La panique s'installe

L'Europe et le monde en général n'ont jamais quitté la situation de panique depuis la chute de Lehman-Brothers. Plus aucune décision financière n'est prise de façon rationnelle depuis cette date. La peur conduit les comportements. Faute de toute solution collective réellement adaptée aux causes réelles des difficultés, les différents sparadraps mis à la hâte sur les plaies se décollent aussi vite qu'ils ont été posés.

La panique est à son maximum en Grèce où le spectre d'une sortie de l'Euro a pris de la densité après les élections de colère qui viennent d'avoir lieu. Pas de majorité ; pas de gouvernement ;  pas de solution à la crise de la dette grecque. La peur panique est là qui stimule le goût de la sanction électorale et d'une forme de nihilisme.

Que faire de ses actifs liquides en Grèce ? Tout l'immobilier européen est dopé par les fuites de capitaux grecs qui tentent de s'investir dans quelque chose d'un peu solide. Les banques de dépôt grecques voient les déposants retirer leurs avoirs à flot continu. Ils craignent à juste titre la solution expérimentée lors d'une crise similaire en Argentine. La monnaie y était alignée sur le dollar et les Argentins avaient le droit de disposer de comptes en pesos et en dollars, la parité étant assurée dans le cadre d'un "currency board".  

Lorsque cette parité n'a plus été tenable, les autorités ont mis en place un "corralito" c'est-à-dire un droit à un montant minimum de tirage sur les comptes qui couvrait à peine les besoins de subsistance, puis on  convertit le reste en monnaie dévaluée.

Menacé d'un pareil blocage avant spoliation les Grecs sortent tout de leur banque aggravant la situation du pays et amplifiant la menace. 

C'est la caractéristique propre de la panique.

Il ne faut pas croire que cette panique ne concerne que la Grèce. La "décollecte" de l'assurance vie, en France, un joli mot pour une fuite devant la monnaie, correspond aux mêmes ressorts. Quant aux banques italiennes, leur bilan est maintenant à 80% accoudé à la BCE. Une situation jamais vue nulle part.  Le Franc suisse est à nouveau sous pression, en même temps qu'une fuite généralisée  fait chuter le cours de l'Euro contre toute monnaie

Il y a trois ans nous avions sur ce site dénoncé le risque créé par l'impatience des peuples devant la déflation et déjà évoqué la peur panique du "corralito". L'absence à peu près totale de réponse cohérente aboutit au pire. Que de temps perdu !  Que d'argent perdu ! Que de risque pris !

Et aucune proposition sérieuse pour en sortir.

Rappelons que le seul moyen de sortir de cette crise mondiale  est de rétablir une monnaie de référence internationale avec laquelle les différents pays s'engageront d'avoir un taux de change fixe bien qu'ajustable par accord général. Chaque pays aura alors à défendre son cours de change par tout moyen quitte à mettre certaines barrières aux mouvements de capitaux à court terme.

Seul ce cadre général a permis de liquidité l'endettement massif global hérité des années trente et quarante.  Aujourd'hui encore, il forme la SEULE solution pour une sortie concertée de la crise globale de la dette.

C'est la seule qui permette de jouer sur tous les leviers de réduction de dettes à la fois : un peu d'inflation, un peu de relance, un peu de restructuration de dettes, un peu de rééchelonnement. Cette politique ne peut réussir que si elle est concertée et que si tous les états jouent le jeu. Et elle demandera de la durée.  

Une totale liberté des mouvements de capitaux et des changes flottants ne permettent aucun ajustement réel. La formation des prix sur les marchés monétaires et de capitaux en cas de panique ne réponds à aucune rationalité et au contraire amplifie la panique. Un passerelle en caoutchouc en cas de panique ne fait qu'éjecter ceux qui s'y sont aventurés. Un pont en béton est nécessaire mais avec des joints de dilatation résistants.

Tout le monde devrait comprendre aujourd'hui que l'introduction dans le monde des changes flottants, associés avec une liberté quasi totale des mouvements de capitaux, d'un côté, et la mise en place d'une monnaie unique en Europe, ont été les deux mesures tragiques qui ont conduit l'économie mondiale là où elle est.

Aurait-on gardé le système de Bretton-Woods et mis en place en Europe une monnaie de référence avec un rapport fixe mais ajustable des monnaies nationales, nous n'en serions pas là.

Après avoir mis la charrue avant les bœufs en créant une monnaie unique les fédérolâtres européistes hurlent : "fédéralisme, fédéralisme, fédéralisme", comme des cabris, comme si plus de poison avait jamais guéri un intoxiqué.  

Une monnaie unique européenne a-t-elle une chance dans un système mondial de changes flottants sans coordination générale et centralisée des politiques nationales de la zone euro ? La réponse est non.

Une monnaie unique européenne a-t-elle une chance dans un système mondial de changes flottants avec coordination générale et centralisée des politiques nationales de la zone euro ? La réponse est aussi non.

Une monnaie unique européenne a-t-elle une chance dans un système mondial de changes fixes sans coordination générale et centralisée des politiques nationales de la zone euro ? La réponse est "probablement pas".

Une monnaie unique européenne a-t-elle une chance dans un système mondial de changes fixes avec coordination générale et centralisée des politiques nationales de la zone euro ? La réponse est "peut-être".

Le coût élevé à tout point de vue de la perte quasi-totale de souveraineté ne garantit rien. A peine un "peut-être" si les autres veulent bien réformer le système monétaire international.

Il valait bien mieux laisser chaque état défendre la valeur externe de sa monnaie dans un système de changes fixes mais ajustables. On aurait aujourd'hui la possibilité de rétablir les différences de compétitivité intra européenne par un réajustement des taux de changes au lieu de chercher indéfiniment à obtenir la même chose par une déflation mortifère.

Pour l'Italie et la France, ce sont des dévaluations de 15  et 12% qui seraient nécessaires, pas beaucoup plus, sachant que l'Allemagne réévaluerait de 10%.  Pour la Grèce, on sait qu'il faudrait plus de 50% de dévaluation, 30 pour le Portugal et 20 pour l'Espagne. Ceci ne serait efficace que si dans le même temps le dollar était légèrement dévalué (environ 7%) et les  monnaies des pays fortement excédentaires  réévaluées (Yuan de 25 à 30% , Won de 15 à 20%).

Ces mesures monétaires accompagnant le passage à un système généralisé de changes fixes mais ajustables par concertation générale, avec surveillance des situations d'excédents ou de déficits massifs par le FMI, est la SEULE chance de voir le monde repartir en croissance effective avec élimination progressive de la dette accumulée.

2007-2012 : déjà cinq ans de panique et de régression globale. Et cette vérité toute simple n'est même pas  entraperçue !  De quoi vont parler les différents G.x qui ont lieu actuellement ? De rien d'utile naturellement sinon des vœux pour plus de flexibilité des changes ! Zeus c'est bien connu aveugle ceux qu'il veut perdre.

Faut- il attendre encore cinq ans de demi mesures et d'expédients pour que le monde comprenne ? Où est-ce la réalité qui par des explosions successives va imposer dans la douleur les réformes nécessaires ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des économsites e-toile



Elections, sociologie et nécessités nationales (2)

La France doit impérativement "dégraisser le mammouth" comme le disait maladroitement le mais de façon imagée le ministre Allègre, et rétablir une balance normale entre emplois marchands et emplois financés par les prélèvements.  

Les populations concernées ne le veulent pas. Les élections actuelles le montrent bien. Elles ont voté massivement pour celui qui annonce qu'il les protégera. Les votes Mélenchon et Hollande sont des votes urbains et concerne des familles dont le revenu est fourni par la collectivité.  En revanche le vote des familles exposées au grand vent de la compétition mondiale, et subissant la crise, ouvriers et paysans en tête, ont voté pour les partis de droite, avec une nuance protestataire de plus en plus marquées dès lors que cette compétition internationale biaisée était plus mal ressentie.

Sans être marxiste la sociologie politique est largement dominée par les structures sociales. Mais la division n'est pas là où on met usuellement la distinction gauche droite.

Lorsque tout va à peu près bien le bloc marchand s'unit et donne la victoire à la droite. Quand tout va mal il se divise et donne paradoxalement la main à ceux qui vont protéger le secteur massif qui lui nuit par l'excès de sa masse et des prélèvements qu'il exige.

Nicolas Sarkozy a compris qu'il fallait réduire tant faire se peut la masse des secteurs non marchands. Derrière la tête de chapitre il n'y a pas eu de gros paragraphes :

- La RGPP était un gratouillis là où aurait fallu une tronçonneuse.

- Le non renouvellement d'un fonctionnaire sur deux était à la fois trop simpliste et mal conçu puisqu'on restituait la moitié des gains potentiels au secteur non marchand. En fait on a donné plus au secteur non marchand que prévu comme l'a reconnu la Cour des comptes.

- On a laissé en dehors du mouvements tout le para étatique et les collectivités locales.

Le résultat est là : tout a continué. Il n'y a pas eu de redressement. Simplement un ralentissement des dérives.

D'autant que derrière l'aspect purement quantitatif des effectifs, il faut tenir compte du niveau des rémunérations. Depuis 1970 le niveau moyen des salariés du public est passé de 15% environ en dessous la moyenne des employés du secteur marchand à 15% au dessus, avec le maintien de l'essentiel des avantages acquis qui se justifiaient plus ou moins du fait de la moindre rémunération moyenne du secteur public.

Les politiques n'ont plus barre depuis l'émergence de l'"énarchie compassionnelle" sur leur secteur public qui vit sa vie, pour son compte en oubliant qui le paie et en l'asphyxiant en faisant croire que les prélèvements sont pour les petits pauvres.   

Appréciation trop générale et arbitraire ? Que nenni ! Prouvons-le sur un exemple récent et en apparence minuscule. Qui sait qu'une "norme" a soudain édicté que les directrices de crèches devaient être classées dans la catégorie A des fonctionnaires. Aucun débat. Aucune publicité. Au nom du compassionnel bobo il fallait pousser à mort la constitution de crèches. Et voilà que l'administration créait une nouvelle catégorie de fonctionnaires à salaire multiplié.  Le coût des crèches publiques est désormais devenu exorbitant. Pour des raisons d'équité sociales on demande leur gratuité. Et voici comment les prélèvements augmentent massivement sans aucun débat public. Tout cela en pleine crise de la dette évidemment.

Des exemples comme celui là on en ramasse des centaines chaque année pour peu qu'on soit au contact des réalités.

Ce qui est vrai dans les régions l'est aussi à Bruxelles. On se souvient que soudain il est apparu avec bien du retard que les fonctionnaires européens s'étaient vu gratifiés d'une hausse massive de leurs émoluments, largement défiscalisés, bien entendu. Cette annonce avait conduit les politiques a faire semblant de dire non. Mais la négociation avait déjà eu lieu et semble-t-il, puisqu'on en parle plus, la hausse  a été appliquée.

 

Pour en terminer avec le candidat Sarkozy, on voit qu'il veut continuer dans la bonne direction mais toujours avec des demi mesures. C'est insupportable pour le gros quart  de la population qui vit directement de l'Etat.  Il prouve qu'on ne pourra pas effectuer de façon graduelle le nécessaire réajustement entre secteur marchand et secteur non marchand.  La Grèce qui s'était laissé aller aussi au développement d'un secteur non marchand délirant, associé à une économie largement "grise", se trouve obligé par la nécessité à réduire dans la douleur et souvent dans l'imbécillité  sa "graisse" publique. Pourquoi dans l'imbécillité ? Parce que ce n'est pas toujours la graisse qui est touchée mais la chair. Réformer dans la panique créée par les marchés financiers est nécessairement un désastre. Il faut réduire à froid et si possible pendant les phases d'expansion : d'où la culpabilité des gouvernements qui ont bénéficié des phases de haute conjoncture internationale et qui ont fait le contraire de ce qu'ils auraient du faire (Jospin et surtout Rocard).

 

La candidat Hollande a choisi de conforter le moloch. On supprime la RGPP. On abandonne la règle du non remplacement d'un départ à la retraite sur deux. On titularise à tout va. On recrute à nouveau massivement dans le fief socialiste de l'EDUNAT. On rassure les régions en leur promettant des ressources affectées et des responsabilités nouvelles. On ment un peu en laissant entendre qu'on stabilisera seulement la part respective des secteurs marchands et non marchands. On supprime l'allégement de charges patronales qui devait redonner un peu d'air aux entreprises du secteur marchand. Une hausse fiscale massive, voire délirante, sur les parties dynamiques et prospères du secteur marchand financera tout cela.

Tout cela est contraire à l'intérêt national bien compris de la France et se heurtera automatiquement à la question de la dette. Quelque soit la tuerie fiscale à laquelle se prépare Hollande, il est impossible de réduire l'impasse budgétaire de 25% environ chaque année depuis quarante ans en maintenant la disproportion caricaturale en France entre secteurs marchand et non marchand.

Hollande est un danseur de corde obèse qui s'arrête lors de la traversée d'un précipice en criant : je ne bouge plus. On lui crie : il faut maigrir un peu. Il ne veut pas et commence à manger le bras qui tient le balancier.

L'ennui du moment tient à l'incapacité du Français à imaginer qu'il danse sur un fil. Aucun des millions de fonctionnaires et de personnels à statut n'a perdu dans la crise.  Toute la charge de la crise est sur le dos des populations qui ne peuvent plus trouver d'emplois et des vaches à lait fiscales, c'est-à-dire le haut des classes moyennes. Les fonctionnaires et les personnels à statut hurlent : "qu'on prenne l'argent des riches et qu'on continue à nous payer et plus vite que cela".

Quand la sociologie urbaine fait apparaître une classe dépendant presque totalement de la dépense publique elle vote en ayant droit pour le seigneur dont la main les nourrit en frappant les manants. L'énarque Hollande a la prime. Il le sait. Son clientélisme est parfait : "je ne vous donnerai rien de plus. Mais je maintiendrai".

Je maintiendrai : une belle devise hollandaise !

Et le taux de prélèvement passera à plus de 46% du PIB, c'est-à-dire plus de 100% de la production marchande française résiduelle, en attendant un miracle une fois que la spoliation de l'épargne des Français aura vidé les dernières réserves.

Cette politique est suicidaire.

La seule solution est dans une économie solide et compétitive. Elle suppose des entrepreneurs, des profits, de l'emploi dans les secteurs marchands. Il faut sortir de l'urgence et cesser de manier l'assommoir sur les boucs émissaires.

Cette politique ne peut malheureusement pas être uniquement "nationale".  Il faut une route pour la croissance mondiale et l'expérience a montré que ses lourds camions ne passent pas sur les passerelles en bambou  et en caoutchouc des changes flottants. Mieux vaut un pont solide qui ne fait pas verser régulièrement les charges dans le vide.

Il faut que sur le pont solide des changes fixes et ajustables, dans le concert des nations, les camions aillent dans les deux sens et avec des valeurs proches. Les déséquilibres doivent être corrigés par des écluses ou des péages comme on voudra.

Malheureusement on voit que ni le monde, ni l'Europe ni la France n'ont encore compris la leçon.

Les anglo-saxons croient au dollar et aux changes flottants. Du coup Cameron se débat dans une récession qu'il a lui-même provoqué. Les Etats-Unis ne décollent pas. Leur système bancaire est en faillite virtuelle. Que la France et les autres grands débiteurs européens viennent à faire défaut, et il le sera de façon formelle.  Leur persistance dans une erreur idéologique et leur aveuglement de puissance ne peut conduire qu'à une grande dépression.

L'Europe des cabris, de la Commission, des eurolâtres, est en capilotade.  Mais elle persiste dans son être : vive les changes flottants ; vive les conventions qui abaissent unilatéralement toutes les frontières de l'Europe. Comme un canard à la tête coupée, la Commission court à toute jambe dans la cour sur la seule force de l'habitude tout en sachant que l'effondrement économique de la zone la remettra totalement en cause. La BCE de Draghi ne sait plus quoi faire et se démène dans l'urgence en violant toutes les règles. Que la France tombe en cessation de paiement, avec le sud de l'Europe, qu'en restera-t-il ? Son énorme bilan est totalement composé de produits "toxiques".

On voit que la France dans ses profondeurs  ne veut pas bouger non plus.

Le monde, l'Europe,  la France, attendent en espérant un miracle une reprise spontanée des affaires comme à chaque fois. Cinq ans déjà ! Le RU, l'Espagne, la Grèce sont en récession franche et nette. Le commerce mondial est arrêté. La panique et les changes libres et flottants rendent impossible l'ajustement des balance des paiements. Le Franc suisse est sous pression. La recherche de la précaution est partout. Mais il n'y a nulle part où se cacher et le fisc prend tout ce qu'il peut.

Quelle est la chance d'une reprise mondiale dans un tel contexte ?

Quelle est la chance d'une reprise européenne entravée par un euro flottant toujours au-delà de cours permettant aux pays de la zone d'équilibrer leurs comptes extérieurs ?  Compter sur la déflation pour rééquilibrer les échanges intérieurs à la zone et les différences de compétitivité, est-ce raisonnable ?  

Quelle est la chance d'une reprise française des affaires si on maintient une dépense publique supérieure à la valeur ajoutée du secteur marchand et des taux d'imposition déments ? On veut rendre l'impôt encore plus progressif. Ce qui veut dire qu'en cas de redémarrage de la croissance le taux de prélèvements AUGMENTERA encore plus que d'habitude étouffant tout espoir de reprise durable.   

Alors on entend la sinistre chanson de la politique du pire. "Ce qui doit arriver arrivera. A l'impossible personne n'est tenu. Quand nous ne pourrons plus emprunter les fonctionnaires ne seront plus payés. Il faudra bien faire quelque chose. La dépense publique devra bien être contenue et les réformes faites".

Illusion. La politique du pire est la pire des politiques.

Qu'on regarde l'histoire récente de l'Argentine. Quand il n'y a plus eu de dollars, on a créé des monnaies fantaisistes, genre "Argentino". L'épargne des Argentins qui n'avait pas fui a été ratiboisée. L'inflation a tout dévasté.  Certes le Campo dans ce désastre général a retrouvé des capacités d'exportation compte tenu des cours très bas d'une monnaie fortement dévaluée. Mais l'Etat était en loque. Les expédients se sont succédés. On a fait défaut sur la dette extérieure transférant la crise vers l'Europe. Merci !  Mais le pays n'a plus de crédit. Alors il a eu recours à tous les expédients. Le plus simple était de voler les compagnies étrangères. Depuis dix ans on les ratisse. La dernière expropriation concerne le secteur pétrolier. L'Espagne ne dit pas merci.  On s'est saisi des réserves de la banque centrale qui maintenant est nue comme un ver.

On nous a dit avec une fougue toute mélenchonesque : "faites comme l'Argentine". Ou "essayez Chavez". Le pire est qu'on y va tout droit. Il ne peut y avoir de fonds de sauvetage comme pour la Grèce. Quand la politique d'immobilisme figé aura échoué, les créanciers seront floués ; une monnaie dévaluée circulera achevant la ruine de l'épargne. Les réserves des la Banque de France seront mobilisées.  L'ennui est qu'il n'y a pas d'actifs étrangers en France à saisir. L'Europe explosera et le monde entrera en dépression.   

Le problème des Français et du reste du monde est qu'Hollande, qui a toutes les chances d'être élu, est un inconnu.  On sait qu'il a l'esprit alerte, le goût des jolies femmes, un solide talent d'apparatchiks, une ambition démesurée.

Mais au fond de lui-même ?  Fils d'un adepte de Tixier-Vignancourt, donc de la plus extrême droite, il s'est dédouané par un engagement socialiste sans faille. S'agit-il d'une faille familiale  lourde de conséquences oiseuses ?  On se souvient de Raymond Barre, fils de failli, en perpétuelle grogne  et incapable de dépasser une haine rance qui imbibait de sarcasmes tous ses propos. S'agit-il d'un opportuniste intelligent et séducteur, habitué à ruser, plus léger et bordélique que véritablement sérieux ? On sait qu'à la Cour des comptes il passe pour un rigolo incapable d'un travail lourd et consciencieux.

Ceux qui l'ont connu comme dirigeant du PS ont vu une anguille capable d'embobiner, de fuir, de se dégager, de n'être jamais pris dans rien. Et une couleuvre fuyant le travail trop lourd et les dossiers trop difficiles. Aucun effort de rénovation du PS, aucune ligne claire. Monsieur nageait et surnageait avec un petit sourire faussement niais.

P'tit gros alopécien,  il a accumulé les succès auprès de jolies femmes qu'il s'apprête à récompenser. Pas mal non ?

Fils de notable d'extrême droite rouennais, le voici en socialiste héritier de Jaurés, Blum et Mitterrand, sans avoir perdu la fortune héritée. Sans jamais avoir travaillé. Pas mal non ?

Il va gagner pour avoir imprimé dans l'esprit public  le retour de la retraite à 60 ans, la protection de la sphère publique, et l'idée que les "riches paieront".

En vérité il a dit tout, sans dire rien, tout en disant n'importe quoi.

Le Hollandisme est un don-juanisme qui ne se donne comme fin que la victoire d'une séduction passagère. En annonçant sa filiation mitterrandienne il en fait l'aveu fort clair.

Il a compris après l'effondrement de son principal concurrent socialiste que les attitudes de Matamore de son adversaire, associées aux ressentiments nés de la crise,  lui permettaient de séduire la belle sans trop avoir à se forcer ni à s'engager.

La bague de fiançailles sera payée par d'autres.

Il pense savoir surnager comme pacsé de la République à force de virevoltes et de belles paroles.

La nation voit arriver un Bel-ami  à tête de notaire rafraîchie et à ventre dukkanisé, l'œil  astucieux et le discours enveloppant, comme le propriétaire d'une entreprise en difficulté voit s'imposer un candidat gendre incertain, pas trop scrupuleux, qui n'a jamais rien prouvé dans sa vie mais qui a des diplômes et de la jactance.

 Seule certitude : cela va coûter cher. Et la faillite n'est pas impossible.

Elections, sociologie et nécessités nationales (1)

Les programmes des deux candidats sont explicites sur au moins un point : ils vont faire exploser le taux de prélèvements. Pour 2016 ou 2017, selon les plans, il dépassera dans les deux cas 46% du PIB.

Le problème est que les Français ne comprennent pas ces deux chiffres et on se garde bien de les déniaiser sur ce sujet.  Si vous leur posez la question ils vous répondront : "42 ou 46 c'est presque pareil ; c'est pas trop grave. Il nous en restera tout de même la moitié".

C'est faux.  Nous l'avons souvent démontré depuis 15 ans avec la fable de l'esquimau. Cela vaut la peine de recommencer de temps en temps surtout en période électorale. .

Un esquimau pêche un poisson dans le trou qu'il a percé dans la glace. Le comptable national local énonce : PIB (en poisson) = 1.

Un type arrive avec un fusil, le braque et lui prend le poisson. Le comptable national énonce :

-Prestation de gestion et de sécurité de l'Etat estimé à son coût = 1 poisson. PIB global 2 poissons (la production du pêcheur et celle du fonctionnaire). Taux de prélèvement = 50%.

Autrement dit quand l'Etat prend tout pour lui-même, le taux de prélèvement est de 50% et non de 100% comme on pourrait le penser et comme la majorité des Français le pensent.

Quand vous augmentez les prélèvements de 42 à 46%, le disponible diminue de 8 à 4% (50-42 contre 50-46) , donc baisse de moitié. Avec les hauteurs de prélèvements que l'on connait en France toute variation de la charge des prélèvements a des effets multiplicateurs terrifiants.

La comparaison entre dépense publique et valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand confirme cette réalité. La dépense publique en 2011   est supérieure à la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand. Cela veut dire que s'il n'y avait qu'un seul impôt; la TVA, le taux devrait être supérieur à 100% pour équilibrer les comptes publics.

Le nœud du problème tient à la part de la production du secteur non marchand (dans la pratique les fonctionnaires et personnels à statuts des services non marchands) dans la production globale. On répute que leur action a une valeur que l'on estime à  son coût, faute d'un marché pour faire apparaître un prix.  L'arbitraire est ici total. Nous l'avons accusé dans notre exemple de l'esquimau  en assimilant l'Etat à un pur prédateur ce qui est évidemment exagéré. Il faut bien voir que si on augmente les fonctionnaires sans changer leur effectif ni leur production, quelque soit ce qu'on pense de cette production, l'augmentation de coût entraîne directement une augmentation du PIB.

Il faut être très attentif à la part de la population active qui se trouve ainsi compter dans le PIB à son coût sans constat réel de la valeur de ce qui est produit. Les pays nordiques redistribuent beaucoup mais conservent une administration peu coûteuse et restreinte. La France redistribue un peu mais surtout sert un énorme effectif de personnels qui ne sont pas dans le secteur marchand.

On aboutit en France à une structure de l'emploi réellement très bizarre, et totalement exceptionnelle dans le monde : 7 millions de personnels à statuts, 7 millions de chômeurs ou de personnes en âge de travailler exclues du marché du travail, 16 millions de salariés du secteur marchand.

Si on compare avec la moyenne des pays de l'OCDE, approximativement car les comparaisons internationales sont très difficiles dans ce domaine, on devrait avoir :

2 millions de personnels à statut (exclusivement dans la fonction publique centrale et territoriale), 25 millions de salariés du secteur marchands et 3 millions de personnes laissées en dehors du marché du travail dans les phases de mauvaises conjoncture.

L'anomalie française n'est pas mince.

Le secteur hors emploi étant largement financé par l'Etat et les personnels dont la production est non marchande aussi,  on voit la pression qui est mise sur le secteur marchand. On demande à un secteur qui emploie 16 millions de salariés de porter l'effort principal du coût de près de 14 millions de personnes.

Ainsi s'explique la hauteur des charges sociales en France et le niveau hystérique des impôts et autres prélèvements.

Ainsi s'explique aussi l'impact de mesures comme les 35 heures. Dans le secteur protégé les 35 heures n'entraînent aucune baisse du PIB bien que la production de service ait baissé de 11%. En vérité on va recruter pour compenser. Il faudra financer cet accroissement. On aura une hausse concomitante obligée du PIB et de la dette. Dans le secteur marchand  elles provoquent une forte hausse des coûts dont une baisse des résultats et des ventes. Pour financer les surcoûts du secteur non marchands on va forcer sur l'imposition du secteur marchand au moment où il se contracte. Compte tenu du volume respectif des deux mondes, l'effet serait massif.

Comme il est impossible de forcer l'imposition sans limite, , on comprend mieux le rôle de l'endettement. Celui de l'Etat français approche des 100% du PIB comme nous l'avions annoncé il y a quatre ans. Pour ne pas voler totalement le revenu des Français l'état a du emprunter à mort. Les particuliers eux ont emprunté environ la valeur d'un an de PIB. Comme les banques et les entreprises ont du faire de même, on voit où l'on en est : dans la quasi impossibilité de rembourser nos dettes.  Ni de maintenir notre pouvoir d'achat si les emprunts régressent ou si leur coût augmente.  

Les Français ne peuvent plus à la fois rembourser leurs dettes privées, rembourser les dettes de l'état et payer les dépenses publiques. Leur impôt sur le revenu paie à peine l'intérêt de la dette publique. On ne parle pas du remboursement du principal. 1700 milliards de dettes ; 180.milliards chaque années  pour renouveler l'en-cours (emprunter pour rembourser les précédents emprunts) et  55 milliards d'intérêts.  Cela veut dire au passage que la maturité de la dette publique française est de près de 10 ans et son intérêt moyen de 2.5% environ. Comme si elle était constituée d'obligations à 10 ans que nous venions de souscrire.  Si on voulez rembourser la dette pour la ramener à zéro, il faudrait tripler l'impôt sur le revenu ce qui est physiquement impossible. On ne parle que de stabiliser la dette, alors qu'il faudrait pour le seul Etat la faire reculer à moins de 60% du PIB pour respecter Maastricht.

Ceux qui croient qu'on pourra  faire cela en comptant soit sur l'imposition des "riches" soit sur des expédients sont des menteurs sans scrupules.

 

La France doit s'interroger sur son modèle  qui a provoqué un chômage structurel par gonflement prodigieux et excessif de son secteur non marchand. Si on prend sur les quarante dernières années la tendance, on s'aperçoit que le nombre des salariés du secteur marchand n'a augmenté que très faiblement (environ 3 millions) et que celui du secteur non marchand a grimpé à peu près du même nombre.  Les deux secteurs se sont à peu près partagé à 50% la création d'emplois.

Le secteur marchand pour supporter le poids du secteur non marchand a du se résoudre à ne créer que des emplois hyper productifs. C'est ainsi que toutes les populations faibles (jeunes entrants sur le marché du travail, femmes, personnes âgées, immigrés)  se sont retrouvées largement exclues de l'emploi ou obligées à un parcours du combattant pour obtenir le droit d'entrer dans le monde des CDI.

Pour corser l'affaire on a abaissé toutes les frontières et obligé le secteur marchand à lutter contre des productions étrangères qui ne supportaient pas les mêmes contraintes. Tout en créant deux bureaucraties nouvelles, les fonctionnaires de Bruxelles et ceux de la décentralisation.

La France doit impérativement "dégraisser le mammouth" comme le disait maladroitement le mais de façon imagée le ministre Allègre, et rétablir une balance normale entre emplois marchands et emplois financés par les prélèvements.  

 

A suivre...

Monnaies et banques centrales

La monnaie s'invite enfin dans la campagne électorale française. Le président sortant, M. Nicolas Sarkozy, a lancé le thème de la réforme de la Banque centrale européenne (BCE) lors d'un discours le 15 avril 2012.

 

Il est vrai que la monnaie s'était invitée dans toutes les pages économiques des journaux de la semaine : nième effondrement boursier généralisé, nouveaux plans de "Quantitative Easing" (cad de création débridée de monnaie banque centrale) aux Etats-Unis, annonce d'un flottement de 1% du Yuan, surveillance du cours du Franc Suisse, testé par "les marchés", critique des pays du sud vis-à-vis de l'hégémonie malsaine du dollar.

 

L'actualité suggère de s'intéresser aux monnaies et aux banques centrales.

 

Il coexiste deux grandes conceptions de la monnaie, depuis l'abolition généralisée  des monnaies métalliques.

 

La première propose que l'on mette en place des "monnaies de confiance" multiples et largement décentralisées dans leur émission et sous la responsabilité pleine et entière de leur émetteur qui peuvent en cas d'erreurs disparaître. L'autre veut que la monnaie soit d'abord administrative, la question étant le mode d'administration.

Il existe dans la société d'échange capitaliste un besoin naturel de disposer d'un instrument qui permette de se procurer des biens et des services sans recourir au troc, de conserver de la valeur (cad du pouvoir d'achat), au moins un temps  et qui assure le moyen de se libérer de ses dettes notamment vis-à-vis des grands prédateurs étatiques.

Les économistes libéraux de la fin du XVIIIème et du XIXème ont glorifié essentiellement l'approche marchande de la monnaie.  En vérité la monnaie est née au 7ième siècle avant JC au confluent du sabre et du goupillon. Avant d'être un instrument d'échange commercial, la monnaie a été "le sang des Dieux" et "le nerf de la guerre". Le mort (voir la cérémonie mortuaire de l'obole sous la langue) et le prêtre, le soldat et la prostituée du temple, virent naître la monnaie bien avant les marchands.

Ils se sont rattrapés depuis.

La première théorie dispose qu'une monnaie ne fonctionne que si celui qui la reçoit croit qu'elle va lui permettre d'en faire quelque chose de valeur au moins équivalente à ce qu'il a cédé.  Toute monnaie est basée qu'on le veuille ou non sur un forme de confiance. Elle est toujours fiduciaire. La confiance est toujours modeste. On sait que le temps est mauvais maître en matière monétaire. Le risque que l'instrument ne serve plus ou perde de la valeur est latent.  On doit confier à des banques décentralisées le soin de fournir les instruments ad hoc sous la forme souhaitable. Cela peut être des billets, ou des comptes.

C'est la confiance des acteurs qui conduira  à  choisir la banque et les instruments de paiements qu'elle propose. Bien sûr le choix se portera sur une banque dont la signature est généralement admise. Une bonne concurrence et la peur de la perte de la confiance régulera l'ensemble.

Si plusieurs monnaies de banques circulent, se pose naturellement la question de leur valeur relative. Comment vont-elles se "compenser" ? Si la confiance est différenciée, il peut y avoir surcote ou décote sur la valeur réciproque des monnaies. J'accepte un virement sur la banque X mais pas à la valeur nominale proposée parce que ma monnaie à moi est plus sérieuse que la monnaie qu'on me propose.

On retrouve la théorie bien connue de Milton Friedman : la monnaie est une marchandise comme les autres. Comme toute marchandise elle a son prix.

Il appartient aux banquiers de réguler leur création monétaire en fonction des vrais besoins rentables. S'ils vont trop loin ils risquent deux tourments : la crise de liquidité (les anciens croyants changent leur préférence et veulent convertir leur monnaie de confiance), la crise de rentabilité (les pertes sur prêts mettent en cause la survie de l'entreprise si le capital n'est pas suffisant pour l'étaler). En fait les deux vont toujours ensemble.

L'ennui c'est qu'il y a un type d'acteur un peu particulier les Etats, toujours impécunieux et toujours à la recherche de ressources nouvelles. Leurs manipulations monétaires douteuses est à la source de la création de la science économique. Il fallait montrer que ces manipulations étaient sans objet.  La valeur réside dans la production pas dans l'instrument qui fluidifie les échanges.

Cette conception s'oppose radicalement à l'existence d'une banque centrale. C'est parce qu'il n'y a pas de filet de sécurité  que la monnaie est gérée sainement par les banques décentralisées. Et l'absence de banque centrale interdit à l'Etat de faire marcher "la planche à billets". Donnez moi une monnaie saine et je vous ferai de la bonne finance.

Ces idées se retrouvent encore aujourd'hui. Glen Paul aux Etats-Unis s'en fait souvent le propagandiste. Il poursuit une longue tradition aux Etats-Unis. L'hostilité à une banque centrale aux y était si forte qu'il a fallu créer la FED au début du 20ème siècle  sous un nom obscur et presque dans la clandestinité.

   

Un système de monnaies multiples, polycentrique,  sans banque centrale, dont la valeur réciproques seraient laissées au marché n'a jamais réellement existé dans les frontières d'une nation. A notre avis il est vain de croire qu'il puisse être mis en place jamais.  L'exemple du Canada (ou de l'Ecosse) souvent cité, revient en fait à un système de banque centrale privée.

 

La raison en est très simple : personne ne veut avoir à manipuler en permanence plusieurs monnaies. Une monnaie l'emporte rapidement sur les autres. L'institut qui le gère devient central dans le système économique et sa défaillance serait  "systémique" comme on dit aujourd'hui, en un mot inadmissible. Pour faire simple on ne peut le laisser faire faillite car alors tous les billets et tous les dépôts libellés perdent immédiatement leur valeur.

 

L'histoire a montré  que tout système bancaire a tendance à créer périodiquement trop de prêts et de dettes, donc trop de monnaie. Le cycle décennal y trouve sa cause principale.

