Le libre-échange remis en cause ?

Le dernier pilier des certitudes de l’après-guerre est-il en train de s’effondrer ? La crise de 1929 avait prouvé que les mesures de limitations de la libre circulation des marchandises n’apportaient aucune solution et aggravaient la situation.

On voit aujourd’hui que Donald Trump n’hésite plus à rompre avec ce credo porté inlassablement  par la diplomatie américaine depuis le début des années quarante.  De nombreux mouvements politiques portent un message de restriction, à gauche comme à droite.  La protection de l’emploi national par des mesures de réduction ou de blocage devient un thème de campagne un peu partout.  

Faut-il ou non s’engager dans cette voie ?

Comprenons d’abord quelle est la source de ce mouvement d’opinion. La baisse tendancielle de la croissance depuis 1971 et l’entrée depuis 2008 dans une période de stagnation durable qui voit  le revenu par tête baisser dans de nombreux pays de façon continue, est cette source. La « classe moyenne » est en première ligne dans cette déréliction. C’est elle qui fait les élections. On ne peut pas prétendre diriger un pays contre la prospérité du plus grand nombre, malgré tous les discours écolo-récessionnistes.

Le problème est que, globalement, il est impossible d’engager un vrai débat sur les causes de cette spirale néfaste de longue durée.  Trop d’intérêts et d’habitudes pèsent sur les esprits.  La disparition des débats de fond dans la presse et leur extrême difficulté dans les médias  radio et telé-diffusés, conduit à une impasse de communication : en écoutant les experts qui servent le fond de jus intellectuel et économique  , on a toujours pris les bonnes mesures pour avoir une croissance rapide et les résultats vont dans le sens inverse. Surprise –surprise ! Alors, les unes après les autres, les bases du consensus s’effondrent dans la méfiance et la colère, mettant en cause des « élites coupables ».

Cette évolution navrante est totalement évitable. Quelle est l’erreur qui pèse sur le monde depuis 1971 ? On a fait disparaître des pratiques intergouvernementales l’obligation d’équilibrer les balances extérieures. Associé à un système de monnaies administratives flottantes, émises en masse prodigieuse, cet abus a fait passer l’économie en mode baudruche, avec des explosions successives de plus en plus graves.

La vérité économique élémentaire est qu’on ne peut avoir dans la durée des pays en fort excédent  et d’autres en fort déficit. Le recyclage des excédents et le financement des déficits  poussent à au gonflement de la dette globale qui finit par exploser.

Ce n’est pas le libre échange qui est en cause. Mais le libre-échange déséquilibré dans des proportions systémiques. Le commerce et la monnaie vont ensemble. Pas de bon commerce sans bon système monétaire. Croire que par une magie microéconomique toutes les situations de déséquilibres se résoudront automatiquement en laissant jouer les libertés économiques élémentaires, sans aucune harmonisation des conditions générales de l’activité n’est pas le fruit d’une réflexion économique sensée, basée sur les faits. Mais un acte de foi et il faut tordre la perception de la réalité pour le soutenir.

La première mesure à prendre à l’échelon de la planète est de revenir aux conditions organisationnelles qui permettent qu’aucun état ne se lance dans des politiques déséquilibrées. Sans être immédiatement sommé de revenir à un certain équilibre, avec une aide collective  pour éviter les trop gros coups de freins.

Evidemment, c’est politiquement difficile de dire aux Etats-Unis : le privilège (douteux) du dollar, c’est fini, comme  les déficits effarants qui l’accompagnent. Ce n’est pas plus aisé d’imposer aux Chinois et aux Allemands  un corset qui interdit les énormes excédents. De même les pays pétroliers ne pourront utiliser leur rente qu’en achat de marchandises et non en mouvement de capitaux.

Cette difficulté politique explique pourquoi le système dysfonctionnel  en place perdure, malgré les preuves répétées depuis 50 ans de sa nocivité.

Mais, il n’y a pas d’alternative comme disait Thatcher avec son TINA (There is no alternative).  Que les grands acteurs, victimes de leur propre impéritie, en viennent à proposer d’achever le malade plutôt que d’essayer de le soigner est tout de même un peu difficile à admettre.

La France qui a sombré dans le n’importe quoi de longue durée et qui en paie le prix amer, n’a plus aucune influence mondiale et a perdu les rênes de son destin.

Les instances mondiales, dans la dépendance américaine, sont silencieuses, ou poussent de si petits cris, qu’on ne peut les entendre.

L’Europe a mis en place un système absurde qui permet aux pays à excédents démesurés de maintenir leurs débiteurs la tête sous l’eau au détriment de l’ensemble.

Tout cela est anti économique à un niveau qui frôle le grotesque et ne peut se justifier.

Delenda est ! Donnez-nous un levier ! Si la raison pure ne suffit pas, que faire ?

Joseph Stiglitz et l’Euro

The Euro

How a Common Currency Threatens the Future of Europe

Joseph Stiglitz. Août 2016.  ISBN 978-0-393-25402-0. 448 pages

W. W. Norton & Company

Le monde actuel est ainsi fait qu’aucune thèse économique n’est plus considérée en Europe, et en particulier en France, que si elle est émise par un prix Nobel américain. Le traité de Maastricht date de 1992. La zone Euro a 16 ans d’existence. Il était temps que J. Stiglitz condescende à nous donner un avis sur ce système.

Comme cet avis est extrêmement négatif et qu’il consiste à dire que l’affaire était mal embarquée depuis le départ et qu’il n’y a aucun espoir que cela s’arrange, le débat européen va en être à nouveau ravivé dans le sens tragique.

La lecture du livre n’apporte exactement aucune nouveauté technique. Tout ce qui est écrit a déjà été dénoncé mille fois.  Le problème est que Stiglitz tient à nourrir une posture anti libérale et anti capitaliste. Le moteur de son ire est en vérité la Grèce et le traitement « infâme » qu’on lui a fait subir. Le risque était de faire du sous-Varoufakis, sans moto extravagante et  avec un air sérieux. On n’en est pas loin.

En voulant servir la gauche de la gauche, on tire un tapis rouge à Marine Le Pen qui va pouvoir utiliser ce livre comme base de son programme anti-euro en excipant de la caution d’un prix Nobel.

Sur le fond, l’auteur voit bien le vice particulier de la zone Euro : l’absence de mécanismes d’ajustements entre les pays membres. 

Nous ne cessons de le dénoncer nous-mêmes depuis… 1992. Considérer que deux règles d’endettement et de déficits publics par rapport au PIB suffiraient, était parfaitement ridicule. Tout le monde le savait. On espérait que la dynamique créée permettrait de forcer les évolutions nécessaires.   Les règles ont été rapidement dénoncées comme « idiotes ». Et les politiques suivies ont été si divergentes que « l’union » est devenue une caricature.

Que Stiglitz réaffirme ces idées de bon sens économique ne peut pas faire de mal, même si on ne l’a pas attendu  pour cela. Un quart de siècle de retard, c’est une bagatelle…

L’ennui est que le retard demeure dans les analyses de détail et dans les solutions.

Ce que ne voit pas Stiglitz, c’est que la crise globale a été le désordre majeur qui a déstabilisé l’Euro. Jusqu’en 2008, la zone Euro ne pose pas de difficultés majeures.  Bien sûr, une Allemagne qui se lance dans le plan Schroeder alors que la France met en place l’étouffement Jospin, sème les conditions d’un drame futur évident (dans le silence de presque tous). Bien sûr les conditions d’adhésion de la Grèce sont folkloriques. Bien sûr l’idée que toutes les différences de mentalités pourront être surmontées par des fonds structurels et la liberté totale des mouvements de capitaux, d’hommes et de marchandises,  n’est fondée sur aucune réelle théorie économique. Bien sûr on a mis le char avant les bœufs au grand risque que ces derniers le foulent aux pieds et le détruisent. Tout cela était du « wishful thinking » ou de la foi, comme on voudra. Mais l’Euro n’est pas la source de la crise de 2008 et les séquences ultérieures n’ont pas été déclenchées de l’intérieur.

Si l’Allemagne a mis en place le plan Schroeder, c’était dans une vision globale de sa compétitivité dans un système mondial fondé sur le désordre des monnaies et les énormes excédents ou déficits de balance de paiements.

Quand le système global explose, il expose les fragilités de la zone Euro. Et si les mesures prises pour sauver la zone ont été si drastiques, c’est à cause des défauts du système monétaire international et du poids des mouvements de capitaux flottants.

Les leçons de l’immédiat après-guerre, qui voulaient que l’on fuit définitivement les politiques déflationnistes, ont été perdues. Il serait tout de même juste de dire que l’effondrement financier global (12 à 15 mille milliards de pertes dans le système financier mondial) est LA cause principale de la pression déflationniste.  Les Etats ont repris  les pertes bancaires, augmenter massivement les impôts  et tenté de ramener leurs dépenses publiques  à des niveaux plus raisonnables pour faire face d’abord à ces pertes insensées. Si les taux des banques centrales sont négatifs, ce n’est peut être pas non plus sans rapport !

La gestion de la zone Euro est en mode panique parce que le monde est globalement en mode panique. Et quand on voit les résultats globaux, le taux de croissance par tête a tout autant fléchi aux Etats-Unis qu’en Europe.  

Pour ne pas avoir réellement compris les causes des crises successives depuis 2008, Stiglitz en est réduit à des conseils de destruction : mettez fin à la zone Euro. Prétendre gérer deux zones, au lieu d’une,  est le type même de la fausse solution. On ne voit pas qui aurait envie de faire zone commune  avec la France, le Portugal et la Grèce. Et en quoi les défauts d’ajustement au sein de chaque zone seraient-ils plus faciles à juguler dans une zone plus petite qu’au sein d’une zone plus grande ? En fait cette coupure priverait  l’Allemagne de tout espoir de remboursement de ses prêts sans donner aux autres les moyens de repartir.

La vraie solution est ailleurs.

-   Il faut prioritairement revenir à un système de changes collaboratifs dans le monde, avec responsabilité des Etats vis-à-vis de leurs balances commerciales et  financières.

-   Dans ce monde stabilisé, l’Euro se retrouverait en bien meilleure situation.

-   La gouvernance de la zone Euro doit être profondément remaniée en faisant apparaître un mécanisme de sanction automatique des grands déséquilibres, permettant d’alimenter un fonds d’ajustement des économies  et en créant un poste de Chancelier de la zone Euro dont le rôle serait  d’éviter les grands désajustements et de pousser t aux réajustements de la façon le moins déflationniste possible.

Au total Stiglitz propose un diagnostic éventé dans ce qu’il a de vraiment européen  et d’insuffisant dès lors qu’on inscrit l’Europe dans le tableau économique global.  La solution proposée est totalement lacunaire et ne conduirait qu’à des nouvelles secousses.

Un livre utile, en ce qu’il rappelle des critiques que l’on ne veut pas entendre depuis des lustres en Europe.

Un livre dangereux parce qu’il conduit à conforter des mouvements du type Front national et à proposer la destruction immédiate et automatique de l’organisation européenne.

L’Europe ferait mieux de trouver en elle-même à la fois les moyens de sa propre réforme et l’influence d’une réforme générale du système monétaire international.

La prospérité s’organise

Nous sommes de ceux qui inlassablement défendent l’idée que la prospérité est aussi et même surtout une question d’organisation. Cette dimension est constamment sous-estimée. 

L’actualité du jour nous en offre d’éclatantes confirmations.

La Russie est en passe de devenir, en 2016, la première nation exportatrice de blé. Pendant toute la période soviétique, elle a souffert de déficits souvent dramatiques. Pour l’observateur ; cela devrait être l’occasion d’une leçon d’économie appliquée. Au lieu de cela, comme d’habitude, on n’évoque que le soleil des uns et les inondations des autres. Naturellement, la météorologie joue son rôle en agriculture. Mais l’organisation est beaucoup plus importante. Après avoir liquidé par la famine près de 10 millions d’habitants des campagnes, dont près de la moitié dans la seule Ukraine, l’instauration du système soviétique de production agricole a provoqué un désastre permanent pendant pratiquement 75 ans. A chaque fois que des réformes ont été tentées, elles ont marché. A chaque fois, elles ont été abandonnées par idéologie.  L’abandon du système soviétique a aussitôt permis de restaurer l’agriculture. En deux décennies, la Russie, comme l’Ukraine, ont retrouvé leur productivité agricole traditionnelle. Qui se souvenait encore  qu’elles avaient été des régions considérées comme des « greniers à grains » de l’Europe.  L’organisation est fondamentale.

Sur un mode différent, l’actualité nous offre un exemple tout aussi parlant. Le Régime Social des indépendants, le RSI, est un échec bureaucratique total. Le système ne fonctionne pas et ne fonctionnera pas. Avoir voulu construire une administration bureaucratique unique sur le mode soviétique a eu les résultats qu’on pouvait craindre. Si on veut d’autres exemples, il suffit de lister toutes les âneries de Mmes Duflot et Touraine, qui ne savent penser qu’en termes de bureaucratie, d’interdictions, de contraintes, de méfiance, de malfaisance…  Mme Hidalgo, possédée par le même prurit, croit également au bénéfice de la contrainte violente et de la prédation.  Ces sottes, toutes passées par le tamis de l’idéologie partisane la plus élémentaire et la plus sectaire, ne peuvent même pas imaginer, comme les hiérarques du PC soviétique, qu’on puisse agir autrement. Les résultats sont naturellement désastreux à court terme et le seront plus encore à moyen terme, si des corrections urgentes ne sont pas mises en œuvre. Confirmation avec l’abandon de certaines des imbécillités de la loi Duflot par Macron et une petite reprise du bâtiment.

Le Point, sous la plume de Delhommais, nous donne à réfléchir sur les principes de l’ordolibéralisme (à ne pas confondre avec l’orthocapitalisme)  qui s’oppose aux versions les plus débridées du keynésianisme, et qui au départ, s’opposait frontalement à l’idée national-socialiste que l’économie appartenait à la nation et que tous les acteurs devaient lui être subordonnées.   Malheureusement l’histoire économique du Troisième Reich n’est pas enseignée ni commentée dans les circuits scolaires et universitaires, en dépit de très belles études.  On survalorise généralement l’action de Schacht et la sortie du chômage dans l’Allemagne de Hitler. La vérité est plus prosaïque. L’Allemagne, comme la première guerre l’avait montré, n’a pas les ressources, notamment alimentaires, pour mener des guerres longues.  C’est la disette puis des débuts de famines qui ont conduit l’Allemagne à la défaite de 1918. L’erreur initiale et insurmontable d’Hitler, est d’avoir cru qu’il pourrait, grâce à des coups parfaitement assénés, le blitzkrieg, en concentrant toutes les ressources sur des points névralgiques, accéder à des ressources extérieures suffisantes. Le pari a marché contre la France. Ensuite, tout fut une suite de désastres, malgré des pillages éhontés et criminels. Qui se souvient par exemple qu’après avoir suppléé Mussolini qui était vaincu en Grèce, Hitler a volé toutes les ressources en nourriture de ce pays, provoquant une famine monstrueuse, dont le souvenir ne s’est toujours pas effacé et qui ressurgit aujourd’hui même dans les revendications de Tsipras vis-à-vis de l’Allemagne.  En vérité, l’économie allemande avait failli capoter plusieurs fois entre 32 et 39. L’économie nazie est un échec pas un succès comme beaucoup le croient.

Le combat des ordo-libéraux  contre la folie national-socialiste, parente de la folie socialiste soviétique, est intellectuellement très riche et il est heureux qu’il soit enfin décrit et commenté en France, pays ruiné par un sous-keynésianisme fiscalisé de haut fonctionnaire, au sein d’une zone Euro déficiente et d’un système monétaire global malade.  « La liberté économique ne relève pas d’un ordre spontané ». En effet ! Comme nous ne cessons de l’écrire,  la liberté se chérit mais les libertés s’organisent. Cet « mantra » devrait être enseigné partout dans les Universités économiques. Il faut en effet fixer un cadre macro économique sain pour permettre aux libertés économiques de donner leur plein effet. Les dimensions macro économiques doivent être maintenues dans certaines proportions pour ne pas grever la prospérité. Déficits internes aberrants, fiscalité confiscatoire, réglementations paralysantes, cadres sociaux intolérables, réquisitions abusives de la puissance publique, contraintes s’apparentant au servage, ne permettent pas la prospérité, seulement la déchéance économique et sociale.

Sur le plan extérieur, il faut maintenir les grands équilibres. Depuis que nous avons abandonné cette règle fondamentale, nous constatons la baisse tendancielle de la croissance, la montée globale de la dette, des crises périodiques de plus en plus dévastatrices.

Le contresens serait de croire que l’Etat n’a pas de responsabilité. Il en a  et en particulier celle de maintenir dans la durée les grands équilibres.

Le cumul d’un étatisme débridé et d’une absence de règles macro-économiques, ne font pas une économie libérale prospère mais un désastre économique.

On évoque les  analyses de l’école de Fribourg en se concentrant  concentrée sur le cas d’un pays isolé. Mais les observations de bon sens de cette école s’applique aussi à l’international. L’international doit aussi avoir des règles d’organisation macro économiques solides. L’organisation de la zone Euro qui permet à l’Allemagne de disposer d’excédents démentiels est fautive. La sur-réglementation bruxelloise, associée à l’absence de règles globales macro-économiques ne créent pas un ordo libéralisme, mais un pseudo  ortho-capitalisme supranational à la dérive.   L’organisation  du système monétaire international qui permet les excédents et déficits permanents et excessifs, au détriment de la prospérité générale, est tout aussi fautive et ce n’est pas en créant de nouvelles normes transnationales micro-économiques, façon Traité Transatlantique qu’on réparera cette tare.

Décidemment oui : il n’y a pas de prospérité sans une bonne organisation collective.  Qui en parle ? Les vraies réformes nécessaires d’aujourd’hui ne sont pas micro-économiques. Elles concernent les équilibres intra étatiques et inter étatiques.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile

Rencontres économiques d’Aix en Provence : une certaine pusillanimité.

Les rencontres économiques d’Aix-en-Provence sont une initiative sympathique qui doit être encouragée.  La difficulté est dans le choix de la programmation : faut-il chercher le consensuel sans aspérité ou attaquer les vraies difficultés à la racine ? La volonté d’institutionnalisation de l’évènement  pousse à la première approche. Les nécessités intellectuelles de l’expertise plutôt à l’autre.

Quelles sont les grandes questions économiques de l’époque ?

Incontestablement, la baisse tendancielle de la croissance depuis 1971 est le défi principal, avec ses deux compagnons, un endettement croissant et des crises périodiques de plus en plus graves.

La réorganisation de la zone Euro est l’autre question de fond qui demande des idées neuves et précises.

La méthode d’élimination des conséquences de l’explosion de 2008 est l’énigme à court terme, avec ses excès de dettes et d’impôts.

Il aurait été courageux de s’attaquer à au moins un de ces thèmes. Au lieu de cela, un thème étrange a été choisi : « qu’attend-on d’un pays ?» avec une traduction anglaise qui ne correspond pas « What is a nation for ?  ».

On sent qu’il a fallu éviter le titre naturel : que peut faire un Etat national dans une ordo-économie ouverte et fondée sur des règles micro économiques quand rien ne va et que les régulateurs des marchés, comme les banques centrales, sont impuissantes ?

La réponse serait naturellement : tenter de changer le cadre institutionnel international fautif, ce qui implique de lourdes remises en cause intellectuelles et un gros problème diplomatique.

Au lieu de cela, on laisse croire que le cadre est bon et qu’il faut s’adapter, c’est à dire que les acteurs économiques  d’un « pays » doivent accepter  de « s’améliorer » individuellement, en « faisant des efforts ».  Cela va de pire en pire, mais ce n’est pas grave : adaptons-nous de plus en plus.

Le thème induit la litanie des suggestions finales, toutes parfaitement vaines mais consensuelles :

A l’échelle du monde

  1. 1.       Faire émerger de nouvelles formes de coopération mondiale associant négociations entre Etats et acteurs de la société civile 

Puisque les « acteurs de la société civile » sont les seuls vecteurs sollicités, il est normal qu’on les associe.  Pour faire quoi ? Bof !

  1. Créer une autorité internationale de protection et de sécurité des données personnelles

Créer un nouvel organe de régulation des marchés, est dans l’esprit général. Des individus mondialisés en compétition dans le cadre de règles. L’ordo-libéralisme est bien à l’ordre du jour.

A l’échelle de l’Europe

  1. Insister fermement pour que les négociations avec le Royaume-Uni s’entament rapidement et avoir pour objectifs le maintien de la cohésion de l’Union et l’ancrage des Britanniques au continent

C’est çà : soyons ferme et gentils. Les bisounours avec nous.

  1. Entériner le principe d’une Europe à plusieurs vitesses et réserver des politiques de plus forte intégration, notamment le policy mix, à un noyau dur représenté par la zone euro

Plus d’Europe est nécessaire puisque l’Europe ne marche pas.

  1. Relancer l’Union européenne autour de 4 axes : fiscalité, gestion des frontières, innovation, défense

Plus d’Europe est nécessaire puisque l’Europe ne marche pas.

  1. Créer un espace culturel européen à travers la mobilité

Chouette ! On est sauvé.

Plus de banalité, on ne peut pas. Dans le consensuel mou européen, dispensateur de places, et de subsides européens, on atteint une forme de perfection.

A l’échelle de la France

  1. Donner la priorité absolue à l’éducation et la formation

Ce ne serait donc pas le cas ?

  1. Faire de la politique du logement un vecteur d’intégration et de lutte contre les inégalités

Nous avons le taux de prélèvement et de dépense le plus lourd du monde.

  1. Mettre en place une fiscalité favorisant l’épargne longue et l’initiative entrepreneuriale

Nous sommes recordman du monde des prélèvements sur l’entreprise et le capital et le revenus du capital. Il ne s’agit pas de « favoriser » mais d’empêcher l’effondrement.

  1. Lancer les bases d’une « société de la seconde chance »

Bla bla bla pour faire social et se faire pardonner le point précédent.

  1. Créer un contrat de travail unique, équilibré, à droit progressif 

Y a pu ka.

  1. Instaurer l’obligation d’évaluer toutes politiques publiques et d’instaurer un débat public sur les résultats

Bla bla bla. Le rôle des économistes est déjà d’évaluer les résultats économiques et les causes de leur faiblesse. Pas d’obtenir des places dans des comités d’évaluations des politiques publiques ;

 Au total, ce tissu de banalités conformistes n’apporte strictement rien.

Dommage. Suggérons aux organisateurs de prendre un peu plus de risques intellectuels lors de la prochaine édition.

Stagnation économique mondiale : l’impatience monte au Figaro !

Il est rare que la presse quotidienne nationale donne le ton de l’opinion publique. Les médias dits « sociaux » sur Internet sont, et de loin, la vraie caisse de résonnance des émotions qui traversent les couches de la population. Les journaux de la  PQN confortent  en général les tendances de leur lectorat en considérant que leur fonction politique (et leur avenir commercial)  tient à ces caresses incestueuses.

L’article de Jean-Pierre Robin  dans la livraison du 12 août 2016, est tout à fait remarquable. Il est un de nos derniers journalistes économiques de qualité, depuis que les Patrons de presse ont commis l’erreur énorme de confier les rubriques économiques à  quelques universitaires officiels aussi outrecuidants qu’insignifiants,.

Le Figaro n’est pas connu pour la contestation économique de la mondialisation et entend  défendre « le système » contre des attaques considérée assez généralement comme de gauche. N’attendons pas de ce grand journal traditionnaliste de se lancer dans des philippiques contre le « néo libéralisme forcené et destructeur » ni d’ouvrir ses colonnes à la condamnation des « Oligarques » qui forment le fond de panier idéologique du « rectosomnambulisme marxo-gauchistes à tendance verbeuse, incantatoire et amante de piloris» qui fait la joie des soixante-huitards septuagénaires français, pourvu qu’ils aient été sensiblement enrichis par l’argent public  depuis cinquante ans.

Alors, lire que  « l’économie mondiale est plombée par l’impuissance de ses dirigeants politiques » est un mouvement de plume d’autant plus fort qu’il est plus rare.  Voilà une forme de « contestation des élites » pour le moins inattendue.  D’autant que l’article insiste : partout, dans ce qu’il est convenu d’appeler le monde occidental, les dirigeants sont désavoués. Ailleurs ce n’ezt guère mieux.L’Afrique sombre comme l’Amérique du sud dans la mal-gouvernance (c’est-à-dire la corruption généralisée).    Sur les 20 personnages qui vont se réunir au G.20 de Hangzou, en Chine, « ceux qui peuvent se targuer du leadership à l’intérieur même de leurs frontières nationales se comptent sur les doigts d’une main ».

« La crise », un concept qui serait bon de clarifier, a fini par corroder le bon vouloir des peuples les plus démocratiques et la patience des journalistes les mieux disposés.

Jean-Pierre Robin insiste là où cela fait mal. Le diagnostic est clair et il met d’entrée de jeu le curseur sur le défaut majeur du système : une situation absurde  « avec d’un côté des pays qui accumulent des excédents extérieurs  vertigineux atteignant 3 à 8.5% de leur PIB et de l’autre des économies en déficit de 2.6% à 5.2% ».

Et oui ! Là se trouve, en contradiction avec toutes les chartes, statuts et accords internationaux, la cause principale des difficultés où nous nous trouvons. Nous en avons fait la preuve détaillée dans notre livre « L’étrange désastre » que l’on voudra bien nous pardonner de citer.  Malheureusement l’article omet de dire quand et pourquoi ce système insane et contraire aux traités  a été accepté et, selon quelles modalités ses défauts  sont  reliés à nos malheurs.

L’article aurait mieux fait de s’arrêter là et de creuser. Il aurait alors pu conclure que l’abandon des disciplines de Bretton Woods sous la pression américaine était la source principale des difficultés et qu’il faut revenir sur le non système monstrueux qui a été mis en place au seul profit des Etats-Unis, profit d’ailleurs douteux, et de plus en plus jugé comme tel par les économistes américains eux-mêmes. Là est la source directe des trois composantes universelles de la crise : l’endettement phénoménal, les crises périodiques de plus en plus sévères, et la baisse du trend jusqu’à la quasi-stagnation actuelle.

Au lieu de cela l’auteur préfère citer toute la litanie des déséquilibres dénoncés par le FMI qui sont, pour le coup, des conséquences et non pas des causes : écarts de revenu entre gagnants et perdants de la mondialisation, endettement des Etats, réaction crispée des populations devant des réformes de structures dont elles ne voient pas le but sinon de s’adapter à une système malade.

L’auteur revient à l’essentiel sur la fin : « Les déséquilibres actuels sont contre productifs » ; « Les disparités nationales sont pénibles pour les pays et collectivement nuisibles pour la croissance mondiale ». Mais bien sûr ! Il insiste sur l’incapacité des dirigeants « pâlichons » à sortir de la défaillance où ils sont chez eux et de l’incapacité de coopérer internationalement. Il explique que du coup, ils ont tout délégué aux banques centrales qui sont, en vérité, impuissantes.

L’article conclut sur « les inconséquences de nos soi-disant maîtres du monde ».

Tout cela est exact et significatif : l’impatience gagne devant la léthargie générale sur fond de crise illimitée qui entame la stabilité politique du monde  et le fait entrer dans une phase extrêmement dangereuse. Même les parties les plus conservatrices de l’opinion commencent à s’inquiéter. On ne peut pas continuer comme cela.

Nous, nous l’affirmons depuis  des années. Qu’on relise simplement sur ce site le message : http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/7/6/Crise-conomique--les-quatre-erreurs--viter

Huit ans déjà !

Disons à J-P. Robin que la dénonciation des dirigeants ne suffit pas. Il faut comprendre pourquoi on en est là et pourquoi l’espère de pseudo « ordo-libéralisme » qui a été mis en place à Kingston en Jamaïque, en 1976, doit être abandonnée.  

Le nœud de la solution passe par l’obligation faite aux Etats (pas à la masse des producteurs, des financiers  et des consommateurs)  de tenir un taux de change fixe, mais ajustable et d’éviter et les grands déficits et les grands excédents.  Telle est la clé de voûte de toute solution. Le système monétaire international doit être stable et ne doit pas dépendre d’une monnaie nationale.

Commençons par là et le reste s’ordonnera.

Cher Jean-Pierre Robin, ouvrez donc les colonnes de votre journal à ces idées fondamentales. C’est là où est la vraie audace et où il faut vaincre de vraies difficultés, tant la soumission aux ordres américains est difficile à surmonter.  Vous verrez alors que les fantômes politiques qui se réunissent le 5 septembre en Chine sont peu différents de  tous les ectoplasmes qui n’osent jamais entrer dans les débats de fond  par peur d’y perdre… leur plume.

Nous aimerions tant vous aider. Nous savons, après vingt-cinq ans de combat, que si le diagnostic est désormais presque partagé par tous ceux qui se posent honnêtement la question, le passage à l’acte demande tellement de courage qu’il y a peu de chance qui se produise.

Dommage et merci tout de même pour cet article encourageant !

Un dernier mot pour rappeler que votre article omet de parler de la zone Euro qui souffre encore plus des énormes déficits et excédents internes de ses membres.

Depuis que nous sommes passés à un système de « fiat  money » et d’interventionnisme massif des Etats dans l’économie (rappelons que la dépense publique française excède notablement la valeur ajoutée des entreprises françaises du secteur non financier), la stabilité du monde dépends de la politique conjointe des Etats et de leur banque centrale qui ne peut être bâtie qu’autour d’un concept simple : les excédents comme les déficits doivent être prévenus, bannis, sanctionnés internationalement  afin d’obtenir des politiques étatiques cohérentes et collaboratives. Tout le contraire de ce qui se passe actuellement.

Quand on fait l’inverse de ce qu’il faut, on obtient les résultats inverses de ceux qu’on pourrait espérer.  Nos dirigeants ne sont impuissants ou défaillants que parce qu’ils ne veulent pas, ou ne peuvent pas, porter ce message fondamental.

Et effectivement leur impuissance ou leur défaillance conduisent le monde au chaos.  Il ne suffit pas d’être impatient. Il faudrait aussi commencer à être pertinent et, dans le contexte actuel, courageux.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

Les Américains commenceraient-ils à réaliser que la crise existe ?

Comme les économistes officiels européens ont un bœuf sur la langue dès qu’il s’agit d’économie, tant leur soumission est totale aux oukases venant d’Outre-Atlantique, seule garantie pour eux d’avoir accès aux médias et aux postes internationaux, on en est réduit à guetter aux Etats-Unis les signes d’une remise en cause du « benign neglect » habituel sur les causes de la crise.

Jusqu’ici, à quelques rares exceptions que nous sommes permis de citer sur ce blog, la crise n’était pas à l’ordre du jour des Américains. Certes la récession de 2008-2009 a été douloureuse, mais c’était la faute des vilains. On allait les taxer voire les coffrer.  Après tout irait mieux. Le système était parfait. Mystérieux « at times » mais parfait. Liberté du commerce, liberté des mouvements financiers, puissance des marchés, tout était là pour juguler les vilains états dépensiers et permettre au monde de retrouver une vive croissance.  Quiconque lit la littérature économique américaine, a lu des tombereaux d’inepties de ce genre depuis quarante ans.

Et voilà que dans son édition du 8 août 2106 le New York Times découvre que depuis 1971, la croissance baisse continument et que nous en sommes à une phase de stagnation terrible qui a pris à revers toutes les prévisions économiques des "meilleurs experts". Il y a quelque chose de rafraîchissant dans cette candeur. Cela ne fait que quarante ans que le phénomène est enclenché et voici qu’on le découvre dans un grand média américain. Il est vrai que la Banque mondiale a produit un graphique (voir ci-dessous) tout ce qu’il y a de parlant ;  Nous essayons d’en publier du même genre depuis des lustres et c’est une des bases de notre livre « l’Etrange désastre »  dont l’objet n’’est rien d’autre que de donner les causes de ce mouvement de baisse de longue durée.

Autant dire qu’il était intéressant de lire l’article. Déception : rien sur les causes. L’auteur se contente de constater que « les récurrentes erreurs de prévision prouve que les experts n’ont pas compris ce qui n’allait pas ».   Les experts officiellement en place dans les instances sous domination américaine, sont certainement dans ce cas. Nous aurons la coquetterie de penser que le jugement ne vaut pas pour tous les économistes. Il est probable que Maurice Allais est un parfait inconnu pour notre journaliste fouineur.

Inutile de chercher dans l’article des pistes de recherche sur les causes de cette baisse de longue durée de la croissance.  L’auteur se contente de banalités sur la baisse de la productivité (automatique lorsque la croissance baisse et que la récession frappe) et du temps de travail. Internet ne serait pas porteur de création de richesses et d’emploi (c’est le thème à la mode).  Bref, c’est la faute à personne et le capitalisme est comme cela, une succession d’accès de croissance et de périodes de relâchement.

S’il avait fait commencer son graphique dix ans plus tôt, il aurait vu que l’inflexion s’est produite à une date bien précise. : 71-72. Il aurait peut-être eu la curiosité de se demander ce qui avait bien pu se passer qui pourrait expliquer l’inflexion constatée.  Et il serait tombé sur l’explication majeure : on a changé de système monétaire international et le nouveau, absurde et non coopératif, a créé une économie baudruche avec ses trois composantes, déséquilibres massifs alimentant des bulles financières à proportion, récessions aggravées, dettes immenses irrécouvrables. Il aurait alors constaté que l’explosion de 2008 n’a été suivie d’aucune mesure de correction mais simplement de mesures conservatoires, essentiellement portées par les banques centrales et les Etats,  qui, au prix de plus de 60.000 milliards de nouvelles dettes et d’un écrasement fiscal délirant, ont tenté de sauver ce qui pouvait l’être.

Ne demandons pas l’impossible. Le NYT vient de constater que le système s’étouffait dans la durée. D’ici quelques années, on en viendra sans doute à s’attaquer aux causes. Tous les débuts sont difficiles. Mais au moins, il y a un début.

Au XIXème siècle, quand une difficulté tenace bloquait la connaissance, on créait un prix pour stimuler les réflexions.  Pourquoi le FMI, ou le Congrès Américain, ou la Commission Européenne l’OCDE, ou l’Académie Française ne créerait pas un prix pour la meilleure réponse à la question : pourquoi le taux de croissance n’a cessé de baisser depuis 1971 ?  Si cela s’avère impossible, demandons au Comité  Nobel de changer les modalités de son prix d’économie. Au lieu de récompenser des américains politiquement correct en économie, façon Krugman ou Stiglitz qui n’ont ne strictement rien apporter à la science, qu’elle accorde son prix aux meilleures réponses aux questions clés qui se posent à l’économie moderne. Au moins il y aurait une réflexion sur les grandes tendances qui font difficulté et une vraie compétition pour y voir clair.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.



La France face à la crise - les 8 dernières années

On connait généralement une première approximation des résultats d’une année, avec six mois de retard, avec corrections des années précédentes. L’occasion est bonne regarder derrière son épaule.

Le chiffre le plus important pour définir le dynamisme des entreprises est la valeur ajoutée des entreprises non financières du secteur marchand. On se rappelle que cette valeur était en 2008 d’un peu plus de 1.000 milliards d’euros. En 2016, l’INSEE annonce provisoirement  1.109 milliards. Malgré la récession mondiale, les entreprises ont créé près de 100 milliards de richesses nouvelles. La croissance exacte en 8 ans est de 8.19%, soit un taux de croissance annuelle absolument ridicule qui s’apparente à la stagnation.  Il est à noter que sur la période plus  70 milliards ont été à des transferts sociaux et 40 milliards à des augmentations d’impôts sur le revenu.   En un mot l’Etat a tout pris et plus encore puisque la dette, elle, s’est envolée.  Simultanément la dette publique est passée de 1.300 milliards en 2008  à 2.300 environ en 2015, soit un accroissement de 1.000 milliards.

Il est vrai que l’ensemble des dépenses publiques ont augmenté de 12% quand celle de la production ne l’a fait que de 8% sur la période 2008-2015. Les dépenses de fonctionnement proprement dites ont,-elles, augmentées, de 11%. Ce qui veut dire que sur l’ensemble de la période, il n’y a eu aucun ajustement de la dépense  de l’Etat pour lui-même au rythme de la croissance.

Il est clair que les dramatiques massacres à la petite semaine commis par des  musulmans hystérisés qui se sont répétés ont éliminé l’économie de la campagne présidentielle pour 2017.

Mais il serait tout de même bon que l’on inscrive sur le fronton des édifices publics ces quelques considérations  :

-          La dépense publique avec 1243 milliards d’Euros dépasse la production marchande  de près de 100 milliards.

-          La dette d’Etat va bientôt atteindre le double de la même production.

-          Tout le surcroît de production passe en dépense publique.

La France pourrait-elle surmonter dix années de plus comme celles qu’on vient de vivre ?  La réponse est non.  C’est im-pos-sible !

Toutes les équipes de campagnes devraient  être  dans la recherche désespérée d’un nouveau modèle d’action publique avant l’effondrement fatidique. Pour le candidat Hollande, « tout va mieux » et « je tiens ma campagne : conchier Sarkozy et les plans de réformes de la droite qui vont faire peur ». Un programme de Bidochon politicien de sous-préfecture, Lou Ravi de lui-même,  qui devrait passer en Cour de Justice de la République pour démagogie aggravée et achat de vote.  A droite seul Fillon a pris la mesure de la menace. Mais la presse ne cesse de répéter qu’il est « inaudible ». Les autres sont dans l’image et la posture à court terme.

Quant à la presse, elle se contente de répéter les éléments de langage du gouvernement sur la réforme de l’impôt désormais payé à la source. L’impôt c’est bien. La dépense publique est nécessaire. Même le FMI e dit. Allons-y gaiement !  La campagne présidentielle risque de nous coûter à nouveau 40 milliards d’euros de sottises démagogiques diverses et de retarder de deux à trois ans les possibilités de changer le cours des choses. D’autant que la récession décennale arrive.  La phase de « haute » conjoncture de l’économie marchande se termine. Là où en dépassait les 7%, on est à 2.5% sur l’année finale précédent le renversement. En un mot la phase dynamique a été  faiblarde et ses gains entièrement captés par l’Etat. Le renversement conjoncturel sera faible. Mais il étranglera un peu plus l’économie française qui risque de se retrouver dans la situation grecque.

Ne parlons pas du risque politique.

Rappelons que personne ne songe plus, nulle part,  à donner une explication de la « crise » que nous définissions comme la conjonction  d’une baisse tendancielle de la croissance, de l’aggravation des crises périodiques et de la monté colossale de la dette. Aucune réforme n’est à espérer du système monétaire international qui est le moteur de la crise globale ni de la gestion de l’Euro qui marque la stagnation européenne.  Et la France s’apprête à nouveau à révérer son merveilleux système l’écrasement fiscal qui lui interdit toute sortie durable de ses  tourments. Comme on sait le Français est né malin.

Bravo à tous !

Economie et médias : dix souverains poncifs.

Depuis que les journalistes laissent la parole à des experts universitaires officiels qui « décryptent » l’économie pour le bon peuple, l’à-peu-près mimétique règne en maître, avec son cortège d’arguments d’autorité, de banalités intéressées,  et de certitudes idéologiques certifiées. Ces experts sont choisis pour leur conformisme sécurisant, qui leur permet de survivre à toutes les erreurs de prévision, tous leurs commentaires controuvés et parfois leur absence totale de compétence (mais alors  le « look » doit être avantageux et le phrasé télégénique).

Voici les dix erreurs les plus fréquentes répétées à longueur d’antenne dans les médias, sans hiérarchisation.

  1. Les solutions écologiques coûtent cher : elles sont donc riches en emplois ! Il faut en particulier réduire drastiquement la productivité de l’agriculture (sauver la planète du « productivisme). Vive la décroissance aimée dans la frugalité heureuse !
  2. Les charges sociales, c’est bien, c’est payé par le patron ; la TVA c’est mal, c’est payé par le consommateur.
  3. La croissance de l’après-guerre est due à la seule reconstruction et les trente glorieuses du plein emploi s’expliquent uniquement par le triomphe de l’automobile. Maintenant c’est fini. Les nouvelles technologies ne créent pas d’emplois (elles en détruiraient même).
  4. Les changes flottants sont la seule solution mondiale et l’Euro peut être géré correctement dans l’état actuel des traités.
  5. Le cycle n’existe pas. La crise de 2008 était accidentelle, due aux « subprimes » et aux excès de la finance.
  6. Les marchés sont invincibles  et la liquidité est toujours bonne pour les marchés. La monnaie est une marchandise comme une autre. Que les grandes banques centrales en aient produit la contrevaleur de plusieurs années de PIB et permis un nouvel endettement de 57.000.000 milliards de dollars en six ans  est la preuve que le système est piloté. 
  7. Personne ne paie plus de 100% d’impôts en France.
  8. Les échanges de particulier à particulier favorisés par la facilité nouvelle des communications (peer to peer, ubérisés, numérisés) menacent la totalité des emplois existants.
  9. Il faut s’adapter à un monde prometteur mais très différent et qui change très vite (en abandonnant si possible notre système de protection sociale).
  10. On ira vers toujours plus de gratuité (ou : une déconnection toujours plus grande entre le travail et la consommation). Rien de collectif  ne coûte cher, c’est l’Etat qui paie !

La subsidiarité : un faux concept et un vrai évitement.

Nous assistons à une crise violente de la construction européenne. Pour avoir mis la charrue avant les bœufs de façon systématique, les européistes, qui voulaient forcer leurs thèses en créant des déséquilibres dont il n’aurait été possible de se sortir qu’avec plus d’Europe, ont finalement cassé le système.

Le principe même d’une union Européenne est remis en cause par le Brexit. On constate que des mouvements politiques puissants souhaitant la fin de l’Union ou de certains de ces mécanismes existent partout.

L’Euro est en danger du fait de la faillite virtuelle des banques de la zone. On découvre avec « surprise » que les banques italiennes ont 360 milliards de dettes douteuses dont on craint de ne jamais pouvoir récupérer plus de 200 milliards alors que la capitalisation boursière bancaire ne dépasse pas 52 milliards. C’est exactement la même chose partout en Europe, mais chut !

Schengen a été tué par l’afflux incontrôlé de plus de 1.800.000 migrants arabes et africains en cinq ans.

Une telle situation conduit les journaux à se tourner vers les grands Ministres de Affaires Etrangères pour esquisser des solutions. C’est ainsi qu’Hubert Védrine, qui parvient à conserver une bonne opinion à droite, tout en présidant aux œuvres de feu Mitterrand,  a pu s’exprimer sur une pleine page du Figaro. Que dit-il ? Pour simplifier : mettons en œuvre la subsidiarité. L’Europe ne doit pas s’occuper de détails et laisser passer l’essentiel.

L’argument parait solide. Qui ne serait pas d’accord pour que des nations qui font l’effort de dépasser leurs particularismes nationaux  s’entendent d’abord sur les questions d’importance où la force de l’union peut avoir un effet ?

Malheureusement, lorsqu’on creuse un peu, l’argumentation est plus que branlante et n’ouvre pas vraiment les portes d’un meilleur avenir européen.

La subsidiarité est un mot rare et confus, dont le sens n’est évident pour personne. Issu de la pensée religieuse, utilisé en droit civil, il n’avait aucune vocation à entrer en politique.

La tentative aventurée de faire voter une prétendue « constitution européenne » a conduit à donner des gages  aux anti-fédéralistes en leur lâchant un mot comme on lâche un os à un molosse menaçant. Il s’agit d’une astuce politicienne  qui utilise un faux concept adjuvant et lénifiant pour faire passer la pilule. On trouve de nombreux autres exemples de cette technique de gouvernement. Par exemple la « pénibilité », concept correspondant à une réalité introuvable, qui a uniquement pour but de donner l’apparence que  les salariés publics renonceront aux régimes spéciaux alors qu’ils conserveront leurs privilèges sous un autre nom.

On eut donc droit à ce chef-d’œuvre de rédaction faux-jeton dans la fameuse « constitution »

-          « La Communauté agit dans les limites des compétences qui lui sont conférées et des objectifs qui lui sont assignés par le présent traité. Dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, la Communauté n'intervient, conformément au principe de subsidiarité, que si et dans la mesure où les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les États membres et peuvent donc, en raison des dimensions ou des effets de l'action envisagée, être mieux réalisés au niveau communautaire ».

L’analyse de ce texte est assez simple : l’Europe a tout pouvoir, sans « subsidiarité » dans ses compétences exclusives, et dans tout le reste, elle aura la grande décence de ne se mêler uniquement de ce qui serait mieux traité en s’y mettent tous ensemble, sachant qu’en cas de conflit sur le qualificatif ce serait la Cour de Justice qui trancherait. Ayant toujours tranché en faveur du pouvoir fédéral, conformément à son objet même,  on peut penser assez légitimement que tout aurait été considéré comme mieux traité à l’échelon européen.

En clair, et j’avais déjà souligné ce point à l’époque : rien n’est subsidiaire dans ce qui a été accordé en propre à la Commission, et pour le reste, tout le reste,  les Etats membres devront justifier, à leur bas niveaux, que ce qu’ils font ne pourrait pas être mieux fait par la Commission !

Cet article n’avait pas pour but de brider la Commission mais les Etats.

Il en aurait été autrement si le texte avait dit :

-          « La Commission n’exerce son pouvoir que dans les domaines où elle a une compétence explicite ; elle ne le fait que sur des questions importantes pour lesquelles l’Union est une force nécessaire et suffisante ».   

Historiquement la Commission a eu pour rôle de donner un sens et une matérialité à l’idée que les Etats membres renonçaient à faire du tort aux pays associés et à leurs résidents pour protéger leur bien propre. On sait le nombre incroyables d’obstacles mis par chaque Etat pour « protéger » tel ou tel de ses intérêts, si possible au détriment de « l’étranger ». La Commission s’est vu attribuer le monopole de l’initiative, afin d’éviter les défenses nationalistes d’intérêts particuliers. Et elle s’est lancée aussitôt dans un travail de fourmi pour éliminer une à une les particularités inventées pour gêner les voisins. Le marché unique libre et non faussé imposa plus tard encore plus de rigueur dans le détail. L’Europe aura été une usine à normes de plus en plus microscopiques pour enserrer la créativité passée ou à venir des Etats pour défendre leurs petits intérêts.

C’est pour cela que des textes régissent la taille des cucurbitacées, le drapeau bleu sur les plages,  les  règles de fabrication du camembert ou le format des disques horaires.

Aussi ridicule que puissent paraître les décisions prises, elles ont toujours eu pour but de définir un espace commun où tous les Européens pouvaient agir, sans se trouver piéger par une astuce ou une particularité gênante.

On peut donc aller et venir, s’installer, contracter, partout dans l’Union, sans que le fait qu’on ne soit pas natif du pays vous expose à des difficultés particulières. Le droit européen est individualiste. Pourvu qu’il soit européen membre de l’Union, chaque individu aura pratiquement les mêmes droits qu’un national. L’Europe n’est pas supranationale mais co-nationale.

La Commission était une machine à faire cela et l’absence de subsidiarité était consubstantielle à ce travail. Il n’y a pas de « subsidiarité » dans l’égalité concrète des « droits de ».  L’adjonction d’un Parlement Européen n’était pas nécessaire. C’est une erreur grave de Giscard. L’apport démocratique est nul, puisque les électeurs ne savent pas pourquoi ils votent et n’ont aucune capacité de modifier ce qui se fait à Bruxelles (qui est défini par la Commission). Il n’y a donc jamais aucun programme formulé lors des élections européennes. Et donc de moins en moins d’électeurs et un mépris de plus en plus grand pour les « élites » qui vont se goberger dans les instances « démocratiques » européennes.

Dans la pratique cet abandon progressif des règles de défense nationaliste au sein de l’Union n’a aucun inconvénient réel et favorise une concurrence utile sur le plan commercial et des libertés utiles sur le plan personnel et familial. Que les négociations avec des pays tiers, sur tous ces sujets, se fassent à l’échelon Européen est également totalement légitime, sous réserve du contrôle final des Etats.

L’Europe du « je ne te crains pas ami européen et je concours à éliminer tous les obstacles à tes droits » est à la fois originale et nécessaire. Elle n’implique pas la création d’un Etat fédéral.

La subsidiarité n’ayant aucune place dans ce processus et un gouvernement gardant la possibilité de bloquer une décision inutilement dommageable ou marquant un excès de zèle, tout allait bien dans la meilleure union européenne possible. C’est à cette Communauté là que le Royaume-Uni s’était agrégé.

On peut parler de mauvaise foi quand on prétend améliorer l’Europe en mettant en avant la subsidiarité sur des questions où depuis 58, il n’y en a pas. La taille des cucurbitacées n’est pas le problème.

Les vraies questions sont plus précises que cela. Offre-t-on les « droits à » au même titre que les « droits de » ? En un mot les dépenses de solidarité sociale nationale sont-elles offertes gratuitement à tout membre de l’Union qui les solliciterait ? Sachant que tous les pays européens ont développé des systèmes différents et que l’harmonisation n’est pas dans le champ de la Commission, le problème est très concret, surtout depuis les extensions récentes aux pays pauvres du sud et de l’est. Offre-t-on un droit de vagabondage et de mendicité, voire de délinquance habituelle, à tout clan qui se trouve dans l’espace européen ou qui parviendrait à s’y trouver ?

Ici encore, le concept de subsidiarité n’a aucun sens. Il faut savoir si oui ou non une nation peut se débarrasser d’indésirables qui ne sont pas là pour contribuer mais pour bénéficier d’avantages sociaux ou de trafics douteux ou illégaux.  Et de répondre enfin à la question : est-ce l’immigration incontrôlée ou spécifiquement nationale offre les mêmes droits que la nationalité d’un pays de l’union ? On ne voit pas ce qu’apporte le concept de subsidiarité dans ces débats.

Pour la gestion de l’Euro, la subsidiarité n’a pas plus de sens. La question est de savoir comment on coordonne l’ensemble des politiques qui conditionnent la valeur de la monnaie unique. Le choix est entre maintenir le système actuel (les règles constamment violées du traité de Maastricht corrigées par le traité Merkozy, qui, pour nous, deviennent un frein tragique à la croissance), créer un poste de coordinateur (pour nous un Chancelier de la zone Euro)  ou une Union fédérale budgétaire sociale et fiscale (à notre avis, une nouvelle mise de charrues avant les bœufs).   

On a donc envie de dire à Hubert Védrine : Compte tenu de votre position et de vos qualités, appliquez-vous le principe de subsidiarité ; n’attaquez que les questions européennes dures sur lesquelles une réponse précise doit être trouvée sous peine de voir l’entreprise capoter définitivement.

Michel Rocard : l’enterrement d’une illusion

Il est toujours délicat de commenter l’enterrement d’un homme politique. Derrière le politique pleurent des proches qui ont des raisons de s’affliger et qu’on aimerait laisser à leur chagrin. Mais derrière l’homme disparu demeure le sillage politique et, dans notre cas, un extraordinaire concert de pleureuses médiatiques, transcendant les clivages habituels, qui pousse à s’interroger : au-delà de la dépouille d’un homme politique, plutôt gai et assez sympathique, de type Turlupin, mais marginal, puis marginalisé, de quoi fête-t-on, en si grande pompes, les funérailles ?

En politique, on ne juge que des actes.

En 1958 la grande question était la décolonisation, avec une guerre en cours en Algérie. Mendès France avait raté la décolonisation en Indochine. En annonçant qu’il se donnait cent jours pour forcer un arrangement avec les communistes du Vietminh, il avait offert à Giap l’occasion d’infliger une défaite majeure à la France à Dien Bien Phu. Le rusé général concentra toutes ses forces sur un point d’appui français secondaire. La défaite fut terrible et la France négocia en situation de faiblesse. Le résultat fut le démarrage de… la guerre d’Algérie. Edgar Faure s’était bien mieux sorti de la question marocaine, en évoquant « l’indépendance dans l’interdépendance ». Puissance du verbe et de la contorsion. Mais le Maroc était un protectorat qui n’avait plus besoin de protecteur.  Guy Mollet et Robert Lacoste étaient confrontés à une difficulté bien plus grande. L’Algérie était un département français avec une population d’origine métropolitaine importante. Les soviétiques et leur affidés du PCF chauffaient les braises et alimentaient une trahison permanente, comme au temps du pacte germano-soviétique.

Il était impossible de sortir les mains propres d’une situation aussi difficile. La SFIO en était incapable. La Quatrième République, où le PC représentait entre 25 et 30% de l’électorat, ne l’était pas plus. La seule solution pour ceux qui croyaient en l’impérieuse nécessité de l’indépendance de l’Algérie (nous en étions) était de soutenir l’action du général de Gaulle. On savait, depuis Bayeux, qu’il souhaitait remettre tous les mandats coloniaux, dans l’ordre et le respect de la France, et depuis la guerre, qu’il avait, seul, le prestige et l’autorité nécessaires pour faire assumer à son camp  la séparation algérienne. 

La bonne solution, pour la décolonisation, c’était de Gaulle.   Naturellement le jeune Rocard fut contre. Pendant que son père faisait péter des bombes atomiques à Reggane, le centre atomique français au fin fond du Sahara algérien,  il portait, selon ses propres dires, des valises de billets au FLN. Même Jospin, qui était frappé du même tropisme d’engagement marxiste, tendance Trotsky, avait refusé la trahison. Il le dira lors de la sinistre affaire Boudarel, un traître communiste qui avait persécuté dans les camps Vietminh les soldats faméliques qu’Ho Chi Minh y faisait crever de faim et de mauvais traitements, jamais jugé et honteusement recyclé comme « spécialiste » de l’Asie à l’Université. On peut ne pas croire à cette affaire de porteur de valises. Michel Servet, le pseudo qu’il utilisait, jouait au dur avec un physique minuscule de Lou Ravi de la révolution, mais on voyait bien que ce fils de notable de la République s’engageait surtout dans la jactance. Pas question, comme Régis Debray, de finir à Camiri !

Dans cet exercice, il donna toute sa mesure au PSU, un groupuscule sans importance dont la doctrine première était le dépassement du capitalisme et du socialisme par l’autogestion « à la yougoslave ». Quiconque avait fait un saut en Yougoslavie savait à quoi s’en tenir : des peuples ruinés, hagards, violents, mangeant à peine à leur faim, habillés comme des clochards, sans espoir, démotivés dans le travail mais pas dans la haine de tout et de rien, prêts à en découdre avec la terre entière et surtout à fuir ce paradis autogestionnaire.  Elu représentant d’une conférence à Sc Po, je cherchais à organiser des rencontres avec tout le spectre des forces politiques du moment. Je contactais le PSU (dont Rocard-Servet n’était pas encore secrétaire général). On m’indiqua une conférence où un jeune prometteur allait faire un tabac. J’y allais. J’écoutais Rocard expliquer de sa voix incompréhensible de l’époque tout le bien qu’il pensait du modèle titiste. On disait, à l’époque, que son cerveau reptilien de droite empêchait son cerveau acquis de gauche de s’exprimer correctement. J’intervins pour témoigner de la misère, la colère, la violence rentrée que l’on trouvait en Yougoslavie. Le péremptoire affirma que l’autogestion à la française ne serait pas contaminé par les difficultés historiques qui avaient assaillis la Yougoslavie et qui, seules, expliquaient sa situation actuelle. Toujours cette vieille rengaine socialiste qui veut que tous les défauts du socialisme réalisé ailleurs n’apparaîtraient jamais en France. Pourquoi ? On ne savait pas. C’était à prendre ou à laisser. Je laissais, privant sans doute mes camarades d’une exposition féconde à une pensée politique transcendantale. Quarante ans plus tard je rencontrais fortuitement Rocard en Corse dans le meilleur restaurant de l’île. Il entamait les visites protocolaires liées à son prochain mariage avec la charmante Sylvie, une fille plutôt giscardienne mais très bien. Je lui rappelais notre débat sur l’autogestion. Il prit le souvenir avec la bonne humeur qui ne le quittait pas souvent et répondit : « Les Yougoslaves ont eu tort d’abandonner l’autogestion ». Il n’est pas sûr que ce fût de l’humour.  

Michel Rocard qui a toujours vécu la vie nationale, à chaque tournant majeur, comme sous son influence directe, s’est beaucoup vanté de son rôle en mai 68. En vérité, à cette date, il était déjà une vieille barbe. Il se retrouva avec Mendès-France à Charléty, croyant venu le moment du coup d’Etat. Hélas pour lui c’était déjà la fin de la récrée. Le général « factieux » et « venu au pouvoir sur un putsch » venait à nouveau de lui donner une leçon de démocratie.

Le PSU intégra le PS, comme tous les mouvements marginaux, notamment trotskistes, en minorité bavarde mais sans pouvoir. Le nouveau maître était un homme de droite à Francisque particulièrement cynique qui avait compris que son destin s’accomplirait en s’appuyant  sur le rassemblement des hommes de gauche bien décidés à grimper au cocotier du pouvoir. « Laissez-moi être président – je vous permettrais d’accéder au pouvoir et à la richesse ».

La ringardise et les dangers du programme Commun de la gauche était tel que personne de sérieux ne pouvait croire une seule seconde qu’il pourrait faire mieux que de casser la croissance durablement. Mitterrand s’en fichait. L’élection d’abord. La sériosité de Rocard l’emporta sur la totale docilité. Il regimba. Un tout petit peu. La question des nationalisations n’était pas de savoir si on volait 51% ou 100% du capital des entreprises nationalisées. Mais s’il était sérieux de se lancer dans un tel massacre industriel et financier. Que reste-t-il des nationalisations de 81 : rien !

Mitterrand s’offrit le luxe de « lever l’hypothèque » d’une mythique « deuxième gauche » lors de sa réélection contre Chirac. On allait voir ce qu’on allait voir. On ne vit rien du tout. La déception partout fut grande. La parole est une chose. Les actes, une autre. Le « Grand Pourrisseur » qui régnait en « Dieu » chassa le « Petit Mec » comme un valet. Réduire ses collaborateurs, épouse, amis et amies, à leur triste condition et un peu plus bas encore, était sa spécialité. Ce pervers narcissique aimait ces abaissements. Cela fit quelques morts dans son entourages et combien de blessés. Dont Rocard.

La bonne idée de lui-même qu’avait Rocard n’en fut pas le moins du monde affectée. Bien que la pire déroute électorale socialiste, en attendant la prochaine, fût la conséquence directe de sa gestion, il a toujours considéré qu’il avait été le « meilleur Premier Ministre de la Vème République ».

Les faits ne confirment pas cette autocélébration.  Les deux ans de gouvernement Chirac-Balladur, lors de la première cohabitation, avaient assaini la situation économique et la conjoncture mondiale entrait dans sa phase bouillonnante de croissance. Le cycle existe. Comme Jospin plus tard, Rocard a bénéficié d’une conjoncture mondiale incroyablement favorable sans y êtes pour quoi que ce soit. Que faut-il faire pendant ces périodes de vaches grasses qui voient les recettes fiscales prendre l’ascenseur pendant que l’économie prend l’escalier ? Evidemment assainir, réformer, guérir des plaies béantes dans les comptes publics. Les réformes douloureuses se font mieux quand la conjoncture est élevée. La dette se réduit mieux quand la croissance rapide est là. La dette était déjà préoccupante. Les retraites entraient dans une séquence intenable après la démagogie intenable de la retraite à soixante ans. L’investissement proprement français avaient été tué par la fiscalité excessive sur le capital. Il fallait, en souplesse, grâce à la bonne conjoncture, calmer le jeu fiscal, redonner du souffle à l’économie, dégonfler la dépense publique. Rocard va faire tout l’inverse. Il remet en marche l’ISF et crée la CSG. La pression fiscale, déjà mécaniquement aggravée par la croissance (si les impôts sont globalement progressifs, ils grimpent plus vite que la croissance surtout si elle est rapide : une croissance de 3.5% du PIB entraîne une croissance de 7% de l’impôt sur le revenu) est poussée à l’extrême. La dépense publique coule à tout va. Le RMI est à la fois un trou dans la coque du navire et un enfermement durable pour ses bénéficiaires. En acclimatant l’idée qu’on pouvait vivre aux crochets de la nation sans jamais travailler, Rocard a rendu le pire service au pays. Aujourd’hui 2 à 3 millions de familles et près de 7 millions de personnes sont ainsi enfermées dans une pauvreté subventionnée qui gâche leur vie possible tout en ruinant les comptes nationaux.  Lorsque la conjoncture se retournera avec la crise de 92-93, la France se retrouvera ruinée. Bérégovoy prendra la balle. Mais c’est Rocard qui avait chargé le pistolet.

La seule action réellement positive qui peut être mis à son actif est la paix en Calédonie. Mais, là encore, il oublie de dire que l’extrême fermeté montrée par Chirac avait ouvert la possibilité d’un dialogue plus serein en bloquant toute tentation de violence de la part des Kanaks. Sans ce préalable, il est probable que de violence en violence, la situation aurait évolué bien moins favorablement. La méthode Rocard se serait apparentée à la méthode Guy-Mollet-le-honni. Il est plus facile de panser des plaies que de bloquer à la source et par le dialogue  une rébellion qui se dynamise par ses propres crimes.

Finalement, Mitterrand flinguera Rocard en une rouerie, lorsqu’il se croira quelque chose à la tête du PS, en envoyant le missile Tapie dans sa nurserie. Rocard n’a jamais rien pesé.

Il était en phase avec une partie des Français qui ne voulaient plus d’Histoire ni d’histoires. Plus de volonté. L’altérité sacralisée en bandoulière. «Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». La France qui pleure est celle d’une génération de fils de petits bourgeois récemment enrichis par les trente glorieuses qui ont tenu à être fonctionnaires et à ne pas se salir les mains dans des  boulots de « prolbacs », qu’ils ont laissé sans pitié aux immigrés, en lisant Libé et en trouvant l’humour de Canal Plus sublime. La France qui gémit est celle qui ne voulait pas avoir les mains sales, ne pas diriger, tout en ayant le confort et les plaisirs du pouvoir et de la richesse, payés par les autres, tout en vilipendant les « négriers » cupides qui croyaient en l’entreprise. Pleure en bloc toute l’Enarchie Compassionnelle,  qui s’est épuisée à ruiner le bourgeois et à effacer la France,  tout en vivant des vies de rêve, sans risque, en brassant la moraline, mais sans avoir à souffrir des vœux pénitents du clergé traditionnel. Pleurent en bloc tous ceux qui ont cru que Hollande et Valls allaient faire une politique « à la Rocard », c‘est à dire qui serve le portefeuille de droite et le cœur de gauche. Pleurent en bloc les Gracques et tous ceux qui ont cru qu’il pouvait y avoir un « socialisme intelligent », magnifique oxymore, pourvu qu’il soit médiatisé par des hauts fonctionnaires.

Ceux-là comptent désormais sur Juppé, qui a souvent répété que le RMI et l’ISF étaient deux réformes que la droite aurait dû faire et qui a beaucoup fricoté ces derniers temps avec Rocard.  Nouveau paradoxe, car Juppé s’est tué à tenter de faire, en période de vaches maigres, les réformes indispensables que Rocard auraient dû faire en période de vaches grasses. L’Enarchie Compassionnelle tente de survivre. Elle n’a pas encore compris qu’il n’y a plus de place pour aucun socialisme, même délayé et défendu par la haute fonction publique,  dans la France déclinante et subvertie d’aujourd’hui.

Rien à faire : le « socialisme intelligent », c’est-à-dire qui n’étouffe pas peu ou prou la société et l’économie, n’a jamais existé et n’existe pas. Les trois expériences françaises (Mitterrand, Jospin, Hollande) l’ont assez prouvé. Ne parlons pas de Mugabe et de Chavez.

Sur la fin, Rocard s’était mis à accuser les dirigeants socialistes de tous les maux, pour sauver l’idée qu’il se faisait d’un socialisme qui ne soit pas intolérable. Il suffit de lire  ses dernières interviews, toutes impitoyables pour Hollande et la « sinistre » galerie des ténors du  socialisme « vraiment de gauche ». Ces attaques ad hominem  auront été son cri ultime d’impuissance. Imprécation n’est pas raison. La France n’est pas social-démocrate, comme J. Julliard, pendant catho du rocardiste protestant, le prétend, prenant ses rêves des années soixante pour la réalité.

Une génération s’évanouit.  Une pierre tombale de plus vient d’être posée sur cinquante ans d’illusion d’une partie du journalisme et du militantisme politiques de gauche français, dans un flot de fleurs de rhétorique fanées et de larmes de crocodile.

RIP.

La fin de la vision rooseveltienne du monde ?

Roosevelt avait une grande ambition : créer les conditions d’un monde meilleur d’où les guerres seraient bannies, où le droit remplacerait les exactions et les conflits entre  Etats nationalistes et autoritaires, où un système collaboratif basé sur la liberté dans les domaines monétaires et économiques empêcherait les crises. Le multilatéralisme serait la règle. Les Etats-Unis avaient raté le coche de la SDN. Ils se attraperaient avec l’ONU, la charte des droits universels, le FMI, la Banque mondiale, …

Une des conditions, dans l’esprit de l’équipe de Roosevelt, était de mettre à bas les « empires » européens et asiatiques, sources de conflits à répétition et de faire disparaître leurs colonies. L’Empire Britannique et l’Empire Français, bien qu’alliés aux Etats-Unis, devaient être dissous, l’Allemagne et le Japon étant définitivement déclassés dans un statut de nains politiques et diplomatiques qui ne leur laisserait que l’échappatoire de la sphère économique et commerciale. Le Plan Morgenthau initial, à l’initiative de son adjoint Harry White, était de renvoyer le clos germanique à une exploitation bucolique de ses ressources agricoles…

Bien sûr, il ne s’agissait pas de laisser les intérêts américains à l’encan. Les Etats-Unis deviendraient le leader du monde. Mais Ils assumeraient leurs responsabilités. Ce qu’ils feront  notamment contre l’URSS, vu comme le dernier « empire du mal », même s’il n’était pas considéré comme tel par nombre de collaborateurs de Roosevelt et était encore, Roosevelt vivant, un allié.

Ce plan était assez noble, et les Etats-Unis assez forts, pour qu’il s’impose longtemps encore après la mort de son géniteur.

Que deviendrait l’Europe ? L’objectif était d’aboutir à la création d’une union européenne fédérale faible, entre anciens empires démembrés à l’intérieur (décentralisation voir scission de régions) comme à l’extérieur (décolonisation), avec des bases militaires américaines partout. Jean Monnet, agent des Etats-Unis en Europe, sera chargé de mener à bien le projet et d’y amener les Européens. Il s’appuiera, partout en Europe,  sur la Démocratie Chrétienne et une partie des socialistes, avec le soutien financier et politique de la puissance américaine.

L’Empire britannique deviendra le Commonwealth. La France sera contrainte à une décolonisation totale. L’Allemagne divisée, sera occupée pour longtemps.

Restait à mettre en place le projet des Etats-Unis d’Europe, structure fédérale sur le modèle américain et alliée inconditionnelle des Etats-Unis…

Aujourd’hui, il ne reste en Europe que les reliquats nerveux d’anciens empires. En dépit de la réunification allemande, les grandes nations européennes d’antan sont édentées et subverties de l’intérieur comme de l’extérieur par les mouvements libres et massifs d’hommes, de marchandises et de capitaux. Les Etats-Unis sont la seule grande puissance.

Roosevelt aurait-il  gagné ?  

On peut se tapoter le menton. Surtout si on pose les deux questions clés : 

Question 1 : L’objectif du « projet européen » est-il toujours de créer l’Europe supranationale de Jean Monnet dans le cadre d’un fédéralisme mou et d’un régionalisme fort, chargé d’achever l’éclatement des anciennes grandes puissances européennes et les noyer dans une nuée de micro-états afin d’obtenir une soumission totale à l’impérium américain ?

Question 2. : Si la réponse à la question 1 est non, quel est l’objectif de l’Union Européenne ?

Evidemment des questions aussi directes ne sont jamais posées. Et les réponses ne sont jamais apportées. Si les dirigeants européens ne veulent pas s’embarrasser d’une vision explicite, exprimée, expliquée et assumée, le travail se fait en souterrain dans la conscience des peuples avec des « surprises démocratiques », en même temps que les attitudes des uns et des autres deviennent des contorsions de plus en plus paradoxales et que les organes européens se grippent les uns après les autres.

Considérons simplement ce qui se passe en ce moment même.

Le premier ministre britannique, Cameron, avait considéré qu’il fallait absolument exclure le Royaume-Uni du « toujours-plus » fédéral européen. Il a obtenu l’accord des autres pour ne pas souscrire aux clauses « d’approfondissement » vers plus de fédéralisme. L’honnête courtier des Etats-Unis en Europe, rôle qui le valorise dans sa relation « spéciale » avec les Etats-Unis, voulait bien continuer son chemin européen mais sans l’aboutissement fédéral qui était inscrit en pointillé (sans tapage médiatique de la part des négociateurs) dans la plupart des traités. Sacré paradoxe tout de même.

Les Britanniques, consultés par referendum, ont été plus loin : ils veulent rester ce qu’ils sont et quitter l’appareil institutionnel de l’Union Européenne. Du coup les Américains sont inquiets, d’abord parce qu’ils perdent un réseau d’influence au cœur même de l’Europe.  Le retour de flamme national des britanniques met à mal l’espérance rooseveltienne.  Kerry sera envoyé dans la minute en Allemagne pour vérifier si la soumission y restait totale, en dépit des effets moraux et politiques de sa réunification. Si l’Allemagne décidait de retrouver un rôle autonome, après le départ du RU de l’UE, l’impérium américain serait fortement endommagé. Il semble qu’il ait reçu tous les apaisements nécessaires.

 

Il ne faut pas oublier que le Brexit vient après le rejet du projet de « constitution européenne » par des nations fondatrices de la première Europe des 5 (La France et la Hollande ont dit non) et l’absolue volonté des anciens Pays de l’Est de ne pas se diluer à nouveau dans une structure fédérale. Ils veulent l’aide européenne et la souveraineté nationale, le beurre et l’argent du beurre, plus les beaux yeux de la fermière sous la forme de la sécurité de l’Otan vis-à-vis de leur ancien colonisateur. La domination soviétique y a toujours été vue comme une domination russe.  Poutine fait tout pour leur donner raison.

Certains partisans de l’Europe de Monnet et de Schumann regrettent finalement le traité de Lisbonne. En passant de la Communauté Européenne à l’Union Européenne, les peuples se sont retrouvés trop violement dans la lumière de l’élimination programmée et définitive de leur nation. Le Conseil Européen a finalement pris le rôle principal, remettant en cause les « coups d’état » (selon Giscard) successifs de la Commission et du Parlement Européen désireux de s’autoproclamer respectivement « gouvernement » et « assemblée législative » d’une union fédérale. 

Il est vrai qu’un Conseil Européen des chefs d’Etats et de Gouvernements, à 28 ou 27, est une structure difficile à faire vivre, qui met en valeur  le rôle des grandes puissances tout en énervant les petites, le tout s’accordant pour diminuer le rôle du Président de la Commission, lui-même tenté de se croire chef suprême du « gouvernement » fédéral  européen.

Juncker, qui poursuit les rêves de Delors et se veut le pivot de l’Union Européenne, se retrouve en conflit ouvert avec les chefs d’Etat. Mme Merkel qui ne voulait déjà pas de Barnier, ne supporte plus Juncker et ne se fait pas prier pour le faire savoir. Elle veut le mettre à la « retraite anticipée ».  Déjà, lors des discussions avec la Grèce, certains participants avaient demandé : « Que fait là le Président de la Commission ?». Ajoutons que la Slovaquie qui prend la tête de la présidence tournante des 28 entend « mettre fin aux tendances fédéralistes et restaurer la souveraineté des Etats ».

Tout le monde a compris que le Brexit mettait fin aux tractations pour un traité transatlantique et peut-être même au traité en fin de négociation avec le Canada. Le Brexit a donné un coup sévère à l’Atlantisme.

Du coup, on peut se demander ce qui reste de la grande pensée mondiale de Roosevelt.

L’organisation multilatérale économique mise en place à Bretton Woods a été détruite en 1971 par les Etats-Unis eux-mêmes qui pensaient qu’ils s’en sortiraient mieux avec un étalon dollar de fait dans un système de changes flottants. Ce système délirant s’est partiellement effondré en 2008 et personne n’a encore cherché à en rebâtir un meilleur.  

L’organisation fédéralo-européiste atlantiste initiée par Monnet est en train de s’effondrer à son tour. Le mouvement vers un système fédéral à l’américaine en Europe est arrêté. Partout le nationalisme ou ses formes dérivées repartent.

L’ONU tourne à vide, incapable de mettre un terme à la violence arabe stimulée par le ressentiment des défaites face à Tsahal et aux méthodes de l’occupation israélienne, et totalement dépassée par l’inflammation du monde musulman contre l’Occident. La conquête par la Russie de la Crimée et la guerre artificielle alimentée par Poutine en Ukraine laisse l’ONU impuissante. La Chine réarme, après que les Etats-Unis en ait fait bêtement l’usine du monde,  et conduit le Japon à chercher à se doter de l’arme atomique. Obama a eu le prix Nobel de la Paix avant même de prendre les rênes des Etats-Unis et il a largement désengagé les Etats-Unis de leurs responsabilités mondiales.

Le Royaume-Uni a quitté le vaisseau européen à la dérive après trop d’extensions et trop d’erreurs d’organisation. L’après-guerre est bien fini. L’ère rooseveltienne aussi.

Nous sommes dans un monde multilatéral à reconstruire, un système monétaire et financier international à reconstruire, une alliance occidentale à reconstruire, une Europe à reconstruire.

La guerre et la puissance américaine avaient permis  d’imposer des schémas multilatéraux globalement bénéfiques mais contenant des biais en faveur des Etats-Unis ou d’alliés privilégiés qui ont créé des faiblesses qui ont fini par les faire éclater un à un.

Un monde globalement en paix, malgré les quelques incendies qui demeurent, et globalement interconnecté,  peut-il se reconstruire sur une base multilatérale sans leader et sur un principe de parité et non plus de soumission ?

Dans cette nouvelle architecture à créer que doit et peut être le « projet européen » ?

Ne cherchez pas dans les programmes des candidats potentiels à l’élection présidentielle française ni dans les déclarations du Président français, du Premier Ministre ou du Ministre des Affaires Etrangères (si, si, il y en a un !).

L’état du monde ne permet pas d’affronter de face ces défis colossaux, dans le cadre de l’ONU, pratiquement complètement marginalisé.

Que faire ?

La priorité est de refonder la zone Euro. Elle ne peut pas fonctionner sur les bases actuelles et si on ne fait rien elle explosera entraînant de très fâcheuses conséquences. Rien n’est plus urgent que de créer un coordinateur des politiques économiques et sociales européennes, que nous appelons un chancelier de la zone euro, indépendant des structures de l’Union Européenne actuelle. Au sein de cette zone, il est indispensable qu’une chambre de compensation veille à l’équilibre des échanges et que les grands excédents comme les grands déficits soient sanctionnés. Les pénalités saisies sur les balances excédentaires permettront d’alléger la charge de redressement des pays déficitaires. Ce serait une sorte de plan Keynes sans la possibilité de dévaluer et avec une monnaie unique déjà en place.

 

La seconde priorité est de reconstruire un système monétaire international basé sur la responsabilité des Etats vis-à-vis de leurs grands équilibres. La seule vraie solution est un système de changes fixes  et ajustables et une organisation de surveillance et de coordination, qui, comme celle proposée pour la zone Euro, pénalise à la fois les pays à grands excédents et les pays déficitaires.

Dans les deux cas, l’obstacle principal n’est pas intellectuel ou technique. Il tient à l’omnipotence de l’Allemagne en Europe et des Etats-Unis dans le monde. S’ils veulent bloquer, alors la seule réponse est de tout bloquer. Vous ne voulez pas jouer le jeu collectif, ce dernier s’arrête. Et on attend.

Si ces deux restructurations sont faites, on y verra plus clair pour la suite. La nécessité d’équilibrer dans la durée les balances des paiements  réduira automatiquement la nuisance des certains mouvements de capitaux et de marchandises. Il n’est pas si difficile de rendre positifs les mouvements de personnes : libre circulation réservée aux nationaux en Europe ; reconduite à la frontière automatique avec demande de visa ultérieure pour les personnes se livrant à des trafics et à la mendicité (re pénalisée comme le vagabondage) ; renforcement des contrôles extérieurs à la zone ; impossibilité de bénéficier de la « gratuité de la vie » avant au moins cinq ans de contributions à l’économie du pays ; détachement de personnel à l’étranger dans des conditions plus précises ; réforme de la définition et des modalités du droit d’asile. Négociation collective éventuellement forte, avec les pays d’émigration systématique (l’Europe ne peut pas accueillir les 400 millions d’Africains en surnombre qui sont anticipés d’ici à 2050). .

La Commission ne doit plus se prendre pour le gouvernement de la future Europe fédérale subliminale. Elle ne doit avoir aucune influence sur la zone Euro qui ne concerne qu’une fraction de ses membres.  Elle doit être une structure légère chargée d’assister le Conseil Européen et non pas une structure lourde chargée d’étudier des lois dans pratiquement tous les domaines et de les faire appliquer. Le Parlement Européen devrait devenir un Conseil économique et social européen chargé d’étudier des questions européennes et de donner des avis.  Le  champ d’action de ces institutions européennes est purement économique : marché unique,  agriculture et aides structurelles hors zone Euro.

La Commission ne doit avoir aucun rôle spécifique ni aucune relation avec les régions, qui dépendent de leur état respectif.  

L’extension de la zone Euro sera retirée du pouvoir de la commission.  Les impétrants ne seront acceptés que s’ils entendent s’intégrer à la zone euro et feront l’objet d’une décision d’opportunité par le Conseil Européen et lui seul.

Les modalités d’associations de pays étrangers avec l’Europe Unie seront simplifiées et unifiées, au bénéfice de la zone. Elles seront  ajustées en fonction des intérêts de la zone Euro notamment en matière de stabilité monétaire globale et de traitement des déséquilibres commerciaux. Les pays ayant d’énormes excédents de balance de paiement avec la zone seront interdits d’investissement direct dans la zone Euro. 

Et on reprend la marche en avant, pas à pas.

Evidemment cette démarche met en cause quelques principes : liberté absolue et totale de tous les mouvements de capitaux, de personnes et de marchandises ou services ; abandon au moins temporaire de l’optique fédéraliste. Limitation du regroupement familial. Limitation du gouvernement des juges.

Mais c’est le seul moyen de redonner un pouvoir de décision aux dirigeants et de retrouver la confiance des peuples.

 Si on ne fait rien, en refusant de lever les ambiguïtés fédéralistes, en se détournement de réfléchir aux causes des crises financières extérieures à répétition, en refusant de voir que le plan « Merkozy », utile à court terme, ne mène à rien dans la durée, en s’interdisant de canaliser et d’organiser les libertés fondamentales,  gare à la prochaine crise décennale (qui arrive) et au caractère explosif des forces de désagrégation en mouvement.

L’ère rooseveltienne est morte, même si nominalement les institutions globales sont toujours là ainsi que l’esprit général de liberté. Elles sont devenues inefficaces parce qu’elles étaient déséquilibrées, ou parce qu’elles ont été vidées de leurs substance ou parce que l’esprit de collaboration a purement disparu sous l’effet des rapports de force.

Un énorme travail attend, en temps de paix et sans le soutien d’un hégémonisme, les hommes de bonne volonté pour retrouver le fil d’une vision positive de l’organisation de l’Europe et du monde, fil qui est actuellement emmêlé et en grande menace de se rompre.

France et Royaume-Uni : des situations similaires

Quiconque suit les affaires britanniques ne peut que constater la très considérable identité des difficultés qui assaillent les deux pays. En fait, les situations politiques, économiques et sociales sont similaires.

Le cœur de l'affaire est l'incapacité des politiques à expliquer le ralentissement permanent du trend de croissance et la gravité des crises périodiques qui touchent de plein fouet non pas seulement "le quotidien des gens", mais l'esprit public général. Aucun citoyen n'aime être confronté à un déclin, même relatif, de sa nation, sans comprendre pourquoi et sans que des réactions ne se fassent jour. Perdre sa foi en l'avenir et celui de ses enfants au milieu d'un discours toujours lénifiant qui explique que les mesures prises sont géniales et le cadre général créé est le meilleur possible, est insupportable.

Quelles que soient les politiques d'ajustement suivies, dont certaines n'ont pas de résultats comme en France, et d'autres en ont, mais au prix de contraintes nouvelles et fortes, la perte de confiance dans les "élites dirigeantes" est la même. Quand on perd confiance, on devient craintif et nerveux.

La politique tourne à l'aigre, avec comme toujours, des victimes expiatoires.

Charles Moore dans le très conservateur Daily Telegraph souligne que jamais le Royaume Uni n'a été confronté à autant de difficulté "sans jamais les traiter au fond". Le Royaume a subi la même crise qu'en France, pire même au départ du fait de sa place dans la finance mondiale. Comme en France personne ne s'est précipité pour expliquer pourquoi cette crise avait eu lieu ni comment on en prévenait le retour.

Le rôle des politiques n'est peut-être pas l'expertise mais ils doivent lui demander de se manifester. S'il n'y a aucune explication sérieuse, prise en charge par les hommes politiques avec une vision de ce qu'il faut faire, rien ne peut se passer bien. Tous les dossiers deviennent contentieux. L'hystérie s'installe.

Le référendum a vu se créer une situation d'hystérie au Royaume Uni, comme la France vit avec hystérie la loi El Khomry et les affaires de zadistes.

L'hystérie commence quand la raison faiblit.

Cameron n'a pas joué sa carrière et l'avenir de son régime à la roulette. Il a refusé de s'attaquer à la question centrale : pourquoi la crise de 2008 ; comment on en sort ; comment on évite d'y retomber. Du coup toutes les questions annexes se sont infectées. Comme la gangrène gagnait, il a eu recourt à des remèdes de chien, d'abord sur la question écossaise puis sur la question européenne. Il a gagné puis perdu. Tant va la cruche à l'eau…

Hollande a de la même façon refuser de prendre partir sur les causes réelles de la crise et les moyens de la traiter. D'abord il n'y avait pas de crise, simplement un terrible héritage ; ensuite on allait voir ce qu'on allait voir. Il en est à 12 % de satisfaits de son action et on démolit les hôpitaux dans la rue à coups de barre de fer , là où il se voyait en "pacificateur".

L'Union Européenne n'est pas la cause de la crise. Mais certains de ses dysfonctionnements en ont aggravé les effets et compliqué la solution.

