes parvenus en moins de 15 ans, avant de repartir dans un dérèglement majeur et l'absurde système des changes flottants. Les modalités de Bretton Woods  ont permis de sortir du gouffre.

On ne veut ni changer le système de Masstricht ni revoir le système monétaire international.  En dépit des chants de victoire qu'on entend après l'accord de faillite masquée en Euroland, on n'échappera pas à une aggravation de la situation globale. Alors que tout était en place pour une croissance mondiale concertée.

2012 : l'année de tous les dangers

Comme en rugby, le scénario de la crise connait ses temps faibles et ses temps forts.  2010, comme nous l'avons déjà écrit,  était un moment d'illusion. La reprise artificielle liée à des plans de relance massifs a masqué la gravité des faits  : un endettement partout monstrueux entraînant la faillite virutelle des banques et des états. 

Les dirigeants du G.20 ont cru qu'il suffirait "de rassurer l'épargnant" , de sauver les banques en leur permettant de faire rouler leur paquet de dettes, et d'amorcer des réformes sur des points mineurs pour que la crise soit en quelque sorte suspendue.

Chacune des deux  grandes puissances a essayé de se débarasser du fardeau en haussant les épaules et en se pensant plus fort qu'il n'était. Les Etats-unis étaient heureux de mettre l'Euro sous pression afin de retrouver toute la puissance exclusive du dollar.  La Chine se sentait assez forte pour maintenir des taux de change historiquement au plus bas vis à vis de l'Europe et à peine réévaluée par rapport au dollar.

Bien sûr ni l'un ni l'autre de ces grands pays n'avaient l'esprit complètement libre.  Les Etats Unis se savaient vulnérables à un effondrement de l'Euro.  La Chine se savait vulnérable àun effondrement du dollar.

L'Europe, quant à elle, était en proie au désamour des peuples, aux défauts structurels de l'Euroland et à l'inorganisation complète de ses institutions, à la fois en compétition et impuissantes, miracle du traité de Lisbonne signé en franchise de l'opinion des citoyens.   Qu'elle ait servi de "zones d'ajustement" n'est pas surprenant. 

Ce que personne n'a bien vu, c'est que la reprise de l'économie des échanges commerciaux internationaux n'a pas eu lieu en 2011.  L'asthénie presque complète du commerce mondial (on finira l'année sans doute autour de +5% , alors qu'on espérait 7% et que le taux de croissance normal devrait être entre 10 et 15%) )a été masquée par les effets de différents plans locaux. La Chine a débridé son crédit intérieur provoquant de l'achat d'équipement en Allemagne et pour le reste converti une partie des dollars engrangés en constituant des réserves et en  faisant monter les cours de matières premières.  

En vérité il n'y a eu aucune reprise saine nulle part. 

Les Etats-Unis ont découverts qu'il y avait un plafond à l'endettement indéfini.  Ils ont passé toute l'année avec un chômage à près de 10%, une réalité qu'ils n'avaient pas connu depuis les années trente.  Le modèle de rechange n'est pas apparu. Ils savent que si la Chine garde sa monnaie collée au dollar et si l'Europe explose ils entrent dans une récession de longue durée.

Les Chinois n'ont aucune des structures économiques qu'il faudrait pour gérer sainement une reprise de leur économie intérieure.  Ils continuent de compter sur l'accumulation mercantisliste de dollars en contrepartie  du bradage de leurs ressources infinies en hommes.  L'économie publique chinoise est largement basée sur  la corruption et l'argent de la corruption vient principalement de ce que les bureaucrates tiennent : les permis de construire.  La relance a entraînée une bulle des dettes des collectivités locales et une flambée immobilière excessive. 
 
Certes les entreprises mondialisées ont continué à investir  dans "l'usine du monde" de peur  de perdre toute chance d'être "leader sur son marché". Mais en réduisant drastiquement la voilure ailleurs  et en rachetant massivement leurs actions.  

L'Europe a constaté que la Commission était non pas le ferment de l'Europe Uni mais un dispositif bureaucratique anti-état, indifférent aux conséquences des politiques de laisser faire intégral  qu'il promeut .   L'assemblée européenne s'est révélée un "machin"  incapable d'être le creuset de la moindre politique économique.  Ces deux institutions ont été les deux grandes muettes européennes pendant toute la crise.  On ose presque dire : tant mieux, tant elles ne sont là que pour produire du "politiquement correct"  anti national. 

Le couple franco-allemand, en tension depuis longtemps,  du fait du laxisme français et du mercantilisme allemand,  et la BCE empêtrée dans des objectifs exclusifs de  stabilité des prix  n'ont pas véritablement de politique. Ils veulent conserver.  Conserver l'apparence du succès de l'Euro. Conserver l'Euroland.  Conserver leur banques. Conserver l'épargne des déposants.  Pas de grandes mesures. Du conservatisme prudent et des opérations images rassurantes. 

L'ennui c'est que la Grèce ne peut  s'en sortir par une déflation à caractère atomique.  L'ennui c'est qu'à défaut de réformes sinon de pure forme ou de constructions en papier à peine glacé, on résiste mal à une tempête internationale qui n'est toujours pas calmée.

Qu'attendre alors du G.20 de Cannes ? Les Etats Unis attaquent la Chine. La Chine réplique. L'Europe dit qu'elle veut garder le statut du dollar et qu'elle ne veut pas indisposer la Chine.

Partout le désastre des monnaies flottantes est patent mais il ne faut surtout pas aborder la question. Parlons environnement. Parlons taxes nouvelles dopées verbalement sous le vocable de "ressources innovantes".  D'un coup de baguette magique en ne faisant aucune autre réforme qu'une taxe sur les opérations financières l'économie et la planète seront sauvées pour toujours.

En fait chacun fera ce qu'il veut en attendant...en attendant quoi justement ? Un miracle spontané ?  L'effacement miraculeux de la dette sans conséquences sur l'activité ? La continuation de systèmes inefficaces et dangereaux  qu'on ne veut surtout pas toucher dans le bonheur et la prospérité ?

Surtout ne pas perdre la face. Surtout donner le sentiment que tout est organisé. La faillite de la Grèce sera donc déguisée en triomphal succès de la coopération internationale. Alors même que les Etats-Unis refusent de doter le FMI pour qu'il continue à violer son rôle statutaire qu'il n'exerce plus depuis 1971.

Le rôle théorique mais aussi statutaire du FMI  était d'éviter les mercantilismes et les laxismes monétaires et d'agir pour permettre à un pays en difficulté de balances de paiements de ne pas mettre tout le système par terre par une déflation excessive.  Il ne le joue pas. A la place on tente de lui faire assumer le rôle de banquier de dernier ressort des états surendettés !   Sur quelle base théorique ?  Le refus américain n'est pas totalement sans fondement.

Déçus les européens veulent faire une banque européenne de soutien aux pays endettés.  Mais statutairement la BCE ne peut pas jouer son rôle normal en cas de graves difficultés de financier de cet organisme.  On ne peut rien monétiser des dettes que cette banque fera.  Donc on ne peut qu'accroître la dette pour règler une question d'excès de dettes ou faire payer par les impôts les citoyens qui ne comprennent pas qu'on les rende solidaires de cigales irresponsables.

Rien de tout cela n'a de sens.  Tout le monde vit d'expédients.  En attendant la bourrasque suivante.

Le plus curieux c'est que l'économie réelle internationale commence à se réveiller, alors que tous les indices qui arrivent concernent le passé. C'est traditionnel : on commente toujours ce qui s'est passé il y a six mois ou un an. Prévoir le présent reste l'exercice le plus difficile !

L'aspect le plus navrant de la situation est qu'une réforme de fond faite maintenant accélèrerait le mouvement et permettrait d'entrer dans une phase de consolidation.   C'est maintenant qu'il faut faire les réforme nécessaires.  L'erreur des premiers G.20 qui n'ont rien réformé  est encore rattrapable. Mais une nouvelle erreur provoquera un ensemble de réactions qui peuvent nous envoyer pour le coup dans la dépression de longue durée.

Nous n'avons jamais voulu jouer les Cassandre ici au Cercle des économistes e-toile.  Nous avons préféré le débat autour des causes réelles des difficultés et l'examen des solutions rationnelles qui sont à portée de main.  Mais si on reste dans l'état de catalepsie mentale associée à un bras de fer politique entre les acteurs majeurs, la dépression est au bout. 

Surtout que les élections s'approchent partout et que la tentation du n'importe quoi est grande.  On l'a bien vu lors des débats pour la primaire socialiste en France.  Et l'impatienc e des peuples grandit qu'il ne faut pas confondre avec les petits cris aigus des "indignés".

On peut craindre qu'il ne se passe rien à Cannes durant un nouveau G.20 de façade.  Mais l'absence de mesures se fera sentir en 2012 qui devient l'année de tous les dangers.  Alors qu'elle aurait du être la première année de franche reprise spontanée des affaires dans  un cadre monétaire international et européen rénové.

Emmanuel Todd : l'ethnographie instrumentalisée en économie

L'anti européisme est à la mode et les tenanciers de ce  fonds de commerce commencent à être nombreux. Emmanuel Todd a  le privilège, au moins sur les plus récents, d'une certaine antériorité. Fin de l'Euro, imposition de barrières douanières, ses thèses sont dans le ton d'un moment où la perspective d'avoir à "payer pour la Grèce" prend les résonances du "mourir pour Dantzig" d'avant guerre.  

On connait Emmanuel Todd pour ses nombreuses apparitions dans les débats télévisés. Sombre, habité, volontiers excessif et même, souvent, carrément insultant, il se veut intransigeant. Pourquoi ? Il pense sa démarche morale et scientifique. Il est rare que ce mélange n'aboutisse pas à certains excès. Cette violence verbale ne nous gênerait pas si la qualité du fond était à la hauteur des moyens dialectiques mis en œuvre. Il est si difficile en France de dépasser certaines conventions, notamment dans les médias qu'on se demande comment on peut se faire entendre sans crier un peu.

En un mot : oui pour frapper fort à condition de frapper juste.

Nous avions pour notre part un a priori plutôt favorable aux thèses de l'auteur. On sait que nous ne défendons le libre échange que dans le cadre de règles forts précises qui si elles n'existent pas  laissent le champ à des effets indésirables. Nous sommes de ceux qui inlassablement ont défendu le tarif extérieur commun de l'Union Européenne et la TVA sociale. On sait que nous considérons que la construction de l'Euro a été faite sur de mauvaises bases et qu'il importe d'apporter des réformes fondamentales.

Notre préjugé était d'autant plus favorable que, semble-t-il, nous partageons avec E. Todd le même respect pour Alfred Sauvy et l'importance des dimensions démographiques sous-jacentes dans les faits sociaux en général et en économie en particulier. Nous ne pensons pas en effet que l'économie soit la seule résultante des comportements individuels rationnels des "agents". La société est traversée de forces diverses qui jouent un rôle majeur.

Que l'on mette à profit des connaissances sociologiques et ethnographiques pour tenter de donner des clés d'interprétation voire de réorganisation de notre monde ne nous choque pas le moins du monde.

Comme en psychologie, l'ennemi de ce genre d'approche est le simplisme. Pour avoir lu et relu "L'illusion économique", dans la version actualisée (Folio actuel- avril 2008) du livre de 1999, nous sommes obligés de le constater : les raisonnements sont courts, désespérément courts.

On ne peut certainement pas résumer en deux mots la pensée de l'auteur. Disons simplement que pour lui il existe des forces  subconscientes et inconscientes qui agissent sur la longue durée  et contre lesquelles il importe de ne pas lutter. Le noyau de la doctrine porte sur la distinction entre famille souche et famille atomique ou moléculaire ou "nucléaire absolue", les trois expressions cohabitent, entraînant la création de deux capitalismes, la capitalisme souche  et le capitalisme individualiste.

L'Euro en mélangeant sous une même monnaie les deux structures ethnographiques antagonistes serait voué scientifiquement à la catastrophe.  Et voilà pourquoi la marquise est malade !

Todd ajoute aux lois de Mundell sur les zones monétaires optimales   la condition ethnographique de la structure familiale homogène, ou souche ou atomique. Nos lecteurs savent les réserves que nous faisons à la théorie de Mundell : elle suppose le problème résolu.  La seule vérité incontestable en matière de monnaie unique est qu'elle n'est possible qu'au prix d'une force centrale politique forte. Si elle existe le système se moque à peu près complètement de l'ethnographie familiale. L'URSS a imposé le Rouble pendant des décennies à toute ses composantes sans trop se soucier d'ethnographie. De même il faudrait être un champion du microscope sociologique pour savoir si toutes les tribus qui utilisent le Franc CFA sont de type atomique ou souche.     

Tout le problème avec ce livre, est qu'il affirme plus qu'il ne prouve.

Il est arbitraire dans ce qu'il présente comme scientifique, il est banal dans le reste.

Alan Greenspan, il y a deux jours sur la chaîne CNBC a expliqué qu'au départ il ne croyait pas à l'Euro, puis qu'il avait été sidéré de voir que cela fonctionnait, qu'il est aujourd'hui surpris que cela ne fonctionne plus, tout en notant que la crise actuelle est celle des pays endettés et non pas celle de l'euro,  et qu'il se demande si un euro nordique ne serait pas  plus crédible parce que culturellement les nordiques raisonnent en économie de façon plus semblables. L'idée est effroyablement banale. La Suisse, l'Allemagne, la Suède et la Hollande ont traditionnellement recherché une monnaie forte.  Ils pourraient avoir une monnaie unique. L'ennui c'est que et la Suisse et la Suède sont hors de la zone Euro.  Pas de chance.  Et les Allemands et les Hollandais sont de plus en plus hostiles à l'Euro.

Ceux qui pourraient faire une monnaie unique ne le font pas avec leurs partenaires "culturels" ou "ethnographiquement homogènes" comme on voudra et s'accoquinent avec de vilains canards qui "trahissent leur nature".

"Comment la France, lieu de naissance de l'une des grandes traditions libérales, décontractée dans sa gestion monétaire jusqu'au début des années 80, a-t-elle pu changer de camp, abandonner l'individualisme du monde atlantique pour suivre les disciplines de l'Europe centrale ?"

Quand on connait l'histoire du Franc, de Napoléon à Poincaré, puis du Bloc-or des années 30  on rira de cette affirmation de "décontraction monétaire".  Le "sado-monétarisme" est une tradition française ancrée.  La frénésie monétaire inflationniste  a commencé en 1934 et s'est arrêté en 1974 faute d'efficacité.  Cela n'a guère de rapport avec le caractère souche ou atomique de la famille française !

A trop prouver on ne prouve rien.  De nombreuses descriptions de dysfonctionnements sont exactes mais ils sont quasiment toujours expliqués par de mauvaises causes.

Par esprit de système l'auteur a construit une rationalisation ex post avec de petits cordages et de grosses ficelles.

Comment s'étonner qu'on lie le tout par l'outrance verbale ? Quand les idées sont branlantes il faut un principe d'autorité pour les faire tenir ensemble.

Eructation n'est pas raison.  

L'absence de finesse de l'analyse commande la lourdeur des adjectifs et des néologismes : "Antinationisme", "pensée zéro" ou mieux encore "noyau mou de la pensée zéro", "combine politique", "passivisme","frénésie panglossienne d'acceptation de tout ce qui arrive", "purée globale", "germanolâtrie" , "attitude française névrotique"…

"Marx", écrit l'auteur, "aurait détesté la pensée zéro".  Nous voilà bien tristes. Si la suite n'était pas formidablement porteuse d'espérances : ""La masse placide qui règne sur la société, nos 20% de privilégiés du diplôme et du revenu" sera bientôt pulvérisée par "les masses", les autres, les vraies.

Tout cela parce que nous n'avons pas compris pauvres Français que bien que nous ayons une forte composante de famille souche notre patrimoine ethnographique aurait du nous conduire aux changes flottants et non à l'Euro, au protectionnisme et non au libre échange.  Alors que l'Amérique, elle, conforme à la nature nucléaire de sa famille,   "a cessé de fabriquer de la frustration économico-culturelle"(sic: parlons en aux manifestants "indignés" devant Wall Street !).

Arrêtons-là : on aura compris qu'on se trouve dans le domaine de la diatribe plus que de la réflexion scientifique.

C'est dommage. Car de nombreux faits sont bien exposés et de nombreuses attitudes clairement analysées. L'important est de ne pas se tromper sur l'explication des mécanismes et dans le choix des solutions efficaces. Top d'approximations gâchent la démonstration qui ne se trouve  relevée ni par le galimatias pseudo scientifique ni par l'injure.

Tout en partageant beaucoup des observations faites, nous préférons aller à l'essentiel : déterminer les mécanismes fondamentaux ; aller aux solutions concrètes.

Chacun sa voie.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



La "victoire" à la Pyrrhus de J.C.Trichet

 

M. Trichet quitte la présidence de la BCE sur un triomphe : l'inflation sous son mandat n'a pas dépassé 2,1%. Il a raison de pavoiser : c'était son seul objectif statutaire.

Tout autour, ce n'est qu'un champ de ruines. Les bourses sont effondrées, les banques en faillite, les états asphyxiés par leurs dettes, les chômeurs partout, la peur enveloppant l'ensemble.

Le seul contraste entre l'objectif atteint de la BCE et la désolation de l'Euroland devrait faire réfléchir.

Il doit y avoir une erreur quelque part !

Des deux côtés de l'Atlantique on a cru que des monnaies administratives flottantes gérées par des banques centrales indépendantes seraient bénéfiques si ces dernières contenaient les prix  à la consommation dans des limites raisonnables. 2% d'inflation est considéré comme raisonnable.

Cette idée est fausse. Alan Greenspan l'a reconnu. Cela aurait été a la gloire de JC. Trichet de le reconnaitre aussi.

Etats, banques, monnaie,changes, commerce extérieur, balance des paiements forment un tout. L'objectif global raisonnable est  le plein emploi dans une économie en bonne santé. Dissocier les objectifs et les moyens est une sottise. Avoir globalisé les institutions en découplant les politiques était une erreur majeure. 

Reconsolider les politiques à l'échelon national ne donnera rien.  Il faut donc reconsolider a l'échelon européen et mondial.

La consolidation mondiale ne peut se faire qu'autour d'une monnaie internationale étalon et de changes concertés. La consolidation européenne ne peut se faire qu'en coordonnant budgets, changes, crédits et monnaies.

Coller au statu quo dans la morosité de l'entêtement ne mènera a rien.

 

 


Que faire ?

Sur la nature des mesures à prendre, il n'y a guère de difficultés. Sur la faisabilité politique de leur mise en œuvre, rien n'est joué.

La crise a révélé trois défaillances.

A l'échelon mondial, le système de monnaies administratives dégagées de toutes référence à un étalon quelconque, mais censées trouver leur valeur externe par le jeu de mouvements de capitaux totalement débridés  et maintenir leur valeur vis-à-vis d'un indice de prix (ou d'un groupe d'indices de prix disparates)  par la grâce d'une banque centrale indépendante  dont l'objectif principal est cette seule stabilité, a montré qu'il ne fonctionnait pas.  

En Europe la construction de l'Euro s'avère bancale et les distorsions de toutes natures qui s'y exercent rendent ces défauts rédhibitoires.

En France, la politique du chien crevé au fil de l'eau  qui par facilité ou impuissance a vu depuis 1971  les prélèvements passer de 35 à 45% du PIB, la dette d'état grimper  de 5% vers les 100% du PIB et la dépense publique dépasser les 55% du PIB  ne pourra pas être poursuivie.   Nous ne passerons pas à 55% de prélèvements, à 200% de dette d'état et à 65% de dépenses publiques par rapport au PIB !  Mettre à la cape dans la tempête ne suffira pas.

Il faut donc réorienter radicalement la politique française, restructurer la zone Euro et réorganiser le système monétaire mondial sur des bases nouvelles. Ces trois mouvements doivent être synchrones. Une politique purement française n'a aucune chance. Restructurer l'Euro ans changer l'organisation générale des monnaies dans le monde est quasiment impossible.  L'idéal serait de réformer le système monétaire international puis de restructurer l'Euroland puis d'ajuster les politiques proprement françaises, chaque réforme cautionnant l'autre.  

La réforme du système monétaire international passe par le retour à un étalon collectif mondial. Il faut rendre les états responsables de la conservation de la valeur de leur monnaie vis-à-vis de cet étalon et de l'équilibre de leurs balances extérieures. Seules les politiques étatiques peuvent agir suffisamment fort et avec la nécessaire variété de moyens pour atteindre cet objectif. Les banques centrales sont impuissantes à elles seules à gérer la stabilité externe des monnaies.  

Il faut un esprit de coopération internationale pour réussir cette mutation. La guerre des systèmes ne mènent à rien.  Faute d'un leader incontestable comme les Etats unis en 1944, la solution est plus difficile à trouver.  Les Etats Unis perdront de leurs privilèges ; la Chine ne pourra plus accumuler des excédents monstrueux. Mais la poursuite de la crise et son aggravation n'est pas la solution. Si la Chine veut perdre son trésor accumulé, tout en connaissant une crise financière interne incontrôlable, qu'elle continue comme maintenant.  Si les Etats-Unis veulent se retrouver ruinés, sans industries, et avec un chômage de masse durable, qu'ils continuent comme maintenant.  En fait l'intérêt bien compris de tous est que la désorganisation malsaine actuelle cesse et qu'on crée un système où les doubles pyramides de crédits ne soient plus possibles et où les déséquilibres massifs de balances commerciales ou de balances de paiements ne peuvent plus perdurer.  

Dès que ces décisions structurelles seront prises les entreprises retrouveront aussitôt un horizon et la panique générale sur les monnaies, les banques  et l'épargne cessera.  Il sera possible de commencer à amortir le surendettement global accumulé pendant les quarante années précédentes.
 
La réforme de l'Europe est plus complexe à imaginer compte tenu des deux options radicalement différentes qui s'affrontent. Le saut dans un fédéralisme pur,  haï des peuples et qui serait un simple acte de foi (tel que Juppé l'a exprimé dans une récente interview) est une voie trop dangereuse pour être empruntée. Le démantèlement pur et simple de l'Euro n'est pas plus réaliste. Mais il faut agir puisque le statu quo s'avérera intenable.   

L'idéal serait qu'une fois la réforme internationale du système monétaire faite, l'Europe s'engage sur une gestion de parités fixes mais ajustables des principaux blocs qui la composent :  Royaume Uni, zone Euro, pays candidats etc. Dans la zone Euro une possibilité de sortie temporaire, avec restauration d'une monnaie transitoire gérée par la BCE, serait permise.  Les monnaies en transition ne seraient pas négociables sur le marché monétaire et la transition serait gérée par une tutelle européenne provisoire.   Ce mécanisme jouerait aussi bien pour les économies ayant un avantage compétitif  grossièrement surévalué par des politiques mercantilistes  ou pour celles qui seraient en déficit grave de compétitivité.  Une harmonisation plus poussée des politiques générales (budgétaire, sociale, règlementaire)  est nécessaire mais elle doit être conduite et pas seulement postulée par des normes. L'organisation de ce pilotage n'a pas une importance cruciale. Plusieurs formes sont possibles. L'important c'est qu'il y en ait une.

Le schéma idéal de réforme de l'Euroland intégrerait la Suisse, calant définitivement l'édifice en supprimant jusqu'à l'idée de spéculer contre l'Euro.  Un tarif extérieur commun serait remis en place notamment avec pour mission d'ajuster les décalages commerciaux excessifs ou de tenir compte des différences de réglementation. Ce TEC doit être défensif et non pas offensif. Il redonnera un sens à l'adhésion à l'Union, puisqu'il ne restera pas beaucoup d'espoir de croissance pour les pays hors Union, alors qu'aujourd'hui c'est l'inverse. La Banque centrale européenne se verrait attribuer un triple objectif : stabilité des prix ; stabilité des changes ; plein emploi.  

La France dans un tel cadre ne peut plus espérer continuer à produire un budget dont à peine plus que la moitié des dépenses soit couverte par l'impôt. Comme nous sommes au sommet de l'imposition possible cela passe par une rupture complète du schéma "prélèvements massifs - redistribution par subventions ou par niches".  Tous les secteurs économiques marchands actuellement financés par l'impôt doivent s'attendre à un assèchement  des financements publics. On ne peut pas à la fois financer la presse, l'agriculture, l'ensemble des activités culturelles, le transport, le bâtiment, diverses industries, la banque  etc.  Chaque secteur doit trouver son équilibre naturel hors de l'interventionnisme brouillon de l'Etat. L'anomalie qui veut qu'il y ait en France 25% de la population active dans des statuts protégés et peu productifs, là où nulle part on ne dépasse 20% doit disparaître.   L'action sociale doit être totalement repensée : des instances sociales unifiées doivent pouvoir au plus près du terrain jouer sur un panel de moyens pour aider temporairement les familles à passer une difficulté (fusion de toutes les aides au logement, aux études, au chômage etc., les instances d'instructions dans le cadre d'un budget global gérant au mieux les diverses possibilités).   La sécurité sociale  ne pourra plus financer aussi généreusement le petit risque. Les aides devront être recentrées et probablement fortement réduites. Les hôpitaux seront certes gérés à l'acte mais sur la base d'un budget régional unique et fixé. Le prix de l'acte pourra être ajusté pour rester dans le cadre du budget global.

Cet énorme redéploiement de ressources passera par une baisse massive de l'imposition globale après la phase initiale de reprise en main des finances publiques qui suppose de toute façon une hausse de la TVA et une baisse de même montant des charges sociales.

Au final Il faut récupérer 8 à 10 points de PIB.

La politique coûte trop cher en France. Il faut réduire le nombre de députés et de sénateurs, supprimer le Conseil économique et social et une bonne centaine d'observatoires ou de "machins" plus ou moins bucoliques. On doit interdire les cumuls de rémunérations publiques et plafonner les doubles rémunérations publiques et privées, aligner les impositions et les retraites publiques sur le reste de la population. Les régions doivent perdre toute initiative sur les recettes. Les dotations doivent venir de l'Etat et être calculées au prorata de la population. La région aura la charge exclusive de certaines prestations et s'organisera comme elle l'entend.  Elle ne pourra emprunter que dans le cadre de plans adoptés par le Parlement. Le département disparait. L'Europe ne pourra pas être mise à contribution pour financer les projets dont la responsabilité exclusive appartient à la région. La mise en application de politiques européennes ayant des effets en région sera gérée par le gouvernement.  Les municipalités devront se regrouper afin d'atteindre une taille critique minimale. Elles seront également dotées en fonction du nombre d'habitants et perdront le pouvoir de création de taxes spécifiques. Elles cesseront d'être bénéficiaires d'impositions affectées, à l'exception de la collecte de certains droits associés à l'exercice de différentes activités économiques sur leurs territoires.  Il va de soi qu'on oublie les réductions de temps de travail, les conventions dans ce domaine étant restituées au domaine de la négociation de branche  et la retraite passera partout à 67 ans pour le taux plein. Le SMIC redeviendra un SMIG. Les allocations chômages publiques seront plafonnées, à charge pour les entreprises et leurs salariés de définir des politiques particulières. Les stocks options seront réservées aux cadres de start-up. L'ISF sera supprimé. En revanche l'ensemble des rémunérations quelle qu'en soit la nature (salaires, revenus financiers, etc.) sera traité de façon identique.  L'impôt sur le revenu sera partiellement retenu à la source. La CSG et l'impôt sur le revenu ne seront pas fusionnés.

Ce plan ne prévoit pas de hausse des impôts dévolus à l'Europe. Il ne prévoit pas de taxe carbone sinon en élément du TEC. Il ne prévoit pas la couverture du "quatrième risque" laissé à la responsabilité des familles dans le cadre d'un régime général adapté (les sommes versées au titre de ce risque seraient déductibles de l'impôt sur le revenu et de la CSG à hauteur d'un maximum dépendant des conditions de revenu du bénéficiaires).

On constatera que ce plan n'est pas exactement dans les esprits en France. Le bal des prétendants socialistes a montré une absence à peu près totale de prise de conscience ni de l'ampleur de ce qu'il faut faire ni des points d'application vitaux des réformes nécessaires. Les Verts n'ont aucun diagnostic et aucune perspective sinon celle d'une décroissance malthusienne dans l'aigreur. La droite gouvernementale mène une politique qui contrairement à la "rupture" annoncée continue grosso modo le laisser aller précédent et surtout ne comprend pas les enjeux globaux.  On tente de conserver ce qui existe en faisant un peu mieux. Et on est constamment dépassé par les évènements.

Inutile de dire qu'annoncer du sang et des larmes n'a rien de réjouissant pour un candidat à l'élection présidentielle ni pour le parti qui le soutient. La faisabilité politique du programme évoqué n'a rien d'une évidence.  Mais sans un cap clair et une volonté d'airain, comment progresser ?

Le spleen du hanneton fatigué de pousser sa boule de crottin

Nous avons toujours défendu ici que la crise que nous connaissons est une crise de  la dette.  La plupart des pays riches ont développé une dette globale qui représente un multiple excessif de leur PIB.  Nous avons montré qu'un pays qui s'est laissé glisser à porter une dette de plus de 200% de son PIB était dans une situation impossible.  Nous avons constaté que certains pays avait dépassé les 350, les 400 et même les 1000% de dettes par rapport à leur PIB.   Nous avons expliqué que cette évolution devait faire exploser  le système et elle l'a fait effectivement.

L'idée générale exprimée dans les médias a d'abord été qu'il s'agissait d'une crise limitée au secteur du bâtiment puis une crise limitée à l'Amérique qui ne traverserait pas l'océan,  puis une crise bancaire internationale liée aux produits toxiques,  et enfin on en est arrivé au constat de la réalité : il s'agit bien d'une crise de la dette.  Quatre ans  de perdus !

Malheureusement personne ne s'est enquis des mécanismes de cet énorme gonflement de la dette.  Nous avons nous-même proposé très vite un diagnostic très précis, lié au dysfonctionnement du système monétaire international.  Au contraire l'idée générale  véhiculée par les dirigeants et la presse aura été qu'il suffisait de revoir les bonus des traders et les règles de comptabilité, tout en mettant fin à certains contrats complexes de mathématiciens fous  pour que tout aille mieux.  Les banquiers n'avaient qu'à bien se tenir.

Le même manque de vision s'est attachée aux remèdes.  Les  états sont venus au secours des banques  en reprenant une partie de la dette,  car sinon le système bancaire entier entrait en catalepsie.  Et ils ont cru qu'en laissant glisser les déficits et en effectuant une relance concertée par les banques centrales tout se passerait bien.

Ils avaient oublié qu'en système de changes flottants les relances keynésiennes ne marchent pas.     D'autre part  il était certain que le double mouvement de récupération des dettes des banques et du creusement des déficits provoquerait automatiquement une hausse massive de leur propre endettement.  Pouvait-on règler une crise de dettes par un accroissement de dettes  en changeant de débiteurs ?  Nous l'avons écrit ici il y maintenant près de quatre ans : la réponse est non ! 

Tous les pays qui s'étaient laissés glisser sur la pente fatale des déficits publics permanents et massifs se sont retrouvés avec des dettes encore plus massives. La peur s'est installée partout.

A-t-on pris des mesures contre les causes de la crise ? Non. L'absence de diagnostic ajouté à la certitude "qu'on savait faire"  pour sortir d'une crise, a conduit à une passivité absolue.

Lorsque la dette globale s'est retrouvée ainsi  aggravée, on s'est posé la question de savoir ce qui fallait en faire.  On connait la solution retenue :imiter  le hanneton et pousser la boule de crottin devant soi inlassablement.

Reporter inlassablement le problème à plus tard était une facilité qui se donnait l'air de la responsabilité.

Nous-mêmes avons expliqué dès 2007 qu'il fallait restructurer le plus vite possible.  Restructurer ? On veut dire admettre la perte en partie et ne pas tout différer.  Et nous avions noté que le report des dettes n'avait de sens qui si une croissance forte  était organisée en solidarité des états.  Comme les relances ne fonctionnent pas en système de changes flottants, il fallait se réunir comme à Bretton Woods, recadrer les parités monétaires  de façon à éliminer les grands déséquilibres à la base du gonflement de la dette mondiale,  et mettre un gendarme permettant de s'assurer que les déséquilibres restaient bien sous contrôle.

Restructuration partielle de la dette , suppression des causes structurelles du gonflement de la dette mondiale,  fixation d'un cadre  monétaire mondial  raisonnable avec un cap de croissance visé collectivement , permettant des anticipations économiques rationelles pour les entreprises, étaient les trois axes de solution.

On n'en a suivi aucun.  Quatre ans après on se retrouve gros jean comme devant.  Les dettes d'état des pays les plus endettés ne peuvent plus être remboursées et elles s'aggravent. Les aides ponctuelles associées à des programmes déflationnistes n'aboutissent à rien.  Cameron provoque une récession en Grande Bretagne. Les créanciers de la Grèce provoque une récession en Grèce.   Aucune réforme n'ayant été faite, la peur s'installe et provoque des comportements récessifs qui minent les relations d'échange.  Les perspectives d'une reprise de la récession  s'accroissent.

Le hanneton est fatigué. La boule de crottin a grossi.  Et la dysentrie qui le mine n'a pas été soignée.

Les peuples s'impatientent, comme prévu. La sinistrose s'installe comme en 1929 avec le développement de systèmes de pensée entièrement négatifs.  Et les gouvernements comme à Londres à cette époque considérent qu'ils n'ont rien d'autre à faire que de se débrouiller comme ils le peuvent sans coopération.  C'est à dire que nous sommes  dans les conditions où une grande dépression peut s'installer.

Le cadre de la solution est bien le G.20. Mais le G.20 n'a pas été le fer de lance du diagnostic de la crise car le FMI n'a pas joué son rôle.  La réunion des ministres des finances du G.20 vient de se terminer par un échec.  La réunion de Cannes ne promet rien que la manifestation de l'égoïsme de fond des grands acteurs  sous halo d'unanimisme de façade.

Il n'y a toujours pas de diagnostic, donc pas de mesures adaptées qu'un consensus pourraient faire avancer.  On écope dans l'urgence.  C'est le sauve qui peut.

Rappelons qu'il y avait à peu près 10.000 milliards de dettes sans contrepartie permettant de la rembourser en 2007.  5.000 milliards de ces dettes ont été purement et simplement perdus.  Mais on a ajouté 10.000 milliards de dettes sans contrepartie de plus.  Nous avons donc en circulation  15.000 milliards de dettes ne correspondant à aucun rendement futur.  Ce qui veut dire en clair que le système bancaire mondial est en faillite car le capital des banques ne peut en aucun cas faire face à cette masse de pertes potentielles.

Comment faire ? 

D'abord il faut un diagnostic. Pas de médecine sans compréhension de la maladie.  Ce diagnostic doit être fait et acté internationalement.  Il  implique  la mise en cause du système monétaire international et l'accord sur des changements radicaux .

Ensuite il faut restructurer. A quel niveau ? Probablement autour de 5 000  milliards de dollars de dettes.   Enfin il faut éviter toute politique récessive et déflationniste. 

Un peu d'inflation mondiale permettra de réduire la dette globale de façon certes non indolore mais régulière.  

Depuis 2005 le rendement moyen des portefeuilles en Occident  a été de 1.7% soit la moitié de l'inflation.  Donc l'épargne a fondu régulièrement de près de 1.5% par an en moyenne.  Il faut à peu près doubler le taux de fonte pour qu'en dix ans on obtienne un dégraissage significatif de la dette.

Ce qui n'a pas été restructuré et ce qui n'aura pas fondu dans l'inflation, devra être remboursé par la croissance pour la moitié et repoussé pour une autre moitié.  Le hanneton poussera toujours une  boule de crottin mais elle restera proportionnée à ses forces.

On dira : vos ordres de grandeur sont grossiers. Ils le sont.   Mais il faut simplifier les grandes masses pour les rendre compréhensibles. Aux instituts statistiques de faire mieux s'ils le peuvent. Actuellement ils regardent ailleurs.  

Le plus navrant est que le mouvement des affaires est plutôt solide. Il est entravé et cassé par les mauvaises politiques suivies et la panique qui s'est installée partout.

Tant que la crise intellectuelle n'aura pas été surmontée alors la crise économique ne le sera pas.  Pensée zéro égale volonté zéro égale résultats désastreux.  Sinistrose et désorganisation internationale égalent panique et effondrement.

C'est un chemin sans issue. Si Cannes est un G.20 pour rien une fois de plus, tout risque d'être emporté.  Pensons à la Conférence de Londres  du 12 juin 1933. Là, déjà, les états ont décidé de se battre dans un chacun pour soi qui est devenu une désastre pour tous.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Retour vers le futur : 1935 (suite)

Intéressons-nous à ce que publiait la Revue d'Economie Politique en 1935, au beau milieu de la grande dépression née en 1929. Les rédacteurs étaient Charles Rist et Gaëtan Pigou, des économistes de grande qualité. Une revue telle que celle là manque aujourd'hui. C'était le temps où les économistes n'étaient pas encore vilipendés et où on croyait qu'une approche scientifique de l'économie était possible. Les meilleurs auteurs n'hésitaient pas à prendre partie sur les questions d'actualité. Une vie intellectuelle économique grouillait en ce temps là, loin des caricatures de débats actuels entre ignorants médiatiques ou entre partisans de champs clos idéologiques.

En 1935 la Revue avait pris pour cible entre autres deux erreurs qui lui paraissaient graves : la perte de confiance dans les progrès possibles de l'économie et les limites des dévaluations compétitives.

Dans le premier cas la cible était les écrits de Werner Sombart, un économiste socialiste allemand qui glissera vers un léger national-socialisme plus ou moins de circonstance mais tout de même, un peu le même mouvement que le père de Jospin vers le pétainisme, pour des raisons finalement assez proches. Werner Sombart était un auteur très prolifique et très connu à l'époque. Il est à peu près oublié aujourd'hui. Comme quoi ! Méfions nous des auteurs qui tiennent la côte dans nos médias : cela pourrait bien ne pas tenir la distance…

"L'homme a été séparé de la nature. L'enfant des villes ne sait plus rien des charmes intimes que celle-ci prodigue. …Sa pensée est un mélange compliqué d'enseignement scolaire, de montres, de journaux, de parapluies, de livres, de canalisation, de politique et de lumière électrique".