 

Un système de monnaie décentralisée a tendance naturellement à se concentrer et à provoquer des crises. Les dégâts sont trop graves pour qu'on laisse ce genre de fonctionnement perdurer.

 

Au fur et à mesure des crises économiques on a constaté l'obligation  d'unifier l'unité de compte et de créer une monnaie unique permettant la gestion de la liquidité interbancaire  et de faire face à toute crise de liquidité.

 

La création de monnaie de dépôt était laissée libre et décentralisée mais une monnaie banque centrale était instituée, à qui l'émission sous forme de billets, liquidité ultime, était réservée.

 

Tous les systèmes monétaires actuels sont désormais construits sur ce modèle.

 

La banque centrale doit veiller à la stabilité et la sécurité du système monétaire : surveillance des banques ; contrôle de la liquidité et de la rentabilité ; contrôle de la quantité de monnaie en circulation.    

 

On est donc passé d'un système de monnaie de confiance à un autre purement administratif. La monnaie centrale a seule directement cours forcé et peut servir à tout aussi bien aux règlements entre particuliers et entreprises que les paiements de taxes à l'Etat.  Il n'est même plus nécessaire d'avoir confiance : l'usager n'a pas de choix.  Pour obtenir une meilleure traçabilité fiscale le fisc a reconnu et imposé l'usage de la monnaie de crédit émise par les banques. En contrepartie l'Etat a verrouillé largement le système bancaire.

 

Le système des banques de dépôts en France est resté constitué de quelques mastodontes gérés pour l'essentiel par des hauts commis de l'état.  Aucune ne pouvait faire faillite. On séparait clairement le domaine du spéculatif domaine de banques d'affaires qui pouvaient sombrer sans dommage, et le trivial, laissé aux grandes banques de dépôt.

 

Comment éviter que la banque centrale, démembrement de l'Etat, de jure ou de facto, ne fasse tourner honteusement la planche à billets pour ses besoins propres provoquant des comportements contre-productifs des agents économiques? 

 

Jusqu'en 1971, la réponse était simple : la contrainte de change pesait sur les banques centrales et les états. Certes l'étalon or était mort mais il subsistait une forme d'étalon de change or, où le dollar servait de monnaie internationale mais rattaché à l'or.  Chaque état étant responsable de son change, le trésor comme la banque centrale faisait en sorte de ne "pas faire plus de bêtises que les autres".  La tentation de créer de la monnaie banque centrale était contrebalancée par la crainte d'un dérèglement des changes, de l'inflation et du déficit extérieur, entraînant la défiance des marchés et donc des conséquences.

 

Mais voilà que les Etats-Unis commencent à se moquer du lien avec l'or, au point que les autres ne veulent plus accumuler des dollars et demandent le remboursement en or. Ils répondront en interdisant la conversion en or.

 

Le monde s'engouffre dans un système jamais vu : des monnaies administratives émises sans aucune contrainte.

 

On en revient sur une base internationale à la solution qui n'avait jamais marché sur une base nationale : des monnaies multiples dont le cours varie au jour le jour.  Dans ce cas là la monnaie dominante l'emporte. Le dollar l'emporta toujours géré avec la plus folle inconséquence par la banque centrale américaine.  

 

On cherchera à solidifier l'ensemble. On acceptera le flottement des monnaies en contrepartie de l'indépendance des banques centrales. Celles-ci ne devaient plus avoir pour autre boussole qu'une dégradation lente  d'un indicateur de prix.  Le lien avec l'Etat sera coupé. Seules les banques pourront prêter à l'Etat, si tant est que celui ci doive financer des déficits.

 

Lorsqu'on crée l'Euro pour des raisons qui restent encore largement à expliquer, (simple Hubris européolâtre d'un côté ou volonté de contrer le dollar de l'autre, volonté de domination allemande ou désir de l'empêcher), cette doctrine est gravée dans la pierre des traités.

 

La vérité éclatera assez vite : lors que les mouvements de capitaux sont libres  et la finance déchaînées, on assiste à un yoyo général des monnaies  qui transforme l'économie en immense casino. La création monétaire est partout et nulle part. Les changes ne régulent rien  et accroissent les variations. L'instabilité devient de règle. Les banques centrales ne peuvent plus individuellement contrôler la création monétaire : il est toujours possible de chercher de l'argent ailleurs.

 

Les banques ne peuvent pas créer seules la monnaie banque centrale  dont elles ont besoin pour multiplier les crédits mais peuvent moyennant un risque de change s'approvisionner partout dans le monde. Il faut simplement croire que les signatures qu'on échange ont la moindre valeur. Le collatéral prend le dessus. Mais on ne sait plus trop ce qu'il contient.

 

Le système devient instable. Les banques centrales sont constamment confrontées à des crises de liquidité des banques qu'elles surveillent, qui sont si grosses et si opaques qu'elles ne savent pas les contrôler.  Les banques centrales sont comme la psychanalyse : elles ne savent guérir que les maladies qu'elles créent.

 

Il suffit qu'à un seul endroit un délire de création monétaire s'installe et le risque de chaos financier s'installe. Les Etats-Unis ont décidé de jouer à fond la diplomatie du dollar. Sa création monétaire débridée est aggravée, amplifiée par la politique de la Chine et des pays à excédents commerciaux : ils replacent leurs excédents en dollars. Une double pyramide de dettes se crée automatiquement.

 

L'interconnexion des marchés financiers amplifie le mouvement : l'endettement global qui avait baissé jusqu'en 71 recommence à grimper. 150%,200%,250%,300%, bientôt 400%, 700%, 1400% pour certains pays.

 

La catastrophe finale peut arriver après que le trend ait été ralenti et les crises décennales aggravées.

 

Le système de monnaies administratives gérées par des banques centrales censées être indépendantes et  avec un objectif de stabilité des prix, avec des changes flottants sur des marchés totalement libres, a prouvé qu'il ne marche pas. Il n'a jamais marché. Il ne marchera jamais.

 

La fuite devant les monnaies est permanente. Personne ne sait plus ce sur quoi chaque  monnaie de dépôt repose. La défiance se porte sur toutes les banques. Le marché interbancaire se grippe.  La panique règne. Les Etats craignent pour le refinancement de leurs dettes, les banques craignent pour le refinancement de leurs crédits, les particulier cherche à fuir les risques sur les monnaies en allant vers des refuges instables, comme la pierre ou le Franc suisse.  L'urgence devant la méfiance devient la règle.

En fait il n'y a plus qu'une monnaie d'échange dont on cherche à se débarrasser au plus vite contre quelque chose de plus solide.  Sans confiance pas d'expansion du commerce, pas d'investissement.

 

L'urgence ponctuelle devient une urgence permanente et universelle.

 

Les pays qui disposent de leur banque centrale et d'un minimum  de surface peuvent tenir en respect leur créanciers : la banque fournira toujours autant de monnaies administratives qu'il sera nécessaire pour payer les intérêts des dettes régaliennes même si c'est théoriquement interdit. Tant pis pour le cours du change. Il se tiendra si tous les autres font pareils. On voit les marchés financiers triomphants alors qu'ils sont dans le plus total désarroi, les prêteurs ne sachant plus comment récupérer leur argent.  

 

La BCE prive les état de l'Euroland de cette menace. Alors voici les Etats membres pris au piège. Ils ne peuvent qu'augmenter les impôts, choisir la déflation et la rigueur.

 

Ils ont à financer le poids de leurs propres erreurs, celui de la récession et celui du sauvetage de leur secteur bancaire. Ils n'en peuvent plus. Dès que les taux d'intérêt montent ils sont asphyxiés.

 

Alors dit M. Sarkozy il faut que la BCE prête aux Etat, que les marchés sachent qu'ils auront toujours des euros nominaux en remboursement. Mais alors tout le système devient fou : car où serait les limites ?

 

Le modèle de banque centrale de 1973 est cohérent au moins en théorie avec un système de monnaies administratives dont le change fluctue.  Certes on a vu qu'il ne marchait pas. Mais supprimer la règle du jeu n'est un expédient qui se comprend quand on a la menace aux fesses d'une situation à la grecque mais qui n'a aucune rationalité à moyen et long terme.

 

C'est le système global de monnaies administratives à valeur externe dérivante qu'il faut changer.

 

Et il n'y a pas d'autres solutions que de revenir à une système de changes fixes reliés à une base de référence hors de portée des états individuels. L'obligation de tenir son cours de change et ses grands équilibres, pourvu qu'elle soit générale (les Etats-Unis étant tenu de s'y soumettre) suffit pour éviter les trop grand dérapages de crédit.

 

Dans une telle optique la banque centrale est un des organes (n'est qu'un des organes )  qui permettent , en convergence d'objectifs et en union de moyens, de tenir les engagements monétaires externes de la zone monétaire.  Son indépendance n'a plus tellement d'importance.  Elle peut même devenir contreproductive si les pouvoirs de politique économique sont employés de façon incohérente (on l'a vu en France peut avant 1936 où la banque de France faisait tourner la planche à billets pendant que le gouvernement tentait une …déflation).

 

Ce n'est pas du statut des banques centrales qu'il faut parler mais de la réforme du système monétaire international.

 

Des monnaies administratives flottantes gérées par des instituts d'émission dont le seul voyant est l'inflation des prix à la consommation des articles d'un index ne constituent pas une solution sérieuse.   

 

Cela ne marche pas, n'a jamais marché et ne marchera jamais.

 

Delenda est !

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Crise, Etats, Nation.

Nous vivons depuis le début des années 50 en Europe, des années 70 dans le monde occidental et des années 90 dans le monde entier, dans l'idée d'un monde où les nations ne sont plus le creuset de la vie sociale et les Etats des touche à tout dangereux qu'il importe de contenir.

L'Europe de Monnet est une Europe supranationale. La CEE est une organisation où l'on prive les Etats de tout droit d'initiative dans les domaines mis en commun.  On cherche d'ailleurs à les affaiblir en poussant des régions, historiques dans certains cas, totalement artificielles dans d'autres.  Le pouvoir quitte les Etats pour une commission d'experts européistes par construction (ils ne seraient pas choisis dans le cas contraire). Le renoncement à toute volonté nationale est sacralisé comme "devoir européen". Un Parlement problématique sert de caution démocratique à une gestion loin des nations. On gère par la norme. La réglementation est pointilleuse et tombe dans un détail invraisemblable. C'est qu'on a accepté l'intervention des lobbies.  Tout le monde fait ce qu'il veut à condition qu'il respecte la norme.  Un tribunal européen s'inscrit au dessus des nations et de leur souveraineté pour sanctifier la règle et condamner les dérives nationales éventuelles. Il n'y a aucune subsidiarité dans les domaines concédés.

En perdant leur droit d'initiative, les Etats perdent en vérité tout pouvoir puisqu'il ne leur reste que celui de dire non et on ne peut pas dire non tout le temps surtout si la majorité des autres a dit oui.  M. Allègre a parfaitement montré qu'un Commissaire européen pouvait s'assoir sur un projet présenté par la totalité des ministres des états européens et considéré comme très utile par tous les chefs d'Etat.  Résultat les ministres, c'est-à-dire chaque état, regarde ailleurs et attend de voir ce qu'on a concocté en dehors de leur vue.  La nation est totalement laissée hors du coup et ne peut que réagir dans la rue quand elle découvre dans les faits une réglementation conçue ailleurs par des fonctionnaires qu'elle ne peut pas sanctionner.  Les élections au Parlement européen sont organisées pour sanctifier cette dépossession. La proportionnelle intégrale évite qu'il y ait un vote tranché. Les élus se regroupe dans l'assemblée européenne selon des bannières différentes de leur étiquette électorale.

Cette gestion par la norme a été étendue par le traité de Maastricht à la sphère financière. La Banque Centrale Européenne est gérée par des experts sans aucun contact constitutionnel ni avec les états ni avec les nations.  Les états européens ont perdu le pouvoir monétaire et, dans la pratique,  la gestion des changes.

Par une interprétation extensive de la politique de concurrence les fonctionnaires de Bruxelles et de la Haye ont prétendu détricoter toute possibilité rapide de politique fiscale et industrielle. On l'a vu dans l'affaire de la TVA sur la restauration et dans le blocage de la création d'entreprises européennes de dimension mondiale.  Ne parlons pas de l'agriculture.

L'idée européenne est que des individus, jouissant de libertés protégées, les exercent librement dans le cadre d'une règlementation détaillée.  Et adviennent que pourra.

La suppression des changes fixes  et ajustables comme mode de fonctionnement monétaire international, au début des années 70 correspond aux même principes. Les Etats sont contents de se débarrasser de la terrible contrainte des changes. On peut laisser filer les déficits commerciaux et de paiements. En vérité ils se sont débarrassés en même temps de leur souveraineté. Les conditions de leur compétitivité seront dictés désormais par "les marchés".  Certes comme pour l'Europe, on a défini des règles et des organismes pour les élaborer ou les faire respecter. Mais c'est une gestion par la norme sans le pouvoir étatique pour les faire respecter.  La liberté totale des mouvements d'hommes, de marchandises et de capitaux tournent automatiquement à la foire d'empoigne. Plus personne n'est là pour corriger des déséquilibres dangereux. Ceux-ci peuvent exploser à l'envie.

On peut voir cette organisation comme le triomphe des droits de l'homme. Après tout chaque homme a un droit naturel au monde et à faire ce qui lui plait dans le cadre des règles.

On peut aussi la voir comme un complot des plus forts pour imposer leur pouvoir aux Etats et au monde, sans être sous la pression des peuples et des nations.

Dans un cas comme dans l'autre la crise démontre au prix fort que cette forme d'organisation est impossible en cas de crise systémique, d'abord parce qu'elle en permet l'émergence, ensuite  parce qu'elle ne permet pas d'y faire face et enfin parce qu'elle crée la condition de mouvements de foule populistes qui peuvent transformer en drames le conflit entre peuple et marchés.  

Il faut acter la réalité des Etats.  La politique européenne ne peut pas s'imaginer et s'exercer en dehors des Etats.  La norme n'est pas tout. Il faut le pilotage. Et le pilotage ne peut pas être confié soit à personne soit à des fonctionnaires ou des experts, la facture étant présentée aux peuples sous forme de chômage et d'impôts .

Le salarié qui perd son emploi, l'entrepreneur qui perd son entreprise, l'épargnant qui perd son épargne, le retraité qui voit son niveau de vie altéré parfois gravement, ne se sentent en aucun cas responsables de la crise. Ils la subissent sans la comprendre. Les gouvernements n'ont d'autres moyens d'action que la fiscalité. Ils assomment les citoyens parce qu'au fond ils ne savent plus faire que cela, tout le reste leur étant interdit, y compris celui de "faire de la dette" en distribuant des amusettes électorales.

Le grand débat aujourd'hui n'est pas de renoncer aux droits de l'homme, à l'idéal européen, à l'ouverture du monde.  Il est d'en fixer les conditions d'exercice. On connait désormais ces conditions.

Il faut d'abord créer les conditions monétaires d'un échange équilibré à long terme entre les nations.  Ceci ne peut se faire que par des accords de responsabilité des Etats sur des taux fixes et ajustables des monnaies.  Redonner une responsabilité aux Etats dans ce domaine entraîne par capillarité une reprise en main totale des mécanismes économiques, qu'il s'agisse des mouvements de personnes, de biens ou de capitaux. Certes il faut continuer à promouvoir des normes communes mais tout dérapage sur les comptes extérieurs doit être rattrapé.  

Dans un monde de changes fixes mais ajustables les structures de l'Europe paraissent totalement décalées : il n'y a pas de pilote dans l'avion. L'illusion d'une gestion par la seule norme éclate au grand jour. S'il doit y avoir une gestion pluri-étatique des grands équilibres, elle ne peut se faire qu'en responsabilité. Les instances de pilotage commun doivent dépendre directement des chefs d'états et des instances intergouvernementales. La Commission doit être laissée totalement en dehors du coup. Il ne s'agit pas de priver les Etats de leur prérogative mais d'agir au jour le jour avec le contrôle du peuple et non d'une instance judiciaire. Les schémas européistes repris par Mme Merkel sont inopérants.

Bien sûr il y aura de facto des limitations apportées au mouvements de personnes, de marchandises et de capitaux. On sera obligé de gérer des écluses à chaque fois que nécessaire.  Et alors ?

La crise force automatiquement à repenser l'organisation mondiale du commerce et des monnaies. Elle force automatiquement à repenser les institutions européennes. Non pas par l'abandon des principes mais par le retaillage des modalités et en basant l'ensemble sur la responsabilité des Etats et le pouvoir d'adhésion des peuples et pas seulement des individus.

Ce que montre les présentes élections présidentielles ce sont des tiraillements en ce sens. Les foules dans la rue trahissent la volonté des peuples de ne pas être totalement impuissants dans un misérabilisme consterné et délétère. L'échec des écologistes trahit le rejet d'une gestion par la seule norme poussée aux extrêmes. Le renversement des équipes en place est de règle depuis 1974. Le peuple français ne veut pas de dirigeants élus impuissants. Le peu d'appétence pour Hollande ou Sarkozy traduit bien ce rejet de l'impuissance hâbleuse d'un côté, de l'impuissance couleuvrine de l'autre.

La crise réhabilite automatiquement les Etats et mobilise les nations.

La difficulté c'est qu'enserrés dans des traités et des habitudes, les élus sont strictement incapables de tenir un langage cohérent et crédible dans la reconstruction d'un monde qui ne peut plus être fondé sur la seule norme et le laisser faire, laisser aller de forces internationales incontrôlées.

Qui est capable de porter le projet d'une réforme du système monétaire international ? Qui est capable de porter le projet d'une réforme profonde de la gouvernance de l'Europe ?
 
Nicolas Sarkozy a largement compris ces nécessités. Il s'est tapé contre les vitres de verre pendant cinq ans comme une guêpe prise au piège. Mais on voit l'extrême limite de son discours en la matière. On ne peut pas proposer un nouveau Bretton-Woods et dans la même phrase indiquer que le dollar conservera ses privilèges et que les changes seront flottants.  On ne peut pas dire qu'on a créé une gouvernance européenne économique alors qu'on a signé un traité purement déflationniste qui laisse  les états encore plus impuissants qu'avant.  Il s'est cassé les dents sur ces contradictions. François Hollande a-t-il seulement des dents ? Les habiletés tactiques d'un apparatchik de parti socialiste lui permettront sans doute d'atteindre la présidence, de confier le Parlement à la mère de ses enfants et la mairie de paris à une ancienne bonne amie.  Mais où sont ses idées, ses leviers, ses plans pour résoudre les difficultés évoquées ?

Jamais crise n'aura autant parlé sur ce qu'il faut changer et jamais elle n'aura révélé l'absence d'hommes d'état capables de porter les nécessaires changements.

Il faudra donc attendre encore les malheurs provoqués par la pesanteur des choses pour que cela bouge.

Une politique du pire per abstentio. La pire des pires politiques.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Un grand discours de campagne ? Presque !

Le discours de Nicolas Sarkozy à Villepinte est, enfin, un grand discours de candidat aux présidentielles.

La phrase clé :

 

"Entre les scènes nationale, européenne et mondiale, il n'y a pas de cloison".

 

Nous ne cessons ici de répéter que les crises françaises, européennes et mondiales sont strictement emboîtées et qu'il est totalement vain d'essayer de résoudre l'une sans s'attaquer aux autres.

Ce n'est pas par l'électoralisme, l'attitude politique qui consiste à acheter des clientèles électorales avec des promesses qui parfois risquent d'être tenues, et l'accumulation d'opérations "image" ou de catalogues de mesurettes que l'on pourra dessiner un chemin de sortie de crise aux Français. Ce n'est pas non plus en stigmatisant des boucs émissaires.

Tout candidat crédible doit tenir un discours qui dégage des politiques permettant de traiter en même temps les difficultés apparues dans les trois sphères.

Oui, l'absence de système coordonné en matière monétaire permet à quelques grandes puissances de commettre des abus dangereux qui ont été à l'origine de la crise et qui demeurent, faisant courir les plus grands risques pour bientôt.

Oui face à ces abus et leurs conséquences, une gestion européenne par la norme en fonction d'une idéologie simpliste n'est qu'une impuissance dangereuse. Il faut des organes exécutifs et un pilotage très proches des gouvernements et des parlements nationaux capables de réagir vite. La zone Euro est actuellement un déni d'organisation sérieuse.

Oui la France ne peut pas être empêchée de mener des politiques adaptatives par des organes de contrôle européen qui laissent jouer les autres grandes puissances à leur guise en Europe. 

Le monde doit coopérer, l'Europe doit revoir sa gouvernance, la France est impuissante à agir seule si les deux préalables ne sont pas levés mais garde encore quelques leviers qu'il importe d'actionner avec la vigueur nécessaire.

Une personne intelligente et sympatique étant celle qui pense comme vous, nous aurions la plus grande mauvaise foi à  ne pas saluer ce passage là du discours de Nicolas Sarkozy.

Celà dit, il reste à savoir si le  Nicolas Sarkozy qui "a appris", a compris dans le détail ce que cette triple politique implique.

Il voit bien que la crise est mondiale, mais où sont les causes ? En parlant de plusieurs crises successives, il masque l'unité fondamentale des évènements qui viennent de se produire et suggère qu'il n'a pas vraiment compris ce qui s'est passé. La ficelle de propagande est un peu voyante (le héros a terrassé plusieurs Gorgone ; il est plus fortiche que s'il en avait terassé une seule). Mais l'impuissance intellectuelle est flagrante.

Il remet en cause les manipulations monétaires. Mais il ne dit pas l'essentiel : il faut aller vers un système de changes fixes et ajustables étalonnés sur une valeur externe indépendante des banques centrales. Mais à ce moment là la taxe sur les mouvements financiers n'a plus d'intérêt technique et apparait pour ce qu'elle est : une pompe de plus dans la poche des Français.

Il remet en cause la gestion par la règle qui prévaut en Europe avec des politiques confiées à Bruxelles qui les exerce contre les Etats et de façon idéologique, avec la complicité bienveillante de la Cour de justice.  Mais il faut dire quels organes on veut mettre en place pour obtenir quels résultats avec quels moyens. Là c'est le silence.

Peut-être que la fin de la campagne nous éclairera-t-elle...

Pour la France le candidat est singulièrement muet. Certes on vise l'équilibre budgétaire en 2016, en continuant les réformes.  Très bien. Mais jusqu'en 2016 les budgets vont continuer à être déficitaire et la dette va arriver aux 100% du PIB que nous craignons depuis le début.  On voit qu'il va y avoir un tour de vis fiscal. Mais la réduction de la dépense publique est évacuée. Où sont les nécessaires "commissions de la hâche" ? On note avec plaisir qu'une des voies que nous avons évoquées sur ce blog (la réduction du coût des institutions démocratiques notamment par réduction des postes d'élus)  apparait dans le discours. Mais il en faudrait 20 comme cela.

La nécessaire réconciliation de l'Etat avec les "forces vives" qui nous parait indispensable n'est même pas évoquée.

Monsieur Sarkozy voit bien les têtes de chapitres. Son problème est la déclinaison qu'il en fait ou qu'il n'en fait pas. Sa candidature, dans le contexte sondagier hyper négatif, est peut-être la manifestation ultime du "complexe de Zorro" diagnostiqué par M. Allègre. Mais son approche va au fond des choses. Les solutions aux difficultés qui nous assaillent  sont presqu'exclusivement collectives. Un plan français interne ne suffit pas.

Pour avoir une crédibilité internationale il faut s'appuyer sur un corps d'analyses extrêmement solides qui puissent être partagées.  Quand on n'a pas le pouvoir suprême d'imposer il faut convaincre. Faute de proposer avec l'appui des experts un corpus indiscutable et partagé, Nicolas Sarkozy en est réduit à menacer :" je ferai si vous ne faites pas".

 

L'ennui avec le candidat François Hollande est qu'il a choisi une tactique du silence, où des catalogues de mesurettes catégorielles d'inspiration électoraliste jouent le rôle de cache-sexe troué d'une stratégie pour la France non exposée sinon inexistante.  Pas un mot sur la mondialisation, pas un mot sur l'Europe. Et sur la France, malheureusement, une mesure symbolique qui va directement à l'encontre de ce qu'il faudrait faire. 

Il sait avec Mitterrand, qu'on ne sort de l'ambiguité qu'à son détriment. Il devrait aussi remarquer que le silence est peut être d'or mais pas le vide, même s'il est tactique. Le Président de la 5ième République est nécessairement un stratège.  "Tactique sans stratégie et stratégie sans tactique  ne sont que ruine de l'armée" disait Bonaparte.  

Hollande a gagné jusqu'ici la vaine bataille de la tactique électoraliste. Mais il n'a développé aucune idée claire sur sa stratégie pour la France dans les trois domaines mondial, européen et français. Il serait bon qu'il le fasse désormais. On peut craindre que bien installé avec près de 10 points d'avance dans les sondages au second tour, il trouve astucieux de n'en rien faire.  Dommage ! Avant dommages.

Sarkozy gagne actuellement la bataille stratégique mais risque de tout perdre par une tactique incertaine, brouillonne et parfois révulsive.  Il serait bon qu'il réagisse dès maintenant. Va-t-on contre son tempéramment ?

La campagne a fait à Villepinte un saut qualitatif. Espérons que  ce n'est qu'un début. Pour être au niveau des exigences, il reste encore bien du travail. 

Aux deux candidats principaux, il reste à définir dans leurs grandes lignes  à la fois une tactique et une stratégie gagnante pour la France (pour eux mêmes on s'en fiche un peu, il faut bien le dire !) dans le monde où nous sommes.

Avec un degré de précision qui permet l'analyse et le pronostic du succès.

On est loin du compte.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

 

 

 

 



L'Europe déraille. La France s'éteint.

Les années trente avaient déjà montré qu'en cas de crise économique durable les élections aggravaient la situation et retardaient les solutions.

Nous voyons en temps réel la confirmation de cette triste règle.

L'Europe n'arrive pas à sortir de l'urgence. Pendant que la Banque Centrale Européenne achève son plan de sauvetage des banques et des états, avec la création de 1.000.000.000.000 d'Euros de monnaie centrale (une paille !),  la zone entière entre en récession.

Le plan de Mme Merkel et de M. Sarkozy de renforcement de la discipline budgétaire que deux pays ont déjà refusé est un peu plus fragilisé par  l'annonce d'un référendum en Irlande.  Le candidat français favori des sondages au second tour a déjà annoncé qu'il en demanderait la renégociation et qu'il ne le ratifierait pas.  Il n'est plus sûr  que les élements constitutionnels qui doivent être acceptés par le Parlement français soient votés.

L'idée allemande qui veut que la monnaie unique suppose non pas des institutions de gouvernance unique mais une austérité unique est incompatible avec l'appel aux électeurs.

Le plan de "sauvetage" de la Grèce, (on sauve le système bancaire grec, largement possédé par des banques étrangères)  qui a déjà coûté quatre années de récession et un appauvrissement dramatique du pays, est menacé par les élections grecques. Personne ne croit plus qu'il sera réellement appliqué.

Comme nous l'affirmons depuis quatre ans, la banque centrale ne peut à elle seule, sortir de la crise. Et l'Europe n'a aucune politique économique, aucune politique monétaire, aucune politique commerciale extérieure et aucune politique de change commune. La "gestion par la règle" est une ineptie. Il faut un pilote dans l'avion commun. Ou alors il faut revenir à des politiques nationales intégrées.
 
Quant à la France ! On sait qu'elle souffre d'un délire chronique de dépense publique associé à ses deux conséquences, un endettement massif et une névrose fiscale tournant à l'hystérie permanente.  Malgré tous les ouvrages qui depuis  trente cinq ans expliquent que les politiques français conduisent le pays dans le mur, malgré des institutions qui devraient  responsabiliser les dirigeants en les forçant à assumer leur démagogie donc à la maîtriser,  la campagne électorale pour les présidentielles françaises marque un dévoiement  inoui.

Désormais on cherche de façon explicite à "acheter" des cohortes d'électeurs en leur proposant quasiment de l'argent liquide et comme ces "cadeaux au peuple" ne suffisent pas  on fournit de la haine à consommer de suite, sous forme de stigmatisation fiscale ou autre de minorités.

Au delà de l'abjection morale et civique que traduit cette évolution méphitique,  on voit se profiler un n'importe quoi économique qui va rendre toute sortie de crise impossible.

Cette crise demandait dès 2008 que les grands pays se concertent pour mettre fin aux changes flottants et à l'absence de système monétaire international, afin de coordoner l'élimination du surdendettement global par une croissance concertée. Les théories dominantes et les intérêts nationaux mal compris ont interdit cette inévitable solution qui avait pourtant montré sa pertinence dans le passé. 

Sur un fond monétaire mondial stabilisé et orienté vers la croissance, l'Europe aurait pu mettre en oeuvre des plans de gouvernance raisonnables sans obliger tout le monde à une austérité intenable.  On a choisi la panique et le n'importe quoi tout en laissant la BCE arroser les banques.  Aucune confiance n'a été rétablie et la perspective de l'éclatement de la zone n'a jamais été si grande.

La France aurait pu à son tour mettre fin à sa névrose fiscale par des réformes simples mais efficaces orientées toutes vers la croissance et l'élimination des excès perpétuels de ses politiques en matière de dépense publique.

On voit qu'on en est à proposer de taxer marginalement les revenus à près de 90% rien qu'avec les deux impôts les plus faibles en matière de rendement !  On surenchérit dans le confiscatoire en espérant quoi ?

Le monde  en crise durable et sans espoir, l'Europe en voie de dislocation, la France réduit au niveau du Zimbabwe de Mugabé ou du Vénézuela de Chavez, voilà  où on en est après quatre ans de sottise et d'aveuglement général.

Qu'on ne nous dise pas que ce n'était pas prévisible !

Que la France est moche dans cette Europe zombie et ce monde sans direction !  La campagne électorale actuelle, un combat de nains démagogues entourés de clowns grotesques,  marque sa disparition comme nation qui compte. 

Quelle tristesse pour notre génération qui aura vu le suicide d'une grande nation !

Le Français né malin est en train de mourir de bêtise. 

RIP.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Une erreur ancrée dans la population

On sait que nous sommes favorables depuis des lustres à ce qu'on appelle la TVA sociale (ou TVA anti délocalisation) et que nous essayons de populariser ce concept depuis 1977 en public. A cette date nous étions bien seuls. L'application de la solution par les Allemands et quelques autres a fini par changer la donne. Aujourd'hui peu de personnes ayant quelques compétences dans ce domaine la rejette.


En revanche, l'opinion publique, les médias et ce qu'on sait des réactions populaires critiquent la TVA sociale au prétexte qu'il s'agirait d'une simple augmentation des impôts et d'une perte immédiate de leur pouvoir d'achat.

Il faut dire qu'ils ont quelques raisons de se méfier des prétextes donnés par l'Administration pour charger la mule un peu plus.      

Au-delà des aspects psychologiques ou politiciens il est tout de même important d'aller au fond des choses. La TVA sociale est-elle inflationniste ou plus inflationniste que toute autre solution fiscale ?
Il va de soi que la TVA sociale va grever les produits qui sont importés et qui ne souffrent pas de la concurrence des productions françaises (15 à 20% de la consommation).

Il faudrait avoir la foi chevillée au corps pour croire que cela va permettre une production en France (créée ou relocalisée). Une hausse de quelques % de la TVA ne changera rien dans ce domaine. Ce qui a été perdu est probablement perdu pour longtemps. Est-ce que cela changera les prix ? La réponse est non pour tous les produits technologiques dont la tendance est à la baisse (ordinateur, téléphone, etc.). Sauf dans les segments où la compétition est faible, la politique des prix n'est pas déterminée automatiquement par la TVA.  On dira : qu'est-ce qui vous permet de l'affirmer ? Un fait tout simple : la variation des changes. On sait que les changes varient constamment et dans des amplitudes qui n'ont rien à voir avec une hausse de quelques pourcent. L'effet théorique sur les prix est donc bien plus fort que ne le serait la hausse de la TVA. On l'a vu avec la baisse de l'Euro qui a dépassé 10% ces dernières semaines. Effet prix : zéro !  Les politiques de prix sont établis dans la durée en fonction de la concurrence et de mille facteurs. Le marché est constamment alimenté en nouveaux produits et les prix de ces nouveaux produits sont gérés dans une optique purement marketing.  Une hausse de TVA de moins de 2% n'aura exactement aucune influence.

Pour les produits fabriqués en France, il faut regarder l'ensemble du prix de revient. Si on considère que le coût salarial est d'environ 66% de la valeur ajoutée, avec un partage 50/50 entre salaires nets et charges, les charges sociales représentent 33% de la valeur ajoutée. La TVA même augmentée ne dépassera pas dans l'hypothèse Sarkozy 22%.  Cela veut dire que l'impact sur le prix des charges est moitié supérieur à celui de la TVA.


Lorsqu'on augmente les charges patronales le bon peuple croit que l'on pique l'argent aux propriétaires. Lorsqu'on augmente la TVA il croit qu'on le lui pique à lui.  En vérité les deux assiettes jouent exactement le même rôle : ce sont des charges de productions qu'il faut amortir d'une façon ou d'une autre dans les prix.  Il vaudrait évidemment mieux augmenter la TVA de 10% que les charges sociales du même taux ! L'impact sur les coûts serait moitié moindre et celui, potentiel,  sur les prix également diminué. 


Cette idée qui ressort de l'arithmétique élémentaire n'est pas comprise.
Si on remplace euro pour euro une charge sociale patronale par une TVA, l'effet global sur les coûts est nul. L'effet prix est nul. 


La situation est différente si on diminue les charges salariales contre une hausse de TVA.  Les salariés profitent d'un avantage mais les entreprises doivent gérer une hausse des coûts. Il y a pression sur les prix.  Au total les non-salariés transfèrent du pouvoir d'achat aux salariés. Où est le logique économique et même sociale ? Il vaudrait mieux que les hausses de salaires soient gagées sur une hausse de la production et des profits.


La pression sur les prix est sans doute  la raison pour laquelle le candidat Sarkozy propose de financer la mesure par une hausse de la CSG.  Mais là le transfert des non salariés vers les salariés est évident.


Pour mesurer l'effet prix de la TVA sociale il faut également tenir compte des circonstances. Aujourd'hui nous luttons contre la déflation et le niveau des prix est contrôlé par la banque centrale dont c'est la seule mission. Une hausse de TVA contre une baisse des charges patronales n'aura aucun effet significatif sur les prix quelque soit l'importance du transfert.


La vraie question est plutôt de savoir si les mesurettes envisagées auront un effet quelconque sur l'emploi.  La réponse à court terme est non.  Il aurait fallu déplacer toutes les charges patronales, sauf celles relatives à la retraite et aux maladies professionnelles, vers la TVA.  Lorsque la TVA était à 15.6%, le passage à 21,6% en réduisant d'autant (en valeur) les charges patronales, aurait eu du sens.  On a préféré comme toujours en France augmenter la TVA inlassablement 16.6, 18.6, 19.6, 20.6 puis faire un retour inopiné vers 19.6, une grave erreur au demeurant, toujours sans aucune contrepartie.