La bonne politique, au Royaume Uni comme en France, était de partir sur une analyse objective de la situation économique et la recherche d'un diagnostic et de solution, marginalisant les autres préoccupations.

Sinon, compte tenu de la gravité des conséquences de l'effondrement de 2008, on ne pouvait aboutir qu'à ce que l'on voit : les gouvernants sont déjugés et la rue s'en donne à cœur joie.

La Général de Gaulle avait dit à l'école de guerre (de mémoire) : "dans une bataille, le chef doit avoir une idée claire de l'essentiel et y concentrer toutes ses forces de conception et d'exécution".

Quand le chef s'investit dans des batailles secondaires et laisse sans réponse les grandes questions stratégiques, la défaite est assurée.

Cameron, comme Hollande, se sont concentrés sur des aspects fantomatiques de la crise larvée qui conduit l'Occident à la stagnation, en attendant pire. La question de l'Union Européenne, comme celle de la préséance des sources de droits sociaux, sont des arroyos totalement secondaires. L'immigration et le"red tape" européen sont des irritants, (islamisme et terrorisme à part) mais n'ont pas d'effets réels sur la marche de l'économie.

Quand on combat dans les buissons pour ne pas avoir à affronter les dangers de la grande route, il ne faut pas se plaindre des conséquences.

Réformer le droit de grève en France

En démocratie, la grève est un droit dont la modulation est un exercice ouvert puisqu’Il n'y a pas de droit sans limite.

Ces limites concernent les motifs de grèves, les modalités de la grève et l'indemnisation des conséquences pour des tiers non concernés.

Que dans le cadre d'une entreprise privée, on permette une action collective basée sur la suspension du travail n'a rien de choquant. Ce droit de coalition existe depuis des décennies en France (1 864) et son fondement n'a pas à être justifié. Depuis que les économies sont ouvertes, ce droit a du mal à s'exercer dans les entreprises privées. La grève signifie, dans la compétition mondiale, la mort de l'entreprise quand elle est chargée, comme en France, d'une part très supérieure de la charge publique globale. Dans des PME, le cumul des droits individuels et collectifs de nuire à l'entreprise, s'ils sont mis en œuvre, n'aboutit pas à un renforcement du pouvoir de négociation des salariés mais à l'arrêt de l'exploitation. Le conflit ouvert ne peut plus s'ouvrir que sur une base individuelle (avec extorsion de fonds en utilisant les prud'hommes) ou, collectivement, en fin de vie de l'entreprise (en essayant d'arracher ce qui reste de richesses au moment de partir et en ruinant totalement l'entrepreneur).

Depuis les lois Auroux et les compléments Jospin, le droit de grève en PME ne s'exerce pratiquement pas, parce que l'entreprise est paradoxalement trop faible et le rapport de force trop en sa défaveur. Certains salariés cherchent à être protégés par un statut syndical mais l'aspect individuel domine. Provoquer la mort de l'entreprise n'est pas dans la tête des autres salariés.

En un mot, le fait d'avoir donné aux salariés des moyens de tuer leur entreprise, fragilisée dans le cadre de la mondialisation, a liquidé l'usage effectif du droit de grève dans tout un pan de l'industrie et du commerce.

Pour les grands groupes de tout temps privés, l'affaire est à peine différente. La direction est de plus en plus à l'étranger (merci l'ISF et la chasse aux patrons) et les délocalisations sont un risque prouvé. Là encore les conflits portent sur des filialisations avant vente ou des fermetures de site. Pas pour obtenir des avantages nouveaux dans le cadre de la vie courante de l'entreprise. Les très grands groupes font désormais l'essentiel de leurs bénéfices à l'étranger et ne craignent plus les grèves locales. On l'a vu avec les lois sur les 35 heures en fin de siècle dernier. On cède, on engrange quelques bénéfices d'opportunité, puis on vend. Les salariés sont passés directement des 35 heures au chômage. Céder puis partir, telle est désormais la règle des grands groupes. Ou imposer leurs règles.

La grève aujourd'hui est donc en France réservée aux monopoles publics, dont "la paix sociale" a été confiée au Parti Communiste à la Libération. L'énergie, le transport, la mécanique ainsi que le culturel, ont été laissés à la bonne grâce de la CGT, sous direction soviétique jusqu'en 1990. Il a fallu Jules Moch pour mater les grèves insurrectionnelles de 47. L'aspect purement politique de la grève, dans un contexte géopolitique gravissime, exigeait une réponse extrêmement ferme. L'industrie mécanique a quasiment disparu en France, du fait des exactions syndicales. Elle n'est plus qu'un souvenir, avec quelques PME survivantes, où le syndicalisme n'existe pratiquement plus. La Presse est en voie de disparition. La PQN parisienne a été tuée autant par les ouvriers du livre que par Internet. Elle ne survit que de la charité publique, du soutien conditionnel des banques et de l'argent de quelques milliardaires. Le "Culturel public" ne survit plus que par la menace permanente et dans une ambiance de chantage délétère. On ne peut plus parler de droit de grève mais d'actions qui visent à interdire toute remise en cause des régimes extravagants mis en place aux dépens des autres Français.

Après s'être essayée, en vain, à un retour à un syndicalisme à peu près normal, la CGT se voit menacée de marginalisation. Elle se lance aujourd'hui dans un combat qui n'a strictement aucun sens national ou syndical, puisque les secteurs où elle a du pouvoir ne sont pas concernés par les mesurettes de la loi El Khomry. Tout le monde a compris qu'il s'agit d'une opération électorale en vue des grandes élections syndicales imminentes et d'une intimidation visant non pas tant Hollande et le PS que les futurs réformateurs du pays. Pas un commentateur qui ne s'en donne à cœur joie dans les interviews des candidats à la primaire de la droite et du centre : "Le pays est à l'arrêt quand on propose des mesures minables qui ne changent rien ; imaginer ce qui va se passer lorsque vous allez proposer votre programme radical. Votre théorie des cent jours appuyée sur le légitimisme de l'élection volera en éclats. Ah ! Ah ! Ah !".

Une telle situation exige de redéfinir le droit de grève.

La négociation sociale et l'arme ultime de la grève sont absolument nécessaires. Mais les conditions d'exercice doivent être profondément revues.

Première règle : les droits collectif et individuel de nuire à l'entreprise impunément doivent être réformés en même temps. Ils forment un tout.

Seconde règle : la TPE, la PME, la grande entreprise peuvent ne pas avoir les mêmes règles.

Troisième règle : l'intervention de l'Etat doit être sur le cadre pas sur le détail du contenu des relations du travail. Le grain à moudre doit être laissé aux partenaires sociaux. Les actions globales d'inspiration électoraliste, sur le SMIC et le temps de travail ont été des catastrophes dont l'emploi et l'économie ne se remettent pas.

Quatrième règle : dans une économie entièrement ouverte, les conventions nationales et de branche sont en difficulté. Les conventions européennes et de branches européennes étant de facto impossibles, une solution "par le haut " est impossible. Il faut conserver une réglementation nationale et des accords de branches mais, qu'on le veuille ou non, les accords doivent pouvoir être modulés au sein de l'entreprise dans une certaine mesure par rapport à des règles nationales ou de branche. On n'a pas besoin d'une inversion des règles, mais de souplesses.

Cinquième règle : le juge ne doit avoir qu'un rôle exceptionnel et n'intervenir qu'en cas de violation manifeste des droits individuels et collectifs. Il faut lui enlever effectivement le droit de tuer une entreprise, soit en emprisonnant le patron sur des prétextes variés, soit en ruinant les finances de l'entreprise, soit en imposant des mesures impossibles (des milliers d'exemples de jugements imbéciles  existent). Il appartient au contrat individuel et à la convention collective éventuellement adaptée à l'entreprise, de fixer les règles.

Sixième règle : la grève est un conflit entre la direction de l'entreprise et son personnel. Toute motivation extérieure à ce cadre (grève politique, grève de solidarité, etc.) doit être interdite et engager la responsabilité des syndicats qui y appellent et des grévistes qui s'y livrent. La violence doit être interdite et le respect du droit au travail garanti.

Septième règle : la grève est interdite ou fortement contraintes dans le secteur de l'Administration et dans les monopoles publics confiés à des personnels à statuts en position de monopole. Le service public l'emporte sur le droit de coalition. Sinon on donne le pouvoir politique à des syndicats d'étrangler la République. Dans les secteurs d'importance stratégique, qui conditionnent le succès d'opérations d'ampleur nationale, les conditions de déclenchement et d'achèvement d'une grève doivent être extrêmement réglementées.

Huitième règle : l'occupation ou le blocage de bâtiments publics ou servant à l'exercice d'un service public est strictement interdite et la non application de la loi par l'exécutif ou les juges sanctionnée.

Il suffit d'analyser les règles au Royaume Uni, aux Etats-Unis, en Allemagne, au Japon, en Suisse, pour constater que ces principes y sont pratiquement tous appliqués, même si les formules sont un peu différentes à chaque fois.

Réformer le droit de grève en France n'est donc pas une fantaisie" fasciste" imposée par le grand capital ou autre diable convenu.

La situation française, liée d'abord aux conditions de la Libération qui ont imposé des accommodements ruineux avec les Communistes, puis aux délires soixante-huitards, puis aux étouffements socialistes sous Mauroy, Rocard et Jospin, est clairement anormale.

Un retour à ce qui est  la règle partout ou presque, dans les pays avec lesquels nous sommes en compétition économique totale, n'est pas une entreprise gratuite et secondaire. Elle ne débouchera sur aucune conséquence néfaste pour personne. Un abus n'est pas un droit. La suppression d'une anomalie n'est pas l'amputation d'une liberté.

Hollande et ses gouvernements n'étaient évidemment pas armés pour entreprendre les réformes nécessaires.

En revanche, il appartient à ceux qui ambitionnent de devenir Président et d'exercer de grands pouvoirs, lors du prochain quinquennat, d'avoir sur ces sujets une doctrine ferme, élaborée, exprimée, expliquée et si possible capable d'obtenir la compréhension du pays. La grande politique est de rendre possible ce qui est nécessaire. Cela suppose d'en exposer les principes dès maintenant et, s'agissant d'une condition fondamentale et préalable à toute action de redressement économique et social d'envergure, il faudra agir effectivement au plus près du succès électoral.

Malheureusement, c'est le grand silence dans les rangs des candidats.

Hommage à Raghuram Rajan

Raghuram Rajan, Raghu pour les intimes,  est gouverneur de la banque centrale de l’Inde (Reserve Bank of India). Il vint de refuser de faire un second mandat. Cela s’est passé un 18 juin et cela résonne comme un appel. Il n’a pas été démissionné pour incompétence. Au contraire, il a été probablement le meilleur gouverneur de banque centrale de ces dernières années.

Raghuram était l’ancien Economiste en chef du FMI et il savait exactement de quoi il parlait.

Sa compétence et son autorité économique, qui n’étaient pas seulement une image de com’, comme pour DSK,  lui ont permis de sortir l’Inde de trois de ses tares habituelles : une inflation trop forte, des déficits intérieurs et extérieurs exagérés et un cours erratique de la Roupie. Rappelons la période : la pire pour les relations financières et monétaires internationales. Rappelons aussi le résultat : la meilleure croissance mondiale, bien avant la Chine !

Mais voilà, Il avait compris que le système monétaire international, basé sur les changes flottants et le n’importe quoi, était fou et forçait une guerre des banques centrales ridicule et contreproductive. Il ne l’a jamais dit aussi clairement. Les banquiers centraux ne font pas cela. Mais la restriction était évidente.

Alors les pressions ont commencé pour l’éjecter.

Raghu s’était fait connaître dès 2005 pour un rapport prémonitoire qui prenait à contrepied les inepties propagées par « la triplette tragique », Robert Rubin, le politique, Alan Greenspan, l’énigmatique, et Larry Summers, le vociférant, et annonçait l’explosion de 2008.

 “Here was a telling moment in 2005, at a conference held to honor Greenspan’s tenure at the Fed. One brave attendee, Raghuram Rajan (of the University of Chicago, surprisingly), presented a paper warning that the financial system was taking on potentially dangerous levels of risk. He was mocked by almost all present — including, by the way, Larry Summers, who dismissed his warnings as “misguided.”

Larry Summers l’a même carrément insulté en le traitant de « Lubbit », un terme qui s’applique aux fofolles qui épousent une pensée sans substance par pur snobisme.

Raghu n’a jamais caché depuis les réserves que lui inspirait le fait qu’aucune réforme n’avait suivi l’effondrement. Il est l’un des rares économistes de qualité ayant eu le courage de dénoncer les défauts structurels de la mondialisation basée sur la fuite en avant monétaire. Son livre,  Fault Lines: How Hidden Fractures Still Threaten the World Economy?, publié en Août 2011, et qui n’a eu exactement aucun écho en France, démontrait très précisément que les explications par les « subprimes » et de gangstérisme financier manquaient un tantinet de profondeur.

 “Rajan shows how the individual choices that collectively brought about the economic meltdown--made by bankers, government officials, and ordinary homeowners--were rational responses to a flawed global financial order in which the incentives to take on risk are incredibly out of step with the dangers those risks pose”.

Il faut aller plus loin que la simple dénonciation d’individus déviants.  Les agents économiques sont rationnels même dans un système irrationnel. Le problème est dans les défauts du système, pas dans la mentalité des agents économiques.

Il a rappelé à de nombreuses reprises que, dans le système financier existant, il est impossible de connaître la valeur fondamentale des actifs. L’économie n’a donc plus de boussole. Les investisseurs deviennent des guêpes frappant contre une vitre.

Comme beaucoup d’économistes soucieux du tiers monde, Raghu croit beaucoup que l’inégalité croissante est largement responsable de la crise, aussi bien celle qui apparait au sein des pays émergents, que celle qui s’est installée aux Etats-Unis et celle qui persiste entre pays émergents et pays industrialisés. Voir sa conférence fondamentale : (https://www.youtube.com/watch?v=GW7wu3uyz9g).

Sans nier l’impact des inégalités,  nous-même mettons plutôt l’accent sur l’effet délétère des grands déficits et des grands excédents qui imposent le retour des excédents de balance des paiements sur le marché financier des Etats-Unis et la hausse consécutive des en-cours bancaires, provoquant l’apparition d’une économie baudruche et des crises de plus en plus graves. Il n’est pas nécessaire de partir des inégalités aux Etats-Unis pour comprendre qu’une nation qui paie ses déficits dans sa monnaie n’aura aucun frein à les accroître jusqu’à l’explosion finale.   Mais il n’a pas sous-estimé le rôle des bulles financières répétées ni les effets des grands excédents et des grands déficits.

Il a parfaitement démontré que les politiques d’exportations forcées avec des monnaies dévaluées et les super excédents entrainaient à terme une économie locale anémiée et un Etat asphyxié. Il a moins bien vu que le débiteur américain était aussi capable de ruiner périodiquement le créancier (Allemagne en 74, Japon en 1992, Chine, en ce moment même). Mais au moins il a produit ce qu’on attend d’un économiste : une explication basée sur des observations et des mécanismes et non sur des pétitions de principe et des postures.

Naturellement, les éléments de langage relatifs à l’exclusion de Raghu Rajan font valoir uniquement des querelles internes à la politique indienne et l’énervement du nouveau dirigeant indien, Narendra Modi, face à la volonté de la banque centrale de nettoyer les bilans des banques et de mettre fin aux prêts « politiques » , et sa réticence à baisser de façon irresponsable les taux d’intérêt.

Ces querelles existent. Mais derrière ce conflit, il reste l’hostilité des tenants de la mondialisation à l’américaine basée sur la suprématie du dollar et la violence extérieure de son droit pénal.  Elle a laissé Raghu sans soutien.

En dépit du « lip service » politiquement correct en faveur d’un tiers-mondiste sérieux et soucieux d’efficacité sociale, Raghu a fini par être un homme seul en dépit de la justesse de ses vues et l’efficacité de son action opérationnelle.

Dommage. Car il a prouvé que la réflexion économique n’était pas seulement américaine et qu’elle devait même s’écarter de la vulgate de sa propre école (Chicago).

Et hommage, pour avoir prouvé qu’il était nécessaire de regarder plus loin que le bout de son nez. Espérons qu’il pourra à terme devenir président de l’Inde en dépit des graves  passions qui divisent ce pays.

Ce serait un allié idéal pour une réforme du système monétaire international.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile.

A propos du Brexit : la Liberté se chérit mais les libertés s'organisent

 

 

Ce qui frappe dans l’état actuel des mentalités, à peu près partout dans le monde, c’est le refus larvé des trois grandes libertés de mouvement : mouvement de marchandises, de capitaux et de personnes dont la mise en place structure la pensée et l’action des Occidentaux depuis la fin de la guerre de quarante.  

La nation est le creuset traditionnel où doit se fondre ces trois libertés. En dépit des résistances régionalistes, quiconque veut s’installer, travailler, contracter, peut le faire en tout point du territoire national, sans que les futurs voisins, clients ou collègues puissent s’y opposer, pourvu qu’il le fasse dans le cadre de la loi nationale.   

L’Union Européenne  a voulu étendre la garantie des mêmes libertés à tous les citoyens des pays membres. Pour simplifier, chaque nation de l’Union a dit à l’autre : « Je ne te crains pas, ni aucun de tes nationaux, bien que tu sois souveraine et que tu ais construit une société différente de la mienne ».  La garantie de la liberté de s’installer, de contracter, de travailler a été étendue à toute personne de l’Union souhaitant  exercer ces nouveaux droits, en même temps que chaque Etat  renonçait à maintenir ou prendre des mesures discriminatoires à l’encontre des autres.

Il n’y a aucun doute qu’accroître le champ des libertés garanties est, en soi,  un progrès. L’enfermement, la restriction, la méfiance institutionnelle, ne sont pas des objectifs positifs.

La condition nécessaire est la claire conscience que la garantie des libertés n’existe que si on fait l’effort de l’organiser. C’est là que les difficultés commencent. Il ne faut naturellement pas que l’extension des libertés, hors du champ national donc de la volonté directe des peuples, s’accompagne  d’un rétrécissement au sein de la nation.  Et il ne faut pas que les mouvements de capitaux, de marchandises et de personnes, devenus massifs,  ne ravagent des équilibres fragiles. La liberté n’est pas la licence ni le n’importe quoi.

Dans la nation, la  fonction de régulation appartient au gouvernement. Que devient-elle si  les mouvements d’un pays de l’Union avec l’étranger et les autres nations de l’Union sortent de la responsabilité gouvernementale sans qu’aucune organisation ne se substitue aux anciens Etats et que l’on crée des instances juridiques chargées d’imposer l’interdiction de toute discrimination ? Passer de la gestion contrôlée par un gouvernement légitime à rien du tout sinon un principat juridique sanctionnée par une brochette de juges nommés est-il réellement une solution efficace et démocratique ?

En Europe, Commission, Parlement Européen et Conseil ont été un appareil suffisant pour abaisser les murailles dressées par les Etats de l’Union les uns contre les autres,  tant que le champ de l’Europe est resté confiné aux pays développés fondateurs. Les niveaux de vie et les règles du jeu étaient suffisamment proches  pour que les nouvelles libertés de mouvement n’aient pas trop de conséquences inopportunes. Une barrière extérieure commune et des monnaies différentes garantissaient qu’il y aurait un certain avantage européen et que les déséquilibres économiques intra européens  pourraient être corrigés par la dévaluation concertée.

Trois  évènements internes et deux décisions externes ont fait éclater le système. En interne : l’extension du champ de l’Union européenne aux pays méditerranéens ; l’extension  aux Pays de l’Est ; la mise en place d’une monnaie unique. En externe : l’abandon du tarif extérieur commun et l’acceptation d’un système de changes flottants dans le monde ; l’encouragement à l’immigration extra européenne, associée à l’interdiction de la répression de l’immigration illégale.

Seule une de ses cinq décisions a fait l’objet d’un vote populaire : le traité de Maastricht, dont les défauts sont devenus vite criants et qui a été modifié aux forceps contre la volonté populaire.

L’extension de la Communauté puis de l’Union Européenne est un processus entièrement étranger à la décision des  nations et des peuples de l’Union ; Il suffit que les « critères » soient réunis. La décision ne porte que sur l’appréciation de la réunion des critères. On a vu que  cette appréciation n’est pas d’une parfaites rigueur. Ni la Grèce, ni le Portugal, et à peine l’Espagne, ne répondaient complètement aux critères. Beaucoup de voix se sont élevées contre chaque inclusion prématurée. Il aurait fallu prévoir une phase d’association préalable beaucoup plus longue et un flot de réformes internes dont on voit aujourd’hui en Grèce qu’elles étaient indispensables et qu’elles n’ont pas été mises enoeuvre. Il eût mieux valu les faire à froid et avant qu’après et à chaud. Avec les Pays de l’Est, on a fait pire. On a considéré qu’il fallait dire oui tout de suite alors que les conditions n’étaient pratiquement réunies nulle part.

Ces extensions prématurées ont fait apparaître trois phénomènes :

-          La peur de la « décivilisation » avec l’envahissement de l’Ouest européen par les populations Roms ou assimilées de la Roumanie, de l’ex Tchécoslovaquie, de la Hongrie et de la Bulgarie. Ces populations, très communautarisées et bien décidées, depuis toujours, à vivre selon leurs propres habitudes, rarement respectueuses de la dignité et de la loi, étaient détestées partout dans ces pays avec des réactions plus ou moins vives. Elles ont migré avec frénésie. Pour s’en tenir qu’à la France, les chiffres, interdits de comptage officiel, mais recoupés par la simple énumération des camps et du nombre des expulsions lorsque ces camps ont été vidés (pour renaître ailleurs) sont supérieurs à 450.000. Plus de 400 camps ont été créés dans les conditions habituelles à ces « communautés ». Partout la vie s’organise entre vols et mendicité, avec des tentatives en général dérisoires d’intégration des enfants et des parents. Personne n’évoque plus de quelques dizaines de réussite. L’affaire Léonarda a montré le schéma classique de cette immigration. Mais c’est surtout la multiplication des squats et l’apparition devant chaque boulangerie et chaque supérette dans les grandes villes de mendiants parfois volontairement handicapés, parfois avec enfants, toujours volontairement répugnants, qui a commencé à faire douter de l’opportunité de la liberté absolue de mouvement des personnes. Comment dire à nos nouveaux pays unis : je ne te crains pas, lorsqu’on retourne à cause d’eux  aux mœurs du temps de Dickens ou de « slumdog millionnaire » ? Comment se satisfaire de voir des nuées de mineures piller les touristes dans le métro parisien et dans tous les lieux touristiques, en sachant qu’on ne peut que libérer les voleuses prises sur le fait ?

Bien sûr le « politiquement correct » s’en est mêlé. Dénoncer l’incapacité d’intégration, la saleté, les trafics et la mendicité serait « nauséabond », la preuve d’une attitude « abjecte » qui nous ferait revenir aux « plus tristes périodes de notre histoire » et au temps des génocides. Les auteurs ne peuvent être que des fous et des racistes pathologiques qui devraient aller se soigner « tant leur haine des autres signalerait une haine de soi ».  La ritournelle de la « reductio ad hitlerum » a tellement servi et s’est appliqué à tant de penseurs éminents qu’elle est aujourd’hui un objet de dérision.  Les populations ont fait le constat : on gâche notre vie quotidienne ; on nous fait retourner au XIXème siècle ; on nous insulte si nous réagissons ; et les gouvernements ne peuvent plus intervenir à cause de l’Europe et des cours judiciaires européennes. Les traités ne permettent pas de canaliser les flux « d’indésirables ». Les cours ont interdit les législations relatives au statut des sans domicile fixe et la criminalisation du vagabondage. L’Europe a créé le problème et l’impossibilité de régler le problème.

 

-          La peur des flux de délinquance criminelle internationale qui se sont brusquement aggravés.  Cela fait maintenant plus de 20 ans que les journaux sont emplis des exploits de bandes de délinquants étrangers facilités par la liberté absolue des mouvements de personnes. Les engins de chantiers sont désormais pendus aux grues le soir. Les moteurs de hors-bord sont pillés dans les marinas. Les récoltes d’huîtres, de vin, de tout en fait, sont volées massivement de façon routinière. Les cargaisons de camions sont tous les jours volés dans les parkings ou même sur les routes. Des trafics d’êtres humains et même d’organes humains sont constatés. Bref, la justice et la police sont totalement dépassées par la vitesse et le nombre des trafics. Une pelleteuse volée à 23 heures se retrouve au Portugal 6 heures plus tard. Un lot de voitures allemandes volées se retrouve sur les marchés aux voleurs polonais ou tchèques en une nuit. Une cargaison de téléviseurs volés au Havre est livrée en 24 heures en Tchéchénie.

-          La peur du « plombier polonais » en fait de tout travailleur européen qui peut venir travailler aux conditions de son pays sur des marchés français. La directive Bolkenstein qui avait un sens sur l’accompagnement de service de la vente de matériels et de logiciels (installation, formation, maintenance) a provoqué une véritable crise du droit social en s’étendant à tous les services sans distinction. « A quoi servent tous les textes qui nous enserrent si n’importe qui peut faire mon travail en s’en dispensant ? » Les délocalisations intra européennes dans pratiquement tous les domaines de l’industrie ont achevé de convaincre les peuples que l’ouverture n’avait que des inconvénients et les touchait directement dans leur emploi ou dans la perspective d’en avoir un.  

La peur est strictement incompatible avec le concept d’Union Européenne. « Si j’ai peur de toi, je ne veux pas te voir ici. Fiche le camp ! »

Dans ce contexte, la création de la zone Euro, sans aucun organe ni mécanisme de coordination, a été une erreur majeure. Personne n’a voulu voir que les déséquilibres internes  ne pouvaient pas être corrigés dans les cadres institués. Les excès ont été facilités, en même temps que l’incohérence des politiques conduisait à des situations intenables. Plan Jospin et plan Schroeder étaient incompatibles. Les gouvernements ont perdu une partie de leur autonomie dès que la crise extérieure a frappé, la dépossession culminant avec la crise grecque et le traité Merkozy. A la peur s’est ajoutée la douleur des coups de bâtons.

Quant à la gestion extérieure de la zone euro, elle a perdu tout sens dès qu’on a aboli le tarif extérieur commun. La notion de préférence européenne disparaissait sans prudence. Maurice Allais aura beau rugir que l’abaissement total ou quasi-total des limitations aux échanges portait en lui la perte de l’industrie et le chômage de masse, il a été vilipendé  et traité en cinglé. Les résultats ont donné raison au quasi centenaire de l’époque. La sagesse sait attendre le nombre des années !

Il est vrai que la triple libéralisation des échanges de produits, de personnes et de capitaux, était la conséquence logique des changes flottants. Si les monnaies étaient de la marchandise comme les autres, il importait d’en créer le marché de la façon la plus libre possible. Alors va pour les libres mouvements de capitaux (affectation optimum du capital), de marchandises (suppression des rentes de producteurs), et de personnes (le travail là où il est le plus demandé).

L’ennui est que les changes flottants ne fonctionnent pas, n’ont jamais fonctionné et ne fonctionneront jamais. Associés à la dérégulation financière quasi totale, ils ont créé une économie baudruche, dont la triple caractéristique a été :

-          Des crises périodiques de plus en plus graves

-          L’envolée de la dette globale partout

-          La baisse décennale du trend.

Crises et stagnation ont frappé en priorité les classes moyennes sous forme de chômage de masse, de précarité, de salaires en berne. On leur avait promis grâce à une allocation optimum des ressources, une richesse en forte hausse. Le choc fut rude en 1974, 1993 et 2008. Toujours plus rude.  Personne n’a voulu prendre le risque de dénoncer les changes flottants et les mécanismes de la crise. C’était la société qui changeait et il fallait s’adapter ! Telle est encore la rengaine.

Un drame supplémentaire est venu de l’acceptation d’une immigration étrangère pratiquement sans limite, considérée comme bonne en soi et vierge de tout inconvénient à court comme à long terme. Le socialisme et la religion chrétienne se sont ligués avec le pur libéralisme, qui ne connait que des individus, pour militer contre toute restriction à l’immigration vue comme une atteinte intolérable aux droits de l’homme. Du point de vue de la morale individuelle, rien à dire. Mais la morale collective, on le sait depuis toujours, n’est pas la morale individuelle. Si l’Afrique triple ses effectifs d’ici à 2050 comme certains l’annoncent, c’est près de 400 millions d’Africains qui frapperont à la porte de l’Europe pour s’en sortir. J. Attali, il-y-a peu, annonçait que la population du Nigéria dépasserait celle de la Chine à cette date. L’Europe dit quoi ? « Oui, venez tous, c’est formidable » ?  

L’immigrant illégal est devenu un « sans papier temporaire ». En même temps que l’immigration légale explosait du fait du regroupement familial. Le droit européen et les jugements de la CEDH ont été très clairs. Un immigrant clandestin n’est pas un délinquant. Il appartient aux Etats de l’accueillir et de le traiter comme les autres résidents. De toute façon, s’ils ne veulent pas donner leur identité ou si les pays d’origine ne désirent pas les reprendre, rien ne peut être fait contre les clandestins. Dans certains pays, dans un esprit de charité et de miséricorde, il est devenu un devoir de les accueillir et de payer pour cela, mais sans qu’ils travaillent pour éviter la nervosité des syndicats. La France a été en particulier très loin dans le logement, les soins et le couvert donné aux immigrés mais sans perspective de travail ; elle est devenue un pays de transit dont Sangatte puis tout le Calaisie ont été le symbole. Le spectacle des hordes s’attaquant aux camions cherchant à joindre l’Angleterre a fini de convaincre que la liberté de circulation (à l’entrée mais pas à la sortie) n’était pas jouable. La crise iraquienne et syrienne a imposé l’idée que sans frontière commune réelle, l’Europe de la liberté de mouvement des personnes était une farce d’autant plus dangereuse que les attentats islamistes ont commencé sur une vaste échelle et que les assassins sont entrés avec les migrants habituels.  Que valait la libre circulation des personnes dans toute l’Europe si l’Allemagne pouvait accueillir plus de 1.200.000 personnes musulmanes et imposer une entrée en Europe sans visa des Turcs ? 

La substitution de population dans certains quartiers français par un groupe à dominante islamique inassimilable et dont une fraction est prête à tuer du mécréant à l’occasion, a fini de détruire toute foi populaire dans les bénéfices de l’immigration de masse.

La liberté oui. Mais si les libertés de mouvements de personnes, de capitaux et de produits aboutissent à la perte de l’identité nationale, à favoriser le terrorisme,  au chômage et aux crises à répétition, cela demande réflexion.

Alors dans leur tréfonds, les nations européennes ont commencé à regimber.

La Royaume-Uni a réagi le premier. Les Britanniques n’ont pas apprécié que la CEDH définisse le statut des prisonniers britanniques et notamment la privation de leur droit civique, dans les cas les plus graves, selon des règles contraires à celles définies au Parlement multi séculaire. Ce n’est pas à la CEDH de faire la loi commune. Ils ont réclamés et obtenus qu’on ne les force pas à aller toujours vers plus de fédéralisme et la destruction finale de l’Etat britannique. Cette question n’est jamais abordée dans les pays du continent et particulièrement pas en France. Abaisser la nation française pour lui substituer une nation européenne est un projet que  les cellules européistes considèrent comme acquis même s’il n’est pas totalement explicite. Seul Giscard parle ouvertement de faire disparaître la France en tant qu’Etat et Nation. L’élection d’un maire musulman à Londres a fait soudain prendre conscience aux britanniques que les masses allogènes changeaient la société et que bientôt les autochtones seraient submergés. L’évolution vers le crime et le génocide de l’islamisme a rendu concret un risque de soumission forcée à une religion qui s’avère une plaie criminelle mopndialisée.

Alors les Britanniques ont dit non. Ils sortent de l’Europe c’est-à-dire de la liberté des mouvements d’hommes, de capitaux et de marchandises, telle qu’on la trouve au sein des nations et telle qu’on voulait l’organiser au sein de l’Union.

C’est pour beaucoup de Britanniques une terrible régression de leurs libertés concrètes. Ils deviennent des étrangers à merci. Beaucoup se sont dit qu’on ne reviendrait pas sur les libertés d’établissement ni sur les libertés contractuelles, pas plus que sur la circulation des biens et des services ou encore la circulation des capitaux.

Il est vrai qu’une structure fédérale n’est ni nécessaire ni suffisante pour construire une société multinationale de libertés civiles et économiques. Dans tous les cas les libertés doivent s’organiser. Le mode bilatéral ou multilatéral entre pays étrangers le permet.  Un fédéralisme totalement laxiste qui n’organise rien joue plutôt contre les libertés. La reconstruction d’une Europe ouverte, sur des bases différentes que celles qui prévalent, serait possible. Mais à condition que les autres le veuillent et pourquoi le voudrait-il après avoir été snobés ?

La décision des Britanniques de quitter la perspective fédérale intégrée crée une vague de fond qui risque de faire chavirer quelques vaisseaux fragiles. On va spéculer sur le désordre économique créé. Les européistes vont s’essayer au revanchisme aigri et agressif.

La vraie question, la seule vraie question qui se pose à l’Europe, est de savoir comment elle entend résoudre le problème des libertés de mouvement des hommes, des capitaux et des marchandises. Si  l’Union s’avère incapable d’adopter des mesures lisibles et admissibles dans ces trois domaines pour en réduire les effets pervers, elle continuera de se déliter.

Rétrospectivement, on voit bien qu’il aurait fallu créer un statut de nation associée, avant de permettre d’intégrer l’Union.

Le Royaume-Uni, la Grèce, le Portugal, les pays de l’Est, les pays de l’AELE, et même la Suisse, l’Ukraine ou la Turquie auraient pu opter pour ce statut associatif sans entrer dans la fusion européenne avant que toutes les conditions requises ne soient réunies. L’option d’une entrée finale indispensable n’était même pas nécessaire. Une nation pouvait légitimement entendre rester souveraine mais associée.  

Pour la zone Euro, il aurait fallu immédiatement mettre en place  les structures de coordination nécessaires avec un mécanisme  automatique de sanction des très gros excédents et des trop gros déficits. Toute nation ne désirant pas la monnaie unique aurait dû rester dans le statut de nation associée. 

L’option tout fédéral aurait dû être exclue d’emblée pour construire une vraie confédération d‘Etats souverains mais intégrés dans des coopérations étroites, avec tarif extérieur commun, avec des frontières effectivement protégées et une politique d’immigration unifiée, avec des règles d’établissement interdisant formellement le vagabondage, avec une politique de sécurité intérieure qui évite  les vides de la répression du banditisme, ou du terrorisme,  et une politique de sécurité extérieure qui assure la protection du bloc contre les agressions extérieures.

Tout cela aurait été raisonnable et probablement efficace. Mettre constamment la charrue avant les bœufs a fini par détruire et la charrue et les bœufs.

Est-il possible de revenir à cette organisation ou une forme proche ?

Sans doute. La fuite en avant dans la « fédérolâtrie » rancunière et agressive, tout en ne réglant aucun des problèmes concrets d’organisation que posent les trois  libertés fondamentales de mouvement, n’est pas une solution. Le maintien d’une Commission pléthorique et d’un Conseil à 27 qui ergote indéfiniment sans rien trancher serait une grave sottise. Le traité Merkozy doit être supprimé au profit d’un vrai traité de coopération économique et sociale qui traite la question des grands déséquilibres internes et de leur correction. L’Europe doit avoir également une politique extérieure économique commune visant à la disparition des changes flottants et l’établissement d’un système structurellement favorable à la coopération économique.

La France aurait dû avoir son mot à dire sur tous ces sujets et même un rôle directeur.  

L’ennui est qu’elle se trouve dans un état totalement dégradé, avec une fiscalité impossible, le désordre partout, une économie abîmée et un Président en dessous des devoirs de sa charge et incapable d’une vision quelconque. Ne parlons pas de notre gouvernement où l’Europe est sous la coupe de MM. Ayrault et Désir, dont la noire incompétence est généralement admise par tous les observateurs.  Il est catastrophique que la France soit à ce point malade au moment où le peuple d’une des trois grandes puissances européennes exprime le vœu de quitter l’Union. L’occasion était créé de poser réellement toutes les questions sur la table et de créer une Europe de la volonté, basée non plus sur des connivences largement cachées et la volonté de détruire les Etats. Oui, il faut organiser les libertés concrètes pour qu’elles soient constructives et permettent l’union des cœurs et la prospérité. La fédérolâtrie sournoise et inconséquente n’était pas la bonne méthode.   Nous sommes privés de ce qu’aurait dû être une grande politique française, capable de construire l’avenir des Français et des Européens dans un cadre profondément modifié.

Hélas, hélas, hélas ! Quand on est nul, on est nul. Quand on se cache tout le temps, qu’on ne veut jamais « sortir de l’ambiguïté » pour toujours se ménager un avenir politicien, bref quand on ne gouverne qu’en fonction de son intérêt purement personnel, un œil sur la com’ et un doigt sur les cadeaux électoraux au peuple, on ne conduit pas de politique et il est impossible de se porter à la hauteur des enjeux.

Le Brexit est une énorme erreur, dangereuse et régressive. Il met en exergue l’incurie de l’organisation européenne, tout autant que l’irresponsabilité démagogique des Tories, menacés par la sécession d’UKIP. Libertés absolues sans volonté ni objectifs clairs ne sont que ruine des nations.

Le Brexit souligne l’incroyable carence française.

« Où est Grouchy ? » disait Napoléon ?

« Où est la France ? » dit l’Europe ?

La France n’est plus là pour personne sinon une poignée de politiciens de bas niveau attachés, comme la moule au rocher, aux avantages immérités des palais de la République alors qu’ils n’ont aucune vision ni aucun projet européen formulé et un minimum crédible.

Le pire serait que les Britanniques vivent les énormes difficultés d’une régression des libertés, et que l’Union Européenne continue de subir les effets pervers d’une licence généralisée, avec une accélération de la fuite en avant dans un fédéralisme de puceaux mystiques. La solution de convergence est exactement l’inverse. L’Union Européenne doit restructurer son mode de fonctionnement pour éliminer les  impuissances désastreuses que provoquent des libertés non canalisées. Pour les mouvements de personnes, cela implique une claire énumération et une réelle sanction des attitudes indésirables, avec des protections sévères et juridiquement possibles des attitudes incompatibles avec la civilisation,  telle que l’Europe en a forgé le concept. Pour les mouvements de marchandises, cela signifie qu’on rebâtisse un tarif extérieur commun et des solidarités internes à l’Europe, en empêchant le libre accès à des produits étrangers qui ne subissent pas

Blocage accidentel du site

A la suite d'une fausse manoeuvre de l'hébergeur du site, l'accès à ce blog a été interrompu pendant deux jours et certains posts bloqués. Nous nous excusons pour la gêne causée.

Admin

Place de l'économie dans les élections présidentielles

Beaucoup de commentateurs dans la presse et dans la littérature de débats, se plaignent de la place prise par l'économie dans le débat public. Ils ont forgé le terme d'économisme pour définir ce qu'ils voient comme une maladie du débat démocratique. La vie est tellement plus "complexe et riche" que ce qu'en laisse voir l'économie…

Nous contestons ce triomphe de l'économisme.

Discutant récemment avec un ancien journaliste économique du Monde, il est clairement apparu que le journalisme économique a largement disparu de la presse quotidienne. Il y avait au Monde, naguère, de fortes plumes économiques. "Paul Fabra en savait autant que n'importe lequel de nos ministres des finances". Ce qui est exact. Si on regarde le Monde actuel, il n'y a plus aucun journaliste de cette culture économique. Au Figaro il reste JP Robin. Le Point conserve Delhommais. Et c'est tout. La télévision a fait monter Lenglet, qui porte une parole économique éclairée, mais sinon se contente d'invités.

En s'interrogeant sur cette évolution, le rôle néfaste du Cercle des Économistes, pas le Cercle des économistes e-toile, non, celui qui a pris le nom générique de façon un tant soit peu abusive, est vite apparu. Ce Cercle a réussi à imposer l'idée que seuls des universitaires à gros diplômes (au moins l'agrégation) avaient le droit de causer dans le poste ou d'écrire dans les colonnes. Du coup on a cessé de recruter des journalistes économiques de qualité dans la presse.

L'ennui, c'est que pour pouvoir pontifier dans la durée, Messieurs les professeurs ne pouvaient pas prendre de risques réels. Ils ont essentiellement conforté, rassuré, éteint les inquiétudes, etc. À nous les beaux et lucratifs "ménages" dans les banques, les médias, les conférences ad hoc etc. L'ennui, c'est qu'ils n'ont absolument rien vu venir d'une crise que certains d'entre eux ont niée jusqu'après qu'elle se soit déclenchée. Les économistes, dans l'esprit public, ont perdu toute crédibilité.

Alors les banques n'invitent plus d'économistes "officiels", généralement universitaires, lors de leurs raouts et si certains médias le font encore, personne ne les écoute.

La crise a presque liquidé les faux prêtres économiques de l'entre-soi universitaire.

D'une certaine façon, c'est bien. Un coup de balai nettoie toujours un peu.

L'ennui, c'est que plus personne ne croit plus que l'économie soit une science et qu'elle ait quelque chose à nous dire de notre avenir national. Alors que la stagnation du pouvoir d'achat alliée à la montée de la dette, des impôts et du chômage frappe durement les Français.

Les politiques sont spontanément très hésitants à parler d'économie. La plupart d'entre eux n'y comprennent rien. Aucun ne souhaite s'exprimer sur des sujets où il n'y a que des coups à prendre. Constatons qu'aucun d'entre eux n'a donné ne serait-ce qu'un début d'explication crédible de l'effondrement de 2008, ses mécanismes et les manières d'éviter que les mêmes causes provoquent les mêmes résultats désastreux.

Les Ministres des Finances sont en général des politiques (Barouin ou Lagarde pour Sarkozy ; Moscovici ou Sapin pour Hollande) dont les compétences économiques sont à peu près inexistantes. La politique est conduite par le Trésor, dans ce qui reste de responsabilité gouvernementale. Tout le reste se passe ailleurs.

L'Universitaire, qui avait pris une place abusive, étant déconsidéré, les médias vidés de journalistes compétents, la classe intellectuelle dans le rejet de "l'économisme" et la classe politique dans le refus d'exprimer et diagnostic et thérapeutique, faute de personnel compétent, on comprend que l'économie ne risque pas d'être traitée de façon convenable dans les élections qui s'annoncent.

Comme en 2002, 2007, 2 012 pour s'en tenir qu'à ce siècle. Avec les résultats que l'on voit.

Nous pardonnera-t-on de dire que c'est un drame national ?

Programme économique présidentiel et méthode associée

Pour justifier son départ de la filiale Réseau de la SNCF, son ancien dirigeant a déclaré propos du redressement de comptes affreusement dégradés : « Pour y parvenir, il faut 5 à 10 ans, Il faut que le président ait la visibilité nécessaire. Ce sont de lourds défis et d'une grande complexité ».

Il ne l'avait pas. Il est parti. Il a eu parfaitement raison.

Il est évident que plus les défis sont lourds et les défauts indurés, plus il faut mettre le temps avec soi pour surmonter les difficultés.

Les défis économiques qui attendent le prochain Président de la République Française sont de cette nature : une action dans la durée pour éliminer une à une les causes internes et externes des difficultés anciennes et parer leurs conséquences, tout en construisant une nation plus prospère et plus solide et en tentant de faire face aux coups de butoir venant de l'intérieur ou de l'extérieur qui ne manqueront pas de survenir.

Comme nous ne cessons de le dire, l'arrivée par vagues successives de grandes secousses économiques dues aux défauts du système monétaire international est notre plus grand défi. La position du gouverneur de la banque centrale indienne qui appelle ces derniers temps "à une forme de nouveau Bretton Woods", n'est pas différente de celle de Jacques de Larosière et de nombreux hauts fonctionnaires internationaux. La situation actuelle, imposée par les Etats-Unis, ne peut pas durer. La pression pour la réorganisation des relations économiques et financières mondiales va constamment monter. La stagnation actuelle ne peut pas durer éternellement et on voit bien que les Banques centrales seules n'y peuvent pas grand-chose. Il faut donc avoir un discours sur ce sujet et se préparer à une diplomatie longue et difficile, partiellement conflictuelle.

Le second défi est d'éliminer l'exception bureaucratique et fiscale française qui est la cause proprement nationale de nos difficultés. Là encore, seule une politique de longue haleine permettra de mener à bien des réformes peu amènes mais indispensables.

Nous ne sommes pas contre le fait que le cadre de ces réformes fasse l'objet d'une implémentation rapide en profitant de l'élan de l'élection. Mais penser que la politique de changement n'aura d'efficacité que dans les 100 premiers jours est la manifestation du "syndrome Guéna" que nous avons rappelé dans un billet précédent et qui nous paraît ridicule.

J. Attali va plus loin encore en expliquant que le nouveau président devra plus qu'aucun autre penser au long terme "sans se préoccuper de sa popularité et encore moins d'une éventuelle réélection". Ce côté sacrificiel est une posture, car elle manque totalement de réalisme. Elle suppose qu'une potion radicale a effet hyperrapide puisse être avalée par le pays avec suicide programmé du dirigeant qui l'a prescrite. C'est le syndrome Schroeder. On peut avoir une vision nettement plus calme.

Bien sûr il faut condamner les plans politiciens, façon Sarkozy ou Hollande, où tout le planning est construit exclusivement en fonction de la réélection et basé sur la "communication", "les éléments de langage" et l'analyse fiévreuse des sondages. Les stratégies exclusives de réélection sont condamnables, encore qu'on voit mal, les intérêts en jeu étant ce qu'ils sont, comment un homme politique, embarqué avec de grosses équipes, puisse s'en désintéresser totalement. L'important est de comprendre que la politique ne peut pas, dans la situation actuelle de la France, être un enchaînement d'opérations ciblées pour satisfaire des clientèles.

Il faut être clair sur l'intérêt général. Le faire comprendre n'est pas sans impact électoral. On n'est pas obligé d'être médiocre jusqu'à l'abjection.

Nous ne saurions trop conseiller de s'écarter du jeu qui consiste à dire : on va donner une raclée aux forces qui nous gênent dès qu'on sera arrivé au pouvoir et, ensuite, on gère les affaires courantes. Le but n'est pas de donner une raclée à qui que ce soit. Sinon on risque de ne pas être élu. Et si on l'est, c’est au moment de la réélection que le petit malin se verra pris à son propre jeu : il ne peut proposer que de continuer à gérer les affaires courantes. Si Sarkozy s'est retrouvé totalement éteint lors du débat de second tour de 2012, c'est parce qu'il n'avait plus rien à proposer. Ce serait le cas de Hollande s'il se représentait.

Il ne faut écouter ni les leçons d'outre-tombe d'Yves Guéna, ni les mauvais conseils d'Attali qui a copié la démarche dans un livre récent.

Bien sûr il faut agir par réforme constitutionnelle, référendum et ordonnances dans la foulée de l'élection, mais le but sera de fixer le cadre général d'une action qui devra se déployer dans la durée.

La réforme constitutionnelle doit avoir les buts suivants :

- Revenir sur des principes qui s'avèrent dangereux et qui ont été mis à tort dans la constitution, comme le principe de précaution ou l'indépendance totale des décisions des régions. Les décisions des régions entrent dans le champ de la politique nationale. La compétence universelle doit être supprimée. La compétence des régions s'exerce dans le cadre global de la procédure budgétaire nationale. Des normes peuvent être fixées nationalement pour éviter les taux d'imposition délirants, ou les recrutements excessifs.

- Fixer quelques normes fondamentales comme l'interdiction de se présenter à une élection qui fixe sa propre rémunération, l'impossibilité de cumuler plusieurs rémunérations de l'Etat, ou l'égalité de principe des régimes de sociaux, sans régimes séparés pour la fonction publique. De même, il doit être clair que des sanctions précises doivent frapper certains comportements des dirigeants de l'Etat, comme la félonie, atteinte exagérée aux droits fondamentaux d'un groupe de citoyens (exemple : taxer à 100 % et plus les revenus d'un citoyen en temps de paix), la forfaiture redéfinie comme la tentative d'utiliser les moyens délégués par la République pour viser des objectifs personnels ou de groupe, contraires aux intentions du législateur (par exemple le "justicialisme", dans le cas des juges), les restrictions au séjour, à l'accès à la nationalité, voire la déchéance de la nationalité, pour certains membres militants de communautés venues de l'étranger et installées récemment, en cas de comportements collectifs systématiques, importés de l'étranger et incompatibles avec le maintien des principes fondateurs de la communauté nationale.

- Redéfinir le nombre des députés et des sénateurs ; supprimer le Conseil Économique et Social et redessiner la carte des régions tout en supprimant les départements. Les attributions doivent être clarifiées. Le référendum doit pouvoir couvrir plus de thèmes qu'aujourd'hui.

- Rétablir le monopole du Conseil Constitutionnel dans l'interprétation des droits constitutionnels fondamentaux. Les traités ne doivent plus créer pas un droit supérieur à la volonté nationale. Le gouvernement de juges nommés dans des cours internationales doit cesser.

Il faut naturellement prendre immédiatement par ordonnance des lois d'organisation générale.

- Les ordonnances sur l'organisation de l'Etat doivent supprimer les statuts de niveau inférieur à la catégorie A, limiter les détachements et les mises à disposition, réformer le système de retraite (le niveau de la retraite devient indexer sur les droits acquis dans l'exercice d'une fonction et non par l'existence d'un statut) et empêcher la création d'associations dirigées par les fonctionnaires eux-mêmes ou leur parentèle pour s'octroyer des bénéfices en fraude des limitations légales. De même le contrôle de résultat (et pas seulement de légalité) des missions publiques ne doit pas être confié à l'administration mais à des audits extérieurs pouvant être commandés par l'exécutif ou le Parlement, dont les moyens d'investigation doivent être élargis et les moyens de saupoudrage d'argent limités. Il faut que le nombre des corps soit drastiquement réduit. Il en existe sans raison plusieurs centaines, lorsqu'il en faudrait moins d'une dizaine avec la possibilité de passage d'un silo administratif à l'autre sans difficulté. Pensons qu'un fonctionnaire du Sénat ou de l'Assemblée ne peut pas sortir de sa niche. Jamais ! On se retrouve avec deux armées mexicaines en sureffectif, surpayées, et sclérosées.

- Les règles du jeu syndical doivent être également refixées par une ordonnance précise, avec remise en cause partielle du paritarisme et encadrement strict du droit de grève (une grève ne doit avoir qu'un objet propre à l'entreprise et proportionné à ses ressources, sans remettre en cause un service public ou un intérêt national, et tout blocage externe ou interne doit être durement sanctionné). Il est à noter que ces règles élémentaires sont la règle générale de tous les pays démocratiques ou presque.

- Les cadres de la procédure budgétaire doivent être également totalement revus, aussi bien pour l'Etat que les régions et même les municipalités. La dépense doit être votée dans la continuité de l'évolution de l'économie d'une année sur l'autre, toute augmentation devant être gagée non pas sur une prévision mais sur un accroissement acquis du PIB l'année précédente. Les dérogations ne peuvent être votées qu'à une super-majorité ou par référendum. Pour les municipalités les demandes d'exception doivent être traitées par une commission spécialisée du conseil régional ; pour les régions par une commission spécialisée du Parlement national.

On le voit, ces réformes peuvent et doivent intervenir immédiatement, si elles ont été rédigées préalablement et présentées aux Français sans ambiguïté lors de la campagne, avec un lien très précis entre les mesures proposées et des abus constatés dans le passé immédiat. Il s'agit bien d'arrêter des dérives intenables dans l'état général du pays.

Elles fixent un cadre mais laisse un champ considérable à l'action quotidienne et aux grandes réformes qui demandent du temps et qui doivent être négociées dans la durée.

- Fiscalité du capital et recréation d'un milieu favorable à l'entreprenariat. Réduction drastique de la dépense publique. Gestion rigoureuse de la dette.

- Unification des allocations sociales et clarification des critères et des durées

- Réduction du champ de l'action publique (exemple : repasser au privé le soin des artistes non confirmés en supprimant les Frac ; supprimer le monopole de l'Insee dans la production des statistiques et leur interprétation ; restrictions des possibilités de concurrence du secteur privé par des agences publiques ou des organisations gouvernementales comme les DDE ; et mille autres réformes du même type).

C'est surtout en matière de "diplomatie de la prospérité" envers la zone Euro, l'Union européenne et le système monétaire international qu'il faut une action de longue durée. Des résultats immédiats sont ou impossibles ou possibles au prix de drames inutiles.

L'important, c'est de constamment préciser aux Français la cible à atteindre et la société que l'on veut créer.

Il faudra au moins vingt ans pour que la dette qui entrave l'économie soit éliminée, dix ans pour obtenir un nouvel ordre monétaire mondial satisfaisant, cinq ans pour créer un poste de chancelier de la zone euro, chargé de la coopération des politiques nationales. Mais il faudra moins de cinq ans pour rattraper une bonne partie le retard économique français, si on agit vite et fort.

Et on pourra alors convaincre le pays de l'importance de continuer dans la voie de la prospérité.

Le meilleur calcul politicien est d'envisager dans la durée une grande politique économique et sociale nationale, et une vraie diplomatie économique internationale.

Le PIB : le pire indicateur de conjoncture (2)

Un des aspects fascinants de l'information, comme elle est pratiquée en France, est l'utilisation d'indicateurs imprécis et impossibles à interpréter convenablement. Lorsque les commentateurs se fient aux chiffres après la virgule, on quitte définitivement le domaine du bon sens pour celui du n'importe quoi.

Le PIB est l'exemple même de l'agrégat dangereux et qui doit être manipulé avec la plus extrême prudence. Quiconque a une petite expérience de l'exploitation des statistiques dans le temps sait que cet indicateur est un conglomérat de sous-ensembles dont les composants restent longtemps estimés. Avant que toutes les estimations se transforment en constats, il faut au moins deux ans. La variation d'estimation des composants peut aller jusqu'à 0,5 pointsparfois plus. Ce qui veut dire qu'une hausse de 0.1 % peut se transformer en baisse de 0.2 %, ou qu'une hausse de 1 % peut passer à 1.5 %.

Si l'Insee était sympathique, il produirait un comparatif mois par mois des estimations et des rectifications. Cela tuerait dans l'œuf toute tentative de tenir des propos définitifs sur des chiffres incertains qui n'indiquent même pas des tendances (on peut avoir des inversions ou des accélérations), sinon avec un sage retard de deux ans. Cela ouvre aussi la porte à des manipulations. L'INSEE étant peuplé de fonctionnaires "de gauche", en fait socialistes voire communistes, avec des pressions syndicales sur l'information (on se rappelle de l'affaire des trente cinq heures où les syndicats ont exigé le licenciement d'un analyste qui ne couvrait pas de louange la mesure), la sagesse est de ne lire les chiffres du PIB qu'avec deux ans de décalage et ne pas compter sur eux pour comprendre la conjoncture.

Autre considération : la conjoncture au sens strict ne concerne que le secteur marchand, puisque la dépense publique est budgétée chaque année et engagée pour des décennies. L'indicateur de conjoncture le plus avancé est le montant des commandes. ou mieux, comme nous l'avons déjà démontré sur ce site, le solde des clients en hausse de commande et des clients en baisse.

Cet indicateur est d'une fiabilité absolue. Il ne dépend pas du nombre de jours ouvrés par mois, qui posent de nombreuses difficultés de comparabilité dans le temps et qu'on corrige plus ou moins bien, ni de simples impressions. Un écart de deux à trois jours luvrés sur 20 jours, représente une variation importante, parfois de plus de 10 %. On se rend compte que les virgules dans ce cas-là n'ont pas grand sens.

Il faut bien se rendre compte qu'un indicateur basé sur un différentiel de commande est extrêmement sensible, c'est-à-dire que ses évolutions sont très fortes, donc visibles comme le nez au milieu de la figure. On peut passer d'un écart de clients en hausse par rapport aux clients en baisse de -20 à +10. Lorsqu’une inversion a lieu, on la voit bien et on la voit vite. Lorsqu'il y a accélération de la croissance on le voit aussi très bien. Dans le secteur de la mécanique on est passé début 97 d'un ratio de 40-60 à 60-40 en deux mois, marquant un surprenant retournement qui annonçait les très bons chiffres mondiaux des trois dernières années du siècle, en dépit de la crise dite faussement des "pays émergents" (il s'agissait d'une hausse maladive du dollar et des bourses américaines dans le système malade des changes flottants qui a asséché brutalement les marchés spéculatifs hors des Etats-Unis).

La conjoncture étant désormais, dans le secteur privé, entièrement internationalisée, la corrélation de l'indicateur avec ceux de l'étranger donnerait des résultats hyperfiables, rapides et faciles à interpréter. Mais il n'est pas tenu par l'Insee qui se contente de l'opinion des chefs d'entreprise, beaucoup moins fiable et qui ne tient pas bien compte des variations saisonnières. Eurostat est totalement défaillant.

L'interprétation des chiffres doit également se faire en comparant avec la phase du cycle.

Nous sommes dans l'accélération traditionnelle de fin de cycle décennal, avec une perspective de coup de frein d'ici 2018, net mais moins brutal qu'en 2008. Il est donc bon de faire des comparaisons avec les croissances de même nature. Les chiffres  actuels, un peu partout dans le monde développés, sont généralement inférieurs à 2,5 % n'ont rien à voir avec les hausses de 3.5 à 7 % des cycles précédents.

Nous sommes dans une reprise extrêmement lente, par rapport aux tendances habituelles à ce stade du cycle, plus lente et plus tardive en France qu'ailleurs.

En s'exaltant sur une variation d'estimation de 0.1 %, la presse fait ce qu'elle peut pour donner du sens à une information qui pour le moment n'en a pas vraiment. Rappelons qu'il suffit d'augmenter de 5 % les fonctionnaires dont la "production" est comptabilisée dans le PIB pour faire varier l'indice de plusieurs fractions de point !

La croissance, c'est facile : il suffit d'engager en masse des fonctionnaires. Le PIB monte. En même temps que la dette. Au final le retour aux réalités est terrible. Le chiffre du PIB doit toujours être corrigé de la variation de la dette globale.

Rappelons que les dépenses publiques continuent à croître en France, comme la dette. Le caractère effectif de la hausse de quelques fractions de points du PIB est donc impossible à analyser comme une amélioration franche, durable et saine de notre production.

Le coup de frein qui s'annonce et les redressements de comptes qui seront obligatoires après la gabegie électoraliste en cours, risquent de gommer ces hausses dès 2018. La décennie 2 010 sera pour la France une décennie de baisse globale du pouvoir d'achat, de destruction globale d'emploi et de stagnation économique. Peut-être allons-nous battre les années trente !

Nous entrons dans la parenthèse enchantée des périodes électorales où tout va mieux et va aller encore mieux. Nous le faisons les deux pieds dans les poubelles non ramassées, les grèves à répétition dans les secteurs protégés, le désordre général et les attentats.

 

La droite étouffée par la droite

Nous continuons notre examen des réactions engendrées par les programmes des candidats à la primaire de droite et du centre, cette fois-ci dans des journaux qui auraient pu paraître a priori favorables, mais qui continuent à croire qu’il faille tancer, avertir, montrer du droit et finalement interdire toute action un peu musclée pour sortir le pays de l’ornière.

Le Point a par exemple sorti de la naphtaline dorée un haut fonctionnaire quasi septuagénaire, typique de ce qui est tant dénoncé aujourd’hui   : la « pseudo élite » qui après un petit tour dans la fonction publique où elle a beaucoup montré son cœur à gauche, finit dans le privé le plus caricatural : la finance privée pour très, très, très riches.  Assis sur le veau d’or, il est amusant de fustiger la droite bornée  et ses prétentions au changement. C’est ainsi que Michel Cicurel tient à nous avertir dans Le Figaro du 27 mai, qu’aucune réforme sensible ne doit se faire « sans concertation préalable  avec les partenaires sociaux », qu’il est vain de toucher au droit du travail tant que la conjoncture ne sera pas meilleure, ni aux indemnités du chômage tant qu’il y aura des chômeurs, que l’objectif n’est pas l’essentiel mais la méthode et qu’il faut donner du temps au temps. Il faut surtout éviter la « purge drastique » et accepter l’aggravation des déficits. Pour résumer : les objectifs sont bons mais il ne faut rien faire sans accord préalable des syndicats et tant que la situation ne s’est pas améliorée.

Traduire : surtout ne faites rien qui pourrait secouer le tas d’or que nous avons à gérer. Après tout, nous avons toujours trouvé le moyen d’accommodements  sensés pour les très grosses fortunes françaises. L’important c’est que le pays reste calme. C’est toute la gestion Giscard (on noie le poisson)  et, en prime, toute la gestion Chirac (le Ni-Ni).

On a vu le résultat : recul permanent de la France sur tous les sujets ; chômage de masse ; endettement délirant…

Nous avons critiqué l’illusion des 100 jours, en rappelant l’histoire du livre programme de Guéna, il y a trente ans. Le « syndrome Guéna » est très prégnant dans tous les programmes des candidats à la primaire. Mais prétendre que ces programmes sont « libéraux » et qu’ils suggèrent de« mener toutes les réformes libérales  en cent jours »  est une caricature.

Ce qu’il faut faire en 100 jours, c’est mener les réformes de structure nécessaires pour casser le total immobilisme français et créer les possibilités d’une action. Ensuite il faudra probablement plus de dix ans pour sortir du marasme actuel. Attendre la sortie du marasme pour agir  pose aussitôt la question : pourquoi agir si on est sorti du marasme sans cette action ? Quelle meilleure recette pour ne rien faire  et s’enfoncer un peu plus ?

En revanche, comme nous ne cessons de le dire, il ne faut pas annoncer du sang et des larmes sans dessiner la situation visée et prouver la congruence des moyens. La réforme n’est pas une fin  plus ou moins mythique. Mais un moyen pour un résultat si possible appétissant.

Le Point, pour sa part, sort Alain Madelin de sa retraite politique, un septuagénaire qui lui aussi a quitté le débat public pour « faire de l’argent » dans la finance privée, avec un certain succès.  Les banalités fleurissent à nouveau :

« Nous ne subissons pas une crise ; nous vivons une mutation ». « Une telle mutation préfigure des décennies de progrès  comme jamais l’humanité n’en a connu ». Donc tout va bien. Il ne faut pas revenir sur les droits sociaux, pas mettre en œuvre la TVA sociale, pas toucher aux 35 heures autrement qu’à la marge, et surtout pas de purge. En revanche l’école gratuite sur internet va permettre de sortir les masses incultes du chômage. La légalisation de toutes les drogues règlera la question des trafics et de la délinquance. « Il ne s’agit pas de restaurer le passé mais de permettre au neuf d’émerger ». « Mes idées peuvent mobiliser une gauche moderne ».

En attendant il faut surtout réduire les impôts sur le capital, le revenu du capital et les plus values du capital, sans faire de vagues sociales et sans doute dans l’union des cœurs libéraux-sociaux et sociaux-libéraux.  Pour un ancien proche de l’OAS quel bouquet final !

Le mot clé : il n’y a pas de crise. Le libéralisme mondialisé est si bénéfique qu’il ne faut rien changer. Juste « s’adapter ». D’où viennent donc les crises qui balaient périodiquement le monde avec une force à chaque plus grande ? Silence. Il est vrai que naguère Madelin traitait d’imbéciles ceux qui pensaient que la création infinie de dollars par le biais des déficits américains et du recyclage des excédents des pays exportateurs, dans un cadre de changes flottants,  portaient le risque d’une crise globale très importante. L’explosion de 2007-2008 n’aura même pas suffi à lui déciller les yeux d’une millimètre.

Pour Madelin l’ennemi c’est donc Fillon, le promoteur de la TVA sociale, le contempteur du TSCG, le porteur de réformes qui cassent réellement le conformisme et l’attentisme.

Cicurel et Madelin, l’un comme l’autre plaident pour ne rien faire et,  derrière un paravent de modernité, pour faire baisser les impôts qui les intéressent (sur le capital, les intérêts du capital et les plus values). Pour le reste, inutile de secouer le pays.   Ils illustrent bien les raisons qui font de Juppé l’espoir des sondages à droite : une figure de noble présidentiable, un programme consensuel, des réformes molles et non provocantes, du bla-bla sympathique et on peut continuer à jouer ses petits jeux personnels dans le calme politique.

Que se passera-t-il si un nouveau tsunami financier vient balayer l’économie, comme en 1974, comme en 1993, comme en 2008, ou même une mini crise comme en 1982 ou  2001 ? Et si les conséquences font, à nouveau, revenir une gauche idéologique et démagogique qui aggrave tout ?

Puisqu’on vous dit qu’il n’y a pas de crises, seulement une mutation à laquelle il faut s’adapter en souplesse. Votre question ne se pose pas.

Comment dit-on « aveuglement intéressé » dans le petit monde des boursicoteurs ?

En attendant, on voit bien se dessiner la ligne de fracture principale à droite. 

D’un côté ceux qui veulent réellement sortir du schéma délétère qui nous a mis dans un trou profond où la plus grande part de la population se débat sans espoir. Seul une certaine radicalité permet d’espérer des résultats conséquents.

De l’autre, ceux qui pensent que « le pays est fragile » et qu’il ne faut agir qu’à la marge en desserrant subrepticement l’étau posé par les socialistes sur le cou des « très riches », mais bien se garder d’agiter des chiffons rouges devant les yeux des masses, tranquillisées par la belle figure romaine d’un président digne et droit dans ses bottes devenues bienveillantes, par un discours optimiste sur l’avenir radieux qui s’annonce et par l’absence de toutes réformes qui agiteraient les « forces sociales » (en un mot les syndicats et les fonctions publiques).

L’expérience Hollande démontre pourtant très bien qu’avec près de 15 millions de retraités, près de 6 millions de chômeurs, de près de 6 millions de fonctionnaires, avec  plus de 2 millions de personnes inactives subventionnées ne cherchant pas de travail et plus  de 2 millions de salariés d’associations presqu’entièrement accrochées aux subventions publiques, donc au total près de deux subventionnés pour un employé,  la seule procrastination  ne fonctionne pas.  La falaise grecque se profile de plus en plus près sur l’horizon.

Rappelons que le cours du pétrole a doublé en quelques mois, la FED va commencer à augmenter ses taux et que la BCE aura de plus en plus de mal à faire accepter que les vannes monétaires restent à ce point ouvertes.  Ajouter les menaces de Brexit, la montée du risque de mini récession mondiale, le risque en France d’un succès du FN, la guerre islamiste.  Mélanger le tout. Et se poser la question : L’immobilisme intéressé est-il réellement la seule solution ?  

Monnaie et commerce international : les deux règles fondamentales

 Le commerce international entre pays souverains n'est possible qu'en cas d'accord sur un moyen de paiement généralement reconnu. Le troc ou la compensation sont des systèmes difficiles et peu productifs. La question monétaire est donc fondamentale.

Il s'ensuit une première règle : on ne peut pas organiser le commerce international sans parler de système monétaire international ; on ne peut pas parler de système monétaire international sans parler de commerce. Lors de la conférence de Bretton Woods tout le monde avait compris que les deux sujets étaient liés et qu'il n'y avait pas d'échappatoire.

Il s'ensuit une seconde règle : les déséquilibres commerciaux entraînent automatiquement des déséquilibres monétaires et financiers. Les déséquilibres considérables et permanents ruinent l'économie. Le développement du commerce entre nations indépendantes n'est donc bénéfique dans la durée que si les grands équilibres sont maintenus également dans la durée, ou, a contrario, si les grands déséquilibres sont rapidement corrigés.

Une organisation du commerce mondial suppose donc une institution internationale qui constate les déséquilibres et entreprend de les faire corriger avec fermeté, même si des moyens sont mis en œuvre pour éviter des corrections trop brutales pénalisantes pour tout le monde.

L'objet fondamental de toute organisation économique plurinationale est donc de prévenir et de corriger les grands déséquilibres, quelles que soient les formes que peut prendre cette organisation. Une zone de monnaie unique est confrontée à cette exigence autant qu'un système de changes flottants ou un système de changes fixes et ajustables.

La grande difficulté actuelle tient tout entière dans le fait qu'aussi bien dans l'organisation mondiale que dans l'organisation européenne, on a oublié ces règles fondamentales. On a laissé se mettre en place des déséquilibres monstrueux sans aucuns mécanismes ni organes de correction.

C'est ainsi que l'Allemagne accumule constamment des excédents délirants dans la zone Euro  qui déséquilibrent totalement la gestion de la zone. Les Etats-Unis accumulent pour leur part constamment des déficits tout aussi délirants avec un peu partout des excédents miroirs.

Rien n'est fait pour corriger ces déséquilibres. RIEN DU TOUT ! L'idée même qu'il puisse en aller autrement paraît obscène à nos dirigeants et commentateurs officiels. Que chaque pays s'ajuste aux conséquences et se taise !

Ce qu'il faut comprendre, ce sont les conséquences des désajustements amples et de longues durées. Ce n'est pas bien difficile. Si un pays accumule d'énormes excédents monétaires parce que son économie, au cours de change donné, est structurellement plus productive, elle ne sait rien faire de cette monnaie en excédent sinon la replacer. Dans le pays en excédent les avoirs monétaires justifient une multiplication des crédits locaux. Dans le pays déficitaire où la ou les devises en excédent sont replacées, il y a entrée de trésorerie et poussée des crédits. C'est la fameuse double hélice des crédits dénoncée par Jacques Rueff. Ces crédits finissent par s'effondrer, provoquant des récessions, une baisse du trend, et un endettement accru par les mesures étatiques prises pour juguler la récession. Des petits déséquilibres entraînent des petites crises, des gros déséquilibres des grandes crises.

Au sein de la zone Euro, les excédents continuels et massifs de l'Allemagne ont fini par créer d'énormes boules de crédits sans cause notamment en Espagne, en Grèce, en Irlande, en Italie, au Portugal et en France. Ces crédits sont de purs gaspillages et ne sont pour l'essentiel plus remboursables. L'Allemagne se retrouve donc avec des créances irrécouvrables mais ne veut pas l'admettre. Il en est résulté une course à la contraction économique en Europe qui a fait grimper le chômage partout sauf en Allemagne qui tremble cependant d'avoir finalement à encaisser ses pertes.

Au sein du système monétaire international la situation est exactement la même. De déficits énormes en excédents gigantesques, on a créé une "économie baudruche" qui a finalement explosé en 2008 en laissant une ardoise d'environ 12 mille milliards de dollars de pertes sèche dans le système, qu'on ne parvient pas à éliminer en douceur. 57 000 milliards de dettes supplémentaires plus tard, et avec des intérêts négatifs, on ne sait toujours pas où on va.

Quels seraient les moyens de sortie ?

En Europe, la question est claire. Il faut une institution de coordination et une règle automatique : les pays en excédents doivent ou corriger leurs excédents ou payer au pot commun. Plus l'excédent est gros, plus il est âgé, plus la contribution au pot commun doit être forte. Idem pour un pays en déficit permanent ou chronique. Il peut être aidé, pour sortir de la crise en souplesse, mais sous conditions d'autant plus draconiennes que les déficits sont plus âgés et plus importants. On comprend que plus vite les mesures sont prises et moins graves sont les déséquilibres, plus faciles seront les ajustements.

La grande difficulté est qu'un pays en excédent se considère comme vertueux et fort. Il exige que ce soit les autres qui s'ajustent. Cette position est absurde même si elle est psychologiquement prégnante.

Dans un système de monnaies à taux de change fixes mais ajustables, la variation du change permet de régler rapidement les différences de compétitivité. Si on rend les décisions d'ajustements dépendantes d'une institution extérieure disposant d'une certaine autorité, notamment pour prévenir les déséquilibres et éviter les attitudes délétères de gouvernement cherchant des dévaluations à rythme accéléré, on obtient de bons résultats. En change fixe l'affaire est plus délicate puisqu'il n'y a guère que deux actions possibles, si possible concertées, pour sortir des déséquilibres : la déflation dans les pays en perte de compétitivité et symétriquement la relance et l'inflation dans le pays excédentaire. Ces politiques étant difficiles, la prévention devient fondamentale. La création de la zone Euro aurait dû être accompagnée de la création d'un organe de constat, de prévention et de coordination économique. Ce que nous appelons un chancelier de la zone Euro. On a préféré des règles juridiques absurdes et dont personne ne tient réellement compte. On s'ajuste donc par la déflation et la récession. On peut considérer cela comme une énorme défaillance intellectuelle, morale et politique.

Dans un système de monnaies flottantes, la situation est pire. Surtout si un pays, du fait de l'histoire et de sa puissance économique, a réussi à installer sa monnaie comme monnaie mondiale. Il n'y a alors plus aucun moyen d'obtenir de ce pays qu'il change quoi que ce soit à sa situation. Les ajustements ne se font pas. les bulles enflent et explosent périodiquement. De plus en plus gravement. Les pays en excédent, pays producteurs de pétrole, pays ayant décidé de croître par le dumping monétaire, vivent en permanence dans la crainte de voir leurs avoirs monétaires dévalués et les placements faits à l'extérieur perdre toute valeur. L'Allemagne à la fin des années soixante-dix, le Japon à la fin des années quatre-vingt, la Chine dès 2010 se sont retrouvées ainsi suspendus dans le néant. L'Allemagne a mis 25 ans à s'en remettre. Le Japon ne s'en est toujours pas remis. La Chine tremble.

Les clés d'un système international de commerce et de monnaie efficace sont parfaitement connues.

Tout pays en excédents doit rétablir ses comptes. Les replacements en capital doivent être interdits. Il faut qu'il dépense en achats de services et de marchandises suffisamment pour rééquilibrer ses comptes extérieurs. Il peut le faire en ajustant sa monnaie et/ou ses achats et ses ventes extérieurs. Tout pays en déficit doit réajuster sa monnaie ou remettre en ordre sa productivité.

Quel est le meilleur cadre pour obtenir ces résultats ? Les changes flottants ont montré que non seulement ils étaient incapables de provoquer les ajustements nécessaires mais qu'en plus ils compliquaient ou empêchaient la recherche de solution.

La meilleure solution est un système de changes fixes et ajustables avec des mécanismes automatiques de pénalisation des grands excédents et des grands déficits, une monnaie de compte extra-nationale et une organisation multilatérale indépendante des gouvernements, paritaire, et sans que personne n'y ait de droit de veto.

Il va de soi que dans une telle organisation internationale, le représentant de l'Europe serait le chancelier de la zone Euro. Son travail serait d'autant simplifié qu'il pourrait à la fois ajuster de façon interne les économies et participer aux ajustements externes. Un tel système implique que personne ne puisse plus "shorter "une monnaie et qu'une telle entreprise soit durement sanctionnée. Ce contrôle est désormais techniquement facile à mettre en œuvre. De même les mouvements de capitaux à court terme doivent pouvoir être limités autant que de besoin, surtout s'ils ne correspondent à aucun mouvement commercial.

On dira : et le passé ? Le passé ne doit pas être géré par les institutions chargées de gérer le courant mais faire l'objet d'un cantonnement global par d'autres instances.

C'est à cette nouvelle construction qu'il faut désormais s'attacher. Rien n'est plus urgent. Les conférences sur le commerce proprement dit ne peuvent se mettre en place avant que cette question cruciale ne soit tranchée.

Il n'y a pas de commerce sans monnaie saine  ni de monnaie saine sans commerce équilibré

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

PS : à souligner, le silence absolu de notre gouvernement et des futurs candidats à la présidentielle sur ces sujets absolument cruciaux "pour la vie quotidienne des Français" et surtout sur l'avenir de leurs enfants. .

France : les mots qui tuent l'action

On voit aujourd’hui se multiplier l’emploi de mots qui masquent, qui éludent, qui évitent, qui fuient. Face à nos difficultés extrêmes et récurrentes, voici les tenants de la « gouvernance », de la « méthode », de la « participation », de la « compliance » (un peu d’anglais ne nuit pas). Ces vocables baignent dans les adjectifs : compassionnel, bienveillant, consensuel.

Tout pour éviter l’emploi du mot DIRIGER.

Diriger, cela signifie avoir au moins une direction. L’objectif soit être identifié et qualifié. Les moyens d’arriver au but  sont à préciser et à évaluer. Ils doivent être congruents avec l’objectif.

Diriger demande de réfléchir puis de mobiliser et d’agir fermement jusqu’au résultat.

Le général de Gaulle a dirigé le pays. Sur tout sujet, il faisait d’abord table rase. Puis se construisait à force de consultations et  de réflexion, un diagnostic sur la situation courante, une réflexion sur celle qu’il faudrait viser et enfin une politique. Une politique commence par s’énoncer. Un dirigeant efficace construit, réunit et fonce. La parole est son arme. Mais il faut qu’elle soit chargée et que ceux qui doivent se mobiliser puissent y reconnaître une rationalité, une opportunité, et un espoir.

Personne ne souhaite se mobiliser en vain. Personne n’aime être contraint en vain.

Diriger contraint. En cas de guerre, la mort apparait qui est la contrainte suprême. Pour atteindre l’objectif il va bien falloir engager le combat contre ceux qui n’acceptent ni l’objectif ni les moyens, ou qui, en politique, veulent simplement la place ou des places.

La France est le fruit de nombreux combats et dont elle porte encore maintes cicatrices.  Elle porte en elle  l’avenir de nombreux sacrifices qui l’ont faite telle que les Français voulurent qu’elle soit.

En économie, diriger, c’est comprendre et prévoir. Si on ne comprend rien, on ne peut rien faire. Où en est, en France, le diagnostic de la crise terrible qui a frappé l’économie monde et par ricochet l’économie française ? Poser la question est y répondre : il n’y a pas de diagnostic public des causes de notre désastre économique national dont il est même recommandé de ne pas parler. « Si on parlait moins de crise, il n’y aurait pas de crise » répète inlassablement l’imbécile. Il n’y a pas de prévision. Où veut-on être dans 5 ans, dans dix ans et quels sont les obstacles à vaincre pour y parvenir ? Pas un mot. Non pas qu’on n’annonce pas le paradis sur terre pour le lendemain des élections. Mais quelles prises en compte réelles des tendances lourdes, des risques latents, des échéances probables ?

Nicolas Sarkozy annonce en 2007 que la confiance retrouvée permettra un accroissement formidable de la croissance et ne voit pas venir une crise majeure parfaitement évidente pour qui regarde.

François Hollande nie la crise en 2011 et explique que si cela va mal, c’est à cause de son adversaire. Qu’il soit chassé,  il se charge de « ré-enchanter la France ».  Avec les résultats que l’on voit.

La droite annonce qu’elle va être formidablement volontaire, mais entend ignorer qu’en 74, les bonnes intentions de Giscard, Chirac et Barre ont été  balayées par une crise venue d’ailleurs, que celles de Balladur puis Chirac et Juppé, le seront par la crise de 93, que Chirac, Raffarin et Villepin seront rattrapés par la crise de 2001-2002 et que Sarkozy et Fillon verront leurs espoirs anéantis par une nouveau tsunami.  La tradition du cycle veut qu’une crise internationale balaie le monde tous les huit-dix ans, avec une alternance de récessions fortes et de retours de flamme plus mous. On risque donc en 2017 et 2018 un retournement de ce genre. Qui le dit. Qui même y pense ?

Les socialistes, minoritaires dans le pays, ne parviennent au pouvoir que sur les décombres d’une crise décennale. Ils se pensent aussitôt autorisé à imposer un complément de régime socialiste basé sur la méfiance, la contrainte, la dépense publique et les impôts. Ils aggravent systématiquement les effets de la crise et la rende inextricable.  Le résultat est toujours  délétère.

La France ne se remettra jamais du « programme commun de la gauche » : le revenu par tête des Français rattrapait depuis la guerre celui des Américains. Terminé depuis 1981 !

La France avait retrouvé ses grands équilibres commerciaux. Jospin étouffe la compétitivité française qui repasse dans les déficits permanents en matière de commerce international au début de ce siècle, grâce à un jeu de mesures typiquement trotskiste (étouffement des relations du travail, réduction massive du temps de travail).  

La France, étrillée par la crise de 2008, aurait du retrouver une marche normale cinq ans après les mesures d’urgence. A force d’impôts spoliateurs et d’injures haineuses,  suivies d’un virage à 180%, mais tellement en dérapage que les roues n’accrochent pas la route, la situation est pire que jamais.

Cette alternance de crises globales et d’aggravations socialistes a ruiné la France dans les quarante dernières années.

Il faut aujourd’hui  mobiliser contre les causes des crises globales en proposant les bonnes solutions et en définissant les moyens d’aboutir aux révisions nécessaires.  Le silence est de plomb.

Le socialisme doit être éliminé des perspectives électorales normales, qui ne devraient rien d’une doctrine qui n’a partout que provoqué crime et ruines dans ses versions génocidaires  et appauvrissement et chômage dans ses versions basées sur la seule violence règlementaire et fiscale.  Il ne faut plus laisser croire à qui que ce soit que sa situation dépendra du vol du travail et de l’épargne d’autrui.  Les situations individuelles ne peuvent et ne doivent s’améliorer qu’à concurrence de la participation active à la prospérité générale.

La clé de l’avenir n’est pas dans « la gouvernance », « la participation », le « consensus », la « bienveillance », la « compassion », « la compliance », « le juridisme », « la norme », « la soumission au rapport de force », dans « le rêve général ».

Il est dans l’exercice du pouvoir par des DIRIGEANTS qui auront le courage d’expliquer les causes réelles des difficultés en cours, qui proposeront des solutions cohérentes et complètes en vue de les juguler et qui sauront définir un objectif clair à atteindre autour duquel le pays tout entier peut se mobiliser.

Bien sûr, avoir une politique effective est un exercice exigeant. Il faut comprendre. Il faut expliquer. Il faut rassembler. Il faut concentrer des énergies et des moyens vers un but et de nombreux objectifs intermédiaires en général difficiles à atteindre. C’est exigeant.

Tout le reste est postures ou impostures et la ruine définitive du pays à court terme. Nous sommes à deux doigts de la situation grecque de chaos politique, économique et social.

L’heure tourne.

Hollande : une sinistre fin de règne

Alors que nous vivons les consternants  soubresauts de la fin de règne du plus médiocre Président que la France s’est donnée depuis Deschanel,  il est à craindre que son histoire ne trouve guère d’autres lecteurs que des contempteurs indignés ou de navrants « malgré-nous ».

Quelle est la part, dans cet échec impitoyable, de la psychologie fâcheuse du petit malin et de l’inepte doctrine qu’il a choisi comme vecteur de fortune personnelle ?