Qui ne voit la ressemblance avec tous nos bons auteurs qui se plaignent aujourd'hui d'une jeunesse déboussolée par le téléphone portable et internet ? Cette rengaine est de tous les temps. On a toujours perdu le paradis d'avant et la jeunesse est devenue bizarre. Dans les années soixante c'était la bagnole et la télévision  qui signaient le déclin immédiat de la civilisation par contamination de notre belle jeunesse hélas si mal traitée.

Le rejet d'une société matérialiste  de consommation était déjà très fort :

" …trop de céréales, d'autos, de bananes et de chocolat, réclame diurne et nocturne, film parlant, W.C. et eau courante et mille volumes par jour ; engrais artificiels, avions et moyens anticonceptionnels, torpilles et hauts parleurs, tracteurs et phonographes, petites boules dans le potage et eaux dentifrices,  gaz toxiques et aspirateurs de poussière, palace-hôtels sur terre et sur l'eau"…

Nous voici dans une société gâtée par l'abondance et qui a perdu ses repères. Et on ne connaissait ni le Bolino ni le Coca Zéro !

Les écologistes modernes n'ont rien inventé. On parle aujourd'hui de destruction de la terre et plus seulement des hommes ou du moins de l'humanité. Cela a un côté plus laïque.

Depuis la "révolution industrielle", si ce terme a un sens, nous vivons de façon croissante dans un monde artificiel qui correspond à notre propre création.  Werner Sombart rêvait qu'on revienne à une forme de société hiérarchisée non matérialiste où les valeurs de l'esprit ne seraient pas contaminées par la chair, ici la consommation. Comme aujourd'hui certains rêvent de démondialisation et de décroissance.  La blonde au 4x4 a remplacé la ménagère à aspirateur. La femme est depuis JC et même sans doute quelques milliers d'années précédemment, vue comme l'inspiratrice de la débauche irresponsable.  Zémmouriens de tous les temps, donnez-vous la main !

Pour les amateurs nous conseillons de faire le parallèle entre la condamnation de "l'ère économique" par Werner Sombart et les critiques de la "mondialisation".

Toutes les crises  conduisent à des formes de remise en cause de la modernité et favorisent les idées qui suggèrent qu'on est tombé dans une sorte de précipice sans fond dont il faut sortir avant qu'il ne nous engloutisse à jamais.  Il faut lutter contre ces inepties comme le faisaient les auteurs de la Revue d'économie politique de 1935 : il n'y a aucun chemin dans cette direction !

Revenons à la seconde critique : celle des dévaluations compétitives. Nous sommes revenus plus près de la terre. Mais en fait on est toujours dans la condamnation du rêve. La crise de 1929 a connu les développements tragiques que l'on sait à cause des dévaluations compétitives. Ce point est très généralement admis et ne mérite pas de longs développements. Les spécialistes de l'histoire économique de l'entre deux-guerres savent très bien qu'au bout du compte, toutes les monnaies avaient retrouvé peu ou prou leur parité d'avant en 1938. On s'était battu pour rien.  

René Courtin, l'auteur de l'article voit bien les deux limites de la dévaluation :

- elle ne donne un avantage compétitif que dans la mesure où les autres ne dévaluent pas à leur tour. Cet avantage est provisoire, les importations devenant plus coûteuses et entraînant des hausses internes qui progressivement gommeront l'avantage initial.

- en cas de dettes, la dévaluation alourdit la facture de remboursement et entraîne un risque de pertes encore plus grand pour les prêteurs.  

Ces idées n'ont rien d'original : elles seront à la base des accords de Bretton Woods de 1944. Oui une dévaluation peut être efficace mais à deux conditions : qu'elle soit faible donc acceptable par tout le monde, accompagnée d'un plan de stabilisation des prix pour éviter qu'on ne revienne immédiatement à la situation précédente et que les effets sur la dette soient limités par des formules de prêts internationaux, dont le FMI doit être le vecteur.

Elles sont totalement en contradiction avec les idées actuelles sur l'organisation monétaire internationale où le flottement généralisé des monnaies induit des dévaluations incontrôlées ou des réévaluations incontrôlables sans des mesures gigantesques (voir les récentes mesures prises par la Suisse, qui ont abouti à …ruiner UBS, seconde banque…suisse, prise à revers dans ses spéculations).

Elles sont également complètement en contradiction avec l'idée de monnaie unique partagée par des pays ayant gardé leur liberté de politique budgétaire, économique et sociale. Le bénéfice d'une dévaluation concertée n'est plus possible et laisse la place à des aventures.

On voit bien que pour la Grèce la sortie de l'Euro qui mettrait la nouvelle Drachme dans un système de changes flottants, provoquerait une dévaluation massive (très au-delà des 7 à 10% qu'on s'autorisait dans un cadre de changes fixes mais ajustables par accord général), la ruine des banques et de l'épargne privée, et un défaut gigantesque sur les prêts consentis en Euro.  Les pays européens se retrouveraient aussitôt avec un compétiteur dopé et un trou dans la caisse au moins doublé.

Limite des comparaisons, René Courtin évoque le bénéfice de la dévaluation du fait de l'effet revenu provoqué par la diminution de la teneur métallique de la monnaie.  Il en attends un poussée de la production d'or génératrice de revenus créant une dynamique de croissance générale. Le problème : l'or n'est plus monétisé. Nous sommes dans un système de monnaies administratives…

Au total on voit bien que personne ne sait gérer ni des systèmes de monnaies administratives flottantes, ni des zones monétaires non pilotées, représentant des ilots de fixité dans des océans de flexibilité.

Ce que les économistes de 1935 écrivaient, à savoir qu'il faut croire en l'avenir et s'organiser pour connaître un nouvel élan, reste aujourd'hui d'actualité.  

Il faut croire en l'avenir et s'organiser ! 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.



Retour vers le futur : 1935 ?

La tentation des comparaisons historiques plus ou moins bancales est toujours grande lors des crises un peu sévères. Quand l'avenir est incertain, on aime se raccrocher à quelque chose de familier même si le passé lointain est généralement plus fantasmé que connu.

On l'a bien vu hier soir dans un de ces débats télévisés où deux intervenants censés avoir des connaissances économiques solides se sont empoignés pour affirmer, pour l'un que la déflation était la raison de l'arrivée d'Hitler au pouvoir, pendant que, pour l'autre, c'était la déflation.

La minuscule affaire grecque, une perte sur crédit d'une centaine de milliards d'Euros (à rapprocher des quatre mille milliards d'Euros sur crédit perdus depuis fin 2006 dans le monde entier), fait renaître les pires fantasmes d'une montée prochaine du fascisme pour un camp, du socialisme violent pour l'autre.  Avènement d'un nouvel Hitler ou nouveau Front Populaire, tel serait le choix !

Il faut dire que les difficultés économiques stimulent les extrêmes. Mme Le Pen et M. Mélenchon tiennent désormais des discours  économiques que les tenants des principes qui nous gouvernent et qui nous ont mené là où nous sommes ne peuvent plus réellement juguler.

Dans ce maelström toutes les postures deviennent des contorsions. La droite libérale en vient à défendre les suggestions d'Attac, le mouvement post communiste bien connu. La gauche plaide pour l'austérité et la militarisation du redressement des jeunes délinquants.  Les keynésiens d'hier plaident pour une réduction drastique des déficits et de la dette. Les libéraux d'hier suggèrent qu'on pourrait nationaliser les banques, temporairement bien sûr.  Les européistes d'hier ne se souviennent plus très bien  pourquoi ils ont voulu l'acte unique et l'Euro.  Les souverainistes plaident pour un tarif extérieur commun renforcé. La BCE viole ses statuts tous les jours.

La crise a bousculé cul par-dessus tête les discours figés du politiquement correct d'avant.  L'Europe, c'était bien et cela ne se discutait pas. On pouvait l'étendre ad libitum : le mouvement d'élargissement se justifiait par le seul fait qu'il avait lieu.  L'Euro c'était bien et cela ne se discutait pas.  L'impôt: super ! La dette : pas grave ! Le désordre monétaire international  : la marque de la vitalité des marchés, à qui il aurait été stupide de s'opposer !

On s'aperçoit toujours de la fragilité des vulgates lorsque les populations s'affolent.  

Surtout quand on les laisse sans perspectives.

Mettons nous tout de même un instant dans la peau d'un chômeur qui a été licencié en 2008 et peine à retrouver un emploi trois ans plus tard, de parents dont les enfants ne trouvent pas à s'employer au sortir d'études immensément rallongées, d'accédants à la propriété à bout de ressources (ils se sont endettés pour trente ans !) à qui on a doublé la taxe foncière et fortement grossi la taxe d'habitation. A tous  on affirme : vous allez payer pour la Grèce ; vous allez payer pour sauver l'Euro et si on n'y arrive pas vous perdrez vos plans d'épargne ; vous allez payer parce que vous n'aviez pas assez payé encore alors que la France est au sommet des prélèvements.  Et à tous ces gens, une littérature pressée d'extraire le jus de la crise explique qu'ils n'ont encore rien vu, que le pire est devant eux.

Pas une explication des différentes crises qui nous frappent. Pas la moindre perspectives sérieuses de s'en sortir.  Et des élections en vue, partout, qui ont l'énorme inconvénient d'interdire la seule vertu utile en temps de crise : la constance.

Ce qui nous ramène à 1935.  La confusion la plus totale régnait comme aujourd'hui. La crise avait également quatre ans en France.  La reprise n'avait pas eu lieu. Les politiques fondées sur des a priori qui faisaient consensus ne marchaient pas.  La politique de déflation qui avait sa chance se trouvait confrontée aux perspectives d'élections perdantes. On allait sombrer dans le n'importe quoi et aggraver tout. La France sortirait des années trente en ayant perdu autant que pendant la Grande Guerre. Il lui faudra quarante ans pour se remettre avant d'oublier les leçons si durement apprises.   
   
Quant au monde ! Il a absolument tout oublié. On a voulu créer en 1971 un monde basé sur les relations de force entre les états, systèmes sociaux  contre système sociaux , politiques contre politiques, puissance économique contre puissance économique en supprimant toutes les écluses, tous les canaux, toutes les pompes aspirantes et refoulantes.  Les américains croyaient qu'ils gagneraient facilement. Les Allemands et les Japonais étaient sûrs d'eux.  Les nationaux communistes Han ont vu la faille et ont cru qu'ils pourraient manger l'économie du monde et assurer leur domination. Les pays pétroliers pensaient pouvoir s'en sortir sans problème grâce à la manne pétrolière.      

Les Français, eux, réglaient de vieilles querelles du dix-neuvième siècle, sans se rendre compte de rien.

Nous sommes au bout de ce chemin là.  On redécouvre qu'il n'y a pas de solution sans une coopération entre les états ; qu'on ne peut pas assumer des libertés économiques sans monnaie de référence et sans politique harmonisée des changes ; que la concurrence des systèmes ne fonctionnent qu'avec des pare-chocs et des écluses.

En sécurité routière on sait bien qu'un tank aussi blindé soit-il, n'est pas sûr, pas plus qu'un cerf volant allégé à l'extrême . Il faut  éviter les chocs et en cas de choc évacuer un maximum d'énergie pour protéger les passagers.

Eviter les chocs en économie mondialisée, c'est déjà éviter les systèmes instables comme les monnaies flottantes en organisant de surcroit l'irresponsabilité totale des gouvernements vis-à-vis des conséquences de cette instabilité.  Instabilité structurelle plus irresponsabilité structurelle, les deux mamelles du désastre économique.

En 1935 tous les pays ont voulu s'en sortir par eux mêmes, ayant désespéré de toute coopération internationale, tout en ouvrant la porte à leur démons intérieurs (communismes staliniens, socialismes divers , fascisme et national socialisme).  Aujourd'hui les démons intérieurs n'existent pas : il n'y a pas de grande idéologie en attente de s'imposer. Les socialismes nationaux ou autres ne sont plus dans les esprits ni les espoirs. Les nationalismes  flamboyants ont disparu au moins en Europe même si les égoïsmes et les petits calculs demeurent.

Ce qu'il faut donc craindre c'est d'abord le n'importe quoi spontanéiste né de la peur.

Car la solution existe.  

En 1935 il était impossible d'assurer la coopération internationale autour d'un projet commun. Hitler et Staline imposaient leur loi. Des professions de foi violentes courraient le monde  et elles étaient militantes.  Les grandes puissances imposaient leur loi à de nombreuses colonies et des nationalismes s'exacerbaient, comme celui des Japonais ivres de "lebensraum".

Rien de tout cela aujourd'hui : l'islamisme radical n'est pas mort mais il est sans influence mondiale et incapable de faire lever des masses ni de proposer un  système d'organisation un  minimum sexy.  L'islamo-nationalisme iranien est contraint par les révoltes qu'il est obligé de réprimer et son isolement international.  Les rebonds de nationalisme dans les pays de l'ex URSS ou sous sa domination n'ont pas d'importance cruciale. Il faut bien retrouver un peu de quant à soi.  Le nationalisme Han est le seul qui soit réellement dangereux. Mais il est totalement dépendant de la bonne volonté occidentale. Que la Chine soit exclue de la mondialisation et le système s'effondre ! Ce sera un nationalisme prudent.
Nous sommes donc dans une situation totalement différente de 1935. Il suffirait de sortir de la confusion pour que les voies d'un redressement général apparaissent ouvertes.

Comment faire ? Il n'y a qu'un seul chemin : le G.20 annonce que les états membres  coopèrent pour mettre fin aux causes du désastre économique en cours clairement identifiées et pour créer les conditions d'une croissance dans la coopération, seule capable de liquider l'accumulation des dettes constatées depuis 40 ans.

Les causes des désordres financiers et de l'accroissement global sont parfaitement connues : laxisme financier des uns  et mercantilismes divers dans un système de changes flottants de monnaies administratives où personne n'est responsable de ses équilibres extérieurs, alors que les mouvements financiers sont totalement libérés.

Une fois le système mondial stabilisé avec des changes fixes et ajustables, une instance internationale disposant de pouvoirs réels de régulation, une coopération explicite des nations , le sauvetage de la zone Euro devient un jeu d'enfants.  

Les états redeviennent responsables de leurs comptes extérieurs et de la valeur externe de leur monnaie, tout autant que de leurs équilibres intérieurs, le plein emploi étant un des équilibres majeurs dont on parle. Ils sont obligés de coopérer pour la croissance et l'amortissement des dettes monstrueuses accumulées par le système de double pyramide de crédits Rueff-Allais.

L'absence d'idéologies délétères permet de reprendre progressivement le chemin d'une mondialisation plus heureuse sans sombrer dans les expériences mortifères.  

En 1935, les auteurs ne voyaient plus d'avenir. On croyait à la fin du cycle d'expansion appelé révolution industrielle.  Le slogan n'était pas "no future" mis c'était dans les esprits. On sait ce qui est advenu : la plus grande mutation de toute l'histoire de l'humanité !  

Ne tombons pas dans ce travers. Il est parfaitement possible de préparer un avenir intéressant et progressiste pour l'humanité.

Mais il ne faut pas se tromper de chemin.

Comment se réveiller d'un rêve ?

Depuis toujours nous défendons l'idée que les difficultés que le monde, l'Europe et la France traversent ne sont pas le fruit de l'action de diables et de vilains mais plutôt celui des contradictions sévères entre rêve et réalité.

Cette thèse est moins facile que celle qui consiste à charger des boucs émissaires. La sortie de crise est également plus difficile : comment renoncer à un rêve ?

Le rêve mondialiste  aura été que l'on puisse abaisser toutes les frontières dans la sphère économique, sans pour autant mettre en place les coopérations d'états minimales qui auraient permis de canaliser et de garantir ce processus de libéralisation quasi intégrale des échanges de biens et de capitaux. 

Pour ses promoteurs, le libéralisme débridé de l'économie  aurait du conduire presque mécaniquement à une libéralisation politique générale des peuples.  L'individu aurait transcendé les nations.  A terme, les droits naturels à voyager, à s'installer, à contracter seraient devenus universels.  Bonheur et prospérité, en même temps qu'un progrès décisif de l'humanité, auraient été au bout du chemin.


Pour cela il fallait deux conditions :


- La liberté du commerce. Elle serait mise hors de portée des états : une organisation mondiale, l'OMC, permettrait de réguler ce qui doit l'être afin d'éviter les distortions de concurrence.


- La liberté des mouvements de capitaux : compte tenu que chacun conservait sa monnaie, il importait de mettre en place un système de changes tels que les monnaies s'échangent librement. Le cours de change des monnaies serait "naturel", loin des manipulations des états.  

Les Etats ainsi mis entre parenthèse, ne s'occuperaient plus que de questions internes et en particulier de traiter des conséquences de la "globalisation" ainsi mise en place.

Ce beau rêve s'est fracassé pour une raison simple : les changes flottants de monnaies administratives ne marchent pas.  Une organisation du commerce sans état de droit réel chez certains partenaires et sans rapprochement  des politiques générales (environnement, sécurité des produits etc.) n'aboutit qu'à des distortions et des déséquilibres insupportables surtout si elles s'accompagnent de distortions monétaires.

Les Etats-Unis ont cru qu'ils seraient assez puissants pour dominer le jeu.  Ils se sont trompés.  Londres a cru qu'il lui serait possible de devenir le centre de la pulsation financière sans qu'il y ait de conséquences négatives.  Londres s'est trompé. L'Europe a suivi mollement en pensant que tout irait bien. L'Europe s'est trompée.

Le rêve n'était pas "de droite" ou "de gauche", démocrate ou républicain, travailliste ou tory.  Il aura été général dans les pays occidentaux. Il a tourné à la catastrophe.

Face à cette situation désobligeante pour les promoteurs de ces idées,  la tentation est de revenir à l'idéologie.  La révolution libérale a échoué à cause des états et de leur socialisme primaire dira-ton d'un côté. La révolution libérale a échoué à cause des marchés dérégulés diront les autres. En route pour une guerre idéologique sans intérêt. Et même dangereuse.  Rappelons que les objectifs étaient un rêve. Faut-il tuer le rêve ?

Permettre à chacun l'exercice de libertés essentielles à travers le monde est nécessaire. Ce sont les conditions de cette liberté qui posent problème.  La liberté exige un état fort, et non faible, une coopération forte des états, et non une absence totale de coopération.

La victime de la crise est d'abord l'idée d'un gouvernement par des normes  alors qu'il n'y aurait pas de norme de gouvernement.

Techniquement le maillon faible aura été, comme toujours, la monnaie.  Les changes flottants sont une erreur conceptuelle. Ils n'ont jamais marché. Ils ne marchent pas. Ils ne marcheront jamais. La monnaie n'est pas "une marchandise comme les autres".  Curieuse marchandise que ces créances sur l'économie mondiales produites par des imprimeries contrôlées par des gnômes !

Le rêve de libéralisation n'est possible que si les états tiennent la valeur externe de leur monnaie et qu'il existe une force capable de leur faire respecter leur engagement.  Monnaie et crédits sont des dimensions essentielles de la politique économique des nations. Croire qu'on pourrait passer outre est une utopie.

Nous affirmons qu'il faut conserver l'objectif tout en réformant le moyen.  Il ne peut y avoir de régulation en changes flottants où des puissances peuvent soit pratiquer le laxisme monétaire total soit le mercantislisme absolu.   Il ne peut pas y avoir de solution sans collaboration des états.  On pensait qu'on pourrait les mettre de côté, ces satanés états mais en leur laissant toutes leurs capacités de faire ce qu'ils voudraient.  Les marchés les tiendraient en respect.

Cela ne marche pas. Les états ont un rôle. Ils doivent coopérer. Ils doivent accepter des sanctions extérieures en cas de manquement.  En matière monétaire qui, dans l'espèce, est la partie défaillante, cette coopération s'appelle : changes fixes, autorités de tutelle, étalon indépendants des états.  En un mot un Bretton-Woods réellement paritaire sans monnaie pivot.  Pas de Gold exchange standard, plus de véto américain,  mais une parité organisée avec des responsabilités àassumer par chaque état.  La liberté des capitaux doit être pilotée et pas seulement confiée à des normes.

Bien sûr  il y a aura régression partielle dans les libertés totales de faire bouger ses capitaux où on veut, quand on veut.  De même que des glissières de sécurité empêchent l'automobiliste d'autoroute d'aller où il veut quand il veut. Il faudra rester dans les clous.

Et alors ? Tout vaut mieux qu'un système qui ne marche pas.

Le rêve européen est tout aussi fracassé.  Et il s'agit du même rêve. Permettre aux citoyens européens d'exercer librement toutes les libertés.

Le moyen est totalement inverse que celui choisi pour la globalisation : pour l'essentiel on met en oeuvre une monnaie unique et commune.   Les états sont privés du pouvoir monétaire confié à des gnômes rendus totalement indépendants.  La puissance des traités fixe les règles.  

Nous retrouvons notre vielle amie : la gestion par la norme sans pilotage politique.  Mais l'unicité monétaire européenne est totalement en contradiction avec la solution globale de changes flottants généralisés.  Un ilôt de fixité dans un océan de flexibilité met le chêne à merci des roseaux !

Une double  question cruciale se pose au monde  : une zone monétaire unifiée est-elle possible sans instance de pilotage et sans unification des politiques économiques et sociales ?  Est-elle possible dans un monde de liberté de capitaux avec changes flottants ?  

Les fédéralistes européens à l'origine de l'Euroland et toujours préoccupés de mettre la charrue avant les boeufs, se sont échinés à éluder la double problématique.  La réponse est venue de la première grande crise suivant l'établissement de l'Euro :  non, cela ne marche pas !

Une fois encore les idéologues ressortent leur massue. Si cela n'a pas marché c'est qu'on n'a pas été assez loin disent les fédéralistes.  Vite une véritable fédération européenne avec gouvernement fédéral etc.    Les souverainistes éructent : la ruine est là et vous voulez l'aggraver.

La question reste : comment fait-on fonctionner une monnaie unique entre pays souverains dans un système mondial de changes flottants ? Surtout lorsque l'absence de tout pilotage de l'échanges des biens, l'Europe ayant sans contrepartie renoncée au tarif extérieur commun, conduit à un sous emploi chronique et fait de l'Europe un "machin" qui sert de tampon facile entre les grands joueurs ?

Le dernier rêve est le rêve français.  Vive l'impôt, vive la dépense publique, vive la dette, vive la gratuité généralisée, vive le non travail et le temps libre ! Ole !   Et vive le politiquement correct qui fait chanter la belle chanson en coeur dans tous les médias de droite et de gauche.  La France aurait trouvé le truc : 35 heures et bientôt 32 heures de travail pour ceux qui ont du travail  ;  des charges sur le travail supérieures à tout le monde ; des règlementations toujours poussées à l'extrême ;  les sébilles partout tendues ; des "droits à" toujours plus étendus.  La politique d'énarchie compassionnelle transcende les vieux clivages droite gauche.  Le haut fonctionnaire est juste et pense au bien commun. Lui seul. Il va arbitrer la société. C'est à dire contraindre sur les recettes et lâcher systèmatiquement sur les dépenses.   

La question ici est très simple : comment maintient-on   ce rêve de Capoue  dans une Europe sans frontières et dans un monde globalisée ?  La réponse a été : en s'endettant. Nous voici au bout du chemin.  Le clientèlisme politique de Zombis sans pouvoirs sur rien puisqu'ils ont tout cédé à l'Europe ou à la globalisation  apparait pour ce qu'il est : une imposture démocratique.   Et voici qu'on explique à l'UMP comme au PS qu'il suffirait de perdre le pouvoir budgétaire   au profit de l'Europe, tout en gravant dans le marbre la vertu, pour que le clientélisme et l'achat sectoriel de votes ne puissent continuer. Pensez ! Il suffirait de "prendre l'argent aux riches". 3 ou 10%  de la population paiera. Et pour le reste ce sera le secteur financier avec la taxe sur les transactions financières.

Zeus aveugle toujours ceux qu'il veut perdre.

Le Français né malin pense qu'en ne gouvernant plus mais en ruinant ses riches et ses banques, qui le sont déjà,  il va pouvoir continuer à vivre à l'oeil !

Notons que le drame français est plus grave que le drame européen ou mondialiste.  On n'est plus dans le rêve mais dans l'illusion fatale.  Le concours de démagogie qu'aura été ce 15 septembre le débat des socialistes en vue de  leurs élections primaires montrent que les mentalités publiques ne sont pas près de changer.

Nous voici donc dans un monde ruiné financièrement  alors que s'évanouissent les trois rêves  d'une mondialisation inorganisée mais  heureuse, d'une Europe ectoplasmique mais gérée par la norme,   et d'une France surendettée et surfiscalisée, mais  gavée de gratuités et de loisirs.


La solution n'est pas d'abandonner le rêve.  Mais de comprendre que les libertés ne s'exercent que dans des cadres précis et efficaces.  La gestion par la seule norme est morte. Il faut une gestion par le pilotage.  C'est à dire des instances responsables à chacun des niveaux d'organisation nécessaires.

Le monde doit renoncer aux changes flottants. Les Etats doivent coopérer autour d'un étalon et faire especter la valeur externe de leur monnaie, l'équilibre de leurs balances commerciale, la santé de leur balance des capitaux.  Et il faut un gendarme fort pour imposer aux Etats le respect de leur engagement.

L'Europe ne peut pas être un ilôt d'unicité monétaire dans un monde de changes flottants.  Elle ne peut plus être la variable d'ajustement des combats de titans que se livrent les autres grandes puissances.   Si l'Europe ne peut pas mettre en place une structure centrale de pilotage économique  il faut abandonner l'Euro.   Et bonjour les dégats.

La France ne peut plus chanter vive l'impôt (des autres) ; mort  (fiscale)  aux riches ; travaillons moins ;  vive les gratuités !   La dette c'est fini pour un moment.  Où la France  s'aligne sur une politique auropéenne pilotée par une instance européenne,  ou elle reprend  son autonomie en cherchant à s'en sortir par le dynamisme et le courage. Quelque soit l'issue de la querelle institutionnelle  elle devra couper avec le compassionnalisme énarchien et un néo socialisme de la dépense publique  illimitée.

Ou elle sortira de l'histoire.  Et par la petite porte.  La toute petite porte.

Conserver ses rêves tout en jouant le réalisme et en abandonnant les peaux mortes d'une mutation bien intentionnée mais  ratée : tel est l'enjeu pour le monde, l'Europe et  la France.


Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

La curieuse crainte d'une monnaie mondiale

Un des aspects les plus curieux de la confusion  mentale qui s'opère sous la pression de la crise est la montée d'une forme d'éructation  hystérique contre l'idée d'une monnaie mondiale dans le petit monde altermondialiste dont on sait qu'il est contitué pour l'essentiel d'anciers communistes, cégétistes, troskistes, gauchistes, en mal de repères  et de rôle depuis la chute de l'URSS.

Une monnaie mondiale est vue dans ces groupes comme le summum de la dépossession des peuples, un tout petit clan  coopté de capitalistes devenant le maître du monde en s'arrogeant à nouveau le pouvoir monétaire et en mettant les peuples sous tutelles.  De toute façon une monde sans monnaie serait un monde meilleur basé sur le don et l'échange coopératif positif.  

Une banque centrale, c'était déjà le mal ; indépendante des politiques, c'était l'enfer anti démocratique, dont la manifestation est la BCE  Indépendante des nations. Alors une monnaie mondiale ce serait l'abomination des abominations et l'incarnation absolue de Big Brother.  

Cette critique nous interpelle puisque nous proposons de recréer un système monétaire international fondé sur des monnaies  rattachées à un étalon monétaire mondial. Chaque état aurait la responsabilité de faire en sorte que la valeur externe de sa monnaie soit stable vis à vis de l'étalon ainsi constitué.  L'organisme de régulation, en l'occurence le FMI, aurait la possibilité de créer de la monnaie internationale pour faciliter les ajustements en cas de besoin.  Il le ferait pour éviter le retour des récessions importantes liées à des crises de changes excessives et des guerres de dévaluations.

Ce que nous appelons Mondio, que Keynes appelait Bancor, que certains appellent OR tout court, a essentiellement pour but de permettre une croissance économique mondiale équilibrée et maîtrisée avec un objectif principal de plein emploi.

La croissance et le plein emploi sont  ce dont les couches laborieuses de la population ont le plus besoin soit pour échapper à la misère dans les pays du tiers monde soit pour  progresser et vivre mieux dans les pays développés.  La solution que nous proposons devrait donc être soutenue par les organismes "de gauche" si tant est que cette qualification ait encore un sens.

L'ennui vient que la gauche extrême est maintenant non seulement contre les riches mais aussi contre la richesse, donc contre la croissance et partiellement contre le travail vu comme avilissant et pénible.  L'écologisme pétainiste déprimant des années 40-44  a été récupéré par la gauche écolo.

Les objectifs du CNR (conseil national de la résistance de 1945)  : plein emploi, création de richesses, dynamisme industriel, croissance, productivité,  plus grand bien être pour tous, sont ignorés alors même que dans ces milieux on croit à une mystique du CNR dont le message aurait été bafoué.

La contradiction est énorme et rédhibitoire.  

La question est importante. Quelles sont les finalités de l'économie ? Quels sont les objectifs qu'on assigne à la nation ?  Quel est le sens d'un coopération internationale ? L'économie est toujours politique en ce sens qu'il s'agit d'un moyen pour une fin. La question des fins est cruciale.

Nous mêmes au Cercle des économistes, nous pensons que les objectifs de croissance, d'augmentation du bien être général, de la socialisation réussie par le plein emploi, de la pacification du monde par les échanges  sont fondamentaux.  Il n'y a pas de décroissance heureuse ni de repli sur soi exaltant.

L'organisation monétaire doit être un moyen de cette fin et on voit bien que seule la coopération internationale rationelle permettra d'y arriver.  Cela passe par la suppression du rôle du dollar comme monnaie de réserve et par la suppression des changes qui flottent sans que personne n'en soit responsable.

La responsabilitsation des Etats dans un cadre coopératif est la seule solution aux difficultés du monde actuel.  Un étalon monétaire mondial et une régulation autour de cet instrument sont la condition du plein emploi et de la croissance.   La gauche devait se mobiliser sur cette solution si elle tient encore au bien être des couches populaires et au développement des pays pauvres.  La droite aussi d'ailleurs, qui est censée tenir  au succès des entreprises privées et à la garantie de l'épargne.

Les deux regardent ailleurs.  Par ignorance.  Par paresse.

Du coup l'élection présidentielle française dont la campagne commence perd tout sens.  Ni le pourquoi ni le comment d'une politique d'avenir ne sont évoqués. Des questions économiques aussi cruciales que le système monétaire international sont évacuées pour excessive technicité et ennui général. La communication a remplacé la réflexion.  

On se souvient que lors des deux dernières élections muncipales à Paris jamais les questions cruciale du rôle, de la vocation et de l'avenir de la capitale n'avaient  été évoquées.  Une capitale : pourquoi faire ? Pour aller où ? Et pour y aller comment ?  C'était de bonnes questions qui sont restées au frigo.  On se retrouve avec une ville sale jusqu'au dégoûtant, où le coût de possession d'un local a quadruplé, où le patrimoine de qualité est désormais  largement en possession de  l'étranger,  et dont la vocation économique et sociale est incertaine.  

On se souvient que lors des dernières élections européennes tout sauf l'avenir de l'Europe, l'examen de ses objectifs communs,  les faiblesses de ses institutions vis à vis de ces objectifs,  avait fait l'objet de la morne campagne électorale, centrées sur des querelles de personnes nationales ("donner une leçon à Naboléon" !).

Nous voici devant une échéance où le même phénomène va se produire. Et où gauche et droite, dans leurs extrêmes ne mènent à rien et dans leur partie "gouvernementale" ne pensent à rien.

L'exécration à  gauche de solutions qui vont pourtant dans le sens de ce qu'on pourrait iméginé que sont leurs objectifs sociaux,  l'agnosie morose tournant à l'aphasie  à droite  aussi bien sur les buts que sur les moyens,  conduisent à une campagne sans intérêt qui débouchera sur des politiques à l'envers.

Dans le monde tel qu'il est est il faut pourtant aux nations des objectifs et une bonne compréhension des moyens.  Cela passe nécessairement par une certaine technicité. Et des  compétences. Pas seulement des postures et de la jactance. Surtout quand la jactance devient incompatible avec la posture.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

BDI-SP500 : le grand écart s'achève


Nous avions signalé dans plusieurs articles précédents l'écart croissant entre l'évolution de l'indice BDI et l'indice SP500.  Cet écart était surprenant car jamais il n'avait atteint une telle ampleur. Les deux indices se croisent et se recroisent depuis des lustres. Jamais ils ne s'étaient éloignés loin de l'autre à ce point.

Il y a deux explications possibles :

- La première voudrait que l'indice BDI ait perdu de sa pertinence pour signaler l'état du commerce mondial. La construction navale a été tellement active qu'elle a pris le caractère d'une bulle. Les tarifs de frêt en auraient été durablement déprimés.  Les difficultés de certains armateurs chinois, qui ont clairement surinvesti, seraient le témoignage de ces excès.  Le BDI n'étant plus corrélé à l'activité ne pouvait plus donner d'indication notamment pour la gestion boursière.

- La seconde serait plutôt de constater que les cours de bourse avaient flambé du fait  des politiques de "quantitative easing", sans rapport avec l'activité économique de fond.  Il fallait en déduire que le niveau des cours ne serait pas maintenable et qu'un jour ou l'autre une correction aurait lieu.  L'ennui c'est que la correction s'est faite attentdre longtemps. Mais elle prend ces derniers jours l'allure d'une déroute.

Le croisement des courbes est là. Mieux encore, l'indice BDI repart à la hausse certes faible mais à la hausse ce que corrobore des chiffres de croissance assez forts dans pas mal de secteurs commerciaux.  Obsédé par les évaluations de PIB dont nous avons déjà dit qu'elles étaient les pire indicateurs de conjoncture,  l'observation économique officielle aurait raté le fait que 2011 aurait plutôt été une année de commerce international plutôt poussif, les améliorations constatées étant plutôt le fruit des bricolages  étatiques que du mpouvement de fond des économies. Elle raterait le fait qu'il se reprend maintenant, ce qui serait une excellente chose.

Naturellement les évolutions nouvelles du BDI  étant faibles et naissantes il est très difficile de savoir s'il s'agit d'autre chose qu'un feu de paille qui sera vite éteint par les crises monétaires, budgétaires et financières qui s'enchaînent.

Pour notre part nous pensons que si les réformes structurelles nécessaires avaient été faites, nous serions à l'heure actuelle en phase de reprise importante de l'activité mondiale et à la veille d'une croissance par l'export plutôt soutenue.  Les facteurs de croissance sous jacents sont toujours là.  La croissance potentielle est trahie et corsetée par les désordres des politiques économiques et l'absence de réforme structurelle du système monétaire international. Mais elle est là.

Il n'est pas du tout exclu qu'on assite à une remontée parallèle du BDI et des indices boursiers dans les douze mois qui viennent si un accident  monétaire ou budgétaire ne vient pas tout gâcher, comme d'habitude. 

Si on entre en dépression en 2012 cela sera uniquement la faute de politiques économiques absurdes qui conduisent à maintenir des structures monétaires et financières  qui ne fonctionnent pas bien et qui conduisent à tuer tout espoir de reprise par la surimposition et la déflation.  Comme en 1929 on aura une dépression provoquée par la politique  et non  par l'économie.



Titriser les dettes européennes

On pourrait titriser la dette des banques européennes vis à vis des Etats.  On sait que globalement on dispose d'un flux de recettes  continues  faciles à prévoir. Chaque banque pourrait alors créer un Special Investment  Véhicule,  qui émettrait des titres négociables replacés dans le grand public mondial notament dans les sicav monétaire qui seraient ainsi un peu dopées. On profiterait ainsi des différences entre taux longs et courts.     

En mélangeant dettes grecques et allemandes on pourait imaginer que les agences de notation donnerait un triple A aux nouvelles obligations ainsi crées, sur la base d'un pet d'hirondelle dans un gros tas de purin de cheval.  Leur gentillesse vaudrait à ces institutions un crédit qu'elles ont perdu.Les banques qui auraient vendues leurs créances au titrisateur pourraient augmenter très facilement leurs capitaux propres et retrouver une capacité de prêts à l'économie réelle, importante en ces temps de "double dip".  Elles poruraient même financer les états en difficultés.

On pourrait appeler les obligations de ces SIV des  "Eurobonds" . La technicité ainsi que le sens de l'histoire européenne y trouveraient leur compte.  Ce sont les riches qui souscriraient, pas les pauvres.  On ne parlerait plus d'impôts.  Si le shadow market veut s'attaquer à ces titres, il serait toujours possible de demander à la BCE d'assurer leur liquidité.  C'est  astucieux de financer des instruments complexes avec une  planche à billets toute simple.  

L'Euro ne serait plus sous menace d'explosion. Les marchés seraient rassasiés et rassurées.


Et où serait l'inconvénient ? On se le demande bien.


Bien sûr les esprits malins pourraient appeler cela des "eurostatessubprimes". Laissons les dire !

Karl Peiper

L'article d'Henri Guaino dans le Monde du 9 septembre 2011

Alors que les bourses rechutent vers leur plus bas, que l'Euro est menacé, que les banques françaises sont fuies par  les investisseurs pour cause  d'excès de prêts à des états fragiles,  que les échanges internationaux se tassent, que les projets sont partout révisés à la baisse, que les acteurs anticipent que la chute boursière va avoir à peu près les mêmes effets que la faillite de Lehman Brothers,  que la Grèce ne parait plus capable du moindre effort sérieux, que la Chine hoquète de plus en plus, que la Suisse prend des mesures extrêmes pour faire chuter le franc suisse,  que les Etats-Unis sont au bord du "double-dip", il est intéressant de prendre connaissance de ce que Monsieur Henri Guaino principal conseiller de la Président de la République Française a à nous dire.

Première remarque le journal ne pose pas la seule vraie question qui vaille actuellement : pourquoi  la sortie de récession n'a-t-elle pas eu lieu ? Nous sommes quatre ans après le blocage du marché interbancaire international et l'effondrement des subprimes. Des plans ont été définis et mis en oeuvre. Ils n'ont pas marché. Pourquoi ?