Résultat, la France est bloquée pour faire des réformes significatives.  On fait donc avec la TVA sociale un tout petit pas dans la bonne direction, avec des effets bénéfiques très dilués dans le temps et très modestes en volume.


La France doit diminuer d'environ 10 points de PIB sa dépense publique. Pas la stabiliser.  A partir de là les réformes d'assiettes pourront avoir un effet. Sinon on fait de l'irrigation en période d'inondation, ou de la politique politicienne, comme on voudra.


En attendant espérons que les médias cesseront de laisser croire qu'une hausse des charges patronales est neutre au point de vue prix alors que la TVA serait hyper sensible sur ce même indicateur.


Surtout quand les candidats se livrent à une sorte de compétition dans l'exonération ciblée des charges patronales sans jamais préciser la ressource de substitution. Jusqu'ici toutes les exonérations ont été financées par la dette…
Il est vrai que  M. Hollande hier à la télévision a évoqué une tranche de 45% à l'IR sur les riches et de 75% sur les super riches. Il ne fallait pas laisser le terrain de l'hyper démagogie fiscale  à un certain M. Mélenchon, candidat d'un Front de gauche comprenant les communistes, ni même à M. Sarkozy, ci devant homme de droite anti élite, qui propose de donner du pouvoir d'achat en taxant les revenus de l'épargne.


Comme si les électeurs pouvaient croire qu'il allaient s'enrichir sur le dos de quelqu'un maintenant qu'ils savent qu'ils ne pourront pas s'enrichir par le travail pendant de longues années !


Jamais campagne électorale n'aura été plus sinistre et plus injurieuse pour l'intelligence française. On stimule la haine en comptant sur l'ignorance.


Que fera-t-on lorsque les conséquences seront là ?


On le sait. On mentira.

Que faire d'autres ?

Jusqu'ici ce sont des mensonges par omission. On oublie de dire aux Français les vrais taux de prélèvements pratiqués. On oublie de dire aux Français qu'il manque 10 millions d'emplois salariés. On oublie de dire aux Français que la dépense publique est supérieure à la totalité de la valeur ajoutée du secteur marchand. On pleure simplement sur les conséquences en prétendant les régler en aggravant leurs causes.


Pauvres Français, figés dans le mensonge et l'auto mutilation  fiscale comme un papillon épinglé, et qui à qui quelques abjects politiciens  veulent faire croire  qu'ils voleront quand eux-mêmes voleront un peu plus  d'autres Français en leur nom ! 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Le bilan de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy est depuis ce soir candidat à sa réélection comme Président de la République Française. Il est naturel de tirer le bilan de sa mandature. Nous ne cherchons ici qu'à juger la partie économique.

On pourrait se contenter des résultats constatés en fin de mandat en terme de chômage, 10% de la population active et à peine 16.000.000 de salariés actifs (sur 65-66 millions de résidents, soit à peine 25% de la population…), d'endettement public, qui se rapproche des 100%,  de commerce extérieur, fortement déficitaire, de budgets  étatique ou sociaux, toujours fortement déficitaires, de part de marché mondial, en régression, de taux d'insertion des jeunes, calamiteux.

En face de ce désastre on peut citer que les banques ont résisté, sauvegardant l'épargne des Français, qu'il n'y a pas eu de véritable plan de rigueur avec même une hausse du revenu des personnes au travail. Ce n'a pas été le cas partout.

Mais après quatre ans de crise ouverte, nous entrons à nouveau en récession.

Compte tenu de la crise mondiale qui a frappé fort les économies depuis 2007, il s'agit d'un bilan navrant mais dans la bonne moyenne. Il y a fort à parier que le débat électoral verra les oppositions évoquer le bilan "inexistant" et les gouvernementaux mettre en avant cette bonne moyenne.  Et tous deux auront raison en même temps. La situation est navrante et les gouvernements français de M. Fillon ont géré la crise avec prudence en aboutissant à des résultats qui sont loin d'être pires que ceux de nos voisins d'économie comparable.

La vraie question est plutôt de savoir si on aurait pu faire mieux et précisément comment. Pour cela il faut une grille d'analyse de la situation économique en 2006 et analyser si les questions pendantes à ce moment là ont commencé à connaître un début de réponse. Après tout, si malgré la crise mondiale, on avait réellement progressé dans la résolution de difficultés récurrentes, ce ne serait déjà pas si mal. Si en plus on avait traité aussi bien les causes que les conséquences de la crise, ce serait parfait. L'état de l'économie ne serait sans doute pas excellent mais au moins on aurait fait au mieux et préparé l'avenir.

Qu'espérer de plus d'un président ?

 

Quels étaient les défis connus en 2006 ?

Pour la France :

- Structurellement la France était bloquée par un excès majeur de dépenses publiques. Cet excès avait comme corollaire  une fiscalité excessive, pouvant dépasser 100% du revenu des contribuables, et portant beaucoup trop sur l'entreprise, perpétuant un capitalisme sans capitaux et avec des capitalistes stigmatisés et tentés par le départ. 

Il était indispensable d'arrêter l'arrosage général de subventions aussi bien en terme de budget national, de budget des collectivités locales, que de budget de la sécurité sociale. Et réformer la structure fiscale à la fois pour éviter des exactions dommageables et une sous-compétitivité permanente.

- Politiquement l'optique du "ni ni"  poursuivie par Chirac faisait que toutes les mesures malthusiennes qui s'étaient accumulées depuis trente ans,  notamment les 35 heures, la pénalisation totale de la vie de l'entreprise, l'accumulation des règlementations tatillonnes, la rigidité invraisemblable des relations sociales, se conjuguaient pour rendre extrêmement difficile l'investissement et l'embauche. La sanctuarisation des "avantages acquis", notamment en matière de retraites, le refus de toutes réformes d'envergure "du fait de la fragilité du tissu social français" créait des situations intenables, alors qu'on avait sous traité à l'Europe les relations économiques extérieures et que l'Union avait quasiment supprimé toutes les écluses vis-à-vis des concurrents du monde entier.

On demandait à un obèse entravé de gagner les jeux olympiques.

Pour l'Europe.

Il était clair que la vision opérationnelle était celle d'une Europe lavette ne prenant parti sur rien et zone d'ajustement de toutes les pressions des autres. L'Europe empêchait mais ne stimulait point tout en mettant tout le monde sous le feu de règlementations tatillonnes en internes et laxistes s'agissant de l'entrée de produits et de services provenant d'ailleurs.

La grande difficulté était surtout les défauts de la gouvernance de l'Euroland. Le système mis en place était une gestion par la norme sans aucune instance de pilotage et d'ajustement aux conditions extérieures ou intérieures. Tous les avertissements donnés lors de la campagne de Maastricht avaient été repoussés du pied.  Les politiques en étaient à rire des contraintes du traité et proposaient de s'en affranchir gaiment, notamment M. Sarkozy en tant que Ministre des Finances.  L'inconscience en matière de gestion d'une zone monétaire unifiée était absolument totale aussi bien dans le monde politique que dans la presse, en dépit de la poussée de "nonisme" qui avait entraîné le blocage du projet de "constitution".

On sentait bien que le monétarisme absolu intégré dans les statuts de la Banque Centrale Européenne, avec un objectif exclusif de stabilité des prix d'un panel de produits de consommation,  associé à une ouverture totale des frontières aux mouvements de capitaux, de marchandises et de personnes, laissait entrevoir bien des difficultés.  Mais l'Euro "nous protégeait" et il n'y avait rien à redire, rien à analyser, rien à faire. Les divergences de compétitivité à l'intérieur de la zone n'étaient jamais évoquées. Chacun faisait ce qu'il voulait.

Rétrospectivement le refus absolu de réfléchir sur la question du mode  de gestion d'une zone monétaire unifiée alors que les politiques restaient totalement libres sauf deux objectifs statutaires portant sur les déficits publics et l'endettement global, reste ahurissant. Toute critique était considérée comme indigne et son auteur voué aux gémonies. Pauvre Maurice Allais  qui avait osé à pas d'âge lancer d'ultimes avertissements !   

Ce blocage intellectuel n'était cependant rien devant le néant absolu de la réflexion sur les défauts du système monétaire international. Là on est dans le monde du tabou invincible. Le système des monnaies administratives gérées par des banques centrales indépendantes et dont la valeur respective serait déterminée par les marchés financiers libérés de toutes entraves en dépit des différences de systèmes et de politiques, était bon et le seul bon. Il était hors du champ de la critique et de la réflexion. Chacun faisait ce qu'il voulait et que le meilleur gagne, étant bien entendu que le dollar était la monnaie mondiale et que la FED considérait que le "benign neglect" était la bonne attitude à avoir.  

Ce système de cinglés avait comme conséquences, visibles comme le nez au milieu de la figure, une baisse du trend de croissance mondial et une amplification massive du cycle quasi décennal, amenant des crises périodiques dont chacune était "la plus grave depuis 1929" (74,92,2009). Il permettait par le mécanisme de la double pyramide de crédits une hausse permanente dans les pays développés du taux d'endettement global vis-à-vis du PIB. On avait passé les 200% puis les 300% et on commencait EN MOYENNE à atteindre les 400%, certains pays aventureux caracolant bien au-delà.

Pendant 10 ans de 1997 à 2007 nous n'avions pas nous-mêmes cessé de crier casse cou haut et fort, annonçant que la crise à venir serait extrêmement sévère car cette situation était impossible à maintenir. Mais là, rien à faire.  La France des économistes officiels était muette. Le monde anglo saxon avait imposé son credo. La presse refusait tout article sur le sujet. Le système monétaire international était une vache sacrée, chiante et compliquée de surcroît. Silence.

Au total on demandait aux entreprises françaises de financer un état obèse, alors qu'elles étaient entravées de partout, dans un système européen ouvert à tous les vents mais sans réflexion ni politique autre que monétariste, aboutissant à une Euro surévalué empêchant largement la croissance, dans un système monétaire international fou et conduisant le monde à une crise majeure, mais chut il ne fallait pas le dire.

Honnêtement une telle conjonction n'offrait à aucun candidat en 2006 des perspectives affriolantes. Impuissants intellectuellement et pratiquement sur les deux aspects les plus graves, la réforme de la gestion de l'Euroland et celle du système monétaire international, il ne leur restait guère qu'à libérer un tant soit peu la France du fardeau de ses dépenses publiques et de ses blocages,  à mettre fin aux situations intenables et à accroître sa compétitivité, tout en se préparant à une crise très dure.

La France a choisi celui qui lui proposait la "rupture".

Au terme de son mandat, sur les trois terrains de jeu, français, européen et mondial, quel aura été l'impact de Nicolas Sarkozy, compte tenu qu'il n'a pas voulu voir venir la crise et qu'il devra s'y adapter en urgence ?

Le système monétaire international n'apparait dans le champ de vision de Nicolas Sarkozy qu'en septembre 2008, alors que le blocage du marché monétaire date de fin juillet 2007. Comme la majorité des analystes il ne comprend pas ce blocage. C'est une crise américaine qui restera cantonnée aux Etats-Unis.  Pas la peine de s'en préoccuper, même s'il ya des effets de bords pour les banques et les épargnants français.  La brusque réalisation en septembre 2008 qu'on est à la veille d'une crise majeure le pousse, justement, et avec une rapidité d'analyse qu'il faut louer, à créer le G.20 et à demander un nouveau "Bretton-woods".

Mais ce ne sont que des mots. Il n'a pas de projets réels de transformation du système des monnaies administratives et des changes flottants. Privé de doctrine son discours flanche dans le moralisme à trois sous : la finance c'est mal ; il faut changer les règles comptables, la rémunération des traders et le rôle des agences de notation. Haro contre les paradis fiscaux ! Sus aux vilains. Il rend les armes sur les trois questions clefs :

- le rôle du dollar et du "benign neglect"

- les mercantilismes chinois et allemands

- la liberté absolue des mouvements de capitaux et les changes flottants.

Finalement le G.20 choisira le statu quo et l'espérance que la crise se résoudra toute seule avec les moyens classiques (plans de relance et laxisme monétaires des banques centrales). Nicolas Sarkozy endosse cette politique.

C'est la cause principale du fait que nous sommes toujours en crise et que nous abordons la quatrième année avec la perspective d'une nouvelle récession.

On peut choisir deux explications : Sarkozy n'a rien compris ; il a compris mais il n'a rien pu faire.

Admettons qu'il n'a pas aidé par ceux qui auraient du lui fournir une armature théorique et pratique solide. Le FMI a été au dessous de tout. Dominique Strauss-Kahn était manifestement surévalué comme économiste. Il a montré dans l'affaire une incompétence effarante qui, personnellement, ne nous a pas surprise : depuis des lustres à chaque fois qu'une grande sottise économique a été annoncée, ce garçon était pour,  voire à son initiative ! La réputation économique de ce Monsieur nous a toujours paru totalement étrange. Il n'a pas vu venir la crise ; il ne réagira que très tard ; il ne proposera rien d'utile et surtout il ne donnera pas au monde le canevas essentiel qu'aurait été un bon diagnostic et une cap.

Quant aux autres économistes officiels français, ils n'ont pas vu venir la crise et ils en sont resté pendant des mois à l'idée qu'on ne leur avait pas dit combien les subprimes étaient oiseuses. On leur avait tout caché à ces malheureux. Le résultat ils ont chanté la fausse chanson : c'est la faute à Wall Street ; c'est la faute aux subprimes. Comme s'il était difficile de voir qu'avec 400% de taux d'endettement global vis-à-vis du PIB, une masse énorme de dettes était privée de toute réalité économique et qu'elle s'effondrerait avec la puissance d'un tsunami !

Oui il y avait bien tabou et blocage intellectuel général. Constatons que Nicolas Sarkozy n'a rien fait pour lever ces blocages bien qu'il en ait été averti (nous avons écrit en ce sens au Président de la République en juillet 2009 ! ). Il devrait réaliser maintenant où cela l'a mené et il gagnerait à ramasser le flambeau maintenant qu'il est à nouveau candidat. M. Guaino, pourriez vous faire quelque chose en ce sens ? Je sais, c'est emmerdant...  Mais vous auriez pu prendre date dès 2009 et vous auriez de meilleures armes pour infléchir la politique internationale dans ces domaines si NS était réélu !

L'Europe sera comme le système monétaire international un désastre intellectuel doublé d'un désastre pratique. Pendant deux ans on croit à l'Elysée que l'Euro nous protège. On se félicite de ne plus avoir de Franc qui aurait été balayé dans la tempête de septembre 2008 provoquant une hausse terrible et probablement insurmontable de la dette étrangère, convertie en Franc. Le défaut de paiement était possible. Vive l'Euro !   On relance, en déséquilibrant massivement des comptes publics qui l'étaient déjà lourdement,  et on sauve les banques en cautionnant leurs dettes les plus dangereuses. La BCE lâche suffisamment de liquidité pour passer un temps le "crédit crunch" provoqué par l'effondrement du système international de dettes qui s'était mis en place. Mais on ne voit pas qu'on a ainsi rendu extrêmement vulnérable la dette d'état qui gonfle de façon telle qu'un doute s'installe sur son caractère soutenable.

C'est d'autant plus étrange que la crise dite  "grecque" a commencé dès 2009. Alimentée artificiellement par l'Europe depuis des années, la Grèce, pays sans Etat et sans moralité publique, fondée sur les clans et la culture des "coups", où l'industrie est très faible et le clientélisme clanique très fort, vit à crédit depuis 1981. Tout le monde, à commencer par les fonctionnaires, s'est gobergé sans limite. On a multiplié les salaires, les avantages, les droits acquis. Merci l'Europe, merci les financements internationaux créatifs. La Grèce est KO et en grand danger de faire défaut. 

On mettra tout de même deux ans à constater que les statuts de la BCE ne permettent pas de financer des états, que la devise de la Grèce ne peut être dévaluée. Le seul chemin qui reste est la récession contrôlée, une déflation sévère avec remise en cause radicale de toutes les fausses "avancées" arrachées pendant 20 ans de tricherie généralisée. Trois ans après on en est encore à discuter de l'ampleur du défaut déguisé en "hair cut",  et à faire admettre aux Grecs l'amère potion, condition d'un financement de sauvetage.  

Et la France, comme la Grèce, le Portugal, l'Espagne, et l'Italie se trouvent exactement dans le même cas.  En cas d'asphyxie du refinancement, la dépression  est la seule voie.

Que faire ? Réformer la zone Euro ? Constater que son organisation est fautive ? Remettre en cause les statuts de la BCE ? Admettre l'exclusion de la Grèce et éventuellement du Portugal  de l'Euroland ? Les milieux européistes ne le veulent pas. L'Allemagne ne veut pas payer et demande un renforcement des corrections  d'attitudes et de pratiques dans les pays en cause.  La France, donc Nicolas Sarkozy, refuse de prendre la tête d'une croisade qui démontrerait que la voie proposée est sans issue. Il emboîte d'autant plus vite le pas de l'Allemagne que la note de la France est en cause. Elle sera finalement dégradée. 

Nous en sommes à essayer de sacraliser un nouveau traité marqué par la rigueur et les promesses de vertu avec sanctions internationales à l'appui.

Le bilan est tragique.  Voici la France à la remorque de l'Allemagne, sommée de trouver des dizaines de milliards pour sauver l'idée européiste de la monnaie unique et sans aucun levier pour faire face aux conséquences de la crise : la BCE ne s'occupe toujours pas des Etats et la gestion externe de la valeur de la monnaie échappe à tout le monde. 

Quant au nouveau candidat Sarkozy  à part crier Vive l'Euro, vive la BCE et vive les changes flottants que peut-il dire ? La question de la gestion de la zone monétaire unique est posée. Sauf dans le débat présidentiel, sinon, jusqu'ici, par des candidats marginaux. Celle du système monétaire international ne l'est par personne. C'est encore plus simple. Et on s'étonnera que la crise dure !  

Reste la France.

Nicolas Sarkozy aurait pu et du prendre dans le domaine fiscal les mesures qu'au fond tout le monde attendait de lui et qui n'auraient pas générer plus de criailleries que celles qu'il a du entendre.

Il fallait :

- faire la paix avec les entrepreneurs et les Français fortunés en :

               - supprimant l'ISF, en le remplaçant "franc pour franc" par une ou plusieurs tranches surtaxée de l'Impôt sur le revenu.

               - faisant revenir en France les capitaux qui avaient fui depuis 1981 grâce à une très large amnistie et une taxation non spoliatrice (on attire pas les mouches avec du vinaigre), le terrain étant dès lors clarifié pour permettre à la, Suisse et d'autres paradis fiscaux de sortir dans l'honneur de leur secret bancaire abusif.  

Au total le trésor s'y serait retrouvé et le terrain du financement de l'entreprise aurait été nettoyé.

En matière de compétitivité il fallait :

- Transférer sur la TVA l'essentiel des charges sociales (autres que celles correspondant à un revenu différé), le solde étant prélevé sur les revenus de l'épargne directement ou via la CSG.

Il ne fallait évidemment pas diminuer aussi drastiquement la TVA sur la restauration ni détaxer les heures supplémentaires, deux mesures absurdes qui n'ont pas eu d'effets significatifs sinon celui d'accroitre la dette, avec un solde nul en matière de chômage.

Le pari de "ne pas augmenter les impôts" était, avec la crise, une gageure. On le fera hypocritement via des dizaines de taxes nouvelles, en associant la réforme du RMI avec une création d'un impôt nouveau sur les recettes des placements (3.5 milliards d'Euros de recettes annuelles !),  et en 2011 on finira par  lâcher tout avec des hausses directes de TVA et de l'impôt sur le revenu.

Au final lorsque les comptes de 2012 seront définitifs, on constatera que le taux de prélèvement n'aura pas diminué d'un poil de pourcent et qu'on a retrouvé les hauteurs phénoménales et intenables de 2000.

Le quinquennat fiscal de Nicolas Sarkozy aura été d'abord un leurre puis un échec cuisant.

Côté dépenses, le bilan de sa gestion n'est guère plus favorable.

Au lieu d'attaquer les abus et les inconséquences à la hache d'abordage, on a opté pour la RGPP. Nous avons écrit dès le premier jour que c'était insuffisant. Cinq ans après on voit bien que même s'il y a eu des économies, même si des tabous sont tombés, comme celui de la réduction des effectifs publics, on n'a pratiquement rien gagné.

La machine à arroser a fonctionné à plein dès la première demande. Les marins souffrent ? Arrosons. Les journaux souffrent ? Arrosons. Etc. La dépense publique est toujours à 56% du PIB, ce qui est extravagant. Elle dépasse toujours la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand. Même avec une TVA à 100% on ne couvrirait pas les dépenses !

Quant aux grandes réformes, on voit qu'elles ont toutes été des demi mesures.

Oui il fallait unifier les conditions de retraites. On l'a fait à moitié en alignant celles des anciennes sociétés nationales sur la fonction publique qui elle-même a perdu quelques privilèges particulièrement douteux.  Mais pourquoi n'a-t-on pas unifié réellement toutes les conditions ? Pourquoi conserver des privilèges pour les personnels non exposé à la compétition mondiale ? Les accords partiels obtenus ont de toute façon été l'occasion de marchandages occultes qui ont parfois aggravé les coûts !

Oui il fallait retarder l'âge de départ à la retraite ou tout du moins le nombre d'annuités pour partir en année pleine. Mais pourquoi avoir frémi : il fallait aller à 67 ans dès le départ pour tous.

Sur les 35 heures que de palinodies ! Il fallait revenir à 40 heures immédiatement surtout dans le secteur hospitalier.  Au lieu de cela !

Pour le reste des dizaines de réformettes ont été faites qui ont eu un effet très limité, souvent du fait des conditions de leur négociation. La réforme de la carte judiciaire a fait droit à tellement de demandes qu'elle coûte probablement plus cher que le système précédent.

Quant aux grands abus, on s'est bien gardé de les attaquer de front (dockers, ouvriers du livre, intermittents du spectacle, absentéisme monstrueux dépassant 30% dans certains organismes publics ou administratifs, comme à la Direction du Patrimoine…).

Le refus de mettre un terme à la gabegie dans les finances des collectivités locales qui se sont livrées, l'exemple de Paris étant le plus délirant, à des recrutements inutiles et souvent maquereautés, et à des dépenses sans rapport avec la croissance du pays, est également une faute impardonnable. On dira que les textes ne le permettaient pas. Et bien il fallait proposer de nouveaux textes.

Au terme du quinquennat de Nicolas Sarkozy la France se retrouve Gros Jean comme devant. La réforme fiscale reste à faire ; le dégonflement de la dépense publique reste à lancer sur des bases sérieuses ; l'élimination des abus les plus manifestes est toujours dans les limbes ; les réformes à moitié faites restent à finir.

On dira que ce faisant les deux gouvernements Fillon ont évité une récession qu'une politique à la Cameron aurait rendu quasi certaine dans le contexte général de crise. Ce n'est qu'à moitié vrai. On aurait pu aller beaucoup plus loin dans la réduction des dépenses publiques qu'on ne l'a fait sans que cela ne se ressente en négatif sur la croissance très faible que l'on a connue et dont une trop grande partie est le seul fruit d'un accroissement de la dette.

Que conclure ?

Ces cinq années n'ont pas été totalement perdue pour la France. Les erreurs "actives" de Sarkozy sont toutes réversibles sans grands dommages et ont commencé à être corrigées. La crise a eu sa pédagogie : la dépense publique a tout va c'est fini. Il faudra bien persister dans les réformes.

La France a été en fait gérée avec douceur, surtout à partir de 2009. L'essentiel de l'action gouvernementale a visé à calmer la panique et à permettre de surmonter sans trop de casse les effets successifs de la crise.  On a préservé les banques et l'épargne globale des Français. On a évité des paniques pires.  On a maintenu par la dette un niveau d'emploi bas mais pas plus bas que d'habitude malgré la sévérité de la crise (on avait dépassé les 10% en 93). Les transferts sociaux n'ont pas été touchés.  Les salaires ont été maintenus.

Ces résultats sont notables mais largement artificiels et intenables car trop liés à l'emprunt et à la dette et pas assez fondé sur l'activité fondamentale des entreprises et de leur compétitivité.

Intellectuellement et pratiquement les défauts du système monétaire européen et du système monétaire international ne sont pas en voie de réforme ni même malheureusement en voie d'être compris.  Les blocages intellectuels demeurent.

Le navrant constat est qu'en 2012 les mêmes questions qui étaient posées à la France, à l'Europe et au monde en 2006 le restent à peu près dans des  conditions aggravées par la crise.

On a vu que le programme de M. Hollande n'abordait aucune de ces questions. L'organisation de l'Euroland ? Connait pas. La réforme du système monétaire international ? C'est quoi cela ?  Réduire les dépenses publiques ? Non ! Réformer là où c'est le plus criant ? Pas du tout. Revenir à une fiscalité efficace, rationnelle et favorable à l'emploi ? Jamais ! C'est presque pire que Ségolène Royal.

On verra celui du candidat Sarkozy. Mais honnêtement, si on commence par un referendum pour contraindre les chômeurs à suivre une formation,  on peut se tapoter le menton.

Les Français sont certainement très malins, mais la France, décidemment est mal partie (comme l'Europe d'ailleurs et un monde dominé par les changes flottants et la guerre des monnaies).



L'explosion de la "pensée magique"

Les campagnes électorales sont ainsi faites. Les arguments les plus irrationnels sont employés sans pudeur. Qu'on affirme n'importe quoi pendant ces bacchanales n'a pas d'importance sauf si on constate qu'un argument erroné se fixe dans l'esprit public  et  risque de polluer longtemps l'action publique et de bloquer indéfiniment  des solutions utiles.

On l'a vu avec l'ISF, mesure stupide, qu'on n'a jamais osé supprimer depuis 25 ans.

On l'a vu avec les 35 heures, mesure stupide, qu'on a jamais réussi à supprimer depuis 15 ans.


Dans le passé on avait eu le blocage des prix, mesure stupide qui a duré des décennies avant d'être supprimée, on espère sans espoir de retour, le blocage des loyers, l'autorisation administrative de licenciement etc.

A chaque fois on bloque, on confisque, et la mesure se retourne contre tous par un effet pervers imprévu.

Ou alors on lâche des libéralités qu'on ne parvient plus à contrôler : intermittents du spectacle, RMI, gratuité du petit risque  etc.

L'intérêt général passe par des idées justes. 


On dira : où serait le plaisir de la démocratie, la loi du plus grand nombre, si le plus grand nombre ne pouvait pas se faire plaisir sur le dos du plus petit nombre, en particulier la tranche des plus fortunés ?

On aurait raison.

La démocratie réussie reste l'art de ne pas tuer la poule aux oeufs d'or et de ne pas faire mal au plus grand nombre en essayant de nuire à des minorités.  Ce qui suppose un minimum de réflexion collective.  Puisque le terme de populisme revient à la mode, tentons cette définition : en démocratie le populisme est l'attitude qui consiste à faire croire au plus grand nombre qu'il tirera un bénéfice durable des exactions menées contre une minorité ou que des gratuités non finançables pourront être indéfiniment multipliées sur le dos des autres .

 
S'il était possible de tirer un bénéfice durable des exactions commises contre des minorités, il y a longtemps qu'il n'y aurait plus de minorités.  Les régimes qui s'y sont essayés s'en sont tous mal trouvés.

Notons que le concept de corps social qui implique qu'une société forme un tout et qu'il est peu expédient pour le bras de s'en prendre au pied, pour l'estomac de s'en prendre au coeur, à la colonne vertébrale de s'en prendre au cerveau, ou toute combinaison qu'on voudra,  est tout sauf récent.  Les maladies les plus graves de la démocratie sont toujours "auto-immunes".

Une conception veut qu'au fond tout est permis en période électorale et que l'élu, en général  en France un énarque, sera raisonnable une fois au pouvoir, le haut fonctionnaire étant par nature soucieux au plus haut point et lui seul de l'intérêt général. En gros : les propos attrape-couillons n'engagent que ceux qui croient. Ils ne sont pas graves pendant les campagnes électorales car on sait que ceux qui y ont cru seront de magnifiques cocus.  Tous les ethnologues savent que les sociétés les plus corsetées  ont besoin de soupape où tout ou presque est permis. Un court instant.

Permettre à la bêtise et à la violence de s'échapper, après tout pourquoi pas ?  On connait cette île où coexistent depuis la nuit des temps deux tribus en détestation permanente. Une fois par an la guerre est déclarée. Et s'arrête au premier mort, la famille du mort étant prise en charge à vie par la communauté après de très belles fêtes, fort émouvantes.

Oui mais voilà : la gueule de bois suit la fête et comme nous l'avons vu bien des mesures absolument contraires au bien commun ont été prises qu'il a été très difficile de supprimer.  Ces mesures soit proposent de fausses solutions qui se retournent contre leurs bénéficaires théoriques, soit bloquent des solutions qu'il aurait fallu prendre absolument mais qui sont devenues tabous dans l'imaginaire politique.

Serait-il donc donc du devoir des experts d'alerter sur les erreurs qui se retrourneront contre leurs auteurs même en période électorale, même si le risque est alors d'entrer dans des polémiques sans fin ?

Finalement, et à regret, nous ne le pensons pas.  Il faut laisser à la pensée magique et aux passions diverses  l'occasion de se déchaîner.  Les discours  sur la tempérance n'ont pas de sens lors des fêtes de Bacchus.

Cette élection est bien partie pour être un grand cru  question exaltation de la sottise. Haro sur les riches, haro sur la finance, haro sur l'Europe, haro sur les immigrés,  haro sur les fonctionnaires ! Et tout cette hargne et ces mauvais sentiments fonderont des opinions pour lesquelles un simple coup de doigt règlera toutes les difficultés pourvu qu'il fasse du tort à quelqu'un d'autre.
Les Français se sont largement mis dans la nasse eux-mêmes. On voit qu'ils sont strictement incapables d'annuler les mesures  qui les y ont précipités ou d'envisager celles qui leur permettraient d'en sortir. 

Mais les plus grosses difficultés sont extérieures : défauts de construction de la zone Euro,  système délétère des changes flottants.  Leur faiblesse leur interdit tout langage ferme dans le concert des nations pour faire changer les choses.  Ils n'ont d'ailleurs aucune idée des mesures qu'il faudrait prendre.

Ils ne sont pas responsables de la crise européenne et mondiale. Mais rarement les a-t-on vu si peu aptes à affronter la tempêt

e, compte tenu de l'épaisseur des semelles de plomb dont ils se sont affublés.
Rappelons que lors de la crise de 1929 c'est la France qui a payé le coût le plus élevé à la crise : la récession lui a coûté autant que la guerre de 14-18  et sa place de première puissance mondiale (qui se rappelle aujourd'hui du rang qui fut celui de la France ?).  Si le Français, né malin comme chacun sait, ne comprend pas qu'il ne peut pas aujourd'hui sombrer dans le populisme et la pensée magique, alors il finira de sortir de l'histoire.

Par la petite porte.  La porte grecque. 

A moins qu'on ne mérite un Chavez qui lui achète directement l'électeur. 

Après tout, au point où on en est.



L'effondrement du Baltic dry index

Le Baltic dry index qui donne le coût du frêt est passé d'un plus haut de 12800 à 647, soit une baisse de 95%.

La reprise qui s'annonçait a été cassée et désormais tout est à l'arrêt côté commerce international. 

On dira : l'index n'a plus de valeur. La production massive de "freighters" en décalage avec la conjoncture a créé un marché du frêt en crise de surproduction de moyens de transport. Les cours ont de ce fait cessé d'être significatifs.

Nous pensons que cette explication est fausse. Il a bien arrêt du commerce mondial. Cet arrêt est l'explication majeure de l'effondrement de l'indice. Les difficultés du transport maritimes se retrouvent dans le transport par avion. Les compagnies fragiles font faillite les unes après les autres.  Le blocage de la croissance dans les pays en développement en Afrique et en Amérique du sud n'est pas un mythe.

Comme en automne 2008, le commerce international est bloqué par les différentes incertitudes financières et la rétractation des politiques des Etats, y compris celle que l'on constate en Chine.

Tous ceux qui croyaient trouver de la croissance dans les pays en rattrapage sont obligés de tourner les yeux vers les Etats-Unis. Une légère reprise y a lieu. Mais elle est financée à nouveau par des déficits extérieurs et intérieurs.

Les schémas déflationnistes, l'absence de réelle coopération internationale, le désordre des changes flottants, ont bloqué la reprise modiale des affaires.

La masse des dettes accumulées dont chacun sait qu'elle n'est pas totalement remboursable pèse sur tous les marchés.

La machine s'arrête.   



Un vent mauvais électoral en France

Un mauvais vent souffle sur les élections présidentielles françaises

La crise économique date de la fin juillet 2007 avec le blocage du marché interbancaire et la prise de conscience progressive que toutes les banques et d'une manière générale tout le système financier mondial portaient un niveau de dettes sans rapport avec le niveau PIB mondialni avec sa croissance.  L'endettement global des pays occidentaux était passé de 200 puis 300 et enfin 400% du PIB. Ces taux sont incompatibles avec un remboursement assuré. La crise de liquidité cachait une énorme crise de solvabilité. Celle-ci éclata avec la faillite de Lehman Brothers. Le blocage bancaire entraînera un "credit crunch" phénoménal et la plus grosse récession depuis 1929. La récession à son tour mettra les Etats en déficits massifs générant massivement de la dette publique par transfert partiel des dettes bancaires vers le contribuable, par application de plans de relance et par le jeu des pertes de recettes.

La solvabilité des  Etats s'est retrouvée en première ligne, accusant la différence entre ceux qui disposaient d'un soutien de leur banque centrale  et ceux, notamment tous ceux de la zone Euro, qui n'en disposaient pas. Les premiers ont fait tourné la planche à billets à haute dose pour se refinancer. Les autres se sont trouvés bien dépourvu. La seule solution pour eux était la déflation et éventuellement la faillite, selon la force de leur économie, le niveau de leurs dépenses publiques et la structure de leur endettement.

Pendant ce temps là le commerce international devenait totalement chaotique et dépendait uniquement des spasmes des politiques publiques de la Chine et des Etats Unis.

En dépit des plans de relance engagés en 2009-2010 aucune reprise durable n'est parvenue à s'enclencher.

Le cas de la France est emblématique. Pendant toute l'après-guerre elle a choisi de faire porter sur la production l'essentiel des impositions. A partir de 74 elle se met à accroître massivement ses dépenses publiques et ses prélèvements. Elle fait grimper à toute vitesse ses minima sociaux notamment le SMIC. Le septennat de M. Giscard sera essentiellement un septennat fiscal avec une telle hausse de la dépense publique que l'endettement public décolle. La folie du "programme commun de gouvernement" proposé par l'union des gauches communistes et socialistes casse la croissance française. Il n'y aura plus de croissance forte en France qu'associée à des périodes de hausse encore plus forte de la conjoncture internationale (à peine 4 ans sur trente ans). Les entrepreneurs se voient prélever entre 75 et 100% de leur revenu. Les fortunes commencent à quitter le pays. L'investissement s'effondre.