La France pouvait-elle se trouver bien d’un Prince aussi tenté par l’orgueil déplacé de la transgression ?  Les Français pouvaient-ils espérer beaucoup des concessions  multipliées par électoralisme  à une idéologie funeste?

L’amour de la transgression n’est pas celui de la Patrie. Est-il une seule catégorie, vertueuse ou son contraire, qu’il n’ait pas voulu foudroyer  ou fourvoyer en la prenant à revers ?

Voici la mère chargée d’enfants à qui l’on refuse la solidité du mariage, institution que l’on vide de sens en l’ouvrant à qui ne peut pas avoir d’enfants naturels. Voici la maîtresse que l’on chasse ignominieusement, pour entrer en libertinage avec une autre dans les impasses casquée de la rue du Cirque.  Voici la fortune insultée et chassée, alors qu’on s’enrichit personnellement au-delà de tout espoir. Voici la pauvreté des « sans dents » accablée, et les faibles chassés de l’emploi, quand la parole du démagogue la flatte tous les jours.

Le pervers personnel ne fait que des victimes individuelles. Le Prince pervers trouble la nation toute entière.   Pauvre peuple français qui a signé par un vote déprimé la mise sous tutelle de son travail, de son intelligence et des fruits de son histoire.

Voici la transgression Najat Belkacem, symbole de la soumission à une altérité sans mérite, élevée à la direction d’un enseignement national dont le sens et les résultats ont été anéantis par le pédagogisme. Elle détruit impitoyablement 1.000 ans de grandeur de la pensée française et de haute tradition, c'est-à-dire de haute transmission.

Voici la transgression Hidalgo, vieille maîtresse d’origine étrangère devenue mairesse de Paris où, quêtant l’appui d’un Communiste en ignorant des mille génocides commis par la mouvance, elle entend pourrir la vie du bourgeois jusque sur son palier, tout en multipliant les fêtes et les dépenses qui n’intéressent qu’une poignée de ridicules.

Voici la transgression Taubira, guérillera franc-maçonne sur le retour, contemptrice un brin raciste du Blanc colonialiste et esclavagiste, qui fait de la sanction pénale non pas la juste prévention du crime mais son berceau.   

Voici la transgression  Duflot, médiocre diplômée en géographie qui voit le Japon dans l’hémisphère sud, qui ruine l’industrie de la construction en une seule loi inepte au nom d’une écologie dévoyée de tout sens, et la contre transgression Coste qui voit l’infortunée épouse d’un harceleur sexuel, soutenu par Hidalgo (que le monde est petit), devenir Ministre de la République par calcul politicien de douzième ordre.

Voici la transgression Valls, petit hidalgo  à mouvements de menton,  projeté d’un coup  Premier Ministre et la contre transgression Macron qui doit le tuer politiquement, comme naguère le sinistre Mitterrand, modèle insurpassable du cynisme politique,  avait lancé le flambeur Tapie saper pour toujours  les ambitions de l’esprit-faux  Rocard.

Voici la transgression de la déchéance de la nationalité, que l’habile crut devoir jeter à la colère des Français indignés par le plus grand massacre subi en temps de paix par une population innocente, et finalement abandonnée en rase campagne, sur fond de mépris général.

Voici la transgression El Khomry, à nouveau d’origine étrangère, chargée à son incompétence défendante, de porter un projet transgressif de tout ce qui fait le socialisme depuis 150 ans. Et une France livrée sans défense aux exactions de la CGT et de ses nervis, aux attaques des milices fascistes d’extrême gauche, et à mille excités que stimule la faiblesse de l’Etat  et qui finissent par tenter de tuer des policiers et par demander la pendaison sur le Pont d’Avignon « de tous les patrons ». Où sont les cellules de déradicalisation ?

Alors oui, la composante psychologique du président actuel de la France a entraîné le pays au bord de l’abîme.

On dira : cette transgression a tout de même permis le Pacte avec les entreprises et la restauration de leurs marges.  Pour un socialiste, ce n’était pas rien. Après tout il a fallu un premier secrétaire du Parti Communiste russe  pour mettre en l’air l’URSS. Pourquoi pas un ancien secrétaire du PS français pour restaurer la compétitivité des entreprises en prenant à contrepied les chants destructeurs de son propre camp ?

Certes, certes.

Mais, pour compenser cette mesure insuffisante,  combien de concessions dramatiques  à l’idéologie délétère qui, partout, a conduit les peuples à la ruine ou à la tragédie et qui rendent désormais presqu’impossible une sortie par le haut des terribles tourments économiques et financiers qui accablent le pays ? Nous sommes désormais les champions du monde du prélèvement obligatoire. Spoliation socialiste, tu tiens ta victoire.

Et de combien de mesures purement démagogiques, proches de l’achat de vote pur et simple, et dont l’effet destructeur est multiplié par l’état de détresse actuel de notre pays,  devrons- nous payer pour l’ambition délirante désormais déclarée d’un nouveau quinquennat ?

Il ne fallait à la France ni un esprit épris de lui-même, au point de faire de la transgression un mode « normal »  de gouvernement, ni un politicien manipulateur de chimères au point de livrer le pays aux plus ruineuses utopies, alors qu’il menaçait déjà de sombrer. Comment espérer quoi que ce soit de cinq années de plus d’un gouvernement tenu dans la double sujétion d’un caractère et d’une doctrine aussi problématiques ?

Les Français ont eu tort d’abandonner la France.  Ils ont mis sous le joug  et leur foi nationale et leur conscience historique. Ils sont devenus le jouet désarticulé d’une ambition individuelle médiocre et d’une idéologie morte.  Le démagogue parlait de « pacifier » le pays. On en est aux tentatives de meurtre de policiers, façon Jeanne d’Arc malgré la fermeture des pompes à essence.  On appelle à la pendaison « de tous les patrons » sur le pont d’Avignon.

Pour avoir stimuler la haine de tous contre tous, et celle de chacun contre chacun,

Pour avoir fait espérer à certains qu’ils pourraient gagner un peu en prenant tout à d’autres,

Pour n’avoir jamais esquissé les voies et moyens d’un avenir français, ni jamais pris un ferme parti sur aucun des sujets graves qui peuvent le saper,

François Hollande a fini de désespérer la population dont le choix actuel n’est plus qu’entre  la résignation morose, les révoltes mortifères et les expatriations ruineuses.  

Celui qui pensait tenir la jeunesse politisée, encadrée par son parti, et ne jamais fâcher vraiment la CGT et  les habituels maîtres chanteurs de la République, s’est pris une nouvelle fois les pieds dans une de ses manipulations électoralistes malsaines. Les voilà acharnés à ruiner l’ordre public et le reste de prospérité du pays pour le faire céder.   

La majorité silencieuse observe et subit, consternée. 

Elle pense : plus jamais çà !

Elle a raison.

Jean Tirole : un prix Nobel pour rien ?

Malheureux  Jean Tirole, sorti de ses études scientifiques pépères par la notoriété d’un prix international de renom, et sommé d’intervenir dans les débats politico-économiques pipés de l’intelligentsia médiatique française au minimum anti libérale et généralement marxiste (voire pre marxiste ou post marxiste, c’est selon),  dans les débats socialo-socialistes de l’Assemblée Nationale et dans les débats programmatiques de la droite en vue des élections présidentielles. 

En France, un économiste est par définition un ennemi du socialisme et de la gauche. Au pire, ce n’est qu’un suppôt du MEDEF. Au mieux un inconscient qui ne se rend pas compte qu’il véhicule une idéologie bourgeoise et qu’il doit d’abord s’excuser de ses lamentables préjugés.  La seule vérité admise est celle des luttes sociales et du rapport de forces avec les patrons.  « Si on avait écouté les économistes, on n’aurait aucune loi sociale et pas les congés payés ». Choisissez votre camp : vous êtes pro lutte : admis. Vous dites : « attention à ne pas étouffer l’économie avec des mesures qui ont des effets pervers » : vous êtes un « fasciste ».

Entrer dans un débat économique sur un forum ou une émission de radio télévision, exige d’abord de préciser « d’où vous parlez  ».  Faites-vous partie des bons ? Ou êtes-vous un « salaud » au sens sartrien du terme ?

Comme on sait, depuis 1968 et l’Odéon, que « les faits sont fascistes » et depuis Nuit Debout que le Rêve Général (et les pillages et destructions associés)  est la seule solution admise, un économiste qui prétend s’appuyer sur les faits pour tenter de définir des règles du jeu efficace en vue d’un objectif de prospérité générale doit faire l’objet prophylaxique et préventif  d’une « reductio ad hitlerum et petainum » incandescente.  

La France scolaire et universitaire est depuis très longtemps alignée sur ces thèmes socialistes et anti capitalistes. Lire les manuels d’économie français pour scolaire est une épreuve pénible : le pavé idéologique socialiste est en béton armé, soutenu par une cohorte « d’enseignants » en général incultes mais politiquement orientés. A l’Université, c’est pire. « L’économiste distingué », façon Leroy Beaulieu, a été remplacé par des minables sélectionnés sur critères principalement politiques.

A Sciences-po, depuis la fin des années 70, la librairie qui fait face à l’entrée de la rue Saint Guillaume n’affichait que des économistes de gauche contestataires du capitalisme.  L’institut à prétention économique rattaché à Science-po est un repère d’économistes dits « de gauche » surtout soucieux de montrer que l’économie publique est la seule vraie et que le capitalisme privé est une catastrophe. Les facultés sont en général peuplées d’économistes châtrés. Plus on monte dans le système, plus le cheptel des étudiants est de bas niveau ! En doctorat, il ne reste en général que les plus nuls et des étrangers, souvent africains (heureusement, ils relèvent le niveau d’ambition). Obtenir des postes dépends de la frénésie qu’on a mis à signer des pétitions de gauche, façon « les 1xx économistes en faveur des trente-cinq heures ». L’Université française, en économie, est la seule qui conserve des économistes marxistes purs et durs. Il est vrai que dans les années 60 et 70 certains professeurs ( ?!) sélectionnaient sur des critères purement idéologiques. Un certain Denis qui enseignait à Paris l’histoire de la pensée économique mettait 2 à qui répondait valeur utilité et 20 à qui répondait valeur travail,  sur toute question relative à la théorie de la valeur. Tout le monde le savait. Cela ne gênait personne. L’opportunisme prévalait chez les élèves. Surtout ceux qui voulaient rester dans l’enseignement.

Cela nous vaut, au mieux des Picketty et au pire des commissaires politiques autoproclamés du bien penser économique anticapitaliste. On ne dénombrera pas ici ces  « justiciers » qui ne pensent qu’en termes d’alternative économique. Cette tentation marxo-gaucharde basée sur le négationnisme économique et le pilori, est une des grands malheurs de l’enseignement et de l’information économique en France.  Toutes les sottises antiéconomiques proposées par les gouvernements de gauche sont encensées par ces esprits partisans. On voit où cela nous a mené.

Pour parler comme Eric Zemmour, la pensée dominante en France est antiéconomique. Les mauvais esprits sont éliminés. Qu’une chaîne comme BFM TV qui fait souvent intervenir des guignols du boursicotage, fasse accompagner Le Chypre de Chavagneux, en dit long sur l’état de soumission idéologique de la TNT.  

Et personne ne parle de mettre en place des cellules de dé-radicalisation pour ces faux prêtres…

Cela explique largement les postures gesticulatoires violentes des « étudiants conscientisés » qui détruisent chaque nuit un peu partout en France à la simple évocation du nom El Khomry.

Il faut ajouter que la science économique est une forme d’oxymore. Les sciences sociales malgré tous les efforts faits pour les rendre incompréhensibles par qui n’est pas matheux, ne sont pas des sciences exactes mais des chemins de réflexion basés sur des évolutions constatées et des mécanismes plus ou moins bien cernés. Les vulgates enseignées sont par définition des raccourcis dont il est facile de prouver que, pris à la lettre, ils ne correspondent pas à la réalité.

Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir de réflexion économique sensée, mais qu’il n’y a pas de lois mécaniques comme en physique. Du coup la notion de prix Nobel, (oublions la querelle de nom pour celui d’économie), est sujette à plus de caution que dans le domaine des sciences exactes. Il n’y a pas de véritables « découvertes » en économie, dont l’obtention puisse être primée. Lorsqu’on prend la collection des travaux primés par le « Nobel » d’économie depuis qu’on a créé ce prix, on constate que le tamis du temps les a laissés tomber majoritairement dans la poubelle des insignifiances.  Le jury n’est pas absolument immunisé contre les options politiques. Krugman a été récompensé pour son activisme contre le Parti Républicain dans les colonnes du NYT, pas pour des travaux universitaires (parfaitement sans intérêt). On peut dire la même chose de Stiglitz qui est un esprit brillant mais généralement faux.  Ces deux polémistes sont d’ailleurs des coqueluches médiatiques et politiques en France. Avec l’inévitable et consternant Varoufakis.  On voit le niveau.

Dans un tel contexte le nouveau prix Nobel français, Jean Tirole, sommé de devenir une parole reconnue dans le débat économique français, ne pouvait pas être à la fête. On lui a fait écrire un livre qui n’a à peu près aucun intérêt, tellement il est consensuel et dilué. Mais même ce filet d’eau tiède  est vilipendé ou fait l’objet de récupérations politiques ridicules.

L’emploi du mot « consensus » en fait par exemple le parangon de toutes les vertus pour ceux qui veulent une forme d’union nationale ni de droite ni de gauche, disons centriste, pour sortir la France de ses problèmes.  Bientôt on lui fera dire qu’il est pour la proportionnelle !

Pouvait-il en être autrement ? Probablement pas.

Pour pouvoir avancer deux ou trois idées, au demeurant banales,  il est obligé à une prudence de loup et à s’excuser à chaque pas. L’interview par l’indispensable Chavagneux sur France Inter ce matin en était une fois de plus la preuve.  « Vous soutenez les thèses du Medef ». Sous entendu : vous êtes un agent de la réaction.  La disqualification sur une base purement idéologique marxiste a été la constante de l’émission. Et le pauvre essayait de montrer sa bonne volonté. Et plus il le faisait, plus il s’enfonçait dans le rien du tout.

Le débat économique en France est tout simplement interdit s’il risque de déstabiliser les forces idéologiques embossées dans les médias, dont la dominante est un magma informe de sous-intellectuels opportunistes.

Qu’importe les réalités ! Qu’importe la gravité de la situation ! Pour les idéologues politisés, les désastres sont toujours la faute d’un vilain. Choisissez votre vilain. On vous acceptera en néolibéral affichée ou en économiste atterré ou alternatif.  Pas en observateur neutre des faits  et encore moins en force d’explication des conséquences d’actions porteuses de catastrophes.

Il suffit de voir ce qui est arrivé à Maurice Allais pour comprendre que la moindre lueur de réalisme est impossible en France. Mais au moins il avait secoué la baraque. Et les faits lui ont donné raison. Ce qui donne de la force à son message même s’il est post mortem.

On ne peut guère conseiller à Jean Tirole le chemin du martyr.  Mais du coup on peut se demander si ce prix Nobel n’est pas un prix pour rien.

En lisant Jacques de Larosière

« 50 ans de crises financières » est un titre accrocheur (Merci Odile Jacob !) mais parfaitement trompeur. Le lecteur s’attend à un ouvrage sinon technique (encore que…) du moins très précis sur les décisions fondamentales prises dans les cinquante dernières années qui ont conduit au désastre actuel. Jacques de Larosière n’est pas un simple observateur. Il a été au cœur du réacteur. Il était donc plus qu’important  d’avoir et son témoignage et son jugement sur ce qui a été défait de façon aussi inconséquente, avec des conséquences aussi dramatiques. Sa carrière couvre quasiment exactement la période qui a vu « La Crise » s’installer et devenir pratiquement insurmontable. Il n’a pas été simplement le compagnon du désastre mais un de ses acteurs majeurs.

Au lieu de cela, nous avons une courte et creuse autobiographie d’un personnage aussi parfaitement  lisse que pourrait l’être un prototype de haut fonctionnaire français ayant cumulé à la satisfaction générale tous les hautes fonctions nationales et internationales possibles. Une carrière si belle suscite le respect. Ce fut parfait ! Bravo !

Tous les poncifs du genre défilent avec distinction. L’épouse remarquable, les enfants superbes, les interlocuteurs délicieux, dont beaucoup deviennent des amis, les séparations émouvantes avec les employés-modèle à chaque départ d’une haute fonction. Et la pêche à la mouche ou au thon avec quelques grands de ce monde qui aurait pu valoir trois phrases amusantes à Pêche, Chasse et Nature.

L’ennui, c’est qu’on nous a annoncé des analyses perforantes sur les causes de 50 ans de crises financières. Et qu’on ne trouve pas dix pages dans tout le livre sur les questions clé que pose le passage de l’économie mondiale en mode baudruche jusqu’à son effondrement en 2007-2008. Allons, soyons généreux : 100 lignes dignes du titre. C’est peu.

Pour nous, la question centrale à laquelle nous cherchions une réponse sérieuse était la suivante : comment a-t-on pu signer les accords de la Jamaïque qui ont provoqué le désastre. C’est à partir ce moment que l’économie a basculé dans le n’importe quoi  et qu’a été institutionnalisé la baisse constante du trend, la montée de l’endettement global à des niveaux intenables et les crises périodiques de plus en plus sévères. Les accords signés à Kingston, c’est l’erreur absolue, le poison lent instillé dans les artères de l’économie mondiale,  la source de tous nos maux actuels, même si l’Europe a aggravé les choses avec l’organisation inepte de la zone Euro et la France ajouté ses propres délires fiscaux.

Qui était le « sherpa » chargé de préparer ces accords ? Jacques de Larosière ! Alors, qu’a-t-il à dire ?

« Le groupe des dix désireux de trouver une solution décida de s’en remettre à la France et aux Etats-Unis ». « Jeune directeur du Trésor depuis juin 1974, je fus chargé de la négociation côté français ».

A l’hôtel du Mont Washington, à Bretton Woods, en juillet 1944, la France n’était rien. Le rapport Istel et Alphand avait été écarté d’un revers de la main dès les premières phases préparatoires un an plus tôt et la délégation française  luttait pour faire reconnaître sa représentativité. Elle n’eût aucun poids, en dépit de l’envoi d’un éminent représentant du Trésor (déjà), et l’arrivée tardive de Pierre Mendès France.  Pour construire la prospérité, nous n’étions pas là. Pour la déconstruire, nous étions en tête de cordée !

« Mon interlocuteur était le banquier Ed Yeo, sous-secrétaire d’état au trésor […] une force de la nature animée d’une énergie débordante ».

C’est là une grande tradition tactique américaine. Ils envoient au front des pitbulls qui n’ont qu’un leitmotiv : ce qui est bon pour les Etats-Unis est bon pour le monde, et une seule consigne : vous ne signerez que ce qui peut passer au congrès. On est plus dans le diktat que dans la négociation.

Il aurait été intéressant de savoir ce que furent les grands thèmes de cette négociation, les affrontements éventuels sur  les objectifs et les moyens. On ne trouvera qu’une seule ligne : «  nous finîmes par trouver un accord   juste avant la réunion du Groupe des Dix qui se tînt à Rambouillet le 17 novembre 1975 ». Fermer le banc tout est dit. On est bien content.  

On sait que M. Giscard, fit un peu plus tard, à Kingston, au bord de la piscine  où se pressaient Gérald Ford et les autres grands dirigeants, une exposition de sa plastique en maillot de bain qui fut très commentée.  On est encore plus content.

Continuons de lire notre négociateur :

« Les Accords de la Jamaïque mettaient fin au régime des parités fixes, légalisaient le flottement et abolissaient le statut officiel de l’or. Néanmoins quelques signes étaient donnés où la France voulait voir la volonté d’une certaine discipline : - la politique devait s’exercer sous la « ferme surveillance » du FMI ; - Le retour à terme à un système de parité fixes mais ajustables était envisagé comme un objectif.

Mais force est de reconnaître que ces vœux restaient théoriques.

En regardant ces évènements avec le recul du temps, je ne me sens pas particulièrement fier des résultats de la négociation. La réalité était que le flottement était libre. L’illusion était que cette liberté pourrait être contrôlée et constituer un « système ». On a sous estimé à l’époque la portée de l’effondrement du système de Bretton Woods. On a vu à l’usage combien le flottement des monnaies a encouragé le laxisme budgétaire et monétaire dont les effets cumulés nous écrasent aujourd’hui. Comment imaginer qu’un tel régime de liberté incontrôlée puisse être compatible avec une coopération économique mondiale et avec la stabilité du système financier. Bien que trop rarement dénoncé, cette enchaînement de conséquences de la décision d’août 1971 est à mon sens à l’origine de nombre des déséquilibres structurels d’aujourd’hui  ».

C’est tout ? Oui c’est tout.

Il serait fort injuste de tenir rigueur au « jeune directeur du Trésor » d’avoir ainsi négocié le plus grand désastre économique depuis 1929.  Que faisait le Ministre des finances de l’époque ? Où était Jean-Pierre Fourcade, inspecteur des finances, ami de Giscard, la dernière coiffure en brosse de la République et l’heureux concepteur de Bison Futé, qui fera une longue et lucrative carrière comme sénateur maire inamovible dans l’ouest parisien ? Il a publié en 2015 des mémoires qui passèrent totalement inaperçues et qui ne disent rien sur le sujet. Que faisait Giscard, qui en définitive porte la responsabilité principale. Sous De gaulle  il naviguait en pleine ambiguïté. Il pouvait désormais parler en maître. Il n’a rien dit, rien fait ? Où étaient l’Europe  et les européistes ?

Les Etats-Unis ont imposé leur point de vue sans opposition autre que marginale, feutrée et pusillanime. On retrouvera le pitbull Yeo un peu plus tard pour torpiller une idée du FMI « tendant à créer un compte de substitution » où les dollars auraient été changés en DTS, évitant que l’accumulation des balances dollars générées par les déficits n’induise une création monétaire débridée.  « C’était peut être la dernière chance d’assainir le système monétaire international ».

La totale docilité des européens et plus généralement des pays de l’Alliance Atlantique vis-à-vis des Etats-Unis est une tragédie. Elle dure encore. Il est vrai qu’aucune belle carrière internationale ne serait possible sans être totalement soumis. Pour un fonctionnaire, habitué à servir le souverain, la soumission est en quelque sorte institutionnelle.  Le souverain décide, le fonctionnaire exécute. Lorsque, de plus, le souverain n’a plus de souveraineté, il s’exécute d’autant plus vite.

La mansuétude que l’on peut accorder au sherpa des accords de la Jamaïque n’est pas de mise quand on s’attache à l’action du directeur général du FMI qu’il fut peu après.

Le directeur du FMI est indépendant, extrêmement bien payé, et a le pouvoir de parler et d’agir. Bien sûr, il n’est que directeur et le conseil d‘administration est là. Mais tout de même. Le FMI a un rôle statutaire dans l’avertissement des grands de ce monde sur les dysfonctionnements économiques et monétaires. Le système des changes flottants ne marche pas, n’a jamais marché et ne marchera jamais. Il appartenait au FMI de surveiller les mouvements croisés liés aux déficits et aux excédents immenses, d’étudier leurs conséquences, et de prévenir le monde. Personne ne pouvait empêcher le directeur général de mobiliser ses économistes (les plus chers payés du monde) pour voir, comprendre, faire savoir et alerter. Rien de tout cela ne fut tenté. Jacques de Larosière indique qu’il écrivit à titre personnel quelques avertissements sur les conséquences néfastes de la montée de l’endettement.  On croit rêver. Lorsqu’on dirige une institution multilatérale extrêmement bien dotée et chargée d’alerter sur les risques économiques et monétaires mondiaux, on ne se contente pas d’écrire des « pamphlets » qui « n’eurent aucune influence ». Il est vrai que le bon Yeo invita notre auteur à pêcher en famille le « blue fish » à Cape Cod. Ce n’est pas parce qu’on est pêcheur qu’on n’est pas pécheur. Jacques Rueff avait tout dit sur le péché monétaire de l’Occident.

Il se trouve que Larosière est encore dans le coup d’un autre gros dysfonctionnement structurel : la création d’une zone euro sans organe de direction. Il signe le rapport Delors et s’en dédouane en précisant : « On a parfois reproché à ce rapport d’avoir esquivé la question de l’indispensable coordination économique entre membres de l’Union. En fait le document soulignait bien l’importance de cette coordination. Mais le comité avait été chargé de faire des recommandations sur les aspects monétaires de l’union et non sur son organisation économique ». Là aussi l’auteur explique en détail pourquoi la solution est très mauvaise et n’hésite pas à souligner tout le mal d’une solution qu’il a signée. Il s’en dédouane un peu facilement. Comme dans la négociation avec Yéo, on se contente de vague réserves dont on sait qu’elles ne sont là que pour faire beau car elles sont virtuelles. C’est bien d’écrire en 2016 qu’une zone monétaire unique impose une gestion macro économique différenciée et une coordination. Mais un peu tard !

Nous passerons sur le reste des missions qui ont été confiées à notre auteur, notamment à la Berd, où il nettoiera les écuries laissées un peu sales par J. Attali, à la Banque de France où il sera sévèrement accroché par la Justice dans l’affaire du Crédit Lyonnais comme responsable de la Commission bancaire et qui finira sa carrière en soutien de Michel Pébereau et de la banque universelle.

Pour nous l’importance de Jacques de Larosière ne tient pas à son action passée, mais à sa dénonciation hic et nunc des trois dysfonctionnements qui font l’objet de nos travaux et combats publics  depuis vingt ans :

-          Oui, la crise actuelle est due aux cinquante années de désordre monétaire provoqué par l’abandon des disciplines de bretton Woods. Il est bien qu’un des grands acteurs de l’action publique nationale et internationale le dise enfin haut et fort.

-          Oui un système de monnaie unique sans coordinateur est une absurdité dangereuse.

-          Oui un pays comme la France qui refuse toute réforme structurelle et s’enfonce dans l’hyper fiscalité et  le socialisme anti économique est mal parti.

On nous dit parfois que nous sommes seuls à nous battre sur des positions qui seraient étonnantes, hétérodoxes, marginales et peut être même saugrenues.

Si le récit historique contenu dans les micro-mémoires de Jacques de Larosière  est consternant, son diagnostic lui est pleinement valable et mérite d’être amplifié.

Les idées que nous défendons ne sont pas marginales. Elles forment le cœur d’un consensus qu’il est facile de constater dans les discussions privées et pratiquement impossible de faire admettre à des dirigeants lorsqu’ils sont aux affaires.

La vérité est qu’il n’y a pas d’alternative.

Oui il faut mettre fin au flottement des monnaies et à l’absence de système coopératif dans le domaine de la monnaie et de la finance internationale.

Oui il faut un Chancelier de la zone Euro, appuyé sur un dispositif démocratique fort et coordonnant tous les aspects de la vie économique et sociale conditionnant la valeur de la monnaie (et non un gouvernement économique de la zone euro).

Oui, il faut réformer de fond en comble le système économique et social français avant qu’il ne s’effondre définitivement.

Grâce soit rendue à Jacques de Larosière de souligner la pertinence de ces trois thèses.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile.

Le système de change actuel ruine la société...

Le système de change actuel ruine la société

Jacques de Larosière, qui fut directeur du FMI, gouverneur de la Banque de France et président de la BERD, dénonce, dans «50 ans de crises financières», le manque de leadership et de discipline qui règne dans le «non-système» actuel

Jacques de Larosière a rassemblé, dans «50 ans de crises financières» (Odile Jacob, 272 p, 2016), ses notes «prises au jour le jour pendant les périodes de crises les plus aiguës». Cet homme d’influence a vécu de l’intérieur la fin du système de Bretton Woods en 1971. Il a rapidement compris que «les Etats-Unis n’accepteraient plus de se voir imposer les disciplines inhérentes à un système de changes stables». A l’époque, «on a sous-estimé la portée de l’effondrement du système de Bretton Woods», écrit-il. Les événements de 1971 sont en effet à l’origine de nombre des déséquilibres structurels actuels. Le flottement des monnaies a eu «des conséquences délétères sur nos économies et, plus généralement, sur nos sociétés», observe-t-il. Il a par exemple «encouragé le laxisme budgétaire et monétaire dont les effets cumulés nous écrasent aujourd’hui», avoue cet homme d’exception que les politiques monétaires d’assouplissement quantitatif plongent dans «un abîme d’interrogations et de doutes».

Le père de Jacques de Larosière était officier de marine, sa mère au bénéfice d’une licence d’enseignement en anglais. Durant la deuxième guerre, celle-ci lisait le Journal de Genève, lequel répandait «une bouffée de liberté», selon l’auteur. «La famille n’avait pas de fortune mais elle avait des valeurs», précise cet homme à la formation heurtée. Il se déplaça en effet de Rome à Bordeaux, en passant par Istanbul et Paris pour aboutir à l’ENA.

Rencontres avec Thatcher et Deng Xiaoping

Sa carrière, qui débuta en 1957 à l’Inspection des finances, lui a permis d’être au coeur des crises financières. Il fut directeur du Trésor (1974-78), directeur général du FMI durant neuf années (1978-87), puis gouverneur de la Banque de France (1987-93), président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (93-98), et conseiller (BNP-Paribas).

Il nous offre un livre de mémoire qui respire la sincérité et le bon sens. S’y côtoient des anecdotes sur des personnalités célèbres et sur la vie des grandes institutions ainsi que des réflexions sur la finance internationale. Il rencontra Deng Xiaoping en 1981 qui lui demanda son avis sur la manière de sortir son pays de son «retard économique». Il admira le courage et la volonté de Margaret Thatcher. Au 10 Downing Street, face à des dirigeants des organisations internationales rattachées à l’ONU, elle s’enquit de l’objet de la réunion. Quand Kurt Waldheim, le secrétaire général, «répondit que c’était pour se coordonner, elle explosa: «Vous devriez avoir honte! C’est travailler que vous devriez faire, pas vous coordonner!»

La dénonciation de la fuite dans la dette

Jacques de Larosière se révèle très critique à l’égard de l’union monétaire européenne, dénonçant un manque d’union politique ou de véritable coordination économique. Il regrette qu’elle ait ouvert la voie à de profondes divergences entre l’Allemagne et la France. Pour lui, «l’union monétaire n’est pas un free lunch et nécessite des règles budgétaires et structurelles communément partagées et communément mises en oeuvre». A son avis, «l’Union économique reste dans les limbes». On se concentre excessivement sur la politique monétaire: «La création monétaire illimitée n’est tout au plus qu’un palliatif lui-même source de dangers», explique-t-il. Quant à la gestion de la crise grecque, elle est «particulièrement discutable». En 2009-2010, il était évident qu’un programme de redressement devait comporter une restructuration en profondeur de la dette, écrit-il.

L’ancien directeur général du FMI, admirateur de Pierre Mendès France, «le seul homme politique capable de clairvoyance et de courage», dénonce le «non-système» actuel et la fuite dans l’endettement. Le monde financier a favorisé l’irresponsabilité budgétaire. «Jamais les gouvernements n’ont posé aux représentations nationales les vrais choix de société qu’implique, pour les générations futures, la pratique de l’endettement indéfini», selon l’expert qui a travaillé avec Paul Volcker et Raymond Barre.

«C’est la liberté de choix en matière budgétaire qui a été à l’origine de nos démocraties. Mais si on ne laisse aux générations futures que le choix entre payer une dette trop lourde ou la renier, cette liberté de choix est singulièrement réduite!», écrit l’auteur.

Jacques de Larosière regrette aussi que la réglementation mise en œuvre après la crise financière, sous la pression américaine, «ait affaibli le modèle de banque universelle du continent européen». Il l’interprète comme «un témoignage supplémentaire de la faiblesse du leadership européen dans les négociations internationales». Difficile de lui donner tort.


Extrait du "Temps" article de

 
 

J. Peyrelevade : un éclair déchire le ciel bleu de l’Enarchie

Jean Peyrelevade publie « Journal d’un sauvetage » (Albin Michel - 6 mars 2016). Le livre fait l’effet d’une explosion d’Exocet sous la ligne de flottaison des « élites politico administratives », en un mot de l’Enarchie. Revenir, après un quart de siècle, sur les circonstances d’un sauvetage de banque finalement raté, était-il, en soi, indispensable ? Sans doute. L’occasion est rarissime de suivre de façon aussi précise et détaillée le fonctionnement de l’Etat Moloch alors que l’un de ses plus illustres serviteurs a conduit à la faillite un des fleurons de l’histoire mondiale de la banque (Le Crédit Lyonnais était avant la guerre de 14 le premier établissement bancaire mondial, mais oui !).

Il ne faut pas bouder son plaisir. Le livre se lit d’une traite. L’auteur a le talent d’écrire nettement et sans fatiguer le lecteur.  Il a sollicité et affiné  sa plume pour peindre des tableaux au vitriol de certains protagonistes de l’affaire. Règlement de comptes ? Un peu, heureusement, tant les excès ont été effarants.  Le déroulé implacable des évènements met en lumière les énormes dysfonctionnements d’un système où les mêmes hommes tiennent le politique, le législatif, l’administratif, la banque et indirectement, les médias.

Depuis 20 ans nous poursuivons le même combat contre ce que nous appelons l’Enarchie Compassionnelle. Nous essayons de donner mille exemples des effets malsains de ce système consanguin et anti démocratique, mais surtout source d’un gaspillage indécent. Le récit de Peyrelevade est, de ce point de vue, d’une limpidité telle qu’on n’imagine pas qu’il puisse rester une seule personne adepte d’un tel système après avoir fini la lecture.

La société des hauts fonctionnaires est un système féodal où il est impossible de mettre en cause qui que ce soit, et où aucune des institutions mises en place pour exercer des contrôles  ne fonctionne.  Les pires erreurs ne sont jamais sanctionnées. Inlassablement, les grandes affaires sous contrôle de l’Etat périclitent et jamais la moindre leçon n’en est tirée.

Il n’y a donc aucune raison pour que de nouveaux désastres ne viennent pas s’ajouter aux précédents. La faillite de Dexia est en effet pire que celle du Crazy Lyonnais. Les pertes abyssales d’Areva, les difficultés de l’ex EDF,  les pertes massives et  récurrentes de la SNCF, les villes mal gérées comme Paris ou Montpellier, les mille et uns abus commis sans vergogne avec l’argent public ont tous la même cause.

Un système où les hauts fonctionnaires cumulent tous les pouvoirs et où les sanctions ne viennent jamais ne peut pas se porter bien.  La complicité avec les syndicats s’installent aussitôt, au nom de la paix sociale et les coûts s’envolent après qu’on ait tout lâché en matière de congés payés, de recrutements, de temps de travail, d’avantages exorbitants, d’indiscipline non sanctionnée.  On place les proches et les copains. On multiplie les postes de hauts dirigeants bien rémunérés pour des tâches pas toujours très claires.  Les auditeurs ne peuvent rien dire : c’est la politique de l’Etat ! Les carrières n’ont plus de rapport avec l’efficacité dans l’accomplissement des missions. D’ailleurs il n’y a plus de réelles missions. On est. On ne fait pas.

Le récit de Peyrelevade est implacable. On ne peut pas réformer un tel système. Il faut le supprimer. C’est la raison pour laquelle nous nous époumonons à réclamer la séparation du politique et de l’administratif, de la banque et de l’Etat, de la presse et de la banque.

Jean Peyrelevade voulait prendre la tête d’un Crédit  Lyonnais privatisé après séparation des actifs douteux liés au passé. Le système français est tellement bridé, que lorsqu’on privatise, la capture du patrimoine national se fait entre oligarques indéboulonnables qui tiennent entre leurs mains pratiquement à vie tous les grands projets nationaux pour des lustres, et la presse quotidienne en prime. Pensons à Michel Pébereau à la BNP, qui est l’exemple parfait de la chose et des actes associés (comme le vidage du directeur du Monde, après un article documentée sur la « pieuvre Pébereau »). On peut malheureusement imaginer que si l’auteur du livre avait réussi à être son pendant au Crédit Lyonnais, il en serait encore le président et le livre n’aurait pas été publié.

Si Peyrelevade passe au rayon X (il a fait Polytechnique) l’establishment de l’Inspection des Finances, n’est-ce pas en partie parce qu’on lui a barré l’accès au Naos du Grand Temple ?   

D’autres faiblesses structurelles du raisonnement des élites financières, administratives et politiques sont révélées par ce livre, sans que l’auteur ne s’en rende compte.  Jean Peyrelevade ne connait pas la notion de cycles économiques et n’a pas analysé le type d’économie qui s’écroule en 93 en France.  Le système bancaire français à cette date est touché dans son ensemble par l’explosion de la bulle immobilière notamment dans les bureaux. Des dizaines de milliards ont été investis hors de toute raison  dans une bulle terrifiante. Partout dans le monde. Les pertes du Crédit Lyonnais ne sont pas seulement liées à la folie des grandeurs de Jean-Yves Haberer.  Son successeur,  une fois aux manettes,  sera confronté, sans qu’il l’anticipe, à une absence prolongée de résultats du fait de la crise du système global. Il se trompera dès le départ sur l’ampleur des pertes du passé et constamment sur celles de la gestion courante.

On touche là la grande faiblesse de nos responsables : ils n’ont pas compris les énormes dysfonctionnements de l’économie globale, basée sur les changes flottants et le recyclage d’énormes excédents. Peyrelevade comme les autres. Nous l’avions déjà constaté au moment où il souhaitait dialoguer sur le net, une expérience qu’il abandonnera presqu’aussitôt. Le livre, indirectement, nous le démontre à nouveau.

L’inconvénient de cette incompréhension est une concentration excessive sur les hommes et le schéma franco français. Le Lyonnais a sauté comme Lehman Brothers et comme bien d’autres, faute d’avoir compris qu’elles chevauchaient une baudruche explosive. L’inconscience les a tuées.

On voudrait être sûr que l’inconscience des causes globales de la crise puisse venir un jour au premier plan des réflexions des grands auteurs. Jean Peyrelevade a manqué le coche mais  a fait œuvre magistrale pour rendre manifeste l’incroyable perversité du système français de confiscation du pouvoir administratif, politique, bancaire et médiatique par une clique minuscule et ses conséquences dramatiques en terme de perte de démocratie et de gaspillage d’argent public. Grâce soit rendue à ce livre pour cette seule raison. On n’avait jamais été plus loin dans la démonstration.

Et que les Français comprennent enfin qu’il ne faut pas élire un Enarque à la présidence du pays. Adieu Hollande ! Adieu Juppé ! Sinon le système dysfonctionnel et inefficace dénoncé si précisément dans le livre perdurera indéfiniment.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

France 1974-2015 : les leçons d'un désastre.

France 1974-2015 : les leçons d'un désastre.

Nous reprenons ici les intéressants calculs de DVD sur la période 1974-2015 qui devraient être affichés au fronton de toutes les mairies de France.

« « Évolution de la population française de 74 à aujourd'hui : Population totale : +12 millions ; Population active : +10 millions.

- Emploi total : +4.4 millions, dont

- Emplois agricoles : -1.4 millions

- Emplois marchands non agricoles : +2.6 millions, dont +2.3 millions de CDD, intérimaires et stagiaires

- Emplois non marchands : +3.2 millions, dont +0.9 millions de CDD, intérimaires et stagiaires

Chômeurs (toutes catégories) : +5.3 millions

Dépenses des administrations publiques en % de la valeur ajoutée du secteur marchand : de 59 % en 1974 à 93 % en 2015

Dette publique en % de la valeur ajoutée du secteur marchand : de 29 % en 1974 à 158 % en 2015

Un "étrange désastre", en effet, qui a consisté à fabriquer constamment pendant 40 ans des emplois publics (+2,1 m), des travailleurs précaires (+3,2 m) et des chômeurs (+5,3 m)"".

En quarante ans, la France a réussi à mettre au chômage ou dans la fonction publique l’essentiel de sa nouvelle population. Un échec économique impressionnant. En 1997 nous écrivions :

« Le gonflement absurde des effectifs publics s’est accompagné en France du délabrement de plus en plus complet des services publics. La justice est à genoux. L’Éducation nationale est en pleine déroute. Nos services diplomatiques extérieurs, notamment culturels, s’écroulent. Le secteur médical se clochardise et devient de plus en plus malthusien. La police n’arrive plus à faire face. Nos armées s’ajustent aux baisses de budget continuelles et ne fonctionnent qu’avec des bouts de ficelles ».

C’était juste avant le plein effet des 35 heures qui a tout aggravé et avant la récession de 2001. Lorsqu’on faisait ce constat, le forum du journal Le Monde s’animait de centaines de réponses injurieuses. Aujourd’hui, qui ose nier que nos services publics sont dans une extrême difficulté ? Nous avons simultanément encalminé notre secteur marchand et abîmé nos services publics, jusqu’au point où le revenu par tête baisse continuellement et que le bateau national tangue dangereusement.

L’explosion de l’économie baudruche internationale, en 2007-2008, a laminé un pays qui était préalablement en grave difficulté. Le désir de la nomenklatura publique française et européenne de sortir des conséquences de cette crise par la fuite en avant monétaire et surtout par l’impôt, alors que la France connaissait une fiscalité hors norme et hyperconcentrée, a fini le travail. La France est exsangue. Les « riches » sont partis. Le pays a explosé en groupes querelleurs. La déprime nationale est à son comble.

Évidemment, on peut toujours affirmer que ces propos sentent à plein nez le « déclinisme nauséabond », que la France est riche de toutes ses énergies et que la sortie de crise est « round the corner ». D’ailleurs, tout ne va-t-il pas mieux, en dépit des propos « irresponsables » du FMI qui souligne que les banques centrales sont presque au bout de leurs pouvoirs et que rien n’est réellement reparti de façon équilibrée et dynamique ?

Avant même d’en tirer des conséquences électorales pour 2017, la grande question, est : la faute à qui ?

Une première explication est d’en faire la faillite d’une génération, la génération des soixante-huitards.

Une seconde est d’affirmer que l’Enarchie compassionnelle qui s’est mise en place au début des années soixante-dix a consciencieusement ruiné le pays.

Une troisième est de remarquer que ce sont les crises à répétition qui ont fait le maximum de dégâts et que la réaction socialisante qui a suivi chaque récession a aggravé tout ce qui pouvait l’être.

Évidemment, on peut combiner les trois explications.

Parler d’une génération coupable est à la fois tentant et délicat. Cela revient à dire que les Français sont responsables, en tout cas une partie majoritaire d’entre eux. Que mai 1968, son gauchisme invétéré, sa dénonciation perpétuelle de la bourgeoisie, son refus des réalités, son mépris du « beauf » français réduits à la condition de vil collabo, de sale colonialiste, de persécuteur de juifs, d’esclavagiste récurrent, de raciste anti-noir, d’islamophobe, de xénophobe, sa détestation du capitalisme et de la consommation, n’aient pas été un cadre motivant de conquête économique, c’est plus que clair. L’idéologie dominante a été constamment marquée par la dénonciation de l’argent, de la réussite, de la connivence entre riches et pouvoir,… L’apparition du bobo urbain, friqué, fonctionnaire, apparatchik ou communiquant, ne marquait pas vraiment une ambition économique tournée vers l’activité marchande. Beaucoup d’autochtones français se sont tournés là où le système scolaire leur montrait le chemin : vers les emplois publics, laissant le travail artisanal et industriel aux populations immigrées. Pas de formation manuelle ni d’apprentissage pour nos enfants ! Tous des demi-intellectuels dans des postes protégés !

Le symbole de cette génération est sans doute le très brillant Michel Le Bris, pur exemple de la force ascensionnelle de l’ancienne école, qui, au sortir d’HEC se lance un temps dans la Cause du Peuple jusqu’à la case prison, renonce à une carrière d’écrivain et monte une petite affaire familiale sympathique (l’organisation du festival des « étonnants voyageurs ») mais avec une subvention de près d’un million d’euros chaque année. Il en est à faire du chantage à la ville de Saint Malo pour conserver ses subsides et le travail de sa fille. Lui qui dégoisait ad infinitum sur ces salauds d’héritiers, ces fils de bourgeois qui bénéficiaient honteusement des apports familiaux se retrouve en pater familias soucieux de l’avenir de son héritière de fille à la tête du festival en sécurisant par tout moyen les dotations d’argent public ! La révolution mène à tout.

Pour ceux qui ne sont pas dans les fonctions publiques et leurs bordures, combien, comme lui, vivent à cheval sur un cocktail de recettes privées (modestes) et de recettes publiques (massives) ? La régionalisation a été la source principale, avec le développement des organisations non gouvernementales et le culturel subventionné (merci Djack !), de l’emploi gris, semi-public et semi-privé. C’est plus de 2.5 millions d‘emplois qui ont été ainsi créés, entièrement entre les mains des politiques et dépendant des impôts. Sans parler des intermittents du spectacle !

Comment s’étonner que, sur un fond culturel de cette nature, les Français aient disparu de la bagarre pour les nouveaux marchés ? Les grands projets publics ont tous fini par un désastre, du plan calcul, au Concorde, de la téléphonie au nucléaire. Et il n’y a plus d’entreprises françaises dans la plupart des nouvelles technologies. Notre industrie a fondu en quarante ans. Nous étions de toutes les innovations : cinéma, aviation, publicité, pharmacie, grande distribution. En perdant l’électronique, l’informatique, le numérique après la mécanique et la chimie, nous nous sommes coupés du dynamisme des marchés de production.

« Les faits sont fascistes » déclamait un imbécile à l’Odéon en 68. Les Nuits Debout déclarent le « Rêve général », au milieu de violences aussi gratuites que répétées alors qu’on est en régime d’état d’urgence. L’Odéon est à nouveau occupé. Ce n’est pas une parenthèse qui s’ouvre, comme en 68, mais une parenthèse qui se ferme. Le communisme a disparu. Le trotskisme, dont la France était le dernier repaire, disparaît à son tour dans d’ultimes sursauts. Et il ne reste pas grand-chose du socialisme après la chute de l’URSS dans le monde et encore moins en France, après Jospin et Hollande.

Le repliement des « Français de souche » vers la sécurité et la tranquillité, encouragé par le système scolaire et les intellectuels subventionnés, tout en laissant le secteur du travail dur et exposé pour l’essentiel aux immigrés européens ou venus du monde entier, a indiscutablement pesé sociologiquement et politiquement. Le résultat a été un remplacement de population non seulement dans des banlieues au chômage et laissées à la délinquance, mais surtout dans le reliquat du système productif. La France qui travaille dans le privé est de plus en plus « colorée ». Inutile de chercher ailleurs les raisons de la montée d’un Front national nouvelle manière qui est à la recherche de la clientèle des « petits blancs du secteur public et parapublic » et des ouvriers prolétarisés de l’industrie auxquels l'immigration fait concurrence. La tentative, à gauche, de s’annexer l’immigration (voire Terra nova) avait les mêmes motivations sociologiques.

La droite a été prise au dépourvu par cette évolution qu'elle n'a ni vue ni comprise. Elle ne sait plus très bien où est sa clientèle électorale et hésite entre la tentative de reconquérir les électeurs du Front National (Sarkozy, Buisson, Vauquiez) ou celle des bobos (NKM, Juppé, Raffarin).

Dans les grands centres, l’entreprise vit en symbiose avec les immigrés de la seconde et troisième génération et, à l’extérieur, avec des marchés mondialisés. Elle est prise en ciseau entre la droite anti-immigration et la gauche anticapitaliste, avec en prime les contraintes d'un marché unique européen ouvert à tous les vents.

Mai 1968 a conduit à une impasse politique et sociologique totale, avec une économie marchande supposée triomphante mais en fait laissée à un quasi-abandon. Comme le dit un ancien Ministre des Affaires étrangères : « il serait temps de passer par une phase de lucidité ». Aussi horrible que l’idée peut sembler à une partie de la population, le redressement économique de la France passe par la réconciliation des Français issus d’un peuplement ancien avec les Français issus de l’immigration récente, et la réconciliation du système scolaire et culturel avec l’entreprise et le travail professionnel, tout en cantonnant les fonctionnaires au régalien. Ce n’est pas gagné, compte tenu du rejet général d’un islam redevenu revendicateur et violent, et du poids démesuré d’un secteur culturel, scolaire, universitaire, médiatique et politique intellectuellement et socialement aux abois mais soucieux de conserver ses sinécures de plus en plus violemment. La « déradicalisation » à opérer doit être tous azimuts.

C’est justement parce que la majorité des Français ne se reconnaît plus dans ces hystéries, que la rupture générationnelle des mentalités est en train de s’opérer. Mai 1968, c’est bien fini ! La demande de renouvellement des têtes illustre largement sur ce constat. « On ne recommence pas comme avant ; il faut d’autres têtes et d’autres mentalités au pouvoir ».

Évidemment, les tenants de l’ancien mode de pensée dominant ne lâcheront pas le morceau aussi facilement. On le voit avec le questionnaire qui fait la joie actuelle des médias : les Français croient à la lutte des classes ! Marx est de nouveau populaire en France ! Le succès du libre de Picketty sur le capital est un autre symbole de cette renaissance marxiste. Les mêmes sondages montrent que les Français sont heureux dans la même proportion dans leur entreprise. Contradiction ? Carlos Ghosn, le double PDG de Nissan et Renault se verse un double salaire : il est aussitôt qualifié d'« indécent », comme les revenus des joueurs de football et autres triomphateurs de l'économie du spectacle et de la publicité. Le thème de l’inégalité qui monte est commenté inlassablement, avec illustration des caprices des super-riches etc. On attise la haine sociale avec un plaisir évident. La lutte des classes veut dire qu’il va falloir singulariser un ennemi de classe et le réduire à quia. « Les salauds au sens sartrien du terme » vont bientôt être de retour.

En France la seule inégalité qui monte est celle entre les chômeurs et les Français protégés par une rente publique. Les riches sont partis ou ont été appauvris. Le rendement des hautes tranches du revenu est en baisse de plus 40 % depuis 2012. La classe ouvrière, elle, a fondu. La lutte des classes n’est plus entre patrons et salariés. La compétition entre les populations pauvres du monde qui émergent au développement et les producteurs mieux pourvus de l’Occident, elle, est en pleine effervescence.

Considérer que l’avenir de la France qui s’est mise dans un corner économique largement de son fait et des mentalités devenues dominantes, est de stimuler l’affrontement entre ce qui reste d’entrepreneurs et de salariés, est le genre de folie collective qui fait douter de l’avenir du pays.

On ne saurait minimiser l’impact de la psychologue collective et des évolutions sociologiques sur l'état du pays. Il nous semble cependant que d’autres facteurs ont joué de façon plus directe.

L’explication par la « défaillance des élites » est celle qui tient le haut du pavé médiatique. Elle évite de se poser les questions que nous venons de rappeler. Se défouler sur un bouc émissaire est agréable, surtout quand on ne définit jamais « les élites » ni la nature de leur trahison, ce qui est bien pratique.

L’Enarchie Compassionnelle, comme nous préférons appeler la classe dirigeante française, s’est mise en place en France à partir de 1974 avec l’arrivée de Giscard et de Chirac aux commandes. Elle ne l’a plus jamais quittée depuis, en dépit de l’élection de F. Mitterrand en 1981 et de N. Sarkozy en 2007. Elle règne par la fusion entre le domaine de l’administration et celui de la politique. Les fonctionnaires ont conquis la sphère démocratique et votent les lois qui les concernent. Les hauts fonctionnaires ont un pouvoir total parce qu’il n’est plus contraint par les dirigeants politiques censés représenter l'ensemble du pays : ce sont globalement les mêmes. Le haut fonctionnaire en France se croit dirigeant politique de droit divin, parce qu’il n’est pas vulgairement intéressé comme les vils mercantis. Il se croit chargé "d’arbitrer la société ". Il en est résulté un interventionnisme pointilleux dans toutes les relations civiles, avec volonté d’empêcher le fort et de valoriser le faible tout en arrosant les conflits de subventions et de réglementations tatillonnes. Pour cela, il fallait des impôts encore des impôts et toujours des impôts. Après quarante de ce régime la France étouffe sous les réglementations et les Français sont étranglés par une fiscalité invasive, généralisée, complexe et spoliatrice. Préférence pour le chômage, soumission aux syndicats, accompagnement de tous les « politiquement corrects » voilà quel est l’oxygène de la haute fonction publique depuis le club Jean Moulin.

La soumission aux Etats-Unis et à l’Union européenne est une obligation intégrée par la haute fonction publique, quelles que soient les conséquences. De nombreux postes bien rémunérés et défiscalisés sont à la clef. Se heurter à la toute-puissance américaine et ne pas crier Europe, Europe, Europe comme un cabri ne peuvent que ruiner les plus belles espérances. Fuir les grandes responsabilités et les concéder à l'étranger est la garantie de ne pas être pris dans un détestable maelström. Il y a une fainéantise et une fuite devant les responsabilités proverbiales au sein de la haute fonction publique, qui se sent des droits mais aucuns devoirs.

La politique ayant permis de drainer beaucoup d’argent, surtout depuis la régionalisation, cumuler politique et carrière administrative est à la fois rémunérateur, valorisant et sans aucun risque. Comme la haute fonction publique coiffe les grandes entreprises et la banque, elle tient aussi les médias. La majorité des médias chantent donc en permanence la gloire de notre fonction publique "que le monde nous envie" et masque allègrement le déchet productif et social que cette domination sociale implique.

Devant le désastre devenu patent de nos résultats économiques, le climat change. Pas un jour sans la dénonciation des élites administratives et politiques françaises. On la retrouve aussi bien dans le livre sur le redressement du Crédit Lyonnais, le dernier exemplaire de Marianne, moult articles dans Le Monde et le Figaro. Les Français croient toujours que les Hauts fonctionnaires sont les mieux formés aux affaires publiques et tout candidat « de la société civile » (traduisez : non-fonctionnaire), part avec un immense handicap. Les élections présidentielles de 1917 sont bien parties pour voir s’affronter le FN de Marine Le Pen sous influence de l’énarque Philippot, les Républicains représentés par l’énarque Juppé, le symbole même de l’espèce, et le PS toujours avec l’énarque Hollande à sa tête.

Le bavardage anti-élite est juste un défoulement. Bien que la séparation de la haute fonction publique et de la politique soit absolument indispensable, pour restaurer une nation souveraine, une société prospère et des individus plus libres et plus autonomes, ce changement radical est encore largement illusoire. Le verrou et solide.

Il n’en reste pas moins que la responsabilité de l’énarchie compassionnelle dans l’état de la France est majeure. Les remèdes sont faciles : deux articles dans la Constitution.

- N nul ne peut être élu dans une assemblée qui décide de ses conditions d’emploi ;

- Nul ne peut recevoir deux rémunérations de l’Etat.

Vous réservez un statut aux seuls fonctionnaires de catégorie A et vous fusionnez la pléthore des sous statuts actuels pour permettre la plus grande fluidité dans les carrières. Les reins de l’Enarchie compassionnelle seront brisés en un instant. Et cela ne sera que justice.

Reste une dernière cause : les crises à répétition et de plus en plus grave, avec baisse tendancielle de la croissance et montée d’un endettement global catastrophique. Pour nous, c’est le vecteur majeur de la déréliction française. Les crises ont poussé les Français à rechercher en masse la sécurité du secteur public, et la garantie de l’argent public, quitte à sacrifier les faibles (immigrés, jeunes, vieux et femmes). On a abouti au taux d’emploi quasiment le plus faible du monde développé. Un rapport récent illustre bien cet aspect délirant de la situation française que nous dénonçons continûment depuis près de 30 ans maintenant. Il aura fallu attendre ce temps et un organisme international, pour que le fait surgisse enfin dans le débat (et disparaisse en 15 minutes). Rappelons qu’il manque 5 à 10 millions d’emplois dans le secteur marchand français : un handicap intolérable !

Après chaque crise la pression fiscale a monté, sans jamais vraiment baisser pendant les phases de haute conjoncture. Le phénomène n’a pas empêché le développement d’une dette publique insoutenable et d’une dette privée irrécupérable.

Surtout la gravité croissante des crises a permis aux socialistes d'exploiter les mécontentements et de prendre le pouvoir. Ils ont tout aggravé à chaque fois. Le Programme Commun de Gouvernement socialo communiste, une singularité qui fait encore rire dans les cours d'économie politique partout dans le monde sauf en France, a bloqué définitivement le rattrapage en cours à ce moment-là du niveau de vie américain par les Français. Les folies Rocard ont ruiné l'économie et l’Etat. Celles de Jospin ont tué la compétitivité française. Les folies fiscales de début de mandat de Hollande ont aggravé la situation jusqu'à la limite de l'irréversibilité. La France a besoin de sortir définitivement du socialisme, mais elle ne pourra le faire que si le capitalisme international est profondément réformé pour éviter les crises à répétition qui l’aident à venir au pouvoir bien que le socialisme soit fondamentalement minoritaire.

Abandon de la mentalité soixante-huitarde, séparation du politique et de la haute administration, réforme du système monétaire international et de la gouvernance de la zone Euro, sont les conditions pour que les quarante ans qui viennent soient l’occasion d’un réel redressement. Toucher les mentalités, les structures et la gouvernance est un effort surhumain. La probabilité est plutôt que la France continue sa sortie de l’histoire, dans le dolorisme amer et les faux-semblants. Ou sombre carrément dans le chaos.

L’exemple des pays arabes, du Venezuela, de la Grèce, du Zimbabwe, de l'Espagne, montre qu’un peuple qui lâche prise tombe extrêmement bas. En cas d’effondrement, la situation devient paradoxale : ceux qui auront tenté de se protéger dans le giron de l’argent public seront les victimes les plus touchées. Quand il n’y a plus d’argent, il n’y a plus de secteur public. C’est toute la cohorte des cultureux subventionnés, des fonctionnaires, des employés des associations qui trinqueront les premiers. Et le plus gravement. Et avec toute leur parentèle.

Le fond du défi français est d’arriver à convaincre ces groupes qu’ils sont tellement menacés qu’ils ont intérêt à changer de cap, même s’il leur en coûte un doigt. La stratégie de Hollande-Macron est de les convaincre que les concessions au privé permettront de les sauver et que, sans elle, ils sauteront. Mais que le PS est leur ami et que nul ne veillera plus à leur avenir. Une fusion avec Juppé et NKM les réjouirait. On « changerait pour que rien ne change ». La « recomposition » politique en France est une idée qui séduit la base sociologique qui a cherché le salut sous l’égide de l’argent public.

Les nécessités exigeraient plutôt que les Français admettent que le socialisme est minoritaire en France (moins de 20 % des suffrages, toutes tendances confondues) et qu’il convient de s’en débarrasser définitivement, tout en visant à court terme de faire aussi bien que les meilleurs et à moyen terme d’obtenir les réformes nécessaires en Europe et dans la sphère économique internationale. Cela suppose que le FN ne l’emporte pas sur la droite ou qu’il mette beaucoup d’eau dans son vin raciste pour permettre une convergence de son poids politique avec celui de la droite dite classique. Un certain chemin a été fait sur cette voie. Mais on est loin du compte.

L’idée d’un redressement possible grâce à une vraie politique de rupture, menée par la seule droite dite " de gouvernement", est actuellement incarnée par François Fillon. Certains pensent qu’il lui manque et le gabarit caractériel et les gros bataillons. C’est surtout l’ampleur de son message qu’il lui faut corriger. Il ne peut pas se contenter d’un diagnostic national étriqué. Il faut qu’il porte une vision plus forte aussi bien des causes de l’effondrement français dans les quarante dernières années que des dimensions internationales des réformes à faire.

En tout cas, il est clair que le vrai thème des élections à venir sera celui de l’avenir de la France : que voulons-nous être dans 40 ans ? Sachant que pendant les quarante ans passés nous nous sommes effondrés. La prolongation des tendances du passé nous conduit effectivement à un suicide national caractérisé.

Il ne faut surtout pas revivre les élections de 2012 qui ont été aux limites de la médiocrité et de l’inconscience, avec des pointes d’abjection démagogique parfaitement hideuses. Une partie des forces politiques se battront pour que rien ne bouge : ce sera l’option Juppé Bayrou NKM Valls et Macron, pour simplifier, axé sur la défense du secteur protégé public et parapublic. Une autre, autour de Fillon ou de Lemaire, marquerait qu’on saute dans une nouvelle pratique, appuyée sur une meilleure compréhension sociologique et avec un cap économique solide à l’intérieur et réformateur à l’extérieur.

Il est rare qu’une élection soit réellement décisive. Vu l’échec monstrueux des quarante dernières années, il faudrait que celles de 2017 le soient et dans un sens qui  permette au pays de sortir des rails suicidaires qui le mènentt à l’abîme depuis quarante ans.

Crise : un meilleur diagnostic officiel ? Enfin ?

L’essentiel de notre analyse, telle que nous l’avons développée depuis 1997 sur le forum du Monde puis sur ce blog et enfin dans notre livre « l’Etrange Désastre »  est basée sur l’inversion de la courbe de l’endettement global depuis 1971-72.  Cette courbe en U est pour nous le phénomène  le plus important de l’histoire économique contemporaine, celui dont l’explication conditionne fondamentalement la solidité des réponses aux questions devenues dramatiques que pose l’avenir économique du monde.

Ce phénomène a été aussi massif qu’il est passé, de longues décennies, totalement inaperçu. Nous considérons qu’il est l’élément fondamental de ce qu’on appelle « la crise » que nous définissons comme la conjonction de trois faits reliés entre eux :

-          La poussée d’un endettement délirant de moins en moins accordé avec la production

-          La baisse tendancielle de la croissance

-          L’aggravation des crises périodiques notamment dans leur épisode dur.  

C’est parce que le taux d’endettement global par rapport au PIB a atteint, courant 2007, 400% en moyenne,  niveau de la fin de la guerre de 40,  que le système financier global s’est effondré, avec d’abord un blocage du marché interbancaire en été 2007, puis une suite de faillites bancaires culminant avec  l’effondrement de Lehman Brothers en septembre 2008.

Sans explication réellement scientifique de « la crise », impossible d’en sortir autrement que par des expédients à court terme. Notre livre l’Etrange Désastre avait comme unique objet cette explication de fond, en évacuant les simplismes du genre « c’est la faute aux subprimes » ou « c’est la faute au pétrole ».

Nous avons conclu que la cause majeure du retournement de la courbe de la dette globale était le renoncement aux  disciplines de Bretton Woods  et l’acceptation d’énormes déficits et d’énormes excédents dont le recyclage faisait automatiquement monter l’endettement global jusqu’au point où une baudruche financière, sans rapport avec la production, gonflait inlassablement jusqu’à l’éclatement inévitable.

Le doute n’étant pas permis sur les causes, restait à comprendre pourquoi le diagnostic n’était pas fait, en tout cas officiellement,  et aucune réforme entreprise portant sur les mécanismes précis de la crise.

L’explication que nous avons avancée était la suivante : l’occultation du débat n’était pas liée à un quelconque conflit d’idéologies économiques, l’affrontement théorique entre keynésiens et néolibéraux étant largement artificiel et sans intérêt.  Les postures ne sont pas des analyses. Aucune personne sérieuse ne peut conjecturer que la Théorie générale soit un ouvrage scientifique parfait ni que la tentative d’expliquer le tout par la partie, le macroéconomique par le microéconomique,  ait abouti à quoi que ce soit de sérieux. Quant à Milton Friedmann, que nous aimons beaucoup par ailleurs, il suffit d’observer la réalité pour constater que toutes ses prédictions sur les changes flottants se sont révélées fausses.  Les changes flottants, c’est comme le socialisme : cela n’a jamais marché, cela ne marche pas et cela ne marchera jamais.

Si on écarte les postures et les faux débats, il ne reste qu’une vérité désagréable mais  « incontournable » comme on dit aujourd’hui : les Etats-Unis ont imposé un système désastreux et non coopératif parce qu’ils ont considéré qu’il était à leur avantage et permettait mieux d’atteindre leurs objectifs de puissance.

La crise a une origine politique ou géopolitique, comme on voudra. Elle est désagréable et dangereuse à dénoncer. Déplaisante parce que l’anti américanisme primaire existe et que personne de sérieux ne souhaite s’inscrire dans ce délire.  Dangereuse parce que l’énoncé public et officiel d’une telle dénonciation peut vous valoir de possibles ennuis de carrière et d’accès aux médias.   De toute façon, l’opinion publique ne veut rien entendre des questions monétaires compliquées.  L’étalon or est une option ringardisée.  « Alors quoi ? Qu’on nous fiche la paix ».

La vraie responsabilité intellectuelle se situe au FMI et à l’OCDE. Mais ces deux institutions sont sous influence. Aucune des deux ne peut dire ouvertement : « Messieurs les Américains,  le système non coopératif que vous avez imposé est une horreur qu’il faut abandonner et d’abord dans votre propre intérêt car vous voyez bien que, vous aussi, vous vous remettez très difficilement de la crise. Votre propre société est de plus en plus rétive aux conséquences comme le montre la campagne présidentielle actuelle. Vous n’avez plus de réel horizon et votre poids international baisse».

L’OCDE a refusé net d’expliquer la crise. Le choix a été d’illustrer des symptômes sans jamais en chercher des causes.  Les évènements surviennent  on ne sait pas trop pourquoi. Les agents commencent à avoir des comportements dangereux, sans qu’on décrive le moteur de ces déviances.  La mise en cause du système monétaire y est strictement impossible et vaudrait au malheureux aventurier qui passerait outre un parcours peu appétissant.

Le FMI est exactement dans la même situation. On aurait pu penser que DSK avait le poids pour peser dans le débat. Il avait visiblement d’autres chats à fouetter.  Ensuite, le choix à la tête du FMI d’une femme parlant anglais, mais sans connaissance économique, semblait garantir une certaine docilité.

Bref on en est réduit depuis 2007 à guetter les étincelles et les lueurs d’analyse qui marqueraient un début de prise de conscience et de prise de parole, sur les causes réelles de la crise et son mécanisme.

Sœur Anne ne vois-tu pas venir au loin une certaine convergence avec nos analyses ?

Et bien si !

Le dernier rapport du FMI alerte sur les perspectives mauvaises de l’économie à court et moyen terme et présente la fameuse courbe en U de l’endettement avec sa montée catastrophique vers des sommets intenables qui rendent une  reprise forte quasiment impossible dans la durée. Le graphique aurait pu être en première page de l’Etrange Désastre.

La dette passe enfin en tête des préoccupations du FMI (après que des auteurs américains s’en soient préalablement inquiétés, comme nous l’avons récemment relevé. Il fallait cela !). Avec deux faiblesses insignes :

-          Le FMI ne parle que de la dette des Etats. Mais la dette privée est quatre fois plus importante. Et la dette publique a largement été gonflée par transfert de dettes privées pour sauver le système bancaire mondial. La dette globale n’est d’ailleurs pas un concept intellectuellement maîtrisée, transcrit dans la statistique à travers le monde ; ce travail, comme nous cessons de le répéter dans ce blog, est le rôle du FMI et il ne joue pas. Du moins pas encore.

-          Le FMI ne cherche pas à analyser le renversement de la courbe au début des années 70.  

L’affichage de la courbe porte en lui-même une pression vers une explication officielle. Nous avons la nôtre. Nous attendons la leur.

Autre signe de convergence, l’apparition dans les commentaires de presse, d’analyses proches de ce que nous rabâchons dans le désert depuis la crise sévère de 92-93.

Eric Zemmour rend compte du livre de Jean-François Gayraud dans la livraison du 14 avril 2016 du Figaro. On y parle de guerres économiques qui « saccagent ». On signale que les désordres ont commencé « avec la décision de Nixon de sortir des accords de Bretton Woods ». On dénonce une fuite de la théorie économique dans la « mathématisation et la complexification ». On critique le « maillage serré de hauts fonctionnaires, politiciens, lobbyistes échangeant information et postes qui, à Washington et à Bruxelles et même à Paris, garantit la prééminence de la banque ». On signale que le masque de cette domination est « la liberté ». Zemmour pointe que « si la finance peut asservir les Etats, c’est parce qu’elle bénéficie du soutien de la force militaire américaine qui terrifie les plus farouches ».  « Notre ennemi serait les Etats-Unis d’Amérique ». On croirait notre texte, presqu’au mot à mot. Bien qu’Odile Jacob ait eu entre ses mains notre manuscrit dès 2014, nous ne crierons certainement pas au plagiat. Bien au contraire, nous sommes heureux de cette convergence et que des idées que nous défendons depuis des lustres commencent à émerger dans l’édition et les commentaires de la presse, même si les raisonnements économiques sous-jacents manquent cruellement dans le cas cité. L’auteur n’est visiblement pas économiste.

Retenons seulement qu’en une seule journée on a vu enfin s’afficher une analyse du FMI montrant la grande bascule de la dette et un commentaire soulignant le caractère politique des causes de cette bascule.

Il ne reste plus aux officiels qu’à approfondir la réflexion et tenter de comprendre comment on peut sortir de ce piège. Et il faut que les institutions françaises, européennes et internationales ad hoc parviennent à nourrir un projet cohérent de sortie de crise basé sur une réflexion sur les causes et non sur des expédients.

Il a fallu huit ans pour que, de-ci de-là, certains officiels mettent prudemment un pied en dehors du cocon des simplismes. Combien en faudra-t-il encore pour sortir des expédients et en venir à une vraie analyse partagée des causes et, immédiatement après, aux réformes nécessaires ?  

Eric le Boucher (Les Echos samedi 16 avril 2016) écrit en commentant un texte de France Stratégie qui a souligné l’effondrement de la croissance : « cet effondrement est sans explication ». « Ou plutôt avec pléthore d’explications contradictoires ».  En vérité les économistes officiels en France ne souhaitent pas aller au-delà de petits constats sans danger ou démagogiques, parce qu’ils se souviennent du traitement innommable réservé à Maurice Allais qui lui, avait été à l’essentiel et annoncé l’explosion du système monétaire et international : « ce qui doit arriver arrive ».  Qu’on ne dise pas que les mécanismes de la crise n’ont pas été analysés. Ils sont clairs depuis 20 ans. En tout cas pour ceux qui ont étudié les causes de la crise mondiale de 92-93. Nous-mêmes n’avons fait qu’amplifier et actualiser cette analyse. Mais, cher Eric, pourquoi ne pas prendre le risque de vous en faire l’écho dans Les Echos ?  Après tout, le journalisme c’est de dire avant les autres ce que tout le monde viendra à constater un peu plus tard…  

Encore un effort !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



Retour sur le chômage structurel en France

La loi El Khomri et les déchaînements qu'elle provoque sont fort instructifs. Nous redonnons ci-dessous l'article de fond sur le pourquoi du chômage structurel de la France, écrit en 2012, juste après l'arrivée de F. Hollande au pouvoir. Il n'y rien à en retirer.

Devant la catastrophe provoquée par sa politique initiale, qui aggravait tout, Hollande a compris qu'il fallait rebrousser chemin. On verra dans les débats actuels beaucoup de références aux idées exprimées dans l'article. Mais il n'a aucune légitimité ni majorité pour mener une politique exactement inverse à celle qu'il avait annoncée.

Nous avions conclu de façon désabusée :

"Nous allons donc consolider le non-emploi en France, sur fond de crise aggravée. Certains croient que la pyramide des âges, marquée par le vieillissement de la population, va nous sauver. Moins de candidats à l'activité, donc plus de chances de trouver du boulot pour ceux qui restent ! C'est exactement l'inverse. Sauvy l'a parfaitement démontré.

Le chômage structurel va donc encore croître et embellir, désagrégeant le tissu social".

Trois ans et demi après, nous y sommes en plein et les syndicats socialistes ainsi que toutes les mouvances "vraiment socialistes"  sont vent debout contre le moignon de réforme proposé par leur chef.

Pour ceux que le chômage structurel intéresse et accessoirement pour les candidats au remplacement de Hollande à la tête de l'Etat, nous nous devons de renvoyer à une lecture complémentaire : celle du livre de Bernard Zimmern "A tout fonctionnaire son chômeur", chez Odilon Media et notamment à sa quatrième partie "La classe dominante" (ISBN 2 84213 027 S). Le livre a été écrit il y a presque 20 ans. Il n'a pas pris une ride. Nous mettons en graphique joint le tableau de l'annexe 8 qui montre la corrélation directe entre effectif de la fonction publique et chômage.

Bernard Zimmern montre qu'un emploi de fonctionnaire de plus créé un chômeur de plus. Ce ratio était un mantra de Raymond Barre dans les années 70. En vérité, avec la crise, et compte tenu du vieillissement de la population française, nous avons déterminé dans notre livre L'étrange désastre, qu'on en était arrivé à un ratio plus près de 2 chômeurs de plus pour une création de poste de fonctionnaires.

La grande question est finalement la suivante : pourquoi les prises de conscience ne sont que si partielles et n'aboutissent finalement à rien ? Nous avons notre réponse "L'Enarchie Compassionnelle", un système oligarchique qui empêche toute réforme et qui dépasse de loin la question socialiste (le socialisme est mort avec la chute de l'URSS et la conversion au capitalisme de la Chine). Bernard Zimmern fait exactement la même analyse avec d'autres mots. Il décrit l'omnipotence d'une nouvelle classe dominante qui appuie son pouvoir sur l'absence de contrôle, le secret et la maîtrise des médias. Il propose de sortir de la bureaucratie oligarchique avec trois séries d'action : réapprendre à la fonction publique à vivre en démocratie, ce qui suppose d'en reprendre le contrôle, et de dégager toute l'activité économique de l'emprise de l'Etat.

Le drame psycho politique socialiste actuel montre qu'il est IMPOSSIBLE de faire conduire une telle politique par des hauts fonctionnaires. Dans la livraison du Point de cette semaine, Franz Olivier Giesbert se livre à une déclaration d'amour totalement débridée à Alain Juppé. S'il avait voulu montrer la dépendance absolue de la presse, même en apparence critique vis-à-vis de l'Enarchie, il n'aurait pas pu faire mieux.

Pour assoir son pouvoir l'Enarchie a besoin de dominer les esprits par la propagande et l'intox. La presse est dans un tel état financier qu'elle ne peut que jouer le jeu. Elle ne survit que par l'argent public. L'esclave lèche constamment la botte du maître. C'est vrai dans la presse écrite, mais plus encore dans les médias radiophoniques et télévisés. Pratiquement toutes les sociétés de presse sont possédées par des milliardaires dépendant directement de l'Etat ou par l'Etat lui-même directement ou indirectement. On peut se moquer de l'Ukraine ou de la Russie.

Il est vrai que les medias ont besoin de l'émotion pour vendre. L'émotion conduit à la l'indignation et appelle l'action de l'Etat. Il suffit d'entendre les sujets serinés dans les radios ce matin même : scandale de non-dénonciation de pédophilie à Lyon, scandale de la retenue d'une enfant envoyée sans droit en France, scandale de la brutalité policière, scandale des armées qui violent en Centrafrique, scandale de la mal Bouffe et de son Héro décédé, scandale des abattoirs, scandales…Avec toujours la même antienne : que fait l'Etat ! Vite plus d'argent, vite plus de réglementations, vite, plus de sanctions

"L'une des grandes fibres qu'aiment à faire jouer les médias : la compassion", écrit Zimmern. Mais oui. C'est pour cela que cette association "classe dominante de fonctionnaire - presse compassionnelle" nous a suggéré le vocable d'Enarchie Compassionnelle. Les journalistes sont presque tous à gauche (et même pour la "vraie gauche") et la presse presque en totalité pour "plus d'Etat", avec glorification permanente de notre glorieux système social français qui est si fragile qu'on ne doit pas y toucher sinon il va s'effondrer.

L'échec de la microtentative de l'énarque Hollande et de ses compagnons de la promotion Voltaire, pour atténuer l'effet d'étouffement de l'économie des mesures qu'eux-mêmes et leurs congénères ont prises et surtout essayer de faire perdurer un système qu'ils dominent, dont ils veulent garder les privilèges insensés et dont ils ont compris qu'il était en train de sombrer, démontre qu'il ne faut pas élire à la tête du pays un nouvel Énarque.

La cote sondagière de Juppé est totalement artificielle. Toute la presse est pour Juppé et matraque qu'il est seul "en position". L'esclave a besoin d'un nouveau maître qui ne mettra pas fin aux subventions et continuera à assurer sa survie. Les instituts de sondage vivent du pouvoir et seulement du pouvoir. Qu'on relise dans le dernier livre du Maître du Puy du Fou, les lignes consacrées à son traitement médiatique et à la manière dont sa cote a évolué dans les sondages. Tout est lumineux dans ces lignes.

Pour l'observateur un peu attentif, il existe un signe de l'aplatissement général de la presse devant l'énarque Juppé, nouvel espoir de l'oligarchie et futur garant des ressources de la presse.

Lorsqu'un journaliste connu s'attaquera aux conditions dans lesquelles Alain Juppé, à l'instar de ses commensaux, a obtenu le niveau de retraite qui est le sien ainsi qu'aux conditions de son revenu et de sa fortune, alors on pourra dire que quelque chose a changé en France.

Qu'on réduise la question à celle-ci : combien de temps Alain Juppé a-t-il travaillé dans son corps administratif. Sa retraite a-t-elle été versée prorata temporis des droits économiques acquis, ou à 100% statutaire ? Combien d'autres retraites cumule-il ? Que seront sa fortune et son revenu à la fin de son mandat présidentiel éventuel ? Est-ce que cette privilégiature est justifiable et doit être conservée ?

Si Juppé est haut dans les sondages ce n'est que parce que les mouches ont changé d'âne et que l'énorme cohorte des fonctionnaires a remis son destin entre ses mains plutôt que dans celle de Hollande et que les médias se chargent de l'avant vente, comme ils se chargeront, un temps de l'après vente. Un temps parce que les conséquences sur le chômage seront telles, faute de mise au pas radicale de l'oligarchie, que l'émotion de la presse sera sollicitée et qu'il faudra promouvoir un autre Juppé.

Et le chômage dans tout cela ? La presse comme l'énarchie compassionnelle s'en moque éperdument.

18 ans après le livre de Zimmern rien n'a changé, sinon une hausse majeure de la précarisation et du chômage qui est au maximum historique. On attend encore 20 ans ?

Ou on casse ce système suicidaire ?

 Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

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Le Chômage structurel en France

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2012/6/2/Le-chmage-structurel-en-France

Il existe en France un chômage structurel important qui a commencé à s'installer à partir de 1968 et qui a atteint aujourd'hui des proportions gigantesques.

Si on regarde le cycle économique de 8-10 ans, on s'aperçoit que désormais, en phase haute, on ne parvient pas à descendre au-dessous de 7 % de chômage (définis en termes officiels). En phase de récession on monte à 10 %. En un mot les taux de croissance les meilleurs ne permettent pas de baisser de plus de trois points le chômage. Les catégories au chômage sont toujours les mêmes : les faibles (jeunes, vieux, immigrés, femmes).

Autre regard sur la même réalité, le nombre de salariés dans l'économie française se situe entre 15 et 16 millions selon les statistiques et les définitions. Pour une population de 65 millions d'habitants nous devrions, aux taux usuels rencontrés dans les pays comparables, en avoir entre 22 et 27 millions. Il nous manque donc structurellement entre 5 et 10 millions d'emplois salariés.

Dernier regard sur la même réalité, on constate qu'il y a en France environ 7 millions de personnes en âge de travailler qui vivent en général dans la pauvreté aux marges du système, le plus souvent aux crochets de l'état.

Cette situation est évidemment dramatique et explique en partie le poids de la dépense publique, de la dette, des déficits extérieurs, etc.

Quelles sont les explications possibles de ce chômage structurel ?

1. La préférence pour le non-travail et le travail public

- La préférence pour le non-travail

Bien que l'habituelle compassion explique que le chômage est toujours subi, il est tout à fait clair que la décision de travailler ou non est largement rationalisée par les ménages concernés. On l'a vu avec l'échec du RSA. Différentes populations préfèrent une vie certes modeste mais sans travail, plutôt que les risques et peines d'une situation où l'on travaille sans gagner plus et en perdant divers avantages. On évoque des ménages étrangers qui viennent pour les allocations diverses : ils gagnent généralement plus à ne rien faire en France qu'à travailler dans leur pays. Mais la majorité des ménages qui font ce calcul sont bien français. Une des catégories les plus importantes est formée par les femmes isolées avec enfants qui s'installent dans une vie presque entièrement subventionnée sans chercher de travail sinon au noir.

À l'autre bout de l'échelle on trouve des ménages qui font le choix temporaire de la non-activité en profitant des allocations reçues. Il est devenu très rentable en France de se faire licencier avec des fortes indemnités, qui jusque récemment n'étaient même pas considérées comme des revenus dont non soumises à impôt. On voit donc des cadres même supérieurs, même surdiplômés, même dans des âges de pleine activité, se mettre en année sabbatique payée par les indemnités pour une voire deux années.

- La préférence pour l'emploi public

C'est devenu depuis la crise de 74 la tare française. L'essentiel des gros bataillons de l'université cherche son salut dans l'emploi public. Le clientélisme régional et le népotisme jouent dans le même sens dans les provinces. Le député, le conseiller général, le conseiller régional, le maire sont devenus les pourvoyeurs d'emplois locaux où l'on travaille peu pour des rémunérations plus que sérieuses. On sait qu'à Paris les fonctionnaires travaillent environ un jour ouvrable sur deux et qu'on peut se poser des questions sur la réalité de ce travail. Quand on est 50 000 à faire un travail qui n'exigerait pas plus de 15 000 emplois, on ne se foule pas trop. Mais le jardinier municipal de Toulouse n'est pas non plus cassé par un travail excessif. Surtout quand la chasse est ouverte ou quand il faut aller aux champignons.

Cette préférence est symbolisée par le nombre des candidats, et leur niveau, qui concourent aux examens pour certains postes publics. L'ampleur des candidatures pour être postier, avec de nombreux bac +4 ou 5, en témoigne. On forme jusqu'à 25 ans et à grands frais des gens dont l'aspiration est de porter des lettres de boîte en boîte. Du temps de "jour de fête", c'était l'idiot du village qu'on mettait à ce travail par compassion. Maintenant à moins d'une maîtrise de psychologie, il n'y a rien à faire pour avoir le poste !

Une règle de pouce veut qu'un emploi public tue deux emplois privés. Il faut évidemment le financer et qui paie sinon in fine le système non public ? Le secteur public ne se nourrit pas en autarcie.

Le résultat est connu : nous avons un secteur public totalement disproportionné qui consomme une part déraisonnable de nos ressources. La régionalisation a de plus permis un empilement de doublons administratifs sans limite. Près de deux millions d'emplois publics ont été créés depuis 1974 quand on tient compte des postes dans les associations directement subventionnées par les politiques. En même temps l'emploi marchand a quasi stagné.