On se rappelle que M. Guaino avait déclaré dans l'interview qu'il avait donnée au Figaro le 25 janvier 2009 et  que nous avions commenté sur ce blog  (http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/1/26/Des-dirigeants-et-des-conseillers-dpasss--Henri-Guaino)   «  L’histoire n’est pas écrite d’avance et la mondialisation prépare peut-être une sortie de crise inédite. »

Pas de chance c'est une "non sortie inédite" qu'elle a préparée et réussie.

Allons les journalistes ne posent décidemment jamais les bonnes questions !  Voyons tout de même si les réponses aux questions posées par le journal montrent une évolution.  

1. Un plan de rigueur  peut-il tenir lieu de projet pour 2012 ?

Réponse : Il faut avoir conscience que la crise est mondiale et frappe plus les pays fragilisés.

Traduction : La France est fragilisée par 46 ans de déficits publics continuels. Nous sommes sous la menace des marchés. Nous n'avons plus d'autonomie  pour établir un projet.

Commentaire : C'est vrai que la France s'est fragilisée par des déficits constants qui avec la récession ont pris des ampleurs effarantes (voir les déficits de la SS annoncés par la Cour des Comptes ce jour même ; notons que l'info est donnée par un organisme de contrôle et non par le gouvernement ou les instituts de statistiques, ce qui est très anormal).   On ne voit pas cependant ce qui empêcherait de donner une perspective aux Français. Cela passe par l'énonciation d'une explication de la crise et de l'échec des politiques menées   et une annonce très ciblée sur ce qu'il faut désormais faire pour qu'on s'en sorte.

Le Président ne s'étant jamais exprimé sur ces sujets cruciaux, la première chose qu'il a à faire est de s'y coller. Peut être que son conseiller va nous dire ....

2. N'est-ce pas d'abord une crise de la dette publique ?

Réponse : C'est une crise de l'endettement privé et public dans tous les pays développés.  La cause : dumpings, distorsions de concurrence, dérèglementation.  le corollaire de cette ouverture sans règles a été la mondialisation financière.  Le système financier a recyclé les excédents des pays émergents  et fabriqué des montagnes de dettes.

Commentaire :  C'est bien dès le départ une crise globale de l'endettement  des pays développés, entreprises, banques, particuliers et états. Nous n'avons cessé de l'écrire.  Ce n'était donc pas une crise des subprimes, comme on l'a répété pendant deux ans.  Ce n'était donc pas une crise "américaine".  

Nous sommes d'accord la dessus : la mondialisation a bien été  conçue depuis 40 ans (et non 30 ans) sur la base de principes d'organisation intenables.

Ce n'est pas tant le dumping et les distorsions de concurrence commerciale qui ont créé des difficultés que le dumping monétaire et les distorsions permises par le système  des changes flottants.  Il serait important que M. Guaino le précise bien.  Dumping et distorsions de concurrence commerciale n'ont pas d'effets globaux sur le niveau général d'endettement des économies si le système des changes est correct.  D'autre part on parle des excédents Chinois, Allemands et Japonais. Laissons les pays sous développés à leurs difficultés propres sans leur imputer la crise, svp !

M. Guaino poursuit : "la crise de 2008 a été la prise de conscience qu'une partie de cette pyramide de dettes n'était pas remboursable. Les états ont pris le relais".  

 Nous dirions : "La crise de 2007 a été le premier symptome de l'effondrement de la pyramide de dettes globales permises par les défauts du système monétaire international . Les Etats ont récupéré les dettes des banques pour sauver le système bancaire . Mais ils n'ont rien fait pour mettre fin aux causes.  Les dettes se sont creusées et faute de réformes ciblées il n'y a aucune perspective ce qui affole tout le monde et explique que la crise traîne en longueur voire s'aggrave".

 M. Guaino , soyez plus précis : démonter le mécanisme de la création de la pyramide de dettes. Là est le noeud du problème.  Et concentrez vous sur le système de monnaies administratives gérées par des banques centrales indépendantes dont la mission est de maintenir la valeur interne de la monnaie alors que la valeur externe est établie sur des marchés libres.  Si vous êtes précis et pertinent sur ce sujet vous aurez même les éléments de politique à mener !

Pour vous aider vous pouvez lire, cher  M. Guaino,  l'article suivant sur ce blog : http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2010/7/12/Comment-des-conomies-mondiales-majeures-peuventelles-sendetter-au-del-de-300-du-PIB-

Je tiens à vous rappeler que nous vous avons envoyé ce texte personellement dès qu'il a été écrit (ainsi qu'aux principales rédactions de la PQN).

Et pour comprendre pourquoi les politiques suivies n'ont pas eu d'effet vous pouvez lire toujours sur ce blog l'article suivant :

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/1/7/Le-faux-prcdent-de-1929-ou-comment-gagner-la-guerre-davant-et-perdre-la-guerre-en-cours

3. Faut-il désendetter ?

Réponse : oui mais en évitant d'entrer dans la dépression !

Commentaire : certes !  Mais il faut aussi réformer les systèmes qui ont provoqué la crise et notamment le gonflement de la dette. Et là...

4. L'Europe est en crise sauf l'Allemagne.

Réponse : l'Allemagne se prépare à une crise encore plus grande liée à sa dénatalité. Pas de leçon à recevoir.

Commentaire : l'Allemagne a fait de bonnes réformes de structure que la France devrait imiter (TVA sociale, modération des dépenses publiques, des salaires etc.). Mais elle poursuit une politique mercantiliste qui n'est pas seulement liée aux perspectives de la  démographie et qui est dangereuse à terme et inapplicable par la zone euro dans son ensemble.

Réponse trop hâtive.

5. Le plan de 12 miliards d'économie est-il dangereux.

Réponse : c'est un plan d'ajustement et non de rigueur.

Commentaire : LOL.

6. Ne faut-il pas réduire la dépense publique ?

Réponse : Le problème n'est pas de couper  les dépenses de réparation du tissu social mais de recoudre le tissu social et de retrouver le plein emploi.

Commentaire : la RGPP était une blague.  Et si vous ne vous saisissez pas d'une hache pour couper drastiquement dans certains budgets vous courrez toujours après la dette et les déficits.

Un des points qu'on peut reprocher à N. Sarkozy est justement d'avoir été plus que mou dans la chasse à la dépense publique malgré quelques réalisations intéressantes.

7. Votre projet pour 2012 : le travail. Comment baisser son coût : par la TVA sociale ou la taxe carbone ?


Commentaire : le plein emploi est le premier objectif national. Il passe par une réforme du système monétaire international et la mise en place de niveaux de changes qui permettent d'équilibrer les échanges  et faire en sorte que du travail s'échange contre du travail.   Parler de travail dans le système de change actuel n'a exactement aucun sens.  Et la fiscalité n'est pas le principal levier.

8. Etes vous sensible au débat sur la mondialisation

Réponse : le contrat social ne doit pas être asservi à la liberté du commerce.

Commentaire : ce n'est pas la liberté du commerce qui est en cause mais un système monétaire international qui ne fonctionne pas et qui empêche la sortie de crise après l'avoir provoquée.

9. Pourquoi Nicolas Sarkozy n'a-t-il pas pris le temps d'expliquer la crise aux Français

Réponse :  Il le fera !

Commentaire : quatre ans de retard déjà ! Mais quelle bonne question !

Didier Dufau  pour le Cercle des économistes e-toile



Un article remarquable de Ph. Simonnot

Nous allons faire ici une chose que nous ne faisons jamais : recopîer honteusement un article entier qui nous parait excellent en espérant que son auteur nous pardonnera. 

Il est vrai que nous répétons que les medias ne font pas leur travail et ne laisse pas passer de lueurs sur les vrais problèmes économiques qui se posent. Cet article est la preuve que l'exception peut confirmer la règle.

Naturellement on peut contester que l'étalon or soit la seule solution. On sait que nous sommes plus ouverts à des variantes d'organisation moins sommaires.  Mais en centrant la crise sur sa cause principale c'est à dire les dérèglements devenus incontrolables d'un système monétaire défectueux, on va au fond des choses.

"La règle d'or, ersatz d'étalon-or
par Philippe Simonnot, directeur de l’atelier de l’économie contemporaine


Les petits génies du marketing politique qui ont lancé l'expression "règle d'or" ont fourni aux princes qui nous gouvernent une occasion supplémentaire de montrer à quel degré d'impudence ils sont capables d'accéder. En dernier recours, le dos au mur, menacés d'une dégradation de la note de la dette publique sur les marchés, nos gouvernements essaient de vendre au bon peuple ainsi qu'aux méchants marchés quelque chose qui brille dans la nuit de cette crise interminable, quelque chose d'inaltérable comme l'or qu'on essaye de faire revenir dans le système au moins sur le plan symbolique – bref un ersatz papier d'étalon-or.

Le plus cynique, dans cette imposture de Nicolas Sarkozy, qui a déjà fait plusieurs émules en Europe, est que le général de Gaulle, dans sa célèbre conférence de presse du 4 février 1965, après avoir célébré les vertus monétaires de l'or, "tenu, éternellement et universellement, comme la valeur inaltérable et fiduciaire par excellence", avait lui aussi employé le vocable galvaudé aujourd'hui par son lointain successeur. "La loi suprême, la règle d'or – c'est bien le cas de le dire – qu'il faut remettre en vigueur et en honneur dans les relations économiques internationales, avait-il déclaré, c'est l'obligation d'équilibrer, d'une zone monétaire à l'autre, par rentrées et sorties effectives de métal précieux, la balance des paiements résultant de leurs échanges." Ces quelques mots suffisent cependant à montrer la distance, pour ne pas dire l'abîme qui sépare le pseudo-étalon-or, que l'on cherche à nous vendre, de l'étalon-or authentique qui, lui, règle non seulement les budgets des Etats mais aussi leur balance des paiements.
La "règle d'or", telle qu'on ose nous la proposer, est une promesse sur le papier d'équilibrer le budget de l'Etat (on ne dit rien des collectivités locales dont beaucoup sont proches de la faillite). Promesse d'ivrognes ! Songeons au Pacte de stabilité européen de 1997 trompeté avec quelle solennité ; il avait acquis une valeur normative par deux règlements du Conseil de l'Union européenne la même année. Cela ne l'a pas empêché d'être violé quelques années plus tard par ses signataires les plus "honorables", au premier rang desquels l'Allemagne qui fait figure aujourd'hui de pays vertueux, et la France dont l'Etat s'est montré incapable d'équilibrer son budget depuis 37 ans. Que le papier sur lequel sera couchée la règle d'or soit constitutionnel ne change pas grand-chose. On sait sa valeur d'un tel papier dans un pays comme le nôtre.
Supposons même que cette règle d'or soit vraiment, par miracle, respectée quelques années ; elle ne règlerait qu'une partie du problème. Car la crise actuelle ne vient pas seulement des manquements des Etats aux règles de l'équilibre budgétaire. Ces manquements ont été appelés à cors et à cris par tous ceux qui nous serinent depuis le début de cette crise – trois ans déjà - qu'on a fait mieux qu'en 1929 grâce à plus d'Etat. Keynes, le grand retour ! clamaient-ils. Ils ne voyaient pas, ils ne voient pas, et ils ne veulent pas voir que la crise est d'abord d'origine monétaire, qu'elle est l'ultime accès d'une fièvre qui s'est emparée du système capitaliste depuis qu'a été fermée la fenêtre d'or le 15 août 1971 par Richard Nixon, alors président des Etats-Unis. Ce jour-là, on le sait, le dernier lien qui existait entre le métal jaune et une monnaie (et pas n'importe laquelle puisqu'il s'agissait du dollar) a été rompu. Depuis, le système de réserve fédérale, libéré des contraintes de la convertibilité métallique, n'en a fait qu'à sa tête, générant un "aléa moral" qui pousse les banquiers du monde entier, et donc aussi leurs clients, à prendre des risques bien supérieurs à ceux qui auraient été pris dans un système régulé – non pas symboliquement, non pas sur le papier, mais réellement – par l'or-étalon.


La solution existe, elle est simple, pratique, à portée de main. Le seul problème – et il est politiquement de taille - est que les privilégiés du système actuel, gouvernants, banquiers et autres ubuesques "phynanciers" proches du pouvoir de création monétaire, leurs profits abusivement gonflés par cette proximité, feront tout pour ne pas l'adopter.


Dernier ouvrage publié : Delenda America, éditions Baudelaire, 2011."

"L'échéance" de François de Closets

François de Closets s'est fait une spécialité de livres sérieux, consciencieux  et honnêtes sur des sujets de société fondamentaux qui marquent des évolutions majeures et potentiellement dangereuses pour les Français.

On ne pouvait échapper à un livre sur "la crise".  "L'échéance" est là qui est un livre sérieux, consciencieux et honnête. Il passe en revue tous les évènements économiques qui nous assaillent en remontant suffisamment loin pour ne pas commettre une analyse sans racines et en couvrant la plupart des domaines qui "font problème" : dettes, Euro, produits financiers complexes, dérégulation, finance incontrôlée etc.   A ce titre il permettra au lecteur de se remettre en mémoire bien des faits qui doivent être connus pour comprendre la situation actuelle.

La difficulté, c'est que le livre reprend toutes les banalités qui sont généralement exposées pour expliquer la crise.  L'auteur n'est pas économiste.  Il ne peut pas creuser. Alors il répète souvent les phrases creuses et parfois vides de sens qui trainent dans tous les commentaires qu'on entend dans les médias audiovisuels ou qu'on lit dans la presse.   Alors on retrouve ces idées courantes qu'il y a une bonne et une mauvaise monnaie, une bonne et une mauvaise dette, une bonne et une mauvaise finance,  une bonne et une mauvaise protection sociale, un bon et un mauvais protectionnisme,  de bons impôts "pour les riches" et de mauvaises charges sociales excessives, les mauvais Islandais et les bons Canadiens, etc.

Jamais on ne retrouve la moindre précision analytique qui permettrait réellement de comprendre et de maîtriser les phénomènes.

La dérive budgétaire depuis 1974 n'est pas réellement comprise.  On voit bien que la pression des prélèvements passe de 34% à 43% du PIB.  Que la droite et la gauche se partage également la dérive.  Qu'on est arrivé à un sommet insurpassable sauf à s'enfoncer dans l'asphyxie définitive.  Mais pourquoi est-on parti sur ce chemin sans issue ?  Et pas seulement la France ? Là,  silence ! L'explication par la démagogie politique est un peu courte.   

L'auteur  rate les conséquences du changement systèmique qui s'est produit à partir de 71.  Il voit bien que la crise de 73-74 est la première grave crise depuis la guerre, mais il ne comprend pas pourquoi elle survient. De même qu'il ne fera aucun lien entre les différentes crises décennales.

L'absence de toute prise de conscience du cycle et de l'aggravation progressive des phases majeures de récession  (1974, 1993, 2009) ne lui permet pas de formuler une explication, encore moins une explication convaincante.

De même, il n'a pas compris qu'on est entré depuis 71 dans un système monétaire international qui n'a exactement aucun rapport avec le précédent et qui rend caduques bien des politiques. L'échec particulièrement démonstratif  de la relance keynésienne de J. Chirac en 74-75 n'est pas compris.  A partir de là comment comprendre l'échec de la relance keynésienne globale de 2009 !

Nous prétendons sur ce site que sans compréhension du cycle décennal et sans analyse de la situation nouvelle que représente un système monétaire mondial basé sur des monnaies administratives gérées par des banques centrales plus ou moins indépendantes  et s'échangeant librement sur des marchés de devises,  il est strictement impossible  d'analyser correctement  ce qui se passe depuis quarante ans en matière économique.

Nous le vérifions une fois de plus.  Pour François de Closets les difficultés ne viennent pas de défauts systèmiques mais du comportement des acteurs.  La "crise" est toujours la faute à "Jules", le vilain polymorphe et polyvalent.  Voici le trader cupide, la banque dévoyée, les mathématiciens fous, les agences de notation sous influence, les règles comptables  foireuses, les ordinateurs déréglés,  les politiciens hagards et démagogues, le populo inconscient qui vote pour eux, etc.

La nature humaine semble soudain s'être  aggravée spontanément dans des proportions jamais vues.

Parfois l'auteur frôle la vérité. Il détecte bien que c'est après 1971, la rupture de tout lien entre le dollar et l'or et  la flottaison des monnaies,  que les banques commencent à spéculer sur les marchés et que les produits complexes apparaissent.  Mais il n'en tire pas parti.  Oui les techniques de hedging et les moyens de spéculation sophistiqués sont bien nés et se sont généralisés à partir du moment où les devises sont devenues flottantes.  Et alors ? On fait quoi ? On abandonne la flottaison ? Silence absolu de l'auteur.

Du coup le livre manque totalement d'idées pour éviter que les désordres ne se poursuivent et pour en sortir.  On retombe dans les mille et uns conseils moraux qui embuent les médias sans donner prise sur la réalité. Oh oui il faudrait être raisonnable, gentil et tout quand on est banquier.  Oh oui il faudrait éviter d'être démagogue quand on fait carrière politique.  Oh oui !

Les explications "comportementales" finissent toujours par un prêchi-prêcha sur les beautés à venir du comportement des acteurs politiques et économiques.

Donc sur rien.

Non pas que la vertu ne soit pas importante. Mais les exhortations de ce type ont un caractère plus religieux  qu'autre chose. Pourquoi ne pas tuer quelques milliers de moutons, quelques centaines de boeufs  et quelques dizaines de vierges en sacrifice aux Dieux pendant qu'on y est, pour expier le pêché originel  et parer aux conséquences ?

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Qui crée et détruit la monnaie ?

La mécanique de le création monétaire est compliquée et source de beaucoup d'erreurs.  La monnaie est un des "trous noirs" de l'enseignement de l'économie et beaucoup de manuels sont d'une nullité crasse sur la question et diffusent de nombreuses d'erreurs souvent absolument ahurissantes.   C'est vrai en France mais aussi à travers le monde.  On peut relever le caractère paradoxal de cette situation puisque la science économique commence pratiquement avec des ouvrages sur la monnaie et la politique monétaire des rois ! 

Penchons nous donc une fois de plus sur la question cruciale : qui crée de la monnaie (et en détruit) et quelles sont les conséquences dans l'interprétation des phénomènes économiques actuels.

Comme nous sommes aujourd'hui dans un cadre où la monnaie est gérée de façon administrative  par des organismes ad hoc, en particulier  la BCE pour l'Europe ou la FED pour les Etats-Unis, avec un marché libre des devises,  les conditions de la création monétaire sont différentes des périodes précédentes où la monnaie était basée sur une certaine valeur d'or ou d'argent.

L'erreur principale est de croire qu'une banque individuelle  peut, à son gré, créer de la monnaie ex nihilo.  Si c'était vrai, aucune banque ne serait jamais en faillite : elle pourrait en permanence créer la liquidité dont elle a besoin.  On voit bien que ce n'est pas le cas.  En cas de difficultés elle doit être renflouée soit pas les Etats soit par la banque centrale qui émet la liquidité ultime.  Tout banquier sait que son principal problème est de se refinancer. Il le fait soit par les dépôts qui'il reçoit soit par l'emprunt soit par l'augmentation de capital.  

Un erreur comparable est de croire que le système bancaire dans son ensemble peut, ex nihilo, créer de la monnaie et enfler son bilan ad libitum.

En fait le système bancaire amplifie une augmentation de la liquidité primaire par le double mécanisme de l'effet multiplicateur et des réserves fractionnaires.

L'expression "la banque ne crée pas de monnaie" est fausse. Mais c'est une simplification d'une autre phrase qui elle est juste : "la banque et le système bancaire ne peuvent pas créer de la monnaie ex nihilo".  Inversement, le remboursement des dettes conduit à une réduction de la monnaie en circulation  et la perte de confiance dans la monnaie  de crédit des banques entraîne la volonté des détenteurs de la convertir en monnaie primaire ou dans un actif considéré comme moins vulnérable. "Crédit crunch" et panique bancaire  ont aussi des éffets cumulatifs mais en sens inverse de la création de monnaie primaire.  Pour sauver les dépôts et l'activité économique on voit alors les états creuser leurs déficits et activer leur création de monnaie banque centrale.   

Ces notions sont importantes pour comprendre comment les pays développés ont pu faire gonfler l'endettement global à la hauteur de plusieurs fois leur PIB, une situation intenable dont on voit aujourd'hui les effets, et comprendre les mécanismes de la crise d'ajustement qui suit généralement les période d'euphorie monétaire incontrôlée.

 Affirmer : "ce sont les banques à cause des traders fous et des dirigeants cupides, pilotant des agences de notation aux ordres et dans le cadre de règles comptables autogérées et donc inadéquates,  qui sont la cause de tout"  n'a pas de sens.  Sans augmenttion de la liquidité primaire elles n'auraient rien pu faire. 

Les "banksters" sont des produits dérivés !

Qui a donc augmenté la liquidité primaire à des niveaux intenables et par quels mécanismes cette création s'est elle propagée ? Ce sont les deux questions clés.  On sait que  la FED  en est le principal responsable du fait que le dollar est la monnaie mondiale de facto, le système s'étant emballée par la mécanique de la double pyramide de création de monnaie et de dettes  décrite par J. Rueff.  Les déficits américains  émettaient de la monnaie primaire vers l'extérieur qui était immédiatement replacée  par les récipiendaires dans le système américain où elle servait par amplification bancaire à créer à nouveau de la monnaie et de la dette, des déficits, de l'expansion extérieure de la monnaie et de la dette etc.

C'est cette spirale qu'il faut bien comprendre.  Si on a fait cet effort alors l'explication de la crise et de sa gravité vient immédiatement à l'esprit et surtout on comprend les mesures à prendre : empêcher ce mécanisme de perdurer. On ne peut le faire qu'en réformant le système monétaire international :  définition d'une monnaie internationale de référence qui ne peut pas être augmentée ad libitum par un état spécifique ; changes fixes mais ajustables avec régulation par une instance de contrôle puissante ; états responsables de la valeur externe de leur monnaie et du contrôle de leurs balances extérieures.

La création de monnaie primaire n'est  pas en Europe entièrement pilotée par la BCE : les mouvements de capitaux internationaux en monnaie de valeur aléatoire ont eu un rôle crucial comme déclencheur des phénomènes d'amplification bancaire.   L'alea propre aux changes flottants explique la complexification des mécanismes de prêts et des produits financiers échangés, loin des yeux (et du cerveau) des régulateurs et des  banques centrales.

L'erreur actuelle est de ne pas prendre la mesure de la faillite du système  qui veut que des banques centrales "indépendantes" produisent de la monnaie administrative librement échangeable sur des marchés flottants , sans que les états n'aient d'autres préoccupation que leur intérêt national (benign neglect aux Etats unis ou mercantilisme chinois par exemple).

On a cru qu'il suffisait d'encadrer les banques  plus strictement, changer les règles comptables, revoir la rémunération des traders, mettre la préssion sur les agences de notation, revoir les formes des contrats de prêts,  augmenter encore les conditions de capital, pour sortir de la crise. On voit que cela n'a rien donné. 

Ce n'est pas l'ampli qu'il faut régler mais la source primaire.

Là rien n'a été fait, faute d'accord entre puissances aux intérêts apparents divergents, mais aussi faute d'un cadre conceptuel solide et partagé.  Cette défaillance intellectuelle des économistes officiels est  cruciale.  Sans elle la défaillance politique des états n'aurait pas été aussi durable et tant qu'elle dure il n'y aura pas de solution convenable.

Les conditions de la création et de la destruction de la monnaie sont critiques aussi bien pour comprendre les causes de la crise que les condtions de sortie de la crise.  Les aspects monétaires sont absolument centraux.    Dans un cadre d'échanges financiers libres et dérégulés à travers le monde,  c'est bien le système monétaire global qui est problématique.

Les banques collectivement, à partir d'une impulsion interne par création de monnaie banque centrale ou externe à partir d'un excédent de devises, créent de la monnaie et ont le pouvoir d'en détruire.   

Mais une banque individuelle ne peut pas ex nihilo ni créer de la monnaie ni en détruire.  Elle travaille toujours à partir d'une trésorerie alimentée soit par les dépôts, soit par des emprunts, soit par du capital.

"Ex nihilo" est le terme critique.

Didier Dufau pour le Cercle des économsites e-toile.



Jacques Julliard et "la fin du système"

Fleurissent un peu partout les analyses sur "la fin d'un système". Jamais le mot système n'aura connu un tel succès que pour prévoir sa fin.  La difficulté : système est un mot valise qui ne veut rien dire.  Son emploi répété marque une impuissance : impuissance à comprendre ; impuissance à envisager la suite.

Nous avons choisi ici d'analyser l'éditorial de Jacques Juilliard  dans le Marianne du 13 Août 2011 : "C'est le système qui est à bout de souffle". Pourquoi lui et pas un autre parmi la dizaine qui ont commis des articles  du même tonneau ?  Sans doute parce qu'il symbolise une certaine idée de la gauche chrétienne socialisante et européenne mais pas gauchisante qui a accompagné si longtemps l'air du temps médiatique en France.  

Première assertion :  les pays riches ne cessent d'emprunter aux pauvres. 

En vérité les Etats-Unis ont émis de la dette pendant des décennies, dette  qui s'est retrouvée dans tous les pays en excédent de balance des paiements.   Ce fut le cas d'abord de l'Allemagne, puis du Japon, puis aujourd'hui de la Chine.  Si la Chine accumule tant de dettes du trésor américain c'est du fait de sa volonté mercantiliste.  Ce n'est donc pas une affaire Nord contre SUD, riches contre pauvres, mais une question de système monétaire international.

Le dollar doit-il rester la monnaie internationale par excellence avec des privilèges extravagants ?  Les pays mercantilistes doivent-ils continuer à mener leur politique dangereuse ?   Evidemment notre auteur évite d'aborder ces deux questions qui sont les seules pertinentes dans l'affaire.

Seconde assertion : l'autonomisation du système financier a rendu impuissant les états.

Où a-t-on vu que la finance était "autonome".  Les états ont mis en place une organisation monétaire internationale basée sur l'idée que des organes spécialisés, créeraient de la monnaie administrative  dont la valeur externe apparaîtrait par le jeu du marché des devises.  Ils l'ont fait selon un plan doctrinal minimal mais assumé.  Les institutions financières se sont coulées dans ce moule. 

Rappelons qu'aucune banque n'a le pouvoir de créer de la monnaie à elle seule, ex nihilo.  Les changes flottants de monnaies administratives  sont ils une bonne solution ? Nous affirmons que non et que là se trouve la source de la suite de crises de plus en plus graves que nous traversons depuis 1971.Nous sommes convaincus qu'il faut renoncer à ce système là pour sortir de la crise actuelle.

L'ennui c'est que J. Julliard ne dit rien de tel. Le plus probable est qu'il n'a pas la moindre lueur sur ces questions.

Il porte une accusation globale qui n'a pas de sens pratique, là où il faudrait entrer dans les détails.

Troisième assertion : le système capitaliste est devenu incapable de fonctionner.

Une fois encore, est-ce le "capitalisme" ou une forme d'organisation particulière, récente, incertaine techniquement et mise en oeuvre par défaut,  qui a cessé de fonctionner ?

De même que nous avons repris l'ami Sorman qui commettait l'erreur inverse en défendant globalement le capitalisme sans reprérer les points d'organisation  défectueux, nous sommes amenés à faire la critique symétrique à J. Julliard : ce n'est pas "le capitalisme" qui est en cause mais un de ses sous-systèmes : le système monétaire international.

Quatrième assertion : Il n'y a pas d'issue "pour le moment".

Quand on ne comprend rien, on ne sait pas trouver de solution. Une critique détaillée du système monétaire international défaillant conduit à un plan d'action.  Une critique globale indifférenciée est la voie de l'impuissance.   Et Julliard  la voix de l'impuissance grincheuse.

Cinquième assertion : Ne comptons pas sur les économistes  oracles qui défilent à la télévision  pour nous proposer des issues.


Evidemment puisqu'il n'y a pas d'issue !


N'ayant rien compris et n'ayant rien voulu apprendre, comme la totalité des responsables des rédactions en France, qui vivent dans un univers purement idéologico-politique,  notre auteur reprend une antienne bien connue : les économistes "ont autant de crédibilité que les météorologues... La prétention de l'économie à devenir une science prédictive  est pour le moment un échec complet".


Haro sur l'économiste. A gauche de toute façon un économiste est un suppôt du capitalisme qui veut donner des leçons au socialisme. Donc un ennemi de classe.   Tous les économistes qui passent dans les médias, majoritairement à gauche,  sont donc des "économistes mais", des garçons qui savent que leur analyse doit d'abord cadrer avec une option idéologique. Voir M. Maris sur France-Inter pour la forme la plus caricaturale du phénomène.

Ils ne sont recrutés ou  consultés que pour leur optique politique pas pour leurs compétences. Ce qu'on appelle un économiste de droite est de toute façon un truc bizarre qui n'est là que pour dire que la bourse c'est bien et qu'il y a trop d'impôt ! 

Caricature contre caricature. On fait de la chaleur et aucune lumière.  Spectacle éminemment grotesque qui marque la descente aux enfers de l'intelligentsia médiatique.

Nous ne saurions mieux conseiller  J. Julliard qu'en lui demandant d'avoir la patience de lire ce blog. Il verra que la crise était annoncée. Que ces mécanismes étaient prfaitement clairs avant même qu'elle ne commence. Que l'absence de réformes adéquates a été dénoncée avec force et précision. Que l'échec était parfaitement prévu. Qu'il y a des solutions. Qu'il suffit de les mettre en oeuvre, même si chaque mois qui passent rend les choses plus graves et plus compliquées.

Nous enverrons ce texte à J. Julliard et nous verrons probablement ce que nous avons vu depuis 15 ans :  les éditorialistes  ne veulent en aucun cas  en France quitter les abris idéologiques où ils ont fait carrière. "Je ne suis pas là pour la vérité mais pour l'énonciation d'une posture. Dis moi d'où tu parles et je te dirais si je peux t'écouter".

Sixième assertion : "Le libéralisme absolu ce vieux machin poussièreux sorti des armoires de l'économie politique classique" a eu une nouvelle chance. 

Là on est dansl'ignorance économique pure et simple. Si J. Julliard croit que F. Bastiat  et J.B.  Say étaient pour une monnaie administrative  et des changes flottants,  qu'il les lise !   Ce genre de phrase est une insulte à la connaissance élémentaire de la pensée économique.

C'est justement parcequ'on est entré depuis 1971 dans un monde inconnu qu'on ne sait pas maîtriser et qui ne fonctionne en aucun cas comme ses promoteurs l'ont décrit  que nous sommes dans les difficultés actuelles.

Que J. Julliard fiche la paix à Say et Bastiat "et oublie un peu Proudhon, son amour de jeunesse.  Les économistes à problème sont Greenspan, Friedman, Summers, des garçons qui ont cru que les Etats unis pouvaient pratiquer le Benign neglect dans un système d'inondation permanente de dollars et de changes flottants, avec des dérégulations bancaires féroces.

Aujourd'hui A. Greenspan dit : "je me suis trompé. Ce système ne marche pas". Il a raison. Tout le sujet est dans son remplacement par autre chose. C'est de cela qu'il faut parler M. Julliard. Mais là cela demande un peu plus que les facilités de l'idéologie recuite : le risque de la connaissance et des idées nouvelles.


Septième assertion : l'avenir est au socialisme.


Bien sûr, bien sûr ! Sauf que le système des monnaies adminsitratives gérées par des banques centrales indépendantes dans le cadre d'un système de change flottant est le crédo de tous les partis socialistes en Europe !

Ce genre de phrase doit rappeler à l'auteur le bon temps de l'Unef d'il y a cinquante ans ! Attention au retour d'âge !

Huitième assertion  : le progrès de l'humanité s'identifie à l'extension du concient, du volontaire, du concerté.

Là nous sommes d'accord.  

Le conscient pour nous est la bonne compréhension de la réalité.  Ce qui implique de l'observer, d'en voir les mécanismes, d'en détecter les défauts, d'en proposer la réforme.  Mais toute la méthode Julliard est inverse. On ne regarde rien. On ne comprend rien. On ne propose rien.

Le volontaire ne peut s'appuyer que sur le conscient. Sans compréhension , sans connaissance, pas d'action.  La volonté doit avoir un but et des leviers.  Sans le levier de la connaissance, point de salut.  Sans but raisonnable donc raisonné, pas de volonté utile.

La concertation est aussi cruciale. L'organisation du système monétaire international demande une concertation forte des états. Le seul avantage de Bretton Woods était qu'il forçait les Etats à tenir compte des règles qu'ils s'étaient imposées les uns vis à vis des autres.

Demander aux Etats de s'accorder sur le fait minimum de garantir la valeur de leur monnaie et d'éviter les déséquilibres majeurs des balances commerciales et des balances des paiements,  est absolument central dans la sortie de crise.  C'est la faillite du G.20 dans ce domaine qui est la cause de l'aggravation der la crise.  Nous l'avons écrit en temps réel sur ce blog.  Il suffit de lire, dans ce site,  ces textes de 2009.  

G.20 : un pari très dangereux.
L’évidence s’impose : le G.20 n’a pas fait les réformes nécessaires.

Malheureusement pris dans son vague idéologique et sans aucun repère technique auquel se rattacher, J. Julliard va au plus près de ses réflexes de jeunesse : " le triomphe de la volonté s'appelle d'ordinaire une révolution".


La vraie révolution serait que des éditorialistes comme J. Julliard abandonne leur fonction idéologique pour essayer de comprendre, d'expliquer, d'alerter, de proposer.  
Il y a vraiment des "coups de pied au culte" de la révolution qui se perdent.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Sarkozy et Merkel : parler pour ne rien dire.

Le marché interbancaire se bloque encore. Les banques ont peur des banques. Qui a donc des dettes gouvernementales des pays  du "club Med" ? Les déposants commencent à paniquer et à fuir.  

La peur pousse le Franc Suisse si haut que la BNS lance 200 milliards  dans la bataille pour éviter une hausse trop rapide de sa monnaie (1/3 de son PIB !) .  L'or bas ses records (à plus de 1800 $ l'once) . Les cours de bourse des banques s'effondrent. Le reste tient dans la mesure où l'on croit les entreprises capables de résister à la nouvelle récession qui s'annonce.

La nouvelle court les salles de marché : une banque est en perfusion à la BCE ! Pour un demi-milliards d'Euros. Mais laquelle ?

C'est la panique.

Il est vrai qu'Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont parlé.

Pour ne rien dire.

Comme d'habitude.

On a évoqué la taxe Tobin avec gourmandise :  des impôts et vite, que le bon électeur croira ne pas payer. La taxe devait aider à développer le tiers-monde ; puis à sauver le monde menacé par le réchauffement climatique ; maintenant il s'agit de sauver l'Euro.  Des centaines de milliards on vous dit et que personne ne paiera parceque la taxation est infime. Magique.  Et si nouveau ! On se rappelle le papier dans le Monde des ministres Lagarde et Kouchner  sur cette même taxe... en 2009 http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2011/8/20/Sarkozy-et-Merkel---parler-pour-ne-rien-dire

Les marchés ont alors dévissé. Bravo  aux duettistes !  

Le marché attend le nom de la future Lehman-Brothers. Le dimanche sera long. Attention aux lundis blèmes dans le ciel bleu de la canicule !

Lagarde est aux manettes au FMI,  sans aucune connaissances économiques, sinon le fait qu'elle est une femme et qu'elle parle anglais.  Barouin est aux Finances. Sans aucune connaissances économiques, sinon qu'il s'est roulé par terre pour avoir le poste.  Trichet triche tant qu'il peut avec les règles de Maastricht et des traités suivants  pour sauver l'Euro.  Mais commence à trouver que les Etats membres devraient le couvrir un peu car il est désormais tout nu et il sait que cela fait jaser, une tenue si lâchée, pour un père la rigueur.  

Pas un mot sur les vrais sujets. Pas un diagnostic. Pas une perspective.

La France est gouvernée. L'Allemagne est dirigée. L'Europe est à la hauteur. L'Euroland à son joker, Juncker, l'homme des junk bonds européens. La BCE est exaltante.

Mais tout fout le camp.

Les médias convoquent Delors et Soros.

Ce dernier réclame une porte de sortie de l'Euro. Mais la monnaie unique c'est justement qu'il n'y a pas de porte de sortie. C'est la monnaie commune qui laissait une porte de sortie. On repasse à la monnaie commune puis on ouvre les portes de sorties ?  Bien vérifier les positions personnelles des fonds Soros avant de répondre.

Delors  sonne le tocsin : la situation est gravissime. Les cours s'effondrent un peu plus ! Si c'est le plus europhile des Europhiles qui le dit !  Et propose ses Eurobonds "60% du PIB" !  L'idée n'est pas de lui mais d'un Think Tank financé par l'Europe pour lui donner des idées fédérales médiatisées par des "experts".

Il est clair que la mutualisation des dettes actuelles dans un fonds européen d'amortissement est la seule solution d'une efficacité immédiate.  On savait dès Maastricht dans les milieux fédralistes européens que la défense de l'Euro serait le prochain front qui permettrait de forcer le passage vers un fédéralisme refusé par les peuples.

Nous y voilà. Mutualiser les dettes c'est créer de facto un gouvernement économique européen fédéral avec  la perte de la souveraineté budgétaire, la perte de toute   latitude nationale dans pratiquement tous les domaines.   L'Euro était le char d'assaut caché de l'Europe fédérale.  La Constitution devait être le véhicule public...  

Delors accepte donc le déguisement des eurobonds à 60%, limite de Maastricht pour faire semblant d'être sérieux. Mais son propos n'est pas la crise mais la création d'une structure de facto fédérale en Europe.

Notons que les deux solutions, Delors et Soros,  sont totalement incompatibles. Pas besoin d'Eurobond si la monnaie cesse d'être unique pour devenir commune avec porte de sortie pour les vilains.  Pas besoin de porte de sortie si on dispose d'Euro bonds.

Merkel et Sarkozy ne peuvent suivre ni Soros ni Delors.

Impuissants au G.20 ils le sont tout autant au sein de l'Euroland.

Alors on fait semblant.

Alors on parle pour ne rien dire.  

La posture a remplacé la pensée. Les investisseurs voient l'imposture et regrettent l'absence de pensée et de perspectives.  

Cela fait jamais que quatre ans que cela dure.

Alors la peur devient panique.

Nous avions écrit  que 2011 serait l'année de la peur.  La peur est là avec son cortèges de catastrophes auto réalisées.  