Les élites socialistes décident néanmoins  d'accepter la compétition mondiale et se rallient à la mondialisation financière et commerciale proposée par les pays anglo-saxons et  l'Europe. Les exigences déflationnistes de la construction de l'Euro, la dislocation du bloc communiste, la conversion de la Chine et de l'Inde à l'économie de marché, provoquent des mouvements contradictoires mais qui, tous, touchent la France.

La France a cessé d'être compétitive en Europe. Elle ne l'est plus du tout dans le monde. Son industrie est entravée. Son Etat est grossièrement dilaté et dépense près de 56% du PIB, PIB qui comprend pour partie les dépenses du secteur public ! En fait l'Etat français dépense plus que la valeur ajoutée de son secteur marchand…une totale folie. 

Après trente ans d'errances de ce genre, les résultats sont là :

- le chômage est devenu structurel et il manque près de 10 millions d'emplois salariés en France. Dix millions ! 

- L'industrie perd des centaines de milliers d'emplois depuis 2000 et les lois Aubry.

- Les entreprises françaises sont absentes de la plupart des nouveaux marchés. Un capitalisme sans capitaux et bientôt sans entrepreneurs ne peut pas triompher !

- Le commerce extérieur français s'embourbe. Les parts de marché à l'international régressent constamment.

Dès la fin des années 90 les grands choix de la France sont connus :

- il faut réduire de 10 points de PIB la dépense publique

- il faut transférer les impositions de l'entreprise vers la consommation.

- il faut mettre fin à des "cadeaux sociaux" gagés sur rien : augmentation de la durée du travail et abandon de la mesure folle des trente cinq heures ; retraite à 67 ans ;  suppression des privilèges aberrants de la fonction publique et de certaines catégories de la population (intermittents du spectacle, salariés d'EDF, de la SNCF, de la RATP, des chantiers navals, dockers, ouvriers du livre,  parlementaires, fonctionnaires, personnels excessifs des collectivités locales, …).

- il faut arrêter d'"arroser" de subventions tous les secteurs économiques : presse, spectacle, agriculture, pêche, transport, énergie, etc. 

Il le faut d'autant plus que ces réformes sont faites à l'étranger notamment à l'intérieur de la zone Euro, par exemple  en Allemagne confrontée à l'intégration de la partie orientale a été ruinée par quelques décennies de communisme.

Après que le gouvernement Jospin ait achevé de bloquer l'économie française, le gouvernement Chirac pratique le "ni ni".  Nicolas Sarkozy est élu sur la promesse de la rupture. Il ne l'a fait pas. La crise est là.  La dégringolade commence, symbolisée par la perte du triple AAA par une agence de notation, la mise en remorque de la France derrière l'Allemagne, la prise de conscience qu'une évolution à la grecque est possible en France. 

Et voici venir des élections présidentielles essentielles. 

Les Français et la France ont-ils compris ce qui leur arrive ?

Le slogan des socialistes est clair : on fera payer la crise aux riches. Un mouvement de fuite des classes possédantes se déclenche, de la même ampleur qu'en 1981. Ces familles ont fait leur calcul : ils paient entre 75 et 100% d'impôts. On veut leur prendre environ  10 points de plus. Cela les laissera avec entre 15% et -15%  de ce qu'ils gagnent.  Ils partent. Normal.

De toute façon ils savent que Nicolas Sarkozy n'a même pas eu le courage élémentaire de supprimer l'ISF et les 35 heures,  de mettre au pas les collectivités locales, ni de mettre fin autrement que par des mesures d'apparence, aux excès de la gestion publique.  Ils savent que la phraséologie de gauche lui sied dès qu'il est en besoin de recettes fiscales. Présenté comme "le président des riches" il est devenu le président méprisé des riches tout en restant méprisé à gauche pour son style et les aberrations "bling bling" de son début de quinquennat.

Quels sont les thèmes électoraux  qui se dégagent ? 

- "Produire français".  Ce slogan est vide de sens dans un monde où la sous-traitance est généralisée et où les composants de la plupart des produits proviennent en majorité de l'étranger, européen ou extra européen. Bien sûr il faut égaliser la compétition en évitant de charger notre production de contraintes tout en acceptant qu'elle soit concurrencée par des produits qui ne respectent pas ces contraintes. Bien sûr il faut mettre fin aux baisses volontaires de devises de pays concurrents, bien plus anticoncurrentielles que les écarts de coûts de production.  Mais le protectionniste n'est pas la solution. Il porte atteinte au moteur de notre future croissance. Ce sont nos entreprises capables d'affronter le monde qui seraient pénalisées dans l'espoir insensé de sauver nos industries dépassées. Une folie absolue.

- "Sortir de l'Euro". Ce slogan est tout aussi  vide de sens. Au point où on en est il est impossible de revenir à un Franc gaulois sans faire défaut sur toutes nos dettes en Euros et en devises étrangères. Faire faillite n'est pas le solution. Tout du moins pas encore. Il y a d'autres voies. La première est évidemment la réforme de l'Euroland et des mécanismes de l'Union Européenne. Elle doit être associée à une action  vigoureuse de l'Union pour la réforme du système monétaire international.

La France malthusienne, cartellisée, assommée de prélèvements, envahie par la dépense publique, et incapable de se réformer, est mal partie.

Croire qu'elle va s'en sortir en "faisant payer la finance" ou "en faisant payer les riches", ou en sortant de l'Euro, ou en mettant en place un protectionnisme fort, est une illusion.

Si l'élection présidentielle conforte ces illusions La France est sur le chemin de la décrépitude et de la marginalisation définitive.

On dit : la France ne voudra pas de Margaret Thatcher ! La France n'a pas besoin d'homme providentiel ! La France n'a pas besoin de croquemitaine !

On veut dire : pitié monsieur le bourreau encore un instant avant le grand saut.

Ce sont des pleurnicheries grotesques.

Il faut retrouver un avenir, disposer d'un horizon. On sait ce qu'il faut faire. Il suffit d'avoir le courage de le faire.

Mais oui il faut casser les reins aux dockers qui ruinent consciencieusement nos ports depuis des décennies. Et alors ?

Mais oui il faut supprimer toutes les subventions à la presse et casser les reins aux ouvriers du livre. Et alors ?

Mais oui il faut contrôler la dépense publique dans les régions et les collectivités locales. Et alors ? 

Mais oui il faut que la croissance des recettes  publiques soit strictement limitées à celle de l'économie, en tenant compte du cycle économique. Et alors ?

Mais oui il faut que l'âge de la retraite pour tous, dans un cadre unifié, soit portée à 67 ans. Et alors ?

Mais oui il faut supprimer la couverture publique du petit risque. Et alors ?

Mais oui il faut réduire le nombre de députés, de sénateurs, de conseillers régionaux, de conseillers départementaux, de conseillers municipaux. Et alors ?

Mais oui il faut revenir au 40 heures. Et alors ?

Mais oui il faut renoncer à subventionner aussi massivement le secteur de la culture et mettre fin au statut des intermittents du spectacle. Et alors ?

Mais oui il faut réformer les subventions agricoles. Et alors ?

Mais oui il faut fiscaliser les recettes des comités d'entreprise et contrôler leurs dépenses. Et alors ?

Mais oui il faut transférer sur la consommation les prélèvements qui touchent la production. Et alors ?

Mais oui  il faut renoncer à mille subventions tout en fusionnant mille autres afin de les réduire et de les contrôler plutôt que de les accumuler. Et alors ?

Mais oui il faut supprimer l'échelon du département. Et alors ?

Mais oui il faut provoquer un choc fiscal en supprimant l'ISF en contrepartie d'une hausse temporaire de l'IR et en garantissant les Français susceptibles d'investir qu'ils pourront le faire sans être tués fiscalement. Et alors ?

Mais oui il faut mettre fin au RMI et au RSA et revenir à un système de palettes de subventions temporaires gérées au plus près des besoins. Et alors?

Mais oui il faut réduire les charges pesant sur les entreprises en évitant de les transférer sur la dette. Et alors ?

Laisser croire  qu'on pourra conserver toutes ces anomalies, pour certaines honteuses, en taxant la finance,  en ruinant les riches, en quittant l'Euro et en élevant des frontières commerciales est une mauvaise action contre la France.

La rupture avec les anomalies est indispensable. Désintoxiquer la France et les Français des subventions est crucial. Oui il faut une rupture ciblée, sinon c'est une rupture globale qui se produira, nous laissant dans une situation de pure ruine.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



Le programme de M. Hollande

Comme toujours le programme d'un candidat socialiste à la présidence de la république contient :

- la dénonciation d'un bouc émissaire : ici c'est "la finance", vocable suffisamment lâche pour ne fâcher personne individuellement. Comme en France la finance est essentiellement entre les mains des hauts fonctionnaires et d'anciennes entreprises d'état vivant en concubinage avec lui, cela risque d'être drôle. Il faut traduire : on va frapper l'épargne et les retraités.

- la sanction contre les vilains riches : on va à la fois augmenter l'ISF et la tranche haute de l'IR. Les 200.000 familes concernées apprécieront. La fiscalité des placements sera alignée sur l'IR. Le tout représente une perte de revenu disponible pour cette transche de population, déjà taxée entre 80 et 90%, d'environ 10% soit la moitié du revenu disponible. Les départs sans  fanfare vers l'étranger ne peuvent que reprendre puisqu'en sus il n'y a plus de "bouclier fiscal" ni de niches. On va donc droit vers l'existence à nouveau d'une dizaine de milliers de personnes frappées à plus de 100% sur leur revenu. 

- quelques cadeaux ciblés à la clientèle. On abandonne la RGPP, pourtant si molassonne, pour ne pas indisposer les fonctionnaires.  On augmente le nombre des enseignants, clientèle de base du PS. On joue avec le Livret A pour faire cadeau de quelque chose à l'épargnant qu'on accable par ailleurs.  On augmente la dette garantie par l'état, ce qui est de circonstance. Quand on sait qu'actuellement le Livret A ne rapporte rien et même perd vis à vis de l'inflation, les pauvres sont sûrement super heureux.On remet à 60 ans le départ à la retraite des cotisants ayant commencé jeunes. On frappe les communes qui ne font pas assez de logements sociaux. On crée des emplois jeunes par dizaines de milliers.

On se demande où est passée la crise.

Non pas que toutes les mesures soient intrinséquement mauvaises.

Oui il fallait augmenter provisoirement la tranche haute de l'IR mais en contrepartie de la suppression de l'ISF. Euro pour Euro. Et en créant une tranche à 50% au delà de 500.000 Euros.

Oui il faut séparer l'activité pour compte propre des banques et la gestion des dépôts. D'une façon générale il faut mettre fin au modèle de banque universelle qui débouche sur la multiplication des conflits d'intérêts.  Mais faire des financiers des boucs émissaires n'a pas de sens. Ce ne sont pas les "financiers" français qui sont à l'origine de la crise actuelle.

Non on ne peut pas accepter de ne rien réformer ni de ne rien trancher à la hâche dans les dépenses publiques nationales et régionales.  Le retour du ni-ni est décourageant.  On regonfle l'état au moment où on devrait le dégonfler.

Si on considère les priorités affichées depuis des lustres par notre Cercle, le dégonflement de l'Etat, la réforme des institutions européennes, le retour à un cadre fixe des changes, il n'y a exactement rien dans le programme de M. Hollande en ce sens.

Attendons le programme du candidat de la droite. On verra sans doute que sur ces mêmes critères les mesures concrètes seront faibles voir inexistantes.

Pendant ce temps la crise continue. La dette grecque, problèmatique depuis 2009, en crise ouverte depuis 2010, sans solution en 2011, bouillonne dans l'arrière salle.  Encore un effort et le "hair cut" sera de 100%, quelques milliards piqués aux épargnants français, auxquels s'ajouteront les mesures Hollande s'il est élu. La dette française continue à augmenter, merci ! La récession avance majestueusement. On va frapper les épargnants qui auraient pu refinancer la dette et financer un plan de sortie de récession.

Tout cela est parfaitement incohérent.

Est-il si difficile d'exiger des politiques un peu de respect pour les habitants et les citoyens, un peu de clairvoyance économique, et même tout simplement un peu de raison ?

Dette : deux mots à Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro.

Les lecteurs du Figaro connaisse bien Ivan Rioufol ainsi que les spectateurs des diverses chaînes de débats télévisés de la TNT (télévision numérique terrestre). Cet éditorialiste aime bien fustiger les politiques. Il n'aime pas leur "droit de l'hommisme", leur "politiquement correct", leur trop grand souci vis-à-vis des immigrants, leur incapacité à voir les dangers de l'islamisme, leur peu d'ardeur à identifier les vrais problèmes de la société et à les corriger. Pour lui les Français sont des "citoyens abandonnés" par les vilaines élites politiques mondialisées. Zemmour-Rioufol même combat !

Dans son éditorial du 20 janvier 2011 il s'en prend violemment aux politiques à qui "il reste à affronter leurs erreurs passées" en matière de libéralités diverses qui ont conduit à un endettement suffocant. C'est un thème que nous explorons si souvent que nous ne saurions lui en faire grief.  La charité publique sans limite avec l'argent des autres qu'il soit prélevé ou emprunter a bien  mis la France dans une situation impossible.

Nous aimerions même qu'Ivan Rioufol et ses amis du Figaro aillent plus loin : qu'ils comparent sur les quarante années passées la croissance de la valeur ajoutée des entreprises privées et celles des dépenses publiques. Ils verraient que nous en sommes arrivés au point où la dépense publique dépasse la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand privé !  Cela veut dire que même si les entreprises cessaient d'amortir leurs machines, les salariés de toucher leurs salaires, les capitalistes de toucher leurs profits, et donnaient tut à l'état, absolument tout, cela ne suffirait pas à payer les dépenses publiques.

Il est sûr qu'on est dans le mur et que pour en sortir il n'y a qu'une solution : diminuer drastiquement la dépense publique. Le dernier plan Fillon qui propose 10% de réduction de dépenses publiques contre 90% d'augmentation d'impôts n'est visiblement pas dans le bon axe. Il est vrai que  Le Figaro malgré son optique pro gouvernementale l'a remarqué.

Il faut bien à la France la "kartoffelkur" que les Danois ont réalisé, après les Canadiens, les Suédois, les Néozélandais, et même les Allemands dans une certaine mesure.  Pendant près de 20 ans ces succès ont été totalement passés sous silence  dans la presse nationale quotidienne. Qu'ils viennent aujourd'hui à la surface de leurs pages, bravo ! Ils n'avaient aucune vocation à rester dans la seule blogosphère.

Vous avez raison M. Rioufol. Il serait absurde pour les politiques  des partis de gouvernement de  "faire taire les enquiquineurs à calculette".  Nous en sommes ! Dénoncer publiquement les "vérités interdites" est une excellente initiative.
Nous avons décidé de vous y aider en abordant un aspect qui vous intéresse et que vous n'avez pas encore traité, sans doute par simple oubli : les subventions à la presse.  Ces subventions sont vertigineuses par leur nombre, leur ampleur, leur croissance. Elles ont largement contribué à la dérive de la dépense publique  et de la dette que vous dénoncez de façon si juste.  Le président Sarkozy, en dépit de sa volonté de rupture et M. Fillon son premier Ministre, malgré l'état de faillite qu'il avait diagnostiqué, n'ont pas remis en cause ces libéralités. Au contraire ils ont massivement activé la "pompe à phynances" pour vous gorger de subventions.

Il n'y a pas un seul acteur de la vie d'un journal, qu'il s'agisse de ses propriétaires, de ses journalistes, de ses ouvriers, de ses distributeurs, de ses supports qui ne soit grassement subventionné.

Pourtant lorsqu'on regarde le capital des grands journaux on ne voit guère la justification de ces libéralités. Le Figaro est détenu par M. Serge Dassault, très estimable milliardaire, vivant encore largement en symbiose avec l'Etat. Le Monde est entre les mains de M. Lagardère dont la fortune s'est constituée également dans les canons et la connivence publique et d'un trio de milliardaires moins marqués dans les armes mais tout aussi milliardaires. M. Xavier Néel a fait fortune dans les messageries pornographiques  et le Minitel, la plus belle innovation technocratique française, avant d'investir dans le téléphone et désormais Internet. M. Bergé est un socialiste milliardaire anciennement spécialisé dans l'exploitation et la promotion des grands talents artistiques comme MM. Bernard Buffet et Yves  Saint-Laurent. M. Pigasse est un candidat milliardaire façon Lazard, avec tonalité Rocker. Libération est amicalement soutenu par un Rothschild  peu connu pour son manque de moyens. Le Nouvel Obs est entre les mains d'un milliardaire discret mais puissant, Claude Perdriel. L'arrivée de Mitterrand lui a permis de racheté le Vivier, cette belle propriété qui a servi à tourner le film Le Président avec Jean Gabin et dont la valeur aujourd'hui doit tourner autour de 10 millions d'Euros. On pourrait continuer ad libitum avec les autres magazines (Marianne, …) et la presse régionale (Jean Michel Baylet, le fameux "veau élevé sous sa mère", et son groupe politico capitaliste de la Dépêche), dont aucun des propriétaires n'est spécialement pauvre. Les saga Amaury ou Hersant, le "papivore", prouvent qu'on a pu encore faire fortune en partant de rien dans le domaine de la presse.  Pourquoi des subventions ?

L'observation des rémunérations des journalistes n'inspire guère plus de pitié. Le temps du journaliste famélique est terminé depuis longtemps. Le recrutement ne se fait plus dans les rangs anciennement innombrables des non-titulaires du Baccalauréat et des farceurs à belles plumes.  Sortir de "Normale Sup" est désormais de mise pour diriger une rédaction que ce soit de la variante Saint Cloud pour Nicolas Demorand ou Sèvres pour Christophe Barbier.  Les meilleurs éditorialistes ou chroniqueurs ont rapidement compris les énormes possibilité du multimédia et du "vu à la télé".  On voit leur "bobine" partout. Leurs livres sont partout en devanture des librairies.  L'exemple d'Alain Duhamel participant allègrement aux médias écrits (livres et un nombre étonnant de journaux en province, radios, télévision) a été suivi par pratiquement tout le monde, y compris les belles plumes du Figaro. Où ne voit-on pas Yves Thréard ? Le succès poly médiatique récent  d'un Eric Zemmour est tout à fait spectaculaire. Vous-mêmes M. Rioufol… Rassurez vous, nous ne visons pas le Figaro spécialement  : ce fut pareil pour le Monde  et les fortunes de Jean Marie Colombani ou de son mauvais diable, aujourd'hui à Médiapart, Edwy Plenel,  sont là pour le confirmer.

Cet enrichissement est une excellente chose. Il est du largement aux talents des journalistes concernés. Mais en quoi justifie-t-il que ces activités soient subventionnées par l'Etat et les revenus des journalistes détaxés, ces avantages étant payés notamment par les pauvres qui paient la TVA?

On pourrait dire la même chose des non journalistes travaillant pour les journaux. Les ouvriers du livre sont une catégorie de salariés particulièrement chouchoutée avec un temps de travail très réduit, parfois nul, des avantages innombrables et des salaires souvent mirobolants. Les propriétaires des journaux ont choisi de pactiser avec le Syndicat du Livre en s'entendant sur le dos des contribuables pour faire financer une partie de leurs abus par l'impôt.
Un seul propriétaire s'est révolté contre les abus du Livre CGT :  Emilien Amaury, il y a bien longtemps.  Il n'a pas été soutenu et au contraire condamné par tous les autres propriétaires,. Son combat a sans doute un lien avec sa mort. Le Parisien aura le lendemain de son décès ce titre éloquent : "le cheval d'Emilien Amaury sort indemne d'un accident".  Rappelons que la CGT fera de ce combat une bagarre de chiffonniers allant jusqu'à la mort d'autres hommes.  Le courage d'Amaury aura été bien solitaire.

On pourrait légitimement penser que parmi les erreurs passées des gouvernements successifs vous alliez dénoncer, M. Rioufol, cette abondance de subventions aussi  massives que dénuées de justification.  On attendait des articles vengeurs avec des titres comme : "Non l'état n'a pas à payer pour les riches quand ils sont propriétaires de journaux" ; "Non ce n'est pas à l'état de payer la conversion au numérique de la presse", "Non ce n'est pas à l'état de nous aider à financer les contrats fous que nous avons passé avec les ouvriers du livre", "Nous ne voulons plus de subventions à la distribution des journaux",  etc.  Vous auriez pu tenir au moins un an avec un philippique de ce genre chaque semaine.

Mais là, rien. Le silence complet. On regarde ailleurs en sifflotant. "Les pratiques frauduleuses à la limite de la voyoucratie" des Ouvriers du Livre ne méritent pas d'être aérées dans votre éditorial. Le "frein à la modernisation libérale du pays" que constituent les impôts versés aux journalistes et aux  propriétaires de journaux n'existe pas. Serait-ce une de ces "vérités interdites" ?

La cohérence voudrait que vous auto-dénonciez les subventions et avantages publics qui baignent votre activité. Mais vous ne le faites pas M. Rioufol. Partout dans la presse ou dans les médias radio télévisés on n'entend parler que de la spécificité de la culture, qui doit être massivement aidée, de la fragilité des journaux, qui doit être compensée par l'impôt, pour que le débat public ait lieu. La collectivité des journalistes considère que l'Etat doit avoir une politique de soutien "à la démocratie", c'est-à-dire à eux.  Les journaux ont un "droit à" la subvention publique sans limite.  Leur pouvoir de nuisance  est très bien compris par les politiques qui de tout temps et en particulier dans la période récente de surendettement des Etats ont multiplié les arrosages fiscalisés ou pris directement sur la dette.

L'endettement de la France provient pour partie de l'acharnement des journalistes et des propriétaires de journaux à obtenir des subventions et des avantages.  La désintoxication générale passe aussi par le démantèlement de tous ces dispositifs.

On s'attend d'ailleurs à ce que le Figaro commence une campagne en ce sens dès lundi prochain. Merci de vous atteler Monsieur Ivan Rioufol à l'éradication de  ce compartiment du "modèle français" dont vous dénoncez si bien les autres composantes. Nous, ici, on vous soutiendra

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile.



Mondialisation fiscale genre "Fatca" : refuser la tentation "totalitaire" !

Chaque personne dispose d'un droit naturel au monde et à la protection de ses droits dans le monde. La liberté est d'abord individuelle. L'organisation d'un monde où chacun a le droit d'aller et venir, de contracter, de s'installer, de se marier, de travailler, dans le respect des lois locales démocratiquement débattues et soumises à la censure des droits fondamentaux de l'homme tels que définis dans une charte universelle, reste un des grands enjeux de l'humanité. La mondialisation, c'est-à-dire principalement le droit protégé  pour les hommes à une certaine ubiquité indépendante du pays de nationalité est dans cette perspective un progrès.


Les aspects économiques du comportement humain, la production, le travail, la consommation, l'épargne, l'achat, la vente, ne sont plus centrés sur une zone géographique ou politique donnée. L'homo économicus est devenu polycentrique et en décalage avec le citoyen.

En un mot il est désormais possible de disposer de sources de revenus partout dans le monde, de travailler simultanément en plusieurs endroits du monde, de produire en plusieurs endroits du monde, de dépenser en plusieurs endroits du monde, de posséder de l'immobilier dans des pays différents etc.

Cette nouvelle réalité qui concerne maintenant des cohortes importantes de citoyens pose de difficiles problèmes de philosophie fiscale qui méritent qu'on s'y arrête un instant.

Deux conceptions peuvent être envisagées :


- La centralisation fiscale : on organise la dépendance fiscale universelle rattachée principalement à la citoyenneté, qui correspond à une vision agrégative et totalisante  des comportements économiques. C'est l'agent économique qui est taxé où qu'il s'agite.

- La décentralisation fiscale (ou polycentrisme fiscal) : ce sont les actes économiques qui sont taxés et ils le sont dans le pays où ils ont lieu.
 
Il est intéressant de constater les principes appliqués  aujourd'hui selon les différents types d'actes économiques.

Pour la consommation, dont l'imposition représente une très forte proportion de des prélèvements globaux, la règle qui s'applique le plus souvent est celle du lieu de consommation. Un citoyen qui voyage beaucoup paiera donc des taxes un peu partout à des fiscs différents. C'est le principe du démembrement fiscal polycentrique qui prévaut.

Pour le travail, on a vu lors des polémiques sur la directive Bolkenstein que de nombreuses chapelles politiques ou syndicales  ont plaidés pour que la taxation qui s'applique soit également celle du lieu de l'acte.  Tout non résident qui peut être amené à travailler temporairement ou durablement dans un pays suit les règles sociales et fiscales du pays où il travaille. Le travail transfrontalier, l'activité des  saisonniers est typique de l'application de ce principe.  Ce qu'on appelle les charges sociales, en fait les charges sur le travail, sont généralement celles du pays d'exercice du travail. Même si le travailleur n'est pas résident. 

Le principe polycentrique régit donc des impôts qui en France représentent les deux tiers du prélèvement global.

En revanche, le revenu du travail est considéré par les pays qui le mette en œuvre comme devant être centralisé et taxé par le fisc de la résidence fiscale.

Pour les impôts immobiliers, la règle effectivement appliquée est moins claire. Les taxes locales sont évidemment attribuées au pays où se trouve le bien.  Mais que se passe-t-il s'il y a un impôt collectif sur la fortune ? Là les promoteurs de ce type d'imposition exigent l'approche centralisée qui pose le problème de la connaissance du bien par le fisc de la résidence alors qu'il n'a pas de moyens de contrôle direct.  Il est vrai que le nombre de ces pays est peu important.

Pour les gains financiers et les placements, la plupart des fiscs ne veulent pas entendre parler d'une optique de fiscalité par pays de détention. Cela parait naturel à beaucoup de Français mais il est des pays où le revenu externe n'est taxable dans le pays de résidence qu'à partir du moment  où il y retourne. Tant qu'il reste "hors les murs" il n'entre pas dans la sphère fiscale de la résidence. 

C'est ce qui se passe au Royaume Uni et c'est ce qui a fait la fortune des îles anglo-normandes. Les groupes de chanteurs pop par exemple laissent le revenu de leurs tournées à l'étranger à Jersey où ils ne sont taxables que selon les règles de Jersey. Lors que l'argent entre en Angleterre il devient taxable. Aussi bien, un écrivain qui vendrait partout dans le monde pourrait parfaitement disposer d'un yacht ou de propriétés un peu partout et de revenus d'épargne ou de droits d'auteur non taxés et non déclarés sur son lieu de résidence, tant qu'il n'utilise pas son revenu dans son pays de résidence.

La conception centralisatrice veut au contraire que tout bien possédé et tout revenu qui lui soit associé  servent d'assiettes fiscales dans le pays de résidence et doivent y être déclarés avec toutes les difficultés de contrôle afférentes.

Entre centralisation et décentralisation pratiquement tous les systèmes fiscaux  hésitent  et les plus souvent mélangent allégrement les deux conceptions centralisatrice et décentralisatrice.  Il n'y a aucun principe ni aucune autre rationalité que l'opportunité.

Est-il possible de sortir de cette ambiguïté  et d'arrêter des principes fiscaux stables et uniques s'appliquant à toutes les formes de comportements d'un individu ? En un mot faut-il choisir entre une approche centralisée de la fiscalité ou une approche décentralisée et polycentrique, sachant que le progrès dans l'exercice des libertés n'est pas le moindre objectif ?

De plus en plus les nations vont se trouver confronter à des cohortes grandissantes de ressortissants "mondialisés" pour tout ou partie de leurs activités économiques. La question n'est pas sans importance et grossira avec le temps.

Pour les personnes morales, les entreprises,  l'affaire est déjà pratiquement classée : ce sera l'optique décentralisatrice. On a vu avec l'affaire Total et c'est vrai pour les grandes entreprises du Cac 40 et en vérité pour  toutes les entreprises à développement international, que la France n'impose plus les résultats obtenus hors de France. L'optimisation fiscale entre filiales marche à fonds. On a renoncé à l'identité fiscale unique de l'entreprise. Certaines forces politiques veulent revenir sur ce renoncement. Ils se heurtent à une réalité : il suffit de changer le lieu de résidence  fiscale du siège et le fisc  se retrouvera uniquement avec les filiales françaises. Alors à quoi bon rechercher l'impossible ? Le débat est ouvert et "chaud". Mais il est clair que la nationalité fiscale de l'entreprise devient une notion un peu fuligineuse.


Pour les personnes physiques la question est moins évidente et peut conduire des conséquences ubuesques. 

On le voit avec le choix américain du citoyen fiscal "universel".

Ce système "nationalise" toutes les actes d'un individu où qu'il les exerce et les totalise. On en arrive à des situations étranges qui n'ont rien de théoriques. Vous êtes né américain et vos parents vous ont emmené jeune hors des Etats-Unis. Vous avez été élevé à l'étranger où vous vous êtes mariés et travaillez. Adulte fiscal vous devez faire néanmoins une déclaration au gouvernement américain de vos avoirs et de vos revenus, alors que vous êtes éventuellement resté 5 jours (ou jamais)  dans votre pays de rattachement,  il y a peut-être quarante ans.  On n'échappe pas à la nationalité américaine.


Cette vision est parfois et  justement appeler "totalitaire". Elle entraîne le monde dans une logique folle.  Tout Etat où un citoyen étranger est ainsi taxé est sommé, lui ou des intermédiaires,  de déclarer les éléments taxables au gouvernement de son hôte sous peine de sanctions. Naturellement  les petites nations n'ont aucune chance de pouvoir jouer ce jeu là. Les grandes puissances, oui.

Les Etats Unis s'y essaient en ce moment avec une violence sans limite. La loi Fatca,"Foreign Account Tax Compliance Act",  qui va être mise en œuvre au 1er janvier 2013, est le prototype de ces machines menaçantes autant qu'extravagantes. L'état américain exige de toute institution financière à travers le monde, où qu'elle soit, qu'elle isole dans sa clientèle les nationaux américains et qu'elle fournisse les éléments déclaratifs qui permettront de vérifier leur déclaration annuelle. Faute de quoi tout mouvement financier que voudra effectuer cette institution  avec les Etats-Unis sera taxé à 30%, la taxe sur les transactions financières la plus extravagante que l'on ait jamais conçue. Le "totalitarisme" fiscal conduit à imposer des règles au monde entier, violant l'autonomie règlementaire et fiscal des autres nations.

Tout acte commercial d'achat, de vente, de versement de salaire ou d'honoraire, de transfert financier d'un national peut désormais impliquer des obligations déclaratives, administratives et fiscales qui s'imposent à l'ensemble des autres nations ou à leurs agents en contravention ou non avec les règles locales.  Accueillir un étranger, son travail, sa consommation,  ou un de ses avoirs revient à accueillir avec lui sa législation fiscale.

La logique absolue de cette théorie liberticide mènerait à considérer qu'une dépense dans un pays étranger devrait être chargée de la TVA du pays de nationalité et reversée à ce pays.  Pourquoi alors que la fiscalité touche toutes les dimensions économiques d'un homme voudrait-on qu'une seule forme échappe à l'Etat totalitaire ?


Corolaire intéressant, dans les pays qui imposent un impôt religieux cela voudrait dire qu'un agnostique émigré devrait tout de même fournir son du à une église qu'il ne fréquente pas. Cela veut dire que s'il faisait, hors de son pays de nationalité,   un mariage ou tout acte qui génère une donation religieuse taxée dans son pays d'origine il faudrait qu'il verse quelque chose à sa paroisse "nationale" ou au fisc !  

Si tous les pays adoptaient le régime fiscal centralisé il faudrait que fisc, entreprises, banques et commerces identifient la nationalité de leur client et adaptent leurs pratiques à toutes les législations particulières des nations existantes (il doit y avoir 193 nations membres de l'ONU).

Sombre folie qui n'a pas retenu le bras du législateur américain.

Cela signifie que la théorie fiscale centralisatrice  tue l'indépendance des nations et en même temps  asservit les libertés essentielles  de contracter, d'aller et venir etc. Tout acte d'un citoyen à l'étranger devient  suspect et déclarable. Les libertés se doivent d'être traçables pour être taxables.   La surveillance individuelle  de tous les actes économiques devient une règle absolue. Big Brother est là.  Il est partout. Plus le Brother est Big plus l'indépendance des autres Brothers plus petits est remise en cause. Les petits flics sont englobés par les grands flics.

Ce nationalisme  fiscal pose de nombreuses difficultés aussi bien pratiques que théoriques. Outre qu'il impose à chaque état d'avoir une législation fiscale pour tous les non nationaux qui ont une action économique chez eux,  il crée des effets de bord particulièrement choquants. Que faire des multinationaux ? Peut-on renoncer à sa nationalité ? Que faire des apatrides ? Comment articule-t-on droits propres à la résidence et droits nationaux en matière fiscale ?  Sur tous ces sujets on arrive souvent à des situations indéfendables. Si un national américain décède alors qu'il est résident ailleurs le fisc des Etats unis est en droit d'exiger 30% de la valeur de ses biens immobiliers sis hors des Etats-Unis !   

Il faut  rejeter cette approche hystérique.  La solution la plus stable et la moins conflictuelle est de considérer que si vous avez des activités multiples assises sur plusieurs zones fiscales, alors votre activité est démembrée par zone fiscale. Chaque entité paie son écot local. Si vous rapatriez vos biens et revenus dans votre zone de résidence la législation de votre résidence s'applique.

Ce schéma "polycentrique" est simple et rationnel : il distingue entièrement le sujet fiscal du citoyen. On peut être sujet fiscal sans être citoyen de sa résidence ; on peut être citoyen sans être sujet fiscal. On peut être un sujet fiscal multiple en étant un citoyen unique ;  un sujet fiscal unique en étant un citoyen multiple.

L'homme a le droit de bouger et d'être multiple. Cette liberté générale de mouvement et d'action économique  marque  le progrès de l'humanité dans son ensemble vers un stade supérieur d'organisation. Avoir un système fiscal qui reconnait cette multiplicité et l'organise sans flicage insensé est parfaitement admissible. Tout ce qui va dans le sens inverse, peut être assimilé à une forme d'assignation à résidence qui est toujours mortelle pour les libertés et les droits de l'homme.

Le droit fiscal ne peut être distingué du droit général à la liberté.

L'inquiétant est de voir des Etats affolés par des besoins de dépenses publiques insatiables quitter ces territoires de liberté pour aller vers une idée totalitaire de la fiscalité.  Le moteur de ce totalitarisme est l'assimilation entre citoyenneté et fiscalité. Chaque individu appartient, comme un esclave, totalement à son pays de citoyenneté. Chaque propriété est assortie d'une clause de propriété dérivée de l'état de citoyenneté. Chaque revenu est d'abord un droit de l'état de rattachement qui en concède ce qu'il veut bien.  Ce totalitarisme fiscal fait de l'individu un concessionnaire précaire et à merci de sa nation de rattachement.