 

2. Le SMIC et la surfiscalité

- Le SMIC et les coups de pouce

Nous renvoyons aux autres articles que nous avons écrits sur ce blog sur la question du SMIC. Un salaire minimum n'est pas en soi une catastrophe. S'il a pour but la protection contre certaines formes de prédations, il est même indispensable. La France avait mis en place, sous l'influence de la droite, un salaire minimum garanti, qui était indexé sur l'inflation et régionalisé. Ce système ne posait pas de problème. En maintenant un avantage de compétitivité il favorisait la décentralisation. Et l'abus restait sous contrôle avec une borne suivant l'inflation. Ce filet de sécurité n'était pas le plus important. Ce sont les accords de branche qui fixaient, en fonction des réalités du terrain, les salaires minima professionnels qui étaient réajustés par négociation en cas d'accord général des parties prenantes.

Le drame viendra du changement de philosophie : le salaire minimum ne devait plus être simplement une sécurité mais un moyen de politique de revenu et un élément majeur de l'énarchie compassionnelle et de la démagogie politique avec les célèbres "coups de pouces". La droite, car c'est toujours la droite qui a été à la manœuvre dans ces affaires, a alors pris toute une série de mesures dramatiques pour l'emploi. L'indexation n'a plus été faite sur les prix mais sur la croissance. Le salaire minimal est devenu national. Chaque élection a été l'occasion d'un cadeau national aux salariés. Du coup près du tiers des salariés du privé se sont retrouvés au SMIC ! Toute la hiérarchie des salaires s'est trouvée écrasée. Les conventions collectives se sont trouvées déclassées, les salaires conventionnels traînant très loin en dessous des valeurs du SMIC. Le dialogue social sur les salaires a disparu. "Tous smicards", tel était le slogan vécu par les salariés.

L'ennui c'est que le salaire étant l'assiette de très forts prélèvements, le salaire net du smicard était accompagné d'un coût du même montant en charges. Le "double fiscal du salarié français" coûtait aussi cher que le travailleur.

Pour le politique c'était tout bénéfice : il passait pour un gentil et "achetait" le vote des petits salariés. Dans le même temps il réduisait les déficits de la sécurité sociale et engrangeait des ressources fiscales.

Le coup de ciseau sur l'emploi était phénoménal. Pendant trente ans, jusqu'à la détaxation partielle des bas salaires, cette machine à créer du chômage structurel a fonctionné à plein régime.

 

- L'hyper fiscalité

Nous venons de voir que l'emploi salarié était, de tradition en France, surtaxé. La France ruinée par la guerre ne pouvait prélever que sur la richesse en train de se faire. Elle a pris l'argent à la source : sur l'entreprise.

Tant que le prélèvement global est resté à 30-35 % du PIB, l'effet sur l'emploi n'était pas trop grave. Mais nous sommes passés après le septennat fiscal de Giscard et après le programme commun de gouvernement socialo communiste à 45 % du PIB. L'énormité de ce prélèvement, compte tenu de sa concentration sur l'entreprise et l'entrepreneur, a rendu impossible toute politique de développement économique et réduit comme une peau de chagrin les capacités d'emplois nouveaux.

Compte tenu de son coût le poste de travail devait désormais être fabuleusement productif pour se justifier.

Et l'entrepreneur avait de moins en moins de ressources disponibles pour son entreprise.

Le capitalisme français était devenu un capitalisme sans capitaux et sans emploi. Inutile d'aller très loin pour comprendre pourquoi il manque 5 à 10 millions d'emplois salariés en France et que nous n'avons pas de Mittelstand à l'allemande, un réseau serré de grosses PME de 500 à 5 000 emplois. Et oublions les PME exportatrices.

 

5. La surprotection de l'emploi salarié et les 35 heures

Une des curiosités françaises est le goût pour le salarié, objet de toutes les tendresses alors que le travailleur indépendant est laissé à la dureté des conditions. L'idée, grotesque, que le salarié est dans une situation de domination et doit grâce à la puissance publique se dégager de ce servage par des mesures outrancières de protection a fait des ravages. Au lieu que l'entreprise soit un lieu de contrat libre, entre un employeur disposant temporairement d'un emploi possible et d'un employé désireux de le satisfaire pour la durée possible, c'est devenu un enfer où tout engagement vaudrait à vie sauf indemnisation délirante, étant bien entendu que le salarié aurait toujours raison et ne pourrait pas être réellement commandé, sous peine de risquer la prison pour harcèlement moral.  

La situation est d'autant plus grotesque que l'emploi est concentré pour les raisons dites plus haut sur la qualification, seule condition de la compétitivité, et que le drame des entrepreneurs a toujours été et reste de trouver des collaborateurs compétents et motivés, alors que les talents ont tendance à sauter d'une entreprise à l'autre. La mondialisation a aggravé le phénomène, la compétition pour les talents devenant mondiale.

Un chef d'entreprise aujourd'hui n'est pas un garde-chiourme s'appuyant sur des porions pour exercer d'abusives pressions sur de malheureux esclaves. Il remet sans arrêt sur le métier la composition d'une équipe gagnante sur des marchés en hyperconcurrence.

Les tracasseries administratives et sociales sans limites qui accablent l'entreprise ont eu immédiatement un effet pervers : la fin des CDI ! Les contrats à durée indéterminée ont rétréci au profit des solutions temporaires : CDD, intérim, faux stagiaires, travail au noir etc.

Quand l'emploi est laissé à l'appréciation des fonctionnaires-juges, il n'y a plus de politique de l'emploi, mais un sauve-qui-peut général.

Du coup on retrouve à la marge des conditions d'exploitation exécrables, l'absence d'emplois conduisant les candidats au travail à accepter l'inacceptable. Qui ne connaît des stagiaires (le stage est devenu obligatoire dans le cursus universitaire, fournissant une masse de candidats) travaillant 12 heures par jours et sollicités sous peine d'exclusion de venir travailler gratuitement la nuit, le samedi, le dimanche et les jours fériés ? Certaines entreprises ont ainsi créé des parcs à stagiaires corvéables à merci faisant du travail à bas prix à la place d'emplois normaux. Quel progrès ! Ne parlons pas des parcs à intérimaires etc.

Sur les 35 heures, mesure dramatique et dont nous ne cessons de payer le prix, nous ne reviendrons pas ici. Tout est dit et connu.

Encore bravo à tous ceux qui ont conduit ses politiques ! Le non-emploi a gagné : le manque à gagner en création d'emplois se compte par millions, pas par dizaines. Mais les manques à gagner ne se voient pas et sont donc hors du champ médiatique et politique.

 

4. Les conséquences d'une mondialisation sans écluses

L'ouverture totale à la concurrence des pays à bas salaire qui a été le credo invincible des européistes depuis 1973 a été particulièrement problématique pour la France dont la fiscalité pesait majoritairement sur les entreprises. Elle s'est retrouvée sans possibilité de combattre à armes égales avec les autres.

Ajoutons les contraintes d'un Euro globalement flottant et néanmoins globalement surévalué et le drame de l'emploi français est noué.

Il nous reste un quarteron d'entreprises internationales qui font l'essentiel de leurs bénéfices à l'étranger, avec des rémunérations folles pour leurs dirigeants. Et une cohorte éparse d'entreprises étranglées, globalement sans trésorerie, avec des taux de marges très faibles, harassées par les normes, les contraintes, les réglementations, les surprotections, dont les propriétaires sont accablés d'impôts qui les forcent à vendre leurs biens et à ne pas investir, alors que la crise les ruine et que le crédit devient impossible.

Alors les usines ferment les unes après les autres. Le patrimoine français passe aux mains de l'étranger.

Le Français, né malin applaudit des deux mains et crie vive l'impôt ! non à l'entreprise privée ! vive l'état ! vive les postes de fonctionnaires !

La France, elle, crève.

 

Peut-on hiérarchiser les causes du non-emploi massif que connaît la France avec ce manque à gagner colossal de 5 à 10 millions d'emplois marchands ?

On l'a vu. Toutes ces causes se combinent pour créer un chômage structurel que même la croissance ne pourrait entamer sérieusement.

Pour le réduire il faudrait donc frapper tous azimuts et simultanément.

- Il faut revenir à une notion de salaire minimum de protection négocié par branche et hors des pattes des énarques qui nous gouvernent. La politique salariale doit être laissée à la libre négociation entre les partenaires sociaux sans intervention de l'état.

- Il faut revenir à une notion de l'emploi très simple : l'entreprise ne doit que le salaire du salarié tant qu'elle peut l'employer. Les indemnités de licenciement, qui sont une aide sociale au reclassement, doivent être fixées nationalement à trois mois indépendamment de toute autre considération. Si l'entreprise veut aller plus loin pour finaliser une sorte de "golden hello" propre à fidéliser les talents qu'elle emploie, c'est son choix et cela doit rester à la libre appréciation des parties.   

- Il faut indemniser le chômage de façon temporaire et non pas pérenniser les aides permanentes au non-emploi.

- Il faut transférer sur la consommation l'essentiel des charges qui pèsent sur l'emploi

- Il faut réduire la part du secteur non marchand dans l'emploi et donc impôts et dettes.

- Il faut revenir aux quarante heures, ne pas hésiter pour une retraite par points à 67 ans et laisser le reste aux discussions au sein de l'entreprise.

- Il faut un tarif extérieur commun intelligent aux frontières de l'Europe

- Il faut un Euro compétitif.

- Il faut réduire massivement l'état (central et région) et les institutions de sécurité sociale. Faisons baisser les besoins de financement public qui capturent l'essentiel des ressources du pays et le forcent à vendre ses actifs à l'étranger.

- Il faut arrêter la gestion par des normes absurdes qui, comme dans le cas de la poule pondeuse, conduise à casser l'emploi pour rien de sérieux.

Diverses mesures ont été dans le bon sens ces dix dernières années. Mais il y en a eu si peu et si timides !

Le nouveau gouvernement arrête toutes les mesures timides prises par le gouvernement précédent ou en prend leur contre-pied (retour sur la retraite à 62 ans, fin de la RGPP, recrutement massif dans l'éducation nationale etc.). On accélère la décentralisation. On reparle des coups de pouces "raisonnables" au SMIC. On se lance dans des "ratonnades fiscales" contre les "riches".

Personne n'a honte.

Nous allons donc consolider le non-emploi en France, sur fond de crise aggravée. Certains croient que la pyramide des âges, marquée par le vieillissement de la population, va nous sauver. Moins de candidats à l'activité, donc plus de chances de trouver du boulot pour ceux qui restent ! C'est exactement l'inverse. Sauvy l'a parfaitement démontré.

Le chômage structurel va donc encore croître et embellir, désagrégeant le tissu social.

 



La sortie de crise n'est pas pour tout de suite

"Une trentaine de représentants de haut niveau de pays membres et non-membres du G20 planchent sur les défis que représente la finance internationale à Paris, ce jeudi", annonce le Figaro.

Il y aura du beau monde. Le ministre des Finances britannique ou encore le gouverneur de la Banque centrale chinoise Xiaochuan Zhou… Au total plus d'une trentaine de représentants de pays membres et non-membres du G20 (qui regroupe les vingt principales économies développées et émergentes), ainsi que les principales organisations internationales comme le Fonds monétaire international (FMI)".

Depuis l'abandon des disciplines mises en place à Bretton Woods en juillet 1944, les réunions d'experts n'ont jamais cessé. Elles sont même ritualisées. Réunion des gouverneurs de banque centrale, réunion de Ministres des Finances, réunion des chefs de gouvernement, réunion des chefs d'Etat, aucun niveau n'est épargné par la réunionite. Depuis 1971, il y en a eu des centaines. Et pendant ce temps-là les trois grands malheurs économiques constitutifs de la crise se sont approfondis :

- Baisse décennale continue du trend mondial

- Gravité aggravée des crises périodiques

- Inversion de la courbe de l'endettement global jusqu'à ce qu'elle atteigne des sommets impossibles à maintenir sans drame.

Le nombre de ces réunions comme leur inefficacité est un des phénomènes les plus intéressants et préoccupants de la mondialisation. Il marque que l'appel rituel à un "nouveau Bretton Woods" n'a aujourd'hui plus de sens. C'est Bretton Woods tous les matins !

Quel est le nœud du problème ?

On a déconstruit en 1971 un système de coopération organique pour finalement bâtir en 1976, à Kingston, en Jamaïque, un non-système, traduisant un rapport de force géopolitique et masqué par une ritournelle de progrès basé sur les trois libertés du commerce, des mouvements de capitaux et des mouvements de personnes. À chaque déboire, on rappelle le mantra et on cherche aller encore plus loin dans la déconstruction de tout l'encadrement qui permettrait à ces trois libertés de s'exercer sans drame. Avec, à chaque fois des résultats contraires aux objectifs affichés.

Le monde diplomatique, en matière économique, vit dans une double soumission. Soumission aux Etats-Unis et à ses dépendances comme la Commission de Bruxelles. Soumission à l'idéologie dérivée qui veut que les libertés ne doivent pas être organisées, sinon au profit du plus fort.

Le système mis en place est structurellement non coopératif et la réunionite ne cherche qu'à masquer ce fait en évoquant sans cesse et la nécessité de la coopération et celle de ne jamais mettre en place une canalisation des désordres provoqués par cette coopération purement verbale sur fond de guerre des monnaies.

En matière de développement économique international, il n'y a pas de main invisible heureuse guidant les marchés comme l'Esprit Saint et permettant l'optimisation globale des ressources et des investissements.

On n'est pas en face d'individus mais d’États qui désormais ont en main l'essentiel des ressources. Les monnaies ne sont plus des biens tangibles extérieurs aux Etats mais des abstractions gérées par des administrations.

Les Etats ont des objectifs. Les superpuissances, des objectifs géostratégiques mondiaux. La destruction des accords de Bretton Woods a permis aux Etats Unis de gagner la guerre froide contre l'URSS. "Ce n'est pas Philippe qui a gagné la guerre mais l'or de Philippe" dit-on d'une guerre contemporaine de la création des monnaies. La monnaie est historiquement l'enfant bâtard du sabre et du goupillon. Bretton Woods avait été une tentative partielle de sortir de cette logique en disant aux Etats : vous n'êtes pas seuls au monde et votre monnaie est aussi notre problème. Elle doit être sortie de l'arsenal des conflits entre Etats.

Les monnaies ont été mises au râtelier et la surveillance du râtelier accordée au FMI.

Ce qui s'est passé en 1971, c'est tout simplement l'ouverture du râtelier et l'autorisation donnée à chacun de faire ce qu'il pouvait faire des armes. Et que le meilleur gagne.

Comme on ne pouvait pas le dire comme cela, on a baigné le retour à la non-coopération structurelle dans un pathos hyperlibéral faisant fi du fait que les libertés s'organisent, surtout lorsqu'elles concernent des mouvements transnationaux. Une des conséquences a été l'affaiblissement structurel du FMI et la montée en puissance des banques centrales dont on sait qu'elles sont en fait impuissantes à arbitrer des conflits géostratégiques. Comme nous le répétons sans cesse, les banques centrales ne savent régler, comme les psychanalystes, que les problèmes qu'elles ont elles-mêmes créés. Elles sont un faux-semblant et on voit bien qu'elles ne peuvent que s'engager dans une politique d'expédients de plus en plus contraires aux principes affichés. L'échec du G.20 est également significatif. Son seul résultat a été de mettre au pas la place financière Suisse et d'imposer Fatca à tous, un objectif de la puissance américaine, avec en prime des sanctions délirantes contre les banques européennes, qui sont désormais hors courses dans les grandes opérations de la finance mondiale. En imposant par la force la loi américaine à tout utilisateur du dollar, le gouvernement des Etats unis a levé le masque. "Le dollar est notre monnaie et votre problème" disait Connally, un secrétaire d'Etat américain des années soixante-dix. Nous n'en sommes plus là. Le message subliminal actuel est :" Notre monnaie est notre instrument de puissance internationale et nous voulons vous y soumettre. Notre crainte est le Yuan. Le dollar va nous permettre de mener la guerre contre la Chine. Il nous faut un traité transatlantique pour avoir les mains libres en Extrême Orient. Nous le négocions avec nos féaux à la Commission".

Face à cette brutalité, les réactions ouvertes  sont inexistantes en Europe, devenue un mouton bêlant et qui n'a pas réagi à Fatca, qui s'est soumise humblement face aux exactions contre les banques européennes, et qui négocie le dos courbé le traité transatlantique.

L'Allemagne et le Japon sont des nations soumises au diktat américain sans même la moindre discussion.

On a lu dans le Monde un article d'une douceur angélique du gouverneur de la banque centrale de l'Inde pour évoquer l'idée que peut-être un peu plus de coopération serait nécessaire.

Seule la Chine résiste et on a vu à Shanghaï, comme on le verra aujourd'hui, que certains se cachent derrière la Chine pour tout de même faire un peu changer les choses. 

La réunion d'aujourd'hui sera comme d'habitude un hymne aux masques idéologiques de la domination américaine sans aucune perspective de coopération structurelle. On grattouillera aux marges en regrettant que rien ne marche comme prévu mais sans oser affronter les Etats-Unis bille en tête. Comme ces derniers n'ont pas voulu qu'on les gratouille en profitant de la résistance chinoise, ils n'ont envoyé qu'un sous fifre à la réunion parisienne.

Il ne sera pas facile de faire le bilan de la réunion : il n'y aura pas de communiqué. On saura si le grenouillage de Paris a eu des conséquences lors de la prochaine réunion des chefs d'Etats à Hangzhou, en septembre. les petites manoeuvres ne font pas les grandes décisions.

"Il n'y a pas d'alternative" : il ne peut pas y avoir de collaboration dans un système structurellement non coopératif. Il ne peut pas y avoir de projet commun dans un système de soumission globale, d'échappatoires idéologiques hypocrites ou de petites manoeuvres de couloir. Il ne peut pas y avoir de retour à la prospérité sans explication des causes de la crise sévère qui perturbe le monde depuis 2007.

Nous voyons bien que l'analyse des causes est un exercice quasiment interdit. Le FMI, l'OCDE, le G.20 se sont bien gardés de faire l'exercice. Les Etats se sont tus. Les Etats-Unis ont dit : "voyez, nous,  nous y arrivons ; c'est vous les nuls, quand vous n'êtes pas des gangsters". Et ils ont maintenant sur le dos Trump et Sanders. Le complexe militaro-financiaro-industriel n'a plus la cote. Les citoyens américains ont bien compris qu'ils étaient un simple enjeu de pouvoir et que la politique menée avait certes des avantages pour certains chez eux, mais que les gros bataillons ne s'y retrouvaient pas.

La France est représentée par l'Énarque Sapin, ami du président énarque Hollande, qui, tous deux, ont intégré au plus profond d'eux-mêmes qu'ils n'avaient aucune prise sur rien, sinon leur carrière, et qu'il fallait filer doux en silence, surtout après avoir mis le pays par terre par impéritie militante. La France est dans un tel état qu'elle ne peut plus avoir de diplomatie économique. Le seul mot de France évoque encore aujourd'hui à l'étranger les impôts à 75 % et les 35 heures. Nous sommes un repoussoir ridicule. La réunion aura lieu au milieu de grèves absurdes, vu l'état actuel du pays, avec cette dimension comique des fédérations socialistes de parents d'élèves (dominées à 100 % par des socialistes fonctionnaires), prétendant accompagner leurs doux adolescents menés par la FIDL (dominée à 100 % par des mouvances socialistes d'adultes fonctionnaires ou espérant le devenir) dans la révolte contre des mesures qui ne concernent pas les fonctionnaires.

Ces grèves ont d'ailleurs un sens très précis : "nous allons perdre les élections de 2017 mais nous vous prévenons : le troisième tour "social" vous empêchera d'agir. Comme d'habitude, en dépit de vos postures de Matamor". L'emploi dans tout cela est un prétexte. Avis aux virils candidats aux primaires "de droite et du centre", ou aux candidates virilisées par "une greffe de c…", comme le dit la fofolle NKM, candidate à tout et à rien, dont le dernier livre est absolument vide de la moindre étincelle de réflexion sur les sujets majeurs que nous évoquons ici, comme tous ceux de ses concurrents à l'exception de celui de Fillon qui a compris que l'emprise américaine allait désormais trop loin mais qui n'a pas encore défini une vraie alternative.

En cette veille du premier avril, le poisson est déjà de sortie. Et sa tête montre de vilains signes de putréfaction.

La mondialisation-soumission, et son échec économique de longue durée, l'Europe soumise et ouverte à tout vent, avec son échec économique de moyenne durée, et la France du n'importe quoi qui n'a plus prise sur rien, et recule constamment sur le front économique depuis l'alignement giscardien à la Jamaïque puis les mesures d'étouffement prises par la coalition socialo communiste de 81, aggravées par Jospin puis Hollande, ne forment pas un joli spectacle.

Nous ne sommes pas près de sortir de "la crise" née en 1971.

Economie, primaires de la droite et élections présidentielles

Marcel Gaucher explique qu’il faut sortir de l’économisme et de l’énorme pression que cette doctrine impose.

Les Echos, en contrepoint affirme que les élections présidentielles se feront sur la question de l’économie.

Les deux ont tort.

L’économisme ne règne pas en France mais le socialisme moralisateur avec une dépense publique exorbitante, des dettes exorbitantes et un chômage d’une masse exorbitante. Si l’économisme régnait, il y aurait une trace de raisonnement économique. On la cherche. En revanche on ne compte plus les mesures vexatoires purement socialistes qui cherchent à priver de liberté les citoyens « riches », comme « la mixité sur le palier » de madame Hidalgo qui fait que la ville préempte à prix d’or, avec le produit d’impôts d’ampleur inégalée,  des appartements dans des immeubles cossus et y installe des familles africaines, arrivées en fraude  avec 14 enfants, sur le même palier que celui d’un dirigeant d’entreprise ayant payé cher pour vivre dans un milieu à sa convenance et non dans un faubourg de Ouagoudougou. Il est vrai que cette politique est menée à Paris sous contrôle socialiste par un communiste dont la doctrine est de faire payer par les riches la corde avec laquelle on va les pendre.  A Moscou, dans les bonnes années socialistes,  on pratiquait la mixité dans le même appartement. Encore un effort !

Les candidats aux primaires de la droite et du centre axent totalement leur campagne  sur la nouveauté alléguée « du monde qui se révèle » et la nécessité de ne pas se laisser influencer par la rue pour mettre en place les réformes adaptatives nécessaires. Mais on cherchera en vain une trace d’explication économique solide et on trouvera plus de postures et d’affirmations de virilité réformatrice que de raisonnements sur des faits observés sans passion.

Tout le monde sait que l’opinion française se cristallise  autour de deux réactions aussi fortes qu’instinctives. « Non aux impôts » ; « non à l’Islam ». Les « attentats » fiscaux de 2011 et de 2012, et les attentats islamistes abominables de 2015 sont les deux mamelles politiques de la France de 2016. Les cris mille fois répétés dans les médias, comme chez Ruquier dans On n’est pas couché,   de « vive les impôts » (des riches) et de « non à l’islamophobie » ont désormais un peu de mal à être entendus.

Ajoutons la dimension d’immédiateté propre aux réactions politiques, et on voit bien que les campagnes électorales vont se perdre dans les solutions radicales à ultra court-terme. Baisser « massivement » les impôts, « tout de suite » ; mettre au pas « impitoyablement » nos Molenbeek français, « sans attendre ».

Ce climat offre au Front National un boulevard, lui qui lie toutes les problématiques en une seule : immigration égale dettes, dépenses publiques, impôts, abaissement des valeurs nationales, délinquance et terrorisme.

 

 

L’offuscation de l’intelligence risque d’être la conséquence électorale la plus grave. Nous avons dit ici combien les différentes campagnes des élections de 2012 avaient été regrettables et même pitoyables. Les prochaines risquent d’être bien pires.

Les trois grandes libertés sont au cœur des difficultés. Les débats en sont rendus compliqués.

La liberté des mouvements de personnes se heurte aux migrations de masse et aux contradictions insurmontables des politiques de natalité. Si la population du  Nigéria dépasse celle de la Chine, en 2050, on ne voit pas à quel titre l’Europe devrait absorber les centaines de millions de migrants que cette politique implique.  Si certains pays du Maghreb ont l’ambition d’utiliser « le ventre des femmes musulmanes » pour envahir l’espace européen, nouvelle terre d’islam, on ne voit pas trop les arguments qui justifieraient que les pays européens cèdent à cette volonté.

La liberté des mouvements de marchandises entraine automatiquement une pression des pays à bas salaires sur les pays à hauts salaires, surtout si la compétition est inégale du fait d’une exigence différente en matière de normes de production. Le libre échange est nécessaire et positif entre pays qui équilibrent leurs échanges. Mais les énormes déséquilibres commerciaux sont-ils acceptables ?

La liberté des mouvements de capitaux est sans doute un des moyens de « l’affectation optimale des investissements ». Sauf si ces investissements sont purement financiers et alimentent les bulles moutonnières et endogènes d’une économie baudruche.

Si la liberté est un principe essentiel, les libertés s’organisent. Les débats fondamentaux du moment se doivent de porter sur l’organisation des libertés. Ils sont difficiles et sensibles. Il y a un gouffre entre les libertés individuelles et les libertés collectives. Ce qui est simple, à l’échelon individuel, devient nettement moins commode à gérer lorsqu’on change d’échelle.

Une nation n’a plus de politique si elle est totalement ouverte et si les mouvements venus de l’extérieur peuvent s’exercer sans limite avec des effets quantitatifs démesurés. Affirmer qu’il faut simplement s’adapter à ces pressions ne fait pas un discours politique audible. La culpabilisation des citoyens ne mène à rien. 

Les enjeux électoraux devraient tous être centrés autour des trois grandes difficultés de gouvernance.

Gouvernance française : pourquoi faisons-nous moins bien que les autres ?

Gouvernance européenne : pourquoi l’Europe fait-elle moins bien que les autres ?

Gouvernance mondiale : pourquoi, depuis quarante ans, le trend baisse-t-il, les crises périodiques s’aggravent-elle et le taux de dettes global s’est-il partout inversé jusqu’à atteindre les niveaux intenables qui ont entraîné la rupture de 2008 ?  

Pour être équilibré un programme électoral doit comporter deux piliers économiques :

-          Une action interne pour remettre le pays d’aplomb

-          Une « diplomatie de la prospérité », en Europe et dans le monde, pour éviter que la nation soit périodiquement ravagée par des crises gravissimes venues de l’extérieur.

La grande erreur des candidats actuels, putatifs ou réels, aux primaires de la droite et du centre, est d’escamoter complètement le second volet. Il est vrai qu’il est vain d’espérer peser à l’extérieur si le pays ne retrouve pas son allant, comme François Hollande le prouve tous les jours. Il est tout aussi vain de croire qu’un redressement unilatéral ne sera pas balayé, un jour ou l’autre, par un autre épisode de tsunami économique venu de l’extérieur, si on ne procède pas à des changements profonds de l’organisation économique mondiale. Giscard et Chirac n’avaient pas que de mauvaises idées. Ils ont été balayés par la crise de 74. Balladur avait une vision solide de ce qu’il fallait faire : il a été balayé par la crise de 92-93. Sarkozy et Fillon n’avaient pas un mauvais programme ; Il a été balayé par la crise de 2008-20xx.

A chaque fois, ce sont les conséquences du ressentiment né de la crise qui ont fait venir les socialistes au pouvoir, au sein de coalitions hétéroclites, alors qu’ils sont minoritaires dans le pays, quasiment structurellement. La France n’est pas socialiste et il n’y a pas de « peuple de gauche ».  A chaque passage,  les socialistes ont aggravé tout en étouffant plus étroitement les relations économiques et en poussant au maximum les dépenses publiques, la dette et les impôts, même dans les périodes de vaches grasses offertes par la conjoncture (comme Rocard et Jospin), quitte, à la veille des élections, à tenter de rebrousser partiellement chemin pour ne pas les perdre.

Les socialistes, qui ont poussé avec J. Delors, à la création de l’Euro appuyé sur une politique de libertés économiques absolument sans entraves,  ont baissé un tout petit peu les impôts en 2001 et déchargé l’entreprise du fardeau des allocations familiales ces dernières années. La mouvance peut affirmer qu’elle a été plus audacieuse que la droite. Mais les socialistes sont pris dans des contradictions insurmontables : soumission à l’Europe fédéraliste elle-même soumise aux Etats-Unis ; absence totale de volonté d’organiser les libertés ; abandon du terrain social ;  violence fiscale contre les entrepreneurs et « les possédants » ; immigration sans limite ; priorité théorisée donnée à l’altérité ;  président et ministres au dessous des qualités nécessaires pour gouverner. 

La droite, de son côté, ne comprend pas qu’elle doit lutter sur deux fronts : les conséquences internes du socialisme et les conséquences des crises venues de l’extérieur.

Juppé ne croit pas nécessaire de développer de véritables idées, mais seulement sa stature. Il se veut compatible avec Rocard et la droite de la gauche. Il est « droit dans les charentaises » de F. Bayrou. Cet unanimisme exclut qu’il prenne des options programmatiques fortes. Il moque ceux qui promettent « des larmes et du sang », en oubliant que le sang et les larmes, c’est « ici et maintenant ». Il n’aucune idée d’une « diplomatie de la prospérité ». Il ne veut pas s’aliéner les européistes ni les tenants de la mondialisation heureuse. Et il ne va pas s’attaquer bille en tête aux « forces sociales »  qui lui avaient valu une défaite en rase campagne en 96. Il n’est pas sûr qu’il résiste à une campagne contre François Hollande. Lorsque le challenger est trop proche du sortant, la prime va au sortant.

Sarkozy ne sait pas s’il pourra se présenter et jusqu’ici ne capitalise que sur des mesures ciblées par ses communicants sur le cœur de l’électorat : baisse immédiate et massive des impôts et attitude anti-migrants. « L’achat de votes » façon Hollande ne séduira pas.  Et il a déjà perdu une fois contre ce dernier notamment au cours d’un débat où il a été inexistant.

Lemaire et NKM capitalisent sur le fait qu’ils sont ou jeune ou femme. C’est bien court.

Copé est plus brûlé que Jeanne d’Arc ne le fut à Rouen. Et il passe pour Cauchon.

Reste Fillon qui a développé un programme sérieux de redressement interne et qui a esquissé un début de commencement de diplomatie de la prospérité en  refusant le traité transatlantique.

Beaucoup pensent qu’il n’a pas le charisme, l’énergie et la rouerie d’un chef de bande inoxydable. Il est ignoré par la presse qui se concentre sur les favoris des sondages dont on sait qu’ils dépendent directement de l’investissement qu’on fait dans l’exercice (Cf le livre de Villiers).

Pour le moment, c’est le seul qui soit moins engagé dans le chemin de la com’ que sur celui des idées fortes. Il est probable qu’il sera, après les débats télévisés, au second tour des primaires face à Juppé, surtout si Sarkozy est empêché, ce qui est désormais probable.

Cette confrontation dictera la suite des élections présidentielles et la politique des dix ans à venir. Celui qui pourra dessiner un avenir à dix ans convaincant, avec une méthode pour le construire, gagnera.  Cet avenir à dix ans exigera une action dans la durée. Pas seulement dans les 100 premiers jours (le syndrome Guéna). Il faut donc doser les réformes fondamentales à prendre vite et bien, sans esprit de recul, et l’action ultérieure, qui doit être le fruit d’une mécanique démocratique et sociale riche et continue.  Celui qui exigera qu’on s’adapte dans la douleur sans jamais laisser entrevoir d’issue positive à ce masochisme sera rejeté. Gagnera celui qui démontrera que l’étatisme et le « fiscalisme » insensé de l’ « Enarchie compassionnelle » est une des causes internes de nos problèmes et prouvera qu’il saura y mettre fin. Perdra celui qui sera l’homme d’une fonction publique aux effectifs déraisonnables et  bénéficiant d’une organisation protégée ruineuse, distincte du reste de la population.

François Hollande a lié sa candidature à la baisse du chômage. Nul doute que le chômage soit nominalement le sujet prioritaire préféré des politiques (car ils savent que la question de l’islam et de l’impôt sont les deux seules qui animent vraiment les Français et qu’elles sont dangereuses). Il est regrettable que l’annexe 8 de l’excellent livre de Bernard Zimmern : « A tout fonctionnaire son chômeur »  ne soit pas inscrite au programme de tous les candidats aux primaires. Elle montre une corrélation parfaite entre l’excès de personnels à statuts et  l’excès de chômage.  Le livre date de 98.  Cette corrélation reste entièrement valable aujourd’hui. Elle est même encore plus certaine.   

On peut tout de même exiger du pays que la confrontation finale ne se résume pas à l’affrontement d’un énarque de gauche qui a tout raté récemment mais qui croit à sa « baraka », avec un énarque de droite qui a tout raté il y a vingt ans mais qui croit à sa « stature ».

Les Français rejettent clairement un second duel entre Hollande et Sarkozy. Il devrait également rejeter une confrontation entre l’énarque Hollande et l’énarque Juppé. Cela ne veut pas dire que l’on souhaite que cela se termine par un débat d’images entre Nicolas Hulot et Nathalie Kosciusko-Morizet !

La politique de la chaleur et du casting doit faire place, quelque temps , à celle des lumières et des actions réfléchies et déterminées.

Du Canard enchaîné au cygne martyrisé

Du Canard enchaîné au cygne martyrisé

Le Canard enchaîné  daté du 23 mars 2016 se livre, par l’entremise de Jean-Luc Porquet, à un exercice que nous pratiquons de temps à autres : aller rechercher dans le passé des attitudes et des positions qui se retrouvent presqu’identiquement de nos jours.

Il déterre un vieil article du 24 mars 1975 publié dans l’Obs sur le thème : « la relance pourquoi faire ? ». L’auteur, André Gorz,  était un auteur intéressant même s’il n’était pas l’intellectuel le plus connu du moment et, dans le cas, il écrivait sous pseudo. L’objet de son ire : condamner l’espoir que la croissance permettrait d’obtenir le plein emploi. « La croissance a abouti à l’impasse ». « L’alternative n’est pas entre la prolongation de la crise présente et le retour de la croissance  destructrice et gaspilleuse du passé. Ce retour est impossible. Faire croire le contraire est pure démagogie ».  Ses solutions : « une transformation de la société à tous les niveaux », la baisse du temps de travail et l’utilisation de techniques écologiques « employant peu de capitaux et beaucoup de main d’œuvre ».

Cet article méritait d’être déterré à plusieurs titres.

Qui a enseigné pendant des décennies s’amusera de l’impossibilité ontologique des intellectuels, des politiques et notamment des jeunes étudiants à considérer que « les problèmes » ne sont pas toujours « modernes », exigeant une « adaptation à des temps nouveaux ».  La contestation de la société de consommation et donc de production a commencé dans les années soixante avec les enfants du baby boom gavés de biens de toute sorte et n’ayant pas connu la faim. On se souvient des prédictions apocalyptiques, début 70,  annonçant la disparition du pétrole dès les années 80 (c’est toujours dix ans après que la catastrophe arrive pour ce genre de prévisionniste).  Le vert qui se portait à droite avant guerre (relire les églogues du Mitterrand de l’époque) est passé à gauche dans les années soixante.  Les philosophes, à l’époque, citant Platon,  étaient en pointe pour exiger une réforme de la société fondée sur le loisir et non sur le travail « qui dégrade ». Si la société ralentissait et se contentait de ce qu’elle avait, en s’organisant comme dans un joyeux phalanstère, le paradis s’installerait sur une terre sauvée de la surexploitation et de la pollution. Déjà les premières analysent mettant en cause le « bougisme » pointait leur nez. On n’imaginait pas des migrations de masses ni des substitutions de population dans le phalanstère. La société était statique et idéalement close sur ses propres solutions. 

Cet article mettra dans l’embarras tous les adeptes du « pas de croissance » dès que sera posée la question suivante : Que se serait-il passé si la croissance avait cessé en 1976 ?   Pas de micro-informatique, par d’internet, pas de téléphones portables, pas de médicaments décisifs, ni les mille face du «progrès » etc. Quand on bloque la croissance, on ne sait pas ce qu’on perd.

Une seconde question s’impose immédiatement après : comment règle-t-on la question de la pauvreté dans le monde sans croissance ? Nous avons certes connu une baisse du trend pendant ces quarante dernières décennies, mais la croissance annuelle a été malgré tout, en moyenne, supérieure à 2% en France sur l’ensemble de la période, entraînant une hausse très importante du niveau de vie. Qui veut revenir à celui de 1976 ? Et la pauvreté dans le monde a beaucoup reculé. Des centaines de millions de personnes en sont sorties.

Ne parlons pas de la fameuse « réorganisation sociale à tous les niveaux ». Personne ne sait mettre un contenu crédible et même simplement acceptable sur cette profession de foi.  

N’insistons pas sur l’idée saugrenue, déjà dénoncée sur ce blog,  que les solutions coûteuses et improductives créent de l’emploi, sottise qu’on entend tous les jours ces derniers temps, y compris dans la bouche des politiques de droite.

Pour nous, la question intéressante est ailleurs. La relance giscardo-chiraquienne de 74 allait se révéler un grave échec.  Il n’a pas été analysé à l’époque et ne le sera pas par les économistes officiels dans les décennies suivantes. Une loi économique nouvelle venait de s’inscrire durement dans les faits  : en système de changes flottants, les relances ne fonctionnent pas et rapidement les gouvernements sont obligés de revenir en arrière pour tenir leurs finances.  Cette loi fondamentale est passée inaperçue. Toutes les relances ultérieures ont connu ce destin partout où elles ont été mises en œuvre. Pas une seule exception. La relance coordonnées et massive de 2008-2009 a mis partout les finances publiques et privées dans une situation intenable. Huit ans après on en est toujours à tenter de faire face par des expédients de plus en plus artificiels.

L’abandon de la réflexion est encore plus grave et fondamental que ça, puisqu’il porte sur la crise de 73- 74 elle-même. On l’a évacuée comme « crise du pétrole » provoquée par le vilain cartel des pays pétroliers. Comme je l’ai démontré, je crois, dans mon livre, l’Etrange Désastre, la crise du pétrole est la fille de la crise économique et non sa mère. 

Comme on ne veut pas voir que la crise est liée à une erreur tragique de gouvernance internationale, on impute ses conséquences à tous les dadas à la mode et on pousse les pions de théories moralisantes,  sociales ou politiques,  qui n’ont aucun rapport explicatif avec « la crise ».

Cette dernière s’aggrave, faute d’un accord général sur le  diagnostic correct et de thérapeutique adaptée. Ces théories deviennent de plus en plus hystériques, à mesure de la croissance du chômage et des difficultés économiques.

C’est là qu’on passe du Canard au cygne. Il faut savoir que les déjections des cygnes sont totalement incompatibles avec les prairies pour vaches. Les paysans suisses ont été confrontés à l’expansion du nombre des cygnes et ont commencé à les chasser de leurs champs. D’où une campagne complètement hystérique de certains écolos helvètes visant à sanctionner les promoteurs de la « shoah des cygnes ». La « reductio ad hitlerum » du producteur de lait dans les alpages, est-ce bien raisonnable ?   On est passé d’une réflexion sur la consommation et l’organisation d’une société frugale  à une guerre émotionnelle de dénonciation de « génocides ».

Quand l’intellect faiblit, la passion occupe tout l’espace. 

« Perseverare cretinissinum » conclut l’article.

D’accord !    Mais les "crétins" ne sont pas nécessairement ceux qu’on croit.

Des chiffres terrifiants mais significatifs

Nous ne cessons d'alerter sur la gravité de la crise économique proprement française. Nous refusons les facilités trompeuses qu'offre l'emploi du PIB pour évaluer la situation. Nous préférons la valeur ajoutée des entreprises du secteur industriel et commercial de plus d’une personne, qui est désormais près de 1 300 milliards d'euros.

L'Insee vient d'en donner une analyse.

"Sur les 3,3 millions d'entreprises (non agricoles et non financières) que compte la France, 3 000 étaient réellement au cœur de l'économie. De fait, elles concentrent 52 % de la valeur ajoutée, 70 % des investissements et 83 % des exportations!

Dans le détail, ce noyau dur d'entreprises réalise une valeur ajoutée de 986 milliards d'euros, « soit plus de la moitié de la valeur ajoutée de l'ensemble de l'économie ». Elles emploient 5,1 millions de salariés. À l'opposé de ces 3 000 entreprises, 3 millions d'entreprises contribuent assez peu à la valeur ajoutée et aux investissements."

L'important est naturellement de tirer les leçons de ces chiffres. Elles sont accablantes.

On ne voit pas comment ces 3 000 entreprises peuvent faire quelque chose de significatif pour les 6 millions de chômeurs. On notera que l'effectif des fonctions publiques est supérieur à leur effectif salarié.

Ce chiffre est à comparer aux départs des familles fortunées, généralement appuyées sur ces grandes entreprises : entre 20 000 et 30.000, selon un décompte (officieux et d'une fiabilité discutable) basée sur l'évaporation des déclarations de revenus supérieures à 100 000 euros.

Le goût français pour la fonction publique, la dépense publique, la dette et les impôts a radicalement tué notre société d'entrepreneurs.

On constatera également le caractère dérisoire des lois Khomry et Macron, qui était déjà notable  pour le CICE et autres fariboles hollandaises.

Il suffit que 20 % des entreprises de ce groupe disparaissent, soit par rachat étranger, soit par faillite, soit par délocalisation, pour que des centaines de milliers d'emplois soient encore perdues, dans le cœur même du réacteur économique. Malgré la reprise européenne de fin de cycle, ridicule par rapport aux autres épisodes du même type ces quarante dernières années, la tendance s'accuse.  

Sur fond de palinodies politiciennes tellement médiocres qu'on ne peut plus parler que de honte nationale.

Inlassablement, depuis 1997, nous rappelons que le nombre de salariés dans un pays comme la France (66 millins d'habitants) devrait être au-dessus de 25 000 000 si on disposait des ratios d'emploi salarié des pays les plus dynamiques. Globalement on nous annonce 16.5 millions fin 2014, dont on voit que le tiers se trouve dans 3 000 entreprises. C'est totalement dérisoire. L'énarchie compassionnelle et l'indigence de la gestion publique depuis les années soixante-dix ont coûté son économie privée à la France.

Rappelons qu'il n'y a pas un seul salarié du secteur marchand privé dans le gouvernement actuel composé uniquement de fonctionnaires et d'apparatchiks politiques.

Nicolas Baverez ajoute à l'endettement public de plus de 2.100 milliards, la dette connue correspondant aux retraites publiques qui est du même ordre. Mais il pourrait se contenter d'ajouter la dette privée et il arriverait à plus de 4 mille milliards selon l'Insee et près de  8.000 milliards selon McKinsey et la Deutsche Bank., chiffres dont  on se sait pas s'ils tiennent compte de la créances certaines des retraites publiques. En un mot : c'est encore plus grave que ce que vous croyez, cher Nicolas !

Là encore, la vraie question est de comprendre comment on en est arrivé là. Car ces ratios ne sont pas que français et c'est lorsque le monde a dépassé en moyenne un niveau de dettes de  400% du PIB que l'économie baudruche a explosé.

La singularité française est l'existence d'un noyau tout aussi dur d'économistes socialistes (sans trop le dire, mais tout le monde sait) qui tiennent à peu près tous les postes universitaires et leurs diverses succursales, qui viennent inlassablement au secours de la dépense publique, des impôts, des mesures d'asphyxie économique, et qui ont sorti la France du débat économique pour une servilité politique de mauvais aloi. Ceux là trouvent les chiffres cités normaux et sans danger.

On voit sur la TNT des  Henri Serdyniak  s'emporter inlassablement contre toute critique sur le niveau de la dépense publique. Encore ! Encore ! Eric Heyer se répand partout où il peut expliquer que toute libéralisation du marché du travail est une horreur absolue.  On constatera avec horreur qu'ils sévissent dans une institution dépendant de Sciences Po. Emile Boutmy et Leroy Baulieu doivent se retourner dans leur  tombe. Comme si l'institut d'études politiques se devait d'être inlassablement les propagandistes du plus d'état, du plus de dépenses publiques  et du plus d'impôts.

Un pays pourrit toujours pas la tête. La défaillance des élites universitaire explique pour les chiffres terrifiants que nous avons commentés ne provoquent aucune réaction publique.  Ceux qui devraient être le fer de lance de la réflexion, ont mis leur carrière au service de petits intérêts politiciens et idéologiques.

L'OFCE , où sévissent Heyer et Serdyniak, est censé avertir de la conjoncture. Il a été incapable de voir le gonflement de la dette globale mondiale. Il n'a pas vu arriver la crise. Il a été incapable de prévenir les politiques. Cet institut ne sert aucune recherche économique utile. C'est une machine à décérébrer.  On voit qu'on a des tas de pistes pour réduire la dépense publique. Par exemple supprimer ce "machin".

Mais il est loin d'être le seul. Rappelons que les 1xx signataires de l'appel en faveur des 35 heures  à la fin du siècle dernier, mesure qui a fait tant de bien à notre pays,  sont tous dans des postes économiques  officiels. Ils sont des rats dans le fromage de la dépense publique et ils n'ont rien compris ni rien appris.

Expédients

La Banque Centrale Européennes prend des mesures "non conventionnelles" nouvelles. Tous les bons esprits essaient avec plus ou moins de subtilité, de décrypter les mesures prises par le sphinx monétaire, sans trop s'interroger sur le saugrenu de la situation : pourquoi aurions-nous donc besoin d'un sphinx monétaire ? M. Draghi, président de la BCE, après avoir voulu dévaluer l'Euro pour des raisons de compétitivité européenne défaillante, chercherait maintenant à relancer l'activité bancaire en payant les banques pour qu'elles prêtent. L'activité suivra. Toujours en noyant son projet dans la litote et le non dit puisque l'objet social de la BCE est de maintenir la valeur de la monnaie et donc de contrôler l'inflation. Bref, les médias tentent d'expliquer les modalités d'un viol répété et constamment aggravé des principes gravés dans le marbre du traité de Maastricht. On avait le "vol de l'Aigle", nous avons "le viol du sphinx". La règle était formidable. La violation de la règle encore plus formidable.

Pourquoi ne pas se contenter d'avouer vérité et de dévoiler la réalité ?  La perte globale mondiale générée par l'éclatement de "l'économie baudruche" en 2007 et 2008 est d'environ 12 000 milliards d'euros. Pour donner du sens à ce nombre, il suffit de rappeler que la valeur ajoutée des entreprises françaises non financières de plus de une personne en France est d'un peu plus de 1 200 milliards. En un mot, notre merveilleux système monétaire international, de dérèglements en sauvetages façon pompier pyromane, a réussi à créer une perte égale à 10 fois la production française !

L'essentiel de la perte étant logé dans les banques, et le capital de celles-ci ne permettant pas d'absorber ces pertes, il a fallu sauver les banques par une série d'expédients. Les Etats et l'impôt ont été sollicités. Mais cela ne pouvait pas suffire. On a protégé les banques de mille façons, la dernière en imposant que toutes les transactions passent par les banques, avec le but avouer de faire disparaître la monnaie de poche. L'essentiel a tout de même été de donner du temps aux banques pour qu'elles puissent progressivement éliminer les pertes latentes des portefeuilles de prêts.

Comme nous l'avons dit il y a bien longtemps, on a adopté la technique du hanneton qui pousse sa boule de crottin devant lui. L'animal fatigue parfois. Il faut l'aider un peu plus à chaque faiblesse. La BCE intervient pour permettre de faire rouler encore un peu la boule de dettes à chaque fois qu'une incertitude grave vient toucher les banques. L'effondrement du cours des banques exigeait une réaction. Elle vient de se produire.

L'absence d'inflation rend l'opération d'élimination de la perte latente bancaire longue et aléatoire. Mais comment générer de l'inflation lorsque la perte latente pousse à une déflation phénoménale ?

Oui la BCE permet aux banques de faire des gains financiers sans cause réelle. Oui la BCE permet aux Etats de vivre malgré le poids démesuré d'une dette d'état qui s'est substituée en partie à la dette des banques. Oui la BCE entraîne la finance dans une zone inconnue où une part croissante de la dette porte des intérêts négatifs, c'est-à-dire subventionne l'emprunteur avec de l'argent banque centrale créé à partir de rien.

Aucune de ces mesures n'a de justification dans la théorie économique, ni ne correspond à aucun texte, ni ne répond à aucun des principes qui avaient conduit à la création du système de l'Euro.

Le but : survivre sans changer le système ; Maintenir un système de monnaie unique dans un monde de changes flottants ; Conserver la liberté absolue des mouvements de capitaux, de personnes et de marchandises sans rien organiser ni canaliser.

D'expédients en expédients jusqu'à la victoire finale !

Tout sauf s'interroger sur la perversité du système des changes flottants et la mauvaise gouvernance de la zone Euro.

Les Etats européens n'ont plus de responsabilité du tout dans l'efficience économique, sinon d'adapter les citoyens à la nouvelle donne. Les politiciens n'ont plus qu'un seul jeu : se faire réélire ou élire en finassant. François Hollande pratique ouvertement l'achat de vote. On le voit aujourd'hui même avec l'annonce de l'abandon du gel des rémunérations des fonctionnaires. La discussion porte sur le bon moment de la distribution, afin d'optimiser le gain électoral. Une hausse tout de suite pour créer l'ambiance puis une autre juste avant les élections pour amplifier le "feel good" électoral des fonctionnaires. Mais quand ? En octobre ou en janvier ? Dilemme fondamental ! En contrepartie, il faut faire semblant d'obéir à l'injonction bruxelloise de "réformer le marché du travail", qui, il est vrai, a été totalement étouffé en trois fois par les socialistes : mesures Auroux ; mesures Jospin-DSK-Aubry et mesures Ayrault. Mais l'injonction vaut pour tous les pays européens, avec comme objectif avoué de faire diminuer le coût salarial pour retrouver de la compétitivité mondiale, alors que la zone est… excédentaire ! Comprenne qui pourra.

La France est devenue un théâtre d'ombres. Plus d'intelligence. Plus d'intérêt général. Conserver des places et aider à survivre des systèmes bancals, voilà toute l'ambition. La presse prend bien garde à ne pas effrayer le Prince qui lui permet de survivre grâce à des subventions exorbitantes pourvu qu'elle ne dise rien qui fâche vraiment.

Il n'y a plus de réflexion économique publique. Il n'y a plus de politique économique de production. La science économique est à l'encan. Les mêmes économistes médiatiques qui n'avaient pas prévu la crise et même qui avaient nié qu'elle puisse survenir, expliquent que la déflation vient de "l'ubérisation" de la société. Quand on compare l'effet d'UBER aux 10 000 milliards de pertes latentes qui font stagner l'activité depuis 2007 malgré mille expédients, il y aurait de quoi mourir de rire.

Le pire : personne ne rit.

Il est vrai que plus personne ne pense.

 

Deux mots à Bruno Lemaire

Personne ne s'imposant sans discussion à droite, des élections primaires ouvertes ont été organisées, avec un nombre considérable de candidats. Du coup, l'électeur de droite est obligé de s'interroger sur les programmes et les personnes. S'agit-il d'une candidature réelle, ou d'une occasion de notoriété, ou d'un espoir de place dans le futur gouvernement ? La logique de la candidature est-elle programmatique ou l'occasion d'affirmer une image personnelle ou des thèses que l'on considère comme négligées ?

Bruno Le Maire s'est "posé en s'opposant" à N. Sarkozy lors de l'élection à la tête de l'UMP et il a obtenu un bon score. Il a prouvé dans l'exercice sa capacité à manœuvrer vite et à s'investir sans arrière-pensée. L'homme sait mouiller sa chemise. Il est réactif. Son discours n'est pas vide.

Avec la parution de son dernier livre "Ne vous résignez pas !" chez Albin Michel, il permet d'y voir un peu plus clair dans son projet.

Le livre est un appel et il ne manque pas de souffle, même si les contempteurs du candidat affirmeront que l'on brasse surtout de l'air. Contrairement à N. Sarkozy qui voulait faire une "rupture" et qui finalement ne l'a pas faite, contrairement à F. Fillon qui veut "faire", ce qu'il n'a pas pu mettre en œuvre du fait de la crise et parce que Sarkozy était aux commandes, Bruno LeMaire veut un coup de torchon générationnel. Il compte fermer le cycle détestable ouvert en 1968 et qui a vu l'alternance entre une droite partiellement de gauche et une gauche partiellement de droite, le système s'effondrant progressivement dans le n'importe quoi avec des dettes obscènes, des dépenses publiques incontrôlables, des impôts punitifs, et des abus partout, sur fond de dissolution de l'idée nationale. Il ne veut pas pardonner à ceux qui sont partiellement responsables de cette impéritie.

Il faut une grande lessive. Adieu Juppé, le complice du Ni-Ni chiraquien ; adieu Fillon, qui n'a pas osé s'opposer à Sarkozy ; adieu Sarkozy qui n'a pas osé faire la rupture. Place aux jeunes, donc place à lui, qui est le seul en situation de mener ce mouvement de rajeunissement, du fait qu'il a donné des gages de sa cohérence en démissionnant de la fonction publique, qu'il a eu des responsabilités ministérielles importantes et qu'il est le seul à avoir montré de réelles prédispositions politiques (NKM ayant sombré lors des Municipales parisiennes). Bruno Le Renouveau n'hésite pas à lâcher des formules assassines contre ses concurrents. Il brûle réellement ses vaisseaux.

Un tel engagement suppose une campagne qui vise moins l'aspect programmatique que de convaincre qu'il est l'homme d'un tel renversement. L'émotion est largement mise au service de cette démonstration. Bruno Lemaire incorpore sans réserve à son discours tous les interlocuteurs qu'il a pu rencontrer, et montre qu'il porte la croix de toutes les confidences qu'on lui a faite sur le désastre général qu'est devenue la situation française. Il utilise l'émotion à répétition. À notre avis un peu trop.

Le projet est clair : la France est un grand pays à qui on a fait perdre de l'intérieur et de l'extérieur tout ce qui faisait sa valeur. Le train de l'histoire, piloté par des nuls, a fait dérailler une belle nation qui doit restaurer tout ce qui a fait sa force. Français, on vous a engagé dans trop d'impasses ; redevenez vous-mêmes et chassez l'anti-France ; renoncer à la démagogie, à l'étatisme, au socialisme, au gauchisme attardé et retrouvez la force singulière a fait la réputation de la France dans le monde "Moi-même, je ne flancherai pas sur ce chemin". Voilà l'engagement.

Le problème de tous les chants en faveur du retour à la grandeur nationale, ce sont les paroles. L'air est connu et facile à fredonner. Fixer les paroles est plus difficile.

La plus grosse difficulté est, comme pour les autres candidats, que Bruno Lemaire n'explique pas la crise économique, ignore dans ses textes et propos les sources internationales du mal et donc ne peut pas prétendre les juguler. La "crise" n'est pas née en France. Elle n'est pas propre à la France. On voit en ce moment même aux Etats-Unis que les classes dites "moyennes" se révoltent aussi là-bas. Sur tout cela, Bruno Lemaire ne dit rien dans son livre. Comme pour les autres candidats, l'idée force est que la France doit s'adapter. D'autres pays l'ont fait et se trouvent mieux que la France. Alors faisons l'effort. Brisons les résistances politiques, étatiques, syndicales, et allons-y gaiement dans l'adaptation au monde du XXIe siècle.

Nous n'aimons pas ce discours. La modernité n'est pas, en soi, une valeur. Si l'organisation générale est mauvaise, pourquoi s'y adapter plutôt que réparer l'organisation fautive ? Et où en serons-nous une fois "l'adaptation" faite ? C'est le drame de tous ceux qui refusent d'avoir un diagnostic de la crise ou qui pensent que les causes étrangères de la crise sont hors de portée. "Ne théorisons pas notre impuissance et contentons-nous de faire au mieux dans la situation telle qu'elle est. De toute façon on peut faire mieux que ce que nous faisons actuellement. Restons dans notre pré carré et agissons sur les manettes à notre portée". Ce n'est pas dit comme cela ; ou on reste dans le non-dit. Mais voilà bien la démarche.

Nous-mêmes, au Cercle des Economistes e-toile, nous la récusons. Et appelons les tenants de cette ligne, y compris Bruno Lemaire, à regarder au-delà de cette ligne Maginot intellectuelle. Si la cause principale de la baisse du trend, de l'inversion de la courbe de l'endettement global et de la violence nouvelle des crises périodiques est à chercher dans les défauts du système monétaire international, alors il faut le dire et agir pour corriger le cours des choses. François Fillon s'est, sur la pointe des pieds, lancé sur ce terrain en refusant le traité transatlantique et indiquant que la dictature du dollar était intolérable. Pourquoi Bruno Lemaire n'a-t-il aucun discours en la matière ?

Sur la question de l'Union Européenne, il a pu vérifier concrètement qu'elle ne marche pas. Il propose de mettre fin à Schengen qui nous fait perdre toute maîtrise des flux migratoires et entraîne une dé-civilisation. L'Euro doit voir sa gestion modifiée. Il faut un coordinateur des politiques, qu'il nomme secrétaire général de la zone Euro et pas un gouvernement de la zone Euro. Il exercera à Strasbourg. Sinon arrêtons l’Euro. Nous retrouvons nos propres thèses : un "chancelier" de la zone Euro chargé de la coordination, appuyé sur des représentations spécialisées des parlements nationaux, le tout sis à Paris. Notre projet est plus complet. Mais c'est la même inspiration. Alors bravo !

La réduction de l'emprise de l'Etat et, automatiquement, la réforme des fonctions publiques, forment un bloc important du programme Lemaire. Il est classique. Étant haut fonctionnaire lui-même, la crédibilité de sa volonté est plus grande que celle des autres, notamment de celle de Juppé : il s'est appliqué à lui-même les règles qu'il veut étendre à tous. Avec lui, ce que nous appelons l'Enarchie Compassionnelle sera cassée. Réduction du nombre de postes d'élus, à tous les niveaux, réduction massive du nombre de fonctionnaires, alignement des règles de retraites, contractualisation de préférence à la mise sous statuts exorbitants des règles de la Sécurité Sociale, réduction effective du mille feuilles, suppression des doublons partout où ils ont fleuri, toute la gamme des mesures bien connues est présente dans le programme. Il va même plus loin que nous sur un sujet : la suppression totale du statut des fonctionnaires territoriaux, alors que nous préférerions conserver les règles de la fonction publique pour les hauts postes.

Pour l'économie, les recettes sont classiques. Desserrer les freins fiscaux, et défaire le carcan qui étrangle la relation entre entreprise et salarié, propriétaire et locataire, producteur et consommateur…

La crédibilité de ce programme économique et social tient tout entier à la réponse à la question : pourquoi en est-on arrivé là ? On peut avoir deux approches :

- C'est la faute "au socialisme". Il faut sortir la France du socialisme et vaincre durablement les socialistes. Si la bataille politique est gagnée, alors tout suivra.

- Si la droite a été jusqu'ici si faible dans la correction des abus idéologiques socialistes, ce n'est pas faute de volonté mais du rapport de force nécessaire. La résistance des Français, habitués à la défense des "avantages acquis" et des privilèges, devenus accros aux droits et allocations dans une approche de plus en plus clientéliste de la politique, et bien organisés pour bloquer toute réforme, est la principale cause de l'impuissance de la droite. Comme dit Giscard "si la jeunesse descend dans la rue, on est obligé de céder". On voit aujourd'hui la rue scolaire et étudiante se mobiliser contre "la précarité", alors même que le PS, au pouvoir, est le parti qui pilote habituellement les organisations syndicales scolaires et étudiantes, et qu'on pensait qu'il avait, jusqu'ici, le pouvoir d'étouffer les mouvements (comme on l'a vu dans l'affaire Léonarda).

La tactique des candidats de droite est d'affirmer que l'élection présidentielle emportera tout si on agit dans les 100 premiers jours. Nous avons montré en citant le livre de Guéna, décédé ce jour même, dans un article précédent, que cet espoir n'a jamais été justifié dans le passé. Référendum et ordonnances dès juin 2017 peuvent-ils forcer les Français à l'abandon de certains réflexes de défense des avantages acquis ? La crainte d'une potion sauvage peut faire perdre les élections. Rappelons la réélection de Mitterrand qui a été une catastrophe pour le pays mais qui tient entièrement au conservatisme des Français. Hollande pratique la "triangulation" pour prouver "qu'il fait ce qui est socialement possible dans la concertation". Le but est de mettre en cause le "jusqu'au-boutisme fascisant d'une droite impitoyable" et de faire valider la méthode réformiste douce de l'habile Hollande. On voudrait être sûr que les adversaires de F. Hollande ont une vraie réflexion tactique pour éviter de tomber dans ce piège Sur le fond on attend d'eux un peu plus que des slogans à l'emporte-pièce. Il faut une vision sociologique et historique forte, et un minimum de maillage du terrain. Marine Le Pen rode qui s'appuie également et entièrement sur le conservatisme des Français.

Là où Bruno Lemaire possède une vraie originalité, c'est dans le domaine de l'éducation et de la culture. La partie de son livre consacrée à ces questions est un hymne. Il a toutes les qualités requises pour porter un message fort ; plus que d'autres. Notons toutefois qu'il s'agit d'un message conservateur : maintenir et cesser de déconstruire. Toute l'Education Nationale est mobilisée pour fabriquer des demi-intellectuels visant des postes publics ou semi-publics, avec, malgré tout, une certaine capacité à dégager des élites, que les socialistes du domaine ont tendance à réduire. Elle ne parvient pas à régler la question de la masse. Des dizaines de milliers d'enfants sortent depuis toujours du système sans aucune formation utilisable. Jusqu'à mai 1968, l'affaire était claire : la masse s'arrêtait au brevet avec malgré tout une formation minimale solide (orthographe, calcul, etc.) ; une élite de 80 à 100 mille personnes allait jusqu'au Bac. Une super-élite d'un dizaine de milliers de personnes passaient les grands diplômes. Giscard a voulu casser cette sélection sociale avec le collège unique. Puis tout est parti à vau l'eau, avec cet objectif de Jospin de 80 % d'une classe d'âge au bac, quitte à vider le bac de sa substance. Changer le cours des choses aujourd'hui ne peut pas consister seulement à dire : "je reforme des filières d'élite et je lance le reste vers l'apprentissage" ! L'affaire est tout de même un peu plus compliquée que cela. Le drame de la droite est qu'elle ne tient aucun discours cohérent et compréhensible sur cette question centrale.

Au final, la force de Bruno Lemaire est bien dans l'idée que seule peut agir une génération nouvelle balayant les hésitations du passé, et refusant radicalement l'état lamentable dans lequel se trouve le pays. Sa faiblesse tient moins à son manque de charisme, une accusation répétée ad nauseam par les commentateurs politiques et les humoristes, ni à sa jeunesse, qu'à la faiblesse opérationnelle de l'indignation. Bruno Lemaire est indigné. Il n'a pas tort de l'être. Nous le sommes tous. Mais l'indignation ne suffit pas. Pour devenir efficace, l'indignation doit s'appuyer sur la raison et le rapport de force. Le diagnostic des difficultés récurrentes du pays est encore trop pauvre. On ne peut pas agir en excluant de son discours les causes principales de "la crise" et en ne proposant rien. Le rapport de force social est une autre question difficile. On ne gouverne pas seulement pendant 100 jours en fonction de l'élan électoral. Il faut mettre le temps avec soi pour convaincre et construire sur des bases acceptées.

Ces réflexions valent pour l'ensemble des candidatures de droite, mais très particulièrement pour celle de Bruno Lemaire, tant il a souhaité mettre l'émotion au centre de sa démarche.

Sa crédibilité personnelle n'étant pas encore tout à fait suffisante pour gouverner et donner le coup de balai générationnel qu'il espère, on peut craindre que sa candidature affaiblisse ceux qui dans son camp, sont en situation de gagner et qu'il entend écarter du pouvoir en raison  de leur responsabilité alléguée dans la situation désastreuse qu'il dénonce. En cas d'échec, il risque d'être marginalisé, l'imprécateur se retrouvant contraint à regarder "les mauvais" tenter de sortir du pays des difficultés qui l'accable. L'exemple de Bayrou, contempteur solitaire du système et candidat perpétuel sur le thème "ils sont nuls avec moi cela sera mieux", devrait l'éclairer.

Les réalités nationales, européennes et internationales sont compliquées. L'évolution des technologies est réelle et pose de nombreux défis. Les Français sont chahutés et meurtris par des évolutions qu'ils ne souhaitaient pas et sur lesquelles on n'a pas demandé leur avis, médias et politiques s'accordant à leur expliquer qu'elles étaient formidables et qu'il fallait s'y adapter. Le Front National a réussi à capitaliser sur ces rancœurs et arrive aux portes du pouvoirs. Il a plus de crédibilité que les politiques issus des partis de gouvernement pour tenir un discours genre "coup de balais".

Ce qu'on entend un peu partout laisse penser que les Français veulent un président décidé et responsable capable de sortir le pays de l'impasse, en tenant compte de ce qu'ils sont, de ce qu'ils ont et de ce à quoi ils tiennent. Sans laisser de place à l'aventurisme , à l'esprit partisan et à l'exaltation narcissique soutenue par la communication. Hollande est partiellement sur ce créneau, en affirmant qu'il conduit, cahin-caha, l'aggiornamento d'une gauche dont le socialisme a prouvé qu'il ne marchait pas, mais qui a des relais puissants dans la société et peut encore contrer toute politique de droite. Il y a fort à craindre, pour ceux qui veulent l'éjecter du pouvoir qu'une simple posture de coup de balai générationnel ne suffise pas. Il vaudrait mieux expliquer pourquoi cette politique n'a pas marché et ce qu'il faut faire, sans drame, pour réellement sortir le pays du marasme.  

Quelques aspects cachés de l'indemnisation du chômage

Le débat politique sur l'indemnisation du chômage est totalement bloqué dans les clichés depuis des lustres. Il le reste en dépit des protestations d'énergie, d'audace et de courage de tous les candidats aux prochaines élections présidentielles.

 Pour la gauche, le chômeur est toujours un salarié privé de sa vie professionnelle par un vilain capitaliste qui a voulu encore accumuler plus de profits. Donc, il est une victime et celui qui l'a licencié quasiment un "salaud", au sens sartrien du terme, qu'il s'agit d'entraver et de sanctionner. La rémunération du chômeur doit être la plus élevée possible et sa durée aussi longue que nécessaire. Baisser le montant, ou la durée, de l'indemnisation est une exaction planifiée contre les pauvres.

Pour la droite, c'est exactement la même chose. M. Bertrand n'a fait que répéter cela à la télévision ce dimanche 28 février 2016. Le précédent quinquennat n'avait pas touché aux indemnités ni à leur durée de versement. Au contraire,  la réforme du RSA a eu pour principale conséquence la création d'un impôt nouveau sur le revenu du capital pour améliorer l'indemnisation, alors que les besoins explosaient.

Il n'y a pas de différence entre la droite et la gauche de gouvernement.

Les quelque six millions d'allocataires n'ont donc jamais été mieux indemnisés et plus longtemps que maintenant. Le système est le plus généreux du monde. Les obligations du chômeur sont de pure forme (remplir une fiche de situation et prouver, de temps à autre, qu'on s'agite pour retrouver du travail, tout du moins jusqu'à 5x ans). Curieusement, comme les chiffres récemment publiés le montrent, le régime est équilibré et ses pertes viennent uniquement des versements faits à Pôle Emploi, le système public totalement inefficace et effroyablement coûteux de "gestion" des chômeurs.

Les cotisations chômage sont très fortes en France. Elles viennent aggraver les charges salariales, donc le manque de compétitivité et donc le chômage. Le serpent se mord la queue. On en est alors venu à dégrever les charges sur certains emplois, ce qui revient à faire payer le chômage par la dette sociale et/ou l'impôt, ce qui réduit la demande globale etc. Le serpent se remord la queue.

Le système est remarquablement contradictoire. Il est impossible à réorganiser sans contrainte extérieure forte. On l'a vu en Grèce : quand l'argent emprunté a manqué, le chômeur s'est retrouvé seul avec sa vraie misère. L'explosion des systèmes mal foutus fait toujours beaucoup de mal aux pauvres.

Les candidats aux candidatures présidentielles se tortillent pour sortir de cette équation à zéro solution. Oublions les propositions qui consistent à sortir les chômeurs de leur statut en les envoyant en stages bidons, en emplois plus ou moins fictifs, au service civil et militaire, ou en formation bidon etc. Oublions également les vaticinations contre les faux chômeurs qu'une répression accrue permettrait de débusquer.

La question de l'emploi ne concerne pas seulement les chômeurs, mais aussi ceux qui pourraient travailler et qui ne le font pas pour différentes raisons, ou qui ne peuvent pas travailler officiellement pour des raisons légales, comme les réfugiés, certains SDF européens et les immigrés clandestins ou ceux qui n'ont pas droit à l'indemnité parce qu'ils sont en fin de droit ou qu'ils n'ont pas encore travaillé, donc n'ont pas acquis des droits au chômage.

Mettons en exergue quelques anomalies délirantes. Un fonctionnaire qui a une garantie de l'emploi paie pour le chômage des autres mais pas son patron : deux anomalies en une seule. Les frontaliers paient des cotisations chômage à l'étranger mais touchent le chômage en France ! Cette réalité méconnue a été publiée dans la presse la semaine dernière et il s'agit de sommes vertigineuses. Aucune réaction du gouvernement. On reste frappé qu'aucun programme n'offre de s'attaquer ne serait-ce qu'aux situations absurdes. Comme si l'absurde était normal par le seul fait qu'il existe.

En matière d'emploi tout reste figé dans la posture et les faux-semblants.

Est-il possible d'affirmer une politique économiquement sensée et pas simplement "réactionnelle" dans ce domaine ardu de l'indemnisation du chômage ?

Une condition préalable est ne pas voir le chômeur comme une victime mais comme un agent économique conscient qui sait faire ses calculs, même si ces derniers sont parfois à courte vue.

Quelques exemples montreront pourquoi ce changement de point de vue est nécessaire.

L'énorme majorité des jeunes Français cherchent à se faire employer dans les différents services publics. Ils savent que s'ils y parviennent, la question du chômage est réglée pour eux et qu'ils auront certes une vie restreinte en capacité d'évolution et de pouvoir d'achat, mais que le travail sera modeste, les loisirs importants et la protection syndicale forte. On peut même faire de la politique et espérer les forts revenus qui lui sont aujourd'hui associés. Cette aimantation est dramatique pour le marché de l'emploi privé qui devrait être la norme. L'emploi industriel, comme celui du secteur du bâtiment, est laissé de plus en plus aux nouveaux arrivants. La fuite devant l'apprentissage vient autant de la préférence massive pour les petits postes dans les trois fonctions publiques que du mépris de l'Éducation Nationale pour cette activité trop près des entreprises.

Une des priorités nationale est de casser cette aimantation. La solution est simple : réserver le statut de fonctionnaire protégé à la catégorie A et contractualiser tous les autres postes. l’Etat serait obligé de payer les cotisations patronales sur ces postes professionnels en même temps que les salariés seraient au régime général. Les recettes disponibles pour le chômage seraient fortement accrues, facilitant bien des évolutions, comme notamment la baisse des cotisations dans le domaine marchand non protégé. L’Etat perd son avantage dans la compétition pour les salariés puisqu'il est obligé de payer comme les autres et non pas moins que les autres. L'alignement des systèmes de retraite est l'autre moyen de supprimer cette funeste aimantation.

Il deviendra à nouveau, pour les familles, rationnel de s'intéresser à autre chose qu'aux petites filières demi-intellectuelles alimentant les trois fonctions publiques. L'apprentissage reprendra sa valeur. L'emploi privé aussi, ce qui réduira cette véritable anomalie qui est l'impossibilité de recruter des salariés de qualité et bien formés pour les petites entreprises à potentiel de croissance.

Ceux qui connaissent des économies étrangères comme celle de la Suisse ou de l'Allemagne se rendent compte immédiatement de l'anomalie française qu'est la préférence nationale pour l'emploi protégé public. Ceux qui observent ce qui se passe en Grèce ou dans le sud de l'Italie, savent que certaines populations ont fait un choix encore plus radical et plus intenable en faveur de l'emploi public subventionné. Nous avons la Corse. C'est pas mal non plus.

Il doit redevenir rationnel de penser en France que c'est l'emploi professionnel (public ou privé, les conditions seront les mêmes) qui doit être la priorité. Actuellement il est rationnel de viser l'emploi public. Cela déforme tout.

 L'emploi est d'abord un calcul. Les calculs individuels, quand ils se consolident, ont des conséquences majeures. La France a recruté depuis trente ans près de 3 millions de personnes dans les postes subventionnés par l'argent public et créé six millions de chômeurs. Un emploi public = deux chômeurs. La loi est d'airain. Le PS a gagné politiquement depuis trente ans parce qu'il était le principal pourvoyeur d'emplois publics nouveaux. Ce clientélisme a payé électoralement. Tant que le nombre des chômeurs était gérable. Il s'effondre parce que ce mécanisme est désormais impossible du fait des déficits, de la dette et de la surimposition générale avec les résultats que l'on sait sur le nombre de chômeurs.

Rappelons une réalité que personne ne souligne jamais : nous avons le taux d'emploi salarié privé quasiment le plus bas du monde d'économie comparable. Si nous avions les taux de salariat des pays comme l'Allemagne, l'Angleterre ou les Etats-Unis, nous aurions 25-27 millions de salariés privés et non 16 millions ! Un écart structurel de près de 10 millions tout de même.

On voit qu'on est loin des polémiques sur l'indemnisation stricto sensu. Mais la réalité est telle que ces considérations sont un préalable obligatoire à toute étude d'indemnisation. Pas de politique contre le chômage tant qu'on ne supprime pas le statut de la fonction publique pour tous les fonctionnaires actuels qui n'ont pas la catégorie A et une partie de ceux qui l'ont. Certains voudraient supprimer le statut du fonctionnaire territorial. Nous sommes d'accord pour le conserver pour les très hauts postes, ne serait-ce que pour imposer le recours au concours pour recruter. Le clientélisme est agaçant pour les postes de jardinier. Mais il serait désastreux pour les hauts postes administratifs régionaux.

Donnons maintenant quelques exemples qui montrent que le régime d'indemnisation peut entraîner des comportements rationnels favorisant le chômage.

Lorsque Giscard et Chirac ont annoncé une indemnisation de deux ans à 90 % du dernier salaire des salariés licenciés, on a vu des choses étranges. Certains cadres supérieurs jeunes ont demandé qu'on les licencie "économique". C'était pour eux une décision parfaitement rationnelle. J'ai déjà  cité dans un article de ce blog  le cas d'un ingénieur en chef d'une société de conseils américaine qui exigeait ce licenciement et ne comprenait pas qu'on le lui refuse. Il avait calculé que son revenu augmentait (d'environ 10 %) compte tenu de l'arrêt de certains prélèvements ; il n'avait plus à payer son loyer parisien, car il comptait s'installer pendant deux ans dans la maison de vacances de ses parents à La Baule, tout en, s'inscrivant en doctorat à l'Université de Nantes. Il ferait le moniteur de voile en été et de ski en hiver. Sa femme ne travaillait pas. Tout dans tout, le revenu du ménage augmenterait de près de moitié pendant deux ans et sans travailler. Il pensait, à juste titre pouvoir retrouver un emploi sans difficulté avec ses qualifications professionnelles acquises et son nouveau statut universitaire. Il ne comprenait absolument pas pourquoi on lui répondait "non". C'était du déni de droit.

Leçon : il ne faut jamais offrir un cadre d'indemnisation durablement garanti permettant des calculs économiques rationnellement en faveur du chômage indemnisé.

On dira : votre exemple est un peu vieux. Donnons-en de plus récents.

Deux cadres supérieurs travaillent dans un fleuron de l'industrie cosmétique française. Ils s'aiment d'amour tendre et veulent après leur mariage mettre un enfant au monde dans les meilleures conditions. L'entreprise a pour politique de décimer régulièrement son portefeuille de jeunes cadres dynamiques, pour ne garder que les meilleurs. Elle indemnise généreusement les partants. Nos tourtereaux savent qu'ils pourront bénéficier d'une indemnité très forte : près de deux années de salaires. Ils regardent maintenant le régime indemnitaire du chômage et constatent qu'ils peuvent pratiquement passer trois ans avec une indemnité au plafond et que ce plafond est élevé : près de 6 000 euros par mois.

Le calcul est vite fait. Ils louent pour deux ans leur appartement à Paris et emménagent dans ce cas aussi dans la maison de vacances sise dans une île magnifique de la Méditerranée. Le bébé a été très heureux pendant deux ans, merci ! Et nos glorieux parents ont retrouvé sans difficulté chacun un emploi de direction le temps venu. Que ce bel effort ait été financé à hauteur de 200 000 euros d'argent public ne les a pas troublé : "on paie tellement d'impôts en France. Il faut se défendre et voir les choses comme elles sont".

Leçon : il ne faut utiliser les indemnités publiques qu'après épuisement des indemnités privées (sur la base d'une indemnité mensuelle de 54 % du dernier salaire, deux ans de salaires d'indemnités privées pourraient financer quasiment quatre ans au chômage avant que l'argent public ne soit sollicité). Il faut également plafonner les indemnités par ménage. Si ces mesures avaient été prises, nos tourtereaux auraient probablement choisi de faire carrière. Au total le gain net pour les fonds d'indemnisation du chômage aurait été solide.

On trouve ce genre de calcul dans l'ensemble de la chaîne d'indemnisation, avec des niveaux de dépenses publiques différents selon l'ambition des calculs individuels. L'échec du RSA est venu entièrement d'une mauvaise compréhension des calculs rationnels des rmistes. Ceux qui, au prix d'une grande ténacité, avaient réussi à cumuler tous les avantages du chômeur et trouvaient leur situation acceptable, n'entreprirent surtout pas d'entrer dans le nouveau statut. Les expérimentations l'avaient prouvé de façon très claire.

Autre exemple : des maires de stations balnéaires ont créé des "villages de femmes isolées avec enfants" pour conserver leur école et leurs services municipaux. Le cumul des aides municipales, départementales, régionales et nationales, permet à ces familles de vivre assez confortablement sans travailler officiellement, tout en ayant le toit et le couvert, les soins, et l'enseignement,  offerts. Inutile de dire qu'il ne faut pas trop vérifier le caractère "isolé" desdites femmes, ni la réalité de leur patrimoine ni le travail au noir. La fraude arrive très vite. Tout le monde est complice. Ajouter quelques hommes en invalidité permanente grâce aux bons soins de l'équipe médicale locale, et vous vous retrouverez en… Corse !

Autre cas classique, le commerçant qui recrute un parent le temps d'accumuler les droits au chômage et qui le licencie immédiatement après pendant tout le temps de l'indemnisation. Et on recommence. Aujourd'hui beaucoup de jeunes prennent un emploi pour quelques mois afin de pouvoir ensuite se retrouver au chômage pendant un temps, subventionné par Pôle Emploi.  Demandez à tous les gestionnaires de fast food ! Evidemment il faut parvenir à se faire virer. Ambiance garantie dans la boîte.

Évidemment le cas le plus flagrant d'un calcul collectif portant sur l'exploitation des indemnités du chômage est celui des intermittents du spectacle. Si on est passé en trente ans de 10 000 employés sous ce statut à plus de 200 000, ce n'est évidemment pas du fait de l'extension de l'industrie du spectacle. Le calcul conjoint du salarié et de l'employeur est rapide et sans ambiguïté. "Il faudrait être un imbécile pour ne pas en profiter".

On est loin dans tous ces cas, du pauvre salarié qui se retrouve malgré lui au chômage, à un âge élevé, sans grande qualification, dans un marché du travail atone.

L'indemnisation du chômage est un art tout d'exécution. Pour éviter que son coût ne devienne intolérable, il faut obligatoirement bloquer les calculs rationnels qui en font, pour un temps,  un moyen de revenu  suffisant.

Pour cela il faut rendre clair que l'emploi professionnel privé est quasiment la seule voie de l'emploi "normal" et que la décision d'être chômeur ne doit pas être un choix rationnel, et encore moins comme actuellement, avec la dernière loi Macron, le fruit d'un pacte négocié avec le patron.

L'entreprise qui licencie prend en charge le temps normal de retour à l'emploi qui devait être entre trois et six mois selon l'âge. Si le salarié n'a pu retrouver du travail dans cette période et peut prouver qu'il a tout tenté pour en retrouver un, il peut prétendre à une allocation de solidarité temporaire de retour à l'emploi. Elle n'est pas garantie. Il faut réellement avoir prouvé qu'on a tout fait pour revenir dans l'emploi. Elle peut être renouvelée mais dans des conditions de moins en moins favorables, par tranche de trois mois.

L'idée n'est pas de priver d'un secours légitime celui qui subit un licenciement. Mais d'éviter que certains construisent un plan de vie, momentané ou non, sur l'argent des autres.

On notera que nous n'avons pas parlé de formation. La question de la formation n'est posée que du fait de la préférence du système scolaire officiel pour la formation pour l'emploi administratif de demi-intellectuels. Comme la formation professionnelle actuelle est cannibalisée par les partenaires sociaux pour tout sauf la formation des chômeurs et que pôle emploi est pratiquement incapable de proposer une formation réellement qualifiante, ergoter sur la formation des chômeurs est au mieux, une licence poétique. Beaucoup de cadres fort bien formés sont au chômage.

De même, nous n'avons pas évoqué la question du plafonnement et de la contractualisation du mode de calcul de la prime de licenciement. Bien sûr, il est très dommageable qu'une entreprise ne sache pas au départ combien lui coûtera un licenciement éventuel et les contrats précaires sont naturellement l'effet non voulu des hyper-protections accumulées depuis les années 1970. Il faut néanmoins admettre que les situations sont très différentes. Un groupe prospère à capitaux étrangers qui liquide une entreprise ou un département rentable pour transférer tout ou partie de l'activité française à l'étranger, doit faire intervenir dans sa décision le coût des dés-économies externes que sa décision provoque et, notamment pour les très grands licenciements, être amené à payer très cher l'indemnisation de ces "externalités". Faciliter ces opérations est absurde. Dans bien des cas, le pays d'accueil finance des économies externes pour faciliter l'installation. Imposer la compensation du préjudice causé permet d'éviter ces violations grossières de concurrence. Même dans les contrats individuels, on peut imaginer bien des situations où le licenciement prématuré pourrait être "anormal", par exemple lié à la volonté de décapiter l'équipe d'un concurrent. Le juge doit donc garder un regard sur le licenciement "anormal" tant par son ampleur que par ses motivations. Les entreprises dynamiques qui recrutent des cadres et sélectionnent les meilleurs au bout de quelques années, comme on l'a vu dans un de nos exemples, ne doivent pas bénéficier de la complicité de la loi pour mettre en œuvre, à bas coût, son système d'épuration.