Et il n'y a toujours personne au volant sinon des arrières pensées : profitons pour faire une plus value pense Soros. Profitons pôur faire l'Europe fédérale pense Delors.  Profitons pour durer encore un peu pense Merkel. Profitons pour se faire une statue de capitaine courage pour les prochaines élections, pensent Sarkozy.  Espérons partir de la BCE avant que tout le système explose pense Trichet.  Profitons de l'occase pour faire avancer l'impôt sur les transactions financières  pensent les fonctionnaires, qui supposent que cela retardera d'autant le moment où la faillite générale fera tailler dans leurs émoluments et effectifs.

Quand il n'y a pas de dessein mais seulement des petits calculs,  alors que la peur est partout , on multiplie les risques d'un vrai drame durable.

Pendant ce temps là les Chinois chinoisent et Obama fait la découverte des abysses sondagières.

Quelle incroyable nullité générale !  

Quatre ans déjà de nullité générale.  Absolument générale.  Avec les résultats qui correspondent  et qui ont malheureusement été annoncés avec constance ici depuis quatre ans.

Alors qu'il suffirait de si peu de chose pour renverser la tendance : un accord général sur le diagnostic ; la volonté sans faille et collective d'agir en fonction de ce diagnostic.

Mais quelques imbéciles croient encore que la crise est "la faute des subprimes"  et des banksters,  ou de la Grèce malhonnête.     Et aucun politique n'a accepté le vrai diagnostic dont la presse d'ailleurs refuse de parler obstinément ("Vous avez peut être raison  mais c'est compliqué et cela n'interesse pas les Français !  D'ailleurs, qui vous êtes vous, vous  ? ") .

L'histoire sera dure avec  la stupidité de l'époque.

Elle sera dure avec  Sarkozy et Merkel.  Ils ont tout de même mieux à faire que ce qu'ils font et surtout que ce qu'ils ne font pas.



Jouer au nouveau RUBIK's Game ?

L'Allemagne et la Suisse ont mis en place le dispositif RUBIK qui stipule que la Suisse garde son secret bancaire mais que le revenu des placements faits par des résidents allemands en Suisse de façon anonyme seront taxés assez fortement. Cette convention va être bientôt acceptée par le Royaume Uni. Le France refuse absolument d'aller dans ce sens.

A-t-elle raison ?

Aucun débat n'ayant lieu sur ce sujet dans la presse française, saisissons-nous de ce sujet intéressant.

Les avoirs évadés des résidents Français en Suisse sont estimés à 90-100 milliards d'Euros. Si on ajoute les avoirs dans les autres paradis fiscaux on aboutit une fourchette plus large située elle entre 150 et 200 milliards.  A ces capitaux devraient s'ajouter pour être parfaitement clairs ceux des exilés fiscaux légaux qui représentent entre 3 et  5 fois cette somme selon les estimations très approximatives qu'on en a.

Il va de soi que si la France voyait revenir 75 milliards de capitaux cachés et 75 milliards de capitaux exilés, ses difficultés conjoncturelles pourraient être grandement réduites.

Pour la Suisse, victime d'entrées de capitaux excessives ce ne serait guère un problème sinon pour les banques où les sommes sont déposées. Des restructurations importantes en résulteront. Elles ont largement lieu dès maintenant. 

L'avenir de la Suisse de toute façon ne passe pas par le secret bancaire vis-à-vis de ses voisins européens. On sait que nous même au Cercle des économistes e-toile, nous militons pour l'entrée de la Suisse dans l'Union Européenne. Cela implique à plus ou moins long terme la fin du secret bancaire dans sa forme actuelle.

La vraie difficulté se trouve donc en France qui ne rêve que d'impôts, que de justicialisme fiscal, que de sur-taxation des riches. On sait que Nicolas Sarkozy a eu peur de supprimer l'ISF, qu'il a pris vis-à-vis des capitaux exilés une position franchement hostile, allant jusqu'au projet immonde d'EXIT TAX et qu'il refuse absolument RUBIK.

Tous les candidats aux élections présidentielles renchérissent sur la nécessité de taxer les riches et tentent de faire croire qu'on pourra faire payer la crise à cette seule partie de la population. L'affaire Bettencourt leur a donné des munitions dans ce combat en même temps que l'extravagance de certains comportements comme celui du dénommé Ernekinne Sellières, héritier du Comité des forges,  symbole des 200 familles,  pillant allègrement son cousinage pour s'accaparer des sommes ahurissantes.

Le nouvel épisode de récession qui s'annonce, avec son cortège d'aggravations mécaniques  des dépenses publiques, dans un contexte  électoral présidentiel, laisse peu de chances à un débat serein en France sur ces questions.

La France dépasse dès aujourd'hui la Suède et les pays nordiques pour le taux de dépense publique par rapport au PIB. Le prêchi prêcha socialiste, universel dans les médias,  y est tellement prégnant qu'il envahit même le discours des partis dits de droite.

Autant dire qu'il n'y a aucune chance pour qu'un langage un peu sérieux ait une chance d'être entendu sur ces sujets.

Quel serait l'intérêt de la France ?

Elle ne peut compter que sur la croissance pour rembourser ses dettes. La croissance ne peut être que le fait des entreprises. Le capitalisme français est déjà un capitalisme sans capitaux et hyper vulnérable. Du fait des contraintes fiscales et réglementaires il n'a pas pu développer un "Mittelstand" comme l'Allemagne. Un énorme trou isole les entreprises du CAC 40 des myriades de sociétés de moins de 50 personnes, en fait de moins de 5 personnes. C'est aussi un capitalisme sans salariés, le nombre de salariés rapportés à celui de la population totale étant le plus faible de tout le monde développé. On sait qu'avec 66 millions de résidents la France devrait avoir entre 25 et 30 millions de salariés. On est quelque part entre 15 et 17 !

Le résultat est désastreux : nous régressons partout. Nous perdons des parts de marché en France en Europe et dans le monde. Les jeunes élites ne pensent qu'à faire des carrière là où on peut gagner sa vie. Le chômage des jeunes, des femmes, des immigrés, des travailleurs âgés, est beaucoup plus haut que partout ailleurs. Le patrimoine français passe entre des mains étrangères. Notre commerce extérieur devient exsangue. Les entreprises françaises disparaissent de secteurs entiers de l'économie. Elles sont absentes des nouveaux marchés qui se créent. Plus personne ne voit comment nous allons nous en sortir à terme, alors que nous n'avons pas cessé de vivre aux crochets des marchés financiers mondiaux depuis 40 ans. Victimes d'une administration centrale et locale hypertrophiée qui écrase la société et les entreprises de normes exclusives et intenables, en même temps que d'impositions extravagantes (augmenter de 100% des impôts ne gênent personne, comme on l'a vu à Paris avec M. Delanoé), envapés par le discours des médias totalement engagés   dans un socialisme résiduel aigri et sectaire, les Français sont en train de se suicider d'une façon aussi radicale que politiquement correcte.

Les centaines de milliards partis légalement ou non à l'étranger ne sont que le reflet en creux de cette situation folle.

La vindicte verbale et fiscale  de Nicolas Sarkozy vis-à-vis des détenteurs de ces capitaux n'est que la traduction ou le reflet, comme on voudra, de sa volonté de renoncer à toute rupture dans la gestion économique de la France. De ce point de vue il n'aura guère fait plus que J. Chirac qui avait déjà  poussé "l'énarchie compassionnelle" aux frais du contribuable  jusqu'aux limites du supportable.

Une nouvelle attitude vis-à-vis des centaines de milliards détenus à l'étranger par des Français impliquerait une véritable révolution dans la manière de concevoir l'avenir de la France.  Une France de plein emploi, de salariés et d'entrepreneurs ne peut pas naître sans une énorme rupture dont il n'y a aucunes prémisses. 

Donc les capitaux en reviendront pas.

Imaginons une situation totalement improbable où les Français auraient renoncé à s'auto-détruire, où on ne compterait pas seulement sur les entreprises du  Cac 40 pour faire illusion, où les PME pourraient grossir, où l'espoir d'une vie meilleure pour le plus grand nombre ne passerait pas par l'attente d'une planque dans la fonction publique locale, régionale ou nationale, où les politiques ne remâcheraient pas constamment un discours basé sur le cadeau au peuple et la dénonciation des nouveaux Koulaks que sont les "riches", où l'avenir politique ne serait pas encombré par la possibilité de l'arrivée aux manettes d'un Chavez franchouillard.  Il n'y aurait plus d'ISF. Les charges sociales ne porteraient plus majoritairement sur l'entreprise. La fonction publique locale et nationale serait réduite de près d'un tiers. Les prélèvements ne dépasseraient pas 35 à 38% du PIB.  

Faudrait-il alors accepter Rubik ?

A notre avis : NON !

Il vaudrait bien mieux annoncer une amnistie fiscale totale avec des contraintes partielles de réemploi de l'argent rapatrié dans des fonds spécialisés.

Imaginons que l'on dise aux détenteurs de capitaux expatriés : vous pouvez revenir sans aucune fiscalité ni pénalité si vous mettez vos avoirs soit dans un fonds de recapitalisation des banques françaises, soit dans des fonds de financement de la relance par des grands projets industriels, soit dans des fonds de financement de la croissance de PME françaises  de taille moyenne ; En revanche vous devrez payer 10% sur les fonds dont vous voulez la pleine disposition, sachant que de toutes façon au moins 50% des fonds rapatriés devront aller dans les fonds obligatoires et y rester bloquer pendant 5 ans.

Rêvons un peu et imaginons que 150 milliards reviennent :

20 milliards d'euros iraient à la recapitalisation des banques et à une caisse d'amortissement des dettes européennes.

35 Milliards d'euros iraient au financement d'un plan d'investissement national et/ou européen.

20 Milliards iraient à la consolidation des nouvelles PME françaises dispensées de tous les effets de seuils qui les paralysent.

7.5 milliards de recettes fiscales seraient engrangées.

67.5 milliards se placeraient librement ou iraient à la consommation.

Quel coup de fouet pour l'économie et l'emploi ! 

Et quelles recettes fiscales pour le futur !

Le Français, né malin, préférera sa passion mauvaise pour l'impôt et la haine des autres. Il renoncera même aux recettes faciles et immédiates permises par Rubik.

Et la France continuera de sortir doucement de l'histoire pour devenir au mieux une super Grèce, vendant le charme de son histoire et de ses paysages, dans la dépendance servile vis-à-vis du reste du monde, en se rappelant ce qu'elle fut.  Naguère.

Suicide programmée d'une nation autrefois bénie des Dieux. 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile

Vérités premières et…erreurs secondes

L’avantage des crises violentes est qu’elles décillent en partie les yeux médiatiques et font tomber les inhibitions traditionnelles de la presse !

La crise de panique boursière et financière qui une nouvelle fois parcourt le monde permet ainsi à des idées considérées comme marginales ou contre le consensus de s’exprimer avec force.  L’ennui c’est que, le plus souvent, elles sont insuffisantes.  On passe d’un credo à un autre, d’une éructation à une autre et on ne réfléchit pas vraiment. Le résultat : pas de véritables perspectives.

Prouvons-le avec quelques exemples pris dans la presse rapportant des postures politiques et des propos d’économistes.  

Il est amusant que tout d’un coup les marginaux passent en première ligne. Alors qu’on n’a entendu personne du côté de l’UMP et du PS, la parole est aux Cassandre, ceux qui « l’avaient bien dit».

Dupont Aignan reprend ses antiennes habituelles : c’est la faute à l’Euro et à l’abandon absolu de toute défense vis-à-vis de la Chine.  Délocalisation et désinvestissement  sont provoquées  par la sous-évaluation de la monnaie de la Chine, « de 50% ».  On a compensé les pertes de croissance par l’endettement. Le pari était sans issue. Sans industrie pas de croissance. Sans croissance pas moyen de réduire la dette.   On est dans la nasse. Il faut se défendre contre la Chine et sortir de l’Euro. Le sauvetage de l’Euro, « c'est-à-dire des banques qui ont prêté follement à la Grèce, à l’Italie,  à l’Espagne et au Portugal » conduit à aggraver l’endettement de 45 milliards alors qu’il faudrait le réduire.  Ce n’est pas en réduisant les policiers, les enseignants et les infirmières  qu’on sortira du gouffre.  Les pays du sud de l’Europe doivent dévaluer pour retrouver le moteur de leur croissance.

La plupart de ces assertions sont justes.  Il manque simplement l’avant et l’après. L’avant : pourquoi diable sommes nous dans cette situation ? Un simple manque de vigilance occidentale vis-à-vis de la Chine ?  L’après : d’accord on dévalue partout et on « se défends » contre la Chine. Dévaluation et protectionnisme individuel des nations en cas de crise : on connait. Cela a donné la grande dépression des années trente.  Explosion de l’Euro ? Il faut dire qu’on ne peut le faire sans ruiner les créanciers des pays qui sortiront et dévalueront leurs monnaies massivement, car leur dette sera multipliée nominalement d’autant.  Et si les pays du Club Med dévaluent tous en masse, comment la France exportera-t-elle ?  Où en seront les deux moteurs de croissance : l’investissement et l’exportation ? Quant à la consommation !

Remarquons que la bonne partie de l’analyse met l’accent sur les aspects monétaires. Il n’y a pas de solution sans une gestion nouvelle des changes et de la création monétaire.  C’est là que ce jeune homme s’arrête. C’est là où on l’attend.

Marine Le Pen  tient à peu près le même langage. C’est la faute à la Chine et à l’Euro. Dévaluons et protégeons.  On retombe dans les mêmes analyses et le même travers : quid si les autres font pareils ?  Elle a ajouté hier un élément comique qu’il faut souligner : supprimons les accords de  Bretton-Woods ! Malgré ses efforts pour assoir sa crédibilité économique elle ne sait toujours pas que les accords de Bretton-Woods sont morts et enterrés depuis … 1971 et le refus des Etats-Unis de convertir leur monnaie en or.  Comme pour les analyses de Dupont-Aignan, on voit bien que les siennes se concentrent sur la question monétaire,  et que le sauve qui peut général ne peut rien donner dans cette matière. Il faut un nouvel ordre mondial dans les changes et les monnaies. Il faut donc un … nouveau Bretton-Woods ! CQFD !  L’économiste Marine doit encore grandir un peu.

Avec Mélenchon, on retrouve le même discours sur la vanité des réductions de  dépenses publiques, sur l’impossibilité de sortir de la crise sans la croissance mais s’ajoute deux mesures phares : l’imposition des « riches », massive comme il se doit,  et le financement direct des états par la planche à billets.  Il est vrai que le spectacle de banques qui se financent à presque rien et qui prêtent aux Etats qui les sauvent  à plusieurs fois le taux de la BCE a quelque chose de psychédélique facile à dénoncer.  Il faut à Mélenchon des « vilains »  et des prédations violentes.  La difficulté de ce langage « populiste » est qu’il esquive  les deux difficultés majeures de ce raisonnement. La première est que la BCE finance déjà directement les Etats en difficulté et que son bilan devient aussi beau « qu’un mur de chiottes de lycée de banlieue », comme l’a décrit récemment  et élégamment un économiste peu regardant sur l’euphémisme.  Et que la BCE exige des Etats qu’ils…la refinancent !  La seconde et que nous avons déjà l’imposition la plus forte de l’Euroland et une des plus forte du monde.  L’asphyxie fiscale est une des difficultés françaises.

On aimerait entendre les Verts. Ils sont totalement silencieux. Il est vrai que maintenant que le risque de décroissance est là,  c’est  rien moins que problématique. Applaudir  aujourd’hui serait mal vu.  Et la « Torquemada en jupons » qu’ils se sont choisie a les mêmes  connaissances  économiques que Marine le Pen, ce qui est peu dire.

On aimerait entendre le PS dont le candidat Hollande vient de se faire adouber par le journal le Point au nom de la « responsabilité » et de la « crédibilité économique ».  Mais ici encore c’est le silence.

On aimerait entendre l’UMP, de Copé à qui on voudra, mais là encore c’est le silence sinon une « opération image » du Ministre des Finances « rassurant l’opinion » sur la santé générale de la France, et une autre « opération image » du président Sarkozy  présidant une réunion exceptionnelle de crise avant de rejoindre le porte avion Charles de Gaulle. Il s’agit de montrer qu’on est sur le pont.   

En attendant les épargnants ont perdu 20% de leur avoir en action. On peut ne pas croire à l’effet Pigou mais on ne peut pas croire que cela n’aura pas quelques effets  surtout à un moment où la conjoncture s’avère totalement étale en France et dans le monde.  

Les politiques étant radicalement à côté de la situation, comme ils le sont depuis 40 ans et la crise de 1974, toujours pas surmontée, il est intéressant de se tourner vers les déclarations d’économistes.

Le Point fait parler les morts en l’occurrence Jacques Marseille, « qui l’avait bien dit ».  Avec Jacques Marseille nous avons tenu des discours parallèles pendant près de dix ans sur la folie de la dépense publique  et de l’endettement français.  Nous sommes donc parfaitement heureux que son discours, vilipendé, comme le fut le nôtre sur le site du forum du Monde, soit aujourd’hui reconnu.  Le journal est bien forcé d’admettre aujourd’hui qu’il n’y a pas eu de « rupture » avec Nicolas Sarkozy, question que nous avions posée dès juin 2006 (article : quelle rupture ?)  et que nous avons reprise sur ce site dans plusieurs textes, mais  sous une forme moins interrogative.  Il n’y a pas eu de rupture et le délire de dépense publique a continué presque sans infléchissement, les mesurettes prises étant totalement insuffisantes, qu’il s’agisse de la RGPP (réduite aux fonctions centrales)  ou du non remplacement d’un fonctionnaire d’état sur deux, dont le gain a été redistribué aux fonctionnaires pour 66%, et annulé par les créations d’emplois dans les autres secteurs protégés dans les collectivités locales et autres institutions dépendantes à 100% de l’état.

Le problème c’est qu’on ne réforme pas bien en période de décroissance et que la réduction massive des dépenses de l’état en phase de récession est un désastre annoncé.

Le journal le Point reprend le thème d’un de nos articles de ce blog (« qui a cassé le vase de Soissons ? ») en dressant le tableau de l’endettement français depuis 35 ans.  Mais il exploite mal cette question.  Première erreur, il ne fait pas démarrer la montée de la dette au bon moment : 1971.  Deuxièmement il ne remarque pas que la dette est toujours et d’abord la conséquence des récessions décennales.  

La dette commence avec Giscard et Chirac qui ne maîtrisent pas la crise de 74, s’enfle avec Mitterrand et Mauroy, avec la crise du début des années 80,  puis avec Bérégovoy et Balladur lors de la crise de 92-93, puis avec Chirac et Jospin lors de la crise du début des années 2000. Elle explose maintenant avec la récession de 2008-2009.

Il devrait donc y avoir une réflexion sur ces crises décennales et leur gravité constamment aggravée. Mais là : stop !  C’est la paralysie intellectuelle.  

De même qu’il devrait sauter aux yeux que les grands « criminels » sont les premiers ministres et les présidents qui ont laissé filer la dépense après la crise, lors de la phase de haute conjoncture : Rocard et Jospin sont ici en première ligne. Surtout Rocard. C’est à ce moment là qu’il fallait réduire la voilure et alléger le bateau.   Au contraire on a profité d’impôts alourdis et de recettes fiscales grimpant plus vite que la croissance pour dépenser à mort sans rien réformer, sinon dans le sens de l’aggravation des charges et du malthusianisme.

Résultat : toute cette information, indispensable, est largement perdue pour une bonne compréhension du passé et une politique  utile pour l’avenir. Le « Vous vous rendez compte Mme Michu » fait peut-être vendre des journaux mais n’apporte rien à la nation.  Et une fois de plus on se contente de la dette publique sans tenir compte des autres formes de dettes (particuliers, entreprises et banques) qui chantent également une belle chanson dont il importe de comprendre les paroles.

Le moment est venu de parler de Kenneth Rogoff.  Il annonce que la crise est d’une espèce différente, jamais vue  et conteste le terme de « grande récession » avancé par un de ses confrères (Stiglitz).  C’est  une fois de plus un des thèmes que nous avons traité (il y a trois ans !) dans ce blog.  Comme nous,  il arrive à cette idée qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une crise de la dette.  Bravo ! Dommage qu’il n’en donne pas exactement la cause.

L’ami Rogoff s’était commis dans une erreur majestueuse en tant qu’économiste du FMI en déclarant que les crises périodiques étaient terminées et que désormais leur gravité était négligeable. Nous avions critiqué inlassablement cette bévue.  Il passe à l’excès  inverse.  Décidément il ne peut pas se résoudre à l’idée du cycle décennal.   Les crises décennales d’avant n’étaient pas graves et en voie de disparition, la crise décennale encours  est d’un genre nouveau.  Donc il n’a jamais eu tort ! CQFD !

C’est amusant. Est-ce vrai et surtout porteur de solution ?  La réponse est non. Parce que Rogoff ne comprend pas la situation qui exigerait de sa part une révolution copernicienne dont il est actuellement incapable.

Le phénomène des crises décennales (ou quasi décennales) est tellement ancré dans l’histoire économique de ces 200 dernières années (pour le moins) qu’il est parfaitement vain d’essayer de le nier.  Toutes ces crises ont en commun d’être « des crises de la dette ».  Un moment d’euphorie associé à la phase de croissance rapide de fin de cycle pousse les agents à aller trop loin dans les projets et l’endettement.  Jusqu’au moment où ils constatent qu’ils sont « un pont trop loin » et qu’il faut vite replier la voilure pour éviter la grosse mésaventure.

Le cycle décennal et un cycle du crédit et de l’endettement.  Affirmer que la crise actuelle est d’abord une crise de l’endettement n’en fait pas une crise différente. C’est la règle.

En revanche le contexte change.  Entre un moment de système monétaire bi métallique et une production majoritairement agricole,  un autre d’étalon or et de poussée des industries primaires, un autre de n’importe quoi monétaire après une guerre mondiale dévastatrice, avec une poussée de l’économie pétrolière,  un autre de Gold exchange standard et la poussée du tertiaire, une dernière avec comme toile de fond un système de changes flottants et de monnaies administratives, avec l’émergence d’une économie de l’information,  les différences sont nombreuses et sensibles.

L’analyse économique expérimentale doit à la fois observer les forces constantes qui agitent l’activité et les variations de contextes qui  provoquent des conséquences différentes.

Nous vivons depuis 1971 de facto et 1973  de jure dans un système de monnaies administratives  dont la majeure partie s’échange dans le cadre de  changes flottants sans aucune régulation internationale, l’ensemble des transactions financières ayant été libérées.  En même temps un libre échange de principe a été décrété.  Que constatons-nous ?  Les crises décennales n’ont cessé de s’aggraver  et le trend de croissance global de baisser !

La crise de 73-74 a été la « plus grave depuis 1929 ». Puis la crise de 92-93, plus grave que celle de 74,  a été à nouveau « la plus grave depuis 1929 ». La crise actuelle est à nouveau « la plus grave  depuis 1929 ».  Les crises décennales mineures (celle du début 80 et celle du début 2000) ont été également plus sensibles que celles qui les ont précédés (notamment celle de la fin des années 50 et du début des années soixante).

Il n’y a donc pas changement de nature mais aggravation. Pourquoi ? Parce que, dans le cadre monétaire et financier global nouveau,  les moyens des sorties de crise précédentes ont aggravé les conditions de la crise suivante.  La fuite en avant monétaire dans un système propice a permis de crises en crises le gonflement d’une dette mondiale insupportable jusqu’au point où maintenant les recettes de 73 et de 92  ou de 2000 cessent d’être opérantes.  Jacques Rueff avait parfaitement identifié le mécanisme de la double hélice de crédit et Maurice Allais clairement indiqué qu’on arrivait aux limites du système.

On a cru bien à tort à la toute puissance intellectuelle des économistes américains et on constate aujourd’hui qu’ils étaient nuls ou de parti pris pour le système.

Nous sommes dans un processus continu d’aggravation de crises récurrentes, pas dans la quatrième dimension économique.

La question est devenue systémique : le système mis en place en 1973 ne fonctionne plus et ne plus être sauvé en le conservant tel qu’il est.

Pascal Salin a parfaitement raison de signaler (dans un article récent  donné à la PQN) que la vulgate qui veut qu’il suffise de laisser filer les déficits et la création monétaire pour sortir de la crise est inefficace.  L’ennui c’est qu’il ne voit pas la responsabilité du contexte.  Il parle comme nous de « crise intellectuelle »  et de redéfinition d’un cadre global. Mais faute de critiquer le système monétaire des changes flottants (comment le pourrait-il, il est pour !) tout cela reste suspendu dans le  vide.

Autant dire qu’on ne peut compter ni sur les politiques ni sur les économistes de média pour nous sortir du marasme.  Tous ces discours, toutes ces prises de positions sont trop partielles et partiales pour avoir le moindre sens pratique.

On ne pourra pas sortir de la crise sans casser le cadre global dans lequel on fonctionne depuis 1971.  Il faudra nécessairement  conduire la sortie de crise par la coopération entre les états,  la suppression des causes de déséquilibres majeurs et la restauration d’une perspective de croissance.  

Oui il va falloir destituer le dollar de son rôle de réserve mondiale. Oui il va falloir arrêter la Chine dans sa politique mercantiliste de monnaie faible et de sur excédent de ses balances extérieures.   Oui il va falloir en revenir à un étalon monétaire extérieur aux nations. Oui il va falloir que les états qui se sont laissé aller sur le chemin de l’obésité intenable, avec dettes monstrueuses, développements monstrueux des emplois financés par la dépense publique,  impôts monstrueux,   prennent une nouvelle voie. Oui il va falloir dégonfler le système financier mondial et mieux le canaliser, après avoir restructuré les amoncellements de dettes irrécouvrables.

Oui, eh oui, il va falloir mettre fin au système des monnaies administratives laissées à l’appréciation de gnomes  plus ou moins bien inspirés.

Tout cela est politiquement lourd et économiquement sévère   Avoir tant tardé n’est pas à l’honneur des « élites mondialisées » et encore moins à celles des économistes qui se sont laissé prendre notamment à l’Europe à la douceur du commentaire ex post et au suivisme des économistes américains.

Mais qu’au moins aujourd’hui, au pied du mur, on comprenne et qu’on agisse enfin dans la bonne direction.

L’humanité a toujours un avenir économique.  Mais il faudrait peut être qu’elle montre qu’elle a toujours un cerveau !  Surtout maintenant que l’on sait qu’il n’est pas aux Etats-Unis !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.


Sortie de récession : ce qui n'a pas marché

Cette période de crise devrait être le grand moment des économistes.  L'ennui, c'est que la majorité d'entre eux, et tous ceux qui ont des positions officielles, n'ont pas vu venir la crise, n'en comprennent pas la cause et évidemment ne parviennent pas à en maîtriser l'issue, même si, avec le temps, ils finissent par en découvrir les différents aspects.


Dès lors, on s'en tient à la vulgate. Que disait-elle ? Qu'en cas de crise il fallait maintenir la demande globale et éviter un "crédit crunch".  Si on maintenait la demande globale à un bon niveau, la crise n'aurait qu'un impact momentané et si on éviter de faire sauter les banques par une politique monétaire restrictive, alors on se dispenserait d'aggraver les choses.  On pensait savoir qu'il fallait éviter les dévaluations compétitives et les replis protectionnistes.


Les gouvernements ont appliqué cette méthode presqu'à la lettre. Les budgets ont été sollicités en même temps que les banques centrales créaient de la monnaie à tout va.


Le résultat que personne n'anticipait est qu'on se trouve aujourd'hui, quatre ans exactement après les premiers stigmates de la crise,  avec la perspective d'un nouveau plongeon  


Qu'est-ce qui n'a pas marché ?


L'ennui de toute vulgate est qu'elle est généralement des plus floues. Toutes les crises économiques sont différentes même si il y a des typologie partiellement répétitives et elles frappent des économies dans des situations différentes.

Il était important de connaître exactement la nature de la crise, ses ressorts, et de bien  fixer la nature du terrain.  Une  maladie sur un sujet usé jusqu'à la corde ne se soigne pas exactement comme une maladie sur un sujet jeune et sain.  La grippe n'a pas le même traitement que le cancer.

On a considéré depuis l'été 2008 qu'il n'y avait qu'une politique possible et qu'elle n'avait pas à tenir compte des circonstances spécifiques où elle se produisait.

Le résultat : on va de crise en crise sans voir le bout du tunnel. Cette imprécision et cet aveuglement fera les gorges chaudes de ceux qui analyseront la période dans quelques années.

Quelles sont les circonstances particulières qui expliquent les difficultés d'application de la vulgate ?

* Keynes avait parfaitement vu que le maintien de la demande globale ne pouvait se faire que par une intervention publique portant principalement sur les investissements et accessoirement sur le maintien au moins partiel des revenus de ceux touchés par la crise.  Mais il raisonnait à une période où la dépense publique n'excédait pas 15 à 25% du Pib et où l'orthodoxie voulait des comptes équilibrés.  Quid si les comptes des principaux états sont totalement déséquilibrés et si l'endettement et la dépenses publiques atteignent déjà des sommets préalablement à la crise?

Ne pas tenir compte de la situation de départ avant de lancer une relance keynésienne était-il raisonnable ?  

* Nous vivons dans un système de monnaies administratives gérées comme ils l'entendent par les différents pays ou blocs économiques, avec une part de flottabilité et des ilots de fixité plus ou moins artificielle.  Une politique keynésienne peut -elle fonctionner en système de changes flottants ?  Une politique de "quantitative easing", de planches à billet en folie,  a-t-elle une efficacité quelconque en système de changes flottants ?

Ces deux questions ont été totalement éludées.

On voit à quel point la doctrine était en porte-à-faux. Sans réponse à ces questions il était  impossible d'apprécier la validité des options de relance Keynésienne ni de génération de liquidité à outrance. Mais on a cru qu'on était très intelligent et qu'on savait tout !

Le second aspect critique est qu'il aurait fallu avoir une vision analytique des causes de la crise. En un mot : avoir un diagnostic. Quelle était la maladie exacte de l'économie mondiale ?
Nous avons dénoncé inlassablement depuis trois ans l'imbécilité qui consistait à croire que la crise était due aux subprimes, à la cupidité bancaire, à la mathématique financière, à la comptabilité, aux agences de notation et aux traders. L'invocation de la vertu est courante lors des crises mais elle montre rarement son efficacité.

Nous avons prouvé que le système de double pyramide de crédits permis par "le système monétaire international non coopératif et non régulé  des changes flottants de monnaies administratives artificielles" avait créé une spirale d'endettement insupportable. Partout.  Une fraction considérable des prêts en cours et de la monnaie créée n'avait aucun support.  En un mot : le système financier était mort et son explosion pouvait déclencher une récession très sévère.

Comment pouvait-on faire face à une pareille énormité ?  Il n'y avait, il n'y a encore, qu'une seule solution  : restructurer de façon ordonnée la dette (les dettes)  et créer par la coopération internationale un contexte de croissance fort. Seule la croissance permettra de limiter la casse.

Peut-on gérer les dettes dans un système de monnaie administrative en folie ? Non.

Peut-on gérer la croissance avec un pays comme la Chine qui dispose d'une monnaie dévaluée de plus de 50% par rapport aux parités envisageables et qui truste les investissements et la croissance des emplois ? Non.

La seule solution passe donc et de façon obligatoire et sine qua non par la remise en cause des monnaies administratives, leurs unification autour d'un système central mondial de valeur, la fixation des taux de changes sur une base rationnelle permettant d'assurer les grands équilibres, et le respect de discipline permettant de garantir que chaque pays respecte les règles du jeu.

Nous avions appelé de nos vœux un nouveau Bretton Woods, mais pour appliquer une solution différente de celles de 44. Le dollar aurait perdu son rôle de monnaie de réserve et de pivot d'un Gold exchange standard. Les Etats Unis auraient perdu leur droit de veto au FMI. La Chine, le Japon et l'Allemagne aurait du revoir leur politique mercantiliste.  Une monnaie de compte mondiale, le Mondio, fixée de façon indépendante de chacun des membres du FMI, aurait servi de référent. Les Etats auraient eu la responsabilité d'assurer la valeur de leur monnaie en Mondio, des ajustement restant possibles avec l'autorisation des autres. La spéculation sur les monnaies aurait été interdite.

Dans un tel cadre, nous n'aurions pas vécu la fuite devant les monnaies et le constat qu'avec les taux de monnaie pratiqués aucune solution d'avenir n'était plus envisageable. La forte dévaluation du dollar par rapport aux monnaies abusivement basses comme le Yuan aurait permis une reprise économique aux Etats Unis. On n'en serait pas au "double-dip" actuel. L'Europe dans une moindre mesure aurait également retrouvé des couleurs, ne serait-ce que parce que l'investissement y serait redevenu possible. La Chine aurait été obligée de relancer sa consommation afin de rétablir ses comptes extérieurs trop excédentaires. ET il lui aurait bien fallu se fournir quelque part !

On dira : et la dette ?  Notre solution aurait déjà eu l'avantage de ne pas la multiplier. En transférant la dette privée aventurée aux institutions publiques (budgets et banques  centrales) qui étaient déjà trop exposés on n'a fait que compliquer le problème.  La dette de l'Etat américain est passé de 4 à 14 mille milliards de dollars de 2007 à aujourd'hui ! Le bilan de la FED et de la BCE est à peine regardable.  Les dettes des pays périphériques sont devenus ingérables.  Il aurait été possible en évitant tous les travers des changes flottants et de la finance qui lui est associée, de restructurer en douceur la dette privée quitte à passer provisoirement par une nationalisation des systèmes bancaires.

On n'a rien fait de tout cela. Aucune réforme du système monétaire international  permettant une vraie coopération des Etats n'a été entreprise.

Alors la peur s'est emparée de tous. Le Franc Suisse et le Yen se sont envolés comme l'or. La belle affaire. les banques n'ont plus confiance dans leur bilan et encore moins dans le bilan des autres banques. Résultat : le marché interbancaire est toujours aussi bloqué qu'en 2007.  Les déséquilibres monstrueux demeurent. Que va devenir le dollar ? La zone euro va-t-elle exploser ?  La peur monétaire est partout.

On ne peut pas envisager une croissance mondiale et la sortie de la crise de la dette sur ces bases.

Croire qu'en mélangeant une orthodoxie budgétaire impossible à un laxisme monétaire total on en sortira  tient de la folie furieuse.

Et l'Euro ? N'est-ce pas aujourd'hui le nœud du problème ?

L'Euro n'est un problème que parce que le système monétaire international n'a pas été réformé. Bien sûr il aurait été plus sage de prévoir un système de monnaie européenne pivot et des monnaies nationales rattachées mais un tant soit peu flexibles pendant tout le temps de la convergence des économies, si tnt est qu'elles dussent converger. Mais l'Euro, dans un environnement de changes fixes et ajustables, avec une fixation raisonnable par rapport au Yuan  faciliterait la résolution de tous ses problèmes périphériques, ceux qui restent étant purement institutionnels et politiques.

La situation actuelle n'est grave que parce qu'en l'absence de toute réforme de fond, on laisse les "forces du marché" et les Etats  s'épuiser en vain dans des politiques sans espoir.  

Il faut d'urgence réformer le système monétaire international, abandonner le système des monnaies administratives en folie,  encadrer la restructuration financière globale et remettre les économies dans le sens de la marche avant, d'un même pas, tout en éliminant les peurs parasitaires.

Tant qu'on ne voudra pas comprendre cette nécessité on verra les évènements négatifs se précipiter, les politiques absurdes se durcir, la crise s'approfondir.  Attention à l'impatience des peuples !

Cela fait quatre ans qu'on le répète. Que faut-il faire pour être entendu ?

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



Deux mots à J. J. Rosa ("L'euro, comment s'en débarasser")

Le livre de J.J. Rosa «  L’Euro, comment s’en débarrasser ?  » chez Grasset est significatif du « triomphe des eurosceptiques ».  L’Euro était une démarche déraisonnable, sans réel objectifs utiles pour les populations et qui va mal tourner.

Il est clair que les désordres actuels renforcent l’euroscepticisme. Pour avoir dénoncé mille fois  le caractère incohérent de l’Euroland depuis 1997, il serait curieux de notre part de réfuter les thèses de JJ. Rosa.

Nous allons néanmoins apporter certains correctifs.

JJ. Rosa s’appuie comme la plupart des contempteurs de l’Euro sur la thèse des zones monétaires optimales. En gros cette thèse de Wicksell déclare que seule des zones monétaires présentant certaines caractéristiques économiques peuvent réussir. En déclarant les pays de l’Europe hors de ces caractéristiques, on condamne ipso facto l’Euro.  Nous contestons cette analyse parce qu’elle est tautologique. Il n’y a pas d’exemples de zones réellement optimales.  Il n’y en a jamais eu et il n’y en aura jamais. La question n’est pas là.  Une monnaie unique est POLITIQUE. Les conditions du succès sont politiques et non économiques.

Si l’Euro a été une initiative problématique c’est essentiellement pour trois raisons que nous avions développées lourdement lors de la discussion sur Maastricht et qui restent d’actualité :

-    Développer un ilot de fixité dans un système global de changes flottants est naturellement problématique.

-    Créer une banque centrale chargée de gérer une monnaie administrative avec un seul objectif de niveau de prix sans aucune considération sur la valeur externe de la monnaie laissée à la seule évaluation des marchés, et sans se soucier du plein emploi,  correspond à une idéologie fausse et dangereuse.

-    Créer une zone monétaire sans mettre en place aucun des organes de pilotage et de contrôles nécessaires était une gageure. Même pour une zone de changes fixes mais  ajustables, il fallait un FMI. Croire en la vertu d’un simple traité était pour le moins audacieux.

On voit que le caractère « optimal » de la zone européenne n’est pas le vrai problème. Les arguments contre l’Euro sont autrement plus graves.

Faute d’analyser la réalité, l’auteur est contraint à une gymnastique peu convaincante.

-    Il fait un procès d’intention : l’Euro sert des intérêts et représente un calcul de dominants pervers. Les gros emprunteurs ont besoin d’un Euro cher et de taux d’intérêt bas. Voici les grandes entreprises du CAC, les hauts fonctionnaires et les banquiers en ligne de mire et complices objectifs. En fait le cours de l’Euro a fait le Yoyo en passant du simple au double vis-à-vis du dollar.