La fiscalité totalitaire va considérer que tout revenu ou tout capital, où qu'il ait été perçu et où qu'il se trouve est une base fiscale nationale déclarable et éventuellement taxable. Elle va considérer que toute dépense, où qu'elle ait été faite devrait payer les mêmes taxes que celles que le citoyen aurait du payer dans son pays de rattachement national, puisque sinon il échappe à l'équilibre subtil établi entre les différentes taxations. Elle va considérer que tout mouvement de capital ou de revenu entre diverses zones fiscales doit être taxé au profit de la nation. En cas de décès, les biens d'un national reviendront en tout ou en partie à sa nation.

Lorsqu'on s'est lancé dans ce totalitarisme fiscal on emmêle la pelote de façon rapidement inextricable et toutes les solutions deviennent  arbitraires, choquantes, liberticides. Au nom du contrôle universel de l'action économique d'un individu comme assiette fiscale on tue les libertés essentielles et on suscite des fraudeurs par millions tout en créant une multitude de tensions entre les différents pays "souverains".

Il ne faudrait pas croire que ce débat ne concerne que la loi FATCA et les Etats unis.

La mauvaise coexistence des droits fiscaux entre voisins européens est manifeste et conduit à des solutions parfois démentes. Que l'on regarde simplement la formule du calcul des droits de Rubiks !  Le désir de voir établi des "exit tax" particulièrement attentatoires au droit élémentaire à la propriété ne concerne pas que les Etats Unis. La France s'y est essayée avant d'être retoquée par la justice européenne. On entend des candidats prétendre que toute personne cherchant à quitter la résidence française ou la nationalité, ces gens là ne font pas de différence, seront obligés de s'acquitter de toute une série de droits, y compris le remboursement des apports sociaux de la nation (par exemple rembourser tout ou partie des gratuités reçues ou des apports légués par la collectivités).
 
Le globalisme  fiscal nationaliste  ne concerne pas seulement les propriétés et revenus acquis ou gérés  à l'étranger. Il est souvent associé à des thèses qui prétendent que le citoyen n'a qu'un droit de propriété révocable.  Le revenu maximal ou la propriété de valeur maximale sont des compagnons de cette attitude répandue en france. Ces mesures violent sans pudeur le droit des gens à leur propre revenu et à leur propre propriété.  Il ne s'agit plus de contribution à des frais communs nationaux, d'ailleurs restrictivement définis, et qui dans certaines constitution ne concernent que des politiques de défense (police, diplomatie, guerre). La collectivité s'arroge le droit de fixer une limite à votre revenu et à vos propriétés. On vous concède vos droits sous réserve et dans la précarité. Il va falloir aller chercher si à l'étranger vous n'avez pas tenté d'éluder des règles que certains jugeront avec justesse comme contraire au droit des gens et spoliateurs.

Les Etats qui se sont laissés glisser sur la pente fatale de la dépense publique outrancière et de la  dette perpétuellement accrue (tant que le prêteur croit à la perpétuité) sont tentés par le totalitarisme fiscal. La France y succombe progressivement en s'appuyant sur l'exemple américain. L'Europe est coincée entre son légalisme qui fait la part belle aux libertés individuelles dans le cadre européen et l'interdiction des législations nationales visant à les brider,  et sa volonté de puissance, notamment vis-à-vis de ses voisins les plus faibles comme la Suisse.

Le totalitarisme fiscal conduit à des conséquences multiples et universellement fâcheuses, dont l'une des plus graves est l'apparition d'une société internationale policière, soumise à la loi de la nation la plus forte. Tout le contraire d'un système de droit et d'une mondialisation heureuse poussant à la paix et à la fraternité universelle.

Il y a fort à parier que le totalitarisme fiscal sera un des grands drames de ce siècle. Il serait bon que les penseurs de la liberté s'en inquiètent un peu plus. Un des points d'applications immédiat pourrait être le refus par les Etats européens de la loi funeste que l'on appelle FATCA alors qu'on voit que l'ambition fiscale totalitaire américaine ne rencontre aucune résistance ni auprès de la Commission, ni au Parlement Européen, ni dans les instances nationales. Ne parlons pas des grands médias français qui ne sont jamais intéressés à cette question.

Les principes de la loi fiscale ne sont plus discutés en France sauf entre quelques députés et sénateurs  spécialisés et les experts du Trésor. Dix personnes, peut être,  guidées généralement plus  par l'opportunisme qu'autre chose. Ils méritent pourtant  un large débat. Nous mêmes au Cercle des économistes e-toile nous sommes pour le principe que les droits s'appliquent là où les activités  s'exercent sauf pour des dérogations (temporaires ou pragmatiques vu les sommes concernées comme dans la directive Bolkenstein) et pour une fiscalité seulement contributive et non pas concessive. Nous nous opposons absolument au "totalitarisme" fiscal. 

Nous militons pour la rationalité en matière fiscale contre l'opportunisme irrationnel des hauts fonctionnaires et des parlementaires (et qui sont largement les mêmes personnes). Il faut que la loi fiscale parte de principes, respecte des normes qui en découle simplement et soit protectrice des individus. Sinon on sombre dans la confusion, le n'importe quoi généralisé, l'insécurité juridique et fiscale,  et la prédation pure et simple.  Avec des effets pervers économiques désastreux.
 
Sans compter la guéguerre perpétuelle entre les différentes nations. La mondialisation est à la fois la condition et la résultante d'une plus grande extension des libertés. Elle implique pour bien fonctionner que la fiscalité d'un pays s'applique aux actes économiques qui se sont produits dans le pays quelque soit la résidence fiscale de l'acteur  et non pas à tous les actes économiques faits dans le monde par ces citoyens. En un mot il faut appliquer les principes actuellement en œuvre pour les taxes à la consommation. Sinon sur le modèle de Fatca ou de Rubiks on va vers une véritable folie hystérique et contentieuse destructrice des libertés, faisant la part belle à l'arbitraire des plus forts et rendant la vie impossible à tous.



Un témoin de la crise : la fréquentation de ce site s'envole !

Le nombre de lectures des articles de ce site a dépassé en 2011 le total des trois précédentes années.  En cumulé nous avons dépassé  les 100.000 lectures  pour atteindre 115.000. Compte tenu de l'austérité des thèmes abordés c'est un résultat étonnant qui s'explique principalement par l'intensité de la crise et la faiblesse des explications rapportées dans les grands medias.


D'erreurs de diagnostics en absence de solutions précises et adaptées on voit une crise que nous avions annoncée comme exceptionnellement grave dès 2006 tourner à la catastrophe.


Les optimistes pourront dire : c'est dur mais au moins les idées progressent.


Beaucoup des sottises prononcées par les meilleurs experts de la sphère officielle apparaissent pour ce qu'elles ont été et ce qu'elles sont souvent encore.  Malheureusement on est loin du compte. Nous avons essayé de donner  des aperçus des véritables âneries prononcées encore aujourd'hui par des "experts reconnus".  Nous ne l'avons pas fait par goût iconoclaste ou de la critique facile. Il fallait montrer à quel point l'absence de réflexion, la méconnaissance historique, les jugements sans réels fondements, dominent dans les sphères dont on attendrait une meilleure compréhension de la situation.


Si nous avions véritablement eu envie de "faire un carton" nous aurions repris les propos de 2007 des experts les plus verbeux dont les textes sont encore consultables sur le net. Les perles sont nombreuses.


Nous n'avons aucune vocation à écrire ce bêtisier économique. On sait que notre vocation est d'alerter sur les thèmes qui, selon nous,  ne sont pas abordés clairement ou de façon pertinente dans les médias.
Depuis la création de ce blog n

ous ne cessons de dénoncer  les trois drames qui gâchent notre existence :


- Pour la France, l'aberration et l'indécence qui consiste à accumuler la dette, l'impôt, la dépense publique dans la bonne conscience générale.  Nous sommes un pays malade de l'impôt, de la dette et de la dépense publique. Malade. Très malade. Nous avons tenté de montrer par quels mécanismes cette maladie à métastases s'était emparée du pays et le ruinait en profondeur.


- Pour l'Europe une construction bancale  qui conduit désormais à gérer la déflation partout, dans la haine des peuples, et en l'absence totale de regrets de ceux qui ont construit ce monstre et qui paradent encore en demandant plus d'Europe et de fédéralisme alors que leur précipitation a conduit l'Europe à être un ectoplasme voué à recevoir des coups sans réagir.


- Pour le monde, un système monétaire international absurde, permettant des politiques dangereuses de la part de la Chine et des Etats unis et conduisant à l'effondrement général.

Sur le premier thème de cette trilogie tragique des progrès ont été faits. 


Chacun voit bien que les déficits et les délires de dépenses ont été indécents en France. Mais on est loin d'en tirer les conséquences. A-t-on vu un Delanoë fortement mis en cause à Paris alors qu'il s'est comporté en véritable sagouin gaspillant sans vergogne l'argent des Parisiens  ?  Voit-on remettre en cause les plus grandes gabegies (SNCF, AREVA, EDF...) ? Non : on leur permet d'augmenter leur tarif de plusieurs fois le niveau d'inflation ! Comme d'habitude.  


Les prochaines élections malheureusement vont voir une surenchère parfaitement imbécile d'impôts sans aucune réforme d'envergure permettant de juguler nos dépenses. Les fonctionnaires et les bobos vont  ruiner la France des petits riches, des entrepreneurs  et des retraités pour rien. Pour rien du tout. On va se retrouver avec 15 millions de Français sous le seuil de pauvreté et plus aucune entreprise capable de fournir de l'emploi. L'image qui vient à l'esprit est celle du film de Bunuel, Viridiana où on voit des clochards faire ripailles en s'amusant avec des robes de mariées trouvées je ne sais où.  Que reste-t-il de la France ? 


En Europe la compréhension des défauts du système a largement progressé. Les mouvements nonistes et souverainistes ont de la force et ont permis de relayer au moins la description des défauts. Tout le monde comprend aujourd'hui que l'Europe telle qu'elle est construite est absurde. Bien sûr le rigorisme d'Angela Merkel est dramatique et bloque ou retarde bien des évolutions nécessaires. Mais chacun voit que l'Euroland est grevé de handicaps moins personnels ou conjoncturels que la simple personnalité de la chancelière allemande. 


Comment faire marcher ce bazar sans réguler les écarts de croissance et d'inflation  par la seule déflation ?  Comment piloter une zone monétaire dont les changes ne sont gérés par personne ? Ces deux questions, les plus importantes, ne sont pas réellement posées dans le débat général ou de façon très partielle.  La question européenne restera donc en 2012  grevée de non dits et de sous entendus.


Sur l'organisation générale du monde et notamment la question cruciale de l'organisation des changes et de la création de monnaie internationale,  rien n'a bougé en 2011. Rien ne bougera en 2012. Les esprits sont bloqués et les idéologies mises au service des intérêts des grandes nations prédatrices que sont la Chine et les Etats unis.  Il faudrait une aggravation dramatique de la crise pour que quoi que ce soit bouge. 

Personne n'a voulu dire d'où venait le gonflement monstrueux de la dette mondiale globale depuis 1971.

Personne n'a voulu remettre en cause le dogme affligeant des changes flottants.

Autant dire que pour une France malade de ses dépenses publiques et de son "vive l'impôt" au sein d'une Europe malade de l'organisation foireuse de l'Euroland, et dans un monde livré aux mécanismes  désastreux des changes flottants, l'année 2012 ne sera pas gaie.

Nous savons d'expérience que les années électorales voient une régression du débat intelligent sur les grandes questions économiques. Les philippiques passionnelles vont bientôt remplacer le débat serein. Au moment même où les dégâts économiques vont s'amplifier.


Cette contradiction risque d'être la caractéristique particulière de l'année 2012.

Quand on pense que 2012-2013 aurait pu et du  être les années du retournement de la conjoncture si les bonnes mesures avaient été prises dès 2007 et le blocage des marchés monétaires mondiaux !

La tentation de devenir vraiment méchant avec les clercs qui sont sensés nous diriger, nous informer ou nous instruire risque de devenir irrépressible. L'histoire, elle, sera impitoyable pour l'époque.

 

Cercle des économistes e-toile

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Lettre ouverte à M. Guaino seconde partie - la France

Reste la France dont nous affirmons depuis 14 ans qu’elle file un mauvais coton.  Qu’en dit le discours de  Toulon 2 ?

« Je ne crois pas qu’il serait économiquement juste, ni moralement acceptable d’imputer aux Français les difficultés que nous vivons. » « Nous ne sortons pas de trente années où les Français auraient refusé de faire le moindre effort pour faire face à la concurrence des pays émergents.»

Flatter les électeurs fait partie du jeu. Nous ne nous offusquons pas. Une fois de plus vous ne considérez que les aspects commerciaux de la compétition internationale. Comme si la compétition sur les marchés de biens avait été l’essentiel. Grave erreur d’appréciation ! La compétition sur les marchés de biens a été totalement faussée par le développement des bulles financières  successives liées aux défauts de structure du système monétaire international et à ceux de l’Euroland. Depuis la crise de 92-93, il n’y a plus de développement régulier du commerce mais des emballements déséquilibrés arbitrés par la crainte et aggravés par la panique.  Comme nous l’avons vu c’est le développement d’un énorme nuage de dettes sur la sphère économique mondiale, représentant en moyenne, rappelons le, près de 300% de crédits par rapport au PIB global, qui a provoqué la crise et la pousse continuellement vers la dépression généralisée.

Les Français dans tout cela n’ont rien vu, à l’exception de Maurice Allais qui seul et sous les quolibets a expliqué que ce nuage de dettes exploserait et ferait couler le système. Les dirigeants français, de droite comme de gauche, par confort intellectuel se sont accommodés des défauts du système quand ils ne les ont pas aggravés. La gauche socialiste a créé le système déséquilibré de l’Euroland et sous Jospin ne s’est pas gênée de bloquer le système de production interne à la France  par des mesures malthusiennes paralysantes.  Chirac s’est endormi dans le "ni ni" et la défense des avantages acquis. M. Sarkozy en plein philo-américanisme businesso-fouquétien   voulait des subprimes à la française et trouvait que les contraintes de Maastricht étaient excessives. Son action en 2007 a été calamiteuse alors que la crise avait commencé. Il n’a commencé à réagir qu’en septembre 2008.

Les Français sont-ils responsables de la politique irresponsable des dirigeants qu’ils ont élus ? Ils les ont chassés chacun à leur tour pendant trente ans. Personne  ne leur a tracé un véritable parcours économique.

Bien sûr ils ont aimé la retraite à 60 ans, avec des avantages acquis à cinquante pour de nombreux salariés du public. Bien sûr ils ont aimé les postes publics inamovibles où on peut glander sans trop s’inquiéter de la suite. Bien sûr ils se sont calfeutrés pour beaucoup dans des situations où sans travailler ils ont profité de la charité publique. Bien sûr ils ont joué avec la sécurité sociale au-delà du raisonnable. Trop de Français ont cru que la gratuité de la vie à ne rien faire était acquise pourvu qu’on se contente de peu.  Bien sûr ils ont aimé le politiquement correct, cette bonne conscience à peu de frais apparents pour chacun et beaucoup de frais pour tous.

Mais ont-ils réellement marqué une préférence pour cet effondrement moral, intellectuel et économique qui caractérise le pays ?

Les « élites mondialisées », une petite camarilla de hauts fonctionnaires et de dirigeants riches, même pas 2000 personnes, se sont enfoncées dans la recherche du profit rapide sur fond d’abandon de morale personnelle et de souveraineté nationale.  Les aventures du Baron Seillères, pris les deux mains dans les combines pour accumuler les milliards au détriment de sa cousinade, voire du fisc,  sont tout aussi exemplaires que l’enrichissement sans cause réelle des manitous de la politique locale ou  les rétro-commissions nourrissant les plus hautes autorités de l’état. 

La France du haut comme du bas s’est vautrée dans la bonne conscience du politiquement correct tout en cherchant la récupération maximale avec les moyens du bord, sans trop se demander si cette absence de rigueur intellectuelle et morale pouvait avoir des conséquences. Cupidité et pensée zéro auront été les maîtresses exigeantes de la France de ces quarante dernières années. Doit-on en accuser le peuple ?  Doit-on l’en exonérer ?

Il aurait mieux valu l' instruire et le conduire.  Car le réveil va être sinistre. Il l’est déjà.

En conclusion, je vous invite à réfléchir à l’échec du discours de Toulon 1. Trois ans après, la crise est là et l’Euro est à deux doigts de mourir. La croissance est arrêtée. Les bourses sont au plus bas. Les banques sont au ras de la faillite généralisée.  Les épargnants sont à la veille d’être ruinés. L’ascenseur social ne marche plus. Les faibles, jeunes, vieux, femmes, immigrés de fraiche date, sont massivement au chômage. Les petits riches sont en grand danger de tout perdre. Les grands riches ne sont plus en France.  Les jeunes se désespèrent de trouver un emploi sérieux et des perspectives de carrière.

Faute d’avoir entamé une vraie rupture en France et faute d’avoir brandi en Europe et dans le monde l’étendard de la révolte contre les institutions, les idéologies et les pratiques qui sont réellement à l’origine de la crise, se contentant de multiplier les déclarations moralisatrices et les rodomontades sans suites pratiques, Nicolas Sarkozy a ruiné un crédit déjà entamé par quelques  lacunes de tempérament et des écarts de comportement qui auraient du être évités.

Il est aujourd’hui impuissant à redresser le cours des choses. Vous-même ne savez plus où le guider. Les redites de Toulon 1 dans Toulon 2 témoignent de cette impuissance.

Vous direz : nous n’avons pas fait beaucoup de fautes depuis la faillite de Lehman-Brothers. Nous avons maintenu l’activité, sauvé nos banques, garanti l’épargne, gardé le chômage dans les limites habituelles.  Nous avons constamment asticoté l’Europe pour qu’elle bouge.  Est-ce notre faute si Angela Merkel est à chaque fois si longue à se porter au niveau des enjeux ?  Est-ce notre faute si le FMI a été un si mauvais guide ? Est-ce notre faute si la BCE est si bornée qu’elle risque de disparaître elle-même avec la zone Euro, en une sorte de suicide par la vertu ?  Est-ce notre faute si les Etats-Unis sont irresponsables et la Chine saisie par le vertige de la gloire déplacée des Hans ? Est-ce notre faute si le G.20 est vain ?

Vous pouvez légitimement plaider ainsi. Vous ne serez pas écouté, encore moins, entendu.

La rupture était le bon thème. Vous vous êtes contenté d’une fausse rupture. Et vous êtes en grand danger d’être rompu par les évènements que vous n’avez ni vu venir ni compris ni domestiqué.

Que faire ? Nous n’avons qu’un conseil à vous donner : avouez tout ! 

N’essayez pas de vous accrocher à de tristes branches. Oui la situation des Anglais est pire que la notre. Oui les américains sont plus responsables que quiconque de ce qui arrive.  Oui, les socialistes de M. Hollande seront pires que vous. Non, Madame le Pen n’a pas de vraies solutions. Non Monsieur Bayrou, le fédérolâtre euro et égo -centré n’est pas l’homme de la situation.

Avouez que vous n’avez pas compris que depuis 1971 les conditions du gouvernement n’étaient plus celles d’avant. Avouez que vous n’avez pas assez tenu compte de la leçon terrible des crises de 93, 98, 2001.  Avouez que vous n’avez pas compris combien le gonflement permanent des dettes globales depuis 71 était dangereux. Avouez que vous n’aviez pas vu à quel point les institutions de l’Euroland étaient mal conçues.  Avouez n’avoir pas reconnu que la crise de 2007 était si grave qu’il fallait dès l’été de cette année là renoncer à tout votre programme et commencer autre chose.

Cet aveu fait, vous auriez la conscience tranquille pour annoncer tranquillement au monde cette vérité d’importance : si le monde ne renonce pas aux défauts de son système monétaire international, si l’Europe ne remet pas dans l’ordre ses institutions bâclées, si la France ne renonce pas au tout-état, au tout-subvention, et à la défense « perinde ac cadaver » des avantages acquis mal acquis par des catégories sociales abusives,  alors le pire arrivera.

Annoncez à la BCE que si elle ne fait pas son devoir et vite, alors la Banque centrale Française sera réquisitionnée pour battre monnaie à nouveau.  Annoncez à la Chine que si les déséquilibres commerciaux gigantesques perdurent avec la France, une double barrière tarifaire et monétaire sera mise aux frontières. Annoncez aux Etats-Unis que si le « benign neglect et la non coopération continuent, vous ferez défaut sur la dette des créanciers en dollars. 

Vous verrez la panique s’allumer dans tous les yeux. Et les consciences s’ouvrir aux vraies solutions.

Ces solutions faites en votre leitmotiv :


-    Oui il faut revenir à une coopération entre les états basée sur des changes fixes, rationnels et défendus par les états, à charge pour eux d’éviter les déficits et les excédents monstrueux.


-    Oui l’Euroland doit retrouver une gestion financière complète où trésor et banque centrale sont dans la main des dirigeants effectifs, responsables et démocratiquement élus avec un objectif de plein emploi.


-    Oui l’Europe doit retrouver son tarif extérieur commun et doit être pilotée politiquement et économiquement  autrement que par des directives pointillistes et majoritairement inutiles, une Commission anti-états,  et la Cour de justice européenne.S'ouvrir à tout vent et empêcher avec ténacité toute réaction n'est pas une politique.


-    Oui la France doit abandonner le mode de fonctionnement qu’il connait depuis 1974. L’énarchie compassionnelle doit disparaître et la séparation de la haute administration et de  la politique prononcée. La paupérisation par l'hyperfiscalité et la dépense publique folle doit cesser.

Vous ne serez peut être pas réélu.  Mais vous aurez pris date pour après le désastre. Et il faudra bien quelqu’un pour reconstruire.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

La zone Euro va-t-elle éclater ?

"Au lieu de lire des vers de mirliton nous préfèrerions savoir concrètement si la zone Euro peut exploser et si oui ce qu'il faut faire pour se protéger". 

La question est si franche que nous y répondons :

- Oui la zone Euro peut exploser

- Non il n'y a pas grand-chose à faire pour se protéger.

Vous voilà bien avancé,  cher lecteur.

Nous ajouterons : il n'est pas certain qu'elle explose. Il n'est pas obligatoire de chercher à tout prix des protections.

Nous n'avons jamais cru, au Cercle des économistes e-toile, les théories qui expliquaient que la zone Euro n'avait aucune chance de vivre ou de survivre. Nous ne croyons pas à la théorie des zones monétaires optimales, pour des raisons si souvent expliquées ici que nous y renvoyons le lecteur. Nous ne croyons pas à l'existence d'un vice absolu vouant l'édifice aux poubelles de l'histoire.
 
En revanche nous considérons que la zone Euro, zone politique, est grevée de nombreux défauts de construction qu'il importe de comprendre avant de savoir s'il faut et s'il est possible de les corriger.

Une zone monétaire ne peut pas fonctionner durablement sans qu'une politique économique complète soit mise en œuvre. Une politique économique possède quatre dimensions indissociables :

- Le budget
- La banque centrale et la politique de crédit
- Le change
- la législation économique, sociale  et fiscale .

Pour conduire une politique il faut des organes coordonnés vers un même but.

La zone Euro a été construite en refusant ces réalités.

Il n'y a pas d'objectifs globaux explicites. Les budgets restent nationaux, comme la législation économique, sociale et fiscale.

La banque centrale conduit une politique qui lui est propre avec un objectif de prix des biens de consommation tels que définis dans un indice composite européen.

Le change est laissé à l'abandon. M. Juncker, Président de l'Eurogroupe, est théoriquement en charge de la politique de change, selon les traités. En vérité l'idéologie dominante veut que ce soit les marchés qui fixent "librement" les cours de change.
 
Le système actuel repose sur des normes de déficits et d'endettement contredites par  des politiques disparates.

Il s'inscrit par ailleurs dans un système monétaire international sans règle, chaque pays étant libre de faire ce qu'il veut : lier sa monnaie à une autre, la laisser flotter, la diriger.   En revanche les capitaux sont libres de se déplacer à travers le monde sans aucune supervision internationale et d'agir pour ou contre la politique de chaque banque centrale,  c'est selon. 

Autant dire que la zone Euro était un accident dans l'attente de se produire.
 
On dira : l'accident conjoncturel qui frappe la zone n'est pas de son fait et on n'envisageait pas de telles tempêtes. La crise actuelle est de type centennal et le fait qu'elle survienne dix ans seulement  après les débuts de l'Euro tient à la malchance et non  à ses faiblesses structurelles.
 
Les deux affirmations sont justes. Ce n'est pas la zone euro qui est à la source de la crise mondiale et la gestion "par la norme" n'était pas faite pour le gros temps.

Le très gros temps est de la partie. Les défauts deviennent criants.

Pour chacun des états de l'Euroland la pression est sévère.

Leurs dirigeants ont laissé leur pays s'endetter au long cours et les solutions à court terme apportées à la crise mondiale  (sauver les banques et laisser jouer les "amortisseurs sociaux")  ont fait  déborder des bassins déjà trop pleins.  Ils sont à court de ressources et à la merci des prêteurs.  L'Euro n'a pas de responsabilités directes dans l'affaire, sinon en ayant laissé croire à la force du bloc et permis des taux d'intérêt bas pendant un temps trop long.

La difficulté est que les politiques  n'ont plus rien entre les mains pour faire face. La monnaie ? Ce n'est pas eux ? Les changes ? Ce n'est pas eux ?

Restent les budgets et la législation.
 
Dans plusieurs pays de la zone Euro la dette est devenue impossible à rembourser et même à proroger. Les taux d'intérêts sont devenus prohibitifs. Les budgets ne peuvent plus être bouclés et les déficits ne peuvent plus être financés. Ils sont en état de faillite virtuelle.

La seule solution était la solidarité des pays de la zone monétaire  par l'appui de la Banque centrale et la mutualisation des dettes. En un mot la Banque centrale aurait fait chauffer la planche à billets autant que de nécessaire pour financer les états en détresse ; le trésor commun aurait fait rouler la dette, en en purgeant un petit bout au passage. Seulement voilà : les statuts de la BCE interdisent ce genre de politique et les traités précisent bien que les états nécessiteux ne doivent leur salut qu'à eux-mêmes.

Pendant que les pays de l'Euro tergiversent, les banques porteuses des dettes concernées sont considérées comme en grand danger de faillite. Depuis juillet, date où des décisions rapides s'imposent sur la Grèce, puis l'Italie, rien n'a été fait. Alors la croissance s'est arrêtée. Les banques ont vu leurs liquidités s'assécher. La panique s'est installée dans une sorte de sauve qui peut général.

Faute d'autre moyens tous les états se sont lancés dans la contrition budgétaire. Pour contrer les effets déflationnistes les banques centrales se sont concertées. Elles ont  sauvé les banques en panne de dollars puis toute celles en panne de liquidité.

Un énorme coup de frein budgétaire et les plus grandes libéralités monétaires coexistent. Manier le frein et l'accélérateur en même temps provoque généralement des dérapages.

La question est de savoir si la tentation du cavalier seul monétaire, en un mot permettre à un état de produire autant de monnaie qu'il le veut en quittant l'euro et en laissant plonger sa monnaie , l'emportera dans l'esprit des principaux dirigeants européens.

En raison, ils ne sont pas obligés par la crise d'aller à cette extrémité là.

On a vu avec l'Islande, avec le RU et avec bien d'autres pays qui ont leur monnaie propre, que le privilège de pouvoir jouer avec le change et l'offre de monnaie ne changeait pas fondamentalement les choses. Le coup de massue budgétaire au RU est plus sévère qu'en Europe continentale. Il n'y a guère de différences entre l'état de l'Islande et celui de l'Irlande.

Il va de soi que si la zone Euro disposait d'une structure de commandement économique centralisé, d'un trésor central, d'une banque centrale assujettie aux ordres de la gouvernance économique, d'une politique offensive des changes, ainsi que de tous les instruments financiers centralisés, la situation serait meilleure.

Eusse-t-elle été dotée de ces outils en 2008  la politique aurait été sensiblement différente. On aurait laissé filer l'Euro, géré sans effort le cas grec qui aurait disparu des radars,  et prouvé aux marchés que la banque centrale était prête à financer inlassablement tous les déficits qui apparaîtraient et à fournir de quoi rembourser au nominal toute forme de prêts privés ou publics.

La crise n'aurait pas été réglée pour autant. Le Japon, les Etats-Unis  et la Chine auraient été immédiatement gênés par la politique de la zone Euro. Un Euro faible ne les arrange pas. Leurs dettes sont aussi là. Une guerre des changes aurait été possible bien pire que celle que l'on connait.

On aurait craint d'en arriver là. Entre puissances il aurait bien fallu vaille que vaille aboutir à un compromis sur les monnaies.

Eh oui, un compromis sur les monnaies ! Car une guerre de changes ne mènerait nulle part.

Le plus grave dans l'organisation zombie de la zone Euro c'est que sa faiblesse même interdit la seule solution globale. On craint qu'elle ne s'effondre mais on ne la craint pas. Zone d'ajustement elle est et doit rester.

Le RU dévalue à tout va comme la Corée. La Chine ne sait plus où elle va. L'épargne mondiale en folie cherche où se cacher et ne trouve pas. On fuit l'Euro sans tête mais on craint le dollar.

Si la zone Euro casse, tout cassera. Le "credit crunch" sur les dettes sera tel qu'on va directement à la dépression auto entretenue.

2012 est l'année de tous les dangers parce que les décisions politiques qui devraient être prises ne le sont pas. Peuvent-elles l'être ?
 
On entre ici dans la prévision politique. Le tu-me-tiens-je-te-tiens par la barbichette est un jeu difficile à arbitrer. L'issue dépends de la résistance des barbichettes et de la force ceux qui tirent dessus.

Si la guignolade continue au G.20 comme devant et si l'Euroland persiste dans le tempo actuel alors oui il y aura explosion de la zone euro et dépression générale. Oui. Et désolé, il n'y aura aucun endroit où se cacher. Environ 10% du capital mondial disparaîtra ce qui est le coût d'une guerre.


Nous sommes aux extrêmes limites.

Le conseil que nous donnons à la zone Euro est de nommer immédiatement un "chancelier de l'échiquier de la zone euro" avec pour mission de négocier le retour à système monétaire international où les états auront des responsabilités et le pouvoir d'utiliser tous les instruments nécessaires pour éviter l'explosion de la zone Euro.

Le conseil que nous donnons à la Chine et aux Etats Unis, c'est de se préparer à un nouveau Bretton-Woods qui les verra solidifier avec l'Europe  la solidarité des grands pays du monde autour d'objectifs de vraie stabilité  et de coopération équilibrée.

Allons, donnons les parités souhaitables : 1 Euro = 1 Dollar = 5 CNY = 100 Yens.

S'ils avaient mis en œuvre cette politique dès l'explosion du marché interbancaire de 2007, nous n'en serions pas là. Quatre ans ont été perdus. Parions qu'une cinquième année de n'importe quoi ne restera pas sans conséquences gravissimes. 

Revenons à nos questions initiales :

- La zone Euro va-t-elle exploser ? La solution ne dépends pas d'elle seule et suppose qu'elle change profondément ses pratiques. Elle est donc très mal. D'autant que pas une bouche officielle ne tient le discours qu'il faudrait et que les économistes officiels pro-euros sont cachés sous le tapis.

- Peut-on se protéger ? Non. La fuite est en cours depuis des mois et des années. Les actifs gonflés par la fuite s'effondreront plus encore que les autres en cas de dépression généralisée.

La meilleure protection est de militer pour des idées justes et de voir les bonnes politiques triompher.

La chance de Sarkozy serait d'emboucher les bonnes trompettes. Mal conseillé, il tergiverse. Il doit dire à Mme Merkel que les structures de la zone Euro doivent changer et pourquoi, sans cacher qu'un refus de sa part signifie la mort de l'Euro.  Il doit affirmer haut et fort à la Chine et aux Etats unis que les politiques aventurées, le n'importe quoi pour les Etats-Unis et le mercantilisme pour la Chine, se heurteront de plein fouet à la réalité d'une grande dépression. Mme Lagarde doit jouer son rôle qui n'est pas seulement de Cassandre mais de proposition.

Ni Sarkozy ni Merkel  n'ont les conseillers, le bagage économique et la force de conviction pour porter ce message. Qu'ils prennent enfin conscience des efforts qu'il leur faut faire sur eux-mêmes et sur leurs équipes !
 
Si chacun des dirigeants des grands pays  continue à creuser la tombe de l'économie mondiale avec ses petites dents, prisonnier de ses petits calculs, de ses lobbies et des grandes ambitions de son pays, entourés d'idéologues qui les trompent et qui se trompent, alors oui 2012 verra un désastre économique de première grandeur.

Le pire n'est pas sûr.  Le monde est résistant. Les quatre années de pensée zéro et de contre politique  qui viennent de passer le montrent.  Mais le compte à rebours est désormais  enclenché.

Joyeuse année 2012 à tous. 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Lettre ouverte à M. Guaino

Cher Monsieur Guaino,

En juin 2006 nous avions écrit au candidat Nicolas Sarkozy sous forme d’une lettre ouverte publiée sur le forum du Monde.fr.  Nous l’avertissions qu’il allait rencontrer une crise terrible en cours de mandat et qu’il fallait qu’il tienne compte de cette réalité difficile dans son discours de candidat.

Nous pensions qu’il fallait qu’il renonce absolument à ses promesses de croissance accélérée qui se briseraient sur le mur des réalités.

Cinq ans après, voilà Nicolas Sarkozy fracassé par la crise annoncée. Lors du discours de Toulon n°1, il nous avait semblé rester trop décalé face aux réalités. Trop de condamnations globales pas assez d’analyses précises. Trop de morale de tribune. Pas assez d’actes concrets permettant de faire face aux évènements.

Voici qu’à Toulon un second discours est censé marquer les esprits, lancer les accords de Bruxelles sur un nouveau traité européen, mettre le candidat en meilleure posture pour la nouvelle élection présidentielle qui se profile.

On attendait qu’il explique pourquoi Toulon 1 n’avait pas marché, pourquoi la crise était au bord d’un nouvel épisode encore pire que le précédent, pourquoi l’Europe était désormais en pleine discorde, pourquoi la zone Euro était en grand péril d’éclatement, pourquoi la récession s’annonçait à nouveau dans le monde en 2012.

Gouverner c’est prévoir. Avoir raté le coche une première fois lors des élections présidentielles précédentes était pardonnable. La situation était si peu analysée par les économistes de cour qu’on comprend que les politiques aient été pris de court.  Avoir raté le coche une seconde fois à Toulon en 2008 était plus grave. Mais rater le coche une troisième fois  maintenant est dramatique.  


Analysons ensemble certaines assertions du discours de Toulon 2. 

« En septembre 2008, ici, à Toulon, au cœur de la tourmente, j'avais tracé une perspective : celle d'un capitalisme de production, d'une mondialisation régulée, d'une finance encadrée, d'un développement durable, d'un nouveau rôle pour l'État dans l'économie, d'une nouvelle gouvernance européenne et mondiale. »


-    Le capitalisme récent a toujours été un capitalisme de production. Il n’a d’ailleurs jamais atteint de meilleures performances. La difficulté est pour la France en particulier que la production a eu lieu ailleurs et que la croissance de la valeur ajoutée française a été de plus en plus médiocre et dépendante de la dette.