En revanche on peut fixer les règles d'une indemnité forfaitaire progressive "normale" pour les particuliers, les artisans et les PME-PMI de moins de 200 personnes.

Quand on regarde les programmes des candidats déclarés en matière d'indemnisation, on est frappé par l'absence de parler vrai, remplacé par des postures, par le manque de pertinence caché derrière des slogans ou par des options si générales qu'on ne peut savoir précisément ce qui changerait.

Une équipe présidentielle devrait pouvoir présenter non pas des idées générales mais des projets de lois, y compris les décrets d'application. On sort de l'ambiguïté à son désavantage dit le démagogue. La clarté sert le réformateur exigeant. Quand on passe cinq ans dans l'opposition, on a tout de même le temps, sur les questions clé de faire ce travail et de l'adapter continûment. Naturellement ce texte fera une fois élu l'objet d'un débat parlementaire. Mais au moins on saurait où on va.

Tout reste à faire.

Avis aux bons candidats !

L’inaction : une maladie française ?

De nombreux articles  publiés ces dernières semaines insistent lourdement sur le fait que la haute fonction publique française a mis la main sur l’Etat, ce qui est normal, mais surtout sur la politique, ce qui ne l’est pas.

Le nouveau livre de Sophie Coignard et Romain Gubert , « Ca tiendra bien jusqu’en 2017 », Albin Michel, vient ajouter une touche de scandale à cette réalité en démontrant avec force exemples  que l’ensemble de ce petit monde mêlant administration et politique  n’a qu’une ambition : durer, sans jamais résoudre quelque problème que ce soit, mais surtout en lâchant tout à la rue de peur de perdre le pouvoir et les privilèges qui vont avec.  Surtout pas de vagues !

Cela fait longtemps (1977) que nous avons théorisé le règne de la haute fonction publique sur le pays sous le concept d’Enarchie Compassionnelle.  En fait nous résistons à cette idéologie depuis que  le Club Jean Moulin, à la fin des années 60,  avait conduit à l’extase les tenants de cette oligarchie publique malvenue et sans fondement. Elle prétendait à tout, y compris à redéfinir l’entreprise privée.  Nous avons souligné à plusieurs reprises que « Pour une réforme de l’entreprise » de François Bloch-Lainé était devenu, pour tout lecteur d’aujourd’hui, un objet de franche hilarité.  Le mouvement, purement intellectuel  dans les années soixante est devenu une réalité politique prégnante avec l’arrivée du couple Giscard-Chirac, pour s’épanouir sans limite  à partir des présidences Mitterrand.

Notre nouveau gouvernement socialiste reste une  illustration impeccable de ce mouvement. Au-delà de l’esprit médiocrement politicien, dénoncé partout pour son caractère caricatural, ce remaniement  est l’exemple même d’une opération politicienne montée par un énarque pour se faire réélire en se souciant comme de l’an quarante des besoins du pays.  Les commentaires vachards qu’il suscite  s’attardent, et c’est nouveau, sur l’ineptie de nommer des fonctionnaires sans carrure à des postes qui exigeraient des expériences civiles approfondies.

On peut naturellement  s’insurger contre un gouvernement où les affaires étrangères sont tenues par un prof d’allemand n’ayant pas prouvé de grandes capacités comme premier ministre, que l’Europe soit entre les mains de l’inexistant Harlem Désir,  que le Travail soit revenu à une personne n’ayant jamais travaillé et l’Education a une franco-marocaine dont les prouesses universitaires restent à découvrir.

Mais c’est la nomination au Ministère de la culture qui souligne le plus les déviations dénoncées. La charmante française d’origine coréenne qui en était le ministre n’avait aucune qualification particulière pour le poste.  Celle qui lui succède a les mêmes (dons musicaux en moins). Mais ce sont des haut-fonctionnaires politisés et des femmes utiles dans la parité gouvernementale. On leur a soufflé leur texte : flatter, soudoyer et surtout pas de vagues. Le niveau zéro de la culture !

Au global, tout le monde est d’accord  sur le diagnostic : il faut mettre fin à cette tartufferie qui tourne à l’aigre, le pays n’étant plus gouverné. 

Le bât blesse, au moment de l’action.  Là, le vide s’installe en maître exigeant.  Chut ! Ne rien proposer. Absolument rien. Pourtant, si on veut vient tirer les conclusions pratiques que l’analyse pertinente suggère, les pistes d’action ne manquent pas.

Nous sommes en phase de révision constitutionnelle. Suggérons à nos constituants d’ajouter  deux très courts articles :

-          « Nul ne peut être élu dans une assemblée qui décide de sa rémunération et de ses conditions d’emploi ».

-          « Nul ne peut recevoir deux rémunérations de l’Etat ».

Cela nettoierait un peu notre démocratie de sa principale tendance à l’oligarchie.

Une seconde mesure serait de supprimer le statut de fonctionnaire pour tous les postes «professionnels », ne gardant cette garantie particulière que pour une partie de la catégorie A. Pourquoi une partie ? Parce que par exemples il n’est pas besoin d’être fonctionnaire de catégorie A pour diriger une crèche.  Il faut écheniller la catégorie A.

 D’autres pays ont contractualisé les intervenants du secteur public sans drame.  L’avantage : on peut restructurer, réduire, adapter, reconfigurer. Bref, on peut faire ce qu’il faut sans entrer dans des bagarres impossibles qui se terminent toujours sur le dos des contribuables. Exemple : ce qui se passe avec la fusion des Régions où on va aligner tous les salaires sur la région la plus généreuse et supprimer aucun poste malgré les doublons.

On peut aller plus loin en rendant plus mobile ce qui restera de fonction publique protégée.  L’administration est une suite de silos absolument étanches. Essayez, si vous êtes fonctionnaire à l’Assemblée d’obtenir un poste équivalent au Sénat ! Du coup on a deux armées mexicaines incroyablement coûteuses,  parfaitement pléthoriques et  sclérosées.

C’est vrai partout, dans l’Etat.

Si on est timide, et que c’est encore trop, on peut tout de même envisager quelques réformes minimes mais qui mettraient un peu de fluidité dans les rouages. Par exemple, on ne pourrait devenir titulaire à la Cour des Comptes ou au Conseil d’Etat qu’au mérite, après 15 ans de vie administrative réussie. 

Trop encore ?

Alors  supprimons les mises à disposition. Cette facilité interdit toute comptabilité analytique.  Les fonctionnaires doivent signer des contrats de travail par unité de gestion. Lorsqu’ils sortent d’une unité pour aller dans une autre, on fait un nouveau contrat.  Il faut naturellement mettre fin à cette horreur qu’est la « mutation », ce qui suppose que la profession de  fonctionnaire ne soit plus un état  basé sur un rattachement statutaire, mais une capacité personnelle vérifiée susceptible d’emploi là où cette capacité est nécessaire n’importe où dans la fonction publique.

Si le capacitaire est momentanément sans affectation, il est géré par une entité chargée du placement public. Il peut faire un tour dans le privé tant qu’il veut et revenir ultérieurement.

Il est amusant que l’on songe à simplifier les relations entre entreprise et salariés mais que personne ne veuille toucher au seul endroit où les blocages sont la règle et la souplesse l’exception.

Il est redoutable de constater qu’à aucun endroit de l’échiquier politique, et dans aucune colonne de la Presse, ces mesures, « congruentes » avec les accusations portées, ne soient même envisagées.

Au contraire on voit la  droite, soucieuse de « renverser la table »,  bien partie pour mettre à sa tête un haut fonctionnaire qui a symbolisé le ni-ni chiraquien et un étatisme sans limite, en un mot tout ce que  l’Enarchie Compassionnelle a de plus contreproductif.  En y ajoutant la finesse politique qui a fait venir Jospin au pouvoir d’Etat et Delanoë puis Hidalgo au pouvoir à Paris. Alain Juppé est, de plus,  le seul à avoir perdu lors des dernières élections régionales.  Les Français sont curieux, tout de même.

Faire rentrer la Haute Administration dans sa bouteille devrait être un des enjeux des prochaines élections présidentielles.  Précisons  que nous sommes POUR une haute fonction publique de qualité et n’avons strictement rien contre l’ENA. Nous ne l’aurions jamais envoyée à Strasbourg.  Mais chacun à sa place.

En France, les constats sont généralement bons voire excellents ; les explications lacunaires voire inexistantes ; le passage à l’acte, inenvisageable.

Une question

L'INSEE chiifre l'endettement français à un peu plus de 4 mille milliards. McKinsey et Deutsche Bank au double, soit plus de 8 mille milliards.

La valeur ajoutée des entreprises françaises de plus de une personne du secteur privé non bancaire est de 1.250 milliards.

Qu'est ce qui changerait si la dette était à 16 mille milliards d'Euros ?

Le journal Les Echos analyse la crise.

Tout le monde se rend compte que l’optimisme déraisonnable né de « l’alignement des planètes » ne s’est pas concrétisé en 2015 et que le surgeon résiduel du début d’année 2016 a été coupé à la racine par le caprice des marchés. « L’année de la bourse » prédite par le Figaro sur cinq colonnes s’est traduite par une baisse de près de 20%. On était en route vers les 6.000 points du CAC 40 et nous voilà à 3.900 !  « Les marchés sont devenus fous, tous les fondamentaux sont excellents, surtout pour les banques ». « Les banques centrales s’avèrent impuissantes ».  La panique nous voilà !

Une occasion de lire un excellent journal, Les Echos, dans sa livraison du 13 février 2016.

On y apprend, sans commentaire, que le cours du nickel est passé de 51.600 dollars la tonne en 2007  à 7.600 dollars. En 2015, l’année de l’alignement des planètes, il a perdu la moitié de sa valeur. Cette évolution est la même pour toutes les matières premières, sauf l’or, classé à tort dans ce département depuis 1971.  N’apprend-on pas un peu plus loin que l’or, la vieille relique démonétisée, fait l’objet d’achats soutenus par les banques centrales : près de 600 tonnes ces dernières années ?  Ailleurs on voit que les puits de pétrole en activité aux Etats-Unis sont passés de 2000 à 500. Quand la valeur d’un  bien est divisé par trois ou sept, cela  devrait faire réfléchir. La montée hystérique des cours avant 2008 était purement spéculative et conduite par des banques et des fonds de placement absolument débridés. Personne n’a voulu savoir d’où venait cette liquidité et remettre en cause « la juste appréciation des marchés » seule capable de dire le vrai. Les cours retombent. Tous. Et ce n’est pas le gaz de schiste qui mène la danse. Mais la perte de près de 12 mille milliards de dettes encourue en 2008  qui finit de peser sur tous les comptes malgré le transfert des rogatons aux Etats et aux banques centrales.

Cela confirme tout ce que nous avons inlassablement répété.

L’article sur Mme Lagarde, seule candidate à la direction du FMI est incroyable jusqu’au psychédélique. On ne sait pas si Lucie Robequain, l’auteure, a bien mesuré ce qu’elle écrivait.

« Le talent de Christine Lagarde est d’avoir beaucoup œuvré pour faire oublier  son statut d’Européenne ».   Il est vrai que la journaliste a rappelé que pour K. Rogoff, le choix d’un européen à la tête du FMI était un « incroyable anachronisme ». « Elle a pris le contrepied des mesures qu’elle préconisait lorsqu’elle était Ministre des finances à Bercy ». L’incohérence serait donc une vertu ? Voire la trahison des exigences nationales françaises ? « Christine Lagarde a imposé une image plus humaine du FMI en défendant la cause des femmes et du réchauffement climatique ». C’est évidemment ce qu’on attend d’un directeur du FMI. « Elle a été renvoyée devant la Cour de Justice de la République Française » conclut la journaliste. In cauda venenum.

On nous a parfois reproché l’article un petit peu sceptique sur Mme Lagarde que nous venons de commettre. Mais là, on dépasse toutes les limites dans la méchanceté. On croirait entendre Eric Zemmour : ce machin n’ayant aucun pouvoir on y a mis une femme, de plus menacée par la justice, trahissant ses propres actions et l’Europe et faisant sa révérence aux Etats-Unis, tout en soignant son image féministe et écologiste.  Tableau !  Si on voulait signaler que le FMI était une institution morte, on n’aurait rien écrit d’autre.

 

Autre tableau, la chute retentissante des fonds américains : Carlyle, Blackstone, Appolo, KKr, ont perdu entre 50 et 66% de leur valeur boursière. La spéculation éhontée, « çà eut payé, mais cela ne paie plus ». Les dirigeants de ces groupes ne sont pas contents des marchés « incapables d’apprécier la force de leur modèle ».  Alors ils rachètent leurs actions. Rien que du positif, question production réelle.

Un certain Anton Brender écrit qu’il faut « convaincre les marchés qu’il y a bien un pilote dans l’avion ». Mais on a supprimé les pilotes parce que les marchés « avaient toujours raison ». La solution : « les autorités financières mondiales  doivent d’abord accepter un fait : la libéralisation financière qu’elles ont prônée a conduit à un système financier globalisé  dont la plage de stabilité est limitée ». Comme c’est bien dit. « Savoir si les autorités souhaitent coopérer est une autre question ». « Pour l’instant leur souci semble être plutôt d’éviter que leur monnaie s’apprécie ». Les changes flottants ne serait-ils plus l’extraordinaire panacée qu’on nous présente depuis 1971 ? Un petit doute s’est-il insinué ? « La BCE cherche à soutenir la croissance et à faire baisser le chômage sauf qu’elle ne peut pas le dire ». C’est bien, ces institutions qui font l’inverse de ce que leurs statuts préconisent et qui doivent se taire ?  L’ennui c’est que cet article se contente d’appeler à l’envoi de signaux forts qui prouveraient qu’il y a un pilote dans l’avion. Pas de chance il n’y a pas de pilote. Relire pour s’en convaincre ce qu’on vient d’écrire sur le FMI et Mme Lagarde.

Selon les articles, l’explication des évènements change. Le ton dominant est que la crise des marchés serait irrationnelle et la marque d’une « nosophobie aggravée des investisseurs» (peur irrationnelle d’attraper une maladie). Les marchés sont sains, mais pas les investisseurs. Dommage. Pour Eric Le Boucher, « le mal n’est pas dans la finance mais dans la politique ». « Mettez du vin mousseux dans du porridge cela donne un truc infect ». Le porridge est la rigidité des Etats qui font grumeaux et refusent d’entrer joyeusement dans la mondialisation. La spéculation fait son boulot. Elle pointe les failles au Sud et au Nord. « Que font les autorités ? ». « La tentation populiste gagne à Varsovie et  au New Hampshire ». « Les marchés sont en droit de douter de la qualité des gouvernements ».

Il faut dire qu’avec le nouveau gouvernement français, nous sommes sauvés. Il aurait « le souffle court » grince le Journal. L’understatement est un art.

Pensons au lecteur qui ne saura plus, à la fin de la lecture, si ce sont les marchés qui sont le problème, ou les investisseurs irrationnels et nosophobiques, ou les banques centrales car un « environnement de taux négatifs peut inquiéter car il est malsain » (Xavier Rolet  - directeur de la bourse de Londres), ou les banquiers, ou les fonds de placements, ou les autorités financières mondiales ou les gouvernements.

Finalement rendons grâce à l’éditorial de Guillaume Maujean qu’on croirait directement tiré de notre blog.

« Nous sommes dans l’ère de la crise financière permanente ». « « Plus jamais cela » avait pourtant crié, dans un même élan, l’ensemble des autorités, gouvernements, institutions ». Lors d’un G.20 historique. Mais on n’a rien fait faute de diagnostic solide. « On a laissé les banques centrales seules faire face à la situation. Les pompiers pyromanes ont paré au plus pressé. Personne, pas même le FMI, ne s’occupe de regarder l’effet produit  par cette vertigineuse création de monnaie ».

Sur ce blog, nous avons critiqué dès 2009 l’inanité de la politique proposée par le G.20. Il aura fallu sept ans de réflexion pour que certains s’en rendent désormais compte. De même nous disions que les « banques centrales sont comme les psychanalystes : elles ne savent régler que les problèmes qu’elles ont elles-mêmes créés ».  C’est tellement évident. Maintenant presque tout le monde  voit que ces Reines d’un jour improvisées sont carrément nues et grelottent dans le froid des incohérences majeures et de l’absence de résultats probants.

« Le chacun pour soi domine. Les grands déséquilibres n’ont pas disparu. Les mêmes maux créent les mêmes séquelles ». Franchement nous avons l’impression de nous relire. « Il est urgent que nos gardiens du temple mènent une initiative internationale concertée si on ne veut pas que ce nouveau coup de tabac financier se termine par une crise encore plus profonde ».

Bravo ! Et Enfin !

Il reste juste à affirmer qu’il faut mettre fin aux changes flottants et à la liberté totale des mouvements de capitaux à court terme (la fameuse Hot money). Mais cela, c’est une autre affaire. Une transgression quasi impossible.

Dommage : il faut bien un nouveau Bretton Woods qui supprime ce qui était erroné dans des accords trop dominés par la puissance exclusive des Américains mais qui restaure les disciplines qui furent à la base des trente glorieuses.

Encore un effort, Messieurs des Echos !

Attention ! Ce qui doit arriver arrive.

Lors d'une récente conférence, un auditeur avait protesté violemment à un de nos commentaires : "les banques sont maintenant à nouveau solides. La crise financière est derrière nous. Dire le contraire est irresponsable et erronée". Telle était la critique virulente.

Nous venions d'affirmer que la perte latente de 12 mille milliards de dollars subie en 2007-2008 était loin d'être résorbée, étant entendu que le développement d'une dette nouvelle ouvrait à nouveau des perspectives douloureuses pour les organisations financières qui s'étaient engagées dans des opérations purement spéculatives. Faute de réforme du système monétaire et financier mondial en 2008, on allait à nouveau vers un krach bancaire et boursier qui serait moins grave en ampleur qu'en 2007-2008 mais malgré tout assez sévère.

Nous rappelions que les crises mondiales périodiques existent depuis longtemps, qu'elles commencent aux Etats-Unis et s'expliquent par des crédits aventureux qu'il faut bien résorber. Cette crise était à venir en 2016-2017. Les chutes brutales de prix, dans un environnement de crédits purement spéculatifs, étaient un signal fort que les banques allaient souffrir. Nous ne croyions pas que la chute verticale des prix du pétrole correspondait à un nouvel équilibre de l'offre et de la demande, propice à une croissance mondiale formidable, mais à l'effondrement d'une spéculation excessive identique à celui qui se produisait simultanément sur les marchés de toutes les matières premières. "L'alignement des planètes" n'était pas un mythe, mais l'effet bénéfique ne pouvait pas masquer que des forces telluriques étaient à l'œuvre dans les bilans des banques et sur les marchés de spéculation.

Nous ne sommes pas des catastrophistes adorant annoncer des horreurs ou se complaisant dans la critique acerbe pour le plaisir du défoulement. Simplement, nous pensons que les évènements ont des causes. Si elles sont ignorées, les mêmes effets sont à attendre des mêmes causes. Nous le disons depuis l'erreur fondamentale des premiers G.20 qui ont annoncé qu'on ne changerait absolument rien dans les principes et les modalités d'une organisation monétaire et financière qui venait de s'effondrer. Relance par la dette, transfert de la dette aux Etats et aux banques centrales, inondations de liquidités devaient permettre de passer le cap.

Huit ans après, l'ineptie de cette politique éclate à nouveau. De nombreuses banques sont au tapis comme la Deutsche Bank en Allemagne , Unicredito en Italie, Société Générale en France, sans parler de dizaines d'autres un peu partout.

Le discours ambiant est partout le même. Le monde a changé. il faut s'adapter et remettre en cause les modèles sociaux trop généreux ou trop rigides. Il faut faire baisser le coût du travail.

Or il n'y a strictement aucun rapport entre un taux d'intérêt négatif qui conduit une banque gavée depuis 2007 de crédits douteux à des opérations spéculatives aventurées ouvrant la voie à une jolie faillite  et le régime social des entreprises de production.

La finalité de l'économie reste évidemment de permettre une croissance globale de la prospérité et de garantir une amélioration des conditions de vie de tous.

L'organisation née à Bretton Woods avait aussi comme but de conforter la mise en place d'un "welfare state". L'analyse des travaux de cette conférence mythique montre que les congressistes avaient une trilogie en tête : ouverture libérale des marchés commerciaux ; cadre monétaire sain et empêchant les ajustements par la dépression ; cadre social garantissant une prospérité générale.

Depuis 71, le temps est à la destruction progressive des structures sociales, après avoir détruit le cadre monétaire sain.

Naturellement on ne peut considérer que "ruiner les riches" nationaux par l'impôt confiscatoire, en enrichissant les riches extranationaux, soit une politique sociale. Si les réformistes de la situation actuelle n'ont comme finalité qu'un libre échange débridée basée sur des circuits financiers déséquilibrés et des Etats tellement endettés qu'ils ne peuvent jouer leur rôle social, rien de bon ne sortira de la spirale de sottises consécutive. Nous l'avons écrit en 2008. Nous le répétons. La réforme doit porter d'abord et avant tout sur la gouvernance fautive du système monétaire et financier mondial, sur la correction de la rigidité coupable de la zone euro qui ne permet pas d'autre forme d'ajustement structurel que la déflation, et sur la correction des systèmes étatistes fondés sur la prédation fiscale et l'étouffement de la liberté contractuelle.

La campagne électorale française malheureusement, à droite comme à gauche, fait litière de toutes discussions sur la gouvernance mondiale et européenne. On se contente d'ajuster le modèle social français, dans l'hystérie fiscale à gauche, dans la promesse fiscale intenable à droite. Rien de bon ne peut sortir de ce schéma d'une débilité profonde.

Lorsque, dans une conférence de presse marquée par la complaisance des interviewers, le Président de la République Française, nerveux au point de dire parfois le contraire de ce qu'il entendait exprimer, se présente en réformateur acharné, et que sa dernière année de pouvoir sera consacrée à la baisse des charges sociales sur les salaires, on ne peut que lever les bras au ciel. Il n'y aura en fait aucune baisse mais un transfert sur d'autres que l'entreprise des charges en question qui demeurent inchangées voire aggravées faute d'une action réelle.

Les charges sociales financent la maladie, la retraite et le chômage. Toute la politique du gouvernement conduit à l'explosion de la dépense médicale dans le rationnement des soins. Le frein et l'accélérateur sont appuyés en même temps : gare aux dérapages ! Il n'y a  rien à espérer sur le front de la dépense-maladie avec la généralisation du tiers payant. Le chômage fait l'objet d'un traitement statistique qui aggrave simplement les coûts. On ne touche pas à l'âge de la retraite.  Résultats attendus : plus de dépenses, plus de pression fiscale, plus de dettes. Les entreprises, elles dépendent de la conjoncture mondiale qui s'abîme à toute vitesse, les derniers feux de la minuscule reprise de fin de cycle s'éteignant les uns après les autres.

Tout l'exercice est donc uniquement politicien et on aimerait qu'il ne soit que stérile. En fait il est catastrophique puisqu'il aggrave dette et fiscalité. Il ne débouche sur absolument rien d'utile. Le remaniement ministériel confirme cette vacuité avec l'intégration de personnalités lilliputiennes représentatives de chapelles ou d'un intérêt politicien minuscule en vue de la candidature nouvelle de François Hollande. On voit un président de conseil général réajustant sa majorité secouée par des dissensions de personnes et de clans et veillant à sa réélection. Pas un leader à la hauteur des enjeux français, européens et internationaux dans un moment dramatique.

Qui croit M. Ayrault, petit germaniste à la compétence professorale incertaine qui a montré sa dangereuse nullité comme premier ministre, capable d'une diplomatie économique de qualité ? Il n'est là qu'à but politicien, Hollande ne pouvant s'accommoder d'une fronde de ses propres amis. Comme il n'y a plus de diplomatie française, sur aucun terrain, voici donc un incapable à la tête d'un ministère régalien. On garde un président de conseil régional pour mener la guerre contre l'islamisme radical. Le choix de l'inconnu sinistre Urvoas, à la Justice, confirme que les Bretons sont aux commandes régaliennes de la France. Le bonnet rouge remplacera-t-il le bonnet phrygien ? Ne parlons pas des écolos en rupture de ban venus là pour la gloire de pouvoir dire plus tard qu'ils ont été une fois ministre. On a troqué la qualité contre le nombre. Minable.

Il est des moments de l'histoire de France où l'esprit du temps et les pouvoirs politiques sont tellement en décalage avec les nécessités qu'on ne peut envisager que le pire.

Nous y sommes.

Cercle des Economistes e-toile

Hollande et Sarkozy entre pathos et achat de vote

Le passage de Nicolas Sarkozy pendant plusieurs heures à la télévision, ponctuant son opération "grand retour", montre une fois de plus les dérives de notre système médiatique et politique.

Le passage au quinquennat a vu s'exacerber des tendances latentes. Les candidats sont de plus en plus obligés de faire du rase-mottes. Ils ont de moins en moins de recul sur les grandes questions. Ils sont amenés à ne travailler que leur image dans l'opinion et à satisfaire des catégories. Ce qui pousse à "l'achat de vote" par des mesures simples et fortes susceptibles d'accrocher le chaland.

Nicolas Sarkozy comme François Hollande sont symboliques de cette évolution désastreuse.

Nous avons souligné sur ce site que la dernière élection présidentielle marquait une régression phénoménale des mœurs politiques qui n'annonçait rien de bon. La situation politique actuelle ne fait que confirmer que la prochaine risque d'être au mieux du même niveau.

Claude Allègre, plus sage dans son âge que dans sa jeunesse, avait justement prophétisé que François Hollande ferait à la France ce qu'il avait fait au PS : mélanger les fils de façon si embrouillée que tout le monde deviendrait fou. Nous y sommes. Les petits croient pouvoir se faufiler plus facilement que les autres entre les nœuds. Il avait également diagnostiqué chez Nicolas Sarkozy un complexe de Zorro qui le conduisait à faire n'importe quoi pourvu qu'il puisse dire : "Moi seul l'ai fait". Bravo pour l'analyse prophétique !

Tout pousse les candidats à une vision narcissique et électoraliste de l'intérêt national. Elle se manifeste dans le travers permanent du pathos et de la mesure catégorielle démagogique forte. Tous les gourous de la communication ne cessent de le répéter. Lors d'un exercice de com', les gens ne retiennent qu'une impression et une idée. Une seule. Ces spin's doctors poussent donc leur client à l'étalage d'un pathos permettant de créer un sentiment favorable (brave type, sympa) et à la simplification du message, calibré pour être brutalement utilitaire.

Hollande commence l'année en proposant de sortir des statistiques 500 000 chômeurs qui l'empêchent de se représenter, avec de l'argent que la France n'a pas. Achat de vote à crédit. Il gracie largement une femme jalouse qui a tué dans le dos son mari volage après l'avoir piégé. Pathos. L'affaire Léonarda avait déjà donné le ton. On a besoin des lobbies féministes pour être réélu.

Sarkozy commence sa campagne dans le pathos d'un livre confession, et d'une émission qui sera une fuite continuelle dans la sentimentalité la plus mièvre. Mais le cœur du message est utilitaire : Je rendrai, dans les cent jours, 25 des milliards prélevés dans la chair de ma clientèle. Achat de vote. À crédit comme le relève à juste titre F. Lenglet.

La prochaine élection verra nécessairement ces travers s'aggraver si les deux candidats sont deux anciens présidents ayant également échoué. Le pathos et l'achat de vote risquent d'atteindre des sommets jamais vus.

Il est intéressant de noter que l'Europe et le Monde n'auront tenu aucune place dans l'émission de reconquête d'image de Nicolas Sarkozy. La crise est largement venue de l'extérieur. Il faut donc un diagnostic de la crise et une diplomatie de la prospérité, pourriez-vous penser. Pas un mot. L'Europe est clairement malade. On fait quoi ? Pas un mot.

On ne parle dans les deux camps que de la compétitivité à obtenir par la baisse des charges. Les "charges" seraient un simple abus commis par des vilains. On peut donc les supprimer d'un trait de plume, sans se préoccuper de ce qu'elles financent. Ce qui revient à renvoyer sur l'impôt et la dette des garanties sur lesquelles on ne s'étale pas et qu'on ne rabattra qu'à la marge.

On ne parle dans les deux camps que de chocs ou de contre-chocs. Le tout dans la frénésie des "cent premiers jours", dont on a vu dans un précédent billet qu'elle ne date pas d'hier, en citant l'exemple de 1986.

Sur fond de fatigue. Fatigue des deux duellistes, manifeste physiquement une fois encore pour Sarkozy lors de l'émission. Il y a quelque chose de fané dans le regard de Sarkozy qui n'était déjà que l'ombre de lui-même lors du débat avec Hollande en 2012. Il y a quelque chose de mort dans le regard de Hollande depuis des attentats uniques dans l'histoire du pays.

Fatigue du pays qui constate que tout se dégrade et que rien de solide ne sera fait pour revenir à une situation plus saine. Partout, des Français de tout âge et de plus en plus nombreux s'enfoncent sans espoir dans la difficulté, en même temps que les villes commencent à porter les stigmates d'un recul général de la "civilisation", et que les campagnes tombent dans la désespérance.

Décidément, l'opération médiatique "Sarkozy le retour", en même temps que l'embrouillamini ridicule sur une révision constitutionnelle hollandaise, politicienne et sans intérêt, démontre de façon limpide qu'il faut sortir rapidement de la querelle malsaine entre Hollande et Sarkozy.

La page doit être tournée et vite.

Le pathos et l'achat de vote sont déplacés face à la gravité de la situation nationale.

Il faut laisser une chance au débat sur les solutions de fond.

Enfin !

La France, entre blocage et utopies.

La marque des grandes périodes de stagnation est la montée des utopies et le verrouillage des situations acquises. Blocages et songes grandioses se mêlent pour créer un sentiment contradictoire de résistance et de changement.

La Sécurité Sociale en France est un immense échec. Au lieu de permettre l'émergence de solutions responsabilisantes et décentralisées sur chacun des grands risques, avec un foisonnement de solutions en concurrence mettant le citoyen au centre des décisions, les Hauts Fonctionnaires français ont imposé depuis Pétain la construction d'un Moloch technocratique fonctionnarisé qui a défini tout le secteur social comme relevant du service public, donc d'eux-mêmes, qui étouffe la société et l'emmène droit dans le mur.

On oublie souvent que la Sécurité Sociale n'est pas née du Conseil National de la Résistance, mais du régime de Pétain. Comme pour la banque, l'idée de manœuvre, basée sur le "fascio", était d'assurer la domestication du privé par l'Etat. La modalité, dans un cas comme dans l'autre, se fondait sur l'idée que le pion avait des obligations ou plus exactement des sujétions, et que l'Etat concédait à des intermédiaires sous tutelles des monopoles pourvu qu'ils admettent la tutelle la plus complète de l'Etat donc des Hauts Fonctionnaires.

Réduire les libertés et la responsabilité individuelle a été pour l'Enarchie Compassionnelle une constante qui a transcendé tous les régimes et qui prend aujourd'hui des dimensions anti républicaines que l'on peut considérer comme gravissimes, même si le public ne s'en rend pas compte, tant l'information est biaisée.

De brefs cris d'horreur s'entendent lors de chaque étouffement. Ils ne sont relayés par personne. Le message lénifiant du Leviathan, bassiné par une presse sous tutelle financière, finit par créer un cocon qui étouffe toute contestation. Un exemple tout récent ? Les gardiens d'immeuble étaient libres de s'assurer comme ils l'entendaient. Ils choisissaient leur mutuelle, la nature et l'ampleur de leurs garanties, ainsi que les coûts afférents. C'était leur affaire. Intolérable pour la haute fonction publique. Le domaine social est leur monopole et il importe d'empêcher la liberté de choix. Une loi nouvelle, a donc imposé aux syndics de prendre une assurance obligatoire pour leurs salariés. Et là, scandale : les prestations étaient déconnectées totalement des désirs individuels, moins intéressants et plus chers. On aboutissait souvent à des résultats totalement saugrenus : le revenu net de l'assujetti baissait, sa couverture également, et en plus il lui fallait prendre une assurance complémentaire pour des prestations qui n'étaient pas couvertes. Mieux encore, le système coûtait plus cher pour les copropriétaires : salauds d'employeurs !

On a donc réglé bureaucratiquement un problème qui n'existait pas, en favorisant des activités stériles pour un coût supérieur pour la collectivité. Le moteur de cette folie : l'idée qu'un système unifié et universel, totalement maquereauté par des intermédiaires sous tutelle est la seule solution. Quiconque dit le contraire est un "salaud" au sens sartrien du terme et probablement un "fasciste", tant la Reductio ad Hitlerum fonctionne en France, alors que la mesure est typiquement "fasciste" au sens originel du terme.

Les secteurs de la banque et de l'assurance sociale sont donc les deux modèles du développement en fascio en France, l'un dominé par l'Inspection des Finances et l'autre par les Conseillers d'Etat ou ceux de la Cour des comptes.

Le blocage fasciste, au sens propre, de ces deux secteurs, est couvert moralement par une conception disons extensive de la notion de service public et de protection de l'épargne pour l'un ou de la santé pour l'autre. Il dérive l'un et l'autre vers l'absence complète de vrais choix des assujettis, et une taxation constamment aggravée, entraînant les secteurs dans une spirale mortifère.

On a souvent étudié sur ce blog l'évolution du secteur bancaire. Ceux qui suivent ce blog savent que notre premier article concernait la sécurité sociale : "sécurité sociale : la réforme impossible".

Les Français ont compris que l'organisation bancaire française était un déni d'à peu près tous les principes républicains, et qu'elle était en risque majeure d'explosion avec perte de la totalité des comptes bancaires, assurance vie comprise.

Ils sont loin d'être aussi familiers avec les dérives "fascisantes" de la sécurité sociale. L'affaire n'a rien à voir avec une quelconque division droite -gauche. Le drame du RSI, l'intégration dans la sécurité sociale du régime des travailleurs indépendants, a été concocté par deux conseillers d'Etat de droite, députés UMP :  Dutreil et Bas. Sarkozy a cru un moment qu'il allait être le glorieux créateur d'une quatrième branche de la sécurité sociale. L'absence de moyens l'a fait reculer.

La sécurité sociale est devenue un enfer bureaucratique, une machine à créer du chômage de masse et une usine à dégrader la qualité des soins et la liberté des citoyens. Mais elle est sanctifiée et donc aspire à être sanctuarisée.

Le système étant à bout de souffle et prêt à exploser, il est intéressant de voir se développer diverses utopies destinées à le remplacer. On aurait tort de les rejeter du pied avec mépris ou nonchalance parce qu'elle nous projette dans un monde totalement nouveau. On aurait également tort de se défouler des difficultés actuelles en se réfugiant dans la seule utopie.

Une idée intéressante mais fort délicate à manier, est celle du revenu universel garanti, connu sous de multiples appellations et couvrant des réalités souvent très différentes, mais dont le principe est toujours le même : les multiples allocations disparaissent au profit d'une allocation unique indiscriminée. À charge pour les individus de faire leur choix. En rester là, ou faire plus et mieux en travaillant.

La force du concept tient à la fois à la responsabilisation des citoyens et à la facilité de la distribution. Finis les centaines de milliers d'emplois dans le contrôle et la distribution d'aides multiples et diversifiées. Fini le paritarisme. Fini la pression sur le salaire net. L'allocation universelle est donnée à tous et financée par l'impôt. Elle ne pèse plus sur l'entreprise. Finies les cotisations salariales et patronales. Adieu aux organismes de sécurité sociale. Adieu les contrôles et les investigations quasi policières des Urssaf. Le citoyen sera tenu de s'assurer. À lui de déterminer son assureur et le détail de ses prestations. Fini le tiers payant. Fini la gratuité universelle.

Chacun fait ce qu'il veut sachant qu'au pire, il sera au revenu universel garanti.

Il est amusant et facile de faire des projections en se basant sur les dépenses réelles constatées, puis de construire des systèmes plus ou moins affriolants.

L'exercice a au moins l'intérêt de s'éjecter loin de la dictature de l'existant. Surtout il permet de refonder bien des choses sur des principes alors que les institutions du moment dérivent de plus en plus vers le n'importe quoi opportuniste, du fait de l'emballement des résultats désastreux et intenables.

Il est bon que la pensée s'ébroue même au risque de l'utopie. L'Union Soviétique a eu bien du mal à sortir du soviétisme faute d'avoir caressé ce que pourrait être la transition vers un système capitaliste.

En revanche il faut garder un œil sur les dégâts que pourrait causer l'utopie si elle venait à conduire à des réformes trop rapides.

Le revenu universel garanti pose structurellement la question de son champ d'application et de la protection de cet espace. Qu'on l'imagine à 750 euros par mois ou à 2 500, il faut tout de même se rappeler que des centaines de millions de ménages ne vivent actuellement que sur la base d'un revenu disponible mensuel inférieur à 150 euros. Vive les frontières ! Sans protection, l'appel d'air serait phénoménal. Les Suisses ont instauré un système d "achat de sa bourgeoisie" pour mettre un frein à l'accès aux bénéfices variés de la sécurité sociale. On offrant une créance universelle à tous les citoyens du monde sur sa propre richesse, un pays qui institue le revenu universel garanti se met en grand danger.

L'autre grande question est la validité de l'hypothèse que, garanti à vie, le citoyen contribuera à la production. Vivre pauvrement en ne faisant rien, sachant que beaucoup de satisfactions nouvelles peuvent arriver par lnternet, sous forme de jeu, de vidéo attractive, de partage avec des "amis" et que le capital acquis permet à des enfants de familles peu nombreuses de se loger à bon compte, n'est pas sans attrait.

Quiconque a un peu de bouteille sait à quel point l'esprit humain peut profiter des cadres subventionnés et les détourner à son profit.

Nous avons déjà raconté ici comment dès le lendemain du passage de la loi Chirac sur l'indemnité chômage de deux ans à 90 %, les ingénieurs en chefs d'une grande société de conseil américaine sont venus réclamer  leur licenciement économique, et dès le lendemain du passage de la loi sur les indemnités de licenciement négociés, il y a quelques années, un couple de cadres supérieurs d'une société française en haut du CAC 40 a décidé de réclamer des indemnités de départ négociées importantes (près de 150 000 euros) et s'est mis en situation de toucher près de 12 000 euros par mois, tout en s'installant confortablement dans une jolie petite île méditerranéenne où la famille avait une maison "pour bien élever notre enfant pendant deux ans". Près de 500 000 euros payés par les autres sans travailler : formidable. Ils sont très fiers de leur bon tour fait à la société.

Comme la banque qui est à la fois malade et fondée sur le viol permanent des principes qui l'ont fondée, la sécurité sociale a été totalement subvertie et doit à nouveau être totalement refondée sur des principes nouveaux et clairs. Continuer sur la voie du "fascio" anti démocratique et piloté par l'Enarchie compassionnelle mène directement au désastre.

Mais il faut casser les blocages sans passer par l'étape utopie.

Le Club Périclès et les « cent premiers jours »

Ces références aux Grecs du Vème siècle av. JC ont quelques choses de réconfortant. On en revient toujours à l’essentiel : les bonnes réformes sous le soleil brillant de la sagesse. Bien sûr, on ne peut les faire que dans la foulée d’un grand succès électoral. La fenêtre des cents jours où on peut agir est une de nos idées forces qui traversent le temps. A croire que la démocratie ne peut fonctionner que cent jours. Après ? On ne sait trop comment juguler les forces de rappel qui noient toute volonté d’agir.

Va donc pour ce club Périclès et regardons son programme de cent jours.

« Notre monde n’est plus celui de 1935 ». Toujours cette notion de mutation à la quelle il faut s’adapter.

« Il ne faut pas nous laisser imposer une parité monétaire qui serait préjudiciable au développement de son économie ».

« L’allégement des charges  pesant sur les entreprises, une plus grande flexibilité de l’emploi, permettront à notre appareil productif de se reconstituer ». « Il faut diminuer les prélèvements sociaux  dans un délai de 5 ans »

« Nous restaurerons la confiance ».

« Les travailleurs immigrés, sans être racistes ou xénophobes, posent un réel problème ». Plusieurs millions d’étrangers ont des cultures incompatibles « avec le fonds gaulois » et posent donc un problème d’intégration insoluble.

« Réduire le chômage, le nouveau gouvernement ne pourra se dérober à cette impérieuse exigence de l’opinion ». « Une chose est certaine aujourd’hui : il n’y a pas de réponse socialiste au chômage ». Dans les 100 jours il lui faut sinon obtenir des résultats  du moins accomplir des gestes significatifs ». Le premier est de « libérer l’économie ». Le second est de libérer l’immobilier « particulièrement frappé  par les décisions erronées du gouvernement socialiste ». Le troisième est l’apport de l’état au soutien de l’emploi. « Pendant trois ans il prend en charge pour toute création nette d’emplois une partie de la cotisation patronale ». En quatrième, il faut un choc de simplification. « L’industrie est freinée par l’étendue et la superposition des règlementations ». Il faut convier les partenaires  sociaux à une conférence sur « l’assouplissement des blocages à l’emploi ».

« Le temps est venu de réformer la formation professionnelle ». « L’apprentissage est la clef de l’emploi pour des dizaines de milliers de jeunes ».

« La crise économique s’est accompagnée d’un fort accroissement des prélèvements obligatoires ». « Ces taux sont parmi les plus forts des économies occidentales ». Le coût des syndicats de commune, des districts, des communautés urbaines  devra faire l’objet d’une surveillance particulière. « Pour être authentique le plafonnement des prélèvements obligatoires doit être assorti d’un plafonnement de la dette ». Il faut « mettre les collectivités locales devant leurs responsabilités ».

Les prélèvements opérés par l’imposition du revenu sont excessifs et quasiment abusifs. « Le prélèvement de l’Etat ne doit en aucun cas dépasser le montant laissé au contribuable ». Il faut supprimer l’impôt sur le capital et sur les plus value mobilière. Pour les plus values immobilières, un impôt de 10% pour les plus-values de moins de 10% est amplement suffisant. « Notre système fiscal est trop complexe et doit être simplifié ». 

« Les taxes locales doivent être perçues sur la valeur ajoutée », ce qui en fait une TVA sociale.

« Pas de déficits budgétaires : les baisses d’impôts seront gagées sur les baisses de dépenses publiques »

Il faut supprimer la garantie totale du petit risque. « Nous proposons de suppression de la garantie jusqu’à la frontière du tarif K.40 dans l’échelle des actes ».

 Les prestations familiales ont été la grande victime de la gestion socialiste. « Depuis la Libération aucun gouvernement n’avait pratiqué une politique aussi nettement anti familiale ». Nous proposons de rétablir sans aucune modulation les prestations familiales et le quotient familial. Les prestations seront simplement fiscalisées à l’Impôt sur le revenu. 

Toutes les allocations et aides sociales seront confiées au département et pas aux organismes paritaires de sécurité sociale.

Pour l’immigration, compte tenu des circonstances, est proposé :

«  Un moratoire d’un an sur l’accueil d’immigrés nouveaux ».

« Tout étranger chômeur depuis plus de trois mois est renvoyé chez lui ».

« Tout délinquant étranger est renvoyé chez lui sa peine purgée ».

« Tout est géré par le préfet et non les juges ».

La décentralisation doit être revue. « Les déboires de l’assemblée régionale corse montrent les risques ». Dans les régions « le recrutement de personnel s’effectue trop souvent sans rigueur ni méthode par la voie du copinage politique ». « Il faut éviter l’enflure du fait régional ».

Ce programme est beau comme l’antique. Il semble qu’à droite comme à gauche, on pense qu’il faille aller en ce sens.

L’ennui, c’est qu’il date de 1985 et qu’il est extrait du livre d’Yve Guéna « Les cent premier jours » (Albatros – sept 1985).

Comment expliquer que trente ans après presque jour pour jour, la vie politique se réduise à rabâcher les mêmes diagnostics et proposer les mêmes formules ?

On peut dire : c’est la faute des Français. A chaque alternance, ils imposent une coalition autour du Parti socialiste qui fiche par terre l’économie, l’immobilier, l’emploi, les allocations familiales, la sécurité et poussent aux sommets la pression fiscale et l’immigration. L’alternance d’après, il faut tout remettre en ordre pour faire face aux conséquences. 

On peut dire : c’est la faute des politiques de droite : ils ne font pas vraiment le travail  et sont incapables de liquider le socialisme en France. Chirac et le « ni-ni », succédant à Giscard le fiscaliste gouvernant au centre, puis Sarkozy-la-fausse-rupture, ont ancré l’idée qu’il n’y a rien à tirer d’une fausse droite qui toujours frémit avant de réformer, se contentant d’une minimum de demi mesures. D’où le concours à droite des mâles propos expliquant que cette fois-ci cela va être différent, avec un Bayrou qui dit exactement le contraire, un Bertrand et un Estrosi qui font exactement le contraire, un Raffarin qui « raffarine » dans la recherche de l’union sacrée sur des thèmes ciblés,  une NKM qui joue à « plus bobo que moi tu meurs ». 

On peut dire aussi : c’est la faute aux crises cycliques, qui s’aggravent à chaque fois. Nous n’avions pas encore réussi à nous remettre de la crise de 73, que la crise de 93 nous est tombée dessus. Et la crise de 2008-2009 a été la plus terrible de tous. L’endettement il est partout, pas seulement en France. La surfiscalité, elle, étreint presque tout le monde. Le chômage est haut partout. La droite déçoit parce que c’est elle qui, à chaque fois, a pris la crise sur le coin de la figure. La gauche ne revient pas parce que les Français le veulent mais parce qu’ils se vengent de la crise en sortant les sortants.  Maintenant que le monde est pratiquement à l’arrêt avec une croissance minable, nous faisons encore pire qu’avant parce que nous avons touché un gouvernement socialiste au mauvais moment et un président démago, même s’il s’emploie à briser toutes les icônes idéologiques de gauche.

Lorsqu’on relit le texte de 1986, on note tout de même quelques différences avec la situation d’aujourd’hui.

On craignait alors le « travailleur immigré » et on pensait pouvoir domestiquer les immigrés musulmans de la seconde génération. Maintenant on s’inquiète de la seule présence de 6 millions de musulmans considérés assez généralement comme non assimilables, abusifs, violents et dont l’idéologie est bpotentiellement incompatible avec notre République et ses principes, du fait du fanatisme et de la violence intrinsèques à la religion musulmane. Et,en plus, ces drôles de Français, après avoir sifflé l’équipe de France de football black blanc beur au Stade de France, tuent des Français par dizaines aux terrasses des bistros parisiens et dans des stades, des trains ou des salles de concert. 

On croyait encore à une France qui était indépendante, souveraine et capable d’agir. Mitterrand ne l’avait pas encore réduite à quia par le Traité de Maastricht et le marché unique. Le gouvernement des juges commençait mais n’avait pas encore atteint la forme qu’il a atteinte aujourd’hui.  Les pays de l’Est n’étaient pas encore sortis du « socialisme réalisé » et on ne craignait pas l’arrivée massive de Roms quémandeurs et loustics de la Mittel Europa avec la reconstitution de taudis et des trafics moyenâgeux, ni les délocalisations massives et la concurrence de centaines de millions de travailleurs pauvres d’Asie.

Des lots d’immigrants comme on les voit maintenant auraient laissé les Français de l’époque totalement incrédules.

La situation est donc plutôt étrange.

Pour la droite, s’amuser à réciter les nouveaux « cent jours », comme il y a trente ans, est-il crédible et même simplement audible ?

Pour la gauche, croire qu’un peu sérieux économique permettra de se faire réélire sans coups férir,  comme il y a trente ans, est-il imaginable ?

Les enjeux sont beaucoup plus lourds et les pouvoirs disponibles plus limités.

Nous ne saurions trop suggérer à chaque candidat de relire le livre d’Yves Guéna. Non pas pour prendre des idées. Elles sont toutes sur la table depuis des lustres. Mais pour comprendre à quel point la répétition d’une vision étriquée quasi identique à celle d’il y a trente ans est une impasse.  

Une impasse inquiétante.

L'action du Cercle des Économistes E-toile en 2016

Les premiers intervenants de ce qui allait devenir le Cercle des économistes e-toile, ont commencé à s'exprimer avec l'arrivée des forums en 1997. Ils se sont rencontrés autour de quelques débats phares du moment et se sont trouvé d'accord sur les réponses :

- Que penser de la pétition des 1xx économistes en faveur des 35 heures ? Le plus grand mal.

- Comment s'explique la crise argentine ? Une nouvelle crise des changes flottants

- Pourquoi le délire de création monétaire ne se traduit pas dans les prix ? L'ouverture à la Chine et aux ex-pays de l'est ne permet pas d'augmenter les prix. Tout va dans l'immobilier et dans les bourses.

- Maurice Allais a-t-il raison d'annoncer une crise de 1929 renouvelée ? Oui. Mais elle n'a pas lieu maintenant. La grande crise viendra lors du futur épisode dur des crises décennales soit en 2009-2010

- Est-il vrai que la fin du travail est écrite dans le marbre des innovations techniques ? Non. Rifkin et son préfacier Rocard ont tort. Le monde créera d'ailleurs aussitôt plusieurs centaines de millions d'emplois.

- Les marchés financiers sont-ils réellement le vecteur de la bonne régulation des politiques économiques ? Non. Ils sont tenus par quelques grands intervenants et la spéculation amplifie tous les déséquilibres.

- Pourquoi le Japon sombre-t-il ? L'effondrement du dollar a ruiné l'épargne accumulée en dollar au moment des grands excédents.

- Existe-t-il une nouvelle économie dont les crises périodiques seraient définitivement bannies ? Sottise. Ce ne sont pas les stocks qui font les crises, contrairement aux facilités du cours de Samuelson mais les crédits bancaires en excès.

- L'Euro présente-t-il un danger et lequel ? Oui. On ne sait pas gérer les désajustements de productivité autrement que par la déflation. L'Euro stimule le laxisme. le cocktail est explosif. Un système de monnaie unique est contradictoire avec un système global de monnaies flottantes.

- Vivra-t-on le bug de l'an 2000. Non. C'est de la foutaise. Réécrire des fichiers du fait de changement de formats de données est la base de la programmation évolutive.

 - L'abandon des disciplines de balances de paiement notamment par la Chine et les Etats-Unis est-il bénéfique pour la prospérité ? Non. Les déficits sont recyclés et font monter le taux des dettes globales.

- L'abandon de toutes restrictions bancaires annonce-t-il un monde meilleur ? Non. L'excès de crédit crée un excès de dépôts et réciproquement. Sans contrôle on va vers le n'importe quoi généralisé.

- L'étouffement de type marxiste et trotskiste des relations entre patrons et ouvriers, propriétaires et locataires, clients et entreprises, mène-t-il à un mieux ? Ces cadenas portent en eux l'étouffement de l'économie tout entière.

- La décentralisation et le gonflement des effectifs régionaux sont-ils une bonne chose ? Une catastrophe. Il y a création nette d'emplois sans productivité..

- À quoi tient le gonflement indéfini de la dette globale ? Aux excédents et aux déficits monstrueux de certains pays qui impliquent recyclage monétaire permanent et un gonflement absurde des crédits.

- La crise de 98 est-elle "la crise des pays émergents" ? Non une crise du dollar flottant.

Sur toutes ces questions nous avons remis en cause les explications dominantes qui nous paraissaient totalement fausses. Quand on en trouvait. Les analyses que nous jugions les plus intéressantes étaient en général TOTALEMENT absentes des médias.

Quand on se penche à nouveau sur ces analyses de 1997 à 2000, il nous semble qu'elles ont toutes été validées par les faits. La suite a levé les doutes possibles sur leur pertinence.

On voit cette semaine même la question des 35 heures rebondir alors que les méfaits de la mesure ne sont même plus en discussion depuis l'effondrement relatif des échanges entre Allemagne et France depuis 2000.

L'étouffement trotskiste des relations sociales est également remis à l'ordre du jour du fait de ces méfaits. Mais les sottises de même inspiration de Mme Duflot dans le logement ne datent pas de très longtemps. Certains vivent encore sur l'idée qu'il faut tuer le renard libre dans le poulailler bunkerisé.

Personne dans les partis de droite et de gauche ne remet en cause de façon concrète le système monétaire international ni les mécanismes dépressionnistes de la zone euro.

On voit refleurir toutes les théories absurdes sur la fin du travail, à peu près aussi intelligentes que les théories récentes sur le pétrole à $600 le baril.

Bref le caractère manifeste des faits et de leur explication n'a qu'une influence modeste sur les esprits, tant est forte la prégnance des habitudes, des idéologies et des intérêts. Et de l'ignorance.

À partir de 2006, la montée vers la grande récession mondiale, l'étouffement de la France par le "ni ni", et le dérèglement progressif de la zone euro, après l'échec du référendum constitutionnel, offraient des axes nouveaux d'analyse, surtout dans la perspective des élections présidentielles de 2007.

Pour la première fois nous sommes intervenus directement auprès des candidats par écrit ou par lettre ouverte.

Nous paraissait dément le fait que la grosse crise arrivait sans que personne ne semble s'en rendre compte. Nous ne nous sommes pas beaucoup préoccupés du programme de Mme Royal, tant cette candidature était vouée à l'échec dès le départ. Le terrible affaiblissement du pays du fait de la politique DSK-Jospin nous paraissait de toute façon exclure une option socialiste à ce moment.

Le dépouillement du programme Bayrou montrait une vacuité étonnante. Sur tous les sujets, la réponse était la même : ils sont nuls ; quand ce sera nous, on saura faire parce que nous sommes les bons. Faire quoi ? Mystère. Le retour de la proportionnelle dans un régime présidentiel devait permettre à lui tout seul de mettre les meilleurs au boulot de façon unie et tout irait bien. Ce faux programme reste le leitmotiv de cette mini-mouvance.

Le programme de "rupture" de Nicolas Sarkozy était, lui, grevé d'une illusion dramatique : il ne prévoyait pas la récession qui allait gâcher la fête et les belles paroles annonçant une hausse phénoménale de la prospérité grâce à la libération des énergies. Nous l'avons, lui et ses équipes, lourdement averti de cette illusion dangereuse. Sans réponse, nous avons publié une lettre ouverte. Des fractions de ce texte ont longtemps été disponibles sur le forum du Monde. Absolument personne ne voulait voir venir la crise et personne n'envisageait qu'elle puisse avoir la moindre ampleur. La rupture annoncée par Sarkozy n'a jamais eu lieu, Sarkozy préférant préparer sa réélection plutôt que d'appliquer un réel programme de redressement. Une suite continuelle de demi-mesures, avec autant de concessions à la gauche pour se ménager un exercice électoral au centre la fois suivante, ne fait pas une politique. Surtout quand tout s'effondre et qu'il faut se précipiter les mains vides dans les jupes de Mme Merkel.

L'expérience était intéressante du fait de l'inconscience. générale initiale et aussi du détournement des institutions par des candidats en fait peu dignes de la fonction. La jouissance personnelle et l'absence à peu près totale de souci des mesures efficaces et des diagnostics utiles sont les deux mamelles de la présidence de 5 ans.

Nous avons ouvert ce blog parce que les forums disparaissaient, et surtout leurs archives. Ce qui ne permettait plus de mettre avec soi les analyses passées et leur débouché ultérieur. Il est important d'annoncer des conséquences et de vérifier si elles sont bien celles prévues. Pour simplement faire avancer la pertinence et évidemment pas la gloriole d'avoir eu raison avant les autres.

Les 450 articles publiés de 2008 à 2012, n'ont eu pour but que d'annoncer la crise et de l'expliquer tout en jugeant les politiques menées pour sortir de la récession. À chaque fois que nous avons annoncé en détail les conséquences le plus souvent mauvaises de mesures prises sans rapport avec un bon diagnostic de la situation, elles ont été confirmées par les faits ultérieurs.

Et nous sommes arrivés aux élections présidentielles de 2012. Elles ont été un exercice politicien assez abject. Non, le mot n'est pas trop fort. Nous lavons dénoncé violemment la dérive en son temps. Elles ne préparaient rien de bon et nous eûmes le pire. Comme Sarkozy, Hollande n'a dirigé qu'en fonction d'une stratégie de jouissance personnelle et de réélection sans aucun intérêt pour le pays.

Les élections actuelles ont un nouvel intérêt, tant on a touché le fond. Le monde des changes en folie avec des récessions partout alors qu'on devait connaître une formidable croissance ; une Europe de l'Euro étouffée par la liberté absolue des mouvements de personnes et incapables de contrôler la liberté totale de mouvements de capitaux. Une France totalement encalminée dans le chômage, la dépense publique, les impôts et la dette, incapable de la moindre réforme, sauf dans les mots.

Les médias s'intéressent uniquement aux chances de l'actuel et de l'ancien président, alors que leur réélection n'aurait aucun sens national. Ils ont tellement fait l'inverse de ce qu'ils avaient dit que tous les autres jurent de tenir leurs engagements, même les plus durs qui supposent des affrontements durs avec des maîtres chanteurs embossés depuis longtemps dans la République. En vérité aucune vraie direction ne se dégage. Parce qu'un langage de vérité est un obstacle majeur à l'élection.

Oui, il va falloir revenir sur la gratuité totale du petit risque, un gaspillage phénoménal. Qui en parle ? Personne. Si on ne le fait pas la possibilité de contenir la dépense par le simple rationnement de l'offre sera la mort de la médecine.

Oui, il va falloir revenir sur le statut des fonctionnaires hors catégorie A. Tous les professionnels doivent devenir des contractuels. Qui le dit ?

Oui, il va falloir réduire le champ d'action de l'action publique. Qui dit où l'Etat cessera d'intervenir et comment ?

Oui, il va falloir fixer un système unifié d'aides provisoires, diversifiées mais plafonnées pour les personnes en difficulté. Afin d'éviter les cumuls d'aides enchevêtrées et leur conservation ad vitam aeternam une fois obtenues. Guichet unique et panoplie d'aides temporaires, avec une distribution sous contrôle direct des élus régionaux et publicité des aides. On ne parle que d'un revenu garanti d'existence ouvert au monde entier !

Oui, il va falloir mettre en place un système d'aide aux personnes licenciées qui ne soient pas une véritable incitation à se mettre au chômage. Le licenciement négocié actuel signifie que l'Etat assume la conséquence du choix volontaire du salarié et de son entreprise de le faire cracher au bassinet. Avec trois ans de subventions et un an d'indemnité, cela fait quatre ans sans travailler et sans pertes de revenus. Franchement, est-ce raisonnable de ne pas exercer son droit au chômage ?

Oui, il va falloir toucher au GVT pour les fonctionnaires. Plus de glissement automatique des salaires mais des mesures individuelles, comme partout dans le privé. Aie !

Oui, il va falloir liquider des abus flagrants : intermittents au statut fou, EDF GDF, contrôleurs aériens, régimes spéciaux de retraite, dockers, ouvriers du livre. Qui en a envie, vraiment, sur chacune des cases de l'échiquier politique ?

Oui, il va falloir changer le statut de la haute fonction publique pour que la retraite soit comptée prorata temporis et non plus comme élément de statut. Qui le propose ?

Oui il va falloir interdire à la fonction publique de se faire élire dans des assemblées qui gèrent leur rémunération et conditions de travail. Qui l'annonce ?

Oui il va falloir interdire les cumuls de rémunération dans le secteur public. Qui en parle ?

Etc.

Sans une vision globale des problèmes qui nous accablent, impossible de faire autre chose que de lister des mesures impopulaires que l'on se sait incapable de mettre en œuvre.

Et que faire de la dette ? Là c'est le grand silence. Elle n'est tenable que si les taux d'intérêt sont négatifs comme actuellement. Donc nous dépendons des autres. Quelle est notre politique économique internationale ? Elle n'est définie nulle part, par personne.

On espère simplement que Draghi voudra bien continuer.

Quelles réformes de la zone Euro ? Silence. Quelles réformes du système monétaire international ? Silence.

L'observateur voit arriver la crise décennale "molle" qui suit les récessions dures. Elle mérite d'être annoncée et comprise. L'idée même que ce genre de chose existe semble totalement étrangère aux instituts de conjoncture qui tremblent devant les "cygnes noirs" et ne voit pas le rythme régulier des marées économiques.

Les questions internationales de fond seront éliminées du match des prétendants, comme il l'est généralement des médias qui mettent surtout en valeur les émotions provoquées par tels ou tels événements, sans jamais les expliquer. On croit décrypter alors qu'on glose.

Alors oui nous cherchons à influencer le débat présidentiel, dans sa composante économique. Non, nous ne croyons pas à une alternative "de gauche". On ne peut pas "perfectionner le socialisme" sur fond de diminution du revenu par tête de longue durée et d'affaiblissement de la natalité. Sinon on enfonce un peu plus le pays dans une situation inextricable. Nous ne croyons pas non plus à une alternative de droite qui serait simplement une potion à faire ingurgiter aux pauvres, aux fonctionnaires et aux étrangers.

Il faut une vraie politique économique et sociale, complète, qui dit les causes des difficultés, les remèdes que l'on cherche à apporter, la méthode que l'on va suivre, le bénéfice que l'on espère en tirer, dont le premier est de retrouver une parole crédible en Europe et dans le monde pour faire bouger les gouvernances qui doivent changer.

Il serait totalement faux de croire qu'une politique de redressement tenace et sévère soit si dure que cela à supporter. Travailler 40 heures avec 5 semaines de congés payés n'a rien d'indécent. Supprimer tous les systèmes abusifs pour revenir à la norme est de simple justice. Avoir une aide temporaire, plafonnée et dégressive en cas de perte d'emplois ou de difficulté sociale temporaire a été de règle en France et l'est partout ailleurs. Faire en sorte qu'un Inspecteur des finances ne touche pas une retraite pleine en revenant au bercail cinq jours avant son départ en retraite même s'il n'a travaillé que quelques années dans son poste, ne provoquera aucun drame. économique. Payer une partie des soins pour les rhumes et maladies légères est à la portée des citoyens d'un pays aussi riche que la France. Renoncer à un remboursement à 100 % du petit risque n'a rien d'antisocial quitte à traiter par exceptions les cas particuliers. Supprimer des pans entiers d'actions publiques dévoyées, comme les Frac, n'a aucune importance nationale. Fiscaliser le revenu du directeur du FMI et des agents expatriés ne serait que justice. Etc.

En jouant sur les mesures de fond et les mesures temporaires il est parfaitement possible de revenir à une situation d'excédent budgétaire primaire. Certes on ne fera baisser l'endettement public que très lentement. Mais la direction sera bonne.

Les expériences étrangères montrent que pratiquement tout le monde a été capable de revenir autour de 5 à 6 % de taux de chômage. On peut le faire sans grande difficulté technique.

En revanche on a besoin des autres pour éviter encore une crise financière dure, encore une déstabilisation d e tous les marchés financiers, encore une guerre des changes. Il est impératif d'imposer que les pays excédentaires, soit résorbent leurs excédents volontairement, soit paient une taxe de péréquation sur leurs ventes déséquilibrées à l'étranger.

Il faut être clair : les Allemands doivent payer une taxe européenne à la zone Euro de 10 % à 50 % sur leurs excédents vis-à-vis des autres pays de la zone Euro. Ces sommes serviront au désendettement global. De même il faut interdire aux pays pétroliers excédentaires les opérations en capital chez nous. ils doivent équilibrer leurs recettes avec des achats de produits et de services. Pas en réemployant les sommes pour acheter notre patrimoine. C'est vrai aussi de la Chine.

Si ces actions peuvent être mises en place de façon concertée en commençant par la zone Euro, nous pouvons retrouver une phase de croissance longue. De 45 à 71 nous sommes passés d'un endettement de 400 % à 75-100 % en moyenne en Europe. Le chemin est donc déjà connu. Il suffit de suivre la piste.

Comme nous ne cessons de le répéter, nous ne croyons pas à la notion de "monde nouveau" auquel il faudrait nécessairement s'adapter, pas plus que nous croyons à la catastrophe imminente qui doit mettre fin à "l'anthropocène" dans les dix ans. Nous croyons à un environnement économique malade du fait de mauvaises structures et de mauvaises pratiques. Quand Nicolas Baverez affirme que les Français "doivent rompre avec le déni et présenter des projets ambitieux placés sous le signe de la thérapie de chox", il a raison. Quand il ajoute : "seule à même de remettre la France en mouvement , non pour une chimérique remontée du temps vers le rêve des trente glorieuses, mais afin d'épouser la marche du XXIe siècle" , il tue son discours. Supposer que les Trente Glorieuses ont été une exception et sont désormais chimériques montre qu'on en a pas compris les ressorts. Annoncer qu'il faut s'adapter à un monde qui sera nécessairement glauque tue tout espoir. Ajoutons qu'il est regrettable que Le Point ait cru bon de confier à Valérie Giscard le soin de faire la leçon aux candidats. On a déjà listé ici la somme invraisemblable d'erreurs qu'il a faites pendant son septennat dont la pire est d'avoir signé les accords de la Jamaïque. C'est gentil de constater que l'Education nationale est par terre. Mais qui a fait la réforme Haby ? Que la France est surfiscalisée. Mais qui a commencé ? Un homme qui n'a jamais connu le travail privé nous recommande de lire un livre de haut fonctionnaire, Jean Serisé, auteur de la "serisette", bien oubliée aujourd'hui, qui était le prototype même du délire bureaucratique. De qui se moque-t-on ?

Si nous rappelons que le système des changes fixes et ajustables, accompagnés de diverses mesures d'aides et de coopérations, a permis de mettre en place la sécurité sociale en Europe, malgré mille défauts et insuffisances, ce n'est pas par nostalgie du passé. Une bonne gouvernance dans de bonnes structures est la clé d'une société qui progresse socialement, ce qui est le but principal.

Cette nouvelle organisation ne sera pas l'organisation passée qui a disparu pour de bonnes raisons. Il faut créer un cadre de prospérité internationale sur des bases qui tiennent compte non pas d'une "mutation" de l'ordre des choses venant d'on ne sait où et qui nous serait tombé dessus sans que nous l'ayons vraiment voulu, mais de ce que l'on veut obtenir en s'appuyant sur des mécanismes bien connus. Des dysfonctionnements existent qui sont parfaitement compréhensibles et que l'on peut corriger.

Le "roman" politique construit autour du "changement", mais sans le risque, grâce à l'élection d'intelligents modernistes qui seraient capables de dompter les mutations, est une fantaisie de communicants ou un rêve de technocrate ivre de lui-même.

Bien sûr, l'économie n'est pas toute la politique. Notre pays être choisi comme ennemi à notre corps défendant par des puissances qui nous imposent des combats dont on se serait passé. La défense du corps social contre les agressions internes ou externes de toute nature est l'essence même du politique. Une politique de paix est nécessaire pour que l'économie prospère. La prospérité n'est pas garantie par la paix. Elle doit se construire. Dans un monde que l'on a voulu interconnecté, elle se construit à plusieurs. L'action publique doit donc associer aux efforts d'efficacité interne une diplomatie de la prospérité.

Définir les voies et moyens de cette diplomatie de la prospérité est un des thèmes qui sera récurrent sur ce blog pendant l'année 2016. Car c'est là où le vide intellectuel du débat public est le plus abyssal.

Cercle des économistes e-toile.

Que faire du privilège EDF-GDF du 1% ?

A l'époque de l'emprunt Pinay,  le gouvernement avait considéré que le "cadeau" fait aux épargnants souscripteurs de l'emprunt devait être accompagné d'une mesure symétrique vis-à-vis de la CGT. C'est comme cela qu'est né le 1% donné aimablement aux œuvres sociales de la CGT à EDF. Un achat de la paix sociale comme les politiques aiment en faire.

La suite du cadeau aux épargnants sera fort coûteuse pour le budget national et finira par tuer l'idée qu'il fallait "sucrer" les emprunts de douceurs excessives. L'emprunt amorti, l'avantage disparût pour les investisseurs.

Il eût été logique que par symétrie le 1% EDF disparaisse. " Horresco referens" ! La paix sociale à l'EDF-GDF vaut bien tous les reniements.

Pourtant, l'avantage, déjà disproportionné au départ, est devenu scandaleux sous le poids la hausse considérable du prix de l'énergie.

Pourquoi était-il disproportionné ? Parce que le 1% est un impôt sur les pauvres directement  au profit des salariés riches. Toujours pour des raisons de paix sociale et de possibilités de chantage, les salaires EDF et les avantages annexes (logement etc.) sont très élevés à EDF, quasiment les meilleurs possibles si on excepte la Banque de France

L'EDF vient d'annoncer une  baisse de 9.000  postes de travail en même temps qu'une hausse de ses tarifs.  Le corollaire est le resserrement des bénéficiaires du 1% et une augmentation de leur rente.  Cet avantage n'a aucune justification. Des esprits chagrins pourraient  même parler d'extorsion de fonds au profit d'une minorité. Même la plus socialiste des belles âmes serait bien en peine de justifier qu'on taxe les pauvres au profit des riches par le chantage au bon fonctionnement des centrales électriques.

Au moins EDF produit-il quelque chose. GDF ne produit rien. Les gaziers n'ont même pas l'excuse d'un effort redoutable de production, avec ses sujétions.

Ajoutons que les autres avantages ne sont pas minces :

- Des tarifs électriques quasiment gratuits (90% de remise).

- Les 32 heures pour une grande partie de l'effectif.

- Un départ à la retraite entre 55 et 57 ans (dans les faits 4.5 ans d'avance sur les autres) basé sur le salaire des 6 derniers mois avec une taxe spéciale la CTA  qui rapporte en moyenne 100.000 euros par salarié

- Une hausse des salaires souvent  supérieure d'environ 1% à celles  autres salaires.

On sait depuis longtemps que la gestion des œuvres sociales d'EDF a été pour le moins problématique, pour ne pas dire pénale.

Quelles sont les solutions ? On peut imaginer que la suppression pure et simple d'une injustice aussi criante  ne serait pas jugée convenable. Les Français adorent les privilèges depuis la nuit du 4 Août.  Peut-être peut-on tout de même suggérer deux mesures :

- Le plafonnement de l'avantage à sa valeur actuelle par tête, avec une formule de dépérissement progressif jusqu'à revenir à la moyenne des dotations du Comité d'entreprise des  grandes entreprises.

- Sa taxation d'une part à la CSG (15.5%) et à l'IRPP forfaitisé par exemple à 29,5%, soit un prélèvement total de 45% somme tout généreux par rapport aux excès fiscaux que nous connaissent les travailleurs indépendants.

En contrepartie, la recette fiscale serait affectée pendant tout le processus  à des baisses  sensibles bien que temporaires du coût de l'énergie pour les familles nombreuses  les moins bien pourvues.

Notons au passage que le cours de l'action EDF a légèrement baissé depuis 2011 :  il a été divisé par trois.

Tout cela est d'une beauté démocratique et d'une efficacité économique presque parfaite.

Christine Lagarde doit-elle être reconduite à la tête du FMI ?

Lorsqu'on évoque les questions de personnes au sein de grandes institutions, elles n'ont d'intérêt que dans la mesure où elles sont liées à des questions d'organisation et de conception.

Le renouvellement du poste de directeur général du FMI conduit à s'interroger sur l'institution elle-même.

Le fonds a été créé pour associer de façon organique les nations alliées dans le cadre coopératif des changes fixes et ajustables. Ce système impose aux Etats de faire attention à la valeur externe de leur monnaie et propose aux états en risque de sortie du commerce international des moyens d'y rentrer sans entraîner les autres pays dans la récession.

En un mot, les Accords de Bretton Woods associaient commerce international et monnaie, dans une optique coopérative et multilatérale de prévention des désajustements et de non-régression si un accident quelconque venait à en provoquer un. On ne voulait pas revoir la situation d'avant-guerre marquée par des dévaluations sauvages et massives, des barrières douanières, et une attitude constamment cauteleuse, sur fond de spéculation financière internationale échevelée.

Le vice constitutif des Accords de Bretton Woods était d'avoir fait du dollar le pivot du système des paiements, tout en donnant aux Etats Unis des privilèges exorbitants, comme celui du droit de veto au sein du FMI, en plus de localiser le siège du FMI à Washington. Les Etats-Unis ne pouvaient plus dévaluer par rapport à l'or. Il fallait qu'ils aient une politique très sage de maintien de la valeur du dollar par rapport à l'or. Le Benign neglect c'est-à-dire la négligence offensive et offensante l'a emporté et avec lui les Accords.

Il eut été plus sage de fixer une valeur étalon extérieure à toute nation, afin que tous les membres soient réellement à égalité et qu'aucun pays puisse payer ses déficits externes avec sa propre monnaie. De même, les délégués auraient été bien inspirés de mettre en place un système de pénalités en cas d'accumulation d'excédents majeurs de balance des paiements, comme il avait été suggéré par plusieurs économistes dont Keynes.

Nous eûmes les "Trente glorieuses" jusqu'en 1973. Puis une économie baudruche, où le taux de dettes global a grimpé continûment, où le taux de croissance a constamment fléchi, décennie après décennie et où les crises décennales sont devenues de plus en plus fortes, jusqu'à l'explosion finale.

Normal puisqu'on avait créé un non-système monétaire international basé sur le n'importe quoi et le sauve-qui-peut. Quand chacun fait ce qu'il veut quand il veut et que le meilleur gagne, il faut s'attendre à tout. L'important pour les promoteurs du non-système des changes flottants était de laisser les marchés faire le travail et fixer le cours des devises. Pour cela il fallait faire tomber toutes les barrières à la circulation des capitaux. Ce qu'on fit. Avec les résultats que l'on voit.

Une anecdote peu connue : les délégués à Bretton Woods furent sommés de libérer leur chambre d'hôtel extrêmement vite pour laisser la place à… une conférence de banquiers New Yorkais bien décidés à torpiller les Accords ! Ces banquiers avaient gagné beaucoup d'argent avant guerre en finançant les Etats. Ils craignaient de voir disparaître un pan lucratif de leurs activités si le fonds assurait la plus large partie des financements d'urgence. Ils manquèrent leur coup.

Après 1971, le bon business revînt au galop, dont le symbole est sans doute le financement de la Grèce pour diverses tricheries par Goldman Sachs autour de l'an 2000.

Dans un système où les grandes banques américaines, pour l'essentiel, ont pour objet avec quelques banques amies hors des Etats-Unis, de fixer les différents marchés, avec l'aide des banques centrales, le FMI n'a plus de rôle.

Il était convenu dès la création de l'Euro que le FMI n'avait à s'occuper ni des Etats-Unis, ni de l'Europe développée.

Dès la fin des années soixante-dix, on considérait que le FMI était une espèce de Banque mondiale au petit pied chargée d'aider les pays du tiers-monde. Il y fallait un Directeur général façon Sœur Thérésa. On eût Jacques de Larosière puis Michel Camdessus. Même cette évolution christique finit par s'étioler. On choisit des personnalités en attente de postes suprêmes dans leurs pays d'origine. Hans Kohler réussit. Rodrigo Rato et DSK échouèrent. De toute façon le poste n'avait strictement aucune importance et les statuts du FMI étaient violés tous les jours dans l'indifférence générale. Rappelons tout de même que ces statuts prévoient que les Etats membres s'engagent à n'avoir ni déficits ni excédents démesurés. Rions ensemble mes bien chers frères !

Un misogyne comme Eric Zemmour aurait pu écrire : comme le poste n'avait plus d'importance, pourquoi ne pas nommer une femme ? Christine Lagarde sera nommée parce que femme, française, parlant anglais et portant beau, sans jamais faire de l'ombre au maître américain. Un concentré de soumission et d'insignifiance, propre à rassurer tout le monde.

Le FMI sous sa férule, façon belle photo sur papier glacé, n'aura aucune idée, aucun diagnostic et aucune proposition pour réformer un merveilleux système qui avait explosé apparemment sans raison digne d'être exposé. Ludion commode et docile elle accompagnera les demandes des uns et des autres sans rechigner. Qu'elle le veuille ou non Christine Lagarde symbolise la forme de néant intellectuel que l'on reproche à des élites vues comme uniquement intéressées par leur carrière personnelle et par l'or versé indéfiniment aux heureux bénéficiaires des postes de direction des "machins" publics. Pour disposer en net et à vie des sommes dont bénéficie le directeur général du FMI, il faudrait actuellement qu'il ait accumulé dans le privé une fortune de près de 2 milliards d'euros après impôts, ce qui suppose qu'il aurait créé près de 5 milliards d'Euros de valeur dans sa vie.

Cela rend tout à fait charmant les exigences du FMI en matière d'augmentation fiscale pour les pauvres en Grèce. Jamais n'aura-t-on entendu un Directeur général du FMI proposer de payer des impôts normaux ! Faites ce que je vous dis et pas ce que je fais !

Personnellement nous sommes en faveur de l'idée que la France ait une "diplomatie de la prospérité". Les nominations aux postes de direction des grands organismes internationaux doivent entrer dans cette diplomatie. Le FMI doit être utilisé comme base de réflexion sur les défauts du système et moteur pour forger un nouveau consensus. Le sexe du candidat et ses dons en anglais ne sont pas des critères. L'important est la politique que l'on veut impulser.

Alors faut-il renouveler Mme Lagarde dans son poste ? Elle n'y postule qu'après avoir vérifié que ses chances présidentielles sont nulles en France. Elle n'a strictement aucun programme et n'a aucune consigne de la part du gouvernement français. Donc elle ne servira à rien tout en s'ajustant servilement à la politique américaine qui soutient un système désastreux. Hollande est content de ne pas avoir à affronter une femme qui a un peu de classe. Il n'a aucune politique internationale économique. Qu'elle reste à Washington ! Les Américains sont contents de sa gracieuse soumission et de son manque absolu d'initiative. Seule l'envie de lucre de quelques gros pardessus de la politique financière internationale peut la déboulonner.

Le FMI restera ce qu'il est depuis 71 : une administration tenace qui survit à la disparition de son rôle.

Alors pourquoi pas à nouveau Lagarde. Cela n'a strictement aucune importance, sinon pour son portefeuille. Et elle est française. Cocorico !

Statistiques du site

L'année 2015 devait être une année où on ne parlerait pas trop d'économie, d'abord parceque les Français sont las de "la crise", ernsuite parceque l'année devait être celle de la reprise générale grâce à "l'alignement des planètes", enfin parceque le calendrier électoral faclisait l'attention sur les questions locales. L'actualité a de plus été marquée par la campagne d'attentats menés par le fanatisme musulman, en début comme en fin d'année.  La question des migrants a achevé de porter l'attention loin de l'économie. En revanche le retour très politique de la question de la dette grecque a porté les regards vers la situation de la zone Euro. L'illusion que 2015 serait l'année de la reprise en France a fini par s'évaporer complètement en fin d'année, avec des résultats déplorables en terme d'emploi et de dette.

L'année 2015 aura été une fois de plus une année de confirmation des trois maladies du monde que nous dénonçons depuis l'ouverture de ce blog.

- La gouvernance mondiale de l'économie, basée sur les changes flottants et les attitudes non collaboratives entre nations, sans obligations d'aucune sorte sinon de participer à des réunions où on chante les beautés de la coopération sans la pratiquer, a une nouvelle montrer sa perversité. Soigner la dette par la dette ne conduit qu'à des effondrements supplémentaires de banquise de dettes. Les déséquilibres monstrueux de balances de paiements et les spéculations qu'ils permettent finissent toujours par des rectifications sanglantes.

- La zone euro est minée par son organisation inepte. L'Europe elle, est ravagée par son soucis d'abaisser les Etats en poussant les régions, son parlement qui n'a aucun sens pratique, son juridisme étroit, façon puceau mystique, sa soumission aux Etats-Unis, et les défauts insurmontables de son organisation depuis l'élargissement massif post effondrement de l'URSS.  Le soft power a montré ses limites en Ukraine. Schengen était une absurdité qui explose à la figure de tous.

- Le prurit fiscal français a encore fait des ravages liquidant tout espoir d'investissement et de croissance réelle et sérieuse. La démagogie qui règne en maîtresse exigeante à l'Elysées a fait de l'achat de vote la boussole unique de ce gouvernement. Le Président, ayant cru malin de lier sa candidature à la baisse même artificielle des chiffres du chômage, se voit obligé de monter une formidable usine à gaz pour sortir 500.000 personnes des statistiques. Une honte jamais vue, du moins à ce niveau là. L'absence de tout scrupule semble sa marque de fabrique. Un gouvernement de médiocres apparatchiks finit de se ridiculiser.

Sur tous les sujets qui nous intéresse directement, la situation s'est aggravée. Il est intéressant que les articles les plus lus sur ce site se concentrent désormais sur l'explicaton de la crise et la question de la monnaie.

La monnaie est bien au coeur de tous les phénomènes désastreux que nous vivons. Il est sympathique de voir que ce point perce de plus en plus au moins dans la blogosphère. Reste à le voir naître dans la consience des décideurs. C'est loin d'être le cas.

Au moment où se prépare les programmes électoraux présidentiels, on voit qu'aucun ne présente la moindre esquisse d'une "diplomatie de la prospérité". La France ne peut plus s'en sortir seule, même si les politiques peuvent laisser croire qu'ils sont tout puissants. Les crises sont mondiales et aggravées par des structures régionales fautives. Sans vision dans ces deux domaines, on fait semblant.

Mettre l'accent sur ce point sera un de nos travaux d'Hercule en 2016.

Bonne année à tous



Baltic index : Est-il significatif ?

On lit et on entend dans les milieux qui se croient au top de la compréhension du monde qu'il ne faut pas s'occuper du Baltic Dry Index qui ne serait pas significatif compte tenu des énormes investissements faits dans le domaine du chargement maritime, bien au delà des nécessités.

Les deux graphiques que nous donnons ci-dessous prouvent exactement le contraire. Bien sûr les indicesde prix sont plus volatils que les statistiques en volume, mais cette sensibilité ne les rend pas inutiles, bien au contraire.

Nous avions appuyé en partie en juin 2006 notre prévision qu'une crise gigantesque allait se produire justement en analysant d'une part l'énormité de la poussée des prix, absolument intenable et d'autre part sur la violence du retournement prévisible.