-    Il est contraint de se faire l’avocat des changes flottants sans en voir aucun des inconvénients ni la responsabilité de ce système dans les difficultés actuelles.  

-    Il laisse entendre que la situation d’endettement des pays est liée à l’appartenance à l’Euroland. Le RU n’est pas dans l’Euro : sa situation n’est pas meilleure que celle de l’Espagne !    Alors ?

-    On donne à la dévaluation des effets magiques qui n’existent pas à ce point-là.

En vérité JJ Rosa fait à l’Europe une critique politique, plus qu’une critique économique de l’Euro.

Ses raisonnements et critiques seraient tout aussi valables pour le traité de Rome que pour le traité de Maastricht.  Oui, c’est vrai, les promoteurs politiques de l’Europe ne sont pas très scrupuleux sur l’argumentation  proposée au peuple pour la justifier. Des mensonges, il y en a eu et beaucoup. On peut contester l’intérêt de politiques communes qui éloignent la décision du peuple et la retarde en l’obscurcissant tout en donnant aux lobbies un rôle excessif.  Le « fédéralisme appauvrit » écrit l’auteur. C’est une thèse politique  parfaitement défendable.

Mais l’économie n’a pas grand-chose à voir avec elle.

On le verrait si l’Europe se donnait des institutions compatibles avec une monnaie unique, si le monde revenait à une forme moderne des accords de Bretton Woods, des changes fixes et ajustables garantis par les états et surveillés par une vraie instance de contrôle, si les règles de la BCE était profondément changées, avec pour objectif le respect de la valeur des changes, le plein emploi et la stabilité des prix.

Cela signerait certainement une sortie économique par le haut de la crise des changes et de la dette. Et une aggravation du « fédéralisme honni ».

Mais sur un plan strictement économique cela vaudrait mieux que la solution préconisée : une sortie de l’Euro après une forte dévaluation de la monnaie unique dont les conditions pratiques, faute d’accord général sur les monnaies, sont impossibles à réunir.

L’économie est au service de la politique et réciproquement. Mais il ne faut pas utiliser l’économie à tort et à travers.

« L’or des fous » de Gillian Tett.

Nous conseillons de lire le livre en anglais, (Fool’s gold - 2010)  la traduction française étant totalement illisible.  Il n’est pas parfait. L’auteure est journaliste au Financial Times. Le style est facilement familier, perclus de tics et de redites. On sent qu’elle a hésité entre plusieurs sujets. Elle avait suivi pour son journal le développement des outils financiers nouveaux. Elle a voulu en faire l’histoire vue de l’intérieur dans l’intimité des acteurs. Ou alors elle avait commencé un livre sur JP Morgan et les évènements l’ont fait dériver vers la compréhension de la crise bancaire.

Le livre est un peu composite. Il mêle des faits connus et même ressassés sur les CDO et les CDS, en même temps que des descriptions originales du comportement et des propos des acteurs.

La naissance du contrat Bistro au sein de JP Morgan, les hésitations des créateurs devant les dangers de leur œuvre, leur relative prudence à l’égard des outils qu’ils avaient imaginés, tout cette partie  est d’une lecture neuve et utile.  De même la manière dont d’autres acteurs vont se ruer sur les nouvelles techniques sans tenir compte le moins du monde des réserves des concepteurs est parfaitement décrite.

La chronique détaillée de la débandade qui a suivi le blocage du marché interbancaire début Août 2007 jusqu’à la chute de Lehman Brothers est intéressante et parfois nouvelle. On voit bien qui a pensé et fait quoi.  

Du bon travail de journaliste travaillant à chaud.

En revanche on reste sur sa fin dès que l’on gratte un peu.

Comme toute la presse économique anglo-saxonne, Gillian Tett pense que la crise est due à la faillite de pratiques bancaires certes novatrices mais finalement désastreuses. Ce serait un accident du progrès. Comme tous les accidents il doit être médité mais en essayant de ne pas remettre en cause le progrès lui-même. Un accident de voiture ne condamne pas la voiture.  

La myopie d’une telle analyse est confondante. Mais interpelle justement par le fait qu’elle est très révélatrice des attitudes qui dominent dans le monde de la finance anglo-saxonne et par mimétisme dans la presse continentale.  

Ce que Mrs Tett ne comprend pas c’est pourquoi on a eu recours à ces techniques et pourquoi elles se sont développées aussi vite. Les fonds nécessaire à toute cette expérimentation ne sont pas tombés du ciel. Les banques ne peuvent pas créer individuellement de la monnaie. Les banques ne se sont pas détournées du financement de l’économie réelle pour se lancer dans des spéculations hasardeuses avec un très fort levier  sans raison. Tout ce contexte est purement et simplement gommé.

 Si les banques se sont lancées en masse et comme des cinglées dans les CDS et les CDO, décuplant en quelques années les sommes en jeu, ce n’est pas dans un accès de folie.  Les logiques sous- jacentes n’apparaissent que marginalement dans le livre. On laisse croire que  seuls l’esprit techniciste et la cupidité sont les moteurs de cette évolution.

Parfois on touche à la vérité. La structure Bistro a bien été inventée pour tourner les règles de Bâle.  Mais pourquoi a-t-on imaginé qu’il fallait le faire ? Là c’est le silence. De même les effets de levier se mirent à s’amplifier les banques recourant de plus en plus à l’emprunt pour financer des opérations spéculatives sur des produits complexes.  Mais pourquoi l’a–t-on fait, partout et avec une telle ampleur ? Aucune de ces questions ne trouvent de réponse parce qu’elles ne sont même pas posées.  

Le résultat est que Gillian Tett ne voit pas la crise arriver et ne la comprend pas. Tout se met à tomber en capilotade mais on ne sait pas pourquoi. D’une façon générale elle décrit bien le comment mais jamais elle n’aborde les causes.

Du coup la grande question devient celle-ci : la finance complexe, les produits dérivés, les CDS et autres CDO sont-ils des formes condamnées du crédit ? La régulation doit-elle mettre fin aux « excès ». Tout deviendra-t-il meilleur dès que ces excès auront été jugulés ?

Dans la pratique rien n’a été fait pour réduire les causes. Les CDO sont morts au champ d’honneur parce que plus personne n’a confiance dans ces machins-là. Mais les CDS triomphent. La spéculation n’a jamais été aussi forte sur les matières premières, les devises, les dettes d’état, etc. On force les banques à se surcapitaliser mais on les laisse vivre dans le même cadre monétaire international délirant.

Finalement le livre de G. Tett a surtout comme intérêt de nous montrer les mécanismes d’une myopie qui dure et dont il est l’exemple type.

Les économistes, les commentateurs et les hommes politiques anglo saxons n’ont pas compris la crise et s’agrippent à ce qu’ils peuvent pour masquer ce fiasco intellectuel. Les économistes, les commentateurs et les hommes politiques non anglo-saxons ont renoncé depuis longtemps à penser et souffrent des affres du perroquet qui n’a plus rien à répéter.

L’anecdotique finit par l’emporter sur tout le reste. C’est le cas de ce livre. Mais c’est aussi le cas de toutes les institutions chargées de réfléchir à la crise et aux moyens de la prévenir pour le futur.

Quatre ans après le blocage de l’été 2007, et alors que partout les signes d’une aggravation de la situation se multiplient, cette incapacité radicale a quelque chose de fascinant.

De la crise intellectuelle, à la crise économique et à la crise politique

2011 sera l'année de la peur écrivions nous au 31.12.2010. Les secousses actuelles donnent malheureusement de la résonnance à cette prévision.

 

En cette veille de bataille politique pour sauver l'Euro, alors que la Chine est paniquée par les risques qui pèsent sur ses réserves, que les Etats-Unis relancent un plan de "Quantitative easing", le troisième, ( en clair ils font à nouveau fonctionner la planche à billets de façon frénétique, provoquant la hausse de l'or et du Franc suisse),  alors que trois ans après le début de la crise, la stagnation perdure, que faire sinon rappeler ce que nous écrivions il y a six mois ? 

 

 

 

 

"Aujourd'hui nous sommes dans une situation où tous les agents économiques souffrent à raison des conséquences  des politiques structurellement fausses suivies depuis 1973.  Alors que le trend de croissance est toujours là et aussi puissant.  Les pays qui comme la France ont fait le choix de l'étouffement fiscal  stagneront dans la durée.  L'Europe  prisonnière de ces contradictions essaiera de manœuvrer pour essayer de dégager la charrue qui est désormais bien calée sous les pieds des boeufs.  Les Etats-Unis  n'ont pas défini de stratégie alternative : leur horizon est médiocre. La Chine ne pourra pas indéfiniment poursuivre une politique mercantiliste. Le Japon ne peux plus laisser sa monnaie s'apprécier plus avant tout en laissant l'endettement interne atteindre des sommets phénoménaux.  

 
Donc quelque chose cèdera.  A l'impossible nul n'est tenu .


2006 avait été l'année de l'illusion : on était sorti de la crise de 2001-2002. Mais dès juillet aux Etats unis la construction avait baissé ainsi que les prix de l'immobilier. Et le marché des CDS s'emballait.


2007 aura été l'année de l'incompréhension.  Le marché bancaire s'était bloqué. On ne comprenait pas pourquoi.  Les banques tentaient de se passer le mistigri des mauvaises dettes. Mais l'économie était en pleine phase de haute conjoncture. Le petit nuage noir du marché interbancaire surprenait dans le ciel grand bleu de la croissance.


2008 aura été l'année de la stupeur : une crise de type 1929 était finalement possible alors que tout allait si bien.


2009 aura été l'année du choc. L'effondrement économique est énorme. Du jamais vu depuis les années trente. Les banques centrales sont débordées. Les Etats entrent en jeu. Tout le monde fait ce qu'il s'était juré de ne jamais faire.  


2010 aura été l'année de la faillite des illusions. La guerre des monnaies, la déréliction des finances publiques des Etats sont venus à bout des certitudes.  Les banques centrales vertueuses se mettent à faire tourner la planche à billets. Les politiques ne savent plus à quel saint se vouer. Partout dans le monde les Etats tirent à hue et à dia en se moquant des "consensus"  dont on se repaissait naguère.


2011 sera l'année de la peur.  Normalement l'année devrait être une année de consolidation avec un rattrapage faible mais réel .  Comme tout peut arriver, les agents vivront dans la peur. Peur de l'explosion des prix des matières premières et notamment du pétrole ; peur de l'explosion de la zone Euro ; peur de perdre toute son épargne ; peur de perdre son emploi ; peur que sa progéniture n'arrive pas à s'insérer dans les nouveaux  courants économiques ; peur de mouvements sociaux destructeurs ; peur de l'effondrement des banques… et le H1N1 revient !  


Si les Etats se concertaient autour d'une réforme structurelle des changes et du système financier mondial, montrant à la fois qu'ils avaient compris la crise et mis les moyens d'en sortir dans la durée, toutes ces peurs s'évanouiraient en un instant.  
Notre vœux pour 2011 est tout trouvé :

Sortir de la peur !


                           par la réforme du système monétaire international.
"

 

Il suffit de lire des articles comme le suivant dans la presse britannique pour se rendre compte qu'aujourd'hui la foi dans un système de monnaies administratives liées par des changes flottants a disparu y compris au pays qui pensait en bénéficier le plus.

 

 http://www.telegraph.co.uk/finance/comment/ambroseevans_pritchard/8638644/Return-of-the-Gold-Standard-as-world-order-unravels.html


Dommage qu'il faille la pédagogie des catastophes pour faire pénétrer un peu de lueur dans les esprits des dirigeants.

 

La presse nationale française, elle, reste muette ainsi que les difigeants politiques de tous bords.

 

 

Didier Dufau pour le  Cercle des Economistes E-toile.

 

Une traduction scandaleuse : lettre ouverte à l’éditeur !

Nous donnons par ailleurs une analyse du livre de Gillian  Tett, l’Or des fous, paru au « Jardin des Livres ».

Nous voulons ici pousser un cri d’alarme devant la dégradation de la qualité des traductions en français des livres économiques et financiers anglo-saxons.  On comprend l’urgence. On comprend la nécessité de contenir les coûts. Mais avec la traduction du livre de Gillian Tett, on atteint réellement le bout du chemin vers le n’importe quoi. Le traducteur ne connait rien à la finance. Il ne comprend visiblement pas l’anglais. Quant au français ! Le résultat est encore pire que ce qu’un cauchemar effroyable aurait pu vous faire craindre.  

Passons sur le fait que le traducteur ait cru devoir remplacer toutes les prépositions du français par « au niveau de » ce qui donne au texte la grâce qu’on imagine. Passons aussi sur les mots à mots approximatifs, les lourdeurs de style qu’on reprocherait à un enfant de huit ans, les répétitions inlassables.  Le traducteur n’aurait jamais réussi l’examen de sixième du temps où on le faisait passer. C’est tellement nul qu’on penserait que le traducteur l’a fait exprès pour protester contre la rémunération sans doute modeste qu’il a reçu.

Là où cela devient non seulement affligeant mais scandaleux, c’est lorsque les contresens et les erreurs de traduction s’accumulent au point de rendre le texte de l’auteur incompréhensible. S’agissant d’un sujet technique, les produits financiers complexes, où l’auteur recherche une forme de pédagogie, on peut parler de trahison complète. Le lecteur est volé dans  l’affaire.

On pourrait rire, devant le comique de certaines traductions. Mais c’est la colère qui au final l’emporte car le traducteur, et l’éditeur français, nous font perdre notre temps en même temps que notre argent.

Quelques exemples :

« Un produit dérivé n’est rien de plus qu’un contrat dont la valeur provient d’un autre atout ».   Formidablement clair, non ? Il est vrai qu’à travers tout le livre le traducteur va traduire Asset par atout ! Ce qui nous vaudra la phrase tout aussi éclairante : « La façon de s’isoler par rapport à cette volatilité extrême consistait à acheter un fonds diversifié  d’atouts ».  Et dix de der !

Plus étonnant encore le verbe « achieve » (réaliser)  est traduit par « réduire ». D’où cette phrase exemplaire : « L’équipe réduisit une série de transactions de milliards de dollars ».  Syntaxe créative fournie gratuitement en sus.  Ou aussi : « La municipalité s’était rapprochée de JP Morgan pour lui demander de réduire une transaction similaire ».   

Un « exchange » en anglais est normalement traduit par le mot bourse. La London Stock Exchange est la bourse de Londres. Pas pour notre traducteur pour qui un « exchange » est naturellement un échange.  La « sécurisation » n’est plus la titrisation mais la sécurisation. Les « billions » deviennent des « billions » (sic). Le « revenue », chiffre d’affaire,  devient le bénéfice. « Complete » (finir, achever)  devient compléter. Les « politicians » (hommes politiques) deviennent des politiciens.   Barbarismes, mots pris pour d’autres, faux sens, inversions de sens, rien ne rebute notre apprenti traducteur qui a dû confier le travail à son outil de traduction automatique pour aller plus vite.   

On dirait ces versions latines où le malheureux a découvert dans le Gaffiot  que tous les mots ont plusieurs sens et a choisi au hasard les termes qu’il a retenus sans même chercher à savoir si la phrase résultante avait finalement le moindre sens.  

N’insistons pas sur les phrases  dont les verbes n’ont pas de sujet, ou sont au singulier lorsqu’il y a plusieurs sujets, ou sont au passé en début de phrase et à l’imparfait en fin. La concordance des temps n’a pas plus de réalité pour le traducteur que la banque et la finance moderne. Les pronoms sans antécédent sont de règle.

A la limite la lecture devient un jeu pour essayer de déterminer le mot anglais mal traduit et  le sens probable de la phrase source en anglais.

Mais rapidement on est terrassé par des phrases sans queue ni tête : « La question cruciale qui se posait se situait au niveau du temps ». Le soleil ne se lève il est vrai jamais sur la traduction ! « Le panorama est désorientant ». Mais pas autant que la traduction !   « Les fonds spéculatifs avaient tendance à être alloués ». Mais la traduction n’est pas à louer. « Les banquiers se consolaient  en pensant que les transactions ne s’élevaient pas au montant de la nationalisation  actuelle ».  Le lecteur aura, lui,  du mal à se consoler de son achat.

La fin du livre comporte un glossaire donnant le sens des concepts les plus complexes de la finance moderne. Il est à fuir absolument dans sa traduction française où le niveau de grotesque atteint le firmament.

Un exemple : « Corrélation : niveau auquel le prix de l’actif, les évènements ou les risques bougent de la même façon ».  Quillet, Robert et Larousse sont enfoncés !  Il est vrai que la corrélation entre le texte original et la traduction, pardon « le niveau où ça bouge de la même façon »   n’est pas perceptible.

Vous serez très avancés en lisant que le « marché repo » « est une façon d’emprunter ou de prêter des tires (sic) en échange d’argent ». La casse de Saint Ouen  n’a qu’à bien se tenir !

Qui saura ce que signifie le galimatias suivant : « Les organes d’investissement structuré sont étroitement liés aux conduits » ?  

Le conduit d’égout est certainement l’endroit où la traduction de cette madame Anne Confuron (Âne Confusion ? ) devrait finir. Le plus vite sera le mieux. Même si elle a commis cette provocation pour se venger des clopinettes qu’elle a reçues pour traduire (l’interprétation la plus favorable).

Mais quelle responsabilité a pris l’éditeur, Le jardin du Livre, Boîte postale 40704 Paris 75827 Cedex 17,  01.44.09.08.78, pour accepter de publier un tel torchon.

N’achetez pas la traduction française.

Ce n’est pas une traduction.

Et elle n’est pas écrite en français !

Indignez-vous

Le pire des spéculateurs

Toute une série de livres, parfois d'une extrême médiocrité, essaient d'exploiter la crise que nous venons de traverser en chauffant le ressentiment des lecteurs et leur goût du sensationnalisme. Un des filons exploités par ces auteurs est de "stigmatiser" la cupidité de certains intermédiaires financiers qui auraient sciemment plumés le grand public en réalisant des spéculations totalement folles avec l'accord des autorités publiques et des régulateurs.
 
Nous pensons ces rationalisations moralisatrices, un cocktail dangereux dans toutes les disciplines, particulièrement peu significatives.
 
Lorsqu'on regarde avec un peu de soin où se cache les plus grosses pertes, on se rend compte que les plus grosses spéculations se cachent dans les placements les plus classiques et dans des constructions para étatiques censées être stables et sereines.
 
Prenons l'assurance-vie en France. C'est une construction entièrement artificielle  construite en collaboration entre les grandes banques et l'Etat. La dimension fiscale est primordiale. La collecte concerne des sommes considérables. On constate aujourd'hui qu'une bonne partie des dettes dangereuses des états du sud de l'Europe sont nichés dans ces contrats.  Pourquoi ? Simplement parce que les banques et assurances ont voulu doper un petit peu leur rendement apparent pour appâter le client potentiel. On sait que le "marketing"  de ces produits est parfaitement trompeur. On laisse les vendeurs exalter le taux d'intérêt des premiers mois pour les nouveaux souscripteurs , dont la rentabilité est de ce fait totalement artificielle,  tout en taisant qu'après le rendement chutera et qu'une partie des intérêts seront prélevés pour doper le taux  des nouveaux souscripteurs. Comme la différenciation se fait uniquement par le taux d'intérêt, sur des pouième de pourcent, il importe néanmoins de doper le rendement moyen.  C'est ainsi qu'on a vu tous les gestionnaires d'assurance vie se gorger de dettes grecques qui peut représenter sur certains contrats plus de 10% de la partie Euro.

Venu là uniquement pour des raisons fiscales et dans un souci de conservation patrimoniale, le souscripteur se découvre spéculateur sur des dettes irrécouvrables. Globalement cela représente des centaines de milliards d'euros. Madoff est enfoncé.  Evidemment le gouvernement en profite pour supprimer une partie des avantages fiscaux.  L'épargne gérée en symbiose par l'Etat et les grandes banques, sur des contrats qui n'ont d'intérêt réel que pour eux, s'avère dramatiquement spéculative !

Si la zone euro explose les épargnants plus que les banques seront impactés.

Rappelons que le mécanisme a été tout à fait le même pour les produits de trésorerie "dynamiques".  Le cadre ici encore est totalement étatique.  L'épargnant de base ne sait rien du produit sinon le taux d'intérêt versé. On lui fait miroiter un taux marginalement  meilleur que celui du voisin. Sans lui dire qu'on lui a collé des milliards de subprimes hyper-spéculatives mais cautionnées par les agences de notation et admises par les régulateurs. Les pertes pour l'épargnant ont la aussi été largement supérieures aux folies Madoff.

Pour finir gardons à l'esprit que les "fonds de fonds" ont souscrit à du Madoff pour la même raison : doper un petit poil les rendements pour séduire le petit épargnant.

Le pire spéculateur n'est donc pas le petit vicieux qui cherche par des tours de passe-passe a gagner des sommes ahurissantes ou le spéculateur éhonté qui utilise un levier gigantesque pour doper ses gains potentiels, mais la coalition état-banques-assurances qui par la législation et la fiscalité monte des cadres de collecte d'épargne censés être stables et sans grands risques et qui s'avèrent en réalité exclusivement rentables pour leur promoteurs et dangereux et trompeurs pour le grand public.
 
Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile.



Crise mondiale : trois ans de blog , 277 messages et 81.800 lectures après !

Cela fait exactement trois ans que le Cercle des économistes e-toile a ouvert ce blog pour faire entendre des analyses solides qui ne se retrouvent généralement pas dans le débat public, soit parcequ'elles sont réputées trop techniques, soit parce qu'elles ne correspondent pas à l'esprit du temps ou aux idées des puissances dominantes.

Exposer c'est s'exposer. Nous n'avons refusé aucun débat, aucune prise de position. Notre originalité c'est de l'avoir fait avant que l'histoire ne tranche les questions posées.

En juin 2008 la question était de savoir si nous allions vers "une crise". Nous avons répété que bien sûr nous y allions et qu'elle serait exceptionnellement sévère, tout en refusant de parler de retour à 1929 et à la dépression.  

Nous en avons donné le diagnostic dès avant que la chute de Lehman Brothers ne vienne déclencher la prise de conscience générale que nous n'échapperions décidemment pas à une récession  mondiale.

Nous ne lassons pas de le répéter car il n'est toujours pas compris ni exposé dans les grands médias ni lors des grandes réunions internationales.

La grande récession est à la fois une récession classique du cycle quasi décennal qui existe depuis plus de deux cent ans,  et la conséquence des défauts rédhibitoires  du système monétaire international des changes flottants, aggravés par les politiques détestables suivies d'une part par les Etats unis, dont la FED a pratiqué un "benign neglect" monétaire dramatique  et d'autre part  par des pays mercantilistes comme la Chine, le Japon et l'Allemagne.

Elle comporte donc un aspect cyclique dont l'étude n'est plus faite  depuis des lustres, tant la conviction abusive et illusoire s'est installée  qu'on avait trouvé le secret d'une croissance sans crise, un aspect institutionnel, le désordre monétaire international des changes flottants, et un aspect géopolitique, les pratiques inconsidérées des puissances.

Nous prétendons qu'un régime de monnaies administratives nationales ou régionales, dont les états ne sont pas responsables, et dont la valeur s'établit sur des marchés dérégulés de changes ne fonctionne pas. La théorie proposée par Milton Friedman s'est révélée désavouée par les faits.  Alan Greenspan après avoir beaucop fauté l'a finalement reconnu.  Rien ne marche comme la théorie le laissait entendre et au contraire les effets pervers se sont multipliés et ont manqué emporter l'édifice.

L'Europe qui a cru pouvoir établir une zone monétaire sur la force d'un simple traité et d'une banque centrale indépendante, dont l'objectif est exclusivement le niveau des prix,  s'est retrouvée structurellement  en défaut.  Sans une politique et sans doute des institutions centralisées aptes à prendre des décisions au jour le jour, dont celle d'émettre des emprunts collectifs en Euro, l'Euroland, dans un système de changes flottants est une institution fragile, vouée au sous emploi et aux tensions internes et externes.

On a bati l'Euro sur une théorie fausse et on essaie de colmater les brèches institutionnelles sans discuter la théorie sous-jacente.

On a admis d'échanger des biens et des services, de même que des produits financiers,  dans le cadre des changes flottants sur une  théorie fausse qui montrent tous les jours ses lacunes gravissimes.

Depuis 1971 ce système absurde va de crises en crises. Chaque crise est réglée  en créant les conditions d'une crise plus grave un peu plus tard. Vous aviez aimé 1974, vous avez eu 1993. Vous n'aviez pas encore digéré ni 74 ni 92 et vous avez eu 2009 !  A chaque fois la récession a été "la pire depuis 1929".

Et qu'avez-vous fait ? Rien.

Pas le moindre diagnostic, pas la moindre réforme de structure.  Les gouvernements ont géré l'urgence. Les déficits publics ont explosé. Les dettes qui avaient grossi de façon monstrueuses depuis trente ans  ont atteint un tel niveau du PIB   que partout, on ne sait plus comment s'en débarasser.

Les pays qui comme la France sont en déficit publics depuis 1974 , ont constamment augmenté impôts et dépenses publiques tout en chargeant la barque des emprunts,  et appartiennent à une zone monétaire  déflationniste  se retrouvent sans emplois, suradministrés  et surdendettés.  

Malheureusement la classe politique toute entière en France reste intoxiquée à la dépense publique ; ses medias crient sans arrêt : vive l'impôt. La justice est assimilée à la sanction des riches et des entrepreneurs.  Le désastre est assignés  à tort sur des fantômes vides de sens concret comme "l'étranger", "la compétition internationale" et "la mondialisation libérale".  Et on veut instituer un salaire maximum ! La "loi du maximum" devrait plutôt rappeler de vilains souvenirs en France !  

Faute d'avoir des idées claires et précises sur des défauts cruciaux et des processus délétères bien cernés, intellectuels et politiques se concentrent sur des débats idéologiques absolument fumeux et sans  pertinence.

Ce n'est guère mieux ailleurs.

Le G.20 et ses dépendances ont établi un diagnostic faux. La crise serait  le fait des banques. Donc on doit réformer les banques. On a insisté : c'est le marché des subprimes qui a mis le feu partout.  Mais a-t-on réformé le marché des subprimes aux Etats-Unis ? Pas du tout.  On donne des contraintes de capîtal aggravé aux banques en tentant d'en limiter la croissance.  Sus à la "grande banques systèmique".   Sus aux bonus des traders.

A-t-on remis en cause les monnaies adminsitratives errantes ?  Chut ! N'en parlez surtout pas.

A-t-on acté que les changes flottants sans concertation d'aucune sorte sinon des jeux de puissance délètères étaient désastreux et devaient être supprimés ? Chut ! N'en parlez surtout pas.

Pas un jour sans qu'un responsable n'évoque d'un air pénétré "la stabilité" financière si nécessaire. Mais il accepter sans bargouiner  des mouvements erratiques de change pilotés par des programmes informatiques   qui auto entretiennent l'instatibilité.

Pas un jour sans qu'un homme politique européen ne critique la valeur trop haute de l'Euro (tout en s'inquiétant de la fragilité de l'Euro, dire deux choses absolument contradictoires dans la même phrase ne semble inquiéter personne).  Mais pas un mot sur les changes flottants qui expliquent cette hausse.

Pas un jour sans qu'un homme politique européen n'affirme que le Yuan est sous évalué de façon grotesque, provoquant délocalisation et stagnation de l'emplopi et du revenu en Europe. Pas un seul qui critique réellement le mercantilisme chinois et qui s'étonne qu'on puisse pratiquer le mercantilisme et la monnaie administrée dans un pseudo système monétaire international de changes flottants.

Pas un jour sans qu'on s'étonne de la dette grecque et de son ampleur par rapport au PIB du pays. Mais en valeur relative elle est du même ordre ou inférieure à celle de pratiquement tous les autres pays industrialisés du monde (Japon, Etats Unis, etc.). Et en valeur relative elle est d'un montant ridicule.

On nous explique que par un effet papillon un pays qui représente un pouième de PIB mondial va mettre le sytème par terre, de même que par le même effet papillon le marché des subprimes américains, quelques pouièmes du marché immobilier mondial, avait déclenché la pire crise depuis 1929 !

Tant d'ignorance et de sottise finit par agacer.

La seule méthode pour sortir d'une crise mondiale de surdendettement (environ 2.000 milliards de crédits sont aujourd'hui gagés sur aucun retour suffisant pour payer principal et intérêt),  est la croissance, après avoir jugulé les causes du désastre.  C'est la croissance qui permettra d'amortir les pertes. C'est la croissance qui permettra de rétablir la rentabilité de certains projets.  Et il faudra bien ruiner partiellement les créanciers. L'euthanasie du créancier doit être douce et progressive.  La  croissance sera l'anti douleur.

Il n'y aura pas de décroissance  heureuse. Il n'y aura pas de solution par la déflation.

Il n'y a aura pas de solution durable sans revenir à la garantie par les états de la valeur extérieure de leur monnaie par rapport à un étalon international  et par des engagements fermes d'équilibres de balances commerciales.  

Des changes fixes et concertés, éventuellement modulables par accords conjoints, surveillés par un FMI rénové et retrouvant son rôle de Bretton Woods, mais épuré des anomalies de 1944 (le droit de veto américain, l'hypertrophie du rôle du dollar), la maîtrise des mouvements de capitaux à court terme, ces mesures seules et seulement ces mesures, permettront de faire face à la situation.

Dans la seconde où un tel système sera mis en place la peur cédera au calcul économique.  La reflation concertée des économies par les états, les banques centrales étant associées a mouvement et se voyant attribuées de nouvelles règles de gestion,  entraînera une croissance non pas sectorielle mais générale.

Malgré la contrainte éconologique qui existe mais qui doit être traitée sans malthusianisme, une nouvelle période de "trente glorieuses" s'ouvrira pendant laquelle les dettes des trente minables seront progressivement éliminées, comme le monde avait&éliminé en trente ans les dettes de la guerre de 40.

A un moment où l'Europe se déchire, où la France se défait, où les Etats Unis vascillent, où les pays émergents voudraient bien confirmer leur sortie de chrysalide, où la Chine abuse,  où les institutions internationales sont frappés par le discrédit et l'impuissance,  faute de diagnostic clair et de volonté d'assumer des solutions pertinentes ,   rien ne dit qu'on ne retombe pas sur une période troublée du style de l'entre deux guerre qui avait coûté le même prix à la France que la guerre de 14-18, rappelons le.

Ce n'est pas le scénario le plus probable. Il est même très facile à éviter.

Que l'ont sorte enfin de la sclérose intellectuelle qui fait taire les vraies causes de la crise et interdit de construire les solutions durables dont le monde a besoin !

Depuis trois ans la pédagogie tragique des réalités aurait du faire son oeuvre.  Combien de désastres faudra-t-il encore subir, combien de centaines de millions d'emplois gâchés, de centaines de millions de carrières brisées, de centaines de millions de pauvres  désespérés, pour que la cécité qui frappe nos élites fasse place à une minimum de courage, de compétence, de pertinence et de connaissances ?

Oui nous déclarons que le G.20 est composé de lâches et d'incapables qui ne voient pas plus loin que leurs idéologies, leurs espoirs nationalistes et leurs petits calculs géostratégiques.   Non Monsieur Sarkozy, il ne fallait pas en même temps parler d'un nouveau Bretton Woods et affirmer qu'il fallait garder le rôle du dollar et les changes flottants. Non Monsieur Obama, il ne fallait pas  prétendre que le flottement général des monnaies dont la monnaie chinoise règlerait la question de l'avenir des échanges financiers internationaux.  Non, Monsieur Hu Jintao  il ne fallait pas déclarer  que la Chine avait le droit d'accumuler des milliers de millards de dollards d'excédents monétaires sans les remettre en circulation dans les économies partenaires en les dépensant au lieu de les placer avec la trouille au ventre que ces trésors se dévaluent.  L'Europe pour sa part s'est tue. Elle se tait tout le temps et accepte d'être la 27ième roue du carosse, alors que tous les fédérolâtres expliquent que sans l'Europe notre voix ne serait pas  entendue !  

Oui nous déclarons que cette crise immense, déclarée sottement imprévisible, n'a pas fait l'objet du diagnostic qu'il convient et que de ce fait toutes les poilitiques lancées n'ont pas de pertinence ni même de sens commun .

Le monde s'engage dans le n'importe quoi  comme en 1974, comme en 1993.  Il espère un miracle. Il ne viendra pas.  

On peut craindre que dans trois ans on ne soit amené une nouvelle fois à le constater si ce blog dure jusque là.

En attendant merci à ceux qui ont eu le courage de ces 80.000 lectures qui nous honorent et qui nous obligent.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Les eunuques et le Lupanar

La crise économique majeure commencée avec le blocage du marché interbancaire fin juillet 2007, aggravée par la chute de Lehman Brothers en septembre 2008 et approfondie en récession lourde en 2009,    peut être désormais considérée avec un recul de quatre ans.

Quelles réformes a-t-on fait ?

Pratiquement aucunes et le peu qui a été décidé ne concerne que le secteur bancaire.

Il est vrai que comme dans toutes les récessions décennales le dérèglement du crédit est une des sources majeures des difficultés.  Mais est-il juste d'affirmer que le comportement spécifique des banques ou de certaines banques est à l'origine de la crise ? Est-il approprié de mettre une camisole de force aux banques après les avoir consiencieusement sauvées  ?

Rappelons que malgré toutes les sottises qu'on écrit sur la question les banques ne peuvent pas individuellement créer de la monnaie et enfler seule leur bilan.  Or la caractèristique propre de cette crise est qu'elle a vu dans le monde entier et en particulier dans le monde développé le gonflement aberrant de l'endettement privé et public.

L'endettement global qui oscillait entre 80 et 150% du PIB a progressivement fait sauter tous les verrous.  Des pays comme l'Islande ou l'Irlande se sont mis à supporter des endettements supérieurs à 1000% du PIB. Les Etats Unis ont dépassé les 400%. L'Europe est à peine en dessous de ces chiffres.

Il va de soi que les banques sont par nature les manipulateurs de cette dette. Mais sont- elles responsables de leur niveau par rapport au PIB ? Evidemment non.  En revanche la carence de remboursement de ces dettes les met en première ligne. L'effondrement des banques signifierait l'effondrement de l'économie.  Nous sommes donc dans cette situation paradoxale où les banques sont désignées comme les responsables de la crise et sauvées énergiquement...par l'endettement public, porté par ces mêmes banques.

La décence intellectuelle aurait été pour les économistes de comprendre et d'expliquer pourquoi les taux d'endettement globaux avaient autant augmenté et le caractère insoutenable de cette hausse.  Dans le monde officiel personne ne s'y est risqué et rares sont les voix qui expriment encore aujourd'hui une explication analytique de ce phénomène.  

Nous avons essayé de le faire ici et on connait notre explication. La conjonction d'une politique monétaire  laxiste  aux Etats-unis et du mercantilisme Chinois a conduit à une double pyramide d'endettement d'une hauteur phénoménale. Les changes flottants et les dérégulations financières ont brouillé et aggravé la situation, empêchant les acteurs de voir les réalités.    Ce théâtre d'ombres a fini par s'effondrer sur la tête des acteurs lors d'un épisode traditionnel du cycle décennal.

La seule réforme qui vaille est naturellement celle du système monétaire international, source principale du désastre.  Un système de monnaies adminsitratives, gérés par des banques centrales plus ou moins autonomes, et dont la valeur s'établie au jour le jour sur le marché flottant des changes, ne fonctionne pas. Point stop.

Dans un tel système plus personne n'est responsable de rien et  les papiers financiers qui s'échangent finissent par n'avoir que le sens qu'on veut bien leur prêter.  Les déficits américains alimentés par une création monétaire absurde par A. Greenspan et désormais Bernanke ont été à l'origine d'un gonflement permanent des liquidités mondiales d'autant plus violent que la Chine replaçait systèmatiquement ses excédents eux-même absurdes...sur le marché américain.

La stagnation économique provoquée par la perte  d'industrie en Occident a été partiellement masquée par une politique de crédits intenable dans les domaines de la consommation et de l'immobilier, crédits dont les dangers sont connus.  Et par l'acceptation de déficits publics faciles et peu couteux à financer.    Le crédit n'a de sens que si une source de richesse future permet de le rembourser.  L'ennui c'est que le déficit public, la consommation et même l'immobilier n'apportent aucune augmentation de richesse solvable permettant de rembourser. Ils doivent au contraire être financés par une création de richesses exogène.

Le flottement général et l'internationalisation de mouvements de capitaux absolument libres de leurs mouvements, aggravés par la cotation continue des valeurs, qui fait la part belle aux ordres artificiels des ordinateurs, commandés par la seule force interne  de l'évolution du marché, interprêtée  par des algoritmes  et non plus par les besoins des agents,  a littéralement asphyxié toutes les réflexions réelles sur la nature du sous-jacent.

Il va de soi que la seule solution durable était de mettre fin aux changes flottants et de rendre aux Etats la responsabilité de veiller à la fois à la valeur externe de leur monnaie, à l'équilibre de leurs comptes extérieurs  et au plein emploi chez eux.  Ce système esquissé  à Bretton-Woods sur une forme biaisée par la surpuissance américaine de 1944 avait donné les "trente glorieuses". Pas si mal !

Cette solution , rappelons le :  la seule solution, supposait des changements radicaux d'attitudes. Les Etats-Unis devaient sortir du Benign neglect ; la Chine, le Japon et l'Allemagne d'un mercantislisme forcené.  Les capitaux courts ne pouvaient être laissés totalement libres. Et les sources de création monétaire exogènes devaient être aussi bien contrôlées que les sources internes.  Des changes fixes, des cotations périodiques et non plus continues, une surveillance par les Etats de leurs principaux indicateurs économiques, un meilleur encadrement du crédit,  n'empêcheraient pas totalement les crises décennales. On sait que leur mécanisme est latent.  Mais elles seraient plus courtes, moins profondes et surtout encadrées par des périodes de croissance plus fortes.

Et tous les agents auraient la tête tournée vers l'avenir.

Les seules réformes faites auront eu pour but de châtrer les banques, après les avoir sauvées,   sans changer d'un pouce le système institutionnel global dans lequel elles évoluent.  

En un mot, on veut désormais des eunuques pas trop gras  dans un  lupanar inchangé.  

Mieux vaut en rire.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes é-toile.