-    La mondialisation, s’il s’agit du commerce international  n’a jamais été autant régulée et surveillée par des organismes ad hoc comme l’OMC.


-    La finance a toujours été extrêmement encadrée. Les règles de Bâle existaient en 2008. Et les nouveaux produits financiers avaient tous été avalisés par les autorités compétentes. Aucun n’a d’ailleurs été interdit depuis.


-    Le développement durable n’est pas seulement le développement qui ne consomme pas les ressources rares de la planète.  C’est celui empêche des bulles de  gonfler qui exploseront nécessairement un jour ou l’autre. Mais les bulles n’ont pas été dénoncées. Elles ont explosées et la croissance n’a pas été durable.


-    Le rôle de l’Etat dans l’économie est en France excessif. C'est la coopération des états dans le monde qui est insuffisante.


-    La nouvelle gouvernance mondiale en Europe et dans le monde n’a de sens que si on précise bien les politiques ou les absences de politiques fautives.

Ces têtes de chapitre en elles-mêmes ne sont pas suffisantes. La question fondamentale reste : qu’est-ce qui était mal fichu dans le système précédent et comment le réparer ? Le diagnostic précède toujours la thérapeutique. Sans diagnostic de détail on reste dans des généralités stériles. 

Vous le faites dire d’ailleurs très bien : « Il faut chercher les causes communes qui ont conduit le monde dans la situation où il se trouve aujourd'hui. »

Et vous continuez de façon excellente :

« C'est dans l'instauration, à partir de la fin des années 70, d'une mondialisation sans règle autre que celles qui garantissaient la liberté du commerce que se trouve l'origine des difficultés actuelles. »


Ce qui nous gêne ici c’est l’emploi du mot mondialisation. Il est trop vague.

 

Ce qui s’est mis en place en 71 c’est une liberté du commerce sans politique monétaire internationale. On a prétendu que les monnaies pouvaient varier l’une vis à vis de l’autre dans un rapport quelconque (on a été du simple au double)  mais qu’un demi pourcent de droits de douane était une honte inacceptable. 

Baisser la TVA sur la restauration de quelques points était un sujet de discussion décennale mais perdre 50% de compétitivité vis-à-vis du Yuan ou du Dollar était « normal » et hors du débat entre nations. 

Ce qui a changé en 1971, c’est le système monétaire international. Le système fautif et l’idéologie qui va avec, auront été que les monnaies, gérées en Occident par des banques centrales plus ou moins indépendantes,  devaient flotter au rythme des pulsions du marché alors que les biens, les capitaux et les personnes pouvaient courir le monde sans entraves.


Il n’est donc pas tout à fait exact de dire que le système monétaire nouveau était sans règle.


Les accords de Bretton-Woods comme vous le savez ont été la victime à la fois des Allemands qui du fait des arrivées de liquidités excessives en provenance des Etats-Unis ont décidé de cesser d’en appliquer les règles et des Etats-Unis qui n’ont pas voulu défendre la parité de leur monnaie en or et qui ont finalement refusé de livrer leur or aux détenteurs de dollars.


Le flottement des monnaies a bien été subi. Aucun économiste sérieux n’avait fait une théorie complète et convaincante des changes flottants, à part quelques bribes dans Milton Friedman.


Mais de mauvais esprits ont fini par théoriser un état de fait et rendre tabou toute tentative de le modifier. Le rôle, pour la France,  de M. Giscard et de son conseiller Pébereau ont été à cet égard parfaitement délétère.  Dès 1972 le tarif extérieur commun de la Communauté européenne est abandonné (sans discussion auprès du peuple ni même des forces politiques), la banque centrale se voit interdire de prêter directement aux états et le principe d’indépendance de sa gouvernance est gravée dans le marbre. 

Depuis la zone Euro a été construite sur les mêmes bases d’une banque centrale qui n’est pas responsable de la valeur externe de la monnaie et qui n’a d’autre boussole que les prix moyens d’une sélection transnationales de produits de consommation.


Banques centrales indépendantes, ne finançant pas les états, marchés de capitaux à court et long terme libres, changes flottants, stabilité interne des prix de consommation sont devenus des idées et des institutions  sacralisées.


L’ennui, c’est que ce système n’a jamais fonctionné, ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais. Il est bien à la source de nos difficultés actuelles.


Il faut donc explicitement le condamner ou se condamner au verbiage. 


Voici la phrase que vous auriez du prononcer : « C'est dans l'instauration, à partir de la fin des années 70, d'un système général de monnaies administratives dont la valeur externe flotterait au gré des pulsions des marchés financiers et des manœuvres des banques centrales que se trouve l'origine des difficultés actuelles. »


L’auriez-vous fait qu’il vous aurait  fallu expliquer pourquoi et  dire comment on devait changer le système, mais vous auriez pu prendre date  et démontrer que faute de réforme on allait tous dans le mur.

Nous reviendrons dans cette grande faute intellectuelle de départ. Continuons à lire votre discours.

« La globalisation financière s'est installée pour compenser artificiellement les ravages que la mondialisation sans règle provoquait dans les économies des pays développés.
C'était nécessaire pour que les excédents des uns puissent financer les déficits des autres. »


Ici, vous allez un peu trop vite.  Dans le nouveau système rien en apparence ne laissait penser que les déficits et les excédents excessifs devaient être la règle. Les cours du change des pays en excédent auraient du monter et ceux des pays en déficits baisser. Les mouvements de changes auraient été stabilisateurs. C’était la théorie de Friedman : les ajustements auraient plus petits, plus constants, moins destructeurs. A terme le monde aurait connu une égalisation des taux d’intérêt, une baisse des réserves nécessaires, et des variations modestes de cours de change.  Pour Milton Friedman les changes flottants comme tous les systèmes de prix étaient stabilisateurs. 


On aura vu exactement l’inverse.


Le système ne devait pas provoquer de « ravages ».  Il n’aurait donc pas du être nécessaire d’effectuer des compensations sous forme de dettes.


Votre propos n’a de sens que si on explicite pourquoi en fait dès 1971 a été mis en place un système voué aux déficits et aux dettes en excédents contrairement à la vulgate qui a fini par le justifier.  

Vous ne le faites pas.


Est-ce la libre concurrence qui est le moteur du déficit, les pays pauvres et peuplés emportant progressivement tout le commerce mondial et toute la production ? La régulation doit-elle être commerciale d’abord ? Faut-il donc revenir sur le libre échange quasi intégral qui prévaut aujourd’hui ?   Ou sont-ce les défauts structurels du nouveau système monétaire international de facto qui doivent être incriminés ?


Le discours ne donne pas de clé sur ces questions cruciales.


En revanche il esquisse une explication fausse de l’accroissement de la dette globale. En considérant que la liberté du commerce implique que les pays riches soient mécaniquement  obligés de s’endetter pour continuer à consommer, on se trompe totalement de diagnostic.  Vous semblez croire qu’un pays pauvre a toujours l’avantage sur un pays riche en matière de productivité et qu’il lui prendra nécessairement sa production.

C’est évidemment faux. Sinon il n’y aurait plus de pays pauvres depuis longtemps et la Grèce triompherait en Europe.   Ce que vous oubliez c’est le taux de change. C’est lui qui régule les vannes.  Au sein de la zone Euro il n’y a plus de vannes. Dans un système de changes flottants les vannes sont chaotiques et irrationnelles. L’ennui c’est que le taux de change est un sujet tabou, aussi bien au sein de l’Euroland depuis que la monnaie unique a été choisie de préférence à une monnaie commune mais ajustable, que dans les instances internationales où les changes flottants sont le dogme absolu.


Ce que l’on a vu c’est une panne généralisée de quarante ans dans le fonctionnement des écluses monétaires. C’est sur ce défaut majeur que l’on aurait du se pencher. Mais au G.20, on a considéré,  que les changes étaient un non-sujet. Tragique méprise.
L’ouverture du commerce international et son développement n’est pas la source des difficultés. Au contraire, ils ont été une force de croissance constante et puissante jusqu’à ce que désordres financiers finissent par l’étouffer.


En revanche le pseudo-système, qui s’apparente à un non-système du point de vue technique, qui consiste à laisser une monnaie nationale jouer le rôle principal dans le système monétaire international soit comme monnaie de transaction soit comme monnaie de réserve, en sachant que les autorités dudit pays annoncent qu’elles se moquent de la valeur externe de leur devise, et qui laisse toutes les monnaies flotter ou non selon les stratégies des états, est une absurdité calamiteuse qui a fait tout sauter.

C’est cette absurdité qu’il faut dénoncer. Oui il  importait dès 2007 de prendre date en assénant que l’absence de réforme dans ce domaine provoquerait une crise plus grave encore et dès 2008 qu’elle ne permettrait pas de sortir de la crise qui avait explosé.

Bien sûr la France aurait rencontré des oppositions. Ni la Chine ni les autres pays mercantilistes n’auraient accepté sans réagir la remise d’un système dont ils croient tirer avantage. Les Etats-Unis n’auraient pas lâché leur privilège monétaire d’un tour de main.  Le Royaume-Uni, poumon financier et principale passerelle de recyclage des excédents et des déficits de balances de paiement  n’aurait pas non plus pavoisé.


Mais en indiquant que le prix à payer de l’inaction était une crise mondiale pire que celle de 1929, on se positionnait pour la suite.


Toulon 2011 n’aurait pas été cette pale copie de Toulon 2008.  Le Président aurait pu dire : « Nous nous enfonçons dans la crise comme nous l’avons prévu et annoncé faute de toucher au moteur de la crise. Voulons-nous attendre la vraie grande dépression mondiale pire que 1929 pour agir ? ».


Au lieu de cela vous avez rendu les armes par avance. En annonçant qu’il ne s’agissait pas de remettre en cause le rôle du dollar comme monnaie internationale et qu’on ne reviendrait pas sur les changes flottants et que la Chine était notre amie malgré sa politique mercantiliste agressive,  vous vous êtes privé de tout levier pour faire changer quoi que ce soit. Et vous avez aggravé le tout en affirmant qu’il n’était pas question de revenir sur l’indépendance totale de la BCE.


Que vous reste-t-il comme issue sinon subir l’aggravation de la crise en secouant des petits poings impuissants ? Alors que le Président de la République Française aurait  pu prendre la stature du commandeur.

« L'Europe sans politique, l'Europe en pilotage automatique qui ne fait qu'appliquer aveuglément les règles de la concurrence et du libre-échange est une Europe qui ne peut pas faire face aux crises. »

Nous retrouvons ici une variante de la même analyse : l’Europe serait victime de la liberté commerciale et d’elle seule.  En vérité ce sont les changes de la zone euro qui sont en déshérence.  Lorsque le dollar a été faible ainsi que le Yuan entre 1997 et 2000, la croissance a été forte. Lorsque l’Euro a été trop fort, elle a souffert.

Les déséquilibres internes à la zone  ne sont pas non plus pris en compte. L’Allemagne a conduit une politique « mercantiliste » fondée sur la retenue salariale et une moindre croissance, mais sans trop de dettes, pendant que la France prenait un autre chemin, basé sur la consommation, le farniente et la dette à outrance.  Quant aux autres ! Chacun a fait ce qu’il voulait.

Entre le défaut de construction de la zone Euro qui laisse sans gestionnaire le taux de change (M. Juncker aura été un président fantomatique de l’Eurogroupe) et la politique foldingue de la France fondée sur le vive l’impôt, vive la dépense publique, vive la dette, vivent les avantages acquis, on a assez d’explications des difficultés particulières qui nous assaillent sans remettre en cause exclusivement le libre échange. 

« La croissance extravagante du secteur financier qui a disséminé d'invraisemblables quantités de dettes a eu pour conséquence la financiarisation de l'économie. Elle l'a mise sous la domination exclusive de la logique spéculative et l'obsession du court-terme. On en connait les conséquences dramatiques sur l'industrie, sur l'environnement, sur les inégalités et sur la dégradation de la valeur du travail ».

La question est de savoir quelle est la source de cette « croissance extravagante ».  Vous n’en esquissez aucune description dans le discours. On pourrait penser que votre idée sous jacente est que les pays développés, perdant dans la compétitivité mondiale, se sont lancés dans une course folle volontaire à la dette et que les banques en auraient rajouté pour arriver à la catastrophe que l’on connait.

La vérité, à laquelle vous faites si souvent référence dans ce discours,  est un peu plus précise que cela.

Les banques ne peuvent pas enfler leur bilan toute seule. Si elles avaient le pouvoir individuel de créer de la monnaie à volonté, aucune d’entre elle ne risquerait la faillite.  La dette créée par les banques est toujours un produit dérivé. Il faut une source nette de liquidité pour que la banque prête plus.  Cette source de liquidité à l’échelon d’un pays ne peut venir que de la création de monnaie banque centrale ou dans un afflux net de monnaie internationale, dans la pratique de dollars.

Chaque zone monétaire est donc dans la dépendance des balances qu’elle entretient avec les autres et de la politique de sa banque centrale « indépendante ». 

Dans un système de changes flottants où personne n’est responsable ni des cours des devises, ni des niveaux de balances de paiements, ni des niveaux de balance commerciale, laissés à la libre évaluation ou évolution des marchés, tout va dépendre de la politique monétaire des grands acteurs et principalement de la banque centrale du pays qui émet la monnaie mondiale et qui ne peut alimenter la liquidité mondiale que par des déficits de balances extérieures.

Après dix années d’inflation à deux chiffres et de déficits monstrueux, Volcker aux Etats Unis a donné à la fin des années 70 un énorme coup de frein qui a aggravé fortement aux Etats-Unis la dureté de la crise cyclique décennale. Ensuite Greenspan a repris dès 1987 la politique de Benign neglect et d’injection massive de liquidité à chaque chute de bourse ou début de récession. Lorsque les dettes devenaient trop grandes on ruinait le créancier comme le Japon dans les années 80. Ils ont accumulé des avoirs en dollars replacés aux Etats Unis selon une spirale sans fin (la double pyramide de crédits décrite si bien par jacques Rueff) avant de subir des très graves dépréciations dont ils ne sont toujours pas remis. A partir des années 90 la Chine s’est ajoutée.  Et elle proteste en voyant qu'elle prend le même chemin si lme dollar s'effondre. 


Les pyramides de déficits de la balance dollar des Etats unis ont donc été depuis 1971 la source des pyramides de dettes quiont été certes  partiellement purgées après chaque accident conjoncturel.mais qui ont chjaque fois repris de plus belle.


On a vu ainsi les dettes globales moyenne des Etats industrialisés qui étaient redescendues à moins de 200% du PIB remonter dès 1972.  Partout. On a dépassé  200% puis 250% puis 300% puis 350% de ratio dette/PIB pour atteindre souvent 400 et plus. L’Irlande ira vers les 1000%, l’Islande les 1400% !


Nous avons décidé au Cercle des économistes e-toile d’intervenir quand beaucoup de cs pays ont dépassé les 300% en 1997.  Depuis cette date nous appelons les dirigeants à réfléchir aux défauts d’un système qui ne pouvait qu’exploser de façon cataclysmique. Et on a passé les 300% pour aller vers les 400%  dans le silence absolu des économistes officiels et des politiques !


Le cœur de votre réflexion devrait être fixé sur cette explication : pourquoi et comment depuis 1971 le monde a-t-il vu l’endettement global des pays développés remonter alors qu’il baissait continument depuis la guerre ? 


 « L'Europe sans politique, l'Europe en pilotage automatique qui ne fait qu'appliquer aveuglément les règles de la concurrence et du libre-échange est une Europe qui ne peut pas faire face aux crises. C'est une Europe désarmée. C'est une Europe qui est condamnée à subir. Cette Europe-là, nous n'en voulons pas. »


Ce n’est pas nous qui vous contredirons. Nous affirmons que la gestion par la norme est la grande victime de la crise.  Ce n’est pas vrai seulement pour l’Europe : à partir du moment où il n’y a plus de discipline internationale d’état autour des taux de change, le monde vit dans le spontanéisme corrigé théoriquement par la norme et les institutions juridiques mais en vérité exploité par les puissances en vue de leur propre intérêt. Au darwinisme microéconomique réponds un darwinisme macro économique qui a permis aux Etats unis et à la Chine de tirer au moins provisoirement et en apparence leur épingle du jeu. Mais au prix de la faillite générale. 


Il est clair que dans ce choc des puissances la France n’a pas  fait le poids et l’Europe n’a pas existé.


A l’intérieur de la communauté, sur trop de sujets, la commission européenne dicte sa loi contre les états. Le ministre socialiste Allègre a écrit que la collectivité des ministres de l’éducation n’a rien pu faire pour imposer à un Commissaire un projet que tous les ministres européens avaient accepté. Le Commissaire a dit : niet. Et rien ne s’est fait.  Seule la commission a l’initiative. Et sur certains thèmes un grignotage perpétuel soutenu par la Cour de Justice Européenne a été mené sans résistance réelle de la France.

Dans tous les secteurs communautarisés via la Commission les gouvernements et donc leurs électeurs ont perdu tout pouvoir de contrôle et surtout de changement. Le Parlement européen a toujours été une farce démocratique et le restera.

Avec la BCE la perte de pouvoir est encore plus radicale. Non seulement le pouvoir a échappé aux Etats mais ils sont condamnables s’ils prétendent remédier à ce triste état de fait.  L’indépendance des banques centrales est une fiction idéologique. Ne donner à cette fiction qu’une mission de stabilité d’une liste de prix de produits de consommation plus ou moins arbitraire et moyennée sur une zone aussi grande n’a pas de sens.

Vous venez de prendre des décisions qui mèneront à la perte de la responsabilité budgétaire. La « règle d’or » cela consiste à créer une condition de plus de « pilotage automatique pendant la crise ».

Les Etats européens ne disposent plus du volant règlementaire et législatif dans aucun des domaines communautarisés, n’ont plus de gouvernail monétaire et désormais sont contraints à faire avaliser leurs budgets par la Commission.

C’est une Europe dont les états sont condamnés à subir.

Vous affirmez : nous ne voulons pas d’une Europe passive.  Très bien. Parfait. Mais quels sont les leviers qui restent à disposition du Président de la République Française ?

En revanche des pouvoirs transférés ne sont pas exercés.

Qui était responsable de la politique de change en Euroland ? Pas la BCE, on le sait. On a statutairement mis hors jeu l’institution qui a le plus d’influence sur les changes. Les états de la zone Euro ? Aucun pouvoir.  Les traités disaient : c’est l’Euro-groupe.

Cet Euro-groupe a été présidé par un fédéraliste européen, le luxembourgeois Juncker,  quasiment depuis sa création. Qui a entendu sa voix ? Qu’a-t-il fait ou dit dans ce domaine ? Rien.   Et pourquoi rien ? Parce que l’Euro-groupe et les états de l’Euroland n’ont exactement aucun pouvoir sur les changes externes et qu’ils sont totalement impuissants à contrer les forces centripètes à l’intérieur de la zone Euro.  De toute façon son président n’a même le pouvoir de parler au FMI !

On ne voit pas que ces institutions partiellement informelles, divisées et croupions, ait un rôle quelconque sinon de dialogue entre ministres européens, façon club.

L’Europe a désarmé les états pour tout ce qui concerne les mouvements de personnes, de capitaux et de produits au sein de l’Union.  Et elle ne produit aucune politique dans ces domaines. Les armes mises au râtelier européen ne servent plus.

Votre discours n'est pas faux. Il ne fait guère avancer les choses. On en reste à l’incantatoire. Que faire sans sortir de l'Euro ou sans créer à côté de la Commission un centre opérationnel réel de l'Euroland piloté par la réunion des états concernés ? Surtout comment faire si Mme Merkel ne veut pas  ?

Nouveau traité européen : quel impact ?

Pour connaître l'impact d'un train de mesures comme celui qui vient d'être mis sur les rails par l'Union Européenne moins le Royaume-Uni il faut avoir une grille de jugement.

En temps de crise, la préoccupation est toujours double :

* sortir du mauvais pas où l'on s'est fourré
* éviter de recommencer.

Il faut donc, d'abord, avoir une idée des causes de la crise.

Nous défendons ici que le monde souffre d'une erreur de conception du système monétaire international fondé sur les changes flottants et une monnaie de réserve internationale gérée par un seul pays à son seul profit apparent, que l'Euroland est mal conçue avec notamment une banque centrale à la vocation atrophiée, et que la France a sombré à son détriment dans le tout état, tout impôts, tout dépenses publiques.

L'accord européen n'apporte aucune solution directe aux malheurs liés aux changes flottants et à "la guerre des monnaies".

Les statuts de la banque centrale reste ceux qu'ils sont et la gouvernance de la zone euro reste bancale, du fait d'une gestion par les principes, par la norme, et non par une gouvernance capable de piloter. Si la convergence des politiques budgétaire est acquise, tous les autres éléments sont libres. Une politique sociale effrénée mais sans effet sur le budget (jouer sur la durée du temps de travail, les salaires etc.) a autant d'effet que la politique budgétaire. De même que les politiques de crédits peuvent être très différenciées indépendamment du budget. La convergence budgétaire ne garantit aucune convergence générale. D'autant plus que les déficits peuvent être subis et non décidés, comme on vient de le voir du fait du sauvetage presqu'obligé des banques et la mise en œuvre des "stabilisateurs automatiques" en cas de récession. 

Pour la France l'obligation d'être raisonnable était souhaitable. Mais les mesures prises ignorent une réalité que nous soulignons inlassablement : l'existence du cycle. Le budget doit être contra-cyclique. Il ne doit pas être a-cyclique.  Excédentaire pendant les phases de croissance forte il doit redevenir déficitaire pendant les creux. L'équilibre budgétaire doit être dosé finement en fonction des fluctuations générales. L'anomalie est dans l'effet de cliquet des dépenses publiques en cas de baisse de recettes et la reprise immédiate des libéralités financières dès l'arrivée des excédents des vaches grasses.

Toute cette rigidité introduite sur le sable mouvant des changes flottants, renforçant la sous-compétitivité lié à l'Euro fort et confirmant l'absence de politique des changes ne garantit rien du tout pour l'avenir. On a mis une camisole de force à un épileptique jouant au trampoline.

Permet-il au moins de sortir de la crise de financement propre à la zone Euro ?

On sait que la difficulté est lié à un excès de dettes. Les banques sont virtuellement en faillite et les états ne peuvent plus les soutenir sans paniquer les prêteurs, ni même se financer à des taux raisonnables.

Pour liquider des dettes en excédent il n'y a que quatre manières :

- Constater la perte d'une partie des créances : en un mot une faillite organisée ;
- Faire fondre la dette par l'inflation ;

- Pousser la dette devant soi en réduisant à rien les taux d'intérêt voire en les rendant négatif ;

- Accélérer la croissance pour trouver les ressources nécessaires au paiement des intérêts et au remboursement du principal.

Sur le premier point il est annoncé qu'il n'y a aura plus de faillite organisée. En revanche on corsète à ce point les banques qu'elles doivent liquider en masse leur portefeuille et limiter drastiquement le financement...des états. La taxe sur les opérations financières achèvera le travail. C'est du "deleveraging" au forceps.  Mais si on brade des dettes sur le marché secondaire, ces dettes ne sont pas pour autant réduites.

L'inflation est interdite par les statuts de la BCE.
 
Pousser la dette devant soi n'est possible que dans la mesure où il y a refinancement. C'est-à-dire qu'il faut des banques désireuses et en situation  de prêter, si possible dans la zone monétaire elle-même et non pas à l'étranger avec risque de change. Mais les mesures de compression bancaire ne le permettent pas.

Accélérer la croissance est impossible dans le cadre des plans d'austérité nécessaires pour revenir dans les clous des normes fixées par l'accord.

Au total force est de constater que ces accords ne règlent rien pour le futur et ne permettent pas de sortir du trou où on est tombé.
 
Ils rassurent à moyen terme les porteurs de dettes européennes hors de la zone Euro. Mais ils n'empêcheront pas la dégradation générale des notations. Ils donnent à penser que l'Europe  a choisi son avenir politique de façon si forte que la panique s'arrêtera et l'intendance suivra. Mais le temps constitutionnel n'est pas celui de la finance.
   
Sauf si la BCE, "rassurée" sur le sérieux de ses mandants par ses beaux principes gravées dans le mou des parchemins, décidait unilatéralement et en toute "indépendance" de lâcher les liquidités massivement ce qui est actuellement possible sans déclencher une forte inflation, il est plus que difficile de déterminer en quoi les mesures prises peuvent véritablement avoir un effet positif pour la prévention des crises futures comme pour la résolution des conséquences de la crise mondiale en cours.

A entendre les débats qui ont suivi dans les médias, les défenseurs de l'Euro semblent pris au dépourvu. Ils en sont à acquiescer avec ceux qui pensent que l'Euro ne passera pas l'hiver si, au-delà des mesures prises, un "projet vraiment européen" n'était pas mis en place accompagné par un déversement de liquidité de la BCE rendu actuellement impossible par la constitution allemande, verrou qui doit sauter.  Les européistes ont finalement intégré  que l'Euro tel que conçu n'était pas viable. Après avoir crié sans réfléchir que l'Euro était la seule solution, celle qui allait faire naître solidité financière et 5 millions d'emplois nouveaux, comme disait Mitterrand, qu'il s'agissait d'un bouclier dont la construction valait bien quelques sacrifices, manifestations d'un acte de foi plus que d'un raisonnement économique,  les voilà devenus incrédules ou apostats au moment même où l'on créée une nouvelle étape de la fusion économique : l'Europe budgétaire.  

Pendant ce temps là la Grèce s'enfonce dans la récession, comme peu ou prou l'Espagne, le Portugal, l'Irlande et l'Italie. La France ne sait plus si elle dans le camp des forts ou des faibles. L'Europe tout entière perd en compétitivité globale.

Ce n'est plus qu'un cri presqu'unanime : que la BCE lâche la liquidité nécessaire et que l'Euro baisse.

On vote un traité qui dit le contraire : pas de gabegie et pas de dévaluation compétitive. 

La postérité risque d'être un peu dure lorsqu'elle examinera la manière dont l'Europe et le Monde auront géré la crise depuis 2007.

 
Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Extrait du discours fondamental de Philippe Seguin du 5 mai 1992

Alors que M. Sarkozy va prononcer à Toulon un discours qui se veut "capital", il est intéressant de relire ce que M. Seguin annonçait en mai 92 lors de la discussion de l'exception d'inconstitutionnalité du traité de Maastricht.  La perte de souveraineté monétaire disait-il est le garant de la perte de toute souveraineté. Le faux fédéralisme est la garantie qu'on anoncera l'arrivée du vrai fédéralisme lorsque les défauts en seront devenus insupportables. Il annonçait un pouvoir national ligoté obligé de quémander pour faire face et se livrant à la fujite en avant institutionnelle faute de pouvoir élaborer un semblant de politique.

Il faut bien le dire : près de 20 ans plus tard, nous y sommes!

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"Les choses vont-elles donc continuer à se défaire sans qu'a aucun moment le peuple français ne soit consulté ? (...)

Mais voilà qu'on nous assure que Maastricht serait la condition de la paix et de la prospérité, ce qui signifie par là même que son échec équivaudrait à la régression et, j'ima­gine, à la guerre. C'est l'une des idées reçues du moment : les nations seraient inévitablement condamnées au déclin par le progrès de la civilisation matérielle. Leur souveraineté serait incompatible avec le renforcement inéluctable des interdépendances écono­miques et techniques. L'évolution des choses conduirait nécessairement vers un monde sans frontières, chacune de celles-ci constituant un obstacle à l'efficacité, une entorse à la rationalité, une entrave à la prospérité.

Ce sont là des affirmations qu'il nous faut vérifier avec soin car ce qu'on nous demande d'abandonner, pour atteindre la prospérité, ce n'est pas seule­ment le droit de battre monnaie, c'est la possibilité de conduire une politique économique qui nous soit propre.

Suffirait-il de constituer un grand ensemble intégré pour brusquement et sûrement accroître ces performances ? On en douterait au spectacle de grands ensembles existants qui péri­clitent ou se divisent. L'ancienne Union soviétique, la Chine, l'Inde sont-elles à ce point prospères qu'il nous faille à tout prix les imiter ?

Les États-unis eux-mêmes sont-ils à ce point heureux dans la gestion de leurs affaires intérieures qu'il faille les prendre pour modèles ? N'observe-t-on pas à l'inverse des réussites éclatantes qui ne doivent rien à l'immensité au Japon, à Taiwan, en Corée du Sud, voire dans les villes­États, comme Singapour ou Hong Kong?

    Comment s'en étonner? La mise en commun des faiblesses et des défaillances de chacun n'a jamais amélioré les performances de tous.

Si l'argument de la taille ne convainc pas, on tient en réserve l'une de ses variantes : elle consiste à condamner la tentation de l'autarcie. C'est ce qu'a fait M. le Premier ministre cet après-midi. L'autarcie est-elle la plus sûre façon de ruiner l'économie, d'étouffer l'initiative, d'appauvrir la culture ? Certes oui, mais qui dit le contraire ? Qui parle de replier le pays sur lui-même? Qui parle de renoncer à la liberté des échanges ? Qui donc ici prône l'exclusion, la fermeture aux autres ? Personne! En tout cas pas moi! Mais en quoi donc le rejet de l'autarcie a-t-il quelque chose à voir avec la prétendue nécessité d'une Europe fédérale ? La réponse est simple: cela n'a rien à voir !

Il y a des siècles que les échanges internationaux se déve­loppent et depuis 1945 ils ont enregistré une formidable progression, contribuant à la prospérité et à l'accroissement des niveaux de vie. A-t-on eu besoin pour cela de réduire le nombre des nations ? Leurs frontières politiques ont-elle fait obstacle à cette évolution ? Les particularismes nationaux ont-ils compromis l'allocation des ressources, freiné l'innovation, ralenti la croissance ? Dans les faits, n'est-ce pas tout le contraire qui s'est passé, et n'est-ce pas le pays qui en a le plus profité, le Japon, qui est aussi le plus rebelle à tout sys­tème qui l'intégrerait ? Il est vrai que, pour échanger, il faut avoir quelque chose à échanger. Il est donc autorisé d'être différent et il est même plus souhaitable d'être complémen­taire que semblable.

L'avenir n'est donc pas contradictoire avec la volonté des peuples de garder leur caractère, de tirer le meilleur parti de ce qu'ils sont, de leurs atouts, de leurs spécificités pour donner au monde la plus belle part d'eux-mêmes.

La compétition, la concurrence, c'est d'ailleurs cela : c'est le jeu où des producteurs placés dans des situations particulières, avec des capacités et des savoir-faire différents, s'effor­cent en permanence de se dépasser afin de produire à moindre coût et de vendre davantage.

Gardons-nous donc de la vision angélique et réductrice d'une internationalisation économique dégagée de toute référence aux nationalités ! Pour garder leur efficacité, les entreprises ont à prendre en compte les caractéristiques des marchés locaux, des mentalités, des comportements, des langues.

Tenir l'économie mondiale pour un système unitaire et indifférencié procède à l'évidence d'une analyse superficielle. En réalité, un espace de concurrence est un espace d'échange libre et non un vase clos dans lequel une bureaucratie tatillonne s'efforce de gommer toutes les différences en imposant avec obstination ce que les auteurs de l'Acte unique ont appelé « l'harmonisation des conditions de la concurrence ».

Redoutable contresens économique, d'ailleurs, que cette « harmonisation » à laquelle nous devons déjà des centaines et des centaines de directives et de règlements communautaires ! Mesurons l'absurdité d'une telle démarche en posant, comme le fit un jour un économiste, cette impertinente mais judicieuse question : « Puisqu'il faut harmoniser les conditions de la concurrence, pourquoi, comme sur le nez de Cyrano, ne pas poser des petits parasols sur les tomates cata­lanes, gorgées d'un soleil qui fait si injustement défaut aux tomates néerlandaises ? »

Ne rions pas, nous ne sommes pas loin de cela! Nous n'en sommes pas loin quand on se met à réglementer, pour toute la CEE, les conditions de production pour les chasses d'eau, les survêtements, les fromages. Croyez-vous que cela a quelque chose à voir avec la vitalité des marchés, avec la force créatrice de la libre entreprise, avec le stimulant de la concurrence ?

On nous fabrique aujourd'hui en Europe un espace écono­mique plus uniformisé que le marché intérieur américain lui-même, qui vit et prospère très bien sans même l'harmonisa­tion des fiscalités, alors que, pour créer un marché unique, on pourrait s'en tenir à la libre circulation des biens et des personnes et à la reconnaissance mutuelle des réglementa­tions, en limitant l'effort d'harmonisation à ce qui relève de la santé publique et de la protection de l'environnement.

Mais ce n'était pas assez pour nos eurocrates qui veulent supprimer la concurrence en prétendant la préserver. On met en avant de prétendus impératifs de concurrence pour réglementer, centraliser, diriger l'économie européenne, à la seule fin, non d'accroître l'efficacité et la prospérité communes mais de forger à la fois l'instrument et la raison d'être d'un futur gouvernement fédéral, un gouvernement fédéral qui ne pourra certainement pas souffrir l'existence d'une réelle concurrence entre les États fédérés.

La monnaie unique qu'on nous propose maintenant est la conséquence logique de cette stratégie. Voyons ensemble ce que vaut cette touche finale.

On nous dit que la monnaie unique est la clé de l' emploi. On nous annonce triomphalement qu'elle créera des millions d'emplois nouveaux - jusqu'à cinq millions, selon M. Delors, trois ou quatre, selon le Président de la République. Mais que vaut ce genre de prédiction, alors que, depuis des années, le chômage augmente en même temps que s'accélère la construction de l'Europe technocratique ? Par quel miracle la monnaie unique pourrait-elle renverser cette tendance ? Oublierait-on que certaines simulations sur les effets de I'union monétaire sont particulièrement inquiétantes pour la France puisqu'elles font craindre encore plus de chômage dans les années à venir ? En vérité, tout ce que notre économie doit d'incontestablement positif à la construction européenne, c'est la fin du protectionnisme intracommunautaire, ce qui n'a rien à voir ni avec I"harmonisation à tout prix ni avec la monnaie unique.

On nous dit que les risques cambiaires tendent à limiter les transactions. Mais les échanges internationaux n'ont souffert d'aucun ralentissement notable après la généralisation des changes flottants, moyennant la mise au point de techniques de couverture fort élaborées.

On nous dit que la monnaie unique va favoriser nos exportations, mais les échanges intra-européens sont déjà considérables et I'unification de la mon­naie ne supprimera pas les risques de fluctuation vis-à-vis du dollar et du yen. Mieux : dès lors qu'il y aura trois pôles monétaires comparables, les arbitrages triangulaires iront se multipliant, avec tous les risques de change y afférent.

On nous dit que la monnaie unique favorisera les investis­sements français dans les autres pays de la Communauté. Or aucune statistique ne permet de conclure à un effet significatif du risque de change sur I"investissement.

On nous dit que la monnaie unique fera économiser d'énormes coûts de transaction, mais personnes n'est réellement capable d'évaluer ces coûts et tous les chiffres cités à ce sujet, y compris les vôtres, sont le plus souvent totalement fantaisistes.