En début 2015, nous avions alerté que "l'alignement des planètes" qui générait à l'époque des espoirs infinis (certains écrivaient même que Hollande était un génie d'avoir prévu que la courbe du chômage allait s'inverser toute seule en 2015 lui offrant un trône pour cinq ans de plus !) était sans doute intéressant mais que l'atonie du commerce international était un signe inquiétant. Croisé avec d'autres indicateurs comme celui des prix marchands, cette évolution marquait que nous étions en plein dégonflement de l'activité de panique des Chinois qui avait animé le commerce international résiduel de ses actions de précaution vis à vis du dollar. La baisse du pétrole s'inscrivait non pas dans le cadre d'un surplus d'offre comme tous les analystes moutonniers l'affirmaient en s'appuyant sur le phénomène du schiste américain  mais d'abandon de la demande spéculative, comme pour l'ensemble des matières premières.

En un mot, 2015 était encore une année de résorption de la crise violente de 2008, dont le premier effet était, comme nous l'avons écrit dès la fin 2008, le blocage du commerce international. Les émergents n'ont connu de belles croissances post 2008 que parce que la Chine sécurisait son stock de dollar en achetant partout des vivres et des matières premières. Les Etats-Unis s'en sortaient mieux que les autres parcequ'ils payaient tout en dollars, leur monnaie émise ad libitum. L'Allemagne profitait à plein de la dévaluation de l'Euro et des déficits des autres pays de la zone euro. En un mot : le désordre post récession,  les défauts structurels du système monétaire mondial et de l'euro et la malgouvernance de certains pays clés, s'alliaient non pas pour séparer des pays vertueux et admirables  et des pays du Club Med et de l'indécence économique, mais pour générer des spasmes qu'il ne fallaient pas confondre avec des sursauts de l'économie.

Il semble en ce début d'année, que cette analyse ait été la bonne. Les spasmes continuent, avec des révisions constamment à la baisse de la croissance.

Sommes-nous entré dans la phase de récession "décennale" mondiale ? Rappelons qu'elle commence TOUJOURS par un choc boursier aux Etats-Unis. Le Dow Jones est à un niveau totalement surévalué et intenable, reflétant la trouille des investisseurs mondiaux et le repli dans la cour du château du seigneur. On y est pas tout à fait. Mais cela se rapproche.

Hélàs.

Et aucune réforme de quoi que ce soit n'est en vue. L'idée même que ces réformes soient nécessaires n'existe médiatiquement nulle part. Les deux seules réflexions en cours au FMI, qui trône sur ce désastre et manque totalement à ses devoirs, concernent le perfectionnement du système  : rendre le Yuan bien flottant, réussir le traité transatlantique sur plus de libre échange. Les Etats-Unis en restent à leur doxa : sanctionner les vilaines banques qui ont pu faire croire que le système était mauvais. Le Ru tente de sauver leur poumon financier qui respire les bulles comme d'autres la marijeanne.  Les Allemands profitent. L'Europe stagne dans la douleur et la morosité, à peine troublée par quelques farces et attrapes maghrébines, et l'aimantation des migrants. La France s'enfonce dans le chômage, les dettes et l'abaissement politicien de troisième ordre. 

Jamais le décalage entre la simple observation des faits et la réflexion publique, noationale, européenne et mondiale n'a été plus grand.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

 



In Memoriam

Nous reprenons ici un article du jour du site le figaro, simplement pour conserver les statistiques.

 

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Un an! Le chef de l'État n'a plus qu'un an pour inverser, même si ce n'est que de manière statistique, la courbe du chômage ou alors il lui faudra ruser (et mentir aux Français) pour justifier de sa candidature à l'élection présidentielle de 2017. Pour l'heure, son bilan en matière de lutte contre le chômage et de créations d'emploi est catastrophique. Surtout François Hollande fait pire en 43 mois de présidence que Nicolas Sarkozy sur l'ensemble de son quinquennat sur un certain nombre d'indicateurs clés, tous publics mais qui sont très rarement mis en avant ou en comparaison. La preuve par 5.

• Plus de chômeurs par mois

François Hollande bat Nicolas Sarkozy sur la hausse, par mois, du nombre d'inscrits en catégorie A à Pôle emploi. En moyenne depuis son élection à la présidence de la République en mai 2012, on enregistre quelque 16.351 chômeurs supplémentaires chaque mois, soit près de 3000 de plus que lorsque Nicolas Sarkozy était à l'Élysée (+13.455 chaque mois). Au rythme actuel de progression, on devrait dépasser le nombre de chômeurs supplémentaires enregistrés au cours du précédent quinquennat (+807.300 en 60 mois) à la mi-2016. Bref, François Hollande affichera un aussi mauvais bilan en 4 ans que Nicolas Sarkozy en 5, la crise mondiale de 2008 en moins.

• Plus de chômeurs de longue durée

A fin novembre 2015 (ce sont les derniers chiffres connus de Pôle emploi), le nombre de chômeurs de longue durée (sans emploi depuis plus d'un an) supplémentaires enregistrés depuis l'élection de François Hollande était de 782.500. Soit 254.700 de plus, au bout de 3,5 ans, que la hausse enregistrée pendant les cinq ans de mandat de Nicolas Sarkozy. Voilà pour le quantitatif. Il faut y ajouter le fait que ces demandeurs d'emploi sont ceux qui sont les plus éloignés du marché du travail et que leur réinsertion est la plus compliquée à mettre en œuvre. Et plus le temps passe, plus c'est compliqué! Pour eux, c'est donc une sorte de double peine…

• Plus de chômeurs seniors

Là encore, François Hollande explose les compteurs. Depuis qu'il a été élu président de la République en mai 2012, Pôle emploi compte 294.400 demandeurs d'emploi de plus de 50 ans en plus. Et ce donc, en 43 mois alors que le total atteint sous Nicolas Sarkozy, en cinq ans, n'était «que» de 253.700. Soit quelque 40.000 de moins! On comprend mieux pourquoi l'exécutif, dans ses communiqués mensuels, préfèrent ne pas parler des chômeurs seniors…

• Des baisses moins fréquentes

À fin novembre, François Hollande a 8 baisses mensuelles du chômage à son actif, dont la moitié sur les 12 derniers mois. Une performance qui, mêlée à d'autres indicateurs en tendance, permet aujourd'hui à Myriam El Khomri, comme à François Rebsamen et Michel Sapin avant elle, les trois ministres du Travail qui se sont succédés rue de Grenelle depuis le début du quinquennat, d'affirmer que la politique du gouvernement a bel et bien des résultats. En 60 mois de présidence, Nicolas Sarkozy avait totalisé 16 baisses mensuelles du chômage. Ce qui porte la fréquence des inflexions de tendance, pour l'actuel chef de l'État, à une tous les 5,3 mois et, pour son prédécesseur, à une tous les 3,75 mois.

• Plus de destructions d'emploi

Au troisième trimestre 2015, la France avait détruit pas moins de 191.000 emplois depuis l'élection de François Hollande, soit en 13 trimestres. Sur l'ensemble du quinquennat de Nicolas Sarkozy les compteurs se sont arrêtés à -255.200 emplois, soit en 20 trimestres. Ce qui porte la moyenne du nombre d'emplois détruits par trimestre à 14.692 pour l'actuel chef de l'État, contre 12.760 pour son prédécesseur. Dit autrement, le nombre de postes détruits sous François Hollande est supérieur de 2000 chaque trimestre à ce qu'il était sous Nicolas Sarkozy.

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Pour nous ce n'est pas tant la comparaison entre Sarkozy et Hollande qui compte que l'incroyable coût en emploi de la crise et des méthodes utilisées pour en sortir. Le choix fait en 2011 de la voie la plus facile (augmenter les impôts) a eu une conséquence tragique. Celui de Hollande de détruire le début de réformettes structurelles faites par son prédécesseur et de lancer une campagne de haine contre les riches , lui a valu d'emmener la France exactement dans la voie inverse des autres, avec des résultats inverses et déplorables.

Nous avions écrit ici que la campagne de 2012 avait été absolument honteuse et préfigurait le pire. Nous en avons eu la confirmation chaque année depuis 2012. Quand on élit un vulgaire démagogue, on obtient une vile démagogie. les Français, à 75% ne veulent pas revoir l'affrontement stérile de "Bidochon et Foutriquet". Ils ont raison.

Pour compléter cette courte incursion dans l'air du temps, notons que :

- Le Figaro titrait il y a moins de dix jours sur : 2016 l'année de la hausse des bourses. Et elles ont aussitôt perdu 10%.
- Déjà la foire aux vanités qu'est Davois monte en puissance dans les médias avec un thème porteur : le nouveau monde ouvert par les technologies. Faisons rêver avec le futur quand le présent est glauque. Quelle chance auront les abrutis qui paieront des fortunes pour voir et être vus : ils auront Walls, Tsipras et un représentant de la Corée du Nord. Manque que Maduro. Sur les causes de la crise, les raisons de sa durée, les réformes de gouvernance nécessaires dans la zone Euro et dans le système monétaire international, pas un mot. Bien sûr.
- C'est bien de se livrer à l'achat de vote, ce que le candidat Hollande ne cesse de faire depuis un an ; Mais il faut de plus qu'il achète la possibilité de sa candidature. Alors on lance un plan prélectoral de sortie des statistiques  de 500.000 chômeurs par inscription dans des formations bidons. Former des gens pour qu'ils constatent à al fin du cursus qu'il y a moins d'emplois offerts qu'avant est le genre de "solutions" qui font jouir les dirigeants démagogues.
- Les naissances françaises ont baissé en 2015. Comme dans les années trente la crise s'accompagne d'un déficit démographique.
- On continue à tuer des Français en 2016 comme en 2015.

Que penseront de la France, de son peuple, de sa presse et de ses dirigeants les historiens qui se pencheront sur la période ?

Ils seront sévères, très sévères.

Le Baltic dry index au plus bas historique

L'indice est à 429, son plus bas, alors qu'au plus haut il était à 11.385 !

Nous avions commencé l'année 2015 avec un fléchissement du commerce international. Il ne s'est jamais réellement rétabli et reste encore déprimé.  La baisse de tous les cours de matières premières pèsent sur tous les chiffres. Mais pas seulement. Le financement du commerce international n'est plus assuré. Dans la folie monétaire du moment, les acteurs veulent du dollar fort et fuient les autres monnaies. Même les Chinois, qui paniquent à l'idée de recevoir du Yuan et exigent d'être payés en dollars, ce qui relativise les effets de la dévaluation du Yuan sur la compétitivité de la Chine. Le recyclage des énormes excédents des pays pétroliers  n'est plus ce qu'il était.

Une fois de plus, il faut répéter qu'on ne peut pas faire passer les énormes convois de la mondialisation des produits  sur une passerelle monétaire incertaine, flottante et spéculative qui admet énormes excédents et énormes déficits. Lorsque toutes les bulles se dégonflent et lorsque la crainte emplit tous les esprits, les comportements sont faussés.2016 ne sera pas une année "normale". La panique rode partout. L'affaire de la bourse de Shanghaï n'est pas en soi une source d'inquiétude pour le monde du fait d'une dynamique éventuellement catastrophique. Elle est le symptôme d'un état du monde économique fragile où la crainte règne et que plus personne ne contrôle.

Le moteur de la croissance qu'était l'expansion du commerce international tourne au ralenti. Cela ne changera pas notablement en 2016. Huit ans après le déclenchement de la récession. Et rien ne bouge.

 

 

"C dans l’air" : l’art de commenter sans jamais expliquer

Beaucoup de journalistes font un excellent travail en présentant les faits : on trouve presque toutes les informations nécessaires à un bon diagnostic économique dans la presse. Les commentaires sont le plus souvent intelligents (pas toujours). Seulement voilà : Il manque systématiquement les schémas explicatifs. On glose, on ne perce pas à jour. On expose mais on ne décrypte pas. Le téléspectateur reste sur sa faim et ne peut rien conclure.

Prenons l’émission C dans l’air du 6 janvier 2016 : la fin ou le début de la crise ? Le sujet est excellent.  Depuis plus de deux ans, on nous explique que les meilleurs sont sortis de la crise et depuis un an, que même la France, en dépit d’un début de mandat que tout le monde s’accorde désormais à trouver catastrophique,  va s’en sortir grâce à l’alignement des planètes. Et boom : rien ne s’est passé comme prévu et la crise financière chinoise inquiète.

Bien sûr Marc Fiorentino est à l’économie ce que Pierre Bellemare est à la criminologie. Beau physique, beau parleur, il diffuse du bruit de fond avec l’assurance d’un boursicoteur de media prétendument initié. Ce qu’il dit n’a aucune importance mais permet de prendre la mesure de la sottise ambiante.  

Avec Philippe Dessertine, l’affaire est plus sérieuse. Brillant universitaire, dans le domaine de la gestion et de la finance, ce n’est pas à proprement parler un économiste. Il dirige l’IHF, l’Institut de Haute Finance.  Il est Président du Cercle de l’Entreprise, Vice-Président du Cercle Turgot et Membre du Grand Jury du Prix Turgot et participe à de nombreuses instances gouvernementales, permanentes ou occasionnelles. D’un physique avenant et d’une élocution claire, il a fait son trou dans les médias et notamment à la télévision.  Où il parle essentiellement d’économie, et non pas de droit, de comptabilité et de gestion financière, ses disciplines de référence.  On touche là une des ambiguïtés générales qui expliquent bien des dérives : certains ont fait de la « finance » une discipline à part de l’économie qui s’y serait même substituée. Les ringards feraient de l’économie,  les modernes de la finance.

Du coup notre commentateur va se trouver extrêmement gêné dès lors qu’il s’agit d’énoncer des critiques vis-à-vis des systèmes financiers mis en place dans ces dernières années et dans l’impossibilité de véritablement remettre en cause l’organisation monétaire et financière mondiale, source des crises à répétition que nous connaissons. Si la finance, c’est le bien, alors il ne faut rien dire qui fâche vraiment. Alors on présente, souvent très bien. Alors on commente, souvent avec talent. Alors on fustige, parfois avec raison. Mais on n’explique rien, surtout sur les sujets qui pourraient fâcher.

Les bourses chinoises dégringolent. La bourse, c’est de la finance. Vite inviter des spécialistes de la finance et de la bourse. On ne peut rien reprocher à Yves Calvi.  

Sur quoi ces « experts » peuvent-ils se mettre d’accord ?  Sur l’idée que nous serions dans un nouveau monde où tout est changé et où rien ne marche comme avant. Les ringards doivent se faire une raison : il faut se projeter résolument dans les nouvelles réalités en laissant tomber les vieilles peaux du siècle passé. De nouvelles lois de l’économie (qu’on ne précise pas) exigeraient qu’on abatte les vieux systèmes notamment de protection sociale et « qu’on s’engage résolument dans le XXIème siècle ». Nos malheurs viendraient non de cette modernité, bonne en soi,  mais du fait navrant que nous n’avons pas su la maîtriser.

Quels sont les mots qui reviennent ? Mutation, crise différente, changement d’époque,  on a jamais vécu çà , voyage en terre inconnue, situation paradoxale ; raisonnement du passé inadapté,  France en retard, cancre comme la France, où sévit un « amateurisme économique fabuleux », pas de pression de faire des réformes, risques pires qu’en 2007, les valeurs n’ont plus de sens, impuissance si cela part en vrille, dominos écroulés en cascade, situation tendue…

On ne peut pas plus anxiogène On culpabilise ainsi le téléspectateur à qui l’on demande de changer ses anciennes visions. On fait de la chaleur autour d’attitudes.

Mais on n’explique rien. Et finalement on ne prévoit rien. Sans diagnostic, pas de pronostic et pas non plus de thérapeutique. Cela occupe le retraité inquiet pour son bas de laine, qui de surcroît, pense qu’on le défend. C’est un genre. Rien à dire. Cela fait un peu d’audience et cela nourrit quelques familles.

Quelle est l’erreur fondamentale ? C’est de croire que l’économie est une saine réalité qui s’impose à nous  et qu’on doit affronter son nouveau cours avec courage, comme un plaisancier de rivière  devrait ajuster ses méthodes pour faire face à une tempête en mer.  En vérité, l’état de l’économie dépend des institutions et nous sommes non pas dans une économie nouvelle mais dans une économie malade.

Cette vision change tout. Les organes ne suivent pas un cours nouveau symptomatique d’une nouvelle biologie ; ils s’étiolent sous le coup de la maladie. Nous n’avons pas à nous adapter à une nouvelle vie, mais à retrouver la santé en agissant sur les causes de la maladie. Nous n’avons pas affaire à une nouvelle normalité mais aux effets anormaux d’une situation dégradée par des défectuosités gravissimes.

L’intérêt se porterait sur le diagnostic et la pertinence des intervenants serait associée à la capacité de l’exposer et de proposer des remèdes. L’affaire serait moins anxiogène et plus centrée sur les obstacles à vaincre pour que le traitement démarre.

La crise chinoise est exactement du même type que la crise allemande lorsque ses réserves abusives se sont retrouvées en danger, et que la crise du Japon quand son système bancaire a été tué par les pertes accumulées sur les créances extravagantes accumulées dans les années 80.  Il n’y a pas de loi nouvelle de l’économie mais répétition d’un mécanisme connu.  Comment a-t-on pu laisser ces excédents gigantesques s’accumuler alors qu’ils sont interdits par les statuts du FMI ? Voilà la question. Elle ne sera pas posée. Trop dangereux. Cela supposerait de revenir sur le système monétaire déviant et dangereux mis en place par soumission aux Anglo-saxons. Finies les belles carrières de journalistes conformes ; les jolies conférences aux Etats-Unis ; les nominations avantageuses.

Le merveilleux défricheur d’un monde nouveau deviendrait un ennemi de l’Amérique et de la modernité. Un attardé qui veut revenir en arrière, un dangereux qui  fait porter une responsabilité directe à des organisations puissantes jugées défaillantes ; un ennemi ! L’aimable lanceur d’alerte qui suggère à tous de courber l’échine et de s’adapter, ne peut pas se convertir en imprécateur qui veut remettre en cause des modes de fonctionnement dangereux mais rentables, à court terme,  pour quelques-uns.

Alors va pour des commentateurs à belle gueule, bonne élocution et pensées conformes ! L’air est vicié. Mais c’est dans l’air.

Anatomie du pathétique en économie

Rappelons deux chiffres français :

-          La dette « globale » telle que définie par l’Insee (très minorée tant de nombreuses obligations de payer sont ignorées) est de plus de 4.000 milliards d’euros

-          La dépense publique est de plus de 1250 milliards d’Euros

Ces deux chiffres sont à rapprocher de la valeur ajoutée des entreprises de plus de 1 personne du secteur marchand non financier : environ 1250 milliards d’euros.

L’amortissement d’une telle dette et le paiement des intérêts exigeraient d’y consacrer la totalité de la valeur ajoutée précédente.

Le paiement de la dépense publique sans endettement supplémentaire exigerait également l’engagement de la totalité de la valeur ajoutée précédente.

En plus il faudrait tout de même payer les salaires et rémunérer le capital.

L’intégralité des réflexions discutées dans la presse touche les moyens de doper la production en dépit des forces considérées comme contraires de la numérisation et du partage entre particuliers. Pourquoi pas ? Mais qu’on remarque, au moins de temps en temps, que, de toute façon, une augmentation de la production ne réglera rien, sauf à envisager un triplement, ce qui paraît tout de même incertain.

L’échec du CICE et de la politique de l’offre tient entièrement au fait que même si ce n’était pas une grossière manœuvre politicienne de F. Hollande (ce qui est l’opinion de l’auteur) elle ne peut pas avoir de résultats probants sans que tous les autres facteurs de la prospérité économique ne jouent dans un sens favorable : commerce international en hausse,  baisse de la fiscalité, baisse de la dépense publique, réduction de la dette globale etc.

Nous voyons bien que le maintien d’un système monétaire international désastreux dans le monde et dépressif en Europe provoque à la fois un détournement des ressources vers des spéculations hasardeuses qui finissent toujours par imploser, des crises boursières et de changes, conjointes et  récurrentes, ainsi qu’une très faible croissance du commerce international. Dans un tel cadre nous n’avons rien à attendre de l’extérieur. Sans croissance mondiale coordonnée, aucune baisse de la dette globale n’est possible autrement que par des « effondrements de banquises » avec tsunamis associés. Il est amusant de voir comment l’effondrement boursier chinois est minimisé dans la presse, alors qu’il a des effets sévères sur toutes les bourses. Au même moment où le Figaro annonçait en première page une année formidablement positive à venir sur les bourses, le CAC40 se retrouve à près de 4400 points. 3.800 est le signal d’un état de crise de défiance  ouverte ! On n’en est plus loin. Pour les commentateurs, ce chaos est, semble-il, suffisamment modeste pour qu’on ne le commente pas. L’affaire est purement chinoise, comme la crise de 1998 était une affaire bénigne liée aux « cronies » des pays émergents. Qui rappellera que la RFA avait accumulée d’énormes excédents pour finir par en perdre une grosse partie dans les années 70, que le Japon lui avait succédé dans l’exercice et s’était retrouvé en faillite bancaire après la crise de 92-93  et que la Chine leur a succédé avec les mêmes résultats vingt ans plus tard. Les mêmes mécanismes sont à l’œuvre. Personne ne le remarque ni n’en donne l’explication. Comme si l’histoire économique était un exercice futile.

De même, on voit le gouvernement français tout à sa tâche de perfectionner le socialisme à la française, d’abord avec la prime d’activité dont le fondement est tout de même un peu étrange, la mise sous tutelle définitive de la médecine libérale, la collectivisation de la complémentaire santé, la baisse autoritaire des loyers, l’étouffement du (théoriquement) fort au profit du (théoriquement) faible, la consolidation de la sphère protégée . Certains y verront une formidable constance dans l’amélioration de la situation des « sans dents », d’autres (dont l’auteur) du pur achat de votes en vue des présidentielles, avec « suppression » achetée à crédit et totalement artificielle de 500.000 chômeurs dont la présence interdirait au sortant de se représenter.

Les rapports « actifs payeur / subventionnés » et « actifs non protégés/actifs protégés » s’aggravent donc continûment en France depuis 2012, en même temps que les désordres monétaires et financiers internationaux interdisent  toute croissance coordonnée et rapide.

Ce qui veut dire que l’écart entre valeur ajoutée des entreprises telles que définies et besoins de financement ne cesse de se creuser, ce qui implique l’emploi d’expédients de plus en plus radicaux pour que tout n’explose pas tout de suite.

Il va de soi que l’essentiel du débat économique dans la presse devrait se concentrer sur la réforme du système monétaire international et sur la réduction programmée et cohérente de la dépense publique en France. C’est le silence total sur le premier sujet et tout le monde semble d’accord pour penser que c’est après les élections présidentielles qu’il conviendra de parler chiffres avec les Français, même si Fillon a posé en partie la question et si Juppé compte faire de même dans peu de temps. Aucun ne peut proposer « des larmes et du sang »  contre un démagogue qui non seulement a « acheté le vote des masses » mais prétendra que sa politique a  marché en terme d’emplois et que seules les entreprises sont responsables  de ne pas avoir saisi  la main fiscale bien beurrée qu’on leur a tendu.

De toute façon on ne peut pas présenter les bienfaits d’une punition sans faire entrevoir une victoire. La victoire est impossible sans réforme du système monétaire et mondial et européen. « Nous allons nous en sortir seul » est un leurre bien intentionné, même si, naturellement, beaucoup doit être fait en interne.

Coincé entre le parasitisme démagogique des candidats socialistes et populistes à la présidentielle,  et la soumission béate à la finance anglo-saxonne et aux milieux européistes, un candidat proposant une politique responsable n’a pratiquement pas  de moyens de se faire entendre.

Il est tout de même dommage que la presse se fasse le complice d’une absence tellement pathétique de réflexion économique un peu  sérieuse et se contente d’asphyxier le débat en le détournant vers des sujets secondaires, spéculatifs, et finalement sans impact.

 

Post scriptum

Trois brèves dans le Figaro du 6 janvier 2016 :

« La France a emprunté 8.161 milliards d’Euros à court terme (13 à 48 semaines) à des taux compris entre -0.38 et -0.45% ».

« La Banque populaire de Chine a injecté 18 milliards d’euros sur le marché pour enrayer la chute boursière »

« La SNCF engagera en priorité des agents au statut de cheminots ».

Elles donnent une parfaite vision de ce qui se passe aujourd’hui.

La finance mondiale et les changes sont toujours en folie, huit ans après le début de la crise. La zone Euro a besoin de taux d’emprunt négatifs pour survivre. La France se gave des poisons qui l’ont tuée.

Et on nous reproche d’être pessimistes !

Sus aux « contractionnistes » !

Ceux qui s’intéressent un peu à l’histoire économique contemporaine (ils sont très peu nombreux, surtout dans les sphères décisionnaires) se rappellent qu’en juillet 1944,  parmi les délégations présentes à la conférence de Bretton-Woods pour fixer le cadre d’un retour à la prospérité générale, la fureur s’employait contre les « contractionnistes ». Le  « contractionnisme », tel était l’ennemi.   Il imposait des restrictions aux échanges, une déflation plus ou moins sévère, des manipulations de changes, dans un esprit de sauve-qui-peut général. Donc non ! Vraiment non !

La guerre de 1914 ayant marginalisé les étalons monétaires métalliques au profit d’une monnaie de papier imprimable sans limite, le commerce international était à la merci de tous les excès, de tous les malthusianismes, de tous les à-coups nationalistes dans le domaine des monnaies. Avec comme conséquence une crise générale et durable.

Du temps de l’étalon-or, l’or restait stable et les prix locaux étaient tenus de s’ajuster, éventuellement à la baisse.  Les déflations liées à ce système étaient violentes et provoquaient des récessions sévères, en général accompagnées de mouvements de révolte populaire. La croissance globale était de ce fait assez faible : environ 1% l’an sur l’ensemble du XIXème siècle. Bien sûr, les banquiers, notamment à Londres, s’empressaient pour limiter la casse. Des opérations en capitaux permettaient de limiter les besoins d’ajustement par la déflation. 

Certains ont cru après la guerre de 14-18 qu’on pouvait d’une-part revenir à l’étalon or et d’autre-part, le faire par la baisse des prix. Sauf que la création monétaire et les dettes avaient été tellement fortes et les déséquilibres poussés à tel point, que ces politiques n’aboutirent à rien sinon à la crise de 1929. 

Keynes et sa Théorie Générale signèrent un changement de vision. Puisqu’on en était maintenant arrivé à un système généralisé de « fiat money » (c'est-à-dire une monnaie qu’on pouvait multiplier à l’infini pratiquement sans frais), tenter de rétablir sa compétitivité par la déflation était contre-productif. Il fallait inventer autre chose et surtout faire la chasse aux « contractionnistes » qui amputaient la « demande globale » et provoquaient une spirale de dépression. 

Les Accords de Bretton Woods signèrent la victoire de ces idées, même si le plan White l’emporta sur le plan Keynes. L’idée de Keynes étaient de créer une véritable banque mondiale qui, manipulant une monnaie elle-mêmemondiale, le Bancor,  spécifique et réservée à la compensation inter-états, permettrait d’éviter qu’un pays en manque de devises soit obligé, pour rétablir ses comptes extérieurs, de se lancer dans des restrictions qui pousseraient tout le monde dans la crise. Un tel système n’était viable que s’il n’y avait pas de trop grands excédents et de trop grands déficits et si les monnaies nationales restaient en ligne avec la monnaie mondiale, réévaluations et dévaluations restant possibles mais dans des limites raisonnables et avec l’accord de tous. L’or était, dans ce système, totalement démonétisé (une obsession de Keynes). Un organisme supranational se chargerait de vérifier que l’aide ne tourne pas à la licence.  L’idée de White était de créer un « fonds » où la monnaie internationale serait l’Unitas, bientôt remplacé par le dollar, aussi solide que l’or. Les possibilités de création monétaire par le fonds seraient réduites.  L’or continuerait à jouer un rôle. Mais les règles du jeu seraient les mêmes : pas de déficits ou d’excédents majeurs ; monnaies stables dont la valeur externe serait de la responsabilité des Etats ; changements de parités possibles mais dans certaines limites, avec l’accord de tous et un gendarme évitant les abus.

Ce système a tenu jusqu’en 1971 et accompagné les « Trente Glorieuses ». Les contractionnistes avaient perdu et les expansionnistes gagné.

Il a explosé en 1971 du fait que l’imperium américain a décidé de s’affranchir de ses responsabilités monétaires particulières. La dissymétrie du système de Bretton-Woods était son défaut majeur. La multilatéralité entre égaux  était la vraie solution, comme Keynes l’avait vu. La monnaie d’un Etat ne doit pas être la monnaie du monde.

L’explosion de 1971 a eu deux conséquences organisationnelles en apparence totalement opposées et en vérité quasi similaires dans leurs effets néfastes.

Le monde est passé aux changes flottants, c'est-à-dire à un étalon dollar flottant sans plus aucune organisation des soldes de balances de paiements. Chacun faisait ce qu’il voulait et on verrait bien ce que les « marchés » diraient. Pour cela il fallait des marchés. Alors on a libéré totalement les mouvements de capitaux à court terme. On obtint un retournement de la courbe de l’endettement global qui, à 400% du PIB en 44 était repassée sous les 200% en 1971 et qui montera à nouveau à 400% en 2006 provoquant la crise que l’on sait. L’Allemagne, le Japon, la Chine furent autorisés à accumuler des excédents démentiels, source de replacements et de création monétaire globale. L’économie baudruche était née, avec ses explosions périodiques et le retour des « contractionnistes » pour y faire face, comme en 1929.  

L’Europe elle, qui voulait mieux solidariser ses monnaies dans le cadre de l’UEM décidée en 1969, fut abasourdie par le passage aux changes flottants. D’expériences malheureuses en expériences malheureuses, elle se décida pour une monnaie plurinationale unique, l’Euro.  Mais les traités ne précisèrent en rien les obligations des Etats membres en termes de balance des paiements intra européenne. Le seul moyen pour ajuster les économies déficitaires restait la récession et la déflation. On pensait qu’il suffirait de libérer totalement les mouvements de marchandises, de capitaux et de personnes, pour que les ajustements se fassent spontanément. Douce illusion !

Tenants des changes flottants et de la monnaie unique s’accordaient pour que la liberté totale des mouvements de capitaux, de personnes et de marchandises soient le ferment des ajustements. Que les défaillants se débrouillent et se remettent dans le jeu par la contraction de leur économie.

Les Contractionnistes ont donc gagné dans chacun des deux systèmes.

Ce qui est un contresens historique et une honte, une erreur intellectuelle et morale.

Dans les pays où contractionnisme et socialisme se sont mêlés, comme en France, la situation est devenue inextricable. L’économie a été mangée de l’intérieur par la démagogie redistributive et se retrouve déficitaire vis-à-vis de l’extérieur avec des effets dépressionnaires permanents. Revenir à la prospérité dans de telles conditions est quasiment impossible. 

La seule issue est d’obtenir la réforme des deux organisations internationales défaillantes :

-          Dans le cadre global, retour aux changes fixes et ajustables par consensus, ainsi qu’à la responsabilité des états vis-à-vis de la valeur externe de leur monnaie et de leurs excédents et déficits,.

-          Mise en place d’un mécanisme de compensation des excédents et des déficits, piloté par un « chancelier de la zone euro », au sein de l’Eurozone, avec prévention des désajustements et pilotage globalement expansionniste des retours à l’équilibre.

Alors et alors seulement sera-t-il possible de sortir sans trop de casse la France de l’impasse où elle s’est fourrée, en partie toute seule et en partie parce qu’elle y a été conduite par des systèmes extérieurs dangereux.

Idéologie socialiste résiduelle, tradition judéo chrétienne de charité et énarchie compassionnelle sont des attitudes pleines de bons sentiments. Mais elles  se sont lié à la démagogie électorale pour pousser au-delà du raisonnable la dépense publique et elles ont fini par stériliser les ressources productives vitales de la France. Manger et boire sont les moyens de la vie mais on creuse sa tombe avec ses dents et l’excès de boissons mène à la déchéance. La France doit entrer en cure de désintoxication.  Il faut déconstruire en douceur un système de transferts  excessifs, et réduire les abus de subventions et d’allocations qui ruinent la France, pour reconstruire un outil de production efficace. En Europe et dans le monde, il importe de rendre possible des systèmes monétaires compatibles avec des ajustements non «contractionnistes».

Une action qui demande, en interne, à la fois du doigté dans le dosage des redéploiements de ressources afin que les ajustements se produisent sans drame social, et, à l’extérieur une compétence, un sens diplomatique et une force de conviction peu commune.  

Voilà ce que serait un vrai programme économique et social présidentiel, si, un jour, nous consentons à élire des présidents dignes de ce nom et si les partis renoncent à penser qu’en créant un « marais » de micro factions à l’Assemblée nationale par la proportionnelle, on aboutirait mieux aux « compromis » nécessaires. Une politique réussie n’a pas besoin de compromis. Le consensus ne viendra que beaucoup plus tard quand la réussite sera là. Le pavois présidentiel ne doit pas être le but ultime du narcissisme politique de médiocres astucieux, mais le lieu où s’impulse les actions déterminantes pour l’avenir du pays, en s’appuyant sur l’accord de fond des Français et la réflexion des élus. Il ne faut pas parler de rupture radicale mais de guérison progressive. Desserrer les baillons règlementaires et fiscaux en redéployant mieux les ressources rares générées par les Français, n’est pas un acte de casse sociale mais d’oxygénation et de sauvetage de notre modèle social. Empêcher les inondations n’interdit pas d’irriguer : c’est même la condition de l’irrigation.

Pour réussir un tel projet économique, le prochain président idéal devrait être, en même temps, un leader affirmé, capable de fixer le cap que nous venons d’esquisser, un chef d’orchestre attentif, capable de mener à l’unisson une équipe convaincue,  et une personnalité d’une influence suffisante pour infléchir la politique européenne et internationale dans un sens positif.  

On imagine bien que les candidats-nains  s’accorderont pour exclure l’économie des thèmes fondamentaux de la campagne présidentielle. Les candidats nécessaires s’élèveront à la hauteur des enjeux économiques.

Utinam…

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

2015 : une nouvelle année « Hollandibilis ».

Eric Zemmour signe un billet dans le Figaro Magazine où il se réjouit que la question « qui sommes-nous ?» remplace celle de « combien gagnons-nous ?». « Les questions économiques avaient imposé leur diktat au politique transformant les politiques en administrateurs et en hommes de spectacle ».

On ne voit pas trop pourquoi l’économie aurait transformé les hommes politiques en « guignols de l’info ».  L’évolution des médias suffit seule à expliquer cette mutation. On ne voit surtout pas pourquoi l’urgence économique se serait tout à coup évanouie.

La vérité est que les politiques évacuent systématiquement l’économie du champ électoral.Les deux dernières élections présidentielles en témoignent. Nicolas Sarkozy ne voulait pas voir venir la crise et annonçait des croissances mirobolantes grâce à son « américanisme », un peu comme le facteur Tati faisait des tournées « à l’américaine » dans Jours de Fête. François Hollande expliquait la crise par les erreurs de son prédécesseur, ce pelé et ce galeux, et entendait revenir en deux coups de cuillères à pot à la prospérité française en sanctionnant la finance, en faisant payer les riches et en ne signant pas « tel quel »le traité Merkozy.  Il est clair que les élections prochaines verront une nouvelle fois les réalités économiques évacuées du débat public.  Sauf pour Eric Zemmour qui prétend que « tous ces grands esprits entendent qu’on parle à nouveau du chômage d’économie, de fiscalité ».

L’année 2015 signe une défaite nouvelle pour François Hollande sur à peu près tous les aspects de l’intérêt national mais surtout sur le front économique. Ceux qui pensaient que l’année Horribilis de 2013 aurait servi de leçon en sont pour leurs frais. Nous avons eu 2014 puis 2015, une nouvelle année Hollandibilis, en dépit de tous les espoirs, soulignés à grands coups de trompettes médiatiques, que suscitaient le passage à une politique de l’offre et « l’alignement des planètes » (dévaluation de l’euro, baisse des prix du pétrole, baisse des taux d’intérêt, plan d’investissement européen…).Tous les indicateurs économiques marquent des aggravations : déficits extérieurs, dépenses publiques, prélèvements, emploi marchand, dettes, chômage, prix, construction etc. La déflation, crainte en début d’année, s’est installée, avec encore une baisse des prix pour le dernier mois connu.

Le candidat puis président  Hollande l’avait annoncé sans vergogne : « Je distribuerai en fin de mandat ».  Il débite désormais son chapelet de mesures électoralistes. Inlassablement, il accumule les gracieusetés payées par les autres. Il le fait en restant totalement indifférent à l’état courant de l’économie. Il le fait avec un mépris total des conséquences à moyen et long termes. On ne voit pas très bien où Zemmour a vu Hollande en « administrateur ». Alors que l’économie stagne, il cadre sa réélection par des mesures démagogiques ciblées prévues longuement à l’avance et qui aggraveront tout. 

La généralisation du tiers payant est la mort de la médecine libérale, puisqu’elle fait des médecins des otages absolus des décisions de rémunération déléguées à la Sécurité sociale, organisme bureaucratique dirigée par les syndicats, incapable de se réformer et ruinée, qui se moque totalement du niveau de vie des médecins tant qu’il n’est pas en dessous du plus faible des salaires du plus mal classé de leurs apparatchiks. On les prive même de leur liberté d’appréciation en matière médicale en les subordonnant à des instances administratives régionales meublées d’incompétents (c’est pour cela qu’ils ont choisi ce métier). Leur paupérisation est programmée. Qu’importe que désormais les queues et les délais s’allongent partout en France et qu’on parle désormais de déserts médicaux. La gratuité, c'est-à-dire le paiement par les autres, entraîne toujours la répression des producteurs, la surveillance des consommateurs, la ruine des financeurs, et la raréfaction des produits et services.    

La réduction autoritaire et le blocage des loyers imposés par la loi imbécile d’une certaine Duflot, qui pense que sa nullité agressive lui vaut mérite et la pousse vers les sommets de l’Etat,  aura les mêmes conséquences à terme que les lois de 1948 : la raréfaction des logements à louer ; l’aggravation du mal logement ; des tensions partout. Associées à des surtaxations extravagantes, les mesures annexes de la loi imposent de nouvelles règles extrêmement coûteuses, qui ont provoqué la chute des mises en chantier. Alors on a aggravé la violence contre les propriétaires. On parlait de freiner l’activisme idéologique des lobbies malthusiens en matière de normes coûteuses, voilà que le mois de janvier voit mille règlementations se mettre en place qui font flamber le coût des copropriétés : Collectivisation des mutuelles de santé avec une hausse des coûts importantes pour tout le monde, (employeurs comme salariés), au seul profit des assureurs, devenus des assistants du Trésor ; paperasserie et obligations nouvelles des syndics qui font flamber les honoraires ; obligations médicales diverses, comme la pose en pleine vue de défibrillateurs dans les porches...   Ici encore on pare les conséquences à court terme en prenant des mesures radicales comme une hausse prévue par Mme Hidalgo de 100% de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires (alors qu’elle avait annoncé qu’elle n’augmenterait pas les impôts !) ou les projets de taxe d’habitation sur les maisons non habitées. Bien relire la phrase : on taxe un habitant même quand il n’existe pas.  Les socialistes traversent toutes les logiques et mettent à bas tous les principes pour faire face aux conséquences de l’imprévision des conséquences de leurs propres décisions, en aggravant tout. C’était la « logique » folle de l’Union Soviétique, où chaque nouvelle décision, imposé par les conséquences des précédentes,  violait tous les principes et faisait de la vie quotidienne un enfer délirant.

La « gratuité de la vie » est un grand must socialiste. « A chacun selon mes besoins électoraux » est le leitmotiv. Après l’extension des allocations aux 18-25 ans, voici qu’on subventionne les petits salaires. La rémunération n’est plus fonction de l’utilité sociale du poste mais de l’idée que se fait le Président de ses besoins électoraux. Ce n’est plus l’économie qui, par son progrès, fait grimper les rémunérations ni le mérite des uns et des autres. On emprunte ou on taxe pour redistribuer non plus aux personnes vulnérables ou empêchées, ce qui est l’essence même de la sécurité sociale, mais pour faire grimper artificiellement la rémunération de certaines catégories électoralement nombreuses. On a compris que les « coups de pouces au Smic » ruinaient les entreprises et l’emploi. Alors on donne directement de l’argent public sans impacter de façon trop visible l’entreprise. Cet argent est néanmoins pris quelque part. Soit sur les générations futures, par l’emprunt qu’il faudra bien rembourser un jour, au moins payer les intérêts ; soit sur les « riches » qui sont déjà tondus à zéro et qui, en net après impôts, gagnent désormais souvent moins que les nouveaux « damnés de la terre ».  Les « riches » fuient ou cessent d’investir. Mais qu’importe. Personne n’osera plus toucher à ces allocations qui, comme la prime de Noël, la prime de rentrée, ou autres libéralités démagogiques, verront des réclamations éternellement à la hausse que les politiciens professionnels se feront un plaisir de satisfaire dans l’espérance de quelques voix de plus. L’achat de vote est désormais bien installé dans les mœurs.

En France plus des deux tiers des résidents de plus de 18 ans attendent des autres leurs revenus et le financement de leurs frais de santé.  Rappelons tout de même les chiffres : 15 millions de retraités en 2016 plus 6 millions de chômeurs, plus 2 millions de personnes ne travaillant pas et vivant d’allocations, soit tout de même  23 millions de personnes ne travaillant pas du tout. Ajoutons presque 6 millions de fonctionnaires et près de 2 millions d’employés des associations financées par l’argent public, qui dépendent pour tout leur revenu de l’Etat et maintenant 6 millions de « salariés pauvres » pour une parti. A ces 14 millions de personnes il faut ajouter la paysannerie avec ses 30.000 euros de subventions par exploitation, et mille métiers subventionnés de milles façons. Quarante millions de Français adultes en tout ou partie accrochés à la mangeoire publique. Raisonnable ?  

Tout cela payé par 200.000 à 1 million de personnes encore un peu prospères ?

Cette France quasi totalement socialisée où le revenu par tête baisse continûment, où l’emploi marchand est aujourd’hui à 15, 848 millions de salariés, soit le même chiffre qu’en 2001 et le tiers du nombre des personnes inactives qui vivent de redistribution, où tous les problèmes s’aggravent, où plus rien ne marche vraiment (c’est de plus en plus le « n’importe quoi généralisé » du fait de l’impossibilité de disposer d’une force de travail compétente, motivée et organisable), où la rue est devenue un égout, cette France s’enfonce inexorablement, gangrénée par une démagogie (et non par l’esprit gestionnaire, Monsieur Eric Zemmour) tellement cynique qu’elle s’assume comme telle en rigolant et qu’elle touche en cascade tous les échelons de l’Etat.

En fait les politiciens français ne « gèrent » plus rien, parce que la France qu’ils dirigent se ridiculise tous les jours par ses résultats économiques grotesques, parce qu’elle ne pense plus rien, parce qu’elle n’est en pointe sur aucun débat économique, sur aucune querelle d’organisation.

Les prix baissent. Nous sommes donc en déflation, malgré les immenses inondations monétaires de Mario Draghi. Pourquoi ? Silence. L’Allemagne empoche de fabuleux excédents. Tout le monde sait que dans une zone de monnaie unique si un pays accumule des excédents massifs, surtout si la zone est globalement excédentaire, alors des pays doivent avoir des balances hyper déficitaires qui poussent à la déflation. Peut-être quelqu’un, dans ce gouvernement de « gestionnaires » pourrait rappeler que les excédents massifs sont interdits par les statuts du FMI et devraient l’être par ceux de l’Eurozone. Pas un mot. C’est la Commission Européenne qui s’inquiète dans la plus totale impuissance. Où est la France ?

La conjoncture mondiale est partout extrêmement difficile. La valse des monnaies est permanente. Tout est déréglé. En dehors des Etats-Unis et de l’Allemagne, plus quelques pays africains, la crise est partout. La panique est partout. Le FMI finit par corriger ses perspectives de croissance mirobolantes… à la baisse.  2016 sera une année « décevante ».  Quel plan d’action ? Quelles propositions de la France ? Quelles propositions du FMI ? Les énormes quantités de monnaies créées par les banques centrales ont réanimé les spéculations, ce qui a profité aux  Etats-Unis, qui paient leurs dettes dans leur monnaie. La hausse des intérêts aux Etats-Unis risquent de polariser un peu plus les flux de capitaux flottants, au détriment de tous. Après que l’élan de la petite reprise des affaires exportée par les Etats-Unis  se sera évanoui, le risque d’un à-coup conjoncturel de moyenne importance entre juillet 2016 et juillet 2018 devient fort. Qu’elle est la stratégie de la France ?

Bien sûr, on trouve dans l’opposition, notamment du côté de François Fillon, des gens qui pensent économie et redressement.

Ils ont bien compris qu’il fallait agir sur les grandes masses vivant de subventions qui coulent la France. Ils picoreront dans la longue liste des « mesures indispensables » :

-          Réduire le nombre des retraités par une hausse importante de l’âge du départ à la retraite et un alignement de tous les régimes sur celui des salariés du privé. Et probablement baisser le niveau des retraites.

-          Réduire le nombre des chômeurs en créant un cadre répulsif pour ceux qui veulent profiter du chômage sans véritablement chercher un emploi.  Des allocations temporaires, dégressives et plafonnées sont la seule solution.

-          Réduire le nombre des fonctionnaires et leur coût. Ce qui suppose des mesures très dures : baisse autoritaire des salaires de tous ceux qui ont eu des croissances de salaire supérieures à la croissance moyenne dans les deux dernières années, suppression du statut de fonctionnaire pour toutes les catégories inférieures à la catégorie A. Plafond d’emplois administratifs dans les régions en fonction des effectifs administrés. Réduction autoritaire des niveaux d’interventions. Suspension du GVT, qui fait croître automatiquement la masse salariale privée. Non indemnisation de l’absentéisme excessif…

-          Réduire les transferts sociaux qui sont les plus élevés du monde, notamment en mettant fin à des politiques aussi coûteuses que celle de la mixité sociale où l’on préempte des logements extrêmement coûteux pour y mettre des Roms, des clochards  et des réfugiés, ou des copains, ou encore  mettre fin au système des intermittents du spectacle, parmi mille autres mesures.  

-          Supprimer la gratuité du petit risque pour concentrer les paiements mutualisés sur les traitements lourds.

-          Revenir sur la subventionnite qui fait que pratiquement tous les secteurs économiques sont accompagnés de subventions publiques : culture, transports, agriculture, journalisme, …

-          Interdire les subventions aux associations de complaisance et réduire au strict nécessaire les financements associatifs inefficaces (exemples : supprimer les Frac ; réorienter la formation professionnelle, etc.).

-          - …

Une telle politique est nécessaire mais elle extrêmement dure et touchera nécessairement des personnes et des entreprises qui vivent en symbiose avec l’impôt dans le contexte fiscal et subventionnaire actuel. On a réduit l’enveloppe des ressources allouées aux collectivités locales : on a mis en faillite bien des entreprises des travaux publics ! La grille des emplois résiduels a tellement été tordue par les subventions et les effets fiscaux qu’un redéploiement des effectifs devra s’effectuer en cas de réduction des subventions. Il prendra du temps. Exactement comme en Union Soviétique quand le système s’est effondré. Autant dire qu’une telle action de redressement est politiquement impossible, s’il n’y a pas de croissance globale, en Europe et dans le monde.

La France doit donc avoir une « diplomatie de la prospérité » et abandonner son suivisme exonératoire et râleur actuel. On n’en trouve aucune trace dans les programmes électoraux d’aucun des postulants aux prochaines élections présidentielle. F. Hollande ne peut pas développer une telle diplomatie du fait de sa démagogie ridicule sur le front économique intérieur et de sa dépendance sur le front des actions militaires extérieures (on ne sait même pas fabriquer en  nombre suffisant les bombes qu’on envoie sur la Syrie !).

L’accumulation des années « Hollandibilis » rend inexorable à plus ou moins long terme un collapsus de type grec. Mais un redressement brutal sans croissance extérieure imposerait une souffrance importante au pays, souffrance vaine si les dysfonctionnements de la zone Euro et du système monétaire international, causes de la crise, ne sont pas traités. Mais souffrance moindre que celle qu’imposerait aux plus faibles un effondrement économique de type grec. Rappelons que si l’Etat se trouve sans ressources, tous les subventionnés se retrouveront sur le carreau. En même temps que les services publics essentiels.

Alors ?

François Hollande a fait le pari que l’Europe ne saurait accepter la chute de la France, qui effondrerait tout l’édifice européen. Jusqu’ici il n’a pas eu tort : Mario Draghi fournit l’argent de l’insouciance. On évite toutes les réformes de structures et on pratique un « achat de vote » forcené avec l’argent emprunté. La frénésie fiscale ciblée et quelques rabotages de dépenses  permettent de tenir les déficits dans des limites finançables au coût actuel du crédit. Mais le moyen terme est ignoré, comme le long terme. La vulnérabilité est constamment aggravée. Au moindre redressement des taux d’intérêt, l’Etat français sera étranglé.

Il fallait profiter des taux très bas pour commencer à casser la machine à subventionner. On fait l’inverse depuis 2012. Obtenir de l’Europe et du G.20 une politique progressive de sortie des erreurs de structures qui ont provoqué le collapsus de 2008 dans le monde et la crise spécifique européenne à partir de 2011, était une vraie nécessité. Le silence est assourdissant.

Sans crise majeure il faudra attendre les élections présidentielles de 2017 pour prendre un virage économique sérieux, ce qui promet dix huit mois de quasi stagnation. Le coût du quinquennat de François Hollande aura été désastreux.

Les Vœux du Président de la République ont été ce que pouvait craindre Eric Zemmour : on a évité de parler de la France et de son identité, c’est vrai. On a félicité les Français, comme la nounou félicite la petite Lulu d’avoir bien mangé sa soupe. Et on a parlé « gestion ».

Mais, une fois de plus, tout était « bidon » : de la soupe de politicien manipulateur ivre des conseils de ses « spin doctors ».   Le candidat Hollande a annoncé qu’il obtiendrait une baisse des statistiques du chômage lui permettant de se représenter en mettant 500.000 chômeurs en formation, des centaines de milliers d’autres dans le  Service civil, et des centaines de milliers d’autres en apprentissage (que la gauche a rendu quasiment impossible en France). A aucun moment il n’a dit ni le coût ni l’origine des fonds ni le mode d’organisation. Sa seule obsession est électoraliste. Son seul moyen, des financements publics pour des emplois artificiels et  précaires. Sans absolument rien réformer.

L’économie réelle, celle où l’on créé de la vraie richesse, de vrais emplois, de vraie carrières, a été encore une fois éliminée du discours politique. Ne parlons pas d’une action extérieure économique.

La France disparait des écrans radars de l’économie, en même temps que l’économie disparaît des radars des medias. Les seuls commentaires que les medias diffusent se concentrent sur la question grotesque  de savoir si le président sortant qui trône sur ce désastre a augmenté ou non ses chances de gagner les prochaines élections présidentielles en tchatchant dans le poste et en mimant l’air du chef de guerre.   A croire que les journalistes ont fini par se convaincre que plus aucune réforme économique n’était possible en France : elle toucherait trop de monde. En parler toucherait trop d’auditeurs et tuerait l’audimat. Faudra-t-il en passer, après l’effondrement inévitable, par une période de 10 à 20 ans de galères pour revenir à un semblant de prospérité et de lucidité publique ?

Non M. Zemmour, il n’y a jamais eu de « diktat de l’économie ». Les palinodies politiciennes n’ont jamais fait une politique économique. Nous sommes dans une forme de désert intellectuel et politique tout azimut. Le vrai devoir n’est pas tant de se plaindre que l’économie impose ses urgences, que de constater qu’il n’y a aucun plan économique sérieux, ni en France, ni en Europe ni même dans le monde, alors qu’il y a urgence. Chacun va à la catastrophe en sifflotant. Comme disait Maurice Allais : « ce qui doit arriver arrive ».  S’il y a « suicide français », c’est d’abord par l’économie qu’il se commet. S’il y a dislocation de l’Europe, c’est d’abord par l’économie qu’elle se produit. Et si le monde n’est plus coopératif, c’est fondamentalement parce qu’on a aboli toutes les structures obligatoires de coopération économique.

Bonne année 2016 !

Deux leçons perdues des accords de Bretton-Woods

Il faut relire les minutes de la conférence de Bretton-Woods qui en juillet 1944 tenta de fixer les règles du jeu économique de l’après-guerre, sous la bienveillante férule américaine.

Quelles étaient les deux idées clés que tous les participants avaient en tête et qui ne faisaient aucune discussion, à la lueur des difficultés de l’Entre-deux-guerres.

La première était que le commerce ne pouvait aller sans la monnaie. Pas de prospérité sans bonne monnaie disaient les premiers économistes ; pas de prospérité internationale du commerce  sans un bon système international de paiement pensaient tous les délégués à la conférence de l’été 44.  

Aujourd’hui, les deux mondes sont disjoints. La monnaie est l’affaire des Trésors nationaux et des banques centrales. Le commerce est l’affaire de conférences et de traités gérés par d’autres entités.  

Cette disjonction est coupable. Aujourd’hui on négocie un traité transatlantique sans même se rendre compte que le commerce international a littéralement implosé en 2008 du fait des défauts du système monétaire international. Dans l’esprit des participants à Bretton-Woods cette attitude serait incompréhensible. L’expérience de 2008 nous démontre à nouveau qu’il faudrait associer un tel traité à une refondation du système monétaire puisque ce dernier a été la cause de la ruine récente du commerce international.  

La seconde idée clé est qu’il fallait proscrire les grands déficits et les grands excédents, cause des difficultés des deux décennies précédentes. On comprend facilement pourquoi : un gros déficit implique un replacement des monnaies reçues en excédent, tout en justifiant une hausse des crédits internes ; la double pyramide des crédits s’autoalimente jusqu’à l’explosion finale. Les plans proposés allaient très loin dans le sens de la pénalisation et des excédents et des déficits.

Ce n’était pas si facile à faire admettre aux pays excédentaires : l’excédent est vécu comme une vertu et la marque d’une supériorité, alors que l’excédent est en fait la prevue d’une valeur sous-évaluée de la devise du pays en excédent constant. Les Etats Unis se voyaient alors comme structurellement excédentaires, et refusaient jusqu’à l’idée d’être pénalisés. Les pays en déficit considéraient que la pénalisation de leurs déficits cumulerait leurs charges.

Tout le monde se mit d’accord sur un système qui interdisait les grands déficits et les grands excédents, qui permettait aux pays déficitaires de revenir dans les clous par une dévaluation contrôlée, mais n’imposait pas grand-chose aux pays excédentaires.  En même temps les Accords firent de la monnaie américaine le pivot du système, ce qui était une grave erreur. Cette dissymétrie finira par faire exploser le système de Bretton Woods.

Si on reprenait aujourd’hui un travail de concorde internationale autour du commerce et de la monnaie sur la base de la philosophie de 1944, on traiterait en même temps des balances commerciales et des balances de paiements, en même temps des ouvertures commerciales et de la stabilité du système monétaire, et on créerait un système qui interdise totalement les doubles pyramides de crédits.  

Un tel système aurait du être envisagé après la crise de 92-93. Le recul était suffisant pour bien mettre en lumière la croissance de l’endettement global par la double hélice de crédits alimentée par les déficits et les excédents majeurs, son effet sur la croissance et la gravité des crises périodiques de crédit. L’Allemagne dès 74 et le Japon, 20 ans plus tard, avaient vu leur encaisse accumulée ruinée.

Si les Etats-unis avaient compris à ce moment là que les conditions politiques d’un retour à un système monétaire organisé étaient réunies, et qu’il était indispensable à un moment où des centaines de millions de travailleurs potentiels sortaient de la géhenne communiste, nous n’en serions pas là.   Il était plus qu’indispensable que la Chine et les pays du bloc soviétique ne profitent pas de l’abîme des salaires entre eux et les pays non ruinés par le communisme pour accumuler des excédents de balance de paiement hors de proportion et accélèrent le mouvement de la double hélice de crédits d’une façon incontrôlable.

L’obligation de respecter certains maxima d’excédents aurait bridé l’excès sans empêcher l’essentiel.  Et si la Chine n’avait pas souhaité respecter ces limites, des droits de douanes auraient fait l’affaire. Les tenants des changes flottants ont totalement contredit leur doctrine : ils ont accepté que le Yuan soit fixé administrativement à la valeur du dollar, tout en ouvrant toutes les vannes des mouvements de marchandises et de capitaux. Ils affirment vingt cinq ans plus tard et une crise gigantesque sur les bras, que le Yuan va bientôt flotter comme toutes les monnaies et que cela va être parfait, niant toute l’expérience accumulée avec l’Allemagne et le Japon.

La seule vraie solution est de remettre au goût du jour les deux seules vérités économiques de base  que l’on a oublié depuis Bretton Woods. Les Etats doivent être responsables de l’équilibre de leurs balances commerciale et financière.  Des échanges de marchandises déséquilibrés, avec des monnaies déconnectée et rendues folles par les spéculations des capitaux flottants,  doivent être proscrits. Ce sont les seules idées utiles à la reconstruction d’un monde prospère. Croire qu’en accélérant encore toutes les ouvertures  économiques, dans un monde où les Etats ne sont plus responsables de rien, mais contrôlent tout, et suivent des politiques divergentes et non collaboratives,  tout en contraignant lourdement le système bancaire, afin d’étouffer l’amplificateur de crédits,  est une absurdité qui se paie d’un chômage massif et d’une stagnation générale sur fond de tensions belliqueuses en interne comme en externe.

Il faut remplacer le « consensus de Washington » par un « consensus de Bretton Woods », avec évidemment les modernisations et les améliorations permises par  la compréhension des difficultés cumulées depuis la guerre. Faute de l’avoir fait au bon moment, on eût la faillite de LTCM, la crise des pays émergents, la récession du début des années 2000, la rechute de 2003, la crise des subprimes puis l’explosion du système en 2008. Il n’a pas fallu 15 ans pour que toutes les illusions s’évaporent. Malheureusement les idées forces qui ont mené au désastre n’ont pas été remises en cause.  

Depuis on vit entre urgence et panique dans les mesures d’exceptions, en violant tous les jours la doxa, tout en ne changeant rien au système idéologique et organisationnel qui a créé la crise.

Il serait peut-être temps de sortir des conceptions fausses qui sous-tendent depuis 1973 une organisation clairement dysfonctionnelle et qui a mené au désastre.

C’est la période des vœux !

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

L'Etrange Désastre -Presentation au Presse-Club de France

Après les "Européennes", quelles chances politiques d'un redressement économique ?

Quelles sont les perspectives d'une politique économique de redressement national, dans le sillage du résultats des élections régionales ?

Les élections régionales partagent avec les Européennes et, dans une moindre mesure, les départementales, le fait d'être des compétitions politiques qui n'imposent pas de véritables projets. Elles ne servent qu'à fixer des rapports de force entre les partis et à juger le pouvoir en place. Dans le cas des départementales, du fait du flou dans les réformes projetées, les électeurs ne savaient même pas pourquoi ils votaient. De même, les régions ayant changé de configuration, et n'ayant pas de compétences fortes (les transports et l'entretien des lycées ne sont pas des compétences fortes), ne présentaient pas un champ de différenciation majeure des projets. Aux Européennes, c'est pire, puisqu'il n'y a strictement aucun projet, ceux-ci étant définis après les élections et pas avant. L'électeur français y est représenté de façon tellement minoritaire que son vote n'a à peu près aucune conséquence prévisible. On compte les étiquettes et c'est tout.

Ces élections sont donc le lieu privilégié du vote protestataire, dans un cadre global d'abstention, et le moment des positionnements purement politiciens.

Avons-nous besoin de cela ? Pas sûr. On pourrait très bien se passer d'élections européennes et supprimer les régions. L'impact global réel serait nul. Les régions n'ont été l'occasion que d'un surcroît de dépenses : entre 15 et 20% % de plus que si on s'en était abstenu. L'Europe pourrait vivre avec des délégations des parlements nationaux. Les départements sont des survivances tenaces et ne vivent que comme machines à distribuer des subventions et des allocations.

Les régionales et les Européennes posent également un problème identitaire. Si 80 % des législations sont conçues par l'Europe, la dépossession démocratique des Etats est acquise, et le manque d'intérêt pour la classe politique s'en suit : pourquoi voter pour des zombies ? Si les régions doivent avoir une identité, elle est arrachée à l'identité nationale. On le voit en Corse avec le succès des "nationalistes" corses. Ces deux élections sont des ferments d'effacement de la nation française.

Si l'opinion publique telle que la révèlent les médias est aussi critique pour les "élites", mondialisées ou pas, c'est très certainement du fait du nombre d'élus grassement rémunérés pour siéger dans des assemblées dont le pouvoir est tout sauf clair. Elle voit bien qu'on leur parle de résoudre "leur problème au quotidien", mais que rien dans ces assemblées n'y contribue. Au contraire les électeurs voient les impôts et les subventions politiques s'envoler. Ces démembrements de l'Etat se vivent plus comme des machines à capter des postes et de l'argent public que comme des lieux fondamentaux permettant de traiter les difficultés économiques et sociales de façon positive. On multiplie les guichets clientélistes de proximité (pour ne pas dire la corruption), sans impact sérieux sur les vraies difficultés.

Si la rationalité de gestion imposait une restructuration de l'Etat, il fallait créer des super-départements et de supers municipalités. Avec des pouvoirs exclusifs et sans empiler les strates administratives, avec des règles de non-dépassement des volumes de dépenses. Les élections municipales et régionales auraient alors été synchronisées. Cinq régions et cinq mille municipalités faisaient très bien l'affaire.

Les leçons des régionales sont purement politiciennes, mais importantes.

La gauche ne représente pas plus du tiers des électeurs et le socialisme probablement moins de 20 %. Le gouvernement actuel et le Président gouvernent contre l'opinion majoritaire.

Le PS ne survit que là où le Front national prive la droite dite "de gouvernement" de majorité. Il disparaît lorsque cette politique de promotion du FN le force à se retirer totalement. On ne joue pas impunément avec le "diable".

Le FN a servi de catalyseur du ras-le-bol général vis-à-vis des impôts et de l'immigration, dans un contexte où l'irrédentisme musulman a fini par tuer des Français. Mais les Français ne veulent pas du FN dans un rôle de direction des affaires.

Les Républicains sont affaiblis au premier tour par la rage des électeurs de droite et au second tour par les triangulaires. Et les Français ne se souviennent pas du quinquennat de N. Sarkozy comme d'une réussite. Ils veulent toujours un vrai programme de rupture qui ne peut pas être porté par l'ancien président.

Le centre n'existe plus électoralement sinon comme force de nuisance. Les régions confiées à l'UDI Modem ont toutes été perdues, sauf la Normandie, gagnée d'extrême justesse, alors qu'elles étaient toutes gagnables largement par la droite. L'échec du couple Juppé-Bayrou est significatif.

Les partis marginaux restent marginalisés. L'espoir de Cécile Duflot de substituer les Verts au PS comme celui de Mélenchon  d'opérer le même siphonage que Tsipras en Grèce vis-à-vis du Pasok, sont liquidés pour un long moment.

L'élection présidentielle à venir est le seul levier à la disposition des citoyens pour sortir de tous les pièges qui les empêchent de s'arracher de l'ornière où se trouve le pays. Cela veut dire qu'il faudra qu'un homme incarne un vrai projet et qu'il parvienne à se débarrasser de ceux qui comptent sur la ruse politicienne pour s'imposer sans projet autre qu'opportuniste.

Nicolas Sarkozy représentait une réflexion et un programme de rupture en 2007. Sa volonté de réélection l'a conduit à intégrer des socialistes et à faire des demi-réformes, sans prévoir ni comprendre l'arrivée d'une dure récession. Il a perdu toute crédibilité. Il ne peut être présent qu'en réussissant des combinaisons politiciennes qui le mettraient en situation d 'être le seul candidat de la droite en 2017. S'il y parvient, sans crédibilité programmatique quelconque, ce sera désastreux.

François Hollande est dans la même situation. Il a gagné par la ruse en 2012 et depuis virevolte de zigzag en zigzag, sur fond de déréliction générale. Il ne peut être réélu que par des combinaisons politiciennes sordides et en particulier en tentant d'être seul au second tour en face du FN (en lui donnant du grain à moudre). Le jeu est extrêmement dangereux pour la France.

Certains, à gauche, voient le salut dans une restructuration complète du paysage politique avec une coalition sociale-démocrate, centristes, contre une droite plus à droite et divisée. Le PS changerait de nom pour faire oublier le concept de socialisme, mort avec la chute de l'URSS et la conversion au capitalisme d'Etat de tous les pays communistes sauf la Corée du Nord et Cuba. Cela ressemble furieusement à la situation de 1962 où une coalition de vieux partis décrédibilisés en voie de marginalisation avait tenté d'abattre le Général de Gaulle. Sauf qu'il n'y a personne à abattre et que l'urgence programmatique l'emporte sur le destin individuel des partis. Il n'y a pas d'espace politique au centre. C'est au moins un résultat clair des régionales.

Qu'on le veuille ou non, la clé du futur doit être cherchée dans les "primaires" de la droite classique.

Le couple Juppé-Bayrou est désormais très fragilisé. Juppé n'a été haut dans les sondages que pour marquer la volonté de ne pas voir Sarkozy revenir.

Bruno Lemaire est actif, mais il manque encore de beaucoup de bagage politique pour porter autre chose qu'une promesse de renouvellement des hommes, à terme . Il ne peut pas incarner un projet.

Reste François Fillon. Il a les talents et l'assiette politique pour porter un projet et effectivement il le construit sur les bases qu'il faut : une rupture lourde. Il lui manque une triple crédibilité : -

- La crise venant d'ailleurs, il doit proposer t une "diplomatie de la prospérité", ce qui implique d'avoir une vision très claire des voies et moyens de réformes dans la gouvernance des monnaies et dans celle de l'Europe. Fillon s'est engagé sur ce chemin avec des distances prises avec les Etats-Unis et notamment le traité transatlantique. Sur l'Europe et la souveraineté, notamment juridique, ce n'est pas encore très net.

- Il faut un leadership réel sur la question de l'inflammation musulmane, à l'intérieur et à l'extérieur. Là on en est aux esquisses de l'esquisse.

- Il aura à cadrer sa position sur les questions sociétales.

L'hypothèse Fillon est donc très sérieuse mais reste largement à conforter. Il a un an pour construire un vrai programme présidentiel et s'imposer comme un leader. Beaucoup n'y croient pas.

Au terme de ces élections régionales, on voit les cadavres politiques passer sous les ponts. Laurent, Mélenchon, Duflot, Huchon, Aubry, Bartolone, NKM ont coulé. Bayrou, Juppé, . Hollande et Sarkozy se débattent contre une noyade qui est presqu'inexorable. Pécresse, Bertrand,  Estrosi, Wauquier ont à s'occuper sans encombrer l'espace présidentiel.  Valls et Macron sont paralysés par Hollande.

La seule hypothèse qui remettrait à plat la situation politique serait que Hollande et Sarkozy annoncent l'un et l'autre qu'ils ne seront pas candidats.  Il est alors probable que les Centristes et les "Sociaux-démocrates"  tenteraient de s'unir, NKM, Bayrou et l'UDI venant rejoindre Valls et Macron., le tout accompagné d'un changement de régime électoral pour les législatives basé sur la proportionnelle. On aurait alors une triangulaire entre Fillon, Le Pen et probablement Valls annonçant un ticket avec Juppé ou Bayrou.  Rien de bon ne peut sortir de cette hypothèse qui ferait la part belle au Front National avec en prime  une assemblée ingouvernable.

Certains pensent, comme Alain Minc, que seule la candidature de Juppé peut empêcher ce mouvement déplorable dans la mesure où elle bloquerait la fuite de Bayrou vers une "troisième voie" introuvable. L'échec de Juppé en Aquitaine n'accrédite pas cette hypothèse.

La France est donc encore loin d'avoir rassemblé les conditions politiques de son redressement économique.

Une folie : la non garantie des comptes bancaires

L'Europe a décidé, dans la panique, d'essayer d'isoler les Etats des risques pris par les banques. Nous avons, sur le champ, protester contre une série de mesures visant à rendre les déposants et les souscripteurs d'obligations bancaires (la différence est ténue) responsables des pertes encourues par les banques.

Aujourd'hui quatre banques italiennes viennent de faire faillite. Les porteurs d'obligation de ces banques sont déjà ruinés. Mais à partir du premier janvier 2015 s'appliquent les règles nouvelles européennes qui risquent de ruiner les déposants eux-mêmes. La malfaisance des règles européennes commence à éclater et les premiers signes de paniques à s'épanouir.

Les mesures folles finissent toujours par montrer leur folie.

Lors de la crise de 29 aux Etats-Unis, les banques ont commencé à faire faillite à partir de 1931-1932, plusieurs années avant le déclenchement de la panique boursière. Des milliers de banques se sont retrouvées au tapis, ruinant à chaque fois les déposants et relançant à chaque fois la crise. On sépare souvent, pour les banques, les crises de rentabilité et les crises de liquidité. Elles vont rarement l'une sans l'autre. La crise de rentabilité provoque une panique qui crée une crise de liquidité. Éviter ce double mouvement est crucial. Les Américains l'ont compris à l'époque. Ils ont créé le FDIC, une assurance fédérale des dépôts, qui reprend les dépôts en cas de faillite de banque et les transfèrent à un organisme plus fort. La réaction en chaîne est stoppée. À l’époque le résultat a été époustouflant : pratiquement aucune faillite de banque après le passage de la loi. La panique a été stoppée, donc plus de risque de liquidité. Partout, depuis, les Etats ont admis leurs responsabilités dans la solidité du système bancaire et en premier lieu dans les banques de dépôts. Banque centrale, solidarité de place, spécialisation bancaire, nationalisation éventuelle, contrôle de l'Etat sur les masses de crédit, maîtrise des flux de capitaux internationaux, ont permis de prévenir tout risque systémique jusqu'en 71. Le système bancaire était national. Sous contrôle des élus de la nation. Sous la responsabilité fiscale du politique national.

Après avoir fait sauter le verrou monétaire international, en abandonnant les accords de Bretton-Woods et en violant tous les jours les statuts du FMI (qui n'ont même pas été changés, preuve qu'on avait un peu honte tout de même), on a fait sauter le verrou sur les placements des banques, qui pouvait s'effectuer partout, et déspécialisé les banques, permettant de tout faire avec les "dépôts", dans un environnement de plus en plus obscur.

Curieusement la même idéologie a été développée dans le monde et dans la zone Euro : seule la liberté totale des mouvements d'hommes, de marchandises et de capitaux permettrait aussi bien à un système de monnaie unique qu'à celui de monnaies flottantes, de fonctionner. Les marchés du travail, de la production et des capitaux permettraient de réguler les écarts éventuels de productivité et d'inflation au sein de la zone Euro. Les marchés libres d'entraves permettraient que les capitaux trouvent leur emploi optimal à travers le monde. Les économistes à la mode aux Etats-Unis, donc en Europe, du fait du panurgisme total qui a saisi la communauté des économistes européens non marxistes, ont tous expliqué doctement qu'il ne savait pas qu'elle était la valeur d'une monnaie, d'un intérêt, d'un investissement. Les marchés savent mieux que tout le monde.

S'est donc développé un système dual où les reliques du système précédent étaient encore en place, mais où la responsabilité résiduelle des Etats était privée de tout contrôle. Personne n'a jamais souhaité ouvrir ce débat de fond.

Le drame des marchés purement financiers est que le souscripteur ne sait strictement rien. Il est appâté par un taux de rendement et un effet fiscal éventuel. Et freiné seulement par l'absence de crédit, au sens large, des banques. Les molochs bancaires ont donc concentré les dépôts et utilisé à leur guise les sommes énormes collectées. De plus en plus en privilégiant les "actifs" internationaux, dont la valeur était de moins en moins gagée sur la production, et de plus en plus sur l'émission des banques centrales qu'elles ont amplifiée. Le déposant dans cette affaire n'avait strictement aucune information réelle sur la nature des placements faits. Malgré tous les textes visant à lui donner cette information, qui se sont transformé, dans les banques, en questionnaire ridicule sur les compétences financières des clients et en classification non moins ridicule des risques qu'ils sont prêts à prendre. La banque se protège des procès, mais ne protège pas le client !

Les marchés ayant toujours raison, même le FMI a cessé de s'intéresser aux interactions entre Etats. On a réputé que la comptabilité devait traduire la valeur de marché de tous les "actifs". La liquidité est devenue cruciale pour permettre à cette évaluation forcenée à court terme de fonctionner. La crise a commencé lorsqu’un des marchés s'est bloqué en juillet 2007 et que la BNP n'a pas pu "liquider" les parts de saucisson financier de trois de ses fonds.

L'effondrement du château de carte financier a forcé les Etats à intervenir, retrouvant leur rôle initial.

La question qui se posait était simple :

- les dépôts doivent-ils cautionner toutes les spéculations internationales des banques au risque de les voir disparaître et de créer un hiver nucléaire économique comme en 1939 ? Et l'Etat doit-il réassurer les dépôts ?

Notre position était qu'il fallait répondre non à la première question et oui à la seconde, les deux réponses étant parfaitement cohérentes.

Il fallait revenir à un système bancaire de proximité basé sur une vision étroite de leur capacité de crédit. L'activité de crédit des banques de dépôt devait se limiter à l'escompte d'effets de commerce nationaux avec la surveillance de l'Etat et sa garantie. Sinon, il fallait créer des banques de paiements où le déposant reste propriétaire de son dépôt et ne le place que s'il le veut.

On a choisi une solution différente. Les banques ont été tenues de garantir leurs prêts par des capitaux en volume adapté au risque pris. En période de taux d'intérêt nuls ou négatifs, cela revenait à étouffer toute l'activité des banques. Pour trouver ces capitaux les banques ont décidé de taxer leur activité de paiement et de dégonfler massivement leurs en-cours, empêchant la sortie de crise. Les petites banques ont été prises dans un casse-noisettes.

L'activité bancaire s'est renationalisée et concentrée juste au moment où l'Etat a choisi, du moins en Europe, de se désengager de ses responsabilités sur les dépôts.

Cette politique est folle.

La faillite des quatre petites banques italiennes en témoigne. On concentre le système bancaire tout en le ligotant, sans garantir quelque risque que ce soit pour les déposants. On va immédiatement voir revenir les comportements de paniques.

Comme l'Etat dirige fiscalement l'épargne vers ses propres besoins (via en France les systèmes d'épargne partiellement défiscalisés) et impose la bancarisation forcée, tout en désengageant des conséquences, le déposant est devenu une proie inquiète, prêt à toutes les paniques.

Les contradictions sont partout et l'inefficacité nulle part. Les dangers rodent. L'incohérence a ses limites.

On ne peut pas à la fois interdire la thésaurisation et ne pas garantir les "dépôts" forcés.

On ne peut pas à la fois vouloir maintenir les mouvements de capitaux internationaux en forçant les banques à revenir sur leur pré carré national par des réglementations malthusiennes.

On ne peut pas centraliser sur des organes européens le contrôle des banques sans donner une garantie européenne aux dépôts.

Lorsque les déposants auront assimilé que la loi qui se met en place le 1er janvier 2015 les laisse complètement entre les mains de banques dont ils n'ont aucun contrôle et qui recommencent à faire faillite, tout peut arriver.

Il est des sottises qu'on ne peut pas laisser faire.

Rappelons que la seule solution est :

- de revenir à la responsabilité des Etats sur la valeur de leur monnaie, donc sur la valeur des créances internationales. Une nouvelle forme d'accords de Bretton Woods dégagés des erreurs du premier système est absolument vitale.

- de revenir à la spécialisation bancaire avec une restriction de l'activité des banques de dépôts au crédit de proximité, avec la création d'un système de banque de paiement déconnecté du crédit.

- de maintenir la surveillance nationale des activités de crédits (en volume et en nature) avec garantie de l'Etat sur les dépôts.

L'ensemble forme un tout cohérent et parfaitement compatible avec une croissance réelle sérieuse.

Incohérence entre état nation et Europe, incohérence entre doctrine des libres marchés financiers et monétaires et réalités, banques centrales en pleine folie pour éviter que le tout s'effondre, tout cela est totalement irresponsable.

Il n'y a pas de banque sans responsabilité. Considérer le déposant comme le seul garant d'un système qu'il ne contrôle pas est la porte ouverte à une aggravation permanente de la crise.

Il faut changer d'urgence le système monétaire national, européen et international. Et à très court terme, suspendre la loi irresponsable qui se met en place le 1er janvier prochain.

L'urgence est là. La sottise et l'irresponsabilité ont leurs limites.

Ben Bernanke : Des "Mémoires de crise" sans aucun intérêt

Lire le livre de Ben Bernanke, l'ancien directeur de la FED, évoquant son action avant et pendant la crise la plus dure qui ait frappé le monde depuis 1929, est un double supplice. L'inconvénient de nommer des  universitaires à la tête d'organismes publics est qu'ils pensent tout de suite au livre qu'ils pourront écrire en quittant le poste et aux gains associés. Il faut bien penser à sa retraite dorée ! Alors ils prennent des notes. Frappé de ce syndrome, le livre de Bernanke est beaucoup trop long  et pourri d'anecdotes absolument sans intérêt compte tenu de la gravité de la situation à laquelle le monde avait à faire face. Savoir que le Président Bush lui a relevé le bas du pantalon parce qu'il portait des chaussettes beiges sur un costume sombre et lui a  rappelé, qu'à la Maison Blanche, il fallait aussi avoir un peu de tenue, est sans doute un événement crucial dans la vie de l'auteur. Et raconter que, a semaine suivante, tous les participants à la nouvelle réunion avec Bush avaient des chaussettes de la même couleur, marque certainement le début d'une véritable épopée. Mais tout de même. On n'achète pas ce type de livre pour lire ce genre d'anecdotes.

La crise, ce sont des milliards de dollars de pertes, des dizaines de millions de chômeurs, des milliers de suicides de patrons de PME ou de cadres supérieurs, des guerres meurtrières liées à la misère induite, comme dans les pays arabes, des millions de carrières arrêtées ou anéanties. Que viennent faire les chaussettes du directeur de la FED dans ce désastre ? Mais cela devait figurer sur une note que l'on a compilé à toute vitesse pour satisfaire l'éditeur. Grotesque. S'il n'y avait qu'une remarque de ce genre ! Mais non. Ce ton rigolard traverse tout le livre.

Plus grave, le livre montre l'incroyable incompétence qui noie la réflexion économique aux Etats-Unis. Ben Bernanke nous apprend que sa principale contribution à la science économique, en tant qu'universitaire tenant un des postes les plus prestigieux, dans une université des plus prestigieuses, est d'avoir expliqué que, sans doute, les banques jouaient un rôle dans les crises ! Il se trouvait que la vulgate universitaire américaine en économie était encore trempée dans l'idée que la monnaie était un voile sans importance. Prodigieux effort ! Les théoriciens des crises et du cycle avaient tous déjà décrit depuis au moins cent ans que les crises périodiques étaient d'abord financières. Une telle audace le qualifiait comme spécialiste "incontournable" de la monnaie et lui vaudra finalement son poste à la FED. Quand on sait avec quelle révérence les politiques, les médias et les économistes français écoutent tout ce qui vient des Etats-Unis, on se rend compte combien cette attitude de colonisé est inappropriée. La vérité et le savoir ne viennent pas, en économie, des Etats-Unis. Seulement un "prestige" sans fondement.

Déjà, en lisant DSK et ses analyses du pourquoi de l'inconscience du FMI et du comment de son incapacité à prévoir la crise, on se rendait compte que tout ce petit monde vivait sur des clichés et sous la tutelle américaine, deux maîtres particulièrement déprimants. Chacun regardait dans son petit domaine et personne n'avait vu que les relations déséquilibrées entre les grands Etats débiteurs et les grands états créditeurs avaient des conséquences effroyables sur la montée de la dette globale.

La lecture de Bernanke est encore pire. Pour le lecteur, une des questions clé est justement la question de la montée vers la crise. Les signes précurseurs étaient-ils perçus ? Avait-on un diagnostic global sur ce qui se passait ? Des alertes sonnaient-elles un peu partout ? Comment les organes de direction de l'économie mondiale réagissaient-ils à la montée des périls ?

Le lecteur sera bien déçu. L'auteur passe directement de très très longues digressions sur l'histoire de sa nomination (dont tout le monde se moque) et sur la manière dont il s’est installé dans son poste, à… la crise des subprimes de l'été 2007. On ne trouve aucune analyse ou témoignage sur la réflexion économique pré crise. Ce que consent à écrire M. Bernanke, c'est simplement qu'on réfléchissait à modifier la politique de la FED de remontée systématique d'un quart de point du taux directeur pour "faire face à l'inflation" et qu'on regardait la montée puis le ralentissement du marché immobilier. Sans grande crainte : l'immobilier marchait bien sous la pression de la hausse des revenus (on satisfaisait des besoins) et des facilités de crédit ; le marché ensuite régulait normalement quelques excès.

Aux Etats-Unis,  le reste du monde n'existe pas. Il s'agit de définir ce qui est bon pour les Américains. D'ailleurs aucune déclaration d'un "responsable" d'un organisme officiel américain quelconque se garderait de  ne pas préciser que les décisions sont prises "parce que c'est bon pour les Américains". M. Bernanke n'a aucune vision internationale. Aucune réflexion sur les tourments du système monétaire des changes flottants. Aucune idée sur la montée de l'endettement global partout dans le monde, ni sur ses conséquences. Aucun effluve de réflexion sur la signification pourtant assez "ominous" du passage à une économie baudruche, où les investissements n'ont plus un objectif de production mais de "création de valeur". Le vide intégral. Le "benign neglect", cette négligence volontaire des conséquences pour les autres de la politique du dollar n'est même pas perverse. Ignorance et indifférence en sont le moteur principal.