Dire non à la déflation

Depuis les décrets Laval nous savons en France que la déflation, "cela ne marche pas".  La phase d'hyper gonflement des dettes qui a marqué le passage aux changes flottants  à partir de 1973 est évidemment arrivée à son terme. Une page se tourne. L'inconscience, dans ce domaine n'est plus de mise.  La récession de 2009 a provoqué un surgonflement des dettes publiques qui a encore aggravé les choses.  Nous sommes devant une montagne de dettes dont il va bien falloir se débarrasser. Toute la question est de  le faire sans faire exploser ce qu'il reste du système. 

Notons d'abord que les dettes non gagées sur un flux de valeurs futures réelles se situent mondialement dans l'ordre de grandeur de 3.000 milliards de dollars, venant fin 2008 de 3.500 Md$.  On en a donc déjà éliminé une partie.  Et qu'on peut assez facilement en éliminer encore une bonne partie en mettant le temps de son côté. Le hanneton pousse sa boule de crottin devant lui mais elle se réduit progressivement.

L'important c'est qu'il y ait de la croissance. Donc qu'on évite à tout prix la déflation. Le prêchi-prêcha moralisateur  sur la vertu de la cigale qui doit se transfromer en fourmi est parfaitement ridicule. Valable pour les individus il est décalé pour les peuples.

Seule la croissance permettra de se débarrasser de la  pyramide de dettes qu'on a laissé gonfler pendant trente ans de désordres du système monétaire international.

La première urgence est de réformer le système monétaire international. La seconde de mettre le monde dans une perspective de croissance non spéculative.

L'affaire Grecque est le comble du ridicule. Tout le monde s'amuse à se faire peur. Mais quelques chiffres donneront la mesure du dérisoire de ce débat. En un an les réserves de changes de la Banque Centrale Suisse ont  grimpé de 150 milliards de FS.  Uniquement par panique. Les besoins de refinancement vraiement chauds de la Grèce sont de l'ordre de 50 milliards. Il suffirait que la BCS prête son excédent de devise à la Grèce pour qu'il n'y ait même plus de soupçon de crise. Et il lui resterait encore 100 milliards dont elle ne sait que faire.  En un an ses réserves ont perdu plus de 30 milliards. C'est à dire plus que la perte qu'elle pourrait envisager au pire sur les prêts à la Grèce !

Si on prend la Chine, c'est maintenant des chiffres 10 fois plus forts qu'on manipule.  Et les pertes de change de la Chine se comptent en centaine de milliards de dollars.

L'Europe elle-même pourrait résoudre l'affaire en trois secondes. Il suffirait d'émettre des bonds européens à bas taux. Evidément établir une zone monétaire sans la gouvernance qui va avec était une absurdité. Mais les solutions existent. 

Un article du FT nie cette réalité. Il évoque le dégoût des européens pour l'Europe. Le rejet serait social et moral.  En vérité les Européens sont lassés qu'on leur mente. Une europe passoire et zone d'ajustement des puissances extérieures dans la confusion totale et  maintenant la crise économiqe suivie d'une déflation organique, les désespèrent. C'est clair et c'est normal.

Mais ce n'est pas une fatalité.  Les désordres monétaires internationaux, l'erreur conceptuelle des changes flottants, la soumission de l'Europe aux Etats-Unis, le grégarisme de ses hommes politiques, la déréliction de sa presse, tombée si bas qu'on se demande comment elle pourra un jour remonter, sont des défaillances graves que les peuples ont raison de critiquer.

Il n'y a pas d'avenir dans la déflation, la surtaxation générale, les restrictions permanentes, la guerre ouverte des monnaies, la fin du libre échange, la destruction de l'Europe.Il n'y a pas de décroissance heureuse.  Chassons les bonimenteurs !

Il faut organiser une croissance mondiale équilibrée et durable. Cela suppose le retour aux changes fixes et la responsabilité des Etats sur la valeur externe de leur monnaie, un étalon international, des échanges équilibrés, la maîtrise des mouvements de capitaux à court terme, la fin du "day trading" et des cotations continues par ordinateur.

Malgré un système  déséquilibré par la surpuissance américaine et la primauté du dollar, les accords de Bretton Woods avaient permis les "trente glorieuses" et surtout l'élimination des dettes énormes de la guerre.

Aujourd'hui c'est le même mécanisme international qu'il faut mettre en place. Bien sûr la Chine, le Japon et la l'Allemagne devront partiellement abandonner leur mercantilisme. Bien sûr les Etats-Unis perdront l'avantage indu du dollar.  Bien sûr l'Europe devra régulariser sa gouvernance.

Mais trente nouvelles glorieuses  seront devant nous. Alors que nous nous dirigeons vers une grande dépression du type de celle qui a frappé la fin du XIXème siècle.

Il n'ya pas d'avenir dans la financiarisation  débridée d'un monde de monnaies administratives laissées à des gnômes ou à des Etats irresponsables.  Il n'y a pas d'avenir dans la déflation. 

Il existe un chemin. Mais aucune personalité politique d'envergure pour le  montrer.

C'est consternant.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



FMI : le navrant consensus, de Rogoff au Figaro

K. Rogoff est un économiste qui lorsqu'il était au FMI avait annoncé que le monde était entré dans une phase nouvelle où les récessions seraient désormais bannies. Son graphique bien connu qui montrait que "les crises étaient de moins en moins graves" est sans doute le cas le mieux documenté d'inconscience totale de la part d'un économiste officiel. 

Nous avions lourdement critiqué ce rapport à l'époque, montrant que les déséquilibres absurdes liés aux changes flottants et au benign neglect des Etats-Unis chargeaient tellement la barque qu'elle allait sérieusement tanguer. Nous eûmes alors la crise dite, à tort, des pays émergents, puis la récession décennale de 2001 puis la grande récession actuelle. 

Il ne faut pas croire que ces énormes erreurs aient le moins du monde entâmé la passion des médias pour la pensée de cet expert.  Expert un jour, expert toujours.

Le voici prenant position sur les candidatures à la présidence du FMI. Evidemment il soutient à mort le candidat mexicain, ancien collègue, formé à Chicago, dans la mouvance américaine depuis toujours. Un monétariste américanisé, il n'y a que cela de vrai !  Il regrette naturellement la sur-représentation de l'Europe  et se désole de voir que ces satanés "frenchies" aient trouvé, avec le thème de la promotion féminine, un biais pour donner toutes ses chances à Mme Lagarde. 

Pas un mot naturellement sur le droit de véto américain, dont on attend encore une seule justification, ni sur la contrepartie du "deal" de Bretton-Woods, la dévolution à un américain de la direction de la Bird.  Là, les questions de "compétence" ne se posent pas !

Pas un mot non plus siur la crise du système monétaire international et la crise existentielle qui frappe le FMI depuis qu'ils ont été institués.  S'il fallait qu'un économiste réfléchisse aux questions de sa discipline, cela se saurait. Partisan des changes variables et de la financiarisation à outrance de l'économie mondiale, et valet au petit pied de la triplette tragique (Rubin, Greenspan, Summers) il n'a strictement aucune vision des difficultés actuelles que non seulement il n'a pas vu venir mais dont il a fardé l'analyse.

Pour ce partisan de la finance débridée, le FMI a perdu tout rôle structurel et il le sait. Pour lui ce n'est qu'un sous machin permettant aux Etats unis une diplomatie pas chère avec l'argent des autres.

On rira donc de sa conclusion  : "ce n'est pas parceque le FMI et en crise de vocation qu'il doit avoir une mauvaise gouvernance". 

On rira moins qu'on aura constaté le sondage du Figro expliquant que les Européens et les Français en particulier considèrent comme des moutons qu'il faudrait être gentils avec les pays pauvres et leur donner plus de droit, en cédant ceux de l'Europe et seulement ceux de l'Europe.  

La presse française est une presse de moutons bêlants dans la mouvance américaine. Le Financial times ou le Wall Street Journal déclarent le bien penser. Ils suivent comme des Panurge. Pourquoi s'étonner que l'Europe soit devenu la variable d'ajustement des autres. De tous les autres. 

Voir les Français, peuple un moment fier et capable de rebellion, transformés ainsi en moutons tondus ras et contents de l'être a quelque chose de tragique.  D'autant plus que pas un d'entre eux ne comprend à quoi sert le FMI ni les drames provoqués par les défauts du système monétaire international. Nullité et humilité d'esclave consentant, voilà nos vertus modernes !

Quelle honte.

 

 

 

 

 

 

 

Quel modèle de relations économiques internationales ?

Comme toujours après une récession décennale la mode et l'esprit ambiant sont  à la remise en cause du libre échange.  Le chômage est élevé et les gouvernements sont sommés d'agir.  Restreindre la concurrence  étrangère est quasiment un réflexe.   Le rejet porte aujourd'hui sur la "mondialisation" et même sur la simple construction européenne.  Les mouvements de capitaux, d'hommes et de marchandises deviennent suspects.  Toute récession est d'abord porteuse d'une régression de l'humanisme  et d'un repli identitaire.

Les "élites mondialisées" deviennent de sombres suspects.

Faut-il réellement revenir sur les libertés internationales nouvelles qui se sont épanouies dans les trente dernières années  et notamment les libertés économiques fondamentales ?

La réponse est naturellement non mais cette position doit s'accompagner immédiatement d'un important codicille : les libertés s'organisent.  Une organisation peut être bonne ou mauvaise. Une mauvaise organisation des libertés peut conduire à des  catastrophes  ou tout simplement à de mauvaises performances. Une bonne organisation peut être bénéfique.

Prenons la liberté des mouvements de capitaux. Permettre aux capitaux de s'investir là où des perspectives sont intéressantes  ne saurait être considéré comme contre productif.  En revanche  une organisation monétaire de changes flottants où 98% des mouvements de capitaux sont déterminés par des ordinateurs à des fins de pure spéculation à court terme permet-elle d'assurer le meilleur emploi de la liberté des mouvements de capitaux ? Nous pensons que non.

De même la liberté des échanges de biens et de services ne peut se concevoir que dans un cadre adéquat. Imposer des contraintes de production phénoménales dans un pays tout en admettant la concurrence de pays qui n'ont pas ces contraintes ne peut pas être sans conséquences. Le cas de l'industrie du médicament  en France et en Europe est significatif. Elle s'est intégralement  délocalisée en Inde et en Chine. Intégralement. On n'est plus dans l'échange mais dans la perte de substance radicale.  Assurer la gratuité du médicament pour les consommateurs, encadrer toute l'activité de production avec des contraintes de prix et derèglementation,  favoriser les génériques, bloquer au nom du principe de précaution pratiquement toutes les recherches et les expérimentations,  tout en ouvrant intégralement les frontières, tout cela ne pouvait qu' aboutir à un pareil désastre.  

Il est tout aussi évident que la mise en place d'un système d'aide à la personne fondé sur la gratuité et la subvention  indifférenciées  aura un effet polarisateur direct  sur les mouvements de migration.  Dire à un pauvre d'un pays pauvre : si tu arrives à venir en France tu auras le droit à un logement, à l'éducation, à la santé, et même un revenu minimum sans travailler que tu pourras compléter par la mendicité  ou le travail au noir  a un effet magnétique dont les conséquences sont évidemment plus que sensibles.

Les expériences de liberté  totale ont eu lieu d'abord au sein des nations, en sachant que les tensions seraient arbitrées par une puissance centrale légitime.  On voit bien que l'Europe qui est une zone d'extension des libertés totales  ne peut bien fonctionner qu'avec une certaines centralisation de la gouvernance et une harmonisation des réglementations et des conditions de vie.  Nous vivons aujourd'hui  dans le domaine monétaire avec la Grèce et les pays de l'Euroland surendetté,  dans le domaine commercial avec  le mercantilisme allemand, dans le domaine des mouvements de personnes avec l'éparpillement des ROM  hors de Roumanie et de Bulgarie, des tensions qui ne peuvent pas être calmées par les bons sentiments ou les pétitions de principes.  Il faut un cadre de fonctionnement différent de ce qui est en place.  

Prétendre qu'une expérience de liberté totale peut fonctionner pour le monde entier sans qu'aucune des conditions de bonne organisation de ces libertés et de bonne gestion des tensions qu'elles génèrent ne soit  mise en place est du domaine de la gageure.

La méthode qui consiste à dire : mettons en place les liberté et les structures devront s'adapter de crises en crises  a des adeptes.  Les conséquences peuvent être désastreuses mais, diable, le désastre porte sa pédagogie.  C'est en gros la méthode employée en Europe. Mettre systématiquement la charrue avant les bœufs  c'est bien sauf quand les bœufs ravagent la charrue en la piétinant.  On voit aujourd'hui que cette méthode a provoqué un véritable rejet dans les différentes opinions publiques européennes  et  qu'elle suscite des effets délétères pour l'avenir de l'Union Européenne.

Nous préférons pour notre part un système d'irrigation avec écluses et pompes à une force brutale de torrents alternativement secs  ou bouillonnants.  Bien sûr  qu'il faut que  l'eau circule. Mais pas en n'importe quelle quantité et pas n'importe comment.

Des libertés totales avec un simple système de normes  gérées par des organismes genre OMC, cela ne marche pas.

Oui il faut un système monétaire international organisée.

Oui il faut  tenir compte des différences de conditions de production dans les échanges de produits.

Oui il faut faire attention à l'ouverture des "droits à" dès qu'il a des possibilités migratoires.

Cela peut conduire à des positions en apparence contradictoires. Nous avons été en faveur de la circulaire Bolkenstein  et en même temps nous regrettons la suppressions du tarif extérieur commun de l'Union européenne.  Nous sommes contre la taxe sur les transactions financières tout en étant pour des changes fixes.  Nous sommes pour l'exercice en Europe de toutes les libertés publiques indépendamment de la nationalité des membres de l'Union, mais pas à l'ouverture à tout va de l'Europe à qui en fait la demande  sans organisation des transitions nécessaires.  

En vérité le débat doit être sur les modes d'organisation des libertés  économiques pas sur les libertés elles mêmes



FMI : les St-Jean-Bouche-d'or anglo-saxons

Pas un jour depuis que DSK ait déshonoré sa personne, la France et l'Europe, sans que la presse anglo-saxonne par la voix de ses meilleurs "columnists" explique que le temps de la présidence européenne et plus généralement française du FMI est passé.  Il appartiendrait maintenant à l'Europe et notamment à la France de cesser de vouloir une présidence qu'un consensus ancien leur concédé au profit des élites formées aux Etats Unis et qui ont fait carrière dans les pays émergents.

Bien entendu ces amoureux tardifs du tiers monde n'évoquent absolument jamais deux autres anomalies de l'organisation du FMI :

- Le droit de veto des Etats Unis qui crée une dissymétrie des droits autrement choquante

- La sur-représentation des Etats Unis dans le capital de l'institution.

On glisse sur le fait que symétriquement les Etats unis se sont vus attribuer la présidence de la BIRD.

Si on veut jouer une "nuit du 4 août" dans les institutions de Bretton-Woods, faisons le jusqu'au bout.

Créons un fonds monétaire international  :

- Décentralisé : avec plusieurs institutions régionales intermédiaire (fonds monétaire nord américain, fonds monétaire sud américain, fonds monétaire européen, fonds monétaire africain et fonds monétaire  asiatique. Ces fonds auront la responsabilité primaire des ajustements monétaires régionaux.  Un fonds monétaire international coordonnerait les actions des différents fonds et servirait de fonds de fonds pour atténuer les déséquilibres entre grandes zones monétaires régionales.

- Censitaire mais avec des droits et des devoirs égaux pour tous. Le cens devrait être calculé sur le poids respectifs des économies ou des zones dans le commerce mondiale et les mouvements financiers mondiaux. Avec une procédure régulière de rajustement des quote parts.

Faisons la même chose pôur la Bird.

Au passage, il ne serait pas mauvais de définir le rôle et les missions de ces institutions ainsi que les pouvoirs qui leurs sont dévolus.

Rappelons qu'un fonds monétaire international n'a pratiquement pas de rôle théorique dans un système de changes flottants. Les ajustements doivent se faire par l'évolution des cours de change.

Le FMI après des années d'errance et d'incohérences a retrouvé un rôle ponctuel  comme super banque des pays endettés.  Est-ce au FMI de régler des questions de surdendettement de pays petits?  Et si le surendettement cesse, on supprime le FMI ?  Et si le surdendettement ravage comme actuellement de très grands pays comme les Etats Unis et le Japon, sans parler du Royaume Uni et de l'essentiel de l'Europe, que pourra faire le FMI ? Chercher l'argent au Zimbabwe ?

La vraie question n'est pas aujourd'hui de priver l'Europe d'un de ses droits acquis, mais de réformer le système international et de définir en accord avec cette réforme les institutions qui permettent de le réguler, en s'assurant de la parfaite égalité (censitaire) des parties prenantes.

La presse anglo saxonne qui mourrait plutôt que de reconnaître que le système des changes flottants est la source des difficultés actuelles et que la domination des Etats Unis et du dollar  est   "over due" et depuis longtemps  devrait commencer par accepter qu'on aborde le fonds des questions monétaires internationales avant de réclamer la destitution institutionnelle de l'Europe en général et de la France en particulier.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Martin Wolf et DSK

C’est toujours un plaisir de commenter un article de Martin Wolf : lorsqu’on est d’accord sa réputation donne du tonus aux thèses qu’on défend ; quand on ne l’est pas, on sait qu’on aborde une question importante où l’absence d’arguments sérieux serait dommageable.

Martin Wolf dans sa livraison au Monde du 24 mai 2011 rejoint le camp des thuriféraires de DSK. On sait que nous n’en sommes pas. Que  motive ses louanges extrêmes : « décideur audacieux », « politicien efficace », « économiste compétent » ?  Déception : il n’y a aucun argument à l’appui des qualificatifs ;  juste des affirmations.

Et des contradictions. Martin Wolf explique que DSK a été le grand architecte de l’aide aux pays du « Club Med ».  Et il ajoute aussitôt : le programme n’a pas donné les résultats escomptés ». Et que sa poursuite n’en aura pas. DSK aurait donc fourvoyé l’Europe dans une politique impossible ?

Comme nous l’avons mille fois répété, le FMI était une institution chargée de réguler les changes fixes. Lorsqu’un pays menaçait par ses déséquilibres la croissance générale, on lui prêtait les ressources de changes nécessaires le temps que des mesures de redressement soient prises. Le FMI disposait pour se faire de ressources mises en commun et du pouvoir de créer de la monnaie sous forme de DTS. Il s’était doté  d’experts en redressement de politique économique aventurée. Institution keynésienne, le FMI contraignait mais pour permettre la croissance globale la plus élevée, en évitant les guerres de monnaies.

Les changes flottants ont privé le FMI de tout rôle sinon d’acteur complémentaire de la Bird pour les pays sous-développés.  D’où la noria de directeurs temporaires démissionnant dès que leurs objectifs d’image avaient  été atteints et qu’il leur était permis d’atteindre d’autres postes prestigieux.

La chance de DSK est venue d’une crise que le FMI n’a pas voulu voir et dont il n’a toujours pas donné la moindre explication.  Cette cécité et cette absence de diagnostic sont  certainement à porter au passif de DSK. « L’économiste compétent » aurait dû se manifester. On l’attend toujours.

DSK est certes un politicien pragmatique : il saura flotter comme un bouchon sur les pressions des uns et des autres et en particulier des américains.  Mais il n’a pas su « impulser une réflexion ». L’opportunisme suffit-il ?

On le voit bien avec l’Euro. La zone euro n’est pas en crise de change. Le FMI n’a normalement aucun rôle à tenir en Euroland.  Les instances dirigeantes de l’Euroland ont toutes les ressources nécessaires pour faire face à une éventuelle crise de change. Et l’Euro est si fort que c’est sa force qui fait problème.

En intervenant à l’intérieur de l’Euroland, contre l’avis de Trichet, le gouverneur de la BCE,  DSK viole les statuts du FMI. Il prête non plus à une zone monétaire en difficulté mais, dans le cas de la Grèce,  à un pays qui a des difficultés budgétaires. Les pays non européens ont raison de s’indigner de l’emploi de leur contribution à cette tâche. Les politiciens européens ont été heureux de trouver des ressources disponibles et des compétences pour encadrer l’économie de pays surendettés. DSK s’est engouffré dans la brèche dès que les américains  le lui ont demandé pour faire céder Angel  Merkel.

Utiliser les réserves monétaires du FMI pour limiter les pertes des grandes banques mondiales qui ont fait des prêts excessifs et complexes à des pays sans rigueur budgétaire  n’est pas le rôle du FMI.  Martin Wolf a raison de rappeler que cet opportunisme est de surcroît inefficace.

Il appartient à l’Europe de corriger les défauts de la zone Euro (gestion par traité, aucune instance de coordination, aucune instance d’intervention).  Pas au FMI. Les Etats-Unis ont trouvé en lui un moyen diplomatique simple d’éviter l’éclatement de la zone euro qui aurait automatiquement fait remonter le dollar et ruiner un certain nombre de banques américaines. Contrairement à ce que beaucoup écrivent,  les Etats-unis n’ont strictement aucun intérêt à la rupture de la zone Euro dans les circonstances présentes même s’ils peuvent théoriquement craindre la concurrence de l’Euro comme monnaie de réserve.  En revanche la voir sous tutelle ne peut leur déplaire.

Il appartient au FMI de poser la question de la pertinence d’une conception qui voit des monnaies administratives concurrentes s’affronter dans le cadre de marchés dérégulés  sur une toile de fond de compétition féroce entre les grandes nations et notamment entre la Chine et les Etats unis.

Alan Greenspan a eu le courage de répéter il y a quelques jours : «  J’ai cru que cela marcherait ; je me suis illusionné sur les premiers résultats ; mais aujourd’hui la leçon est claire : cela ne marche pas et cela ne marchera jamais ».  C'est maintenant qu'il faut l'écouter : il parle enfin clair et, de plus, vrai….Une nouveauté !

Cette remise en question d'un système pervers  devrait être le rôle de son successeur.  Mme Lagarde n’est pas une économiste. Elle est une juriste et une « suiveuse » qui écoute d’abord et essaie de concilier les points de vue, travail qu’elle sait faire avec beaucoup de talents. Elle n’aura pas, sauf surprise, de rôle « proactif » dans la conception d’un nouveau système monétaire international.   Martin Wolf a raison de dire que personne n’a cette compétence aujourd’hui.   Ce que nous avons exprimé nous même  dans un post récent.
 
Or tout le monde voit bien qu’il va falloir s’élever au-dessus des intérêts divergents de la Chine, des Etats unis et de l’Europe. Cette élévation ne peut s’envisager sans la compétence économique et la capacité de poser un vrai  diagnostic de la crise et de  déterminer une politique de réforme audacieuse qui ne peut être que le retour à la responsabilité des Etats vis-à-vis de la valeur externe de leur monnaie et l’abandon d’un pseudo étalon dollar sur fond de changes flottants.

Sur ce terrain, c’est le vide. Martin Wolf a raison de le souligner.  Mais c’était déjà le vide avec DSK. DSK se contentait de servir les intérêts principalement américains et d’exploiter les  opportunités de renforcer le rôle de son organisation avec le dilettantisme de quelqu'un qui savait qu'il ne resterait pas. Martin Wolf aurait du s'en apercevoir.

Aujourd'hui près de 85% des ressources du FMI sont utilisées pour gérer les risques d'éclatement de la zone Euro, parce que les réformes institutionnelles nécessaires pour gérer une zone monétaire unifiée sont politiquement impossibles.  Sans doute faut-il louer un tel pragmatisme. Mais où est la cohérence de l'ensemble ? Une politique d'expédients est rarement efficace à long terme. Le jour de vérité finit toujours par arriver.  

 Il est arrivé pour DSK.

Anatomie de la crise décennale, à la lumière des évènements récents.

Comme nous l'avons écrit dès la fin 2006 et répété ensuite, la crise de 2009  serait du type 74, ou 93, mais en plus grave. Il s'agit d'une crise décennale classique aggravée par les défauts du système monétaire international et la dérégulation financière en absence de toute référence fixe de la valeur des monnaies.

L'épisode qui s'est déroulé de septembre 2008 à nos jours  permet de préciser le schéma de la crise décennale, crise périodique dont la mécanique est souvent niée depuis la fin des années soixante et   dont la théorie n'est plus faite aujourd'hui alors qu'elle garde toute sa pertinence.

La physionomie d’une crise décennale est certes chaque fois  un peu différente. Le contexte économique global  finit par changer et le système, consciemment ou non,  tient toujours plus ou moins compte de l’expérience du passé. Mais le schéma sous-jacent est solide et constant.

La confiance disparait d’abord chez les opérateurs financiers et les boursicoteurs. Les bourses s’effondrent. Les banques s’inquiètent. A juste titre : des tensions se font jour partout.   Les refinancements deviennent difficiles. Des crédits jusqu’ici considérés comme sûrs apparaissent  aventurés. Les particuliers paniquent. La traditionnelle distinction entre crise bancaire de liquidité et de solvabilité perd toute signification : les deux se conjuguent.  Les banques restreignent violemment le crédit : le fameux «crédit crunch » a bien lieu.

Les entreprises désinvestissent brutalement, volontairement  ou non. L’embauche s’arrête. La consommation n’est pas atteinte au départ. En début de crise les consommateurs regardent un peu la crise comme un défilé au balcon : la crise, quelle crise ? Retraités et fonctionnaires se sentent peu concernés. La plupart des postes en entreprise sont solides ou considérés comme tels.  Le chômage monte plus par arrêt des embauches que par les licenciements. 

Les épargnants en revanche paniquent. Vont-ils pouvoir conserver leur avoir ? Le taux de possession d’actions baisse  immédiatement et rapidement.   La course à la liquidité s’emballe.

Arrive le moment de vérité : les entreprises fragiles craquent. Les autres prennent des mesures conservatoires souvent exagérées par rapport au nécessaire ou au contraire résistent de façon irréaliste : elles ont eu tant de mal à constituer des équipes solides ! Toutes voient leur trésorerie s’effondrer au moment où le système bancaire cesse de vouloir les aider. On se finance sur le marché obligataire loin des banques, devenues simples courtiers.  Quand on le peut, car toutes les entreprises ne le pourront pas, notamlment les PME.  Le  chômage explose, alimenté désormais à la fois  par le non recrutement et les licenciements.

L’Etat est toujours pris par surprise. La croissance rapide de la fin de cycle l’a gorgé de recettes et les dépenses vont bon train. Partout les administrations centrales ou locales se sont endettées pour profiter des taux bas de la période joyeuse finissante.  Et tout soudain la mécanique s’enraie. Les recettes baissent plus vite que le PIB : un système fiscal progressif accélère les recettes fiscales pendant la phase de croissance mais provoque une dégressivité symétrique quand la récession frappe  On verra le taux de prélèvements baisser. Les gouvernements s’empresseront de prétendre que c’est grâce à leur bonne gestion !  Alors qu’il s’agit d’un effet mécanique.  Les dépenses explosent car il faut indemniser et relancer.  Généralement on indemnise et on rlance trop depuis Keynes. Les déficits deviennent abyssaux.  L’endettement public  grimpe.

Les banques centrales depuis 1929 et Milton Friedmann savent qu’elles doivent faire marcher la machine à imprimer les billets. Elles créent de la liquidité à tout va en reprenant au départ  les meilleurs actifs des banques. Ensuite elles avalent un peu n’importe quoi. Elles y gagnent beaucoup d’argent ce qui surprend toujours. Pourtant, tout le monde sait que les docteurs gagnent toujours plus en temps d’épidémie.  L’inondation monétaire permet de sauver les banques et d’éviter les paniques de déposants. Au nom  de la sauvegarde des déposants on protège les banques et leurs dirigeants, cas classique où une minorité est sauvée abusivement au nom du groupe.

La part du PIB qui a disparu est partiellement compensée par ces mécanismes efficaces. Il est rare que la crise entraîne des baisses de PIB très importante comme au XIXème siècle.  Les prix à la consommation ne bougent pratiquement pas sauf dans des cas très particuliers. La bourse finit par rebondir. L’immobilier tremble sur ses bases mais ne lâche jamais complètement, sauf sur les créneaux les plus aventurés. 

La vie reprend. La crise aura duré deux ans. Il faudra près de 5 ans pour s’en remettre totalement.  Les faillites arrivent en général en fin de crise, à partir de la troisième année.  L’état augmente les impôts sans se rendre compte que la progressivité suffira à rétablir le niveau de recettes voulus. La pression fiscale devient rapidement insupportable ce qui pèse sur la reprise. Le coup de gourdin fiscal « Juppé » de 95 provoquera même une récession sui generis en France en 1996.  Les banques sont désorganisées pour un moment. En fait le système bancaire est en faillite mais personne ne tient à le savoir. Le temps et quelques restructurations permettront de voir venir.

Puis l’oubli fait son œuvre et l’industrieuse humanité, ses désirs et ses besoins, reprend son élan. Jusqu’à la crise suivante. Si la crise précédente a été forte elle sera plutôt douce. Si elle a été faible elle sera violente car les ajustements n’auront été faits qu’à la marge lors de la précédente purge et l’oubli, une des causes majeures du cycle, aura été plus complet.

La crise nouvelle s’annoncera par différents signes qui seront ignorés : l’industrie automobile commencera à proposer des modèles foldingues d’un luxe inouï ;  certains économistes  expliqueront que le cycle est désormais vaincu et qu’on a trouvé le chemin de la croissance perpétuelle ; les banquiers en arriveront à penser  qu’ils font un réel travail pour le bien de l’humanité, certains estimeront même qu’ils font « le travail de Dieu », ce qui expliquerait des bonus ridiculement élevés  ;  les grandes entreprises annonceront des taux de croissance intenables basés sur des plans sur la comète euphoriques. Zeus aveugle ceux qu’il veut perdre.  En vérité en fin de cycle de croissance  le système de crédit est en totale surchauffe et finance beaucoup plus la spéculation que l’investissement durable.  Le court terme emporte tout. Les « bulles » sont partout.

D’amusants coquins prétendront qu’elles ne peuvent qu’exploser. Personne ne les écoutera. Elles ne sont que le signe d’une vitalité économique intense et de l’existence de liquidités abondantes prêtes à se placer.  La crise venue on prétendra de toute façon qu’elle était imprévisible et on cherchera un bouc émissaire facile comme une guerre, une catastrophe naturelle, une fraude massive pour expliquer qu’on se soit à ce point trompé. Les économistes de cour, qui auront inlassablement expliqué que  le cycle n’existe plus,  seront pris une fois de plus à contrepied par le retournement. 
Peut-être la reine d’Angleterre les tancera de n’être que les commentateurs mal inspirés d’évènements qui ne sont pour eux que des pochettes surprises. 

C’est que l’épisode aura été sévère.

D'autres surpris de s'être retrouvés si bêtes au milieu d'évènements si peu anticipés jurent mais un peu tard qu'on ne les reprendra plus.  En général ils se mettent à annoncer pour les prochaines semaines, les prochains mois ou les prochaines années une crise colossale, un peu comme si une "vague scélérate" à caractère magique et en voie de formation secrète  avait enfin illuminée leur sagacité. Ils confondent les conséquences de la crise avec la crise elle-même qui en fait est derrière eux. Mais à leur tour "ils l'auront bien dit" si des erreurs économiques viennent compliquer la sortie de crise.

Depuis la fin des accords de Bretton Woods chaque crise décennale est plus grave et ses conséquences plus difficiles à maîtriser.  Kenneth Rogoff qui prétendait le contraire au FMI s'est trompé dans les proportions les plus délirantes.  Il pensait que les dérégulations financières, les marchés, les changes flottants avaient permis de vaincre le cycle. C'était le crédo de ses maîtres, Rubin, Greenspan et Summers.

La vraie question aujourd'hui n'est pas de nier le cycle. Il y aura toujours des cirses quasi décennales qui correspondent en fait à une donnée psychologique : l'oubli. Maurice Allais avait décrété que le taux d'oubli était équivalent au taux d'intérêt. L'intuition était géniale, même si elle reste aujourd'hui oubliée ou méprisée.

La science économique doit principalement comprendre pourquoi depuis 71 les crises s'aggravent et les sorties de crise sont plus difficiles et  plus aléatoires.  Nous-mêmes, au Cercle des économistes e-toile,  prétendons que la cause majeure est dans le système des monnaies administratives dérégulées que traduit  le système des changes flottants et la guerre des économies sans aucune procédure réelle de concertation efficace.  Ce système ne marche pas et a provoqué une baisse tendancielle de la croissance mondiale, avec des écarts de plus en plus massifs selon les distorsions de concurrence,  en même temps qu'une plus grande cyclicité.

Prisonnier de postures idéologiques  le débat économique public est inexistant sur ces questions cruciales.

Nous dirions bien" indignez vous !". Mais le slogan est pris. 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Retours de manivelles (sévères)

Le plus souvent, il suffit d'attendre : les erreurs et sottises dénoncées dans la solitude au moment où elles sont commises  deviennent en du temps des évènements médiatiques.  Nous le voyons aujourd'hui dans au moins trois domaines d'importance inégale.

- Nous n'avons jamais compris la gloriole médiatique qui accompagne depuis déjà longtemps les actes de M. Strauss-Kahn.  Nous avions vu dans ce personnage, en examinant les faits et seulement les faits, une personnalité glauque et un économiste incertain voire incompétent.  Dès son passage comme Ministre des Finances ces deux aspects étaient facilement décelables.   L'affaire de la cagnotte et celle des trente cinq heures, manifestation de deux erreurs majeures, ne laissaient guère de doute sur la superficialité économique de l'homme politique. Il ne suffit pas d'être péremptoire et plein e morgue. Il faut aussi raisonner juste.  L'affaire de la MNEF même si les poursuites ont finalement tourné court était tout sauf glorieuse.

La droite ploutocratique  s'est convaincue que son goût de l'argent le rangeait dans leur camp et qu'il ferait un président complice.  La gauche bobo s'est dit qu'il pourrait arriver à la présidence et que c'était bien l'essentiel. On a vu avec la commémoration absurde de type tontonmaniaque  des années Mitterrand  que la seule vertu qui était honorée était celle d'avoir gagné en trompant tout le monde.

La nomination au FMI, institution malade, était une erreur de casting profonde qui allait handicaper les possibilités de réforme.  M. Strauss-Kahn n'avait aucune idée sur les questions posées et étaient bien disposé à n'en avoir aucune et à flotter comme un bouchon pour durer en attendant d'autres opportunités de carrière.  On le vit donc pleurnicher sur les pays en voie de développement dans le style Delarosière,, tout en rassurant les Etats-Unis sur la flexibilité de son échine. Et comme ses deux prédécesseurs il s'est mis à attendre un retour en fanfare à la présidence de son pays.

Résultat : aucun discours convainquant, aucune idée exprimée. On vend l'or du FMI pour payer les frais des licenciements.  Lorsque la crise frappe, M Strauss Kahn n'a rien vu venir. Pendant des mois il se tait pendant que les prévisions du FMI tournent au fiasco général. Des mois !  Nous avons souligné en temps réel les analyses totalement débiles qui seront livrées  ultérieurement, la dernière il y a quelques mois.

On voit le résultat aujourd'hui : il n'est plus directeur du FMI ; la France voit sa réputation entachée ;  On n'a toujours aucune idée de réforme sérieuse du système monétaire international.

Tout cela aurait pu et du être évité.

-Plus surprenant a été la remise en cause brutale du RSA par un ministre du gouvernement Sarkozy.

Nous avons écrit dès le départ que cette réforme était bien intentionnée comme toujours mais contreproductive et qu'elle serait un échec.  Pour des raisons parfaitement claires :  tous les agents économiques, même pauvres, font un calcul économique.  La complexité du RSA et en fait son intentionnalité pure d'affichage politique  ne pouvait pas provoquer les bénéfices attendus.  Aujourd'hui les media admettent  que les avantages annexes reçus par les personnes aidées sont trop importants et trop difficiles à obtenir pour qu'un Rmistes prenne le risque de quitter sa condition, certes triste, mais dont il connait les possibilités et dont il se contente.  La réforme faite à la va vite n'a eu aucun des effets bénéfiques attendus, comme il était prévisible.

L'assistance aux personnes ayant la capacité de travailler  mais momentanément empêchées, est un vrai problème. Elle doit être ciblée, unifiée, provisoire et dégressive. 

Politiquement il doit être rappelé que toute personne en possibilité de contribuer doit le faire et qu'on ne peut pas vivre indéfiniment aux crochets de la société. 

Administrativement il faut que les aides qui se déclenchent soient unifiées, surveillées au plus près, et contrôlées. 

En revanche vouloir imposer aux personnes aidées des corvées est absurde et inefficace.  Il faut plutôt que la dynamique des aides unifiées les pousse vers le travail.  Et le caractère provisoire de l'aide est essentiel dans cette fonction. 

Le RSA doit être remplacé par deux aides ciblées :

- l'aide temporaire d'urgence qui permet de faire passer un cap à un individu ou une famille en jouant sur un panel d'aides circonstancielles  

- L'aide temporaire de soutien qui permet d'orienter des personnes éloignées de l'emploi depuis longtemps d'être accompagnées vers un retour à l'emploi. Le quart monde, cela existe et on est pas loin de l'invalidité sociale.

En outre il faut mettre au programme du gouvernement deux politiques globales :

- changer le système de change qui aboutit à une déflation permanente et au sous emploi

- prendre en compte les réalités du cycle qui imposent une politique non pas permanente mais circonstanciée.



- Dernier point,  le retour de la crise Grecque et la comédie autour de l'Euro soulignent une fois de plus que l'irrationalité économique n'a pas de chance de réussir.  Une monnaie unique est un acte politique qui implique des unifications économiques majeures. On a mis la charrue avant les bœufs et les bœufs piétinent la charrue. On dit : oui mais cela va dans le bon sens d'un fédéralisme européen. Juste au moment où les opinions décrochent du projet européen fédéraliste (aucune des politiques européennes ne fonctionne plus !) . On ne peut pas avoir un ilot de fixité européenne au milieu d'un flottement général dominé par le laxisme américain et le mercantilisme chinois.  On n'a pas voulu faire de réforme du système monétaire international.  L'Europe en est réduit aux plans de sauvetage et à la déflation générale. Tout cela est absurde et désastreux pour l'emploi.

 

Comme disait Maurice Allais, "ce qui doit arriver arrive".