M. Rocard nous dit que, si Louis XI n'avait pas eu raison de Charles le Téméraire, la Bourgogne d'aujourd'hui vivrait dans la hantise de voir se détériorer sa balance des paiements avec l'lIe-de-France et l'Aquitaine.

Et il nous prédit que la monnaie unique mettra fin à ce genre d'archaïsme, entrave à la crois­sance. Mais qui donc est obsédé par le solde des paiements courants sinon ceux-là mêmes qui confondent les conséquences et les causes, qui confondent les écritures comp­tables avec les mécanismes économiques et qui sont paralysés par des contraintes imaginaires?

Comment peut-on penser en effet que la balance des paie­ments est en elle-même une contrainte économique bien réelle et croire qu'il suffit de ne plus libeller les transactions que dans une seule monnaie pour qu'elles s'envolent miracu­leusement ?

On nous dit que la monnaie unique fera baisser tes taux d'intérêt, mais cela est plus que douteux dès lors qu'il va falloir intégrer des pays plus sujet à l'inflation et ensuite tout dépendra de la politique de la Banque centrale européenne qui sera indépendante, c'est-à-dire incontrôlable.

On dit encore, en effet, que la monnaie unique entre les mains d'une banque centrale indépendante permettra de mieux assurer la lutte contre I"inflation : mais nul ne peut garantir que les dirigeants de cette banque, qui n'auront de comptes à rendre à personne, feront toujours la meilleure politique possible! Ou alors doit-on considérer l'irresponsabilité comme le gage le plus sûr de l'efficacité ?

L'expérience de la FED aux États-unis est-elle à cet égard concluante ? Le comportement actuel de la Bundesbank est-il si encourageant ? Certes non, d'ailleurs les plus grandes figures de l'orthodoxie monétaire, comme l'Américain Milton Friedman ou le Français Maurice Allais, sont farouchement opposés au principe de l'indépendance de la banque centrale.

En vérité, il n'y a pas de meilleure incitation à bien gérer la monnaie que la concurrence moné­taire même si cette incitation est loin d'être sans défaut.

Or, que nous propose-t-on, sinon de supprimer la concur­rence entre les monnaies européennes?

 

Alors on vient nous dire, argument ultime et présumé décisif, que nous n'aurions plus d'autre choix qu'entre « subir » et « co-décider ».

Que répondre à ceux qui nous disent qu'en acceptant de participer au SME, notre pays a déjà renoncé à sa souveraineté dans ce domaine? Que c'est oublier un peu vite qu'il existe des marges de fluctuation significatives. Que nous gardons, c'est vrai, la possibilité de dévaluer si nous le décidons et que nous pouvons sortir du système si nous le jugeons nécessaire. Que, dans le SME, la France choisit libre­ment les contraintes qu'elle s'impose jusqu'à ce qu'elle décide de s'en affranchir. Au contraire, avec la monnaie unique, nous abandonnons définitivement ou presque le droit de choisir notre politique monétaire. Toute la différence est là !

Alors on objecte encore que, même si elle le voulait, la France ne pourrait pas exercer sa souveraineté, qu'elle n'aurait d'autre possibilité que celle de s'aligner sur les décisions des autorités allemandes afin d'éviter la fuite des capitaux flottants et l'effondrement de sa monnaie.

C'est oublier, me semble-t-il, que le maintien à tout prix d'une parité arbitraire entre le franc et le mark est un choix politique qui n'a rien d'inéluctable. C'est oublier qu'une monnaie qui ne se maintient qu'en s'appuyant sur des taux d'intérêt réels exorbitants ne peut pas être considérée comme une monnaie forte et qu'en adoptant une telle politique, la France a permis d'accentuer la sous-évaluation du mark au sein du SME où tous les experts s'accordent pour constater qu'il est déjà sous-évalué depuis 1979, ce qui est un comble puisque nous donnons ainsi à l'Allemagne une prime supplémentaire de compétitivité. Et quand j'entends dire, comme hier, qu'on veut réévaluer le franc par rapport au mark, je me demande si on ne nage pas en pleine folie !

En tout cas, rien n'impose aujourd'hui à la France la poli­tique monétaire qu'elle s'est choisie, qui joue au détriment des salariés, qui disqualifie les investissements à long terme et qui a des effets tellement désastreux sur l'activité qu'ils finiront de toutes les façons par faire fuir les capitaux étrangers.

Et puisque rien n'impose à la France cette politique, rien ne l'empêche non plus d'en changer !

Que ceux qui me disent qu'en ne nous alignant pas systématiquement sur l'Allemagne, nous rejetterions la rigueur et choisirions l'isolement me comprennent bien : il ne s'agit pas à mes yeux de prôner le retour au contrôle des changes, au laxisme budgétaire, à l'inflation, ni même de recommander la sortie du SME, encore moins de la CEE. Mais enfin, le SME a bien survécu à onze ajustements depuis 1979 ! Et ce n'est pas parce que le franc a été dévalué en 1986 et le mark réévalué en 1987 qu'on peut dire que la gestion d'Édouard Balladur n'a pas été rigoureuse !

Dans le domaine monétaire comme dans les autres, il faut se plier aux réalités. Il faut donc savoir ajuster les parités quand c'est nécessaire, non pour faire de la dévaluation compétitive, mais pour éviter la déflation.

Eût-il été déraisonnable de laisser le mark se réévaluer quand la Bundesbank décida de relever ses taux d'intervention pour gérer les conséquences de la réunification ? On pourrait en discuter, mais le choix existait pour la France, Il n'en sera plus de même quand elle sera emprisonnée dans le système de la monnaie unique, Dans ce système, en effet, on chercherait en vain la présence du pouvoir national au milieu des mécanismes de codécision.

Une véritable codécision exigerait l'unanimité, ce qui, bien sûr, paralyserait une institution qui doit en permanence composer avec la conjoncture, les décisions seront donc prises à la majorité, non par des représentants des États, mais par des personnalités indépendantes, qui ne recevront pas d'ordre de leurs gouvernements respectifs. Donc, la France, en tant qu'État, n'aura absolument aucune part à l'élaboration de la politique monétaire. C'est cela, sans doute, qu'on appelle la « souveraineté partagée ». Curieux partage qui tendrait à priver la France de toute liberté de décision !

Et ne négligeons pas les conséquences de ce qui se prépare : conséquences économiques et conséquences politiques.

Conséquences économiques d'abord. Il n'est de politique économique cohérente que dans la mesure où elle dispose de l'ensemble des moyens d'intervention sur l'économie : budget, fiscalité, actions structurelles en faveur des entreprises, monnaie. L'aliénation de notre politique monétaire entraîne donc l'impossibilité de conduire une politique économique autonome, processus que l'Union économique et monétaire recon­naît d'ailleurs, en le qualifiant joliment de « convergence ».

Dès lors, le processus de l'union économique et monétaire mérite trois commentaires.

En premier lieu, il renouvelle le choix d'une politique qu'on pourrait qualifier de « monétarienne », qui est syno­nyme de taux d'intérêt réels élevés, donc de frein à l'investissement et à l'emploi et d'austérité salariale. Notons à ce propos l'hypocrisie fatale qui consiste à parler de « franc fort » lorsque le refus de la dévaluation se paie du blocage de l'investissement et de l'explosion du chômage. C'est très exactement la réédition de la «politique du bloc-or » qui a conduit l'industrie française à la crise au cours des années trente. Bonjour la modernité!

Maastricht, c'est ensuite la suppression de toute politique alternative, puisque la création d'un système européen de banque centrale, indépendant des gouvernements mais sous influence du mark, revient en quelque sorte à donner une valeur constitutionnelle à cette politique de change et à ses conséquences monétaires.

Quant à ceux qui voudraient croire qu'une politique bud­gétaire autonome demeurerait possible, je les renvoie au texte du traité, qui prévoit le respect de normes budgétaires tellement contraignantes qu'elles imposeront à un gouvernement confronté à une récession d'augmenter les taux d'imposition pour compenser la baisse des recettes fiscales et maintenir à tout prix le déficit budgétaire à moins de 3 p. 100 du PIB.

Enfin, et je souhaite insister sur ce point, la normalisation de la politique économique française implique à très court terme la révision à la baisse de notre système de protection sociale, qui va rapidement se révéler un obstacle rédhibitoire, tant pour l'harmonisation que pour la fameuse « conver­gence » des économies.

Que la crise de notre État providence appelle de profondes réformes, je serai le dernier à le contester. Que cette modernisation, faute de courage politique, soit imposée par les institutions communautaires, voilà qui me semble à la fois inquiétant et riche de désillusions pour notre pays. Il suffit d'ailleurs de penser à cette «  Europe sociale» qu'on nous promet et dont le Président de la République, lui-même, inquiet, semble-t-il, des conséquences de la monnaie unique, cherchait à nous convaincre, à l'aurore de ce 1er mai 1992, qu'elle aurait un contenu, qu'elle nous assurerait un monde meilleur,

Hélas, quand on lit les accords de Maastricht, on ne voit pas très bien où est le progrès social! On voit bien, en revanche, qu'on ouvre la porte à l'harmonisation, c'est-à-dire à un processus où, comme en matière fiscale, on cherchera au mieux à se mettre d'accord sur une moyenne plutôt que sur un optimum et où, chaque fois que nous voudrons faire une innovation dans notre législation sociale, il faudra aller demander la permission de nos partenaires.

Les conséquences politiques à escompter du processus ne sont pas moins importantes. Rappelons-nous une évidence. Dès lors que, dans un territoire donné, il n'existe qu'une seule monnaie, les écarts quelque peu significatifs de niveau de vie entre les régions qui le composent deviennent vite insupportables. L'expérience des États fédéraux, mais aussi celle de la réunification allemande devraient dissiper tous les doutes à ce sujet.

Or, si l'on veut, comme l'affirme le traité, imposer une monnaie unique à tous les pays membres, un effort colossal devra être consenti pour réduire les écarts actuels, qui sont immenses, un effort colossal sans commune mesure avec ce que nous réclame présentement Jacques Delors pour doter ses fonds de cohésion.

Il sera sans doute nécessaire de porter progressivement, comme le pensent assez raisonnable­ment, me semble-t-il, certains experts, le budget communau­taire jusqu'à 10 p. 100 du produit national brut, c'est-à-dire huit fois plus qu'aujourd'hui. On n'imagine pas un budget de cette ampleur sans un contrôle politique. Cela ne s'est jamais vu. Il faudra donc bien qu'un Parlement européen vote le budget comme un parlement national et qu'un gouvernement, responsable devant lui, l'exécute. C'est ainsi que la nécessité budgétaire engendrera tout naturellement les organes fédé­raux appelés à gérer un gigantesque système centralisé de redistribution à l'échelle de la Communauté.

Et puisqu'il s'agira de redistribuer, ce sera bien entendu aux pays les plus avancés d'en supporter la charge. C'est dire combien la France devra payer, elle dont la contribution nette à la Communauté s'élève déjà, d'après la commission des finances du Sénat, à 25 milliards de francs pour 1991.

C'est ainsi que la France, qui ne trouve déjà plus les moyens de financer pour son propre compte une vraie politique d'aménagement du territoire et d'aménagement urbain, devra demain engager des ressources considérables pour financer l'aménagement du territoire de ses voisins!

C'est ainsi que la France, qui verse déjà un tribut à la réu­nification allemande sous la forme de taux d'intérêt exorbi­tants, devra demain débourser une deuxième fois pour l'Allemagne de l'Est par le biais de sa contribution au budget communautaire.

Alors, bien sûr, on peut se rassurer à la pensée que, d'ici à l'an 2000, certains parmi les dix autres pays qui ont accepté le principe de la monnaie unique seront amenés à y renoncer et que l'union monétaire se limitera, au moins provisoire­ment, à ceux d'entre eux bénéficiant du niveau de vie le plus élevé, de finances publiques en ordre et de prix stables. Mais, dans un noyau dur où ne figuraient ni l'Angleterre ni l'Europe du Sud, que pèserait la France?

Bref, ou bien l'union monétaire se fait à dix ou à douze, et nous voilà payant très cher, au profit du budget communautaire, des interventions largement inutiles, ou bien elle se fait à six, et nous voilà réduits à un statut proche de celui d'un Land !

Dans tous les cas, la monnaie unique, c'est l'Europe à plu­sieurs vitesses : à trois vitesses si on la fait à six puisqu'il y aurait alors une Europe du Nord, une Europe du Sud et une Europe de l'Est. A deux vitesses si on la fait à douze puis­qu'on continuerait à exclure les pays de l'Est. Et, dans tous les cas, la monnaie unique, c'est une nouvelle division entre les nantis que nous sommes et les autres, c'est-à-dire les pays de l'Europe centrale et orientale.

On nous sert déjà, en effet, un autre plat que celui de la prospérité assurée : la ratification des accords de Maastricht, nous dit-on, serait la seule assurance de la paix, argument déjà entendu en 1954 à propos de la CED. Alors, comme vous, monsieur le ministre d'État, on nous presse de nous souvenir des conflits qui ont ensanglanté notre continent. La seule manière d'empêcher leur renouvel­lement, nous assure-t-on, c'est de signer des deux mains, sans maugréer ni rechigner.

En fait, tout procède de la même erreur d'analyse et, à trop vouloir nous démontrer les dangers des nations, on débouche sur l'absurde.

Certains théoriciens de l'Europe fédérale, qui ont du moins le courage d'aller au bout de leurs idées, nous assurent que l'humanité entre désormais dans une ère nouvelle, où la nation n'aurait plus sa place, parce qu'elle n'était dans l'avancée des civilisations qu'une étape historique, une sorte de maladie infantile, une phase nécessaire - et le temps serait enfin venu de la dépasser.

On retrouve là ces vieilles obsessions post-hégéliennes qui nous annoncent toujours pour demain la « fin de l'histoire ». Ces vieilles obsessions, c'est un comble qu'elles reprennent du service au moment même où les doctrines politiques qui reposaient sur le « sens de l'histoire » se dissolvent. Il s'agit d'ailleurs plus d'une idéologie que d'une philosophie de l'histoire, et d'une idéologie qui, comme toutes les autres idéologies, tourne le dos à l'observation du réel.

La réalité, c'est que, le plus souvent, les empires sont nés avant les nations et non après elles. Certes, on peut trouver des régions où les nationalités s'imbriquent trop pour qu'il soit possible d'organiser des États mais, partout ailleurs, les ensembles transnationaux qui ont précédé les nations ont dû leur céder la place quand les peuples, enfin, ont revendiqué leur droit à disposer d'eux-mêmes, car il est clair, il est avéré que, dans l'histoire du monde, l'émergence des nations est allée de pair avec l'émancipation des peuples.

Et puis les nations sont bien loin d'avoir été la cause principale de nos épreuves. Force est ainsi de reconnaître que, dans notre siècle, plus de malheurs nous sont venus des grandes idéologies et des impérialismes dominateurs que des ambitions nationales.

Donc, finissons-en avec cette vue naïve des choses qui voudrait nous faire croire que la disparition des États-nations signifierait la fin des conflits armés, « la paix perpétuelle », pour reprendre cette fois la terminologie d'Emmanuel Kant, lequel ne la concevait d'ailleurs que comme une paix entre nations souveraines.

Et à ceux qui entendraient dauber encore sur les passions nationales et leur opposer la sagesse millénaire des commis­sions et autres conclaves technocratiques et supranationaux, je voudrais rappeler quelques exemples de l'histoire récente. Ils méritent qu'on s'y arrête avant de passer par pertes et profits la possibilité de conduire une politique étrangère nationale.

.../...



Les vannes sont ouvertes


Il est intéressant de fixer l'esprit public qui prévaut lors du moment particulier de l'histoire économique du monde que nous vivons. L'oubli et l'accumulation des faits nouveaux que l'actualité économique charrie à gros bouillons ne permettent plus de s'en souvenir déjà quelques semaines après et ne parlons pas de plusieurs années plus tard.

Fin novembre 2011 aura été le moment exact où les vannes psychologiques  se sont ouvertes et où nombre de sujets tabous ou tout simplement hors des préoccupations de l'opinion publique se sont trouvés tout soudain abordés sans réticence.

Dans la presse comme dans les débats télévisés la disparition de l'Euro est ouvertement abordée comme un évènement non seulement possible mais probable et même inéluctable.
Les entreprises s'interrogent sur leur stratégie de défense contre les risques que leur fait courir la disparition de l'Euro.  Les entreprises grecques le faisaient depuis deux ans déjà : refus de laisser leur trésorerie dans des banques grecques et en Euro (asséchant la liquidité en Grèce et mettant les banques en question en crise de liquidité gravissime) ; déplacement des sièges sociaux hors de la zone euro ; arrêt des investissements ...Le risque est de voir  ces pratiques se généraliser dans les jours et les semaines à venir poussant l'Euro vers le bas et faisant tendre  la liquidité des banques françaises vers zéro. Les étrangers fuyant vers le dollar, les banques européennes sont à sec de cette devise. Les marchés interbancaires étant déjà bloqués, il appartiendra à la BCE de faire marcher la planche à billets pour ce qui concerne l'euro mais il lui faudra aussi trouver avec la FED à nouveau un accord de swap. Sinon des banques européennes vont rester sur le carreau pour illiquidité manifeste en toute monnaie de réserve.
 
Les particuliers ne sont pas en reste. L'assurance-vie voit son en cours fondre en France.  Les tourments de Groupama forcé à vendre en catastrophe une partie de ses actifs vient donner du corps  la terreur qui s'emparent des épargnants craignant cette fois ci pour le cœur de leurs économies.  L'immobilier de luxe flambe : il restera toujours une demande solvable pour ces biens là ! Même le mauvais immobilier grimpe à Berlin. Il sera temps de revendre une fois la crise passée et en DeutschMarks. 

Nous sommes en pleine panique. L'Europe annonce des mesures en partie institutionnelle pour début décembre ce qui est bien tard. "Dix jours pour sauver l'Euro" déclame un commissaire européen. Si même les officiels annoncent que la mort de l'Euro  est possible !

L'homme de la rue reste tout de même étonné. Il ne croit pas à la ruine de la zone euro ni à l'effondrement général. Il s'étonne des mouvements de panique.  "Ils savent, là haut. Ils disposent de personnes intelligentes qui trouveront une solution. Bien sûr ils tiennent un discours conservateurs. Mais ils vont agir. La BCE va agir. Ils ne laisseront pas tout tomber comme cela".

Sagesse populaire ?

Les vannes psychologiques sont ouvertes. Mais celles de la BCE ne pourront pas rester longtemps aussi fermées.

Ainsi va le monde en ce mardi 29 novembre 2011 et l'opinion, assommée par des nouvelles certitudes opposées à 180% à ce qu'on leur a rabâché pendant  deux décennies, garde l'espoir que "ils", les vrais, les dirigeants qui savent, feront ce qu'il faut faire pour éviter l'effondrement général.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Un graphique fort inquiétant

Nous reprenons ci-dessous le graphique publié par le Financial Times qui donne l'évolution des taux d'intérêt des différents pays de l'Euroland de 1990 à aujourd'hui. Son analyse peut faire grincer les dents.

Que constate-on ?

Avant la mise en place de l'accord de Maastricht, les taux sont totalement dispersés. "Les spreads", comme on dit, sont considérables, traduisant la crainte différenciée des investisseurs devant les risques souverains encourus.

L'obligation de respecter les conditions d'entrée dans l'Euro provoque d'une part une certain stagnation relative en Europe, corsetée par ces obligations et la convergence des taux d'intérêt. Le tremblement de terre de Kobé fait soudain fuir les capitaux d'Extrême-Orient et provoque une ruée sur le dollar. La crise qui s'en suit, appelée à tort crise des pays émergents, après un à coup conjoncturel initial fort,  est très favorable à l'Europe qui se retrouve avec un Euro dévalué et une meilleure compétitivité. On entre également dans la phase forte du cycle. L'Europe retrouve une forte croissante créatrice d'emplois.  L'optimisme gagne les marchés financiers, facilite la satisfaction des critères de Maastricht et crée les conditions d'un lancement réussi de l'Euro.

La crise décennale de 2001 -2002, de faible intensité, (selon le schéma des crises décennales qui veut qu'une crise faible succède à une crise forte, la récession de 92-93 ayant été forte), n'a pas d'effet sur l'Euro d'une part parce que les finances des Etats de l'Euroland sont assainies et d'autre part parce que Greenspan ouvre grand les vannes du crédit aux Etats Unis. Cela renforce la crédibilité de l'Europe et permet aux marchés de considérer que l'ensemble de la zone est homogène. Les taux d'intérêt sont convergents dans l'Euroland et ils sont bas.

L'inconvénient, c'est que le dollar baisse et la zone Euro commence à perdre des parts de marché. Elle entre dans une période de quasi stagnation. les états traditionnellement irresponsables, comme la France, l'Italie, la Grèce, bénéficient de taux d'intérêt dont ils n'ont pas l'habitude. Creuser les déficits ne coûte pas cher. On laisse monter la dette alors que la dette accumulée initiale était haute.

Passons sur le cas de la Grèce où les chiffres annoncées étaient mensongers. La France et l'Italie ne bouclent aucun budget en équilibre. 
 
L'Allemagne confrontée à une perte de compétitivité réagit par le plan Schröder qui rétablit la compétitivité par une austérité salariale et budgétaire progressive, continue et finalement forte. Le déficit des comptes publics allemands a été éliminé en 2008 (-0,1%), alors que la France s’enfonçait à la même époque à -3,4%. Notons qu'à cette date la crise n’avait pas encore frappé.
 
Le Traité de Maastricht avait confié à l'Ecofin le soin de coordonner les politiques budgétaires et économiques des pays de l'Euroland, Aucun avertissement n'est lancé sur les risques de différenciation des fondamentaux des différents pays. 

Même l'Eurogroupe présidé par le luxembourgeois européiste Juncker sans interruption depuis 2005 se tait.   On voit même différents pays à partir de 2005 discuter du bien fondé des critères de Maastricht et proposer de laisser filer un peu plus la dette.  La France participe à ces demandes par la voix de son ministre des finances.  En même temps l'habituel  chœur des vierges économiques  médiatiques exige une politique libérale de la BCE à l'instar de la FED. Les habitudes laxistes françaises sont invétérées.
 
Le cas de l'Espagne, du Portugal et de l'Irlande doit être disjoint. Dans ces pays la flambée immobilière est le moteur de la croissance et de l'emploi. Cette bulle est rendue possible à la fois par les libéralités de la FED qui inonde les marchés financiers de liquidité, les fonds structurels européens, et l'apparence de solidité de la zone Euro.

La France pour sa part entre dans la stagnation chiraquienne aggravant l'effet des mesures malthusiennes prises par le gouvernement Jospin à la fin de la décennie précédente. Sa compétitivité s'effondre ; son industrie part en morceau ; l'investissement productif devient minuscule ; le déficit du commerce extérieur s'aggrave constamment. Assommée par les prélèvements fiscaux, l'Euro fort, le sous investissement, le chômage structurel élevé, la France voit tous ses voyants économiques passer à l'orange et au rouge. Bien qu'on entre dans les années 2005, 2006 et 2007 dans la partie prospère du cycle, la croissance est en France d'une extrême médiocrité.

Dès 2006 on voit les taux d'intérêt dans l'Euroland commencer à diverger, reflet des différences de taux d'inflation. A titre d'exemple rappelons que cette année 2006, le taux d’inflation en Espagne a atteint 3,6% contre 1,9% en France. La crise est encore dans les limbes et ne peut être mise en avant comme cause des dérapages.  Juncker laisse faire. L'Ecofin se tait.
 
Le blocage des marchés interbancaires en 2007 accélère le phénomène. La bulle d'endettement mondial commence à exploser. Un an plus tard ce sera la faillite de Lehman-Brothers et la "grande récession". Les écarts de taux d'intérêt s'aggravent à la mesure du transfert vers les états d'une partie des dettes privées aventurées et la création de nouvelles dettes publiques liées à la récession.

L'absence de gestion sérieuse des causes de la crise et la mise en place de mesures de sécurité financières excessives entraînent un dégagement de la part des banques qui vendent leurs paquets d'obligations d'état douteuses. Les taux d'intérêt sur le marché secondaire des dettes souveraines connaissent des spreads de plus en plus importants en même temps que certains taux montent à des niveaux intolérables. Il suffit en effet que les banques vendent leur dette pour faire baisser le cours des obligations et mécaniquement augmenter les taux d'intérêt réels. Via les CDS qui n'ont fait l'objet d'aucune législation malgré leur rôle majeur comme moyen de spéculation malsaine, certains  "hedge funds" mobilisent des sommes colossales et s'en donnent à cœur joie.
 
Les défauts de construction de la zone euro apparaissent en pleine lumière : pas d'institution réelle de coordination des politiques économiques, Ecofin s'avérant une institution zombie et l'Eurogroupe un club européiste dominé par la puissance de la BCE tempérée par le laxisme des gouvernements, donc une maison du silence ; impossibilité de monétiser la dette souveraine ; absence de toute gestion de la valeur externe de l'Euro ; absence de mécanisme de solidarité financière, chaque état étant laissé structurellement responsable de ses dettes. Sans l'appui d'une banque centrale, tout désajustement vis-à-vis du reste de la zone ne peut se faire que par la récession ou l'austérité. L'austérité avec une monnaie forte et une spéculation sur les taux de la dette, dans une ambiance de crise mondiale des échanges ne peut rien donner sinon du chômage et de nouveaux déficits. Il faut ajouter la panique des épargnants qui se ruent sur les actifs sûrs (Francs suisses, actifs immobiliers en Allemagne).

Les Etats et les institutions européennes en sont réduits à courir après les conséquences.  "Trop peu trop tard".

La course à l'austérité des Etats en mal de refinancement de leur dette souveraine ne peut que provoquer mécaniquement une récession en Europe  et aggraver la panique générale sur les perspectives de l'Euro.

Mais  comment faire rentrer à nouveau dans le tuyau les courbes de taux d'intérêt écartelées façon éventail ?

Si on n'y parvient pas comment assurer la poursuite de la zone Euro et d'une monnaie unique ? Comment le faire surtout dans un monde sans aucune concertation économique internationale réelle comme l'a montré le dernier G.20 ? Comment le faire sans mettre fin à la guerre des monnaies ? Comment le faire sans croissance du commerce international ? Comment le faire au moment où la crise et les régulateurs contractent massivement l'enveloppe bilancielle des institutions financières obligées à licencier massivement ?
 
Si la panique reste la maîtresse du jeu, si les idéologies et les contraintes diplomatiques et géopolitiques diverses rendent inopérantes les seules solutions efficaces, on va directement vers l'explosion de la zone Euro et une grande dépression de type 1929.C'est le sentiment général qui s'installe en cette fin de mois de novembre 2011. On entend partout  des remarques du genre : "Mais il doit bien y avoir des gens intelligents au sein de ces équipes gouvernementales".  Ou encore : "Non décidemment non, ils doivent garder quelques atouts dans leur manche. Ils ne vont pas laisser tout exploser".  C'était le genre de remarque qu'on entendait lorsque Guderian avait percé le front  à Sedan en mai 40.

La suite ne fut pas fameuse. 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile
 
Post scriptum  : les obligations non respectées du conseil Ecofin et de l'Eurogroupe- Les projets d'évolution.
 L'Ecofin


"Les domaines de compétence du Conseil ECOFIN concernent plus particulièrement :
o la coordination des politiques économiques générales des États membres et la surveillance économique
o le contrôle de la politique budgétaire et des finances publiques des États membres
o certaines questions relatives à l’euro : en particulier, le Conseil adopte après consultation de la BCE des règlements concernant le cadre juridique de l’euro ; il peut également, après consultation de la BCE, formuler les orientations générales de politique de change (dans ces cas, les droits de vote des Etats membres n’ayant pas adopté l’euro sont suspendus –art. 122.5 du Traité instituant la Communauté européenne -) ; ces orientations générales ne peuvent affecter l’objectif principal du SEBC, à savoir le maintien de la stabilité des prix.
o le suivi des questions relatives aux marchés financiers
o les relations économiques avec les pays tiers"

Si vous avez entendu parler des mesures de l'Ecofin en vue d'effectuer une vraie surveillance économique et contrôler les politiques budgétaires, bravo ! Vous avez l'ouïe fine. 

L'Eurogroupe

"Au Conseil ECOFIN informel de Scheveningen du 11 septembre 2004, les ministres des finances ont décidé d’introduire d’ores et déjà, avant même l’entrée en vigueur du Traité, le principe d’une présidence stable de l’Eurogroupe pour une période de 2 ans. Jean-Claude Juncker, Premier ministre et ministre des finances du Luxembourg, a été choisi comme premier président de l’Eurogroupe, pour une période de 2 ans, du 1 janvier 2005 jusqu’au 31 décembre 2006 ; un vice-président lui a été adjoint (pour un an et demi) en la personne du ministre des Finances autrichien Karl-Heinz Grasser.

Des consultations régulières avec la Commission européenne et la Banque centrale européenne font également partie du mandat du président de l’Eurogroupe. M. Juncker, en tant que président de l'Eurogroupe, pourra assister, sans droit de vote, aux réunions du Conseil des gouverneurs de la BCE. Inversement, le président de la BCE continuera à être invité lors des réunions de l'Eurogroupe. "

M. Juncker est toujours aujourd'hui le président de l'Eurogroupe.  Si vous avez entendu sa voix dénonçant les risques que faisaient courir à la zone euro les politiques divergentes des états de l'Euroland, pour provoquer les réflexions propres à éviter des vulnérabilités nouvelles, pour gérer mieux le cours du change de l'Euro vis-à-vis du dollar, il vous faire don de votre oreille à l'Institut de Sèvres : c'est un maître étalon !  Le bon Jean Claude s'est surtout préoccuper de conserver ses prérogatives administratives contre la volonté notamment de la France de faire remonter l'Eurogroupe à l'échelon non plus des ministres des finances mais des chefs d'Etat de l'Union.   Il s'est en vérité opposé à la gouvernance économique de la zone euro !  Il va bientôt s'écarter pour laisser la place à une autre personnalité chargée d'un rôle plus proactif à l'échelon de la présidence permanente de l'Union.  On a songé à DSK pour ce rôle, mais le Sofitel plus les affaires suivantes ont rendu vaine cette hypothèse.  On pense maintenant à Van Rompuy. Mais quel pouvoir et quelle doctrine aura ce nouvel animateur de la coordination des politiques européenne si la BCE n'est pas réformée et si on considère que le cours de l'Euro est l'affaire des marchés ?

Aux dernières nouvelles, on assiste à une bataille institutionnelle en Europe non pas sur les Eurobonds et sur le rôle de la BCE, mais sur qui donnera les coups de gourdin sur les méchants pays déficitaires qui mettent l'Euro en péril. La commission veut absolument récupérer ce pouvoir. On voit donc M. Barroso, dont la parole a été inexistante pendant toute la crise jusqu'ici, se démener pour obtenir ce pouvoir. L'Ecofin est dans les choux et M. Juncker, après l'effondrement de l'Eurogroupe  songe à les cultiver, ses choux,  dans son propre jardin. Le projet français d'Eurogroupe à la hauteur du conseil européen est retoqué.  Les optimistes croient que le gouvernement allemand cédera sur le rôle de la BCE et les eurobonds dès qu'il aura obtenu satisfaction  sur le transfert à la commission d'un rôle de père fouettard  aidé dans cette tâche par la Cour de Justice européenne chargée de condamner les désobéissants. On ne peut pas dire que ce débat crucial fasse l'objet de beaucoup de commentaires dans la presse quotidienne française. Les Français verront apparaître tout à coup dans les débats parlementaires une modification constitutionnelle créant de facto la perte de la souveraineté budgétaire, après la perte de la souveraineté monétaire. On leur dira : il n'y a pas de choix.

Au total l'Europe aura été pratiquement paralysée depuis que la situation de la Grèce est devenue incontrôlable, entraînant dans le maelstrom l'Italie, l'Espagne, le Portugal, et la France.  Sans parler des périphéries : Pologne, Hongrie…

Quant au Monde, laissé à l'abandon par le G.20 ?  Les Etats-Unis sombrent un peu plus dans les déficits et la désunion, la Chine voit son économie s'arrêter progressivement, le Brésil sent le vent du boulet.   Attachez vos ceintures !



Qui donc a voulu l'Euro ?

Alors que la zone Euro est désormais en sursis, le projet d'unification monétaire manque aujourd'hui de parrains motivés mais aussi de père. Alors qu'il était présenté naguère comme allant tellement de soi qu'il n'était même pas la peine d'en discuter le fondement, on voit maintenant les thuriféraires d'hier devenir les procureurs d'aujourd'hui, souvent avec la même absence d'arguments.

M. Slama dans le Figaro du jour (16.11.2011) stigmatise une erreur évidente parce qu'on aurait pas respecté les règles économiques pourtant si claires et si bien établies des "zones monétaires optimales".  Que ne l'avait-il pas dit avant ! 

Le destin des économistes de la monnaies est d'être récupérés par des ignares en économie, semble-t-il.  Après Tobin, c'est le tour de Mundell.

M. Slama ne sait sans doute pas que Mundell trouvait que les Etats-unis n'étaient pas une zone monétaire optimale, ce qui n'a pas empêché que le dollar y règne en maître depuis des lustres. Il sait sans doute encore moins qu'il était pour une monnaie unique mondiale !

La théorie des zones monétaires optimales  est en vérité sans grande portée. Comme nous l'avons écrit à plusieurs reprises sur ce blog, la monnaie unique est une opération politique et marginalement économique.  Mundell fait de ce préalable politique un élément de cet "optimum" introuvable.  En vérité la règle d'optimalité "spontanée" est quasiment tautologique : elle suppose le problème résolu : si ma tante etc.

Une zone monétaire ne peut certes réussir que sous conditions. La première est d'avoir une banque centrale qui s'occupe de la monnaie aussi bien du point de vue de sa valeur interne que de celui de sa valeur externe. La seconde est une unification ou au moins une coordination très forte des politiques économiques de la zone. La troisième est l'existence d'instruments collectifs d'intervention en cas de difficultés. On peut ajouter un tarif extérieur commun pour assurer la cohésion prioritaire de la zone et le rattrapage des différences de niveaux de vie. Et il vaut mieux que le système monétaire international soit de type "changes fixes et ajustables".

Ce n'est pas tant le fait qu'on ait créé une zone monétaire qui est problématique. C'est de l'avoir fait sans mettre en place les institutions et les instruments correspondants.  La BCE a comme seul objectif de maintenir la valeur interne de l'euro en terme de pouvoir d'achat. Les états ont interdiction formelle d'emprunter auprès de la BCE. Il n'y a pas de coordination du contrôle et du pilotage économique, en dépit d'Ecofin et de M. Juncker. Il n'y a pas d'Eurobonds, chaque état étant responsable seul de sa dette.  Nous vivons globalement dans un système de changes flottants. Les droits de douane ont été pratiquement supprimés unilatéralement avec les pays hors zone. La liberté de mouvements des capitaux est totale. Cela ne peut pas marcher durablement.