Alors que dès la mi 2006, notre Cercle s'interrogeait sur l'ampleur et la date de la crise périodique à venir, publiait des analyses semestrielles très pessimistes et lançait des alertes tous azimuts (notamment aux candidats aux présidentielles de 2007 en France), M. Bernanke se félicitait de retrouver machin ou chose qu'il avait connu dans une vie antérieure, s'inquiétait de bien parler aux médias et arbitrait l'immense question de savoir si l'inflation était bien sous contrôle ou s'il fallait s'en inquiéter, alors que tout le monde fêtait Greenspan, "le sorcier qui avait fabriqué la période de croissance la plus longue de l'histoire"…américaine. Inutile de rappeler à ces enthousiastes que depuis 1971 la courbe de la dette globale s'était inversée pour dépasser en moyenne 400 %. Cet indicateur-là n'est pas suivi par la FED. Inutile aussi de leur mettre sous le nez les courbes qui prouvent que la croissance n'a cessé de baisser de décennies en décennies depuis 1971. Inutile de leur rappeler que les crises périodiques ont été de plus en plus violentes. La psychologie collective aux Etats-Unis impose de penser qu'une crise provient toujours de vilains ou de vilaines choses. La crise de 72-73 ? Les vilains de l'Opep. La crise de 92-93 ? Les vilains de l'Irak qui ont imposé la guerre.

Les Mémoires de Bernanke devraient rappeler au monde que le dirigeant de la FED est un aveugle et un paralytique, enfermé dans une pensée économique inexistante et de plus monopolisé par le seul intérêt de Wall Street. Le seul drame dont témoigne son livre est une erreur de communication qui a fait baisser la bourse américaine ! "Ne pas merder" (c'est dans le texte) sa communication, voilà la vraie question.

Que la montée astronomique de la dette globale et notamment immobilière soit due à la double hélice de crédits permise par les énormes déficits et excédents de balances de paiement, l'explication aurait ahuri Bernanke, presque autant qu'un Indien voyant arriver Cortes. Que l'inflation dans les prix des produits soit éliminée par le transfert à une Chine industrieuse et radicalement pauvre de la production mondiale, alors que l'inflation délirante des moyens de paiements se concentrait sur les "actifs", financiers ou immobiliers, encore une idée qui aurait eu le même effet que la découverte par Mme Duflot qu'elle aurait prononcé par inadvertance une phrase intelligente.

L'ignorance et l'inconscience régnaient à la FED en 2005, 2006 et 2007. Comme au FMI, pour les mêmes raisons de révérence à la nullité américaine (sur le plan des idées) et à leur domination (sur le plan institutionnel).

Cette ignorance a une traduction concrète : pas une ligne, pas une page, sur les réflexions et les actions de ce M. Bernanke de mars 2006 à août 2007. En revanche, on ne nous épargnera rien sur les vacances qu'il pensait prendre pendant ce mois d'août 2007 et auxquelles il devra, par surprise, renoncer dans l'urgence. Le blocage des fonds gérés par BNPPARIBAS ("abrutis de Français, toujours à nous embêter") marquait l'effondrement du marché interbancaire, entièrement dominé par des produits frelatés en provenance des Etats-Unis !

Plusieurs conclusions sont à tirer de l'épaisse contine narcissique de Monsieur Ben Bernanke :

- D'abord qu'il est inutile de lire le livre. À part la révélation de l'ignorance et de l'inconscience qui règnent dans les plus hautes sphères américaines, dont nous avons tant de preuves par ailleurs, il n'apporte absolument rien (sinon une rente d'édition malvenue à son auteur et un ennui de lecture pesant).

- Ensuite que la science économique aux Etats-Unis est un parfait désastre et que sa domination sur le reste du monde a entraîné la discipline dans le trente sixième dessous. La déconfiture des économistes officiels français trouve son écho dans la vacuité de l'enseignement et de la recherche économique américaine.

- Enfin qu'il faudra bien de la persévérance et bien de la force pour forcer les Américains à revenir à un modèle monétaire international un peu plus coopératif et soudé. Aujourd'hui il n'y a qu'un moyen : bloquer le traité transatlantique jusqu'à ce que tout le monde s'accorde sur une réforme monétaire. Il n'y a pas de réflexions sur les échanges de biens et services qui ne doivent s'accompagner d'une réflexion sur la monnaie.

Les affaires économiques du monde sont bien trop importantes pour les confier plus longtemps à des universitaires américains.

Ce qu'on disait en 1947.

"L’Europe qui s’était relevé rapidement des dévastations de la guerre voit aujourd’hui les conditions de son économie dangereusement compromises. Les répercussions de cette situation s’étendent à tous les secteurs de l’économie mondiale. Le rapport que nous vous soumettons aujourd’hui prouve qu’un remède est possible au mal si profond qui, à des degrés divers, atteint toutes les nations européennes. Ce remède doit être recherché avant tout dans l’effort individuel et collectif de ces nations […]. Considérant cette situation grave, les 16 pays européens ont pris un certain nombre d’engagements de coopération mutuelle, compte dûment tenu des engagements de même nature pris par les autres pays participants. Ils visent notamment les trois domaines suivants : production, stabilisation économique et monétaire intérieure, coopération européenne."

 Ce texte est d'Hervé Alphand, un des maîtres d’œuvre des Accords de Bretton Woods (il en était le négociateur avec Istel), Pierre Mendès France venant représenter le pouvoir politique du Gouvernement provisoire que de Gaulle avait fini par présider après avoir éliminé le général Giraud contre l'avis des Américains. Il énonce les conclusions d'une conférence internationale préparatoire du Plan Marshall.

Il est symptomatique de plusieurs conceptions :

 - Le sentiment que l'urgence de la reconstruction est derrière la France et les pays européens en 1947. Ceux qui pensent que les trente glorieuses sont la conséquence de la reconstruction apprécieront.

- La certitude que l'économique et le monétaire vont ensemble. La conférence de Bretton Woods concerne la reconstruction d'un cadre économique et monétaire pour la reprise des échanges commerciaux internationaux. Ce n'est pas une conférence monétaire comme l'histoire en a simplifié les objectifs. Cette règle de concomitance a été perdue. Pas de commerce sain sans une monnaie saine.

- L'obligation de la coopération d'abord en Europe mais aussi dans le monde : le texte est préparatoire au plan Marshall.

- Le souci de la production et pas de la "création de valeur". On veut du pain et de l'acier, de l'électricité et des vaches, du logement et des voitures, de la productivité partout.

- La diplomatie de la prospérité est le fait des ambassadeurs, pas des gouverneurs de banques centrales.

 

Ces conceptions aboutiront aussi à cette certitude que les forts doivent aider les faibles. La politique de Roosevelt et Cordell Hull était de détruire les empires européens (l'empire allemand étant par terre, il restait à détruire les empires anglais et français, notamment en imposant la décolonisation). Le plan de Morgenthau et de son adjoint White (qui dominera la conférence de Bretton Woods) était virulent sur ces destructions. La haine de Roosevelt contre de Gaulle provenait d'abord de ce souci de ne pas revoir la France jouer un rôle quelconque sinon de vassal édenté. Cette posture finira par céder à la nécessité de la collaboration pour sortir le monde de sa géhenne. Bien sûr, il y a des zones intéressées dans le plan Marshall : les Etats-Unis ont compris que le commerce ne repartirait pas et serait "mauvais pour la nation américaine" si la concentration des richesses aux Etats-Unis était maintenue (75 % environ de l'or monétaire mondial était encore à Fort Knox en 1947).

 Ces leçons devraient être encore totalement actuelles.

 - L'organisation et la bonne gouvernance comptent.

- La coopération internationale compte

- Le monétaire va avec le commercial

- Les marchés ne peuvent rien dans des cadres financiers et productifs totalement désorganisés

- Prêts et dons vont ensemble pour sortir d'un mauvais pas.

- Il faut produire, d'abord produire.

 Elles ne le sont plus.

 Tout est désarticulé et non coopératif sauf pour s'enfoncer dans le malthusianisme anti-productif dont la COP21 est le symbole.

La banque de dépôt en pleine tourmente

La bancarisation, c'est-à-dire la généralisation du compte chèque en banque, est une innovation finalement très récente. En France la massification a lieu au début des années soixante. l’Etat français, toujours dirigiste, et où les hauts fonctionnaires dominent la banque (les banques de dépôts sont nationalisées), fera tout pour accélérer le phénomène, d'une part pour garder sous la main les avoirs liquides des Français et les convoyer vers le financement des besoins publics, d'autre part pour surveiller les transactions et faciliter le contrôle fiscal. La nationalisation a conduit à créer des oligopoles bancaires puissants. Une poignée de banques voient plus des deux tiers du revenu défiler dans leurs comptes chaque fin de mois. Sans que les électeurs français s'en rendent vraiment compte, on les a forcés à utiliser des comptes bancaires, en donnant aux banques un pouvoir coercitif délirant sur les déposants.

Avant la massification bancaire, le pacte entre le déposant et la banque était simple.

"Tu mets à ma disposition ta trésorerie gratuitement. Je l'utilise à ma convenance, tout en m'engageant à te la rendre à la première demande. En contrepartie tout est gratuit. Je fais mon affaire de la sécurité des fonds confiés (plus besoin de coffres et de bas de laine sous le matelas) ; J'assure à ta demande tous les paiements, par chèque et virement ; je mets à ta disposition des points de fourniture de liquidité un peu partout, gratuit sur le territoire national. Mon avantage en tant que banque : j'accède à une trésorerie récurrente à un coût inférieur au taux d'emprunt du marché monétaire. La marge que je fais sur mes activités de prêts gagés sur cette trésorerie me permet d'assurer la gratuité".

Pour simplifier, la justification, pour le déposant qui perd et la propriété et le fructus de son avoir en contrepartie d'une créance sur la banque ne portant aucun intérêt, est la gratuité des services bancaires courants.

Ce pacte est désormais complètement démoli. La banque dite de dépôt a conservé les privilèges extravagant de disposer du bien d'autrui à sa guise sans rémunération, mais de surcroît, elle a obtenu de l'Etat de mettre fin à la gratuité des services de paiements qu'elle assurait gratuitement précédemment.

On a d'abord vu la quasi-totalité des opérations bancaires devenir payantes, à l'exception du chèque, malgré un lobbying permanent, et tout soudain, on y a ajouté une disposition scandaleuse : la possibilité d'imposer une commission de tenue de compte. Le compte bancaire est rendu obligatoire par la loi, et on y associe une rente pour la banque à sa seule discrétion. Ce qui revient à rendre obligatoire une taxation sur ces avoirs liquides, un énième impôt sur le capital, cette fois-ci portant sur tout le monde y compris les moins fortunés. Oui, le forfait de tenue de comptes est aussi un impôt sur les pauvres.

La mesure est d'autant plus scandaleuse que les banques dites de dépôts ont été déspécialisées. On leur a permis toutes les opérations bancaires, y compris les plus risquées. on a déjà vu sur ce blog que cette déspécialisation, dans l'ambiance pétainiste d'organisation du "fascio" bancaire depuis l'Etat Français, a permis le développement ahurissant de tous les conflits d'intérêts au profit de la banque. Et une prise de risque de plus en plus grande, mettant en danger l'obligation des banques de restituer l'argent sur simple demande.

Il est vrai qu'on ne peut plus vider un compte que dans un autre compte ; il faut une carte bancaire pour sortir du liquide et les montants sont plafonnés. Les banques font souscrire une carte de paiement payante pour que vous puissiez accéder à une fraction de votre avoir ! Il faut hurler et attendre pour obtenir une carte gratuite. Vous ne pouvez plus transporter des sommes en liquides importantes, ni payer en liquide des achats importants. On a supprimé quasiment en France l'usage des coupures de 500 euros. Haro sur les billets "de banque".

Le fascio des banques tente par tous les moyens d'éviter l'usage du chèque, la dernière opération gratuite. Le télépaiement par terminal, fixe ou mobile, est le seul favorisé.

Au final, il ne restera comme opération sur les comptes bancaires que des virements électroniques dont le coût marginal est très faible.

Le coût de gestion des comptes bancaires est donc de moins en moins cher au moment où il devient entièrement payant. La gestion de compte (conservation, comptabilité des opérations, opérations d'encaissement et de paiement) devient une simple activité de service rémunérée et un centre de profit.

Pourquoi conserver à la banque le droit d'utiliser les fonds à sa guise et de récupérer le fructus des liquidités du déposant ? On ajoute un second centre de profit au second, tout en sachant que ce second poste de profit fait courir un risque aux fonds déposés. Ce risque et d'autant plus grand aujourd'hui que les accords récents sur le transfert de la surveillance des banques "systémiques" à la BCE se sont accompagné de la fin de la garantie d'Etat des dépôts. Rappelons que cette garantie d'Etat a permis, aux Etats-Unis en 1934, de mettre fin à la cascade des faillites de banques qui régénérait la crise économique de mois en mois. La création du FDIC (Federal Déposit Insurance Company) a arrêté la course sans fin dans l'abîme de la déflation.

Nous sommes donc en pleine contradiction.

L’Etat impose aux citoyens le compte bancaire et conforte toutes les exigences du fascio bancaire pour limiter et même interdire l'emploi de billets. Il transfère intégralement le fructus de la liquidité nationale aux banques tout en mettant fin à la gratuité. Il permet aux banques de spéculer à tout va, dans le monde entier. Et il supprime la garantie des dépôts ! Il a même fait mieux, puisque depuis 1973, merci Giscard, le Trésor public ne peut emprunter qu'auprès des banques.

Avec le QE mis en place par la BCE, les banques européennes empruntent gratuitement et prêtent avec intérêt au trésor. Le seigneuriage, privilège d'Etat, a été transféré aux banques, qui font un profit facile : il faut un gestionnaire et un comptable pour emprunter à la BCE à prêter à l'Etat. Qui dit que certains secteurs bancaires ne sont pas productifs !

Les banques ont donc réussi :

- à avoir le beurre et l'argent du beurre sur les opérations avec les citoyens

- à avoir tout le beurre sur les opérations avec l'Etat.

En prime, elles sont en faillite virtuelle, car l'endettement global est tellement supérieur à la production (dans un rapport de 1 à 4) fait que la valeur affichée des "actifs" contrepartie des crédits est largement imaginaire et dépends uniquement des injections de liquidité de la banque centrale.

Huit ans après le déclenchement de la crise (le blocage du système interbancaire en France en juillet 2007), la BCE est contrainte de relancer son QE, car la banquise de dettes est telle qu'elle continue de s'effondrer en provoquant une pression déflationniste catastrophique.

Juncker, le Président de l'Union Européenne (et non de la zone Euro) a déclaré vouloir prendre l'initiative d'une nouvelle garantie européenne des dépôts bancaires. Il a bien compris que l'accord précédent sur la centralisation du contrôle à la BCE était bancal, chose que nous ne cessons de dire sur ce blog.

Au total les contradictions internes, comme diraient les marxistes orthodoxes, se sont amplifiées à des niveaux inconnus jusqu'ici, pour aboutir au viol de tous les pactes antérieurs et à une situation ubuesque.

Il devient indispensable de mettre de l'ordre dans tout ce bazar, non pas en fonction des intérêts des lobbys, et notamment du fascio bancaire français, mais de la rationalité économique globale.

Trois mesures s'imposent immédiatement.

1. Il faut reconnaître l'autonomie de la gestion des comptes de liquidité. Le concept de banque de paiement que nous portons depuis des lustres, doit entrer dans les faits. Une banque de paiement est une société de services qui assure la tenue de compte et les services de paiement associés, en contrepartie d'une rémunération spécifique. Le déposant reste propriétaire des fonds déposés. S'il veut faire prospérer sa liquidité, il la prête explicitement à des banques de crédit, ou tout organisme de collecte de fonds à investir. La banque de dépôt, ce machin bizarre et dangereux, disparaît, au profit de deux types de banques distincts : la banque de paiement et la banque de crédit. Les gains de productivité permis par la numérisation des transferts bancaires, sont transférés aux clients via une concurrence saine. Les dépôts sont sécurisés, puisque non placés à la discrétion des banques. Il n'y a donc pas de garantie d'état à prévoir.

2. Les banques de crédit doivent être distinguées des banques d'investissement. L'argent servant à des opérations risquées doit être collecté dans des conditions spécifiques. Seules les banques de crédit sont bénéficiaires de la réassurance de la banque centrale.

3. Le seigneuriage doit être restitué à l'Etat.

Dans un tel cadre la logique des opérations est claire et leur dynamique est assurée.

Les banques de paiements étant des sociétés de services peuvent se globaliser sans difficulté, sous réserve des règles d'une concurrence sévèrement contrôlées. Le progrès technique peut jouer à plein.

L'activité de crédit peut se spécialiser et d'organiser dans la sécurité. On peut facilement vérifier que les prêts longs sont associés à des financements longs. On limitera ainsi une dangereuse transformation d'épargne courte en prêts longs.

L’Etat, fortement endetté, bénéficie du seigneuriage pour se désendetter sans frais abusifs.

En même temps on liquide, en France, le fascio bancaire voulu par Pétain et le fascisme français sous botte nazie.

On sort d'un n'importe quoi organisationnel et moral, aggravé par la crise, la mondialisation, l'évolution technologique, et les contradictions institutionnelles entre zone Euro et Union Européenne.

Didier Dufau pour le Cercle des Économistes E-toile

Commande du livre "L'etrange desastre" de Didier Dufau

 

 

Didier DUFAU

L’Etrange Désastre

Le saccage de la prospérité

Avec une préface de Gabriel Milesi.

301 Pages

Aux Editions du Cercle des Economistes e-toile.

ISBN 979-10-95148-00-5

Octobre 2015

est désormais paru dans sa version définitive et devrait être bientôt disponible sur commande dans toutes les librairies et sur rayons dans les librairies disposant d'un rayon pour les livres économiques. Différentes difficultés logistiques freinent encore le processus.

Un certain nombre d'organismes ont pris les références du livre sous Electre pour prétendre le distribuer mais n'ont fait aucune démarche en ce sens. Ils cherchent simplement à rabattre vers leur propre site.

Pour obtenir immédiatement le livre, il suffit de le commander directement chez l'Editeur.

Envoyer un chèque  libellé à l’ordre du Cercle des économistes e-toile,  à l'adresse suivante :

Cercle des économistes E-toile

Attention Mme Sophie Delfyn

c/o La Maillière

4, Av. Jules Janin

75116 Paris.

N’omettez-pas de donner vos coordonnées d’adresse pour l’envoi.

Le secrétaire général

E E-F



Les économistes américains découvrent (enfin) les méfaits de la dette massive

Le phénomène économique mondial le plus important des quarante dernières années est l'inversion de la courbe de la dette globale à partir de 1971. Alors que la dette globale, supérieure à 400% du PIB  dans la majorité des pays occidentaux en 1944, était redescendue en 26 ans à moins de 200%, l'abandon des disciplines de Bretton-Woods, les changes flottants, et l'arrêt de la condamnation des grands déficits et des grands excédents, contrairement aux statuts du FMI  et au traité de la Havane,  ont provoqué une remontée constante jusqu'à dépasser en moyenne les 400% à nouveau partout dans les pays de l'OCDE en 2006.

C'est le thème principal de mon livre, L'Etrange Désastre, écrit justement parce que ce phénomène était non seulement passé inaperçu mais pire encore n'avait jamais été expliqué par les spécialistes. Il est facile de calculer qu'un taux de dettes de 400% est intenable. Avec une maturité de 5 ans et un taux d'intérêt plus frais de 5%, il faut 100% du PIB pour payer les intérêts et amortir la dette ! Cette réalité explique le blocage du marché interbancaire de l'été 2007 puis la série d'explosions bancaires de 2008, culminant en septembre avec la faillite de Lehman Brothers.

La source de ce désastre est la volonté américaine de pratiquer une négligence offensive dans la gestion du dollar, mis au service des intérêts militaires et économiques américains, considérés comme de l'intérêt général pour le monde occidental et à ce titre jamais contestés. Le mécanisme est la double hélice de crédits, décrit par Jacques Rueff, générée par le recyclage des excédents massifs des pays exportateurs.

L'idéologie véhiculée sur ce sujet des changes flottants, nous l'avons vu dans un récent article, rend la discussion impossible. Mais le système des changes flottants n'est pas la seule idée, intéressée et fausse, imprimée dans les esprits. Sans sombrer dans un marxisme méthodologique de pacotille, il est bien clair que les phénomènes de domination produisent une vulgate indiscutée, à caractère de crédo, qu'il serait malséant de discuter.

Une idée dérivée du "benign neglect" (que nous traduisons "par négligence offensante et offensive"), est la bonté intrinsèque de la dette. La dette ne serait pas grave parce qu'elle a des contreparties. Nous avons vu dans plusieurs articles que la valeur de ces contreparties est incertaine si elle n'est pas assurée sur un flux de valeur associée à une production attendue. La valeur actuelle des rendements attendus de l'investissement donne l'estimation d'un capital. S'il n'y a aucun flux futur, il n'y a pas de stock !

En s'écartant de toute notion de valeur actuelle de rendements futurs, la marque du passage de l'économie en mode baudruche, les contreparties d'une dette qui dépasse 200% du PIB n'existent plus. La dette devient une charge intolérable pour l'économie réelle et ses acteurs. On le voit en Grèce, en Europe et dans bien des pays aujourd'hui. La France est au balcon, sur ce sujet explosif.

Non seulement la dette doit avoir un coût, pour éviter son bourgeonnement mais elle doit être contenue dans des limites strictes, et la nature des financements doit faire l'objet de réflexions différentes. Le crédit à la consommation est extrêmement dangereux puisque l'intérêt n'est pas financé par une valeur ajoutée nouvelle mais par une hypothétique croissance. De même le crédit immobilier doit être contenu dans certaines limites parce que lui aussi au final  ponctionne ses intérêts sur une éventuelle croissance. Les investissements d'entreprises doivent pour leur part trouver leur équilibre entre la "transformation", utiliser des emprunts courts pour financer des emprunts longs, la dette bancaire, les obligations et le capital.

Toutes ces règles dominaient les esprits jusqu'en 1970 dans tous les cours d'économie générale et d'économie bancaire.

Le bourgeonnement de la "finance" et son envahissement de la sphère économique, a fait naître un nouveau réflexe conditionné : toute nouvelle dette est bonne pour l'économie et l'investissement. Si les marchés financiers deviennent "parfaits" au sens de la théorie de la concurrence, les ajustements se feront dans la plus parfaite fluidité, à l'émerveillement des masses. Dans la pratique on a vu que tous les marchés de taux et de devises étaient frelatés, car tenus par très peu d'intervenants et faussés (ou manipulés "pour leur bien") par des banques centrales ne considérant plus qu'elles devaient faire attention à leur propre création de monnaie.  Ben Bernanke a été choisi pour diriger la FED parce qu'il avait théorisé que les banques centrales pouvaient, à elles-seules, faire sortir l'économie de toute récession.

Huit ans après l'explosion en vol du système, commence à se produire l'inévitable reflux intellectuel.

Le livre de Bernanke traduit sa déception : non, les banques centrales ne peuvent pas tirer, seules, l'économie d'une récession grave. Comme nous le disons depuis toujours : une banque centrale est comme un psychanalyste. Elle ne peut guérir que les maladies qu'elle a elle-même provoquées. (Mémoires de crise - Ben S. Bernanke -Seuil - 640 pages - 28.00 € TTC)

Celui d'Adair Turner , (Between Debt and the Devil, Money, Credit, and Fixing Global Finance, Princeton University Press) , met un deuxième clou dans le cercueil. Non la dette n'est pas nécessaire à l'investissement si elle échappe à certaines limites. Au-delà, elle devient "satanique".

La question de la fausse perfection des marchés monétaires et financiers internationaux est déjà tranchée par de nombreux livres depuis plusieurs années.

Il ne reste qu'un dernier tabou : les changes flottants. C'est celui que nous avons tenté de dynamiter dans notre livre. C'est le tabou qui est derrière les trois autres : des dettes massives ; interventions délirantes des banques centrales ; marchés financiers et monétaires "non performants".

Au passage notons que le FMI en est toujours à lever tous les obstacles aux changes flottants et  à la perfection des marchés financiers, en proposant de taxer à mort le capital. Nous lui suggérons de tirer parti des livres qui paraissent aux Etats-Unis, donc de la maison du maître des lieux, et de changer simplement de cible.  Le dernier livre suggère que c'est en taxant la dette qu'on mettra fin à l'économie baudruche, pas le capital.

Pour le moment on s'est contenté… de la rendre presque gratuite ! Le transfert de la dette aux Etats rend cette solution indispensable. Mais si la contrepartie est la taxation massive du capital, la solution est vaine à moyen terme. On le voit bien en France avec les dernières mesures prises par le gouvernement en matière de logements. La loi stupide acceptée pour des raisons politiciennes par le faiblissime Hollande, proposée par une parfaite imbécile aux dents longues et aux pensées courtes, (une certaine Duflot), qui devait propulser la construction de logements aux plus hauts sommets, a effondré le marché. Loyers diminués de façon autoritaire de 20 à 40%, mesures vexatoires diverses contre les propriétaires et les intermédiaires, frais nouveaux ruineux, aveuglements divers (le loyer imposé est le même dans le même bâtiment entre un rez-de-chaussée et un appartement en étage avec vue, ensoleillement etc.), dans un contexte de fiscalité spoliatrice des "possédants" (des propriétaires en langage courant), ont ruiné le marché. La crise du logement ne cesse de s'aggraver dans un contexte de baisse du revenu par tête. Que propose le gouvernement : encore plus de dettes privées subventionnées par le recours à plus de dettes et d'impôts publics ! Rappelons que le prêt à taux zéro est financé par l'impôt immédiat (ou futur : la dette). On croit en France qu'un marché se redresse par le double jeu de l'impôt sur les investisseurs et de la subvention à l'acheteur pour qu'il s'endette). Aucune théorie économique ne justifiera jamais de tels délires.

Rappelons que la France détient en même temps le record mondial de la subvention au logement, et le record tout aussi mondial de l'imposition de l'immobilier. Et qu'elle est la merveilleuse vitrine de la crise du logement perpétuelle. D'erreurs en erreurs jusqu'à l'effondrement final ?

Alors que, lentement, le cadre conceptuel absurde qui a ruiné la prospérité occidentale commence à basculer, même aux Etats-Unis, le Français né malin, s'enfonce dans toutes les erreurs balisées, au prix du saccage de toutes les libertés et du droit de propriété. Du sous-chavez à prétention technocratique, exalté mais unanime.

Pas un média n'a fait entendre une voix discordante sur cette amplification de l'appel à la dette subventionnée. Pas un parti d'opposition n'a moufté. L'impôt ciblé sur les riches, c'est bien. La subvention et la dette aidée, c'est très bien. Embrassons-nous, Folamour !

L'affaire du dopage de l'économie par des produits illicites n'a pas encore été découverte ! Le plus drôle c'est que la France se dope…pour perdre !

Consternant.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

Suzeraineté américaine et mentalités

Un des aspects qui désarçonne l’observateur de nos  pratiques contemporaines est  la permanence et la virulence d’un  travers de notre système médiatique : privilégier la chaleur à la lumière ; préférer l’émotion à la raison. Les pulsions idéologiques, l’exaltation des purulences, le jeu des politiques, l’omniprésence des comiques, l’abaissement de la culture devant la téléréalité, les stratégies de communication, l’obligation de l’audience, du tirage et de la publicité, entraînent le débat utile dans des annexes enfouies profondément sous les poubelles de l’effervescence. 

Ce brouillard émotionnel cache une réalité encore moins drôle. Les idées qui gouvernent le monde concernent une camarilla d’experts et d’hommes d’influence ou de pouvoir à qui la puissance américaine suggère un conformisme absolu.  Comment l’influence américaine peut-elle  ainsi s’imposer ? En ne permettant la nomination  que des personnes « contrôlables » dans les instances internationales qu’ils dominent et qui dominent le monde. Impossible, au FMI, de proposer des analyses non conformes. Impossible, à la Commission européenne, largement dans la main des américains, de nommer, sauf marginalement, des individus « incontrôlables ».  Les carrières, les honneurs, ne peuvent s’envisager que dans la suave admission de tous les crédos imposés. Inutile d’espérer être admis dans les clubs et comités internationaux  avec des idées saugrenues et dangereuses. Les « imposés » ont évincé « le libre », diraient les patineurs.

Tout ce petit monde (à peine mille personnes), en fait,  ne pense pas. Il admet. Il comprend. Il suit. Il applique. Il déroule. Il décline. Et chacun ne pense qu’à son intérêt personnel dans un système où il a réussi et où il vivra très confortablement pourvu qu’il ne transgresse rien.

Dans cette atmosphère de soumission, ce n’est pas l’idée dangereuse que l’on craint, simplement l’idée. Répéter un credo avec l’air convaincu est tout ce qu’on demande. Ou même ne rien dire et sourire, parce qu’on est heureux d’être là.   La soumission soviétique était exactement du même ordre, bien que plus grincheuse. Elle a conduit à l’explosion du système.   Lorsqu’un téméraire « irresponsable » a déclaré qu’il fallait penser et dire la vérité, pravda et perestroïka, la farce qu’était devenu un système totalement inefficace, injuste et délabré, après avoir été criminel et génocidaire,  a explosé à la figure de tous, dirigés et dirigeants. La consomption fut totale.

Le soft power américain n’est pas fondé sur la violence. L’hérétique se heurtera partout à des cloisons de verres. Transparentes mais infranchissables. On lui permettra simplement de faire de la chaleur, et de se faire de l’argent en condamnant le système de façon plus ou moins hystérique, façon Stiglitz ou Krugman. Comme il s’agit de chaleur, ce n’est pas grave.  Qu’elle soit socialiste ou populiste, la chaleur ne fait pas peur au suzerain. C’est la soupape de sécurité du système. Laissons ces enfants se défouler. On tient tous les leviers. Qu’ils amusent la galerie.

Attention, en revanche, à ceux qui viendraient à casser la belle mécanique de la soumission à des idées intéressées et fausses par l’emploi de la raison bien appliquée à l’observation. On veut bien qu’ils basculent dans la chaleur mais, surtout,  qu’ils n’entraînent pas de remises en cause fondées et susceptibles de forcer des changements du  système !

Hitler disait : « Je n’ai pas besoin de maréchaux intelligents. Des exécutants fanatiques et efficaces suffisent», au moment même où les défauts de conception de sa stratégie militaire détruisaient son armée. 

Staline, lui, a détruit l’Armée Rouge, avant même l’invasion nazie, preuve sans doute de la supériorité du marxisme sur le national-socialisme.

Quand on ne pense plus la réalité, sinon par réflexe, la réalité prend sa revanche.

La soumission occidentale n’exige pas de maître officiel ou de policier de la pensée. L’oppressante censure vient d’un esprit du temps insufflé au plus grand nombre, plus que d’actions infâmes de policiers cachés de la pensée malsaine. Il suffit que la personne « en situation » se soit convaincu qu’elle a plus à perdre qu’à gagner à violer ce qui apparaît comme un consensus ambiant, d’où que vienne ce consensus.

Nous avons souvent fait référence à l’impossibilité de penser « offensive » en France, dans les années trente, même au tréfonds des armées. L’idée était bannie. Pas d’Hitler, pas de Staline, derrière ce bannissement. Un simple consensus latent, relayé par les pouvoirs, politiques, médiatiques et militaires, né des horreurs de la guerre. « Le feu tue » ; « Plus jamais çà » ; « Défensive, défensive, défensive ».

Quand la pensée se congèle et baigne dans l’émotionnel, elle devient inattaquable. Le briseur de consensus devient un « salaud », même pas au sens sartrien du terme.

On le voit aujourd’hui avec l’écologie militante qui voit dans les trente glorieuses un « génocide contre la terre » et dans les partisans de la croissance un fou dangereux qu’il faudrait interner au plus vite.  Dépassée la Shoah !

En Union soviétique nous eûmes le social-traître polymorphe ; en Allemagne le traître au HerrenVolk et au Führer ! En France, on élimina en douceur dans les années trente tous ceux qui pensaient offensive. Pas de promotion ; pas d’éditeur ; pas de chaire ; pas de relais médiatique.  Qui est donc ce « on » ? Tout le monde et personne. La hiérarchie militaire avait élaboré une doctrine. Impossible de promouvoir un « insoumis », quoiqu’on pense de la doctrine en question. Les politiques ne voulaient pas entendre le mot même d’offensive. Les médias avaient une population à servir qui voulait la paix, la paix, la paix.

Dans le monde actuel, où tout se passe à des échelons supranationaux, la mécanique est la même qu’en France dans les années trente. Depuis Keynes l’or est une vieille relique. Penser le système monétaire international sur des bases autres que les changes flottants est  « fétichiste » et émotionnellement inconcevable. « Seriez-vous totalement ringard ? ». « On n’en est plus là depuis longtemps ! » ; « Vous ne voulez tout de même pas défendre ces vieilles lunes ? » ;  « On a beaucoup évolué sur ce sujet depuis quarante ans. Vous datez ». Il se peut que les profits ne cascadent plus du riche vers le pauvre, comme le défend une idée à la mode, mais les faux semblants oui. Les masses ont intégré à leur tour le message subliminal global : les changes flottants sont une partie définitive du monde nouveau où nous nous trouvons. Il faut s’adapter au monde nouveau, pas le questionner. Pour être chic et « in », il faut montrer qu’on a bien absorbé le nouveau code de pensée.

Faire une conférence sur ce sujet  suppose d’infinie précaution oratoire dans les débuts pour ne pas braquer aussitôt le Pavlov qui règne en maître dans les esprits qui se croient « au parfum ». Commencer doucement par l’examen de la réalité ; passer aux mécanismes ; remonter légèrement vers les institutions. Quand il est acquis que les changes flottants sont à la base des dérèglements constatés, bien préciser qu’il ne faut « naturellement » pas revenir à l’étalon-or. Bien montrer que l’ancien système de Bretton-Woods était vicié à la base. Finir sur la pointe des pieds en prouvant que le système actuel ne peut plus durer et qu’il y a nouvelle organisation à inventer.

Ouf ! Vous n’avez pas fait fondre l’iceberg mais vous l’avez contourné et, derrière, le champ est libre pour un peu de créativité.

Mais vous y êtes tout seul.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Deux illusions tenaces

La France souffre de deux maladies tenaces : l’excès de dettes et l’excès d’impôts. Le témoin d’un excès de dettes est leur caractère irrécouvrable qui impose de les transférer le plus possible vers l’Etat, à charge pour lui de les amortir par l’impôt, où vers la banque centrale, à charge pour elle d’en diminuer radicalement le coût de portage ; celui d’un excès d’impôts, la faiblesse des investissements et la fuite des foyers aisés vers des cieux plus hospitaliers ou moins prédateurs comme on voudra.

Les deux excès se conjuguent. L’excès de dettes pousse à l’impôt. L’excès d’impôts pousse à plus de dettes.

On trouve aujourd’hui encore, malgré l’évidence des difficultés, de nombreux commentateurs ou auteurs qui poussent allègrement à l’impôt et à la dette.

La justification de ces positions n’est pas toujours très élaborée. « Vive l’impôt » est un signe de ralliement pour la gauche et la maladie particulière de l’Enarchie compassionnelle de droite (pensons à Giscard et à Juppé). La dette se justifie souvent par le faible taux des intérêts. La création monétaire paraissant gratuite, certains aiment à répéter qu’il faut dépenser à mort en imposant les riches, en ne craignant pas de s’endetter et en finançant l’état par a création monétaire.

Derrière ces simplismes on trouve en trame de fond deux raisonnements qui sont également controuvés.

Lors que les taux de dettes ont commencé à dépasser 400% des PIB locaux, pour s’élever parfois à des niveaux encore plus stratosphériques, des voix se sont élevées : en s’écartant ainsi du PIB de la nation hôte, les banques créent un risque systémique gravissime, puisqu’in fine, ce sont les Etats qui garantissent la parole des banques nationales et leur crédit. Dans la pratique, on demande aux peuples de payer pour la faillite des banques.  La réponse des adeptes de la mondialisation financières a été constante. Ce fut celle du FMI. Les crédits sont garantis par les actifs financés. Derrière la dette, il y a des usines, des productions, des gains attendus. Ces actifs sont mondiaux. C’est aux banques et aux mécanismes de hedging qu’il revient de stabiliser l’ensemble. Donc les banques en Islande peuvent dépasser 1000% d’encours bancaire puis que ce n’est pas le PIB local qui garantit les prêts mais l’économie monde et ses « actifs ».

On a vu ces illusions s’évaporer en 2007-2008. Aux Etats maintenant de payer les pots cassés. Demandez aux Grecs.

A-t-on pour autant abandonner l’idée que les prêts sont d’abord assurés par ce qu’ils financent ? Pas du tout. L’Europe a essayé de dégager les Etats de leurs responsabilités. On force les banques à mettre en face de leurs prêts des capitaux d’autant plus élevés que le risque est plus grand. On régente le tout de façon tatillonne. Et on indique qu’en cas de problèmes ce sont les déposants et les obligataires qui paieront les dégâts. Ce qui revient à dire : les actifs que vous financez sont votre seule garantie. Maintenant vous pouvez financer ce que vous voulez, partout dans le monde, avec de l’argent provenant d’où vous voulez. Les Etats réduisent vos capacités de prêts et ne viendront plus à votre secours. Mais la mondialisation heureuse peut continuer. Les américains, eux ont été un petit poil plus narquois : ils ont imposé que la finance mondialisée soit dominée par leurs banques et leur monnaie ! Dans la pratique, on a constaté une rétractation de l’activité des banques vers leur marché national. La déglobalisation bancaire est un fait. Et les étouffements administratifs ne garantissent rien du tout, sinon une inefficacité globale du secteur. Du fait de l’application de règles différentes un peu partout et de l’impérialisme juridique américain, cette inefficacité se double de distorsions de concurrence.

Nous pensons qu’au-delà de ces réserves, il est impossible de ne pas prévoir que les crédits globaux et autres « obligations de payer » ne soient pas maintenus dans des limites strictes par rapport au PIB. Nous considérons comme une faute inexpiable de n’avoir pas vu que le retournement du taux de dette/PIB, qui baissait continument depuis 44 a dépassé 200 puis 250, puis 300 puis 400% entre 71 et 2007. Comme on l’a souvent répété sur ce blog, une maturité moyenne des prêts de 5 ans avec un taux d’intérêt + frais de 5%, implique que l’amortissement de la dette et le paiement des intérêts  prennent 100% du PIB. Ce qui est naturellement impossible.  L’approche micro économique, prêt par prêt ou classe de prêts par classe de prêts, n’apporte aucune garantie. Et si le système pète, inévitablement si les taux dépassent 300%-400%, la perte des dépôts entraîne immédiatement une crise de type 1929.

On doit donc prévoir un contingentement global des en-cours de prêts. Comme il n’existe aucun organe global pour le faire, on en revient aux approches nationales. L’illusion micro-économique en matière de prêts est d’une extrême gravité. L’illusion qu’une approche par classe de prêts empêchera toute  difficulté est un péché contre l’esprit.

On retrouvera le mécanisme mental avec les mêmes conséquences dans le domaine fiscal.  Récemment encore lors d’un débat sur la TNT un économiste, au nom imprononçable mais au style catégorique, dégoisait cette fausse règle : la dépense publique ce sont des équipements collectifs et du bien social ; la contrepartie étant solide et indispensable, nous ne devons pas craindre qu’elle soit élevée. Inutile de dire que les équipements publics sont importants, comme le lien social. Mais ici aussi intervient le quantum par rapport à la production.

De même que le système de prêts lorsque les encours dépassent plusieurs fois la valeur du PIB n’est plus garanti par les flux de production  et ne concerne plus que des opérations spéculatives, de même lors que la dépense publique dépasse 35 à 40% de la production, il n’y a plus de contreparties tenables. On entre dans le gaspillage de ressources rares au détriment de l’économie. Comme nos lecteurs le savent nous avons l’habitude de faire le rapprochement des prélèvements et de la dépense publique de la valeur ajoutée des entreprises de plus de une personne du secteur non financier, ce qu’on appelle communément « les entreprises ».   On sait qu’en 2014 non seulement la dépense publique mais les aussi désormais les prélèvements ont dépassé la valeur ajoutée par les entreprises. Les Français ne disposent plus que de ce qui est redistribué ou emprunté, avec une baisse constante du revenu par tête depuis 2008.

Raisonner sur la dépense publique en oubliant de regarder le rapport avec le niveau de production est aussi sot que de penser la dette sans établir de rapport avec la production.  

La curiosité du moment est qu’on ne trouve personne dans les médias pour faire ces remarques élémentaires. Baigner dans un système mental qui fait l’unanimité de son clan ou de ses pairs est un grand danger. La lumière ne pénètre plus. Et casser le bloc mental congelé qui empêche d’accueillir la réalité est une tâche surhumaine.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile  

Neuf mois après « l’alignement des planètes »…

Neuf mois après « l’alignement des planètes », le miracle ne s’est toujours pas produit. Rappelons-nous : presque deux mois de propos hyper optimistes, dans tous les médias télévisés, radio diffusés ou écrits,  sur la reprise « mécanique » et obligatoire de la croissance forte en Europe et surtout en France ; de fines analyses sur le génie du Président Hollande qui pourrait très rapidement se vanter d’avoir enfin enrayer la hausse du chômage ; des affirmations péremptoires un peu partout autour de l’idée que « la crise était finie » et que tout était en place pour une croissance à nouveau soutenue. 

Les calculs les plus subtils démontraient qu’une baisse massive de l’Euro vis-à-vis du dollar et du Yuan restaurerait radicalement la compétitivité française, que la baisse tout aussi massive des taux d’intérêt  permettrait un boom de l’investissement, que la baisse des  cours du pétrole générerait du pouvoir d’achat et donc de la demande, et que, cerise sur le gâteau, l’Union Européenne, par l’intermédiaire d’un Plan Juncker mirifique allait se lancer dans des  investissements massifs.  Les entreprises et les ménages seraient à la fête pour la première fois depuis 2008. La « demande globale » serait confortée et une saine dynamique économique se mettrait en place.

La suite ? L’affaire a fait « pschitt ». Aucun des merveilleux effets de la conjonction des planètes ne s’est manifesté aux hauteurs annoncées dans les six mois suivants. Nous attendons les chiffres du  troisième trimestre qui devraient être meilleurs.  Mais personne n’espère rien de spectaculaire.

Comme toujours, personne ne s’est pressé de donner l’explication de ce flop.

L’explication n’est pas compliquée.  L’effondrement de la valeur de certains actifs, et particulièrement des matières premières, ne marquait pas le commencement de la fin de la crise, mais la suite d’un dégonflement inévitable, au fur et à mesure que l’économie baudruche finissait d’exploser.  L’indicateur principal était le commerce international. Nous avons souligné immédiatement qu’il était quasiment stationnaire et ne portait plus l’expansion.  La spéculation qui avait porté à des sommets intenables la valeur de certains actifs a été partiellement brisée.  La valeur de l’immobilier n’a pas cessé de baisser, partout et  beaucoup plus brutalement qu’il ne l’est dit dans les medias.  La sur-fiscalisation a partiellement bloqué les achats de précaution.

L’alignement des planètes était plus le syndrome d’une économie flapie que le signe d’une renaissance formidable.  Les banques centrales ont créé pour 13.000 milliards de dollars de monnaie pour compenser les 12.000 milliards de pertes sur « des engagements de rembourser »  intenables que nous avons signalés dès 2007. Ce n’était pas mouvement « pro actif » mais défensif pour éviter la mort des banques.  Cette création extravagante et les taux d’intérêts nuls qui en résultent n’ont pas pour but de relancer l’économie. Mais de permettre aux banques de se renflouer.  J’emprunte à taux zéro ; je prête aux Etats à quelques % de plus ; j’emploie mon bénéfice à amortir mes pertes.  Le processus est loin d’être terminé. Comme les législateurs ont « étouffé l’amplificateur »  monétaire en corsetant les banques, toute cette gymnastique n’a pas d’effets massifs sur l’économie réelle.  Comme la fiscalité, devenue partout agressive, prive d’argent les particuliers, la consommation ne suit pas.

Le sauvetage des banques par les banques centrales et les Etats, au prix d’un double endettement public (celui, visible, des Etats, celui moins visible, des banques centrales)  a poussé la fiscalité à des sommets en même temps qu’il provoquait  la stagnation.  

Une danse de Saint Guy frénétique s’est alors produite sur les marchés des changes, puis sur celui des  matières premières, dont le pétrole,  alors que la déflation touchait tous les marchés.  Le repli vers les Etats-Unis considéré comme plus sûrs dans la panique générale a provoqué, comme en 97-98, la hausse conjointe du dollar et de la bourse américaine et  l’effondrement dans les pays en voie de développement, comme on le voit en Chine, au Brésil, en Russie, sans réel bénéfice pour les autres pays développés (Europe, Japon, Corée etc.), à la différence de 97-98.

On vient d’assister à la correction de la correction.  Rien à voir avec un alignement positif des planètes.

Tout cela est totalement instable.

Pour la France, les derniers résultats produits par l’INSEE sont parfaitement clairs.  L’année 2014 a été pire sur tous les plans que 2013, que nous avions définie comme une année « Hollandilbilis ».  En dépit du virage annoncé après l’affaire des « bonnets rouges », une révolte provoquée par les mesures fiscales absurdes  (Manuel Valls a fini par le reconnaître cette semaine)  prises personnellement par Hollande, qui, paraît-il, se voulait un génie de la fiscalité avec des idées saugrenues mais  bien ancrées.  2015 ne pouvait qu’être dans la lignée de ses deux devancières, puisque rien de fondamental n’avait  changé.

Aujourd’hui, plus que jamais, il faut surveiller deux fronts économiques partiellement disjoints.

Celui de l’économie réelle reprend des couleurs, mais avec une lenteur remarquable.  Le commerce mondial des marchandises repart un peu, même si le phénomène est masqué par la baisse des mouvements de pétrole.

La préoccupation reste toujours aussi grande sur le front des 400% d’endettement qui pèsent  au dessus d’elle.  Certes les dettes ont été en partie « fixées » par l’action des banques centrales et des Etats. Mais sans croissance ni inflation, l’enveloppe ne se dégonfle pas ou très peu.  Croire que la baisse peut s’opérer par la fiscalité est un rêve qui tourne au cauchemar partout où l’on a essayé cette fausse solution.

Il faut revenir à des politiques concertées de croissance avec une inflation à deux ou trois pour cent.  Cela ne peut se faire qu’en stabilisant le front des monnaies, donc en interdisant les grands déficits et les excédents  symétriques, et en encadrant partiellement les mouvements de capitaux à court terme.  En Europe, si on ne veut pas mettre fin à l’Euro, il faut créer une entité de coordination qui gèrent les déséquilibres internes et externes de la zone.  Seule la concertation permettra de relancer de façon équilibrée et en une vingtaine d’années, on sera revenu à un taux d’endettement global entre 150 et 200%. 

Croire que chaque nation s’en tirera par des déflations compétitives et des hystéries fiscales est totalement absurde.  Oui, il y aura une certaine reprise en 2016 mais si faible qu’un nouvel effondrement localisé de la banquise de dettes  suffira à l’annihiler. Les énormes masses de liquidité n’ont plus d’emploi rationnel.  La fin de la monnaie gratuite aux Etats-Unis est constamment repoussée parce qu’on ne veut pas que le dollar monte plus.  Dans l’incertitude ainsi créée,  personne ne peut rien dire de l’évolution du cours dollar/euro.  Rien ne marche comme on voudrait dans un système de changes flottants.  La bourse américaine a atteint un sommet, comme d’ailleurs les bourses européennes, avant une belle correction.  Elles peuvent encore craquer un peu plus si la reprise demeure aussi faible. Les pays émergents sont dans le désordre le plus complet. Les prix de l’immobilier restent incertains.  Les matières premières sont dans les choux.  Les banques sont étranglées par les réglementations et toujours grevées de créances douteuses. Les engagements obligataires et les opérations « over the counter » deviennent hyper dangereuses.   Il n’y  pas de vraie baisse des prélèvements fiscaux.

La spéculation est dans l’impasse. Les Etats sont dans l’impasse. Les banques centrales sont dans l’impasse. 

En attendant le scénario le plus probable, si rien ne bouge, est une petite accélération de la croissance. Elle suggérera des propos enchantés  dans la presse,  surtout dans cette période de campagne électorale présidentielle en France. Elle sera  probablement suivie par un mini krach entre 2017 et 2018 qui affectera  plus la couche des actifs reliées aux dettes que l’activité elle-même, comme entre 2001 et 2003 et qui fera trembler l’Europe, sans doute une nouvelle fois par une crispation grecque.

On ne voit pas trop comment les banques centrales et les Etats pourront réagir efficacement.  Seul un changement du système monétaire international permettrait réellement d’en sortir.  S’il avait lieu immédiatement après le mini krach, les leçons de l’histoire économique des quarante dernières années étant enfin tirées, nous pourrions retrouver un terrain propice à une croissance plus rapide et à une reprise de l’emploi, les ressources quittant le domaine de la spéculation pour s’employer dans l’économie réelle.  Mais peut-on compter sur la pédagogie des crises pour briser des tabous intellectuels associés à des positions de pouvoir géopolitiques ? C’est tout l’enjeu des cinq prochaines années.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

L'émission Zemmour & Naulleau en grand danger

L'émission de Zemmour et Naulleau, sur Paris Première,  prend un mauvais tour. La nouvelle charte graphique de l'émission est très laide. le rythme des séquences est inconfortable pour le spectateur qui n'a pas le temps de véritablement s'installer dans un débat. Le choix des invités est tellement convenu, avec des personnalités tellement "vues  à la télé" qu'on sait à l'avance tout ce qu'elles vont dire. Pire encore, l'originalité des critiques, principalement celles de Zemmour, s'est perdue depuis que ses thèmes de prédilection sont au centre même du discours médiatique.  L'apport d'une présentatrice chargée de cadencer l'émission est quasi nul. Sa présence a réduit le rôle de Naulleau qui était jusqu'ici le "modérateur" de l'émission à une prestation incertaine, parfois fantomatique. 

En un mot la spontanéité, la vérité incongrue mais tenace, la fraîcheur, ont déserté l'émission, alors que la présence d'un comique, certes sympathique mais que l'on voit et entend désormais partout, apparait décalée.

Rien n'était plus frappant lors de l'émission du 28 octobre 2015.

Inviter Pierre Larroutourou pour la nième fois ne pouvait que se terminer en désastre. Cet agitateur a la spécialité de "faire de la chaleur" et jamais aucune lumière. Il chauffe l'émotion comme un prédicateur et empêche tout le monde de parler. Impossible de finir une phrase quand il est là. Et les âneries s'enchaînent avec véhémence. Croire que cette véhémence et cette grossièreté servent "le dynamisme du débat" est une grave erreur.   La charmante directrice de l'Ifrap a été interdite de finir une phrase ou un raisonnement pendant tout le temps du "débat" qui n'a strictement rien produit d'utile, sinon qu'Agnès Verdier-Molinié préfère cette situation d'oratrice châtrée à pas d'apparition du tout,  et que Hollande a eu bien tort d'inviter son contradicteur qui n'a pas cessé de l'insulter pendant l'émission.

L'autre invité était l'ineffable et increvable président du Modem, ce parti politique qui ne comporte que deux membres et ne vit que par la télévision. François Bayrou est le prototype même du politicien à dents de Rastignac qui n'a strictement rien à dire et dont tout le programme se résume à "Moi Je". Il n'est pas le seul, mais dans le cas du Béarnais, cela commence à se voir beaucoup.

Déjà en 2007, lors de la campagne présidentielle, nous avions essayé de décrypter le programme du Modem. Sur tous les chapitres sans exception, le schéma était le même : "le PS et l'UMP sont incapables de résoudre le problème ; mais moi j'y arriverai". Pourquoi ? "Parce que moi et mes gens nous sommes formidables". "Mais avec quelles mesures précises ?". "Nous aviserons car nous sommes les meilleurs". M. Bayrou fustige mais ne propose rien sinon de revenir à la Quatrième République, mais en conservant l'élection présidentielle au suffrage universel qui est son seul objectif réel. Une fois qu'il sera là, il se fait fort de monter des gouvernements d'alliances entre factions pour le meilleur bien du pays.

Impossible d'en tirer la moindre mesure concrète, puisque la politique naîtra de "compromis utiles". Dénonciation des autres, dénonciation de la situation, intolérable, nécessairement intolérable, et …rien. "Chassez les vilains, cassez les grands partis par la proportionnelle, élisez-moi comme président  et vous verrez comme nous sommes formidables".

Voici donc François Bayrou annonçant son soutien "sans faille" à M. Juppé. Avec dès le départ une contradiction gigantesque.

- Quelle est la question la prioritaire, celle où vous pensez devoir faire porter tout de suite l'essentiel de votre action ?

- L'éducation nationale.

- Monsieur Juppé vient de publier un livre sur ce sujet.

- Je suis totalement opposé aux préconisations de ce livre. Il faut faire exactement le contraire.

Voilà donc le soutien sans faille en désaccord immédiat et irréconciliable sur la question nationale la plus grave.

On se souvient que Mme Virginie Calmels avait déclaré lors de l'émission "On n'est pas couché" qu'elle soutenait Alain Juppé pour "rajeunir la politique française". Ce qui avait bien fait rire.

Il n'y a pas que le Modem à choisir l'oxymore comme programme électoral.

Comme l'a très bien remarqué Naulleau, un éclair dans la grisaille : "Vous soutenez Juppé comme la corde le pendu" ; "des amis comme vous, c'est pire que des ennemis". Si Juppé ne parvient à gagner les primaires, Bayrou se présentera aussitôt, au risque une fois de plus de faire passer François Hollande.

Évidemment, il n'a aucune ambition personnelle. Pouah ! Pas de cette vilenie. Il se sacrifie simplement pour porter son message indispensable que personne, à part lui, ne porte. On a vu qu'il n'y a pas de message. Il paraît qu'il faut rire et que le cynisme en politique est la base de tout et qu'il n'y a qu'à laisser faire. On ne cède plus à "l'insistance de ses amis". Il est vrai que les amis de M. Bayrou, on les cherche. On les trouve parfois dans le bureau de M. Hollande, comme le rallié Benhamias. Désormais on se présente aux élections parce qu'on est seul à porter un message fantastique même s'il est subliminal. C'était déjà l'argument de Mme Morano.

En attendant, il a tenté de populariser une idée qui, pour le coup, est totalement fausse. Quelle est-elle ? "

- La France est seule responsable de ses malheurs et peut s'en sortir toute seule comme une grande (si je suis élu président) .

Belle posture, virile et tout. Mais qu'elle est le diagnostic sous-jacent  des malheurs qui nous frappent ?

L'effondrement global de l'économie baudruche et du système financier mondial n’est pas dû principalement à la France. La crise est bien venue de l'extérieur. Donc la solution ne peut venir au moins pour cette partie, que de l'extérieur par application du principe de la symétrie des causes et des effets.

L'Euro a certainement facilité la débauche des certains états membres de la zone Euro dans l'économie baudruche internationale mais n'est pas la cause majeure de la crise financière. En revanche, elle a terriblement compliqué la réaction à la crise, provoquant une catastrophe dans le sud de la zone et entraînant tout le monde dans une fiscalisation aberrante. Les instances de la zone ont été obligées de violer tous leurs principes pour tenter d'en sortir. Commentaire de M. Bayrou ? Rien. Si : "L’Europe nous protège". Il y a du cabri chez cet éleveur de chevaux.

On a vu que le programme de la France qui-peut-tout-toute-seule est inexprimé.

L'émission de Zemmour et Naulleau n'a donc servi qu'à "des opérations image", sans aucun contenu réel derrière.

Si le but de l'émission n'est que de promotion, d'autres le font mieux et plus agréablement.

Conseillons à ces Messieurs  de ne pas chercher absolument l'audience du "prime time", qui a déjà rendu inaudible la télévision jusqu'à 22 h 30. Le but de l'émission ne doit pas être de proposer un spectacle avec chaleur, émotion, sottise propriatoire, com' outrancière. Mais un moment d'intelligence et de décryptage.

En tout cas, c'est comme cela qu'on l'aimait. Et pour cela qu'on l'écoutait. À plusieurs reprises Éric Zemmour a dit : on en parlera tout à l'heure. Et on n'a parlé de rien.

Attention, Messieurs. Votre émission est en grand danger. C'est tout de suite qu'il faut réagir.

Retour sur ce que disait l'Express en septembre 2009 pour juguler la crise

Au moment où les illusions d’une reprise franche, massive et riche en emplois s’estompent, preuve que la crise n’a pas été totalement comprise et que les mesures prises n’ont pas eu les effets escomptées, il est intéressant de revenir sur ce que disait la presse à la rentrée de 2009, alors que la récession était à son maximum, après s’être développée depuis juillet 2007. 

Prenons par exemple l’Express n° 3038, qui annonce « Crise : plus jamais ça ». « Après deux ans de chaos,  la nécessité de repenser le capitalisme s’impose ». « Les idées neuves commencent à émerger ».  L’Express  a sollicité quatre intellectuels de renom pour esquisser la forme que pourrait prendre demain le capitalisme ».

Pour Philippe Aghion, membre du CAE et de la commission Attali, marques de renom s’il en est, « les pays comme la France […] ont mieux résisté que le Royaume-Uni ou les Etats-Unis qui ne disposaient pas de stabilisateurs automatiques ».

On voit six ans plus tard où l’on en est. La France a le double de chômeurs, sa dette devient incontrôlable, et son taux de croissance est moitié moindre.

Il préconise une intervention massive de l’Etat dans la régulation bancaire et même dans les décisions au jour le jour comme les rémunérations. Il omet de signaler que toutes les banques sont en faillite virtuelle et ne cherche pas à savoir pourquoi. Ce sont finalement les banques centrales qui sauveront les banques en leur permettant d’emprunter à coût nul et de prêter aux Etats, le gain servant progressivement à amortir les pertes. Le processus est loin d’être terminé, comme on le voit avec les restructurations massives de nombreuses banques, contraintes de dégonfler rapidement et leurs en-cours et leurs effectifs. En revanche une législation incroyablement tatillonne a été mise en place qui est étouffante, sans que les restructurations majeures n’aient été faites (séparation des banques de dépôts et des banques d’affaires ; arrêt des cotations en continu ; encadrement des mouvements de capitaux à court terme, stabilisation des changes, …).

Les autres suggestions sont d’une parfaite banalité (fiscalité punitive, avec la fusion de la CSG et de l’IR, surtaxe sur les très riches, formation et recherche, environnement, protection nationale des sources de croissance mais dans le cadre des règles du marché unique). On ne craint jamais les oxymores  et la résolution des contraires par le verbalisme.

Rendons hommage aux membres du CAE : ils ont eu suffisamment d’influence pour faire avancer leurs idées. Les banques sont corsetées ; les Français sont fiscalement pillés ; on ne parle que d’environnement source des progrès et de l’industrialisation future. Et nous sommes dans la situation où nous sommes.

Pourquoi ce contraste, tout de même un peu fâcheux ? La raison est simple : il n’y a aucun diagnostic des causes de la crise. Pas un mot sur le grand retournement de la dette globale à partir de 1971 et sa montée jusqu’au-delà de 400% du PIB presque partout. Pas un mot sur les défauts d’organisation de la zone Euro. Pas un mot sur les défauts d’organisation du système des changes. Pas un mot sur l’excès de dépenses publiques françaises.

Alors on glose sur des thèmes sans danger de carrière. Et on ne propose que des banalités sans effets sur la réalité tout en prétendant « réformer le capitalisme ». On voit que cette philosophie est encore de règle dans les milieux de l’économie officielle et qu’elle nourrit les politiques de tout bord.

L’Express en appelle alors à un certain Richard Senett, de la London School of Economics. « Le développement des idéaux de performance et d’autonomie fait que ces gens pensent ne pas avoir été à la hauteur ». Ces gens sont ceux qui ont vu leur carrière hoqueter à cause de la crise. Dans les années 70, nous avons personnellement réorganisé une société de gestion d ‘archives d’entreprises. Lourde réalité : divorces et suicides sont la conséquence des faillites dans beaucoup de ménages. Les femmes cherchent un protecteur. S’il flanche, elles partent. La grande nouvelle ! Après trois récessions destructrices les drames se sont succédé. La vraie question est d’éviter les graves dépressions économiques. Pas de « réhabiliter la notion de métier », ni de « concentrer l’action syndicale sur les questions de santé », pour que le salarié puisse acquérir de la « continuité narrative ».

Notons- le, un nouvelle fois : l’absence totale de diagnostic de la crise est criante. Les autorités ont bien compris le message de Senett. Nous voici avec la notion de dossier  professionnel continu du salarié, censé faire face à la discontinuité des carrières.  Au moment où le rêve de tous est de devenir fonctionnaire, un « métier » où la « continuité narrative » est assurée. Mais pas la valeur ajoutée.

Le périodique appelle alors à la barre le « Philosophe de service ». Depuis Platon, la corporation méprise l’activité commerciale et la production. Très bien payé comme professeur « travaillant » (horresco referens) très peu à l’université de Lausanne, ce curé des temps modernes (le prêche sans le sacrifice) nous assène : « il faut arrêter de penser que l’enrichissement matériel est une fin en soi ».  Faites l’expérience : proposez à ces olibrius un retour au niveau de vie moyen de l’URSS, pour ne pas remonter au XIXème siècle. L’œil devient vitreux, le discours se raidit :   « Il est scandaleux que les professeurs soient aussi peu reconnus dans la société de consommation : des sous, des sous ! ».

Mais force est de constater que ces discours moralistes portent et nous voilà à l’aube de la COB21. La croissance détruit la planète. "Salauds de capitalistes avec leurs économistes suppôts qui sont des génocidaires pires qu’Hitler."

La solution : « forcer les chambres hautes à se consacrer aux seuls enjeux de long terme avec une approche qualitative et non monétaire ». La monnaie, pouah, c’est sale et ça tâche.

Les désordres actuels sont liés à une organisation monétaire défaillante On voit la pertinence de tout cela. On imagine que ce brave garçon envisage d’être un des nouveaux sénateurs. Il pense si « politiquement correct » ! Et faire la morale, dans l’opulence, il n’y a que cela de vrai.

Voici pour finir la saga des penseurs de la refondation capitaliste un directeur de recherche au Centre d’études européennes de sciences-po. Que faire ? C’est tout simple. Permettre aux Brics de prendre toute leur place dans les institutions mondiales. L’Europe sera marginalisée et l’Occident aussi, mais ce n’est pas grave. Il faut supprimer le droit de veto à l’ONU. La gouvernance du FMI doit être réformée.

L’auteur remarque justement qu’ « il est anormal que le FMI n’ait pas pu jouer son rôle d’alerte » et qu’il n’a servi qu’à relayer les exigences américaines. Mais il ne dit pas que le FMI, créé pour réguler un système de changes fixes n’a pas de rôle autre que de sous-diplomatie américaine à trois balles,  dans un système de changes flottants.

La crise est une de fois de plus associée à une dérégulation excessive des marchés financiers, sans voir que cette dérégulation est consubstantielle à un système de changes flottants. Il faut bien que les marchés s’exercent pour fixer la valeur respective des monnaies. On a vu récemment Mme Lagarde se réjouir que la Chine libéralise un peu la gestion de sa monnaie dans la perspective de la mise sur le marché du Yuan.

Huit ans après, l’émancipation de la Chine, le retour de la Russie sur le plan international, rend tout ce verbiage inopérant. L’Occident est toujours de toutou des Américains qui détruisent allègrement leurs concurrents bancaires européens et s’emparent de la finance mondiale comme jamais (100% des grandes syndications sont pilotées par des banques américaines) ; Le soft power a montré son impuissance en Ukraine et au Moyen-Orient.  Les bruits de bottes deviennent un peu sonores et des millions de personnes déplacées viennent ajouter à la crise globale, sur fond de stagnation économique de longue durée.

Au total, la pertinence des quatre sauveurs du monde capitaliste se révèle totalement nulle et à côté de la plaque. Aucune réflexion sur les vrais problèmes :

-          Le dégel du monde communiste qui met sur le marché des centaines de millions de salariés au moment même où tous les marchés sont ouverts à la puissance américaine.

-          Les désordres monétaires internationaux liés aux changes flottants et à l’abandon des grandes disciplines de balances de paiement, avec notamment la montée d’un endettement incontrôlable.

On ne parle que normes aggravées, là où il faudrait engager le fer sur des questions d’organisation et de politique au jour le jour.

Pas un mot sur l’Europe et le feu qui couve dans les déficits associés à la politique de relance, à la crise, et à la garantie des pertes bancaires. Pas un mot sur la FED ou la BCE.

Bref,  une absence totale de  pertinence et une compréhension du monde d’une nullité abyssale.

On constatera que ces caractéristiques restent très actuelles. Ces quatre articles n’ont pris aucune ride et pourraient être resservis tel quel. La réflexion sur les causes de la crise et les vraies solutions est toujours à peu près inexistante dans les analyses présentées dans les médias et, plus grave, dans la littérature économique technique. Faire de la morale facile (à bas la finance, vive l’écologie, vive le travailleur qu’il faut protéger, vive les pays émergents) l’emporte aujourd’hui sur les préoccupations d’efficacité qui passent par la connaissance pertinente et l’action ciblée.

Le « triomphe de la volonté » n’est toujours pas à l’ordre du jour. La pénitence sous les anathèmes de pseudo-penseurs intéressés reste la règle.

Nous entrons dans la neuvième année de crise  avec pour la France, rappelons ces quelques chiffres :

- Un prélèvement public supérieur à la valeur ajoutée des entreprises du secteur industriel et commercial  de plus d’une personne.

- 7.5 millions de pauvres (près de 10 millions selon certains).

- 5.500.000 de chômeurs (certains disant 6 millions)

- Le plus faible taux d'occupation des femmes, des jeunes, des immigrés et des personnes âgées de tous les pays d'économie comparable

- Deux millions de personnes ne cherchant pas à travailler et à la gamelle publique.

- 2.200.000 milliards de dettes publiques et à peu près le même niveau  de dettes privées, soit quatre fois la valeur ajoutée des mêmes entreprises.

- 15 millions de retraités prévus pour 2016.

- 5.5 millions de fonctionnaires et on recrute.

- 15.5 millions de salariés.

- Un budget pour 2016 en hausse avec maintien du taux de prélèvement champion du monde. Une hausse massive des impositions locales.

- Une fuite continue des fortunes, des jeunes, des techniciens.

- Une baisse continue de la construction malgré la croissance de la population.

- Un investissement des entreprises historiquement mou.

- Un commerce international stagnant.

Globalement la guerre ravage le Moyen-Orient et les marges est de l’Europe. Le Japon réarme. La Chine devient exigeante. La Chine, le Brésil, la Russie sont en grave difficulté, comme la majorité des membres du Brics. La reprise américaine est la plus lente jamais vue depuis 120 ans.

Tout va très bien Madame la Marquise ! Le désastre économique est total mais puisqu’il est enveloppé de moraline facile, tout semble sous contrôle.

Il ne faudra pas 40 ans pour que nos enfants trouvent cette période particulièrement consternante.

Pour une diplomatie de la prospérité !

Jean-David Levitte est sans aucun doute le sommet de la crème de la crème de nos élites diplomatiques, françaises et européennes. "Diplomator" est son surnom qui marque bien l'admiration légitime que le milieu accorde à ses talents.

Les anciens de l'INSEAD l'ont invité ce matin pour un petit déjeuner-débat qui s'est révélé à l'image de l'invité : exceptionnel.

Exceptionnel, l'exposé brillantissime sur l'évolution des grands axes géopolitiques depuis quatre décennies, marquée par des novations majeures tous les dix ans. Le grand tournant est daté de l'arrivée de Khomenei aux affaires en Iran, accompagnée du second choc pétrolier et de la décision de la Chine de se lancer dans l'ouverture capitaliste. La situation diplomatique figée par la guerre froide se remet en mouvement. D'événements en événements (Chute de l'Union Soviétique et guerre en Irak, destruction des Twin Towers et guerre en Afghanistan), on se retrouve aujourd'hui avec une série de fragmentations, dont l'Asie mineure est le meilleur exemple mais qui touche aussi l'Afrique et surtout l'Europe.

Exceptionnelle, l'analyse de "l'échec dangereux" de la politique de Poutine qui est obligé d'intervenir en Syrie pour masquer son échec en Ukraine. Fils d'un père juif de la région russe d'Ekaterinbourg, devenue la ville ukrainienne de Dniepropetrovsk, Monsieur l'Ambassadeur a quelque raison de suivre les affaires locales avec attention. En proposant l'idée que c'est Poutine et son agression qui ont créé le sentiment national ukrainien, il pousse sans doute le bouchon un peu loin. Les massacres staliniens (Holodomor) avaient fait beaucoup et le nationalisme Ukrainien ne date pas d'aujourd'hui, même si la Crimée est Russe ("mais réclamée de façon un peu cavalière…") et qu'il y a en effet trois parties bien distinctes en Ukraine. Il fait de l'échec de la politique russe la source possible d'un nouvel embrasement. Il considère que le soft-power européen, si souvent décrié (notamment par nous-mêmes), a bien fonctionné. L'Union Européenne est généreusement réhabilitée avec une vision du nouveau traité entre l'Europe et les Etats-Unis plus que positive, même dans ses aspects d'arbitrages privés, qui nourrissent de violents débats dans la blogosphère et sur les réseaux sociaux. La raison : si les normes ne sont pas construites entre l'Europe et les Etats-Unis, elles le seront par l'Asie.

Exceptionnellement bien présentés, les efforts de la Chine pour réaffirmer sa suzeraineté sur tous ses voisins, tout en ne cherchant jamais à aller trop loin.

Où se niche le sentiment sinon de malaise du moins d'inachevé qui nimbe ce grand exposé ? Il est toujours difficile de bien cerner un sentiment diffus. Cela vous grattouille et cela vous chatouille sans qu'on parvienne trop à comprendre ce qui cloche. Jusqu'à ce que la lumière se fasse. Cet exposé ne comprend aucune analyse de l'évolution économique depuis quarante ans ! La diplomatie reste exclusivement géopolitique, façon Talleyrand, et ne s'intéresse pas au bain économique global.

Nous posons la question : "Depuis quarante ans chaque décennie voit la croissance ralentir, les crises périodiques devenir plus sauvages, la dette augmenter jusqu'à devenir intolérable, Pourtant le discours diplomatique sur ces sujets est inexistant. Ne devrait-on pas donner une dimension économique à la diplomatie, avoir aussi, en France et en Europe une diplomatie de la prospérité ? Nous n'avons pas de vision des causes de la crise, pas de diagnostic, pas de "guidelines" qui pourraient être le support d'une action diplomatique continue envers les gouvernances internationales dysfonctionnelles. Est-ce normal dans une période de mondialisation où nous dépendons des autres de plus en plus étroitement ? "

Le discours, limpide jusqu'ici, se fait hésitant et même incertain. "C'est à la France de s'adapter et elle ne l'a pas fait et ne le fait toujours pas". Pourtant ce n'est pas en France que la crise est née et pris son envol. On a pris en pleine figure l'explosion de la sphère financière internationale pilotée par les pays anglo-saxons. Certes on n'avait rien fait pour s'y préparer, mais les causes du saccage de la prospérité ne sont pas en France. Il serait donc logique d'élaborer une action diplomatique vis-à-vis des acteurs et des actions qui nous nuisent. Visiblement la nécessité et les contours d'une telle action sont totalement étrangers aux préoccupations diplomatiques françaises et européennes. Jean-David Levitte se contente de citer quelques pointures françaises qui sont au cœur de discussions réussies, comme la fin du secret bancaire ou la fiscalisation des multinationales. Sinon, c'est peut-être le destin de l'économie d'avoir atteint une sorte de sommet. Et puis tout semble aller mieux. Les banques ont été sauvées. Le Grexit a été évité. "La reprise est là en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis, même si la classe moyenne ne cesse de perdre du pouvoir d'achat". Dans la salle on entend quelques affirmations du type : "la crise est finie !" ; "Quelle crise ?" ; "La reprise est là !".

L'économie n'a toujours pas trouvé sa place dans la diplomatie. Une carrière diplomatique réussie suppose qu'on ne s'attaque pas à des sujets qui fâchent : une zone euro dysfonctionnelle qui a ruiné certains de ses membres ; un système monétaire international dysfonctionnel qui explique l'essentiel des grandes crises politiques qui se sont enchaînées et qui ont été si bien décrites par l'orateur.

Pas de Khomenei sans l'émancipation de l'Opep et l'arrivée d'une manne pétrolière démesurée. Pas de chute de l'URSS sans la rupture de croissance des années 73-89. Pas de changement de la politique chinoise si on ne comprend pas que les Tigres et Dragons étaient en train de dépasser la Chine en puissance économique et financière. Pas de crise actuelle en Chine si on ne comprend que l'accumulation d'actifs en dollars a été excessive et que comme au Japon après 92-93, le risque était de voir s'évaporer dans le néant des milliers de milliards de dollars de créances. Les révolutions dites du printemps arabe sont toutes les fruits de la misère consécutive à l'effondrement bancaire de 2008.

La trame de tous les événements qui marquent l'évolution géopolitique des quarante dernières années est liée aux défauts structurels du soubassement économique international et notamment à ceux du système monétaire international. De façon inextricable.

La diplomatie n'en a cure. Il n'y a pas de dimension économique de la diplomatie, analysée dans un discours construit et portée par une politique explicite. L'économiea été évacuée vers les banques centrales et les institutions financières internationales, ensemble hors les murs de la politique et de la diplomatie, sauf sur des sujets étroits et moralement indiscutables, comme la lutte contre l'argent noir ou l'évasion fiscale.

Le Général de Gaulle est le dernier président français à avoir élaboré une doctrine économique et monétaire internationale et pris le soin de l'exprimer.

Depuis les présidences françaises sont taiseuses. Les erreurs économiques massives commises en France ont fait perdre de toute façon toute crédibilité aux gouvernants français.

C'est pour cela que notre diplomatie économique est muette.

Il nous faut une "diplomatie de la prospérité" qui s'attaque aux systèmes internationaux dysfonctionnels. Le suivisme morose ne rime à rien sinon à l'effacement de la France en particulier et de l'Europe en général, dans une déréliction globale.

Diplomator doit être aussi Economator.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Économistes e-toile

Une erreur majeure de perspectives

De nombreux livres paraissent qui tentent d'expliquer les difficultés économiques du moment par les évolutions supposées de la production. Le numérique tuerait l'emploi. "L'uberisation" de la société déboucherait sur un chômage structurel. La destruction du tertiaire n'alimenterait pas de quaternaire. Etc.

Où est l'erreur ? Dans ce fait élémentaire qu'au dessus de notre PIB se trouve une couche quatre fois plus épaisse de dettes. Les désordres actuels proviennent de cette couche ingérable de dettes, pas de la structure de la production ni de son évolution.

Considérons le fait majeur qui inquiète aujourd'hui même : le retour de la baisse des prix en Europe et dans bien des parties du monde. Est-il lié le moins du monde à Uberpop ou aux nouvelles technologies ? Pas du tout. En revanche la destruction monétaire provenant du dégonflement nécessaires des en-cours bancaires est un mécanisme tout ce qui a de plus pertinent pour expliquer la déflation des prix.

Les observateurs à courte vue mettent en avant la baisse du pétrole comme facteur principal de la baisse des prix et ajoutent que le gaz de schiste en est le vecteur. Le moindre approfondissement de l'observation montre que toutes les matières premières ont connu la même baisse. C'est l'arrêt du commerce international et l'abandon de la politique de sécurisation de son stock de monnaies mises en réserve par la Chine qui explique cette décroissance subite, pendant des politiques de spéculations pratiquées antérieurement.

Ces baisses ne proviennent pas de la production mais des mouvements spéculatifs antérieurs permis par la création monétaire prodigieuse des décennies précédentes et le non contrôle des déficits et des excédents majeurs de  balances des paiements.  

Le monde aimerait se débarrasser d'un stock de dettes vertigineux mais ne se met pas en position  d'enclencher des mécanismes concertés de croissance. Le résultat est la stagnation, le chômage et la déflation.

Uberpop  et ses confrères n'ont rien à voir avec ces mouvements majeurs qui portent sur des milliers de milliards d'actifs plus ou moins faisandés.

En se concentrant sur des exemples marginaux d'évolution des produits et des productions, beaucoup des analyses publiées perdent le contact avec les réalités massives et ne produisent rien de  probant. C'est comme ci de subtils analystes voyant des villages entiers emportés par des crues gigantesques expliquaient le désastre par la forme du toit des nouvelles maisons ou la nature des nouveaux matériaux de construction.

La crue destructrice est le phénomène économique majeur. La numérisation de l'économie pas plus que sa mécanisation ou son électrification ou l'accroissement de la part psychologique dans la valeur des produits, ou la saturation des besoins, n'est la source structurelle d'une hausse du chômage. En revanche quand vous avez 400% de dettes par rapport au PIB avec une durée moyenne de l'en cours de 5 ans et un taux d'intérêt de 5%, le remboursement du principal et le paiement des intérêts prendrait 100% du PIB. Impossible !   Cà, c'est une vrai vecteur de chômage et de difficultés.

En se concentrant sur 1% du PIB (la part des nouvelles technologies problématiques) au lieu de s'attaquer aux 400% de dettes, toutes les subtiles analyses qui triomphent actuellement dans les medias ne sont qu'un vain exercice. Ce n'est pas la paille qui volète autour de certains marchés nouveaux qu'il faut analyser mais la poutre qui est plantée au cœur de l'économie et qui empêche son cœur de battre.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile

Une pétition déshonorante

Comme nous l'avons souvent écrit, lorsque des économistes se groupent en meute pour signer une pétition ou un article,  il s'agit toujours d'une erreur ou d'une opération médiocre. Si l'affaire était intelligente et utile, il n'y aurait pas nécessité de se grouper. Mille interventions individuelles permettraient de faire apparaître la bonté de la mesure ou de l'analyse. Chacun se ruerait pour prendre part à la gloire d'une réflexion pertinente.

Voici donc à nouveau 150 "économistes" qui se lance dans une opération de signature médiatisée. Avant même de lire la pétition, on sait qu'elle va être nulle. Leurs prédécesseurs s'étaient mobilisés pour les 35 heures, avec les résultats que l'on sait. Et aucun d'entre eux ne va crier sur les toits qu'il est l'un des signataires de cette proclamation triomphante de bêtise politicienne et idéologique déplorable.

Nulle, elle l'est en effet mais pire encore, elle est nauséeuse. Il s'agit purement et simplement d'une attaque ad hominem. On ne veut pas d'un homme à la tête de la Banque de France. Le malheureux a été, un temps, dans l'équipe de direction de la BNP. Alors haro sur le sagouin au nom des grands principes !

Ces méthodes sont détestables et détruisent le peu de crédit qui entoure les économistes "officiels".  Le gouvernement a persisté dans ses choix et écarté d'un pied méprisant ce petit crachat collectif. Il a eu raison.

Non pas que la consanguinité qui existe entre administration et banque ne soit pas un problème ; non pas que l'esprit de "fascio" pétainiste qui baigne l'organisation bancaire française ne soit pas condamnable ; non pas que la banque universelle ne soit pas le lieu de tous les conflits d'intérêts. Les énarques inspecteurs des finances règnent sur un petit monde entièrement cartellisé, cautionné par l'Etat (et la poche des contribuables)  et où les erreurs, les manquements à l'éthique ou les catastrophes financières ne perturbent aucune carrière.

On passe des cabinets ministériels à des postes de haute fonction publique ; de la tête des hautes administrations vers celles des hautes banques, on passe de contrôlé à contrôleur. Avec un peu de talent on arrivera à la tête d'institution internationale. Pour cela il faut un pedigree impeccable. La nomination récente anticipe sur la nécessité à terme de remettre un français à la tête de la BCE. On prépare le cheval.

Tout cela se passe entre vingt énarques qui coiffent la politique et l'administration, donc la banque et l'essentiel des médias, totalement entre les mains des banques.

Alors les roquets peuvent aboyer, cela n'a pas d'importance.

Que les 150 économistes utilisent l'argent que leur donne généreusement l'Etat, directement ou indirectement, pour analyser les défaut de la banque universelle, pour établir le lien entre le système bancaire actuel et l'économie baudruche qui a explosé en 2008 ! Qu'il regarde la gestion de la zone euro et qu'ils en dénoncent les dysfonctionnements ! Qu'ils agissent pour séparer la haute fonction publique de la sphère politique ! Qu'ils analysent les défauts du système monétaire international !

Tout reste à faire dans ces domaines.

C'est certes plus difficile que de se déshonorer dans des opérations médiatiques menées contre des personnes.

Mais cela rehausserait l'image d'une profession qui a perdu avec la crise l'essentiel de son crédit, faute de l'avoir prédite, prévenue et au moins expliquée. Ne parlons pas de chemin de sortie de crise. Là les 150 économistes pétitionnaires baissent le nez et prennent bien garde aux tâches. Une carrière de minables plutôt que le risque de la pensée et l'observation juste. Bien au chaud dans la meute.

Détestable !

"FAIRE", le livre programme de François Fillon , dans la conjoncture politique actuelle.

La campagne pour les élections présidentielles est désormais lancée.

À gauche, l'affaire est classée : François Hollande se représentera. On peut le regretter, compte tenu du bilan navrant de son quinquennat raté qui a abouti à la désagrégation à peu près totale de sa majorité présidentielle (alors qu'il est considéré comme un formidable tacticien dans la politique politicienne), et une contre-performance nationale regrettable. Une gestion purement électoraliste et narcissique n'est pas ce qu’il faut à la France et continuer comme cela pendant cinq nouvelles années n'a pas de sens pour la nation. Valls est trop associé à ce bilan pour pouvoir jouer une carte utile. Et quel serait son programme ? Il n'osera pas en affirmer un différent des esquisses hollandaises. Macron est rejeté par les socialistes et on n'ose même pas le montrer aux militants. La situation est bloquée à gauche, même si Martine Aubry semble vouloir faire ticket pour les présidentielles avec François Hollande. Le président socialiste peut encore changer les règles électorales pour obtenir une assemblée nationale éparpillée par la proportionnelle intégrale qui rendrait la droite de gouvernement impuissante. Les différentes droites et centres iraient à la bataille sous leur couleur. On voit le décor : le FN à 25 %, les droites à 22 %, les centres à 18 %, le PS à 17 %, les extrêmes gauches à 10 % et les différents Verts à 9 %. Avec à la clé des combinaisons façon quatrième République et un gouvernement de fausse union nationale entre centristes, PS et quelques transfuges verts et Républicains. Se lancer dans un tel barnum à un an à peine avant les élections présidentielles paraît tout de même un peu abracadabrantesque. François Hollande préférera faire la réforme électorale avant, en se réservant de dissoudre après. Il est plus simple de se présenter comme un candidat socialiste du centre qui protège tout en faisant avancer des réformes "que même la droite n'aurait pas su faire", mais dans la douceur. Avec un coup de pouce de la conjoncture, qu'il anticipe, il pense que cela peut passer. On aurait alors un ministère Aubry-Bayrou ou l'inverse.  