Dans les trois cas cités, un peu de réflexion aurait permis de prendre des décisions plus fondées et plus efficaces.  Observation et réflexion, réalisme et compétence, sont les vraies mamelles de l'économie. Tout le reste est ruine de l'âme et perte de temps.

 

Autrement dit :

 

Les conneries c'est comme les impôts, on finit toujours par les payer. (Michel Audiard)

 



Monnaies : quatre personnages en quête d'auteur

On dira ce que l'on veut d'Alan Greenspan, et nous ne nous sommes pas privé de critiquer se gestion de la FED au moment où il était sacré génie  monétaire de l'histoire de l'humanité,  mais il sait reconnaître ses erreurs et en tirer les conséquences jusqu'au bout.  Dans une récente interview à CNBC il n'a pas caché qu'il pourrait tirer argument des quelques succès de sa période, comme l'accès à un niveau de vie décent pour des centaines de millions d'habitants de pays considérés jusque là comme structurellement pauvres.  Mais il et bien décidé à n'en rien faire : le système auquel il a cru ne marche pas. Il le dit et il le répète. Donc il faut imaginer autre chose.

Quel est donc ce système qui ne marche pas ? C'est celui qui veut que les monnaies soient désormais uniquement des monnaies de papier, des monnaies administratives, dont la valeur absolue  est intrinsèquement nulle et dont on attend que "les marchés" donnent la valeur relative, dans le cadre d'un système de changes flottants.

La libéralisation totale des mouvements de capitaux, sous la supervision de banques centrales chargées uniquement de surveiller la valeur interne de leur monnaie (mesurée par un indice des prix à la consommation plus ou moins arbitraire) devait permettre l'allocation optimale des ressources, unifier les taux d'intérêt, limiter les réserves de devises, faciliter les transitions en cas de déséquilibres, permettre une croissance accélérée.  Non seulement on a vu se produire exactement l'inverse mais en plus une crise ravageuse  a mis par terre les finances publiques de tous les grands pays.

A. Greenspan en prend acte et c'est tout à son honneur. Ce faisant il rejoint ceux qui comme nous font cette analyse depuis des lustres non pas par combat idéologique ou théorique, mais par la simple observation des faits.

Si on se place résolument dans cette perspective, la situation actuelle des acteurs principaux qui s'agitent sur le front des monnaies prend un caractère particulièrement psychédélique. La FED, la BCE, le FMI et les autorités monétaires chinoises sont dans des situations fausses caractérisées.

Si on considère qu'un système de monnaie administrative gérée par une banque centrale indépendante  "ne marche pas",  la BCE se retrouve dans un position légèrement étrange.  Elle a le double inconvénient de gérer une monnaie transnationale mais sans que les conditions politiques en soient réunies,  et d'être le prototype même d'une institution indépendante correspondant à un modèle faux.  Personne n'étant en Europe responsable de la valeur externe de l'Euro  la compétitivité globale de la zone est en deshérence. L'Europe se retrouve seule à jouer le jeu d'un système "qui ne marche pas" alors que tous les autres acteurs trichent.

La Chine mène une politique mercantiliste. Le strict alignement sur  le dollar d'une monnaie fortement sous évaluées (50 à 60%) lui permet de voler l'industrie du monde occidental.  Mais là voilà qui accumule des réserves potentiellement sans valeur, la voilà  qui doit faire face à l'inflation chez elle, et à des remarques de plus en plus acerbes à l'extérieur. Le temps de l'impunité pour la Chine est fini. Celui des relations de pouvoirs commence. Une dynamique de conflits s'est mise en place. Il va lui falloir céder sans perdre la face.  

La FED, auxiliaire d'une diplomatie du dollar et d'une gestion en force de l'économie mondiale basée sur "le benign neglect" monétaire, est tout autant en porte à faux. Cette fois ci il n'est plus possible d'accuser les "cronies" des pays tiers pour expliquer les désordres monétaires. En dépit de la force traditionnelle de l'économie américaine, la peur du dollar est partout et le rejet d'une politique irresponsable manifeste. Et il est impossible de faire sombre plus un dollar déjà au plus bas.  

Quant au FMI il n'est pas seulement malade des frasques habituelles  de son directeur irresponsable. En régime de changes flottants, le FMI n'a aucun rôle. C'est pourquoi depuis quatre mandats les directeurs quittent leurs fonctions avant terme et que les discours tenus par ces dirigeants sont aussi nuls, en particulier ceux de DSK, comme nous l'avons plusieurs fois relevés.  Le rôle du FMI était de permettre à un pays souffrant d'une crise de confiance en système de changes fixes, de réajuster son économie avec un moindre "credit crunch".  Pour cela on lui imposait quelques contraintes de bonne gestion tout en lui donnant des facilités de tirage en devise.  Une crise de change ne devait pas tourner à la crise mondiale.

On lui fait jouer abusivement aujourd'hui un rôle de financier des dettes souveraines. L'Europe, sans pouvoir économique central, n'a aucun moyen de contraindre les pays membres à une dure ascèse. On a été chercher le FMI  uniquement pour son rôle de père fouettard.  Le but n'est pas de minimiser une déflation visant à rétablir la compétitivité et le change, mais de financer des dettes exorbitantes générées par le système monétaire malsain des changes flottants  pendant la période Greenspan.  Ce pragmatisme a certainement des vertus, mais où est la cohérence ?

Tous les grands acteurs monétaires sont aujourd'hui en porte-à-faux. L'édifice restera dangereusement branlant tant qu'une construction solide ne sera pas bâtie sur une base théorique solide.  Il faut reconstruire un système de changes fixes en établissant la responsabilité des états dans la défense de la valeur externe de leur monnaie. Il faut que l'ensemble du système soit rattaché à une ancre monétaire solide.  

On n'en prend toujours pas le chemin. Ce qui donne son fumet pirandellien à la situation ( on a le choix entre "ce soir on improvise et six personnages en quête d'auteur) . Et qui rend l'avenir si hasardeux. C'est aujourd'hui qu'il faut écouter A. Greenspan, un grand spécialiste de l'Actor's studio monétaire.

 Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



"La fin du dollar" de Myret Zaki

La crise qui s'est déclenchée fin juillet 2007 et dont le monde commence à peine à sortir a favorisé la publication de livres plus ou moins "définitifs"  remettant en cause radicalement le monde d'avant.  Le livre "La fin du dollar" de Myret Zaki, Editions Favre à Lausanne,  est de ceux là.  

Tout le monde a  bien compris que la crise venait des Etats-unis et que la politique de puissance menée avec le billet vert entraînait le monde vers des crises répétées et toujours plus graves.  Montrer à quel point  la politiquefinancière et monétaire des Etats unis était intenable est une œuvre salutaire.  Alerter sur le fait que les Etats Unis eux-mêmes in fine pourraient en être la victime la plus durement touchée  ne peut que faire du bien.

On n'en est plus au temps de la crise de 98, crise typique des changes flottants et du dollar fou de Greenspan,  qui était "expliquée" par la faute des pays émergents et des "cronies"  qui étaient censés, au dire des anglo saxons, fausser l'économie du monde.

On n'en est plus non plus au temps où les grands économistes qui dénonçaient le caractère foncièrement dangereux des institutions et des pratiques imposées en matière monétaire par les Etats-Unis étaient sommés de se taire (comme Jacques Rueff)  et se retrouvaient marginalisés s'ils ne le faisaient pas (comme Maurice Allais).  La désinformation en matière  monétaire et financière a été extrêmement forte pendant des décennies et il est bon qu'on puisse désormais briser  la langue de bois qui a été imposée dans la presse et l'édition pendant si longtemps.

De ce point de vue là le livre est à lire et à recommander. Il reprend d'ailleurs des chiffres que nous nous sommes pas  privés de donner depuis 15 ans, comme la perte de valeur du dollar calculée en or (près de 98% désormais en attendant mieux), et que la presse quotidienne en France par exemple s'interdit bien de publier.  Nous ne pouvons que trouver cela sympathique.

Les limites du livre tiennent à ce qu'il veut trop prouver et qu'il manque un peu de fond dès qu'on en arrive aux explications.  C'est un livre de journaliste avec les avantages et les inconvénients du genre.  Il brasse bien l'air du temps. Il passe à côté des aspects techniques essentiels.

Une critique possible est de souligner la dénonciation d'un certain "conspirationnisme" anglo saxon. Bien sûr il a la volonté du puissance des Etats Unis, nous l'avons-nous même  souvent affirmé. Bien entendu  il y a l'espèce de colonisation des esprits en matière économique en provenance des Etats unis.  Mais nous sommes plus dans le domaine de l'erreur que dans celui du complot.  Les théories américano centrées qui dominent depuis la fin de la guerre de 40 et qui se sont exaltées après 1971 conviennent à "l'impérialisme américain". Mais ce n'est pas un calcul qui les fonde. Simplement la facilité. On est dans l'opportunisme de bas étage, pas dans le complot.

La défaillance américaine est intellectuelle  ; il se trouve que pendant des décennies elle allait dans le sens de la puissance américaine.  On se trouve un peu dans la même situation du colonialisme français dans les années 50 : tout le corpus intellectuel français condamnait le colonialisme incompatible avec les principes du droit des peuples à disposer d'eux même.  Mais qu'il est dur de renoncer à un empire et à accepter les difficultés de la décolonisation ! Alors avait développé tout un corpus de raisonnements biaiseux pour justifier l'injustifiable, corpus qui s'est évaporé depuis.  

Les Etats-Unis se sont trouvés bien d'une pente de pratiques monétaires et financières aventurées parce que cela leur évitait de regarder la réalité en face : leur habitude de facilité les conduisaient à une fuite en avant dans tous les domaines qui ne pouvait déboucher que sur de sérieux revers.  

Sortir de la situation suppose que les économistes américains eux-mêmes  et pas seulement les plus gauchistes,   dénoncent l'erreur intellectuelle commises et que les réalités finissent pas border le chemin suffisamment pour amener les corrections d'attitudes nécessaires.   L'aspect géopolitique est important ; l'aspect intellectuel l'est plus encore. La politique menée par les Etats Unis était erronée et l'est encore. Elle n'était pas nécessairement mal intentionnée.  Greenspan et ses amis Rubin et Paulson n'ont pas voulu "faire le mal pour le mal". Ils croyaient dur comme fer dans leur vision.  Greenspan est réellement "détruit" selon ses propres mots par le constat qu'il s'est trompé et que les faits lui ont donné tort.

La principale faiblesse du livre est dans le fait que l'auteur n'a pas réellement d'explication  des mécanismes de la crise et n'explique pas où était l'erreur.  Beaucoup de formules  sonnent le creux faute de s'appuyer sur un schéma économique solide.  

 Un exemple : "Le pays a besoin de 6 dollars de dette pour produire 1 dollar de richesse".  Cette phrase n'a pas de sens.  La réalité : les Etats Unis ont vu leur endettement global  monter à 600% de leur PIB.  La dette n'est pas un besoin.  C'est un cancer qui s'est développé par des mécanismes.  Quels sont ces mécanismes ? L'auteur n'en sait visiblement rien.  On en revient à la méchanceté des vilains dirigeants du monde politico bancaire américains. C'est un peu court.  La montée de la dette a été générale dans le monde  dépassant les 1000% du PIB dans certains pays comme l'Islande ou l'Irlande.  Les mécanismes sont donc globaux. C'est là que la réflexion doit porter. C'est là que nous avons  concentré nos analyses. Le livre est muet sur la question.

De même, l'auteur "voit court" aussi bien dans le passé que dans le futur.  

"La dette connait une hausse exponentielle depuis 2001".    Elle connait une hausse exponentielle depuis …1958 et le cycle a ses conséquences : chaque récession décennale  impose un gonflement de la dette selon des mécanismes que nous avons longuement détaillées ici.  Rappelons qu'il y a eu six récessions depuis cette date.

Dans l'autre sens, l'annonce d'un krach imminent  du dollar sous forme "d'un krach de la monnaie ou de celui du marché obligataire ou de tous les marchés en dollars"  sous estime le fait que le krach…vient d'avoir lieu.  La crise de 2007-2009 s'est bien produite. Elle a provoqué une purge importante. Certes il rester de nombreuses difficultés  mais le krach principal est derrière nous, pas devant. On est,  comme on dit pour  les tremblements de terre,  dans les répliques.  

Ce manque de profondeur historique explique que l'auteur ne voit pas que les Etats unis sont confrontés au même problème qu'actuellement depuis des décennies. A chaque fois ils s'en sont sortis en ruinant les créanciers en dollars.  La difficulté actuelle est que les créanciers en dollars sont moins dociles que ne le furent les Allemands et les Japonais.    Croire que ces créanciers, notamment la Chine, sont des exemples de vertu et qu'ils vont forcer une solution générale satisfaisante est une illusion. L'auteur ne voit pas que les mercantilismes chinois et  allemands, comme les excédents structurels des pays pétroliers, sont des effets miroirs des dettes américaines.

Là où il faudrait, pour aboutir à un bon diagnostic et à des solutions,  une bonne connaissance du cycle et des méfaits du système de changes flottants de monnaies administrées,  ,  on ne trouve qu'une volonté de prouver que tout est de la faute des Etats-Unis.

Du coup la partie solution est quasiment vide et rassemble des idées qui flottent dans l'air et qui sont jetés  sur le papier à la diable.

Le livre reste  à lire pour les éclairages qu'il donne sur bien des aspects  de la crise actuelle et mais il est malheureusement sans valeur inutile s'il s'agit de comprendre  ce qui s'est exactement passé, pourquoi et comment.  Il est vide de toute solution.

Il reste  un livre de sensibilisation opportun en ce qu'il brise une forme de plafond de verre  qui interdisait de mettre en cause les doctrines dominantes en provenances des Etats Unis et reprises de façon moutonnière par la presse britannique et française.  



Le fantôme de Nankin

Ainsi la réunion de Nankin aura été selon l'expression de la délégation chinoise," une affaire française", juste un séminaire d'experts agréablement organisé dans une ville touristique. Encore un peu et on aurait fini en réunion de club dans une ville d'eau. Française naturellement.  Et cela aurait presque mieux valu compte tenu de la couverture médiatique nulle et du résultat, nul également.
L'intuition du président français, Nicolas Sarkozy, qu'il faut réformer le système des changes est indiscutablement juste et des experts comme Mundell sont indiscutables.  Comment expliquer ce "bide" ?  Echec dangereux justement parce que  la question est juste et qu'il ne faut pas gâcher ses cartouches !

La réponse automatique est : c'est la faute aux grandes nations qui en fait ne sont d'accord sur rien. M. Geithner veut plus de flexibilité, en fait la réévaluation du Yuan. La Chine procrastine en donnant des gages mais avec une lenteur exaspérante.  Le Japon est out pour quelques temps pour raison de tsunami. L'Allemagne ne veut pas d'augmentation de liquidités internationales, considérant que le déluge monétaire et d'endettement vécu depuis des décennies suffit comme cela. La proposition minimale française consistant à élargir le panier de monnaies servant aux réseves du FMI  et à augmenter le niveau des réserves et le rôle du FMI n'a donc exactement aucune chance d'aboutir, malgré son ambition plus que modeste.

DSK, toujours aussi médiocre, en affirmant à Nankin, que l'objectif aurait du être encore plus modeste et en jugeant la demande française trop vaste, se ridiculise. On n'a pas besoin d'une réforme microscopîque.

Donc il ne s'est rien passé à Nankin sinon un constat de plus  par des voyageurs "lost in translation"  que personne n'était d'accord sur rien.  Une initiative originale comme dira Mme lagarde, Ministre des finances sans connaissances économiques  mais parlant l'anglais.  

Etait-il possible de s'y prendre autrement et d'obtenir d'autres résultats compte tenu du contexte effectivement accablant de zizanie générale ?

La réponse est oui.  Le seul levier pour faire bouger les choses était d'établir un diagnostic  ferme et clair des causes de la crise. On sait que cette crise est entièrement due au système des changes flottants et aux différents mécanisms de gonflement des pyramides de crédits qu'il permet, compte tenu du rôle du Dollar.  Ces mécanismes ont conduit  à un gonflement ahurissant des dettes, finissant par dépasser de plusieurs fois le niveau du PIB des principales nations. L'effondrement de cette masse instable et douteuse a été la raison de la crise et compte tenu du transfert d'une partie de cette masse aux Etats, de la situation dépressive de plusieurs d'entre eux.  

Pour faire bouger les choses il fallait imposer ce diagnostic.  D'abord en faisant jouer  les experts et ensuite en faisant endosser ce combat par le FMI. Mais il aurait fallu à cette institution autre chose qu'un guignol politique en transit comme président.  C'est le FMI qui aurait du jouer le rôle du père fouettard dans cette affaire.  En rappellant en permanence le rôle néfaste du système actuel, en stigmatisant des politiques qui n'ont conduit à rien de bon pour personne, en se plaçant au dessus des mêlèes nationales,  en appliquant les statuts qui lui donnent déjà de très larges pôuvoirs, le FMI pouvait jouer un jeu bénéfique d'abord dans la prise de conscience  et ensuite dans la solution.

Est-ce que la Chine se trouve bien d'avoir son tas de dollars de valeur incertaine avec comme contrepartie la colère de ses partenaires commerciaux  pour le vol de leurs industries  ?

Est-ce que les Etats-Unis se trouvent bien d'une crise qui pour la première fois a emmené le chômage autour de 10%, a ruiné ses industries et mis l'Etat dans une situation intenable ?

Est-ce que le Japon se trouve bien de son endettement public à 200% ?

Est-ce que l'Euro et l'Euroland sortent triomphants de la crise ?

Est-ce que le RU est dans un brillant état ?

Tout le monde est perdant.  Absolument tout le monde.

C'est ce message qui aurait du être porté par le FMI appuyé sur des études incontestables.  Tant que ce diagnostic n'est pas devenu la charte incontournable de toutes les réflexions,  on ne trouvera que les intérêts à court terme des états.

L'erreur de Nicolas Sarkozy est d'être parti plume au vent sans aucun diagnostic sérieux et étalonné. Résultat : confronté aux postions étatiques blindées des Etats unis et de la Chine, il a baissé pavillon avant même de combattre.  En chantant avec Geithner "vive les changes flottants" il a tué son discours. En calinant la Chine sans fournir le moindre levier pour qu'elle change de politique, il s'est retrouvé à faire le clown blanc à Nankin.

Tout cela est très regrettable. La pensée doit toujours précéder l'action, comme la stratégie doit précéder la tactique. Jouer les chevaliers blancs avec une tête vide et sans armes est au mieux du registre de la posture politicienne étroitement nationale.

Au mieux, car même sur ce minuscule terrain cela n'a pas marché.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Une réforme évidente… qui ne se fera pas.



On reste toujours stupéfait en France de constater que les réformes les plus simples et les plus évidentes ne se font pas.

Le cas exemplaire du jour est offert par la médecine du travail en France.

La médecine du travail a été un grand progrès et une institution plus que nécessaire. Forcer les entreprises industrielles a prendre le plus grand soin de leurs salariés est absolument naturel et normal.  

D'où vient la nécessité de réforme ?  D'une évolution extrêmement simple  à constater : le passage de l'emploi primaire et secondaire à l'emploi tertiaire pour parler techno. En clair l'essentiel des employés travaillent dans des bureaux qu'il s'agisse du secteur privé ou de l'administration.

Pour le personnel de bureau les maladies professionnelles sont quasiment inexistantes.  Les visites médicales imposées dans des services spécialisés n'a donc aucun sens. La salarié rencontre un médecin qui ne le connait pas et qui n'a pas son dossier.  Le médecin rencontre un homme sain qui ne demande généralement rien sinon que cela se termine le plus vite possible.  L'entreprise paie dix fois le prix d'une consultation  normale auprès d'un généraliste  pour un service inexistant.

En général la surmédicalisation associée à la gratuité des visites au généraliste fait que le personnel salarié urbain est vu plusieurs par an par un médecin pour des affections généralement bénignes.  Il est parfaitement inutile d'ajouter à cette surmédicalisation par une visite qui ne sert à personne.

Aucun médecin digne de ce nom n'aime cette médecine à la chaîne sans visée médicale concrète exécutée sur ordre et par routine.  Le personnel de ces centres qui est rarement de la meilleur qualité vieillit.  Les jeunes générations refusent  de s'investir dans ces tâches idiotes et déprimantes.

La solution d'une suppression pure et simple de ces visites obligatoires s'impose aussi bien du point de vue du médecin que de celui du client (on ne parle pas de malade ici).

On garderait  une spécialité de médecine du travail qui serait sollicitée soit par la sécurité sociale pour le contrôle des arrêts et des reprises de travail ,  soit par le médecin généraliste qui devant le constat d'une pathologie à caractère professionnelle pourrait orienter le patient vers la médecine du travail  pour une analyse de causalité (mais pas de traitement)  et la définition d'une prophylaxie collective.

Ayant dirigé une entreprise de conseil dont l'effectif a flotté pendant  25 ans entre 8 et 20 personnes,  l'expérience m'a prouvé que la médecine du travail n'a jamais servi à détecter quoi que ce soit qui aurait mérité qu'on en tienne compte pour la santé générale.  La seule vraie mesure de santé publique qui a affecté l'entreprise a été l'interdiction de fumer dans les bureaux.  

La seule et unique fois où la médecine du travail est entré en jeu , ce fut pour une grotesque sottise.  Notre chauffeur-livreur ayant été atteint d'un cancer incurable,  la question de son retour en entreprise après un début de traitement purement symptomatique s'est posée.  Le poste consistait à livrer des ordinateurs  et à la installer chez les clients. Le malheureux ne pouvait plus utiliser son bras droit paralyser par l'action de la tumeur et un acte chirurgical maladroit qui avait couper un nerf critique.  Le chauffeur ne pouvait plus toucher un volant. Le livreur ne pouvait plus porter quoi que ce soit.  L'homme était donc condamné et inapte à tout travail.

Qu'a fait la médecine du travail : elle l'a déclaré apte !  Ce brave garçon restait assis le bras pendant sur un siège toute la journée. Mais il devait se taper deux trajets par jour particulièrement pénibles.  Le temps de prendre conscience de la situation (on marche sur des œufs dans ce genre de cas) il fallut bien téléphoner à la médecine du travail pour demander des explications. Après quelques rugueuses  passes verbales téléphoniques qui n'avaient rien donné (le secret médical, vous comprenez) , une visite au centre s'imposa. La directrice du centre admit bien volontiers que le cas paraissait bizarre mais qu'en vérité c'est l'épouse, qui ne voulait pas de son mari dans ses pattes  à la maison, qui était intervenue pour qu'il retravaille et que vu la nature explosive de la dame il valait mieux qu'il reste tranquille dans l'entreprise.  De toutes façons il n'en avait plus pour longtemps, alors, si nous voulions prendre ce malade en patience….

Pendant ce temps là l'entreprise payait un livreur et ne faisait plus de livraison !

Au même moment la concierge, pardon la gardienne, de l'immeuble où étaient logés nos bureaux et qui  en faisaient le ménage nous demandait si nous serions d'accord pour que son mari fasse le travail à sa place pendant les périodes de vacances, mais sans le dire : ce brave garçon était en arrêt maladie de très très longue durée pour mal de dos, le fameux "mal des Portuguais" qui avaient trouvé ce moyen pour cumuler deux rémunérations.  


La médecine du travail  était donc  capable de sortir du travail des salariés qui pouvaient travailler et de rétablir dans le travail des salariés qui ne pouvaient plus travailler.

Tableau !

Oui décidemment, il faut, pour tout le secteur tertiaire, supprimer la médecine du travail au profit d'une cellule réduite d'épidémiologistes, chargé d'orienter la politique de santé publique au travail  et de  véritables médecins contrôleurs  chargés de recevoir les malades prétendant à un arrêt maladie ou à une invalidité. Les médecins généralistes perdraient le pouvoir de déclencher des arrêts maladie  mais récupéreraient la visite obligatoire annuelle, et tout dans tout ne perdraient rien s'ils sont honnêtes dans leur travail ).  Evidemment les voyous qui se font une clientèle actuellement en distribuant généreusement les arrêts maladie seraient affectés. Et alors ?

Cette réforme est si simple qu'elle ne sera naturellement pas faite.  Le paritarisme permet à des syndicats salariaux et patronaux  de faire rémunérer des permanents pour gérer ce système gigantesque  et  inutile (pensez : près de 15.000.000 de visites inutiles à 300 euros l'unité). De nombreux centres agréés vivent de ce petit négoce futile et malsain.  Tout ce petit monde se cache derrière la mission de santé publique de protection du salarié, sans y contribuer le moins du monde et pour un coût astronomique.

Ainsi va la France entre Ubu et abus de toutes sortes.

Indignez- vous ? Révoltez-vous ?

Allons, allons. Vous êtes en France le pays où le faux semblant et les fausses réformes sont de règle, les ministres les interlocuteurs des lobbies, les parlementaires des zombis, et les entreprises des vaches à lait.   Enfin, tant qu'il y en aura.



Comment sommes nous gouvernés !

Comment sommes nous  gouvernés !

Depuis 2007 nous nous interrogeons sur la réalité du concept de rupture cher Nicolas Sarkozy. Dès la campagne électorale d'alors nous avions posé la question "vraie ou fausse rupture" ?  Les Français aspiraient à une vraie rupture.  Une rupture franche. Une rupture définitive. Mais avec quoi ?

Les années suivantes ont assez bien montré l'ambiguïté du concept.  

Les Français ont vu que le moloch politico-administratif vivait sa vie dans l'indifférence presque complète de leurs aspirations et dans une irréalité dangereuse.

Produire chaque année un budget hypocrite en hausse massive mais déguisée (la procédure budgétaire est totalement mensongère) et dont à peine plus de la moitié est financée par l'impôt est du charlatanisme pur et simple. Et cela fait presque quarante ans que cela dure.  

Constater que malgré ces dépenses ahurissantes qui nous mettent maintenant en tête du monde développé sur ce critère,  tous les ministères importants sont en déshérence  est un véritable supplice civique.  

L'éducation nationale  publique est en train de devenir un égout que fuient tous ceux qui le peuvent et en particulier la progéniture de nos ministres.  Que les sept lycées en tête du classement des meilleurs établissements soient privés  est tout de même un signe et un symbole qui gifle tous ceux qui ont connu la situation telle qu'elle était ne serait-ce que dans les années 50 ou 60.

La justice est effondrée depuis longtemps. Mais on atteint maintenant des niveaux dans l'abaissement qui sont tels que le redressement parait presqu'impossible. Que l'on ait décidé d'exonérer de toute peine de prison effective  les condamnés à moins de deux ans de …prison est plus qu'un signe.  Surtout pour ceux qui se rappellent que lorsqu'on volait une bouteille de lait consignée à 5 Francs (anciens) on faisait 15 jours de prison ferme avec en prime un joli tabassage par les citoyens énervés et les policiers habitués.  

L'armée tient avec des bouts de ficelles. 

La police désorganisée par les 35 heures et  débordée par la délinquance se délite. L'hôpital public commence à s'enfoncer. 

Ne parlons pas de notre diplomatie et de la place de la France et du français dans le monde !

On a dit aux Français : l'Europe ! L'Europe ! L'Europe ! Ils ont dit d'accord mais on veut des résultats positifs. Ils ont eu l'Euro et une stagnation économique de longue durée, d'abord pour réunir les conditions du passage à l'Euro, ensuite pour défendre l'Euro dans une Europe totalement désorganisée et tirant à hue et à dia alors que le monde lui avait opté pour les changes flottants.  Ils ont vu tout le système de tarif extérieur commun démantelé.  L'Europe n'a pas seulement été libérale. Elle a souhaité en finir avec  les actions de politique industrielle des états.  L'Europe a cédé sur tout dans les négociations internationales.  On a fait entrer en son sein des pays sous développés connaissant de graves difficultés ethniques et sociales.  Et on a ouvert l'espace à tous les mouvements de population, presque sans entraves.

Les Français ont fini par se rebiffer. Ils ont voté non à un référendum crucial sur la Constitution européenne.  On leur a refourgué la marchandise sous forme d'un traité de Lisbonne dont ils n'ont pas eu à connaître.

De partout des mesures "politiquement correctes" sont venues corseter leurs libertés.  Toujours au nom des meilleures intentions mais avec des effets pervers évidents.  

Les Français sont devenus des citoyens traqués et sommés d'être des  héros ordinaires ou des saints, comme on voudra.  

L'énormité des flux migratoires , cachés et avec interdiction formelle d'en détailler la nature et les composantes, a fini par tellement transformer leur cadre de vie qu'ils se demandent même s'ils sont encore en France.  Et le système ne cesse de leur répéter que se poser ce genre de question est mal et de leur imposer des mesures qui les indisposent.  Il faut accepter avec le sourire les Roms  et leurs pratiques.  Il faut financer des mosquées. Il faut accepter des minarets.

Des syndicats mafieux ruinent encore et toujours des parties entières de notre économies.  Il ne faut surtout rien faire.  Le spectacle honteux du port de Marseille en particulier et de l'ensemble des ports français en général est  laissée à la délectation citoyenne des Français écœurés.

Alors nous voyons des élections où à peine un électeur sur deux se déplace.  Pour voter protestataire.

Alors on voit une réaction médiatique que traduisent des journalistes comme Eric Zemmour et quelques autres.  Le leitmotiv ? Arrêtons de céder ! Arrêtons le politiquement correct !  Défendons nous ! Laissons la réalité guider nos politiques !

Jamais les effluves frelatées de l'énarchie compassionnelle n'ont été plus critiquées et même plus vomies.  Des dirigeants qui sont implacables dans le contrôle  des citoyens  (il ne faut plus fumer, plus dépasser des limites de vitesse, plus mettre de voile,  plus boire ni d'alcools ni de sodas sucrés, bien payer ses impôts et en disant merci avec componction etc. ) ont vu leur pouvoir dépecés par l'Europe et par les collectivités locales.

Les oukases européens descendent sur les pays sans que personne  ne sache quand ils ont été pris. Et sans que les citoyens n'en ait jamais débattu.

Les roitelets locaux n'en font qu'à leur tête et gaspillent à qui mieux mieux dans une ambiance clientéliste tellement minable que le dégoût  vient immédiatement  dès qu'on s'y penche.    

L'Europe sait qu'elle est désormais en ligne de mire de la désespérance des européens. Elle fait faire de coûteuses enquêtes pour mesurer l'ampleur de ce désamour.  Le gouvernement sait qu'il est en ligne de mire des citoyens français. Il n'a pas de besoin de faire des enquêtes pour le savoir : les élections suffisent.

Et que constate-t-on ?

Mme Ashton, parait-il, ministre des affaires étrangères de l'Union,  propose de supprimer  tout droit de douane avec le Maghreb.  Pour favoriser les délocalisations d'entreprises européennes dans ces pays. Sans doute pour éviter qu'à Lampedusa …

On apprend que les députés européens sont souvent des lobbyistes ou qu'ils acceptent assez régulièrement d'être stipendiés par des lobbyistes.

On est averti une nouvelle fois que les comités d'entreprise de nos grands groupes nationalisés ou ex nationalisés sont entièrement maquereautés et servent de façon honteuse des mafias syndicales sans scrupules.

Mme Lagarde, censément ministre des finances nous annonce avec componction qu'elle n'interdira pas encore l'emploi des chèques !  Comme elle est gentille et énergique !  Quel est le citoyen qui a demandé la suppression des chèques  ? Aucun assurément. Mais voilà que le groupement pétainiste des banques françaises (la FFB) veut supprimer le chèque, le dernier moyen de paiement non taxé. Il a déjà réussi à faire qu'on ne puisse plus vider ses comptes en liquide (il faut faire un virement à une autre compte).  Il ne veut plus du risque que fait courir les rushs vers la liquidité lors des crises de confiance.  Ils souhaitent que les français paient par carte de crédit (payante) ou par virement (payant).  Et que fait la Ministre ? Elle donne un rapport à rédiger à l'ancien président de la ...FFB.  Qui exige la suppression du chèque puisqu'on veut conserver sa gratuité !  A force de rapports la mesure tombera comme un fruit mûr en dû temps.

Mme Bachelot Narquin elle se lance à la demande de trois associations  et de deux comités,  dans la pénalisation du recours à des prostituées. Le plus vieux métier du monde n'a qu'à bien se tenir.  Les prostituées sont des victimes. La marchandisation du corps des femmes est un scandale. Pénalisons. Encore et toujours.  La réalité et la nature humaine n'ont qu'à s'aligner sur le politiquement correct féministe.   On se souvient des exploits de type soviétique de la dame lors de l'affaire des vaccins contre la grippe porcine "tueuse".  

On apprend que la taxe sur les bureaux à Paris qui avait subrepticement augmenté de 44% en 2010 devrait encore augmenter de 58%. Pour financer le grand Paris. 100% de hausse, comme les 100% de hausse de la taxe foncière du foldingue Delanoë. Pourquoi se gêner. Il n'y a pas de crise, n'est-ce pas ?    

La machine contre laquelle la révolte gronde continue à fonctionner sans varier d'un pouce.  L'Europe passoire agrandit les trous de la passoire et accentue le dessaisissement des citoyens absolument sans vergogne.  Tout en exigeant des impôts spécifiques qui s'ajouteront naturellement aux autres.

On nous chante des airs de victoires parce que notre déficit public n'atteindrait que 7,5%  du PIB au lieu de 8.  Amère victoire. Et on se flatte d'atteindre 7% en 2011.

Les Ministres complètement coupés des réalités et incapables d'entendre les bruits de bottes électoraux continuent à servir les lobbies  et à menacer les citoyens de mesures d'empêchement.

Et nous n'avons fait ici que reprendre des informations d'un seul jour entendus à la radio ou lues dans le journal.  

Pendant ce temps là les déficits publics sont au plus haut ; le chômage est massif ; la désespérance  touche toutes les classes sociales.  Sauf les très riches qui commencent à repartir quand ils ne sont pas déjà expatriés.

Il n'y a eu aucune rupture.

La France marche sur la tête.

Tout le monde le dit ou en convient.  La Président dont les zigzags et les attitudes de Matamor ont fini par indisposer  est tellement bas dans l'opinion qu'on commence à juger que "la page Sarkozy est tournée", comme le dit justement Hollande, un énarque compassionnel comme on en connait peu et roi du politiquement correct… une vraie alternative !

Certains disent qu'ils attendent Godot.  Alors qu'on sait que DSK a commis les pires erreurs et que sur un plan éthique, il y a plus qu'à redire.

En un mot, il n'y a pas eu de rupture. Il n'y en aura pas. La situation est lamentable.

Nous ne sommes plus gouvernés. Mais notre vie est régentée au millimètre.  

Et ce qui nous attend est parfaitement glauque.

Comment sortir de cette spirale mortifère ?

 Sylvain Dieudionné



La Chine change-t-elle de modèle de développement ?

La Chine n'a pas renoncé aux plans quinquennaux.  Elle vient de définir le nouveau (le douzième). Il marque  dans les intentions une considérable évolution par rapport au modèle de développement précédent et à la politique suivie depuis 20 ans.

Rappelons que la Chine est un pays communiste avec  des reliquats d'organisation propres à cette organisation.  Les hommes sont attachés à leur lieux de naissance et les mouvements de population sont rendus complexes par les mesures administratives.  Ces dispositions sont entièrement  contradictoires avec la flexibilité nécessaire pour soutenir la croissance économique et pour mettre en place un régime minimal de sécurité sociale.  Les rendements agricoles sont très faibles. La part de la consommation dans la production est d'environ du tiers.  La retraite est si basse qu'il vaut mieux considérer qu'elle n'existe pas.  En un mot la population est encadrée et sacrifiée, la particularité des régimes communistes.

Le modèle de développement a donc été conduit presqu'entièrement sur une base mercantiliste : exploiter une main d'œuvre surabondante pour fournir le monde et accumuler des devises.   Une monnaie artificiellement basse, des salaires de misère, une discipline de fer et l'absence de lois sociales ont  permis  de capturer  une part croissante de la production mondiale et de doter la Chine de réserves monétaires  gigantesques.   

La crise de 2001-2002 et surtout la crise de 2008-2009 remettent en question ce modèle.  Le nouveau plan traduit cette remise en cause.

les dirigeants ont parfaitement compris les points suivants :

- La valeur des réserves accumulées  est largement nominale. Que le dollar s'effondre et il n'en restera pas grand chose.  La diversification de ce patrimoine s'avère extrêmement difficile et aléatoire.

- L'acceptation par les pays occidentaux de la sous évaluation massive du Yuan est menacée.  La Chine est sommée de cesser sa politique mercantiliste et la promesse d'une croissance interne plus forte est la seule raison qui maintient ces pressions  à un niveau agréablement diplomatique. 

- La dépendance aux exportations a montré son danger avec la récession qui a privé d'emplois des millions de Chinois et déstabilisé la société.  Obligés de rentrer dans leur campagne, là où ils peuvent trouver un minimum de sécurité sociale  et où ils sont  administrativement  rattachés, ces millions de chômeurs présentent une menace pour le régime.  Car il n'y a strictement rien à faire dans ces campagnes pour eux.  Des dizaines de  millions de "disoccupati" risquent de devenir incontrôlables. Quelques incidents sont venus le rappeler aux dirigeants chinois.

- Les mouvements de capitaux étrangers sont instables et généralement orientés vers les profits à court terme de la bourse et de l'immobilier. Ils provoquent des bulles qui en éclatant désorganisent le pays.

- La politique de relance suivie par la Chine a été brutale et indiscriminée.  Basée sur les instances du parti plus que sur les entreprises elle a provoqué un gaspillage de ressources, de la corruption et une solide inflation qu'il est désormais difficile de calmer et qui risque d'engendrer à nouveau des troubles sociaux.

Les orientations du plan annoncent donc une remise en cause de ce modèle.  La Chine déclare vouloir s'appuyer sur une meilleure croissance interne, fondée sur une hausse du revenu et de la consommation  des populations. Certaines des mesures d'encadrement administratifs de la population seraient revues, permettant une plus grande souplesse du marché du travail. La productivité agricole serait fortement améliorée, entraînant  l'émigration d'une forte partie de la population paysanne qui serait accueillie en zone urbaine.  Le système da retraite  serait rebâtie sur des bases un peu moins illusoires.  La Chine ferait même des efforts d'écologie.

La consommation pourrait ainsi augmenter de 10 points dans le PIB ; le taux d'épargne des Chinois pourraient baisser ; les excédents commerciaux seraient limités , la Chine voyant ses importations fortement augmenter en produits de consommation et pas seulement en matières premières et équipement.