A droite, le poids politicien joue en faveur de Nicolas Sarkozy. Il tient l'appareil ; il sait manœuvrer ; il manie les sondages et les études politiques avec maestria ; les militants l'apprécient. Mais il n'a pas de programme et ne peut pas en avoir. Son quinquennat annonçait une rupture qu'il n'a pas faite cherchant surtout, par des arbitrages et des débauchages, à se placer au centre gauche pour se faire réélire et paniquant lorsqu'il est devenu clair que cette stratégie ne marcherait pas. La campagne de 2012 prendra alors le tour pitoyable que l'on a vu. Que peut-il annoncer aujourd'hui ? Qu'il a changé et qu'il va faire un vrai programme de droite ? De mea culpa en mea culpa peut-il faire oublier sa stratégie purement politicienne de 2007 à 2012, presque identique à celle de Hollande et pour les mêmes raisons ? Peut-il donner un sens national à un second mandat ? À notre avis, non.

Il aurait dû s'écarter après son départ forcé, comme Blair le fit au Royaume Uni, et laisser la place au meilleur du moment, François Fillon. Il a préféré interdire tout débat sur le bilan du quinquennat, qualifiant de traître et vilipendant tout malheureux cherchant à faire valoir certaines remises en cause. Il s'est mis à envoyer aux peuples des "cartes postales" et à organiser un retour en fanfare, se présentant en sauveur d'un parti qu'il a lui-même fait exploser en faisant "tuer" Fillon par François Copé dans des conditions scandaleuses. Il prétend avoir réparé ce qu'il a, en fait, lui-même cassé. Les Français croient que des dirigeants sans scrupule mais efficaces pour soigner leur carrière politique, seront plus résistants aux pressions du monde. Ils sont indifférents à la morale publique dans ces affaires. Soit.

Il a réussi à briser la dynamique Fillon, mais il s'est pris dans la figure, en ricochet, la montée dans l'opinion de Juppé. Cette soudaine réhabilitation n'a qu'une interprétation : le rejet de Sarkozy dans une bonne partie de l'électorat.

Juppé est-il l'homme ne la situation ? Objectivement non. Il faut à la France un président qui dispose du potentiel de deux mandats pour réellement redresser le pays. Juppé a dix ans de trop pour cela. Et il faut une volonté de porter des réformes lourdes. Juppé a commis trop d'erreurs majeures : il a déplafonné l'ISF et encenser une mesure fiscale qu'il regrettait de ne pas avoir mis en place lui-même ; il parle de le supprimer. Où est la cohérence ? Il s'est montré et se montre en permanence avec Rocard et Bayrou, qui n'ont rien montré lorsqu'ils étaient au pouvoir et ne représentent plus qu'eux-mêmes. La campagne montrera qu'il n'a pas le fond nécessaire pour conduire une grande politique. La dissolution Chirac, c'était lui, ce qui montre un sens politique, disons, imparfait. Finalement il a baissé pavillon devant les grévistes en 93. Droit dans ses bottes mais en mode recul. Il ne représente rien de l'avenir : ni un programme énergique de redressement, ni un programme d'adaptation au monde nouveau. Rien. Il a rassuré l'opinion au moment où les autres dirigeants de droite se battaient comme des gorets. Mais cela ne suffit pas. Les Français l'utilisent pour décourager Sarkozy dont ils ne veulent pas. Cela ne fait pas un vrai candidat. Son livre sur l'éducation est tellement tombé à plat qu'on en a mal pour lui.

Si ce n'est ni Juppé, ni Sarkozy, alors qui ? Il n'en reste qu'un : François Fillon. Lemaire est un peu vert, Lagarde encore insignifiante, NKM trop fofolle et marquée par sa défaite, hélas méritée, face à Hidalgo.

On dira qu'on peut envisager des binômes : Fillon, avec Lemaire comme premier ministre ; Juppé avec Fillon ou Lemaire comme premier ministre, Fillon avec Mme Lagarde comme premier Ministre etc.

Le fond du problème est tout de même de disposer d'un moteur et d'un conducteur. Le seul vrai moteur actuellement chez les Républicains, c'est Fillon.

Le livre qu'il vient de publier le prouve. C'est un excellent livre. Il montre que c'est Sarkozy qui a constamment cherché une voie moyenne acceptable pour la gauche, et a poussé aux demi-mesures. Il n'a pas démissionné par légitimisme : le président est le seul élu par l'ensemble des Français. C'est lui qui doit assumer la responsabilité du résultat. Ayant été élu par l'ensemble des Français, personne dans son camp n'avait le droit de l'empêcher d'agir. L'important était d'aller dans la bonne direction et de faire face à la catastrophe de la crise sans ajouter de la crise politique à un désastre économique. La position de Fillon est acceptable. Grâce lui soit rendue de ne pas avoir joué, comme naguère Jacques Chirac, la défaite de son camp pour maintenir vivante ses ambitions. En montrant que lui-même avait une stratégie plus ambitieuse et en la proposant aujourd'hui, il démontre qu'il est dans la continuité de Sarkozy mais avec un élan dans la rupture et dans la cohérence supérieure, et sans les travers psychologiques. C'est jouable, même si beaucoup de Français préfèrent les flambeurs irresponsables.

Toutes les mesures proposées dans le livre sont frappées au coin du bon sens et ont pratiquement toutes été défendues par les intervenants de ce blog. Alors bravo !

Nous ne constatons que deux manques.

Fillon ne parle pas de l'évolution nécessaire de la politique judiciaire. Le gouvernement des juges, via la CEDH ou par le justicialisme en interne, est une menace qui interdit toute volonté nationale un peu ferme. Le jugement Murano qui justifie qu'on puisse traiter à répétition de "connes" des opposantes politiques, pourvu qu'on le fasse très souvent et en croyant être drôle, s'ajoute au "mur des cons" de sinistre mémoire. Les libertés sont menacées et la licence est encouragée. Est-ce bien le rôle de la justice ? Et le droit national n'est plus souverain, contesté de l'intérieur et de l'extérieur par les instances européennes. L'impérialisme du droit américain vient encore aggraver les choses. Le droit national ne peut être ni soumis à l'extérieur ni subverti de l'intérieur par des juges politisés et félons. Il faut dénoncer et interdire le justicialisme. Il faut remettre le contrôle de constitutionnalité dans des mains républicaines françaises. La CEDH doit être réformée, comme le demande à juste titre Cameron. Comme en Allemagne notre cour suprême ne doit rien avoir au-dessus d'elle. Sinon, c'est la paralysie politique. On ne peut pas se dispenser d'un volet judiciaire dans le programme électoral d'un parti de gouvernement soucieux de l'indépendance nationale et de la démocratie.

Autre lacune du livre, François Fillon ne parle pas de la cause principale de la crise : le système monétaire international défectueux qui a provoqué la montée de la dette, la baisse du trend, l'aggravation des crises cycliques et finalement l'explosion du système.

Ce sont des sujets jugés compliqués et électoralement sans influence et qui ne seront sûrement pas apportés au débat présidentiel par les autres candidats. Alors pourquoi s'en préoccuper ? On comprend bien la prudence du candidat. Mais ce sont des sujets cruciaux s'il faut rétablir un certain "triomphe de la volonté" et on peut contester qu'ils n'auront pas d'influence sur l'élection. Celui qui donnera un diagnostic de la crise gagnera de la crédibilité car du coup il peut parler de la sortie de crise. N'évoquer que du sang et des larmes ne suffit pas. Sarkozy a été largement battu pour ne pas avoir porté un diagnostic sur une crise qu'il n'avait pas prévue, malgré les avertissements, et pour ne pas avoir présenté un plan de sortie de crise.

Il faut avoir une vision de la crise, une explication de ses causes majeures, un plan pour y faire face. Si la cause principale est dans les défauts du système monétaire international, il faut le faire savoir et militer pour des recettes de modernisation et de réforme. Si la gouvernance de la Zone Euro est en cause dans les difficultés actuelles de la zone, il faut aussi le dire et présenter un schéma de sortie des ornières ainsi dénoncées.

Si François Fillon pense que la France seule, pourvu qu'elle fasse les efforts qui s'imposent, pourra s'en sortir seule, il se trompe.

La France a besoin de se réformer, c'est vrai, mais il lui faut aussi une Europe qui dispose d'une politique d'ajustement interne et externe (pour nous, portée par un chancelier de la zone Euro, coordinateur et non un fuligineux "gouvernement économique") et l'Europe a besoin de la stabilité des changes dans un système de type Bretton Woods rénové qui évite les déficits et les excédents monstrueux, et assure une certaine stabilité concertée des monnaies.

Porter ce message ferait du bien à François Fillon. Car elle l'élèverait au-dessus de la tourbe de la politique politicienne pour aller au cœur du réacteur nucléaire de la crise. Cela lui permettrait également de se démarquer de la gestion de 2007, en donnant du corps à l'idée que son expérience lui a fait prendre la pleine conscience de ce qu'il faut faire désormais et que c'est son expérience qui lui permet de travailler dans les trois dimensions critiques : le monde, l'Europe et la France.

Prochain livre suggéré : "Que l'Europe s'éveille !" Dire qu'il veut une Europe européenne sans autres éléments programmatique, comme dans son livre actuel, ne suffit pas. Et pour le suivant proposons : "Agir pour la stabilité mondiale".

François Fillon est considéré par tous les journalistes comme perdu et ringardisé par sa querelle avec Sarkozy et Copé. Il se traîne dans les sondages.

Il aurait tort de se décourager.

Il a encore de la marge pour doper son programme et le rendre conforme aux nécessités nationales. Et il se peut qu'il parvienne même à ne pas décourager ses soutiens les plus militants, donnant des satisfactions à Boishue. Suggérons qu'il aille même jusqu'à les encourager !

Les autres, à droite n'ont pas de marge programmatique. En exigeant un "socle commun" Sarkozy se cache derrière son doigt. Il fait une double erreur, alors qu'il croit la jouer subtil : il montre qu'il n'a pas la volonté d'avoir un programme propre, décisif et clair ; il laisse penser qu'il se contentera de manœuvres politiciennes secondaires. Dans les deux cas, il se déconsidère. Dès que le couple Juppé-Bayrou projettera son ombre sur le mur de l'espoir français, sans vrai programme (Bayrou n'en a jamais eu ; Juppé non plus), alors que Sarkozy disparaîtra dans les fournaises judiciaires qu'il a lui-même allumées, l'heure Fillon sonnera. En s'alliant avec Lemaire, il peut même gagner la primaire.

Mais il faut que le programme soit complet et qu'il aille à l'essentiel.

S'il n'y a pas d'espoir de sortie de crise ni une volonté ancrée dans des analyses solides, il n'a pas d'élection possible, ni même souhaitable.

En Grèce : La victoire électorale de Tsipras

Les Grecs vont dans les îles pour voter. La société est largement restée clanique, bien que la moitié de la population soit concentrée à Athènes et au Pirée. Cette journée-ci est particulière : le pays élit un nouveau parlement, à la demande de Tsipras qui souhaite une nouvelle majorité, ajoutant une nouvelle palinodie démocratique à toutes celles qui ont marqué les derniers mois. À Athènes, seules les affiches de Tsipras et de son parti sont visibles. Elles sont omniprésentes. Où est donc passée l'opposition, présentée comme faisant jeu égal dans les sondages ? "Ils n'ont plus d'argent et ne peuvent plus payer d'affiches", dit la rumeur. Et Tsipras qui avait perdu le premier face-à-face contre l'opposition a gagné le second. Sondage exprès dans les taxis : Tsipras est un baratineur. "Bla bla bla", le geste illustre la parole, avec un doigt qui bat sur les lèvres. Mais Il va être réélu : "On s'en fiche. De toute façon on se fiche de tout, ici. Depuis que nos comptes en banque ont été bloqués, on sait que le chantage européen est invincible. Une fois de plus, nous sommes à merci". Il est vrai que l'histoire moderne de la Grèce ne manque pas de situations analogues. Le pays a-t-il jamais été totalement indépendant ni même simplement autonome ?

À Athènes, la ville est triste. Les restaurants du Pirée sont quasi vides. La nouvelle architecture des restaurants a fait perdre tout charme à l'endroit. Seuls quelques restaurants réputés pour leurs prix bas sont fréquentés. La sublissime terrasse de l'Hôtel d'Angleterre témoigne de la crise : il reste quelques places libres, un Week-End. L'autre attraction hôtelière, l'hôtel Hilton ressemble à un Titanic abandonné. Les bords de la piscine étaient le lieu de rencontre du tout Athènes et la terrasse du dernier étage  le rendez-vous de la jeunesse dorée. L'hôtel est sinon mort aujourd'hui, au moins sinistré. Les commerces souffrent partout dans la ville avec un nombre affligeant de magasins fermés, offrant des alignements de rideaux de fer tagués et souillés de mille manières.

En revanche la ville affiche bravement les énormes investissements qu'elle a faits depuis deux décennies. Un aéroport Venizelos dont la piste est la plus longue du monde, indispensable caractéristique, bien sûr. La gestion a été confiée à une société allemande. Elle doit près d'un milliard d'euros de taxes à l'Etat grec. Elle refuse de payer tant que les dettes allemandes ne seront pas remboursées… Une magnifique autoroute ignorée des Grecs, qui évitent les péages. Un musée disproportionné. Des équipements colossaux, nécessaires aux Jeux Olympiques, inoccupés et laissés à l'abandon car trop chers à entretenir.

Dans les îles, rien ne semble avoir réellement changé. Sauf l'ambiance, qui a disparu. Les restaurants sont vides. Les boutiques sont vides. Il est vrai que c'est la fin de saison, mais avec tous ces électeurs d'un jour, on aurait pu penser à plus d'agitation. Le tourisme du quatrième âge ne s'est jamais aussi bien porté. Mais les cheveux blancs ne font pas une ambiance. La hausse du dollar a fait revenir quelques Américains. Des détails frappent. Les prix sont très élevés pour les touristes. Chacun cherche encore à tirer le maximum de ceux qui sont venus en croyant à la bonne affaire.

Le gérant de la paillote unique qui équipe cette crique magnifique, qui a gardé tout son cachet, se perd dans la contemplation d'une feuille d'impôts. 1 250 euros à payer poux le mois d'août. C'est la première conséquence de l'accord avec les créanciers de l'été. Sous les parasols, trois clients, alors qu'il fait un temps resplendissant. La recette de la journée pour un dimanche : 75 euros. Ils sont trois sur l'affaire. La discussion est facile :

- "Nous ne sommes pour rien dans les excès de l'Etat. Nous n'avons rien demandé à personne. Et voilà qu'on nous ruine".

- "1 250 euros, ce n'est pas la mort, pour le mois le plus actif de l'année".

- " Nous payons déjà une redevance pour exploiter les lieux qui est très élevée. Notre saison est très courte. Ce qu'on nous prend aujourd'hui, c'est ce qui nous permet de passer l'hiver, où il ne se passe rien".

- "Que faites-vous en hiver ?"

- "Seulement des petits boulots d'entretien de villas, et on s'occupe de nos arpents agricoles familiaux, quelques chèvres, quelques ruches et trois dizaines d'oliviers. Et de notre petit potager. Dans les îles, depuis toujours, on vit, mais chichement. L'essentiel vient du continent. Avec ces taxes, on ne pourra plus payer. il va falloir s'expatrier en hiver, mais pour aller où et faire quoi ?"

- "Les élections ?"

- "Tout le monde s'en moque. Ils feront tous la même politique et elle ne sera pas grecque".

L'île a changé. Une route magnifique en fait le tour, payée par les fonds européens. Les voitures sont interdites, sauf les taxis et quelques utilitaires. Quarante kilomètres compliqués, en bord de mer, parfaitement asphaltés, sur une belle largeur de 6 à 8 mètres. Pour les deux roues. Le paradis du cycliste. Difficile financièrement à entretenir. Elle commence à s'abîmer au rythme des orages, sauvages dans la région. Quand vous faites le tour de l'île vous croisez un ou deux camions autorisés, une dizaine de deux roues et une paire de taxis. Parlons-en de ces taxis. Ils sont six et désormais surveillés de façon sévère. Ils vous fourrent le ticket de reçu dans la main ostensiblement. Pas question de se faire prendre à ne pas donner de ticket. Et de perdre son business. La répression a commencé avec l'accroissement des taxations.

Les résultats électoraux s'égrènent. Tsipras est en avance, puis largement en tête , puis finalement grand vainqueur. Les Grecs ne peuvent plus voter pour la droite et la gauche traditionnelles. Ils ne se sentent en rien responsables des décisions qui ont été prises au sommet pendant des années et qu'on leur demande de financer avec leur prospérité et leur vie. Tsipras ne fait plus peur. La sortie de l'Euro paniquait le pays. Il a cédé. "OK ! Il n'avait pas le choix". La droite ne craint pas Tsipras. Elle croit dur comme fer que sa présence a été décidée en haut lieu, c'est-à-dire par les nouvelles puissances tutélaires alliées aux grands intérêts économiques grecques. Ils préfèrent que la potion soit administrée par l'extrême gauche. Cela évitera les grèves et les insurrections. La gauche ne craint pas plus Tsipras. Laissons le faire. On verra bien. On n'en attend exactement rien, dans le pays, ni à droite ni à gauche.

Personne ne comprend pourquoi les banques sont en faillite et encore moins l'injustice de prélèvements fiscaux qui provoquent une descente aux enfers du revenu disponible.

La France ? On s'en désole. On l'admirait. Plus maintenant. Elle est devenue une nouvelle Grèce dirigée par des médiocres, aussi médiocres que les politiciens grecs, c'est dire. Louis XIV, Napoléon et le Général de Gaulle, toute cette grandeur est finie. Elle a été colonisée par des vagues migratoires africaines et des vagues de sous-culture politiquement correctes anglo-saxonnes. Sa voix est voilée et n'éructe que ce que la paternelle Amérique lui permet de dire. Elle ne dit plus rien à personne et à peine à elle-même. On l'admirait. On la plaint. "Nous les Grecs, on a connu cela aussi ; c'est votre tour".

Et voilà que des masses d'Arabes et d'Africains débarquent de partout dans les îles grecques proches de la Turquie, par dizaines de milliers. On les rapatrie à Athènes. Par dizaines de milliers. Et seulement une fraction quitte le pays vers la Macédoine et les autres chemins vers l'Allemagne ou la Suède. Que va-t-on faire des autres ? Les Albanais, ils volaient, ils violaient, mais au moins ils étaient travailleurs. Schengen nous a valu les Roms qui montrent maintenant leurs escarres dans tous les lieux touristiques. Et voilà un nouveau déferlement, alors que nous sommes ruinés.

"Ce monde est devenu fou. On marche sur la tête. Que vont devenir nos enfants ?"

Les Grecs ne se sentent ni responsables ni coupables. Tout cela est passé au-dessus de leur tête. Mais pas au-dessus de leur porte-monnaie.

Allons, va pour Tsipras ! Au point où on en est…

Une émission stupide et malhonnête sur Arte

L'un des supplices récurrents de notre société moderne est l'émission répétée, dans les médias, d'erreurs gigantesques, de fausses évidences, de raisonnements fondés sur rien d'autre que l'émotion ou d'affirmations dictées par des postures idéologiques invétérées.

On peut cumuler : les postures idéologiques s'appuient sur l'émotion et les fausses évidences avec peu de considération pour les réalités. Lorsqu'on demande d'analyser des faits uniquement à des partisans, on est même certain de récolter ce type de bruit de fond détestable.

On attend des médias, en économie, qu'ils confrontent, qu'ils cherchent des mécanismes, qu'ils fassent entrevoir des enchaînements, en les dégageant de la gangue de la nullité, de la méconnaissance ou des influences. Chercher uniquement l'audience par l'émotion  ou créer des tribunaux d'opinion, est un exercice déplorable.

Prenons un exemple tout chaud.

Une émission d'Arte était consacrée, dans la soirée du 15 septembre 2015, à la dette. Quels intervenants français ? Karine Berger, socialiste PS, tendance excitée, Bernard Maris, socialiste RIP, tendance Charlie. Sur un sujet fondamental et compliqué, on appelle deux "personnalités" socialistes, l'une péronnelle péremptoire, l'autre bavochon chwingommant, et toutes deux "anticapitalistes" à tout crin. Les deux membres de l'Ehess sollicités n'ont fait que de la figuration inintelligente en émettant vite fait bien fait des banalités affligeantes.

Automatiquement, et il faut insister sur le caractère automatique, l'émission aura comme thèse récurrente qu'un prétendu abandon par l'Etat de la monnaie a conduit à ce que les Etats deviennent la proie des financiers. La dette est provoquée par les banksters. Les banques peuvent créer de l'argent. Elles le font sans limite et sans raison. Dans le bon vieux temps on emprisonnait les créanciers. Qu'on recommence ! Vive le Moyen-Age ! Renationalisons et tout ira bien !

Le départ était prometteur : le reportage part avec justesse de l'abandon des accords de Bretton Woods comme source indiscutable de l'inversion de la courbe de la dette mondiale. Mais aussitôt, première lacune, on ne parle que de la dette des états. La notion de dette globale ne sera jamais explicitée ni même citée. Le rapprochement sera fait avec le PIB mais sans expliquer le contenu du PIB. Pas question de faire apparaître le niveau de la dépense publique par rapport à la valeur ajoutée du secteur marchand commercial. Seconde erreur, on ne fait aucune liaison entre ce qui est abandonné des disciplines de Bretton Woods et la hausse de la dette.  C'est une création spontanée. Les banques se mettent à faire n'importe quoi comme cela. Et voilà, c'est arrivé ! Les mécanismes ? On sait pas. Ah si : on a dénationalisé les banques !  En France les banques de dépôts principales étaient nationalisées depuis la guerre et ne seront dénationalisées qu'à partir de la moitié des années 80. En 81, tout le système bancaire a été nationalisé à 100% par Mitterrand. Le reportage ne parlera pas du Crazy Lyonnais et son endettement imbécile, alors que la banque était publique. Dans le reste du monde libre, les banques étaient déjà libres depuis longtemps, avec des exceptions comme les landesbanken en Allemagne qui seront désétatisées dans le cadre de l'arrivée de l'Euro, comme les banques françaises. L'émission constate  une renverse de la dette au début des années 70 qu'elle explique par ce qui s'est passé 15 à 20 ans plus tard. Comprenne qui pourra. Pauvre téléspectateur !

L'effondrement du système bancaire, et la grande crise qui a suivi, sont, une fois de plus expliqués, par les subprimes, marque d'une folie bancaire dominant les Etats, le "système" cherchant à se sauver en prêtant à de nouvelles victimes, pauvres si possible.

Encore deux erreurs :

- la création des subprimes est une opération socialiste montée par les démocrates, sous Clinton, en 96, et contrôlée par des organismes semi publics ou publics, comme Fanny Mae et Freddy Mac. Rien à voir avec un marché de prêts conforme aux canons libéraux.

- la boule mondiale de crédits sans flux d'amortissement était de 12.000 milliards de dollars en 2007. Les subprimes non performantes ne dépassaient pas 600 milliards dont finalement 300 milliards seront récupérés. Les subprimes ont été l'amorce qui a fait sauter la bombe. Pas la bombe elle-même.

Au final, la réalisatrice, Laure Delesalle, a fait passer le message qu'il fallait nationaliser le crédit tout en expliquant que la crise était due à un système de crédits…créés par l'état à des fins sociales ! "Laure Delesalle attache autant d’importance à l’esthétique et à la mise en image qu’à la qualité du message, la rigueur et la clarté du contenu scientifique", fait-elle savoir. Elle parait croire que la clarté et la rigueur proviennent spontanément du choix de personnalités de gauche ou de professeurs retraités de l'Ehess. Ne comprenant pas elle-même de quoi elle parle (elle a fait l'école Camondo, ce qui est très bien mais assez loin de la discipline traitée), on imagine qu'elle a cru choisir des personnalités indiscutables sans nécessairement savoir que le casting était vicié ; Ou alors elle a retenu ceux qui allaient dans le sens de ses sentiments et affections politiques. Là, c'est l'émission qui a dérapé.

Il ne reste qu'une émission qui n'a rien appris aux téléspectateurs et qui n'a pas permis de comprendre quoi que ce soit. Elle n'a ajouté que de la confusion. Les promoteurs de ce genre d'émission ne se rendent pas compte du mépris qu'ils génèrent non seulement chez ceux qui ont quelques connaissances mais aussi dans la masse des spectateurs qui sortent de là sans avoir le sentiment d'avoir compris quoi que ce soit, mais qui ont eu la forte impression qu'on les a pris pour des imbéciles… Sauf la poignée de militants qui sont contents de retrouver leurs préjugés, avec de belles images.

On aimerait un peu plus d'exigence du côté d'Arte.

Maintenant, on est bien d'accord que ce n'est pas gentil de s'attaquer aux saltimbanques. La faute initiale est dans l'absence d'une offre d'explication intelligente du côté des universitaires. La défaillance y est aussi navrante que durable.

Ce n'est pas vrai qu'en France :! Il suffit de citer le commentaire lumineux  d'un certain Cédric Tille, professeur de finance à l'EHEID de Genève : "«Les marchés vont redécouvrir ce qui était normal jusqu’à l’éclatement de la crise financière en 2008, l’importance des fondamentaux macroéconomiques».

L'éclatement de la bulle financière en été 2007 (et non pas 2008, la faillite de Lehman Brothers n'a été que le prolongement du blocage du marché interbancaire), alors que l'endettement global dépassait partout 400% , est bien la preuve qu'on avait totalement oublié l'importance des fondamentaux macroéconomiques ! Comment rembourser principal et intérêt à ce niveau de dettes ? Toute l'histoire de 1971 à 2007 est celle de l'oubli de plus en plus total des fondamentaux économiques ! En fait la "finance" comme discipline, s'est établie sur cet oubli. Avant on parlait d'économie.

Quand les professeurs émettent de pareilles âneries, les saltimbanques ont peu de chance d'échapper à la sottise ambiance. Mais ils peuvent éviter les partis pris politiques.  

Parution du livre de Didier Dufau : L'étrange désastre - Le saccage de la prospérité

Le Cercle des Economistes  E-toile (CEE*) crée un département « édition",  avec pour vocation  l'édition de livres économiques susceptibles de faire avancer les solutions de sortie de crise et populariser  les propres thèmes développées par le cercle.  

Pour lancer cette activité, nous sommes heureux d’annoncer la parution à l'automne, du livre de Didier Dufau,  un intervenant que les lecteurs de ce blog connaissent bien :

Didier DUFAU

L’Etrange Désastre

Le saccage de la prospérité

Avec une préface de Gabriel Milesi.

300 Pages

Aux Editions du Cercle des Economistes e-toile.

ISBN 979-10-95148-00-5

Octobre 2015

 

En avance de publication, un pré-tirage  particulier a été réservé aux lecteurs de ce blog,  au prix spécial de 19.90 Euros + frais de port, soit 25 Euros pour la France. Pour obtenir le livre il suffit d'envoyer un chèque  libellé à l’ordre du Cercle des économistes e-toile,  à  l'adresse suivante :

Cercle des économistes E-toile

Attention Mme Sophie Delfyn

c/o La Maillière

4, Av. Jules Janin

75016 Paris.

N’omettez-pas de donner vos coordonnées d’adresse pour l’envoi.

Compte-tenu du petit nombre d’exemplaires réservés à cette filière,  seules les  premières demandes pourront être servies.

Un compte Facebook va être  ouvert pour recueillir vos commentaires,  auxquels nous attachons la plus grande importance.

Pour toute demande d’information à l'auteur,  écrire  à  l'adresse : ddufau@e-toile.fr

 

Le secrétaire général

E E-F



La fonctionnarisation de la France depuis 1973 : une fausse solution.

La montée de la fonctionnarisation est-elle une conséquence obligatoire de la défaillance progressive du système économique occidental depuis 1971 ?

D'abord, il y a bien eu une relative défaillance du système économique puisque la croissance n'a cessé de  baisser durant les quatre décennies suivantes, avec des crises périodiques de plus en plus violentes et la montée d'un endettement global intolérable.

La question est de savoir quelle est la cause de cette contre performance. C'est la seule vraie grande question économique du moment.

Face au ralentissement, dans un pays dont l'économie se féminisait et avec une population vieillissante, la demande de protection a été très forte, depuis 1973. Les concours de recrutement de postiers ont vu affluer les bac plus 5 dès les années 80. La volonté d'une masse de petits diplômés de l'enseignement supérieur d'aller se caser notamment dans les administrations locales a été considérable, aggravée par l'esprit anti capitaliste des années 70.

La réponse politique, tous partis confondus, a été de satisfaire cette demande.

Si l'économie n'était pas entrée dans cette spirale désastreuse la demande de postes protégés dans l'administration aurait-elle été plus faible et l'offre moins généreuse ? Probablement. Une pression  socialisante exclusivement politique aurait-elle suffi à aller jusqu'à ces niveaux ?  Probablement pas.

Mais cela peut se discuter.

Il  y a eu, en France, convergence puis  confusion du politique et de l'administratif avec l'émergence de l'énarchie compassionnelle (Giscard, Chirac puis la suite après la crise de 73, alors que mai 68 avait délégitimé la production, la consommation, la croissance, l'entreprise, le travail etc.

S'agit-il d'une révolution par la tête,  les élites administratives coupées des réalités économiques  capturant le pouvoir politique de leur propre mouvement  ? Il est sûr que le mouvement Jean Moulin allait ouvertement dans cette direction et c'était pendant les "Trente Glorieuses".  Quand Chirac théorise dans une note à Giscard, en 1974,  que l'important n'est pas de réduire le champ de l'administration et qu'il est d'éviter les mouvements de rue, il réagit avec son instinct politique. Le peuple a peur. Il ne faut pas le traumatiser. Il faut le rassurer. Il veut de la sécurité et de l'administratif protégé. On va lui en donner.  Il se voit en "travailliste à la française" et la droite lui donne le pouvoir. Tout cela va prendre avec Mitterrand des proportions grotesques. N'oublions pas que son affiche électorale montre un village niché dans son vallon. Il sera réélu, simplement sur une perspective de ni ni. C'est-à-dire de passivité tranquille. Le peuple n'a pas été trahi. Il a été écouté. Il voulait de la sécurité, des postes de fonctionnaires et que  l'impôt sur ceux qui travaillent paye  tout cela.

Cela a accusé la réduction de la croissance française déjà entraîné par la baisse de la croissance mondiale.  Un magnifique exemple de cercle vicieux que Chirac, devenu  président , n'a pas voulu casser ,  après la crise de  92-93, pas plus que Sarkozy et encore moins Hollande.  

Les hauts fonctionnaires français de gauche comme de droite ont été débordés par l'évolution qui a saisi le monde après 1978 : ouvrir le monde aux diverses libertés de contracter , de circuler, de s'établir,  pour relancer les échanges et la croissance, généralement considérée comme  cassée en partie par la rente pétrolière. Et ils ont fini par se mettre en tête du mouvement, notamment via l'Europe. Ce faisant,  ils ont abandonné toutes les protections économiques et mis les ouvriers français sous le feu du prolétariat mondial. 

C'est la cause principale de l'échec final de Mitterrand, du suicide de Bérégovoy,  de la victoire surprise de Jospin et de les défaite surprise, du non au referendum, de l'appel et du renvoi de Sarkozy,…

Le problème, c'est que les contradictions sont maintenant au sommet et pratiquement insurmontables. 5.5 millions de chômeurs et 5.5 millions de fonctionnaires, 2 à 3 millions de personnes à la gamelle qui ne travaillent pas, , 14.5  millions de retraités, la baisse du revenu par tête continue depuis 2008, le remplacement  de la population native par des populations allogènes ayant leurs propres mœurs et religions, et revendiquant désormais le haut du pavé, un prélèvement sur la nation qui égale la production de richesses par le secteur privé, la destruction des fortunes et l'exode de milliers de foyers, pendant qu'on en fait venir des dizaines de milliers de l'étranger pauvres,  témoignent d’une situation désormais impossible.

Les socialistes sont par terre et se cherchent une voie de survie par un retour en arrière terrifiant : Corbyn, Podemos, Syrisa... C'est : mort à l'Euro, mort aux économistes, mort au capitalisme. Mais qui garnira la gamelle ? La saisie des biens des riches ? On vient de voir que cela ne marche pas.

La droite est par terre. L'organisation générale des échanges et du système monétaire international est défectueuse et elle est incapable d'en mesurer ni les causes ni les efforts nécessaires pour en sortir. Et elle doit politiquement servir la demande de précaution du pays.

Les élections de 2012 avaient montré un combat d'incapables et d'impuissants, compensant leur incapacité et leur impuissance par des fuites en avant dans la démagogie et l'ignominie. Le plus malinb et le plus vicieux a gagné et a aussitôt provoqué une aggravation odieuse de la situation avant de changer de direction à 180°. Personne ne croit au discours d'un Juppé ou d'un Sarkozy.  Personne n’écoute plus les fariboles de Hollande.

Juppé paraît plus propre sur lui et plus rassurant que Sarkozy et Hollande réunis. Il tient la corde car il rassure un pays qui a toujours et encore besoin d’être rassuré. Fillon ne décolle pas car le parti de la pétoche nationale ne veut pas de changements radicaux. Encore quelques minutes M. le Bourreau !

Les Français se défoulent sur les élites parce qu'ils savent bien que c'est le peuple français lui-même qui s'est lancé dans cette fuite nécrosante dans la sécurité aux frais d'autrui. Et qu’ils en ont honte.

Les socialistes sont désormais hors course. On sait qu'ils ne protègent plus rien et que si cela continue ainsi  les fonctionnaires français vont subir le coup de rabot grec : licenciement et baisse drastique de revenu.

La droite n'a pas  de légitimité faute d’avoir  expliqué pourquoi le trend est abîmé depuis 40 ans, pourquoi les crises sont de plus en plus graves, pourquoi le niveau de dettes est aussi insoutenable, partout dans le monde.  On ne peut pas être "pro business" et ne pas expliquer pourquoi la forme d'organisation actuelle de l’économie ne marche pas.

Les opérations de com' et de dénonciations politiques ne suffisent pas.

Le peuple français est encore malléable, car il veut s'en sortir. Mais il veut une perspective donc des explications et un chemin de sortie de crise un peu balisé. On ne pourra le faire sortir de ses réflexes de peur que par l'entraînement de la raison et une force prospective crédible.

Le drame de la droite et de la gauche française est que ces deux tendances sont également impuissantes et ne tiennent aucun discours autre que du calibrage électoraliste dommageable. Les imbéciles militant dans chaque camp croient que la solution viendra de ce que la droite sera "vraiment de droite" et la gauche "vraiment de gauche".  Braiements de gauche et braiements de droite n'ont en fait aucune importance. Les exaltations partisanes d'incapables et d'abrutis n'intéressent plus les Français.

Ils veulent désormais des solutions, et pas simplement des impôts, des souffrances et des contraintes.

L’ennui,  c’est qu’il n’y a pas de solutions sans contraintes.  Les fonctionnaires sont maintenant à peu de temps de subir une triple amputation :

-          La séparation entre sphère politique et sphère de la haute fonction publique  sera  bientôt inévitable.  

-          La disparition des statuts de fonctionnaires au dessous de la catégorie A est da              ns les tuyaux

-          La fin de la retraite statutaire remplacée par une retraite par point, et alignée sur les règles du privé ne pourra pas être différée très longtemps. .

En dix ans les effectifs de fonctionnaires  doivent être dégonflés de près d’un million. On peut le faire doucement et sans dommage trop grave.  Sinon ce sera le collapsus à la grecque.  Quand un état ne peut pas payer, il ne peut pas payer.  Les fonctionnaires sont les premières victimes.  L'horloge tourne.

La reconversion  sera acceptée si l’économie privée redevient prospère.  Ce qui suppose que l’on mette fin au saccage de la prospérité que l’on constate depuis quarante ans.  Sans un discours clair sur les causes de la déréliction progressive de l’économie occidentale, sur les remèdes  et sur les modifications à apporter à une série d’institutions internationales, les promoteurs d’une politique claire de suppression des béquilles sur lesquelles les Français s’appuient ne peuvent pas gagner  d'élections.

Il faut faire arriver à comprendre que le mouvement plus que le blocage, que l'offensive et le dynamisme, plus que la défensive hargneuse, que la prise de responsabilité  plus que la demande de protection, sont les moyens d'une nouvelle sécurité sociale. 

Convaincre un petit gros coincé dans une paroi raide et qui ne sait plus ni avancer ni reculer, que son salut passe par la reprise de la grimpée vers le haut, en mobilisant tout ce qui lui reste d'agilité et de force, est difficile.

Il  n'y a personne pour lui lancer une corde. S'il laisse la nuit arriver, il tombera.

Economie du désespoir et désespoir de l'économie

Le désespoir est à la mode. Il est si facile de "vendre" de l'horreur économique et de la fin du monde. Les périodes de crises économique sont toujours, systématiquement, l'occasion de dégagements sur le thème : aujourd'hui c'est différent ; la prospérité, c'est fini. En général on force tous les traits pour stimuler l'émotion et cela se termine dans le "Vous vous rendez compte Madame Michu". L'avantage de faire chauffer l'émotion est d'éviter à faire l'effort de comprendre. Geindre est plus facile que savoir, sans parler de construire une action positive.

Pour avoir été Maître de conférences à Science-po de la crise de 73 à la crise de 93, il a fallu commenter des épisodes de ce genre à de multiples reprises. Pessimisme et découragement moral sont les deux mamelles aux quelles s'abreuvent ceux qui n'ont rien à dire et rien à proposer, mais qui veulent exister médiatiquement.

En 1973, Keynes était "mort". Il fallait un nouveau Keynes car toutes les règles du jeu économique avaient changé. Les mœurs n'étaient plus ce qu'ils étaient : la cupidité avaient remplacé les solides capacités entrepreneuriales. De toute façon, la terre serait épuisée dans les 20 ans et en l'an 2000 cela ferait bien longtemps que le pétrole aurait disparu de cette terre. La voiture avait traînée la croissance derrière elle. Maintenant tout le monde était équipé. On allait pas avoir deux voitures par ménages tout de même. L'acier, le charbon, le textiles, c'était fini. Quant aux nouvelles technologies, à cette époque l'informatique, le filon était épuisé. Tout ce qui devait être informatisé l'avait été. C'était un truc pour les comptables et cela allait signifier la mort des administratifs. La banque et l'assurance allaient licencier pratiquement tous ses effectifs (avec grèves majeures en France). L'agriculture était arrivée à la surproduction définitive.  La grande distribution allait tuer le petit commerce. La mécanisation et les robots signifiaient la mort définitive de l'emploi. Blablabla.

Le résultat : l'informatique s'est développée de façon gigantesque portée par le télétraitement, le temps réel et la mini informatique, puis la micro informatique. Des secteurs économiques entiers se sont créés ou ont été renouvelés. La croissance mondiale n'a jamais cessé et jamais le monde ne sera plus riche 20 ans après, à l'aube de la nouvelle crise périodique forte, même si le rythme de croissance avait baissé.

En revanche, personne n'a voulu voir que le changement de l'organisation monétaire mondiale provoquait des modifications dramatiques qui allaient peser sur la croissance et faire entrer l'économie dans un système d'économie baudruche déplorable. On exalte la sinistrose mais on n'étudie pas les erreurs d'organisation. Et on les aggrave. Accords de la Jamaïque dans le monde, énarchie compassionnelle fiscaliste en France, n'importe quoi en Europe, comme la mesure "essentialiste"  que sera l'élection d'un Parlement Européen, seront la conséquence. Ajouter les deux septennats de Mitterrand et la France quitte durablement toute perspective de croissance rapide.

En 1992, 93, la crise décennale grave est pire que celle de 1973 du fait des défauts accumulés du système monétaire international. A nouveau on ne fait aucune analyse des défauts du système mais on crie à l'Horreur économique, la Fin du travail, l'épuisement du pétrole et des ressources rares, la fin de la révolution micro informatique (tout a été exploité), la disparition de la "bagnole" et donc du moteur de la croissance, l'ouverture d'une ère de cupidité, etc.  Aucune analyse de la crise n'est offerte. L'accident de 1987 est mis sur le compte des ordinateurs et la crise de 92-93 sur la guerre en Irak. 

Résultats 20 ans plus tard, plusieurs centaines de millions de personnes trouveront un emploi, la pauvreté reculera massivement dans le monde, l'informatique personnelle communicante révolutionnera à peu près tout, l'enrichissement général se poursuivra, surtout dans les pays ruinés pendant des décennies par le "socialisme réalisé".

Mais c'est vrai : on ne répare aucun des défauts du système, qu'on n'analyse pas ; trop compliqué, trop dangereux, et on les aggrave créant dans le monde une économie globale baudruche, en France une économie étouffée par le secteur public, en Europe une économie étouffée par la préparation puis la création de la zone euro. Toutes les causes de danger sont présentées comme de formidables avancées, le triomphe de la "finance", le triomphe de l'idée européenne, le triomphe du socialisme à la française.

La crise commencée en 2007 et qui est, à nouveau, "la plus grave depuis 1929" fait aujourd'hui l'objet du même traitement. Un certain  Daniel Cohen, économiste officiel, passe ce matin même sur France Info pour expliquer, que l'emploi c'est fini, que la nouvelle économie concentre la richesse sans provoquer la création d'emplois, que la croissance dans les pays en cours de rattrapage est impossible car cela tuerait la terre. Et qu'on voit bien que la Chine et le Brésil sont en récession.  Dans le Temps un article fait la synthèse de tous les propos du même genre. La productivité ne mène plus à la croissance. Les riches captent désormais tout et leur extraterritorialité les rends insaisissables par le fisc. L'Europe est définitivement encalminée car l'Euro est une catastrophe à cause de Mme Merkel et de son juridisme étroit. Nous sommes dans un monde de cupidité.

On mélange à nouveau le conjoncturel et le structurel, le financier et le commercial, l'économique et le politique, la morale et l'action.

Tout cela fait broyer du noir et brasser de l'argent. Mais n'apporte strictement aucune perspective.

Il est strictement impossible de faire la moindre analyse utile si on ne distingue pas l'économie réelle et la couche de dettes qui est posée dessus et qui représente encore aujourd'hui en moyenne dans le monde près de 4 fois la valeur de l'économie réelle.

C'est parce qu'on a laissé se créer cette énorme couche de mousse monétaire et financière au dessus de l'économie de production que la plupart des méfaits constatés se sont produits et qu'on a tant de mal à sortir du trou. La première obligation des économistes est d'expliquer les mécanismes qui ont permis l'émergence de cette mousse parasite que nous appelons l'économie baudruche, et de définir les moyens de s'en délivrer. Des éminences comme Daniel Cohen ne fournissent AUCUNE piste de réflexion en ce sens. Au contraire, ils poussent au désespoir : si c'est la cupidité et internet qui sont les causes, il n'y a pas d'issue. Le péché de gourmandise dure depuis quelques milliers d'année, semble-t-il et on ne voit pas qu'internet soit en passe de disparaître.

De même on a créé, en Europe, une organisation de l'économie qui ne peut s'ajuster que par des déflations sinistres. Raisonnable ?

Quant à la France, elle a choisi un modèle de sous-développement fondé sur l'inactivité, le malthusianisme, le développement d'un secteur public gigantesque et sans productivité, tout en ruinant ses riches, chassés hors du pays, et en faisant crever ses entreprises sous les contraintes et les charges.

Ce n'est pas par des "analyses", marquées par la courte vue et le pessimisme,  portant sur l'économie réelle qu'il faut prendre la question du retour à la prospérité et à l'emploi du monde, de l'Europe et de la France. Il faut s'attaquer aux erreurs d'organisation qui ont progressivement étouffé l'économie mondiale.

Dans 20 ans, nous constaterons que toutes les analyses qui sont à la mode aujourd'hui se seront révélées aussi débiles que débilitantes. Comme les analyses post 73 paraissent aujourd'hui grotesques ; comme les analyses post 93 nous paraissent aujourd'hui sans fondement.

La croissance n'a pas de plafond ; les taux d'emplois n'ont pas de limite. On peut croitre sans tuer la terre. On peut employer tout le monde. Il n'y a dans le monde qui se développe tous les jours aucune raison absolue pour que cela ne soit pas le cas.

En revanche un pays qui comme la France chasse ses entrepreneurs et développe ses dépenses publiques au point qu'elles atteignent la contre valeur du PIB marchand non financier est mal parti.

En revanche une zone qui crée une monnaie unique sans organe de gouvernance ne peut pas espérer grand-chose.

En revanche un monde qui met en place un système de gonflement monétaire et financier sans limite portant le niveau de dettes à quatre fois le PIb n'est pas viable.

On n'a pas besoin d'une économie du désespoir. Il n'est pas nécessaire de désespérer de l'économie.

En revanche, certaines réformes et refondations sont absolument nécessaires.

Les économistes qui veulent faire de l'argent  en capitalisant sur le délétère et la sinistrose du genre Stiglitz, Cohen, Attali, etc. ad libitum, ont leurs raisons. On se permettra de préférer ceux qui s'attaquent à clarifier les mauvaises solutions et à élaborer les bonnes plutôt que de surfer sur des mauvais sentiments et de se concentrer sur des faux semblants qui ne mènent à rien.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile. 

Trois chiffres

La Suisse compte 186.000 fonctionnaires et s'inquiéte car le nombre a beaucoup augmenté depuis 20 ans. La population est un peu au dessus de 8.000.000 d'habitants. Pour 66.000.000, cela ferait 1.500.000 fonctionnaires.

La Grèce a 800.000 fonctionnaires pour 11.000.000 d'habitants, ce qui ferait pour 66.000.000, 4.800.000 de fonctionnaires. Tout le monde et M. Hollande en premier, a reconnu que ce chiffre était grotesque et la marque d'un pays qui s'était gavé de postes publics sur le dos des autres.

La France a 66.000.000 d'habitants et 5.500.000 fonctionnaires.

Fiscalité politicienne et Constitution

La déclaration des droits de l'homme et du citoyen, telle qu'elle est annexée en préambule de la Constitution actuelle n'est pas très claire sur la question des contributions. Les citoyens contribuent "à raison de leurs facultés".

La constitution de 1789 était plus explicite  en indiquant qu'ils contribuaient "à proportion". La proportionnalité a cédé le pas à la progressivité, voici la raison de cette raison.

En fait, "à raison" veut dire, selon les meilleurs dictionnaires,  "à proportion"… Sémantique quand tu nous tiens !

La pratique fiscale, ces dernières années, s'est engagée dans certaines impasses qui frôlent l'inconstitutionnalité et en tout cas nie l'esprit républicain.

Jusqu'à Pompidou, la règle des augmentations d'impôts et des efforts fiscaux étaient proches de l'esprit de la Constitution : en cas de besoin on demandait un effort à tous et on tenait compte de la situation de chacun pour sortir des difficultés. Le pays mobilise tous ses citoyens, à raison de ses facultés.

Après les septennats fiscaux de Giscard et Mitterrand, qui ont vu une augmentation de près de 40% de la pression fiscale, la crise de 1993 va provoquer une première sortie de l'épure démocratique avec Alain Juppé qui déplafonne l'ISF et envoie automatiquement quelques dizaines de milliers d'assujettis au delà des 100% d'impôts sur le revenu. On n'est plus dans la contribution mais le vol du capital, normalement interdit par la Constitution (toute captation du capital doit être justement indemnisée). C'est ensuite Jospin qui fait valoir un curieux argument : si on baisse l'impôt sur le revenu, la baisse doit aussi toucher ceux qui ne paient pas l'impôt sur le revenu ! Il n'y a plus de corrélation entre la hausse des impôts et la baisse. On peut augmenter l'impôt sur le revenu sans toucher ceux qui ne le paient pas, mais pas l'inverse. On invente également l'impôt sur l'impôt et la non prise en compte de l'inflation dans les assiettes fiscales, ce qui revient à imposer un revenu fictif.

Avec Hollande, l'idée que les augmentations d'impôts ne doivent pas être payées par tous mais seulement par "les riches" arrive dans le décor antidémocratique de l'énarchie compassionnelle. L'idée qu'on dût contribuer "à raison" disparaît. La ségrégation fiscale ou apartheid fiscal comme on voudra, apparait dans la pratique. Symétriquement la baisse fiscale ne doit pas concerner tous les citoyens mais seulement une sélection.

Normalement une baisse fiscale devrait concerner les 20 millions de ménages contributeurs, à raison de leurs facultés.

Non : on va en choisir environ la moitié pour faire nombre mais en écartant les riches honnis, c'est-à-dire les 20% de ménages qui paient 70% des impôts.  

Ces mauvaises manières démagogiques s'ajoutent à une autre réalité : l'exclusion de prestations de ceux qui les paient. Depuis le déplafonnement des assiettes de sécurité sociale on faisait payer "aux riches" des sommes disproportionnées pour les services rendus mais au moins ils y avaient droit. Un cadre supérieur paye par exemple jusqu'à 1000 fois les quelques remboursements maladie dont il bénéficie, du fait de la suppression du plafonnement. Maintenant des services deviennent payants pour les heureux contributeurs exclus de la gratuité anciennement générale ou de prestations anciennement universelles. Pour bien brûler la chandelle par les deux bouts, on va même proposer de faire payer plus cher les mêmes services en fonction du revenu…brut naturellement. Le riche va payer le prix fort l'entrée d'un enfant à l'université tout en ayant un revenu net devenu très faible voire négatif.

L'égalité devant l'impôt et les prestations universelles sont des principes constitutionnels désormais à bas. Les principes ont été remplacés par le clientélisme politicien le plus abject et l'électoralisme de bas étage. La justice fiscale a fait place au justicialisme fiscal, ce qui n'est pas exactement la même chose.  

M. Hollande pratique à l'échelon national les principes de ses gestions municipale et départementale. On hausse massivement les impôts après les élections ; on lâche quelques miettes aux masses électorales et à elles seulement, les deux budgets précédant les élections.

Il n'aura jamais réussi à entrer dans le costume d'un président de la république.

Voir la presse, la semaine où les Français qui le paient sont saignés à blanc par un Impôt sur le revenu totalement délirant, compte tenu des autres impositions, emboucher les trompettes de la "baisse d'impôts" c'est-à-dire participer à une manipulation de l'opinion d'une grossièreté inimaginable, donnera aux journalistes une légère indication sur les causes de la perte de confiance qu'ils subissent dans l'esprit des Français.

Leur devoir aurait été de rappeler que le choix de la date  des "annonces présidentielles" en fait une simple opération de com' de la plus basse espèce, à l'heure où ils signent le solde de leur IR,  tout en signalant que les règles de la Constitution sont piétinées.

En ne cherchant qu'à être des perroquets de la com' présidentielle, ils aggraveront encore les malheurs de la presse française. Quant à Hollande, malgré ce qu'il espère, la haine qui entoure ses palinodies fiscales de minable politicien l'empêchera d'être au second tour. Les socialistes soviétiques pensaient que les exactions ciblées contre des boucs émissaires suffisaient à leur attacher les habitants. Les socialistes chinois le croient toujours. Ainsi qu'Hollande, qui a plusieurs reprises a lancé lui-même des attaques ad hominem quand il a cru que cela le servirait (voir l'affaire Depardieu) et qui croit qu'il doit son élection à l'annonce des "75%".  "Une fois abject, toujours abject" affirme le dicton. La règle n'a pas d'exception. Mais maintenant les Français savent. Quant à Juppé, il va lui falloir drôlement polir son programme s'il veut se dégager de la gangue fiscale où il est englué. Une chose est de paraître plus digne qu'un Sarkozy. Une autre est de croire que les Français sont totalement oublieux.

Comment on enseigne n'importe quoi !

Voilà ce qu'on enseigne en France, aux étudiants en économie, dès qu'on parle de changes flottants.  Au moment même où une crise de change a entraîné une baisse en panique des toutes les bourses, avec phénomènes cumulatifs, et la samba des monnaies, tout rapport entre cours magistral et réalité ne saurait être qu'une curieuse coïncidence.
 
"Le régime de changes flottants actuel entre les principales monnaies, Dollar, Euro et Yen, présente en théorie de nombreux avantages :
 
Il permet tout d’abord une certaine autonomie des politiques monétaires, car en cas d’excédents commerciaux, les banques centrales ne sont plus obligées d’augmenter mécaniquement la masse monétaire en contrepartie de l’arrivée des devises
étrangères, ce qui a pour effet d’importer l’inflation si la hausse des prix étrangers sont supérieurs aux hausses des prix intérieurs. Il suffit alors de laisser glisser le cours de la monnaie à la hausse sur les marchés internationaux."
 
C'est surement pour cela que l'on est passé de moins de 200% d'endettement en 1971 à plus de 400% par rapport au PIB  en 2008, et que nous y sommes toujours !
 
 
"Les changes flottants permettent aussi le rééquilibrage automatique de la balance extérieure, sans que les autorités monétaires aient à intervenir. En effet, un déficit commercial suscite une contraction de la masse monétaire, qui provoque une augmentation du taux d'intérêt et donc une entrée de capitaux étrangers attirés par les taux rémunérateurs. Sur le plan économique, cette contraction de la masse monétaire entraîne un ralentissement de l'activité économique, une stabilisation des prix et donc une amélioration de la compétitivité sur les marchés nationaux étrangers ; ainsi les exportations augmenteront, les importations diminueront et la balance commerciale se rééquilibrera. Nous pouvons voir dans un second temps qu’il s’agit d’un système plus équilibré en apparence par rapport à un système de changes fixes qui faisait explicitement référence à une monnaie dominante, le dollar. En effet les changes flottants permettent une adaptation rapide aux chocs réels, notamment en cas de déséquilibre des paiements courants, provoquant des conflits entre l’offre et la demande de devises. Il faut rappeler qu’en système de changes fixes il en résultait une variation des réserves de change puisque la banque centrale doit intervenir pour maintenir la parité de la monnaie nationale. En revanche, en changes flottants la banque centrale n’a plus à intervenir : l’ajustement sur le marché des changes est réalisé par des mouvements de capitaux, provoquant la variation du taux de change. Celle-ci modifie donc les conditions de l’échange. Par exemple en cas de déficit, on assiste à une diminutionde la valeur de la monnaie qui renchérit les importations et rend plus attractives les exportations. A terme l’équilibre est rétabli..."
 
Celui qui a vu la balances américaine des paiement se rétablir est un génie.
 
 
"De plus, nous constatons que les banques centrales n’ont plus besoin de conserver des réserves importantes de devises pour défendre le cours de la monnaie. Dans ces conditions les banques centrales ne doivent pas subir des variations de leur volume de réserves officielles et les institutions ne reçoivent plus de demandes de réserves nouvelles. Egalement, on s’aperçoit que ce système de changes flottants fait que les marchés sont moins sensibles aux fortes poussées de fièvres spéculatives, comme celles qui se produisaient sur les monnaies dont l’évolution laissait penser qu’une dévaluation ou une réévaluation était inéluctable."
 
Ils sont clairemeent beaucoup moins sensibles aux poussées de fièvre, comme on le voit aujourd'hui.
 
"Dans ce cas tous les opérateurs étaient encouragés à vendre ou à acheter cette monnaie à des fins purement spéculatives. Au contraire, les changes flexibles amènent les marchés à des ajustements mutuels, permanents et graduels, entre le cours des devises et les anticipations des opérateurs."
 
N'est pas absolument merveilleux, cet ajustement mutuel, permanent et graduel ? On assiste justement à ce délice aujourd'hui. 
 
La grande difficulté de l'enseignement économique en France est son éloignement presque total des réalités. On répète des articles de foi sans même regarder ce qui se passe.
 
Navrant.
 
 
 

Les changes à nouveau en folie.

L'idée centrale qui fonde l'essentiel des thèses de ce blog n'est pas difficile à comprendre : les grands déséquilibres de balances commerciales et de paiements, dans un monde où les Etats ont pris une part de lion dans l'économie et où la monnaie est imprimée à volonté par les dits Etats et n'obtient son pouvoir libératoire que par les Etats, provoquent des crises financières d'autant plus difficiles à maîtriser que les déséquilibres sont plus grands.

Tout système qui limite le plus structurellement possible les grands déséquilibres est bon. Ceux qui les aggravent sont mauvais.

Le système des changes flottants mis en place, par force, lorsque les Etats-Unis ont voulu se débarrasser des contraintes des Accords de Bretton-Woods, qui pourtant étaient déjà déséquilibrés en leur faveur, ne marche pas, n'a jamais marché et ne marchera jamais.

Le système de monnaie unique, si rien n'est fait pour ajuster les déséquilibres internes, ne marche pas, n'a jamais marché et ne marchera jamais.  

S'agissant de relations entre Etats souverains et puissants, qui peuvent être tentés  de tordre les relations économiques et monétaires à leurs avantages réels ou supposés, les accords diplomatiques mous et les belles déclarations d'amour à la stabilité ne peuvent pas être efficaces. Il faut créer des systèmes institutionnels solides avec des correctifs puissants.

Au sein de la zone Euro, comme nous avons essayé de le montrer dans nos articles précédents, il faut un chancelier de la zone Euro, dont le travail est de mesurer, prévenir, et corriger les déséquilibres internes et externes.

Les accords de Bretton Woods étaient de bons accords, car il forçait les Etats à respecter la valeur réciproque des monnaies. Certes ils étaient imposés par une puissance dominante qui les appliquait à son avantage mais ils imposaient une discipline structurelle et des principes, ainsi qu'un maître chien : le FMI, et un porteur de carotte, la BIRD.

Les principes de base étaient d'une grande simplicité :

- Tout le monde gagnera à l'extension des échanges internationaux.

- Il faut donc permettre à tous d'accéder à ces échanges, ce qui impose qu'on puisse les financer avec des moyens de paiements reconnus.

- Les monnaies étant nationales et gouvernées par les Etats, les Etats ont une responsabilité vis-à-vis des tiers lors d'un échange international.

- Les produits doivent s'échanger contre des produits pour ne pas créer de distorsions graves des marchés du travail et permettre à la loi des débouchés de fonctionner ; cet échange doit être les plus équilibré possible.  

- Si une crise intervient qui met en cause la crédibilité d'une monnaie, la collectivité se saisit de la question, pour permettre au pays en cause de revenir à l'équilibre et maintenir son accès au commerce international, sans entraîner les autres dans ses difficultés.

- L'objet direct de l'intervention collective est d'empêcher des mécanismes contagieux de déflation de s'enclencher.

- L'aide du FMI est certes coercitive, pour éviter les défauts à répétition, mais son but reste positif : stopper des phénomènes récessifs cumulatifs.

Le système est à la fois structurellement coopératif et largement auto régulé, puisque chaque pays a la responsabilité de surveiller ses balances extérieures.  

La double organisation des changes flottants dans le monde et de la monnaie unique sans organisation de pilotage en Europe, a signé le retour de la déflation comme moyen d'ajustement des déséquilibres, donc du chômage de masse et des dettes incontrôlables.

Au début de l'année 2015, tout le monde glorifiait "l'alignement des planètes", la conjonction miraculeuse d'un Euro très dévalué et d'un prix du pétrole en chute libre "grâce au gaz de schiste américain". Nous écrivions : attention le commerce international est à zéro ; la baisse du pétrole n'est qu'un détail des baisses massives qui touchent toutes les matières premières.

Les chiffres connus signalent que le commerce international a finalement baissé de près de 4% en 2014. Depuis l'été 2008, il est à l'arrêt et n'a un peu remué que lorsque la Chine, inquiète de voir le dollar se déprécier et son stock de devises et de placements en dollars perdre de la valeur, a converti sa monnaie en "valeurs réelles", c'est à dire acheté un peu n'importe quoi à travers le monde. De même, les remontées du terrain montraient qu'en France le commerce de détail était à l'arrêt et dans une situation pire qu'en 2009. L'Insee vient de confirmer que le PIB y a connu une croissance zéro au second trimestre 2015.

Aujourd'hui on mesure avec la dévaluation soudaine du Yuan que la Chine, qui avait promis de rétablir progressivement une valeur de sa monnaie plus compatible avec l'équilibre des échanges mondiaux, ne pouvait pas supporter la baisse totalement extravagante de l'Euro et celle du Yen, tout en suivant la hausse du dollar.

Tout le monde voit les avantages d'une dévaluation pour soi même. Personne ne voit les inconvénients. Gare aux réactions des autres et aux effets négatifs d'une dévaluation en interne, rarement signalés.

Ils sont pourtant massifs.

L'Europe, pour installer l'Euro dans le concert des nations, a voulu, pendant deux décennies, imiter la politique allemande de la Buba et avoir un Euro fort. Il a été trop fort trop longtemps et a ruiné une partie de l'économie européenne qui a été transférée en Chine et en Inde. Il est brutalement dévalué passant de 1.40 à 1.10, soit une chute de plus de 20%. Quelle est la conséquence immédiate ? Tous les importateurs sont obligés de répercuter une hausse de coûts immédiate de même ampleur et tous les distributeurs, c'est-à-dire le grand commerce et les boutiques, prennent un coup de ciseau effroyable. Ils ne peuvent pas répercuter la hausse des produits qu'ils vendent ni leur substituer une production locale car cette dernière a été purement et simplement éliminée pendant 20 ans. Alors on voit les grands magasins parisiens perdre leur marge et accumuler des pertes de plus en plus lourdes et de grandes chaînes de diffusion faire faillite ou s'en approcher. La consommation freine également brutalement.

Paradoxalement, la stagnation du secteur marchand en France au second trimestre est l'effet direct de la…dévaluation massive de l'Euro.

La Chine ne trouve plus de débouchés en Europe et voit ses exportations s'effondrer. La croissance ralentit fortement. Les pays qui exportaient en Chine, comme l'Allemagne sont touchés. La bourse de Shanghaï, gonflée par les masses de liquidités inemployées accumulées en Chine, s'effondre, le décalage entre économie réelle et financière devenant trop important. En même temps la déflation générale sur les marchés de matières premières déséquilibrait le marché du gaz de schiste aux Etats-Unis avec ces presque 600 milliards de dettes, fragilisait tous les pays dépendants du pétrole et déstabilisait un peu plus les marchés financiers. L'agriculture, notamment en France, qui est de plus en plus une industrie d'exportation (ou sensible aux importations, ce qui revient au même), se retrouvait aussi à découvert comme le montre le marché du porc.  

On ne pouvait pas démontrer plus radicalement que la croissance n'est possible que dans le respect des grands équilibres. Faute d'un système cohérent, globalement admis et surveillé, les échanges internationaux dans une ambiance de liberté sans limite des mouvements de capitaux, de marchandises et de personnes, deviennent incontrôlables.

Cette leçon n'est évidemment présentée nulle part. Et particulièrement pas dans la presse française, ce qui est dommage. Le comble du ridicule est à trouver dans la presse anglo-saxonne qui s'émerveille des dévaluations successives du Yuan, preuve, selon elle, que la Chine va enfin entrer de plein pied dans le flottement des monnaies dirigé par la spéculation internationale et les banques américaines.  

Ah ! Enfin un flottement total et général ! La joie profonde, l'extase de la finance "moderne".

Débloquons, débloquons !

Et bien oui, on débloque. Et on bloque à nouveau la croissance, seule moyen de sortir de la crise de surendettement global qui paralyse le monde et qui a été la conséquence directe du système des changes flottants par le mécanisme de la double pyramide de dettes détaillée par Jacques Rueff en son temps, et dénoncé à nouveau par Maurice Allais à la fin du siècle dernier. Ils nous manquent ces deux là ! .

On fait enfourner du sucre à un diabétique, en lui criant : formidable ; encore ! Et on s 'étonne que les vaisseaux craquent et que des amputations suivent.  

Heureuse période ; période des imbéciles heureux.

Si vous avez entendu un seul homme politique, au gouvernement ou dans l'opposition, faire cette analyse en France, vous avez gagné le grand prix des acouphènes.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Pour une chancellerie de la zone Euro

  1. Une réforme de la gouvernance de la zone euro est nécessaire.

Le premier inconvénient d’une zone de monnaie unique regroupant des pouvoirs nationaux indépendants est de ne permettre les ajustements de compétitivité que par la  déflation. Seule la baisse de la masse monétaire, des prix et des salaires  permet le retour aux équilibres nécessaires, dans la partie marchande de la société. Si de surcroît le pays a laissé se développer un secteur public dévorant,  la perte de recettes entraînée par la déflation implique une hausse cumulative des impôts et l’augmentation de la dette, au prix d’une défiance cumulative des prêteurs.  Au total, le pays victime de lui-même, en ayant laissé sa productivité et sa compétitive s’étioler, s’offre une crise nationale grave et remet en cause les fondements de la monnaie unique collective.

Ce schéma est exactement celui auquel l’humanité cherche à échapper depuis  la crise de 1929. De ce point de vue, la création d’une zone prétendument réglée par deux normes (3% de déficits publics par rapport au PIB et 60% d’endettement public par rapport au PIB) était une dramatique illusion.

Il faut, pour gérer une zone de monnaie unique multinationale, un coordinateur des politiques publiques qui permette d’éviter les décalages de compétitivité et qui organise le retour à l’équilibre si un décalage s’est produit malgré tout, du fait d’un évènement hors du contrôle des pouvoirs publics. 

Nous défendons ce point de vue inlassablement depuis le vote sur le traité de Maastricht. Jusqu’ici en vain, en attendant la pédagogie des faits. L’affaire grecque est tout de même éclairante.  Si, dans les années 90, les risques que nous évoquions pouvaient paraître théoriques et tirés par les cheveux, ils sont désormais manifestes.  La déflation plus ou moins organisée est la seule voie de réajustement des décalages de compétitivité.

Le second inconvénient d’une zone de monnaie unique sans organe commun de pilotage, est la déshérence dans laquelle se retrouvent les  différents instruments de politique monétaire que sont la gestion du cours du change, la politique des taux d’intérêt, l’intégration de la politique monétaire et des politiques budgétaire et sociale globale.  La zone  est dans la seule dépendance de la Banque centrale qui n’a, dans le cas de la BCE, qu’un objectif d’inflation  et qui ne pourra agir sur le change qu’en se livrant à des contorsions totalement ridicules, du genre « on dévalue pour lutter contre la déflation », alors que la zone euro est globalement excédentaire !

Une absence aussi évidente d’organisation ne permet d’agir ni à l’intérieur ni à l’extérieur. Ce dernier aspect est d’autant plus dangereux que le système monétaire  extérieur est basé sur la flottaison des monnaies, l’acceptation de déficits et d’excédents monstrueux  et la construction d’une économie baudruche vouée à l’explosion.  Quand la baudruche explose, la zone Euro se retrouve privée de tout moyen organisé de faire face et doit improviser. Dans l’urgence et dans la panique, avec des risques graves de dissensions, de comportements nationaux incompatibles et finalement de destruction.

  1. L’option fédérale est au mieux une utopie, au pire une provocation, plus sûrement un leurre.

L’Europe communautaire, globalement,  ne parvient plus à séduire, du fait de sa lutte permanente contre les Etats pour arracher des pouvoirs politiciens nouveaux (parfois abusivement, comme le choix du président de la Commission par le PE), sur son incapacité à gérer bien et démocratiquement les domaines qui lui ont été attribués (comme l’agriculture), de la zizanie ou l’impuissance  permanente qui marque les fonctions confiées à un « Ministre Européen»  (comme la diplomatie : voir l’Ukraine). L’hostilité croissante des peuples vis-à-vis de certaines conséquences jugées déplaisantes ou négatives des libertés totales d’aller et venir au sein de l’Europe, ou de l’incapacité de bloquer l’immigration clandestine, motive un rejet assez vif de la part de certaines parties de la population.   L’inquiétude devant la continuation de négociation d’adhésion avec la Turquie, qui fait l’objet d’un rejet radical pratiquement partout en Europe, la perplexité devant le fait qu’on ait accepté l’entrée de la Grèce dans la zone Euro malgré des défauts structurels majeurs,  la colère devant le mépris et la dureté des mesures prises à l’encontre de la même Grèce, tout en noyant de dettes les autres Européens,  s’ajoutent au trouble provoqué par la volonté de certains gouvernements, comme celui du Royaume-Uni,  de tester la véritable adhésion de leur peuple à l’Union.  La négociation secrète  d’un traité nord atlantique par des atlantistes nord européens embusqués dans les instances de Bruxelles, inquiète.

Dans ce climat un saut fédéral, avec  la création d’un Sénat, la gestion d’un « budget européen » substitutif des budgets nationaux, d’un Ministre des finances européen, avec des pouvoirs exécutifs,  est tout simplement inconcevable.  Il n’est d’ailleurs pas souhaitable tant qu’on ne sait pas à quoi servirait ce nouveau poste et quels pouvoirs lui seraient  dévolus.

Le comité d’expert allemands qui s’est récemment exprimé sur le sujet  n’a pas mâché ses mots. C’est non ! Il a parfaitement raison.

  1. La seule perspective réaliste ouverte et nécessaire : la coordination.

Sauf à vouloir démanteler immédiatement la zone Euro, il faut mettre fin à ses déficiences structurelles.

Il faut un pilote de la zone euro avec une cabine de pilotage, des gouvernes, un moteur et un itinéraire.

Nous appelons chancellerie de la zone Euro ce dispositif. Autant éviter le terme de Ministre des finances qui le met immédiatement en compétition avec les ministres des finances  nationaux  et suggère un « gouvernement » européen parfaitement illusoire.

La chancellerie a une mission d ‘observation,  d’avertissement et de contrôle. Son seul pouvoir exécutif concerne la gestion de la politique monétaire notamment vis-à-vis  de l’extérieur.

L’objet de l’observation est de détecter les évolutions internes contraires à la stabilité de la zone euro, notamment les pertes de compétitivité,  les excès d’emprunt et les dérapages de finances publiques. 

Les avertissements ont pour objet de signaler les écarts de politiques qui conduisent automatiquement à des déséquilibres internes.

Le pouvoir de contrôle concerne des décisions prises par l’Eurogroupe ou le conseil des gouvernements de la zone euro.

Les décisions collectives restent du ressort de l’Eurogroupe. Elles sont éclairées et contrôlés par la chancellerie de la zone Euro.

La « troïka » disparait des radars. La Commission n’a pas à intervenir dans des affaires qui concernent seulement les membres de la zone Euro. Le FMI n’a rien à faire dans les affaires internes de la zone Euro.

Pour simplifier, la chancellerie est une sorte de FMI interne,  avec son pouvoir d’investigation et d’avertissement.  Et s’il le faut, son pouvoir d’intervention. 

  1. Les pouvoirs exécutifs spécifiques de la Chancellerie.

La Chancellerie dispose d’un champ d’action spécifique : la politique monétaire et financière de l’Eurosystème.

Dans toutes les structures démocratiques, les banques centrales, bien qu’indépendantes, ne dirigent pas la politique monétaire et financière, encore moins le taux de change.  L’indépendance permet de garantir que la valeur de la monnaie ne sera pas manipulée pour des considérations politiciennes.  Mais elle doit s’inscrire dans un cadre politique global qui est du ressort du politique. On a complètement oublié cette règle lors de la création de la zone Euro, sinon en considérant que l’Eurogroupe, une structure occasionnelle, lourde et difficile à manier, ferait vaguement office. Avec l’échec que l’on sait : monnaie surévaluée trop longtemps ; décisions prises en panique ;  absence de tout dialogue extérieur ; tensions vives en cas de décisions difficiles comme dans le cas grec.

Vis-à-vis de l’extérieur, la chancellerie doit avoir mandat permanent de stimuler tout effort en vue d’un retour à un système de changes fixes,  et modifiables par accord général, avec proscription des grands excédents et des grands déficits.  L entre les grands acteurs économiques du monde. La zone Euro ne peut que bénéficier d’un retour à un système de changes régulés et de politiques concertées.

Dans le cas où des difficultés importantes imposeraient des interventions lourdes dans un pays, c’est la chancellerie qui disposerait des pouvoirs correspondants et assurerait la  gestion du MEF. Ultérieurement, au fur et à mesure du renforcement de la confiance dans la bonne gestion commune, la chancellerie  gérerait de nouveaux instruments financiers communautaires comme des bons du trésor communs.

  1. Ce que la Chancellerie ne serait pas.

Les notions de budgets communs, politiques fiscales communes etc. ne relèvent pas structurellement du chancelier. Ce sont des politiques de l’Union et dépendent de l’Union. La chancellerie n’aura qu’à juger du caractère dangereux ou favorable du détail des mesures envisagées du point de sa responsabilité : la solidité de la zone euro.

Elle n’aura aucun pouvoir exécutif ou de proposition en matière fiscale, sociale, budgétaire. Les Etats sont souverains. Mais elle devra juger du caractère compatible avec la solidité de la zone euro des différentes approches suggérées.  Par exemple elle pourra alerter sur le caractère insoutenable d’un plan de type Jospin de réduction du temps de travail et d’un plan de type Schroeder d’amélioration de la compétitivité.

En cas de désaccord persistant, elle proposera des arbitrages à l’Eurogroupe qui reste seul  décideur, sous la direction définitive du conseil des chefs d’état.

  1. Comment régler le problème démocratique

Le chancelier étant un coordinateur et non pas un dirigeant  exécutif, le problème démocratique se pose moins  directement qu’en cas de création d’un gouvernement économique.

Néanmoins, il travaillera avec trois comités parlementaires, formé d’un délégué de chaque pays de l’Eurosystème, les grandes puissances (plus de 60 millions d’habitants)  bénéficiant de deux délégués. Le comité monétaire, le comité budgétaire et le comité social assureront le contrôle et la liaison des travaux de la chancellerie dans ces trois domaines. Ce ne sont pas des instances de décision mais d’information et de concertation avec les parlements nationaux.  

Comme on le constate, il ne s’agit aucunement d’un Sénat structurel et institutionnel, s’ajoutant aux instances constitutionnelles déjà  lourdes de l’Union Européenne. 

On peut imaginer que chaque parlement mettra en place une commission euro  dont les trois délégués de commission seront membres statutaires. Ils éclaireront les députés sur  les problématiques courantes au sein de la chancellerie.

  1. Un tel dispositif aurait-il été favorable entre 1998 et aujourd’hui ?

On est bien obligé de l’affirmer. Toutes les dérives qui ont mené à la crise aurait pu être mises au premier plan de l’actualité et probablement jugulées.  Les politiques sociales incompatibles entre l’Allemagne et la France auraient été dénoncées, ainsi que la légèreté grecque ou les dérives d’endettement de l’Irlande,  la folie immobilière espagnole et portugaise etc.

La folie des changes flottants et de l’accroissement global de la dette dans une économie mondiale baudruche  aurait été vertement critiquée  et une pression constante vers une réorganisation du système monétaire international aurait pu être assurée.

Après avoir lancé l’alerte pendant des années, l’Europe serait mieux à même d’exiger les corrections nécessaires.

On n’aurait pas eu besoin de faire appel au FMIpour régler le cas grec. Tout aurait été géré (diagnostic, plan, supervision, intervention, contrôle) par la chancellerie.

  1. La chancellerie : une institution évolutive

Il est possible d’envisager à terme des évolutions puissantes :

-          L’Europe devrait être représentée d’une seule voie par la chancellerie au FMI et obtenir des droits proportionnés à sa puissance économique. L’Eurosystem est le système mondial le plus puissant dans bien des domaines (production, PIB, épargne, commerce extérieur etc.). Il est clair que la gouvernance du FMI devrait en être changé. La direction générale  du FMI devrait être réservée à un membre  appartenant systématiquement à la  zone euro.

-          Certains instruments d’intervention sur les marchés financiers pourraient, à terme, être gérés  directement par la chancellerie comme des bons communautaires redistribués en fonction des nécessités budgétaires agréées des nations composantes.

-           

  1. La liaison avec le reste de l’UE n’est pas compliquée et plutôt saine et très évolutive. .

Bien sûr la Commission perdra le contrôle budgétaire qui lui est actuellement confié d’une façon totalement anormale. Les institutions de la zone Euro doivent être propres à la zone Euro.

De même la commission perd tout rôle monétaire, de fait ou de droit.

Eurostat devra composer avec le département statistique de la chancellerie.

Le parlement Européen a son mot à dire sur rien,. Ce n’est pas de son ressort, s’agissant d’une politique commune à une partie seulement de l’Union.

Si un jour, lointain, tous les pays de l’Union devaient rejoindre l’eurosystem, la chancellerie s’inscrirait facilement dans une structure fédérale élargie, avec un sénat européen, issu des parlements nationaux, complétant le Parlement Européen.

  1. La création d’une chancellerie ne demande pas de changements majeurs des traités.

Elle peut être décidée par l’Eurogroupe sans grosse difficulté. S’agissant d’une instance de coordination, les problèmes de souveraineté ne sont pas majeurs. Dans un premier temps les pouvoirs spécifiques sont modestes et ne remettent pas en cause la souveraineté de quiconque.

Les points de frottement institutionnel concernent la banque centrale et le contrôle budgétaire de la Commission. On peut très bien démarrer sans changer immédiatement les institutions et pratiques existantes.

Un accord entre Allemands et Français permettrait une initiative commune qui serait extrêmement difficile à contrer, d’autant plus que ces deux pays pourraient mettre en œuvre l’institution  entre eux sans attendre l’accord des autres, qui seraient obligés d’y venir assez rapidement, le chancelier, même réduit à sa double casquette franco-allemande, aurait du poids sur tous les problèmes en cours.

En fait, s’agissant d’une proposition logique (alors que toutes les autres sont contradictoires, controuvées ou impossibles)  qui s’inscrit dans la durée et la rationalité d’une zone de monnaie unique, et qui ne remet pas en cause de façon majeure la souveraineté des Etats membres (puisqu’il s’agit d’une instance de coordination, de suggestion et de contrôle, sans pouvoir exécutif sinon dans le champ de la politique monétaire et financière), elle ne créé aucune opposition doctrinale ou nationale forte. 

  1. La France s’honorerait de prendre l’initiative de la création d ‘une chancellerie.

Bien sûr, cela impliquera qu’elle devienne une nation proposant une politique économique sérieuse, ce qui n’est pas encore le cas. On peut craindre  que l’Allemagne et les autres candidats exigent quelques ajustements structurels avant d’accepter de jouer le jeu. Comme on doit de toute façon les faire, mieux vaudrait les lancer tout de suite et faire notre proposition.

Ce serait plus utile que de revenir à une politique de la demande après avoir annoncé une politique de l’offre et de reculer sans cesse devant les changements indispensables, tout en cédant à toutes les revendications catégorielles qui passent. Ce serait moins Jocrisse que de proposer des sauts fédéraux  intenables et par ailleurs contraires à la souveraineté élémentaire  des nations.

En relisant les mémoires de J. Chirac

Il y a quelque chose de fascinant à lire les mémoires de Jacques Chirac (Chaque pas doit être un but – Mémoires – Editions NIL – 2009).  Usuellement, les mémoires des grands hommes politiques permettent de comprendre comment certains grands problèmes ont été abordés, pourquoi certaines solutions ont été adoptées ou refusées, les compromis qu’il a fallu faire, les tensions entre les grandes influences etc. ici rien. 485 pages de vide. On sent que le livre a été écrit par une plume, qu’on ne lui a pas confié grand-chose et qu’il a fallu se plonger dans les écrits et les programmes pour documenter la vie du grand homme.

La trace de Chirac se trouve principalement dans les règlements de compte. M. Giscard passe un vilain quart d’heure ! Et dans cette citation de George Suffert :

« M. Chirac est fascinant non par ce qu’il a de compliqué mais par ce qu’il a de simple. Il est ambitieux. C’est tout ».

Le Grand Jacquot, qui a voulu cette citation,  semble entièrement d’accord ! Et ses mémoires rendent compte exactement de cela : une ambition et une vie dont tous les actes n’ont que ce but, la servir. Le titre du livre est bien choisi.

Au passage on voit comment s’est nourri « l’énarchie compassionnelle » que nous dénonçons comme une des grandes tares de la France des quarante dernières années.

Première exigence : la survie. Dans une lettre à Giscard il écrit :

« C’est, avec une action insurrectionnelle fondée sur un large mécontentement que nous n’aurions pas su déceler  ou réduire à temps, le seul accident qui peut mettre  en péril notre réforme », écrit-il à Giscard, en évoquant les actions permanentes lancées par le Président pour tenter de liquider l’UDR, prédécesseur du RPR que Chirac créera un peu plus tard.  On retrouvera cette obsession d’arroser la rue, à la première récrimination, chez Sarkozy et aujourd’hui sous Hollande.

Ici le mot réforme est une litote. Il faut lire « notre pouvoir ». Car de réformes il ne saurait y en avoir qui touche à l’Etat, à l’Enarchie, à la fonction publique. Dès le début des années 70 la vision chiraquienne est formée.

« Ma conviction est que jamais un ordre intelligible clair et rationnel ne sera rétabli face à une administration devenue  aussi tentaculaire que paralysante sans une prise de conscience émanant de la nation toute entière ».

Si la nation ne dit rien, il ne faut rien faire. Donc on ne fera rien car on ne lui posera jamais la question.

« Réduire les attributions de l’Etat me parait largement illusoire ». « Ce serait se payer de mots que d’envisager une déflation administrative ». « Il est tout aussi vain de croire qu’un gouvernement se rendra maître de tous les services qui dépendent de lui ». « Il apparait inévitable de renforcer encore la règlementation en matière de protection de l’environnement et de prévention contre les dangers de certaines activités industrielles ».

Ne rien faire est légitime car réformer l’Etat est illusoire, et la demande de plus de sécurité est forte. La constitutionnalisation du principe de précaution est en germe.

En même temps il s’agit d’être social. C’est le second terme de l’énarchie : la compassion sociale.

« Je ne me suis nullement senti en désaccord avec son (Chaban Delmas) discours réformiste sur la nouvelle société imprégnée des idéaux d’un travaillisme à la française que je défendrai moi-même 7 ans plus tard ». On retrouvera le thème lorsqu’il s’agira d’écarter Balladur lors des élections présidentielles du début 90 par le slogan « réduire la fracture sociale ».  

Déjà lorsqu’il était secrétaire au budget d’un gouvernement sous la présidence du général de Gaulle, se place une anecdote très révélatrice et de la volonté de ne jamais réduire le volume de l’Etat et de prendre des mesures prétendument de « justice sociale ».

Chirac rencontre De Gaulle :

« Un accroissement d