Reste à voir si ce plan sera effectivement mis en place.  On sait déjà qu'il sera mis en place avec la sage lenteur propre à la culture locale.  Les financiers occidentaux en sont restés à la pure spéculation vis-à-vis des marchés chinois, pendant que les entreprises mondialisées rêvent encore des perspectives glorieuses de croissance qu'offrent "le plus gros marché du monde".

Ce qui veut dire que les occidentaux participeront au maintien du modèle d'avant avec une belle frénésie.  Et cela malgré le fait que les Chinois veulent des entreprises leader chinoises sur leur marché local et feront beaucoup de difficultés à laisser quelques géants mondialisés dominer leur propre marché intérieur.

La Chine participera plus à l'aggravation de la hausse des cours des matières premières qu'au rétablissement de courants commerciaux équilibrés pendant bien des années encore.

Les Etats unis souhaitant continuer à inonder le monde de dollars via un système de changes flottants biaisés pour financer le "rule américa", favorisant le mercantilisme chinois, il y a peu de chance  que les bonnes intentions affichées donnent les résultats escomptés. L'Occident aurait du accompagner l'esquisse de changement du modèle Chinois  par un large changement de leur propre modèle.

Le moyen le plus simple était de commencer par revenir aux changes fixes avec des obligations d'équilibres fortes pour toutes les parties prenantes et d'abord les Etats-unis et la Chine. La Chine aurait alors été tenue de mettre en œuvre son plan sous l'œil des autres.  Bien sûr cela cassait ce système idiot et destructeur qui voulait depuis 20 ans que les déficits américains  fussent financés par des excédents  produits par des politiques chinoises destructrices de l'industrie occidentale.

Mais au total qui en est sorti  gagnant ? La "grande récession" l'a montré : personne.  Le créneau des réformes en Occident s'étant désormais refermé,  le scénario le meilleur pour le retour à une croissance équilibrée et durable dans le monde ne peut plus jouer dans les meilleures conditions.

Et on aura créé les conditions de la prochaine crise économique, mais pas seulement. 

L'impatience des peuples  est immense comme l'ont montré les troubles dans les pays arabes qui vivent en fait en symbiose avec l'Europe.  Et rien ne dit que la politique déflationniste menée en Europe n'aggravera pas les choses. Déjà l'idée européenne est la principale victime collatérale de la Grande récession.Les mouvements "anti mondialistes" prennent une place politique croissante.  On en vient un peu partout en Europe  aussi bien à droite qu'à gauche à considérer désormais que la vraie  la ligne de partage est entre ceux qui veulent revenir à une logique économique fermée et ceux qui veulent garder une ligne ouverte.   Le protectionniste recommence à devenir à la mode dans les medias.

Il eut mieux valu élargir la vision , prendre la mesure des grands enjeux mondiaux en cours et proposer les solutions qui réellement permettent de trouver des solutions gagnantes-gagnantes pour tout le monde.  La Chine montre qu'elle aurait pu accepter de jouer le jeu de relations plus normales et équilibrées.  On serait passé plus vite du verbe à la réalité.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



C'est fini : les leçons de la crise ne seront pas tirées.

C'est fini : les leçons de la crise ne seront pas tirées.

Les crises ouvrent des fenêtres  par lesquelles l'esprit de réforme peut s'engouffrer. Les désastres sont parfois  propédeutiques.  Des idées longtemps bloquées peuvent trouver un auditoire plus attentif.  Des leçons longtemps ignorés peuvent être tirées.  On peut même parfois changer totalement de paradigme.  La crise de 1929 avait dynamité l'orthodoxie précédente, basée sur l'étalon or et la sagesse budgétaire.  Elle avait profondément secoué le corpus d'interprétation économique et provoqué des vagues de changements un peu partout : la statistique économique avait explosé ; le rôle de l'état s'était étendu etc.

La crise de 2007-2010 n'aura pas eu cette vertu. La fenêtre de réforme qui s'était timidement ouverte est maintenant refermée.  Elle aura de ce point de vue suivi  le modèle de la crise de 92-93 dont strictement personne n'avait voulu tirer les conséquences.  On se rappelle que cette crise fut carrément niée. Pour les économistes américains la crise de 92-93 est un non évènement.  Elle sera classée parmi les conséquences désagréables de la" guerre du golfe".   L'accident boursier qui l'avait précédé était "un e crise des ordinateurs", donc un épiphénomène.   La crise qui suivra, en 98 sera considérée comme une "crise des pays émergents" liée au fait que ces pays étaient dirigés par des gouvernements pourris et leurs "cronies".

C'est le moment ou Kenneth Rogoff, économiste en chef du FMI,  expliquera que les crises étaient de moins en moins graves  et qu'une mode stupide laissera croire que  nous étions désormais entré grâce à la mondialisation financière et aux NTIC (les nouvelles technologies de l'information et de la communication)  dans une période de croissance indéfinie.   Ces inepties sombreront avec la crise de 2001-2002. Mais cette fois là encore on esquivera toutes les questions qui fâchent.  Pour mieux préparer la "Grande récession".

La volonté de ne pas voir, de ne pas comprendre est absolument gigantesque. L'aveu par Alan Greenspan qu'il s'était trompé et avait surestimé la capacité des marchés à s'autoréguler ne changera finalement rien à l'affaire.  Une réforme minimale du système bancaire  aux Etats unis ; quelques règles sur le capital des banques en Europe ; et ce sera tout.

Après tout  la vulgate qui veut qu'on sache maîtriser les crises grâce à du déficit budgétaire et une ouverture totale des vannes monétaires a marché. Alors pourquoi remettre tout en cause ? Certes, la masse des dettes et des déficits et impressionnante et il ne faudrait pas qu'une crise se produise trop vite.   Certes l'Euro est écartelé et  en risque d'explosion.  Certes les circuits commerciaux internationaux sont  brouillés. Certes on ne voit plus trop quels sont les ressorts de la croissance possibles dans bien des régions.  Certes !  certes !  certes !


Mais grosso modo le système a tenu, alors reprenons le cours de nos vies antérieures en pensant à autre chose.  Le chômage comme après 92-93 ne diminuera qu'au bout de quelques années. Il avait fallu attendre 1997, soit quatre ans après la crise, pour qu'il baisse.  Attendons donc avec confiance 2013-2014. Les pays développés connaîtront une croissance faible mais le Bric continuera sur sa lancée.  Pour les banques et les entreprises mondialisées, l'important est de ne pas rater les positions à prendre sur ces marchés.  Alors que les états nous fichent un peu la paix avec leur réglementations ridicules.  Les pays développés sont surtout des pays de vieux  qui ne nous intéressent plus trop.

Le temps des Cassandre est passé. Comme toujours les délais de l'édition vont nous valoir une série de livres sur la fin du capitalisme au moment même où il va reprendre  à peine moins "unfettered".

Jusqu'à la prochaine crise.

Personne finalement n'aura réalisé qu'une meilleure compréhension des causes réelles de la crise aurait permis  de l'éviter ou de la réduire de façon moins coûteuse, sans créer les conditions de la crise d'après.   Ni qu'il serait possible de viser le plein emploi même en Europe et une croissance mondiale harmonisée.  

L'occasion aura été perdue.  

Lors de la prochaine explosion des analystes diront : c'est curieux, personne n'a tenu compte des leçons de la "grande récession". Au premier rayon de soleil toutes les réflexions se sont envolées.  On s'étonnera avec componction.

C'est maintenant qu'on devrait s'étonner. Et même remettre en cause cette passivité dommageable.
 
Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Restructurer l'information économique en France

La crise de 1929 a eu une conséquence imprévue mais majeure : la naissance de la statistique économique. C'est l'apport majeur de Keynes. La nécessité de connaître et de contrôler certaines variables globales  a conduit les états et les organisations internationales à collecter une information largement normalisée.

Cinquante ans après cet effort s'avère largement caduque. Les différents organes chargés de la prévision économique ont été incapables de prévoir la crise de 2007-2009 et d'alerter les politiques. Les méthodes ont cessé d'être pertinentesLes causes sont multiples.

La principale est la sclérose d'administrations fermées sur elles même et incapables de se remettre en cause. A-t-on vu ne serait-ce que le début d'un frémissement à l'Insee ou  à la direction de la prévision du ministère des Finances ?  Ceux qui sont chargés de la méthodologie économétrique paradent toujours alors que leurs modèles ont montré leur vacuité. En France on peut être indéfiniment mauvais tant qu'on a un titre. Le système est quasi féodal.

Se cumulent en fait une défaillance de l'observateur et de l'observatoire. Depuis 1974 il est clair que le modèle keynésien ne fonctionne plus. En système de changes flottants les actions sur la demande globale s'avèrent inefficaces. Le pilotage de la monnaie s'avère également fort compliqué, les mouvements de capitaux notamment à court terme ne suivant en rien les canons des doctrines précédentes. En laissant s'exercer des forces débridées sans aucune forme d'organisation concertée, on a laissé le champ libre à des phénomènes qui n'étaient pas compris dans les modèles et ne figuraient même pas dans les esprits.  

Les changes flottants apportent une complexité nouvelle. Cette complexité s'est aggravée constamment au point que plus personne ne sait en vérité à quoi correspond les biens financiers de plus en plus abstraits qui s'échangent.  La théorie des changes flottants à peine esquissée par Milton Friedman et laissée en jachère depuis, a avancé des postulats qui se sont tous révélés entièrement faux. Pas un peu faux : la réalité a été exactement l'inverse de la prévision.  Il ne peut pas y avoir de prévision et d'économétrie sans doctrine ni théorie un minimum en ligne avec les faits.

La financiarisation a donné la place principale à un secteur bancaire habitué au secret et au corporatisme. Les économistes de banques centrales sont totalement déconnectés des économistes qui s'occupent de la consommation et de la production. Chacun est à un bout de la lorgnette et ne sait pas ce que l'autre regarde.  Il suffit de constater comme il est difficile de savoir l'encours de la dette d'un pays dans toutes ses composantes, tableau qui devrait figurer en bonne place dans l'information de base fournie par l'Insee. Quelle est la maturité moyenne de la dette globale ? Comment évolue-t-elle par rapport au PIB. Il faut à chaque fois soit attendre des études spécifiques soit se plonger dans mille endroits sans jamais savoir si les termes de comparaisons sont cohérents.

La seule solution est de démultiplier les  lieux d'analyses et d'ouvrir l'information tout en lançant des programmes de rechercher remettant en cause les méthodes actuelles. Les séries longues doivent être gratuites et publiées sur internet sur tous les sujets importants. L'Etat seul collecteur de l'information économique doit la mettre gratuitement à la disposition de tous en la formalisant le mieux possible.

L'Etat doit mettre en œuvre des prix richement dotés sur des thèmes économiques majeurs afin de faire concourir le monde à la compréhension de la situation actuelle. Il faut à la fois plus d'information et plus de compétition sinon entre les sources du moins entre les lieux d'analyse.

Il n'y a aucune raison pour que l'information économique reste en France aussi fractionnée, aussi asservie aux besoins de l'Etat, aussi concentrée aux mains de quelques incapables. Il n'y a aucune raison pour la réflexion économique ne se trouve qu'aux Etats Unis où elle est certes largement nobélisée mais en général nulle et sous influence. La France ne doit pas admettre de sombrer dans la médiocrité, le suivisme et l'erreur.

Il faut stimuler, il faut aérer, il faut alimenter la réflexion économique de notre temps. Et il faut complètement repenser, actualiser, étendre, rendre gratuite,  l'information disponible. Après l'effroyable échec qu'aura été l'incapacité générale des structures publiques et officielles à prévoir la Grande récession, on ne peut pas se contenter de l'attitude des légionnaires romains démolis par Astérix et Obélix : se rajuster en sifflotant au milieu des décombres. On notera que ce sujet crucial n'est JAMAIS traité dans les médias généraux ou spécialisés.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

L'aphorisme économique le plus stupide

Combien de fois lisons-nous ou entendons-nous que le change entre deux monnaies "représente la valeur respective de deux économies".

Le graphisme donné ci dessous, réalisé par le journal Le Monde, nous indique  une autre chanson.  La valeur respective de deux économies aussi grosses que la zone Euro et les Etats unis ne changent pas du simple au double toutes les trois minutes.  Les changes  oui.

En changes flottants le cours de deux devises est déterminées par des humeurs (à5%)  qui sont amplifiés par des ordinateurs (à 95%). Le résultat est une forme de mouvement brownien activé par la peur.

A chaque fois que la bêtise est répétée par les mille et un perroquets de la presse, de l'enseigmenet ou de l'économie en générale il faudrait prélever 10 Euros.

Avec cette cagnotte le monde ne mettrait guère de temps à rembourser ses dettes.



FMI : un rapport d'une rare sévérité !

Personne en France ne semble avoir porté le moindre intérêt à un rapport indépendant portant sur la pertinence de l'action du FMI dans les années précédents la crise.


Ce rapport peut être lu en français ici :
http://www.ieo-imf.org/eval/complete/pdf/01102011/Crisis_Main_Report_FRENCH.pdf
Il est d'un extrême sévérité et rejoint les critiques que nous faisons inlassablement  et publiquement au FMI depuis 1996 et dont on trouvera  un exemple dans l'article paru sur ce blog en 2008 avant même la chute de Lehman Brothers (voir ici : . http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/7/22/Le-FMI--Formation-Manifestement-Inutile-, ou encore ici : http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/4/23/FMI--un-an-de-retard).
Rappelons rapidement nos critiques vis-à-vis du FMI telles que nous les exprimons de façon courante et comparons les à celles du rapport.

Nous disons :

- Le FMI a été créé dans le cadre des accords de Bretton Woods pour faire fonctionner un système de  changes fixes.  L'objectif visé est le plein emploi partout. Un pays qui a dérapé est remis en selle par le FMI en évitant des mesures trop déflationnistes.   Le passage aux changes flottants a privé le FMI de tout rôle organique.  L'objectif est désormais la stabilité des prix internes des grands émetteurs de monnaies. Les changes flottants pourvoiront au reste.  Ni les états ni le FMI n'ont  le moindre rôle à jouer. Bien sûr les objectifs anciens n'ont pas été gommés des textes. Dans la pratique on ne fait rien pour les atteindre.

- Privé de rôle, le FMI est une sous succursale du Département américain, pour opération au rabais vis-à-vis des pays en développement.  Les présidents sont des potiches qui démissionnent en général avant la fin de leur mandat et qui sont là en attendant des positions honorifiques plus flatteuses dans leur propres pays. Cela vaut naturellement pour DSK, le troisième du genre.

- Pour occuper l'énorme machinerie qui perd de l'argent à gros bouillon, on fait de la statistique, mais en employant des modèles keynésiens anciens qui n'ont pas de sens.  Résultats les prévisions sont généralement fausses lorsqu'il y a des ruptures et le FMI est incapable d'alerter sur la formation d'une crise.

- Dans le cas de la crise actuelle le FMI n'a rien vu venir et il a fallu un temps fou pour qu'il corrige ses estimations  et ses prévisions.  Il faudra attendre mi 2009 pour que la crise commencée en 2007 apparaisse sous ses couleurs réelles.

- Alors que de tout temps le rôle du FMI est de regarder avec soin les risques de changes et les questions financières internationales, toutes les innovations y compris les plus dangereuses ont été présentées comme formidables et aucun des risques énormes que faisait courir au monde le gonflement hystérique de la dette partout dans le monde  n'a été dénoncé.  

Le rapport dit :

-  Faiblesse analytique : pensée doctrinaire et autres postulats intellectuels; méthodes d’analyse/connaissances incomplètes.


La croyance se retrouve sur trois sujets critiques :  la foi dans l'auto régulation des marchés ; l'idée que les pays développés échapperaient désormais à toute crise, l'illusion techniciste que la complexité des méthodes confirmait leur valeur. "Les services du FMI étaient fondamentalement en accord avec l’opinion des autorités des États-Unis, du Royaume-Uni et d’autres pays avancés qui estimaient que leurs systèmes financiers étaient foncièrement sains et résistants." "Il s’agit-là peut-être d’un cas de mise sous tutelle intellectuelle".

Notre commentaire :

Tout ce bloc de sottises est en fait la doctrine qui justifie la fin des changes fixes et la bonté des changes flottants.  Pour les tenants de cette doctrine les pays développés avaient désormais réglé la question monétaire internationale. Grâce à la technicité financière, tous les risques étaient contrôlés. Et seul le libre marché donnerait la vérité des cours.  Le FMI adhérait aux changes flottants (bien que le système lui fasse perdre tout rôle). Point stop !   Et il s'agit à la fois d'une défaillance politique (le droit de veto donne aux idées américaines un privilège écrasant) et d'une défaillance intellectuelle (nous n'avons cesser de l'écrire).

Le rapport continue :

"Le lien entrel’analyse macroéconomique et celle du secteur financier restait insuffisante, bien que les séries d’évaluations réalisées depuis la crise asiatique aient mis l’accent sur la nécessité d’examiner les liens macrofinanciers dans le cadre de la surveillance du FMI. Ceci est révélateur de l’absence d’un cadre conceptuel adéquat pour l’analyse de ces liens chez les économistes en général, et de l’opinion répandue chez les économistes du FMI, selon laquelle les questions financières sont secondaires"

Notre commentaire : le rapport reprend l'un de nos dadas. L'absence de réflexion monétaire et financière dans l'analyse économique d'une façon générale est navrante. C'est ce qui avait conduit notre ami Didier Dufau a réécrire totalement l'article Monnaie sous Wikipédia  pour qu'au moins on ne dise pas dans une encyclopédie des bêtises ahurissantes.  Toute la théorie du cycle économique est fondée sur les causes monétaires. Sauf que depuis les années soixante les économistes ont cessé d'étudier le cycle  et que beaucoup prétendent qu'il n'existe pas.  Il est difficile d'observer quelque chose dont on nie l'existence.  

Le rapport cite avec délectation les propos inconscients du FMI  en 2007 et surtout en 2008. Rappelons que dès le début 2007 le marché interbancaire  était en train de se figer et qu'il se bloquera fin juillet 2007 ; que le marché immobilier s'était retourné dès le troisième trimestre 2006 et que les subprimes se retrouvaient à découvert par la baisse de prix  au premier semestre 2007 entraînant des dégagements massifs chez Goldman Sachs. A la mi 2008 la crise était clairement là avec des faillites de banques à répétition dès le début de l'année.

"Selon le FMI , les perspectives économiques mondiales étaient «parmi les plus favorables» depuis une décennie (Printemps 2004), qui devait être «l’une des plus fortes années de croissance», à moins que les événements ne prennent une tournure «catastrophique» (Automne 2004); «au coeur d’une trajectoire  extraordinairement porteuse» (Printemps 2006); et «forte» (Automne 2006); jusqu’au printemps 2007, lorsque le rapport prévoyait que «la croissance mondiale restera forte» et affirmait que les risques pour l’économie mondiale avaient fléchi depuis septembre 2006. Les déclarations publiques de hauts responsables du FMI  réitéraient ces messages; jusqu’en août 2007, la direction estimait que les perspectives économiques mondiales étaient«très bien orientées». Même à l’été 2008, la direction du FMI se montrait prématurément rassurante en estimant que «…les États-Unis avaient évité un atterrissage brutal» et que «le plus dur était passé». Entre temps, lors de la séance WEMD de juillet 2008, le message était que «les risques de débâcle financière s’étaient estompés»".


Rappelons que notre génie économique, DSK, est arrivé au FMI en 2007 et va donc participer à cette désinformation systématique qui va durer pratiquement jusqu'à mi 2009, une des raisons sans doute pour laquelle on ne fait pas beaucoup de publicité au rapport que nous commentons dans la presse française.  L'auréole de Saint DSK est pourtant particulièrement mitée ce qui explique en partie pourquoi il risque de ne pas être reconduit pour second mandat.  

On pourrait continuer à lire ainsi longtemps ce rapport hyper critique.  


Un des aspects politiques de l'affaire est que le FMI avait abandonné de fait tout examen bilatéral des politiques en cours aux Etats Unis. " Le FMI n’a pas réalisé de PESF pour les États-Unis, les autorités américaines n’y ayant pas consenti, malgré les demandes répétées". De même la zone Euro était considérée comme hors  la vue.


Les techniques financières les plus controuvées ont toujours eu grâce aux yeux du FMI, sous l'influence du trio Rubin, l'homme de Goldman Sachs, Greenspan le grand prêtre de l'arrosage monétaire  et Larry Summers l'aboyeur de service. .


Même pour les pays occidentaux partis dans des dérives folles, le FMI reste sourd et aveugle. Le cas de l'Islande est extravagant. Les banques de ce petit pays se lance dans une politique d'endettement avec effet de levier massif  afin de spéculer sur des actifs de plus en plus risqués. Les encours de dettes dépassent 1000% du PIB.   La moindre réflexion ferait frémir devant tant de folie. Pas au FMI  

«Heureusement, dans le cas de l’Islande et selon le constat de la mission de 2006 au titre de l’article IV, les comportements de couverture des risques, les bilans généralement sains  la gestion des actifs et des engagements ont rendu le système financier relativement robuste et résistant aux chocs»,  écrit le FMI qui ajoute : «Les perspectives à moyen terme de l’Islande restent enviables. Des marchés ouverts et souples, des institutions saines… ont permis à l’Islande de tirer parti des possibilités offertes par la mondialisation.»

On croit rêver.  En fait la conclusion est logique : les changes flottants et la spéculation moderne, avec ses garanties et autres  "hedging techniques" est parfaitement stable. Un petit pays dynamique peut tirer son épingle du jeu sans qu'on ait à s'inquiéter.  On doit même admirer.

Alors les Etats Unis, le Royaume Uni, l'Espagne, l'Irlande, …

Le FMI en vient même à faire la leçon aux pays "sages" comme le Canada qui refusent d'entrer dans la spirale.  Au nom de la "promotion de l'innovation" le FMI critique leur frilosité.

"Les conseils du FMI ont été concentrés sur les réformes axées sur le marché afin desurmonter les «entraves» structurelles dont certaines ont contribué à protéger ces pays des facteurs qui ont déclenché la crise".


Le FMI n'a pas seulement été aveugle. Il a poussé au crime.

Quelle est la principale lacune de ce rapport fort important au demeurant ?

Il s'attaque à l'écume des choses.  Oui l'organisation est cloisonnée et la bureaucratie du FMI sclérosée ; Oui les méthodes sont dépassées ;  Oui on ne laisse pas passer beaucoup d'air intellectuel dans les neurones de l'organisation ; oui on s'occupe trop des pays émergents sans regarder ce qui se passe dans les pays développés ; oui on est aveuglé par les doctrines de Wall Street et la puissance américaine en générale.

Ce n'est pas l'essentiel.  Comme nous cessons de le répéter, le FMI ne sert à rien en système de changes flottants et de liberté absolue des mouvements de capitaux.  La sclérose du FMI est venu uniquement du fait qu'il n'avait plus de rôle réel, plus de fonction organique.

Il a repris un rôle aujourd'hui parce que trop de pays sont à la limite de la rupture financière et qu'il fournit des fonds et des experts pour serrer la vis.  On lui demande aujourd'hui de ramener des idées pour éviter les déséquilibres majeurs.  On notera cependant qu'on le fait sans dire dans quel cadre global on se fonde.  

C'est toute l'ambiguïté du G.20. On ne veut pas doctrinalement s'écarter de la vulgate qui a mené à la catastrophe tout en tentant de prendre des demi  mesures de régulation pour contrer les principaux déséquilibres auxquels cette vulgate mène mécaniquement.

De ce point de vue  le rapport dénonce bien un aveuglement idéologique mais ne prononce pas non plus les mots qui fâchent.

Il faudra bien un jour que tous sortent du faux semblant.

Lewis Holden pour le Cercle des économistes E-toile.

Pi(ckpoc)ketty

Rien de plus significatif que le succès du simulateur d'impôts mis en place par le socialiste Thomas Piketty en vue de la présidentielle prochaine. Les impôts sont la passion et le traumatisme français. Demander plus aux impôts des autres en  échappant soi-même à la charge, quelle plaisir ! Ruiner  plus favorisés que soi quel bonheur !    

Et il faut crier vive l'impôt ! Avec extase ! Surtout quand on y échappe. L'hypocrite tennisman devenu chanteur, millionnaire à ses heures, Yannick  Noah, était hier à la télévision : il expliquait qu'il payait ses impôts en France et qu'il adorait cela. Et les spectateurs dans la salle de déchaîner ses applaudissements.  Oui, il faut crier vive l'impôt mais en mentant sur les bords. M. Noah paie non pas SES impôts en France mais DES impôts en France, en fait juste la retenue à la source  sur ses cachets.  Personne n'a naturellement pris le soin de le lui faire remarquer.  Un planqué fiscal qui ment et qui fait la leçon aux abrutis saignés à blanc par l'impôt mérite bien des applaudissements.

Chanter la chanson que les "riches" paient moins d'impôts que les autres est en train de devenir un leitmotiv.  Pour le socialiste Piketty c'est un fond de commerce.  Mais cela va au-delà : on entend toujours cette chanson avant les mesures fiscales les plus dures.  Tout le monde paiera plus mais on vend le paquet avec un peu de haine : les riches vont trinquer. Bien fait !

Pour Piketty, l'argent n'appartient pas aux Français mais à l'état.  Le revenu disponible est ce que l'Etat consent à bien vouloir leur laisser.  Un impôt direct de 60% pour qui gagne 100.000 Euros par an  est normal. Si on y ajoute toutes les autres impositions on arrivera à 90-100% : c'est bien normal après tout.  On y est déjà pour l'essentiel. Ce sera moins hypocrite et c'est tout.

De même pour ces braves gens la dépense publique est le BIEN.  Le seul bien. Il est normal qu'elle augmente en permanence.  Donc il faut augmenter les impôts tout le temps. En ayant un système fiscal très progressif la croissance assurera l'augmentation permanente de la pression fiscale.   On ne nous dit pas où il faudra s'arrêter : 100% pour 3. 000 euros par mois ?

Ces singeries sont intéressantes pour l'ampleur des mensonges et truquages qui sont employés.

La vraie question est de savoir qui paie quel impôt. La propagande insidieuse du complexe politico-administratif est de toujours masquer  la réalité.

Qui paie la TVA ? Le consommateur ? ou l'entreprise ?

Qui paie les charges patronales ? Les actionnaires ou l'entreprise ? Ou les salariés ?

Qui paie l'IS ? Les actionnaires ou l'entreprise ?

Les deux impôts les plus lourds sont   la TVA et les charges sociales.  Si on les attribue aux actionnaires, alors il est totalement faux que les riches paient moins d'impôts que les pauvres.

Si vous attribuez la TVA, l'IS, les milles taxes  qui touchent l'entreprise et les charges patronales aux 500.000 français qui possèdent les entreprises (en laissant aux étrangers la part qu'il leur revient)  et que vous ajoutez l'impôt sur le revenu et  les différents impôt sur le capital, l'affirmation que les riches paient moins d'impôts que les pauvres devient absolument ridicule.

On retombe dans la manipulation qui avait frappé Chaban Delmas qui "ne payait pas d'impôts"  simplement parce que l'impôt sur ses revenus d'actionnaires avait été précomptés (notion d'avoir fiscal).

Dans le cas de Mme Bettencourt, le raisonnement est exactement le même : on voit les impôts payés sur ce qu'a touché  in fine  l'actionnaire mais pas les impôts payés par l'entreprise  dont elle possède les actions.  Si on avait attribué à Mme Bettencourt sa quote-part des charges sociales, taxes diverses, impôts sur les sociétés, TVA, de l'Oréal, on aurait vite vu qu'il lui restait des miettes.  De jolies miettes mais des miettes tout de même : à peine 5% de ce qu'elle aurait touché si tous ces impôts n'existaient pas ! 

Le capital français ayant été détruit par les deux guerres et la crise de 1929 (dont le coût global pour la France rappelons le à été équivalent à celui de la guerre de 14), les gouvernements ont fait  le choix d'imposer d'abord l'entreprise. "Les patrons peuvent payer. Prenons l'argent là où il est". Tel était le slogan.  Et c'est que l'on a fait de façon massive.  Au point que tout le monde constate aujourd'hui que les prélèvements sur l'entreprise française sont  extravagants  par rapport aux autres pays ce qui  ruine notre compétitivité.

Grâce à cette fiscalité démagogique et imbécile le chômage est devenu structurel en France.   Nous avons inventé le capitalisme sans capitaux et sans salariés.

Alors on a dit : on va frapper les ménages. Ce sera la CSG, CRDS etc.  l'Etat récupérera 10 points de PIB en 25 ans avec ce gentil mécanisme.  La croissance s'est arrêtée.

Maintenant on dit : ruinons les riches qui se cachent derrière les épargnants.

C'est de la pure folie.

La seule vérité est que lorsque les bornes sont franchies il n'y a plus de limite.  Un pays dont le gouvernement dépense plus, non seulement de ses recettes fiscales, mais pire encore, plus  que ce que son secteur privé produit est un pays mortellement atteint.  Un pays  qui reprend les thèses communistes de l'élimination de toute rémunération au-delà d'un certain plafond est un pays fini.

Dans les dix dernières années le journal les Echos a calculé que la croissance moyenne de la France a été de 1,1% par an, une augmentation qui est dans l'épaisseur du trait de l'incertitude statistique. Ce qui veut dire qu'on n'est même pas sûr qu'il y a eu une croissance quelconque.   En même temps le complexe politico administratif a chaque année fait semblant de croire que la croissance de l'année suivante serait systématiquement un point au dessus du réel.  Dix ans de mensonges systématiques et volontaires, toujours dénoncés, jamais   corrigés.  Pendant dix ans on a voté des budgets psychédéliques  révisés à la hausse en permanence et exécutés à la hausse en permanence. Un des exercices les plus déprimants est de reprendre tous les budgets puis de regarder les lois de finances rectificatives puis la réalité de la dépense publique.  Tout le processus  budgétaire est un simulacre.

Rappelons que le système global de notre fiscalité étant progressif  le fait de calculer les recettes sur une fausse croissance induit une  croissance des recettes théoriques encore plus forte.  Si sur 10 ans on annonce un croissance de 25% alors qu'on ne constate que 10, on aura prévu des recettes en augmentation de 30  et obtenu une impasse de 20% à financer par la dette.

La présentation trompeuse est aggravée  par des techniques connues, comme celle qui consiste à ramener l'impasse au PIB pour ne pas avoir à dire que les dépenses  ne sont financées qu'à moitié par les impôts. Il vaut mieux afficher un chiffre bas, par exemple 3%, plutôt que 20,30 ou 50% qui feraient désordre. Mais le désordre est là !

Le monde n'a pas besoin de la France. Comme il n'a pas eu besoin des pays communistes .  Sur le bord de la route de la prospérité nous restons comme des idiots.  Comme les  citoyens soviétiques sont restés au bord du chemin de la croissance pendant 75 ans.  Jusqu'au jour où ils ont dit : c'est grotesque  et cela suffit. 

La passion délirante de la France pour l'impôt et la dépense publique l'a ruiné dans ses profondeurs. Et lui interdit de redémarrer. Les brevets s'effondrent. L'investissement s'effondre. l'emploi s'effondre. L'industrie s'effondre.   Aucune des grandes administrations pléthoriques ne fonctionnent plus.  La justice est effondrée depuis au moins trente ans. L'hôpital sombre. L'éducation nationale n'est plus nationale et n'éduque plus.  L'armée fonctionne avec des bouts de ficelles.  Nos grandes entreprises publiques quand elles fonctionnent ne sont plus françaises et quand elles le sont ne vendent plus rien à l'étranger.

Le Français né malin crie à s'époumoner : "vive l'impôt" (des autres) ; ruinons les riches (mais pas moi) !  Et la France sombre et sort de l'histoire.

En faisant joujou avec des simulacres de modèle fiscal sur Internet.

Suicide d'une nation.

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile.



Deux mots à Nicolas Baverez

Depuis 1996 nous avons développé de nombreux thèmes que Nicolas Baverez a lui même détaillés avec talent. Cependant nous ne partageons pas toute la démonstration de cet excellent auteur et  il nous parait intéressant de bien localiser nos divergences.

Nous analysons ici le texte "France ton économie fout le camp" donné au Point ( n°2003  du 3 février 2011).  http://www.lepoint.fr/editos-du-point/nicolas-baverez/france-ton-economie-fout-le-camp-03-02-2011-135167_73.php

1. Première idée de NB  : "la pseudo  réhabilitation du modèle français fondé sur l'intervention de l'Etat dans l'économie n'est que billevisée".

Il est clair que sans l'intervention de l'Etat par son budget et différents processus d'adaptation législative, la crise aurait eu des conséquences sociales beaucoup plus importantes.  Le choc social a été très atténué et les banques ont été sauvées par le soutien massif de l'Etat.  On peut regretter que l'état n'en ait pas fait assez; on ne peut nier qu'il a joué son rôle dans l'atténuation de la crise et l'empêchement d'une situation de dépression.

Sans les actions à peu près coordonnées de l'état et de la banque centrale (le premier acceptant de s'enfoncer dans la dette et le second de la financer par la planche à billets)  nous aurions eu une dépression à la hauteur  du "crédit crunch" formidable qui se mettait en place. Critiquer l'état au moment où il vient de jouer son rôle, est-ce réellement  pertinent ?  On peut débattre du rôle de l'état pas de la nécessité d'une action de l'état. L'important est qu'elle soit pertinente.

2. Un des aspects qui aurait pu être plus légitimement relevé est que le secteur global de l'état compte en France pour près de 25% du PIB là où il ne contribue ailleurs qu'entre 15 et 20%. Ce secteur n'est pratiquement pas touché par les crises conjoncturelles. On a donc traditionnellement une baisse du PIB moindre que les autres.  Il ne faut pas s'en féliciter. En général la crise est dans le secteur marchand pire que chez les autres.   Un défaut  de structure peut fausser les interprétations.  Cela n'a pas manqué.  Il faut le condamner.  Ce secteur sur protégé et sous productif pèse tout le temps, en haute comme en basse conjoncture.  Revenir à un secteur public ne dépassant pas 20% du PIB est une nécessité en France.

3. "Le retour à la croissance molle n'a été obtenu qu'au prix d'une relance de la consommation financée par la dette publique".  C'est parfaitement vrai mais cela n'est pas nouveau : nous sommes dans cette situation depuis 1974 !  Nous ne sommes pas arrivés à un taux de 400% d'endettement par rapport au PIB en cinq minutes.   Et l'état n'est pas seul en cause puisque l'essentiel de la dette est privée.  Depuis 1974 nous n'avons plus de modèle de croissance.  L'énarchie compassionnelle de droite et le socialisme de gauche se sont conjugués pour chercher la solution dans la dette et la dépense publique. Ce modèle est à bout de souffle. Mais ce n'est pas un projet intellectuel puissant et assis sur des analyses ; juste une facilité politique. qui d'expédients en expédients nous a mis dans la nasse.

4. Nicolas Baverez serait plus pertinent s'il cherchait les sources réelles de cet endettement massif, un point qu'il élude et qui est fondamental. La France est une partie d'un ensemble qui a connu le même schéma.  Nicolas Baverez ne comprend pas les causes monétaires de la crise permanente qui s'est installée depuis 1974 et l'abandon des changes fixes.  Du coup il reste dans le constat des conséquences sans pouvoir préciser les causes ni les remèdes.

5. Les chiffres donnés sur les conséquences de la crise sur fond de politique économique multi décennale absurde  ne sont pas tous incontestables (en particulier ceux des coûts salariaux respectifs français et allemands)  mais ils donnent  une image vraie de la réalité. La France est mal partie.  La rupture promise par Nicolas Sarkozy n'a pas eu lieu.  Et on s'enfonce dans la médiocrité d'un pays drogué à la dépense publique et pourris d'impôts.  

6. "Le redressement de la compétitivité constitue la priorité nationale"

Ici il faut faire attention aux mots. La France a une économie très compétitive mais beaucoup trop étroite et qui rétrécit comme une peau de chagrin.

La valeur ajoutée du secteur marchand ne suffit pas à couvrir les dépenses publiques !  Même en rendant encore plus productif notre moignon nous n'arriverons à rien. Ce qu'il faut c'est évidemment trancher  dans les dépenses improductives et les comportements  de dépenses incontrôlables.  Oui il faut supprimer l'ISF. Oui il faut supprimer les 35 heures et repasser aux quarante heures dans les Hôpitaux et les administrations centrales et locales. Oui il faut supprimer la couverture du petit risque médical .  Oui il faut supprimer le mille-feuilles administratifs . Oui il faut transférer une partie des charges sociales sur la TVA ; oui il faut réformer à la hache les grandes administrations et les administrations locales. Oui il faut remettre en cause les privilèges aberrants des ouvriers du livre ou des grutiers et des dockers. Oui il faut remettre en cause les indemnisations des intermittents du spectacles.

En un mot il faut revenir entièrement sur le mode de fonctionnement de la société française  et son intempérance fiscale et dépensière.

Nous devons changer de modèle économique.

Mais cette politique réussira d'autant mieux que le système monétaire  international  sera de nouveau  basé sur la coopération des états en vue du plein emploi général. Eviter les doubles pyramides de crédits, les gonflements incontrôlable d'une dette elle-même  incontrôlable, les politiques laxistes ou mercantilistes est la première priorité.  

Finalement la critique principale que nous faisons à Nicolas Baverez est son impuissance à comprendre qu'un changement de système monétaire pourrait nous remettre très vite dans la bonne direction. Le déclin n'est pas une fatalité !  La situation est catastrophique mais pas désespérée. Encore faut-il quitter les visions trop générales et s'attaquer précisément aux blocages cruciaux avec un minimum de sens de l'observation, de compétence et d'énergie.

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Le blog du cercle des économistes e-toile

Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

Membres du Cercle :

  -  Didier Dufau : Economiste en chef (DD)- Français
  -  Sylvain Dieudonné : Economiste associé (SD) - Belge
  -  Zbig  Brataniec : Associé économie des pays de l'est (ZB) -  Polonais
  -  Lewis  Holden : Economiste  associé (LH) - Anglo-américain
  -  Karl Peiper : Economiste associé (KP) - Allemand
  -  Valentin Zeldenitz : Associé banque internationale (VZ) -  Double nationalité Roumaine et américaine
                  
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