Au lieu d'attaquer ces questions de front, les gouvernants de l'Euroland ne pensent qu'à "rassurer les marchés". Il vaudrait mieux leur faire peur. Si la BCE avait le pouvoir de créer autant de monnaie qu'il est nécessaire pour faire baisser les coûts d'emprunts des états attaqués, la spéculation s'écarterait immédiatement des marchés publics obligataires.  Elle serait sûre de perdre. La preuve ? La Livre anglaise n'est pas attaquée alors que les fondamentaux du Royaume Unis sont tragiques et que le succès du coup de massue du gouvernement conservateur se traduit surtout par un risque de récession aggravée.  Tout le monde craint Mervyn King, le gouverneur de la Banque d'Angleterre,  qui peut lâcher les chiens quand il veut autant qu'il veut pour contrer toute attaque. Dans l'autre sens on a vu la Banque centrale helvétique se déchaîner pour faire baisser le cours du franc suisse et réussir son coup à contrecourant des marchés. D'accord c'est un trader de l'UBS qui a dégusté ! Les marchés savent retenir des leçons à plusieurs milliards de dollars (d'euros ou de francs suisses) de pertes.
 
Au lieu de discuter de ces questions fondamentales on s'acharne désormais sur ce qu'on avait adoré. Pour le lecteur la situation devient comique. L'un dit : "salauds d'Allemands : l'Euro c'est eux qui l'ont voulu réalisant le rêve d'Hitler". L'autre réplique : "c'est cet idiot de Mitterrand dont les connaissances économiques ont toujours été un peu juste qui a imposé l'Euro pour donner son autorisation à l'unité retrouvé de la nation allemande".

Comme si le projet d'union économique et monétaire datait de ces 20 dernières années !  Qui se souvient que le projet "d'union économique et monétaire" (c'est nous qui soulignons), date du 2 décembre 1969, par des décisions des pays membres de la CEE réunis à la Haye.  Que l'on sache, ni Mitterrand ni Kohl n'étaient aux affaires. Il faudra trente ans pour le faire passer dans les faits.

Voici l'article 8 du communiqué final :
 
" 8. Ils [les chefs d'état européens ]ont réaffirmé leur volonté de faire progresser plus rapidement le développement ultérieur nécessaire au renforcement de la Communauté et à son développement en une union économique. Ils sont d'avis que le processus d'intégration doit aboutir à une Communauté de stabilité et de croissance. Dans ce but, ils sont convenus qu'au sein du Conseil, sur la base du mémorandum présenté par la Commission le 12 février 1969, et en étroite collaboration avec cette dernière, un plan par étapes sera élaboré au cours de l'année 1970 en vue de la création d'une union économique et monétaire.  Le développement de la coopération monétaire devrait s'appuyer sur l'harmonisation des politiques économiques.  Ils sont convenus de faire examiner la possibilité d'instituer un fonds de réserve européen auquel devrait aboutir une politique économique et monétaire commune".

On s'appuie sur le "plan Barre", qui explicite  les mécanismes de la "convergence des politiques économiques et la coordination des politiques monétaires".  Le 6 mars 1970 on créé un groupe de travail pour élaborer un programme de réalisation du plan Barre. Le 8 octobre 1970 voit la remise du rapport final du Groupe Werner. On y propose : "une union monétaire caractérisée par la convertibilité totale et irréversible  des monnaies, l'élimination des marges de fluctuations, la fixation irrévocable des parités". La monnaie unique est considérée comme l'option préférable. Le rapport peut être lu ici (http://ec.europa.eu/economy_finance/emu_history/documentation/chapter5/19701008fr072realunionecomon.pdf).

On y trouve cette phrase qui, aujourd'hui, prend un air tout à fait épatant :
"L'union économique et monétaire permettra de réaliser une zone à l'intérieur de laquelle les biens et les services, les personnes et les capitaux circuleront librement et sans distorsions de concurrence, sans pour autant  engendrer des déséquilibres structurels ou régionaux. La mise en œuvre d'une telle union améliorera de façon durable le bien-être dans la Communauté et renforcera la contribution de cette dernière à l'équilibre économique et monétaire du monde."

On constatera que le rapport ne met pas véritablement en garde sur les conditions du succès d'une union monétaire. Il affirme qu'il apportera le bonheur. Les raisons techniques  invoquées pour progresser sur cette voie sont très légères : l'interpénétration des économies et la gestion des politiques communes rendent possible et souhaitable l'union monétaire.
 

On retrouve ici le caractère d'acte de foi ou de pur slogan comme on voudra de la création d'une zone monétaire européenne. On doit la faire parce qu'il le faut. Il le faut parce que c'est un progrès "décisif" sur la voie de l'intégration.  L'intendance suivra. L'orientation générale est politique, plus économique. On considère l'économique comme le levier de l'union politique.


Pas de chance, les allemands las des excès américains  déclenchent en 71  les manœuvres qui aboutiront à l'inconvertibilité du dollar en or et au flottement généralisé des monnaies.

 
Il devient pratiquement impossible de mettre en œuvre un ilot de fixité dans un océan de flexibilité. Personne ne le voit dans les instances européennes. Au contraire on considère qu'il est d'autant plus important de créer un bloc fixe que le reste du monde devient flexible. Il s'agit ici encore d'une croyance, ou d'un postulat.  Elle n'est fondée sur aucune analyse économique sérieuse.  Le rapport Marjolin plaide pour la construction de l'union monétaire à l'horizon 1980 en dépit des difficultés posées par les changes flottants.


Il est vrai que le "serpent monétaire" mis en place à la suite du rapport Werner passe son temps à exploser. Les Allemands pendant toute la période considèrent qu'il appartient aux pays en difficulté de faire les efforts nécessaires pour recoller au peloton. Déjà. Ce sont exactement les mêmes considérants qu'aujourd'hui. Sans en changer une virgule.


Et pourtant Valéry Giscard, devenu Président,  va convaincre Helmut Schmidt de créer le SME, premier pas vers Maastricht. 
Pourquoi ? La réponse est donnée par Jacques van Ypersele  : "Le soutien accordé par le chancelier Schmidt à la création du SME fut partiellement motivé par son désir d'atténuer l'impact de la faiblesse du dollar en étalant sur une zone monétaire plus large ".


Le bon Helmut voit d'abord l'intérêt allemand.


Toute la contradiction des positions d'Angela Merkel est déjà présente à la fin des années 70.  Les Allemands sont prêts à une union monétaire à la condition que "les pays du club med" se comportent comme des Allemands et font les efforts nécessaires. L'Allemagne ne sera plus en butte aux dévaluation compétitives de la France et de l'Italie. Et la nouvelle monnaie sera moins forte que n'aurait été le DM qui cessera de ce fait d'être constamment enquiquiné par des apports de capitaux cherchant la sécurité. En un mot, les Allemands veulent le beurre et l'argent du beurre : une monnaie suffisamment faible pour exporter dans le monde entier et des partenaires suffisamment raisonnables pour que la supériorité industrielle allemande puisse s'exercer pleinement en Europe sans qu'ils dévaluent.


Heureux allemands qui disposent d'un Chancelier qui fait ses comptes et caresse des arrières pensées.  Giscard n'a jamais expliqué pourquoi l'Euro serait favorable aux français. Il l'a décrété. On attend toujours la justification pratique de l'intérêt français.


La terrible stagflation des années 70 a conduit les gouvernants français et européens à comprendre que la stabilité des prix et la modération des salaires était nécessaire.  Giscard n'a pas de véritable dessein pour la France dans l'affaire du SME, sinon l'idée que la France doit jouer un rôle pilote dans la construction européenne. Se débarrasser du risque d'être jugé sur un Franc toujours sous la menace d'une dévaluation a certainement joué.


La crise de 1992 a failli tout faire capoter. La chute de l'URSS et l'élargissement de l'Europe à de nouveaux pays poseront de nouvelles questions.  Mais jamais le projet d'union économique et monétaire ne sera abandonné. Il sera mis en œuvre en 1999.


La crise de 2007- 201x va faire éclater toutes ses faiblesses structurelles et l'inconscience  des différents dirigeants devant les contraintes réelles d'une monnaie unique dans un monde de changes flottants et sans remplir aucune des conditions que nous avons rappelées au début de cet article.


Les fédéralistes européens comme Delors ont considéré que les avertissements techniques n'avaient pas leur place devant l'énormité grandiose de la tâche à accomplir : faire naître  les Etats-Unis d'Europe en réduisant les réticences des peuples,  en créant des états de fait successifs. En un mot ils ont repris la méthode Monnet consistant à constamment mettre la charrue avant les bœufs. Il serait bien temps lors que la charrue serait trop piétinée de faire les sauts institutionnels supplémentaires. L'article récent de Joschka Fischer exigeant le passage au fédéralisme maintenant est typique de la démarche des europhiles absolus, qu'ils soient allemands ou français.


On comprend leur panique devant la demande de referendum de Papandréou et leur soulagement de voir  la nomination rapide en Grèce et en Italie d'eurocrates pur jus.  L'Europe a toujours eu une horreur absolue du peuple et M. Giscard amuse son monde en prétendant fort hypocritement dans un article récent  que le referendum grec  aurait du être mené à son terme et que les Grecs auraient voté OUI pour une austérité phénoménale.


Les gouvernements du "sud" découvre le piège allemand. Face au mercantilisme allemand et à la spéculation sur leur dette ils n'ont que le choix de la déflation ou de la faillite. Cela vaut naturellement pour la France.


Et les Allemands découvrent que l'avantage qu'ils ont réussi à obtenir n'est durable que si l'Euro n'éclate pas car sinon le DM repartira vers les sommets avec un double effet : la perte d'une partie de ses positions fondamentales en Europe et une perte de compétitivité très forte dans le monde malgré ses décentralisations en Mittel Europa.  Sans compter sur les effets dépressionnistes de l'éclatement de la zone Europe sur l'économie mondiale.


Tout le monde est donc coincé y compris les Etats-Unis, le Japon et la Chine qui seraient gravement touchés par un effondrement de l'Euroland.

  
La solution "organisée"  passe obligatoirement par la recréation d'un système monétaire international basé sur des changes fixes et ajustables, dont la monnaie étalon ne serait plus le dollar et, en Europe, par l'élimination des possibilités de spéculation sur les dettes souveraines  et l'abandon de certaines créances irrécouvrables sur les pays les plus mal lotis, pour y limiter l'ajustement par la déflation.


Sinon les réalités étant plus fortes que les petits calculs, on aura l'explosion de la zone euro, une revalorisation massive du nouveau Mark,  l'effondrement du commerce international, la ruine des créanciers en dollars (mais oui messieurs les Chinois et les Japonais), des dévaluations massives en France et partout ailleurs avec une faillite avérée du système bancaire international  et la perte de l'épargne mondiale.  


Epatant, non ?


Quatre ans déjà que nous répétons cette  antienne, pardons pour cette antiphoné (respectons le grec sinon la Grèce !).  Mais qui avait raison ?


La question du bien fondé de l'Euro, des conditions de son sauvetage, des réformes nécessaires à sa poursuite devrait être au cœur de la campagne électorale présidentielle française. 


Souhaitons qu'on ne se contente pas des vaticinations (contre) et des prêches (pour) habituels. Il faut être un peu plus précis que cela.  L'Euro est actuellement un objet politique fort et un objet économique faible.  On peut légitimement défendre l'Euro pour des raisons politiques sensées  et même enthousiasmantes. Mais il faut alors en faire une réalité économique solide, comprendre comment, formuler et assumer les réformes indispensables.


Si l'Euro devait exploser juste avant la date de l'élection du président français, que resterait-il de MM. Sarkozy et Hollande ?


Il serait bon également de dire à M. Joschka Fischer que le saut vers le fédéralisme total n'est pas la solution, mais qu' il faut parvenir à un nouveau Bretton Woods,  une nouvelle définition des rôles et moyens de la BCE, et la fin du mercantilisme unilatéral allemand.


Karl Peiper pour le Cercle des économistes e-toile

De la nature monétaire de la crise

Il n'y a qu'une seule crise, depuis 2007 et elle est d'origine monétaire. Cette thèse nous la défendons depuis que ce blog est né.

Nous étions tellement effaré du manque de connaissance en matière de monnaie que nous avons totalement réécrit l'article Monnaie de Wikipedia pour qu'au moins les personnes qui seraient tentées de comprendre ces questions puissent le faire. A ce qu'il semble cet article a été lu en moyenne 25.000 fois par fois depuis 4 ans. On ne doit pas être loin du million de lecteurs. La pédagogie est nécessaire.

Elle ne suffit pas. Il fallait mettre avec soi la force des évènements. Démontrer au gré de l'histoire qui se fait que si on ne corrige pas les défauts moéntaires qui accablent notre époque, aucune solution ne serait trouvée.

Nos idées progressent non pas pas leur force intrinsèque mais par le poids des désastres successifs.  Le magazine l'Express titre cette semaine sur la crise de "2007-2011", alors que les journaux faisaient jusqu'ici partir la crise de la chute de Lehman-Brothers.  Les Etats-Unis se fâchent contre les cours trop bas de la monnaie chinoise. Après que la Suisse ait pris des mesures jamais vues pour enrayer la hausse du franc suisse.  Les pays émergents se retrouvent avec des parités de monnaies qui risquent de devenir défavorables si le cours de l'Euro s'effondre et protestent.  L'Euro est en première ligne avec des affirmations continuelles dans tous les medias sur la certitude de son éclatement.

La monnaie est bien aujourd'hui au coeur des débats.

Le glissement d'opinion le plus spectaculaire touche en effet la construction de l'Euro : tout le monde réalise soudain qu'une banque centrale vertueuse qui prive les états de son secours direct les met en situation de dépendance absolue des "marchés". Il suffit de faire monter les taux d'intérêt sur le marché secondaire des dettes souveraines pour mettre tout l'édifice en difficulté.  Les Etats sont totalement impuissants à faire face. La dette souveraine étant dans la pratique constamment renouvelée, bloquer le renouvellement revient à bloquer le pays. Il faudrait alors une solidarité considérable des pays pour contourner la difficulté. Mais justement elle est inexistante ou faible comme on voudra. Une zone de monnaie unique est une affaire ultra contraignante qui ne peut marcher sans au moins trois ingrédients :

- une structure centrale forte, disposant d'une puissance d'emprunt centralisé, en un mot un trésor public et une poids directif dans la conduite des politiques économiques et budgétaires des membres, en un mot un directoire économique.
- un banque centrale accommodante capable de soutenir financièrement les Etats
- une solidarité sans faille des pays membres.

On a privé les nations des moyens de faire face à certaines situations graves sans rien créer en compensation.

Toute ces considérations ont été inlassablement répétées  lors du débat sur Maastricht par des techniciens mais également par des politiques.  Elles ont toujours et perpétuellement rejetées d'un simple revers de la main. La socialiste Guigou, par exemple, exécutait cette figure de style avec beaucoup de naturel. Il manquait juste l'éventail.  L'Euro était bon en soi ; le fait d'être arrimé à l'Allemagne serait une garantie ; les règles de sérieux finiront le travail. Tout se passera bien.  Les nations de l'Euroland constatent aujourd'hui qu'elles ont été mises dans la dépendance des banques internationales et qu'elles n'ont de voie de sortie qu'un long purgatoire récessionniste et déflationniste dont on ne voit pas le bout.

Un souvenir personnel : lors de la campagne de Maastricht la station de télévision  FR3 interview une dame âgée dans le jardin du Luxembourg. "Pourquoi voulez -vous que je vote pour une affaire où je ne comprends rien".  Vieille dame indigne ! L'ennui c'est que les promoteurs eux-mêmes de Maastricht ne comprenaient rien et criaient "l'euro, l'euro, l'euro" comme des cabris sans jamais entrer dans une quelconque réflexion.  Les spécialistes du complot évoquent aujourd'hui de sombres  arrières pensées. L'idée du complot n'est pas nécessaire. La simple inconscience suffit. 

On dira : la situation progresse. Pour l'Euro on sait désormais à quoi s'en tenir. D'accord les conditions d'une véritable novation dans la gestion de la zone euro ne sont pas réunies. D'accord les peuples risquent de payer très cher cette paralysie. Mais au moins on sait ; le débat est sur la place public. Que l'on aille vers un éclatement de la zone ou vers son renforcement, la question du rôle d'une banque centrale est maintenant au cœur des discussions.  La gestion de la monnaie est devenue une variable critique fondamentalement politique.

En revanche il n'en ait pas de même du tout pour le second aspect de la crise monétaire : les défauts du système monétaire international. C'est lui le plus important. Nous croyons avoir démontré que c'est lui et lui seul qui est la cause de la crise majeure que nous traversons. Là, nous sommes dans le silence. Même pas dans le déni. Dans la "pensée zéro" comme dirait Emmanuel Todd. 

La "communauté internationale", disons le G.20, est strictement incapable de porter publiquement un diagnostic et d'annoncer des réformes. La presse internationale est muette ; la presse française inexistante sur le sujet.

S'il y a bien une évidence qui s'impose en ces temps de folie, c'est bien que la monnaie n'est pas une "marchandise comme les autres".  Le système américain fondé sur un dollar monnaie mondiale dont on abuse par "benign neglect" est à bout de course. Le mercantilisme chinois ne peut plus guère durer. La crise immobilière spéculative déclenchée par le relâchement à contre temps de la politique monétaire intérieure a explosé, provoquant des baisses de prix sur le marché immobilier de près de 30%.  Le commerce international ne parvient pas à reprendre sur des bases continues et saines.

Le G.20 de Cannes a été comme prévu un non évènement.

Toutes les conditions d'une relance de la crise sont donc réunies et cette fois ci c'est la dépression qui est au bout.

Il est navrant qu'il faille s'appuyer sur la pédagogie du désastre pour faire comprendre les faits économiques les plus simples. 

L'Euro tel qu'il est construit ne peut pas fonctionner durablement sans entraîner les peuples dans une spirale déflationniste et malthusienne intolérable.

Le système de changes international basé sur la liberté absolue des mouvements de capitaux et les changes flottants ne fonctionne pas n'a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais.

La crise étant d'essence monétaire ne pourra être surmontée que par des réorganisations monétaires fondamentales. Force est de constater que si la prise de conscience progresse on est encore loin du but.

Continuons le combat ! Après tout nous ne l'avons commencé publiquement qu'en 1997, presque rien quand on considère les enjeux…

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Demos et Economos sont dans un bateau. Economos tombe à l'eau…

Demos et Economos sont dans un bateau.  Economos tombe à l'eau…

…et il faut se pincer pour éviter de rire aux éclats au spectacle des  Dieux du G.20  constatant avec horreur que Demos risque de se retrouver seul avec le bateau (le plus drôle étant qu'un certain Papademos tient désormais la barre à Athènes en remplacement de Papandréou !).
 
L'épisode de la menace d'en appeler à un referendum populaire  proférée par l'ancien chef du gouvernement socialiste grec, devant l'impossibilité d'accepter sans autre forme de procès les pressions déflationnistes de plus en plus pressantes  de la "troïka" formée par le FMI, la Commission Européenne et la Banque Centrale Européenne, restera un temps fort de la "chronique d'un désastre annoncé" que nous tenons maintenant depuis bientôt cinq ans.

Rappelons que le mot troïka a été utilisé par Staline pour qualifier les groupes de trois apparatchiks envoyés avec pouvoir de vie et de mort dans les campagnes ukrainiennes pour mettre au pas les "koulaks". Une famine atroce et  5 millions de morts plus tard, le mot troïka avait perdu un peu de son charme.
 
Rappelons aussi le plan en 15 points dont on parle :

1.    Coupes dans les effectifs – saisonniers ou fixes – dans toutes les administrations, y compris les enseignants.
2.    Etendre le chômage technique à l'ensemble du secteur public et application immédiate du système.
3.    Egalisation de la taxe sur le fuel domestique sur celle du gas-oil.
4.    Permettre la retenue sur salaire de l'impôt de solidarité destiné à financer les caisses de chômage.
5.    Baisse des retraites pour les marins et les anciens employés de l'opérateur téléphonique OTE.
6.    Suppression des subventions à la Poste pour la distribution de la presse.
7.    Nouveau cadre juridique dans le secteur public pour réduire les indemnités de départ et les heures supplémentaires.
8.    Gel des retraites primaires et complémentaires jusqu'en 2015.
9.    Augmentation des amendes pour les constructions illégales.
10.    Fusion ou fermeture de 35 agences d'Etat.
11.    Fusion ou fermeture de 10 autres structures: agence nationale de la jeunesse, organisme de télévision publique, société de l'immobilier public, société des biens immobiliers touristique, etc.
12.    Recensement des biens mobiliers et immobiliers sous le contrôle de l'Etat.
13.    Recenser tous les avantages sociaux et prestations de santé; signature de négociations collectives dans 16 hôpitaux privés ; signature de contrats entre hôpitaux privés et publics pour la locations de lits.
14.    Nouvelle loi pour réduire les retraites agricoles.
15.    Réduire les prix des médicaments en passant des accords avec les laboratoires pharmaceutiques.
16.   
Ce plan, sorte de bric-à-brac de mesures diverses à l'impact économique incertain et d'ailleurs non chiffré mais politiquement ultra sensible, est typique des actions moralisatrices du FMI qui lui ont valu la réputation flatteuse que cette institution connait dans la plupart des pays où elle est intervenue. En fait on affiche des aspects du clientélisme politique particulièrement honteux  et on demande une action immédiate.  L'aspect économique est secondaire. 

Que le chef de la majorité politique du pays ait voulu se dédouaner d'un plan aussi connoté n'est pas tellement surprenant. La manœuvre est légèrement narcissique : assumez, vous, puisque vous me faites la leçon si bruyamment ! Moi je me retire sur l'Aventin ou plutôt sur le Mont Philippapou, restons local.  "Je serai le recours. Celui qui n'a pas eu peur du peuple". A quelqu'un d'autre de subir la honte d'avoir à démonter 50 ans de bricolages politiciens de bas étages.

La seconde victime de ce happening à la grecque aura été le G.20 de Cannes. Là aussi on était dans l'affichage et le bricolage géo-politicien. Il fallait masquer le sentiment qui domine : chacun pour soi les Dieux de l'Olympe (ou d'ailleurs)  pour tous. Toujours aucun diagnostic avoué de la crise. Toujours aucune solution organisée. Seulement, à prix d'or, des débats totalement stériles tant les positions de force des pouvoirs de fait l'emportent sur la réflexion économique élémentaire.  Depuis le premier G.20 la crise n'a pas cessé de s'approfondir au milieu des déclarations ronflantes censées prouver la parfaite maîtrise des dirigeants. On reste sur le même schéma de pur affichage.

La semaine flamboyante ne pouvait se terminer sans un dernier effort.  On a donc vu M. Sarkozy annonçer, à la veille d'une élection, un plan Fillon qui comme le Canada Dry, se doit d'être un plan Juppé avec le goût d'un plan Juppé, l'effet d'un plan Juppé mais sans être un plan Juppé modèle 1995. 

Rappelons que M. Juppé, deux ans après la récession de 93,  avait assommé le pays d'un tel coup de gourdin fiscal, qu'il y avait provoqué une récession sui generis en 1996 et …fait perdre les élections suivantes, provoquant cinq années de cohabitation  entre MM. Chirac et Jospin.

Comme toujours avec M. Sarkozy, les préoccupations électorales et d'amour propre l'ont emporté sur tout le reste. Jamais un candidat n'a été si bas dans les sondages à la veille d'un scrutin présidentiel. Sa seule carte est de jouer la "responsabilité et le courage " contre "l'irresponsabilité socialiste traditionnelle". C'est un gambit politique de belle ampleur façon Papandréou. S'il tombe ce sera en "père la rigueur" maître de l'intérêt général français. S'il ne tombe pas, il est maître des lieux pour cinq ans.

Le plan Fillon, c'et vrai,  essaie de tenir compte de l'expérience Juppé. On n'y va pas "droit dans ses bottes". On finasse. On contourne. On cherche à conserver des "éléments de langage".  Démos est si fragile et son ouïe est si délicate ! 

Quels sont les éléments du plan d'équilibre des finances publiques, présenté lundi 7 novembre par François Fillon ? Il prévoit "7,9 milliards d'euros de hausses d'impôts supplémentaires en 2013, dont 5 milliards pèseront sur les ménages de façon directe et 6,8 milliards au total, en intégrant l'effet indirect sur les consommateurs du relèvement des taux réduits de TVA."

Ces dispositions s'ajoutent aux mesures prises précédemment, notamment lors du premier "virage-de-la-rigueur-qui-n'était-pas-un-virage-de-la-rigueur" de juillet 2011. 
1) "La mesure qui rapporte le plus, est le gel en 2012 et 2013 du barème de l'impôt sur le revenu (IR), et partant de celui de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), et des donations et successions. Ce gel rapportera 3,4 milliards d'euros en année pleine".

Il s'agit d'une hausse d'impôts déguisée puisqu'on ne tient pas compte de l'inflation. On taxe à l'impôt progressif un revenu nominal dans la réalité inexistant.  Les 10% des ménages les plus aisés paieront 90% de la facture.  Si la mesure est maintenue alors que la planche à billets déclenche une inflation forte, ce sera du vol pur et simple. Notons que l'ISF n'est pas ajusté à l'inflation et que ce type de vol y est pratiqué de façon régulière. 

2).Le relèvement de la TVA à taux réduit de 5,5 % à 7 %  sur tous les produits, "à l'exception des seuls produits de première nécessité  (produits alimentaires, abonnements au gaz et à l'électricité ainsi qu'à des réseaux de fournitures d'énergie, équipements et services à destination des personnes handicapées), rapportera 1,8 milliard en année pleine. Le nouveau taux de 7 % s'appliquera au secteur de l'hôtellerie-restauration mais aussi à la restauration rapide".

1.5 sur 5.5, cela fait une hausse d'impôt de 27,3%. Notons au passage les errements de la fiscalité sur les travaux d'entretien. Pour éviter le travail au noir, on décide qu'ils seront déductibles de certains impôts. On supprime cet avantage pour les assujettir à une TVA réduite. Et on augmente peut après la TVA en question. L'incohérence est frappante ainsi que l'instabilité fiscale qui perturbe toutes les décisions.

Nous avions critiqué ici la baisse de la TVA sur la restauration. Nicolas Sarkozy semble n'avoir porté à terme cette mesure que pour faire pièce au "roi fainéant Chirac". Ces réformes partielles incohérentes sur lesquelles on revient par nécessité ou par opportunisme sont une plaie française particulièrement détestable et une signature dans le cas Sarkozy, as du deux pas en avant trois pas en arrière.
 
Précisons que la taxe équivalente en Grèce est de 13%...
 
3). Les mesures de réduction des niches, "dont le rendement sera d'1 milliard en 2013, concerneront aussi, pour l'essentiel, les ménages avec en particulier le coup de rabot transversal supplémentaire, la suppression en 2013 du dispositif Scellier sur les investissements locatifs, le recentrage du prêt à taux zéro (PTZ) sur le neuf et une diminution du  crédit d'impôt développement durable".

Nous avons déjà dit mille fois sur ce blog que la notion de niche fiscale n'avait pas de sens. Si l'exonération consentie a un sens, ce n'est pas une "niche" mais une bonne mesure.  Avec l'envolée des prix de l'immobilier et la hausse de toutes les impositions du patrimoine, le tout enveloppé dans une justice entièrement du côté du locataire déloyal, la location d'habitation ne permettait plus de loger les Français.  On a donc poussé par mille procédés artificiels  successifs les épargnants à construire pour le logement. On cesse d'aider. Comme on cesse d'aider les investissements sur les économies d'énergie. Soit ! Le saupoudrage de mesures fiscales de ce type est néfaste.  Reste à gérer la hausse des coûts de l'énergie  et l'insuffisance des constructions de logements. On en entendra à nouveau parler… 

4)Au nom de la réduction des écarts de taux d'imposition entre les revenus du travail et ceux du capital,  le prélèvement forfaitaire libératoire sur les dividendes et les intérêts, mis en place en 2004 par la droite,  est relevé de 19 % à 24 %. Matignon affirme que, pour les personnes les plus aisées, imposées jusque dans la dernière tranche du barème, les dividendes supporteront désormais le même niveau d'imposition, quelle que  soit l'option choisie par le contribuable (prélèvement libératoire ou taxation au barème de l'impôt sur le revenu).

5/24 = 20,8% de hausse. Une bagatelle. On a choisi de frapper les revenus du capital au nom d'un légitime rééquilibrage de la fiscalité entre revenus du travail et revenus de l'épargne. Il ne faut pas oublier que la CSG et le CRDS frappent également ces revenus qui ont fait lors de la création du RSA l'objet d'une imposition nouvelle. Le tout se cumule.

Ce qui est dommage c'est qu'une fois encore on préempte une mesure qui aurait du être prise dans un cadre d'ensemble de réorientation de l'imposition.  Elle aurait du servir à par exemple baisser les prélèvements sur le travail. Une fois de plus on attend un prétexte pour aggraver les impôts (et avec quelle violence) mais sans contrepartie de réforme utile.  Le tonneau des danaïdes recevra une pluie de prélèvements nouveaux.  Les revenus du capital servaient largement à augmenter la formation de capital brute en France. Associés à diverses facilités comme le Scellier ils permettaient notamment le financement des entreprises et de la construction. Les voilà mobilisés pour financer des déficits.   Le court terme l'emporte sur le long terme.

5)Le montant de l'impôt sur les sociétés, "qui est dû au titre de 2011 et de 2012 par les grandes entreprises réalisant un chiffre d'affaires supérieur à 250 millions d'euros, sera majoré de 5 %. En comparaison aux mesures pesant sur les ménages, le rendement de la mesure est estimé à 1,1 milliard soit 14 %  seulement du total des nouvelles hausses d'impôt prévues dans le deuxième plan Fillon pour 2011".

Ici encore on prive les investisseurs du rendement de leur capital.  La France est le pays où les entreprises sont sous capitalisées à l'extrême. L'épargnant est la cible privilégiée du plan Fillon.

On cherchera en vain la réduction des dépenses publiques dans ce plan. Dans le plan de juillet nous avions 10% de réduction de dépenses publiques pour 90% d'augmentation d'impôts.  Ici il n'y a qu'une augmentation d'impôts.

Le gouvernement a choisi de frapper les classes moyennes supérieures, déjà fortement touchées par la chute de la valeur de leur épargne et étrillées par les hausses des impôts locaux.  Nicolas Sarkozy pense qu'elles se laisseront faire sans réagir et qu'elles n'auront pas de choix que de voter pour lui plutôt que pour Hollande. On n'est pas dans l'économie mais dans le calcul politicien.

Economos s'en sortira un peu plus meurtri mais on croira avoir neutralisé Demos. D'autant qu'on a baissé ou bloqué les salaires des hauts dirigeants publics et incité les patrons privés à en faire autant.  L'ennui de ce genre de gesticulations c'est qu'elles laissent généralement totalement froids les électeurs qui attendent des réformes de fond et non des expédients.

Il aurait mieux valu  remettre à plat le système fiscal pour diminuer la fiscalité portant sur le travail et cesser de subventionner les importations. Comme Rocard,  comme Juppé, comme Jospin, Fillon gaspille les cartouches qui auraient pu servir à des réformes fondamentales et durables. Et la chancelière allemande Merkel, qui, elle, bénéficie du fait que l'Allemagne les a faites, baisse la fiscalité de ses entreprises !

Pendant ce temps là, la crise, incomprise dans ses causes, laissée à elle-même faute de mesures adaptées, s'approfondit. Demos paie pendant qu'Economos se noie.

Tableau.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

La faillite nous voilà !

Un des aspects de l'Euroland qui devient évident aujourd'hui, est qu'une banque centrale indépendante et exogène par rapport à un pays souverain lui fait perdre  le privilège  de ne jamais être mis en faillite. 

Si les dettes souveraines sont appuyées sur une banque nationale, il est toujours possible de fournir au nominal l'argent des intérêts et le remboursement du principal. Ce qu'on appelle la monétisation de la dette a des inconvénients majeurs : on crée de l'inflation ; on ruine le créancier en le remboursant en monnaie dévaluée, mais doucement ; le change de la monnaie s'effondre ; les voisins peuvent prendre des contre mesures pour éviter une concurrence déloyale. Le crédit devient difficile.  L'avantage est évidemment que tout est très facile pour les gouvernements : c'est la banque centrale qui fait tourner la planche à billets. Les ministres n'ont rien à faire d'autres que le train train habituel.  Et il est inutile de tout bloquer, d'imposer des impôts nouveaux, de  revenir sur des avantages acquis etc.

L'externalisation de la banque centrale rend impossible ces expédients. C'est comme si les emprunts étaient faits en monnaie étrangère. Il faut rembourser les dettes dans une monnaie dont on ne tient pas le robinet. On est tenu par les créanciers. Il faut soit faire défaut soit rembourser en se serrant la ceinture, si tant est que le dit serrage de ceinture ne casse pas définitivement la croissance.

On a conçu la banque centrale européenne comme le prêteur de dernier ressort des banques soumises à une crise de liquidité. On a strictement refusé le rôle de financier en dernier ressort des dettes souveraines. La BCE ne devait pas financer les états qui étaient tenus de conserver leurs dettes au dessous de 60% du PIB et leurs déficits budgétaires au dessous de 3%. C'était monter un barrage en papier contre le risque de défaut sur les dettes souveraines.

Le vice caché est que rien n'était stipulé pour les dettes des autres agents économiques. Or on a vu l'endettement des autres agents s'emballer à un niveau qui rendait la pyramide de crédits si fragile qu'elle ne pouvait que s'écrouler. Il est vrai que les mouvements de capitaux ayant été totalement libérés les agents étaient capables de ponctionner toute la liquidité mondiale sans trop se soucier des directives de la BCE.  L'Europe devenait tributaire des politiques monétaires des autres.

Une des conditions du succès de l'Euroland était évidemment de limiter l'accès aux marchés financiers internationaux. Sinon on pouvait voir se gonfler un surdendettement privé qui lors de son implosion entraînerait aussitôt un dépassement de toutes les normes de papier mis en opposition aux déficits et à l'endettement publics.

Sauver les banques pour sauver l'épargne et l'économie, amortir la récession par des stabilisateurs budgétaires, relancer l'investissement, toutes ces mesures ne pouvaient que faire exploser les déficits et l'endettement souverain.

Endettement qui dans l'Euroland ne peut être monétisé statutairement. Donc le système revenait à admettre froidement des défauts sur la dette souveraine des états composant l'Euroland.  La faillite nous voilà ! Les Etats Unis admettent parfaitement qu'un Etat puisse faire faillite. Ou une ville, ou un comté. La Fed n'intervient pas.

Pourquoi alors ne pas accepter la faillite de la Grèce tout en la conservant au sein de la zone Euro ?  C'était la pure logique de Maastricht. Les détenteurs de la dette grecque auraient perdu sauf si des CDS leur permettaient de reporter sur d'autres le fardeau. Les montants n'avaient pas de niveau "systèmique", même à 200 milliards.  Faite il y a un an cette opération d'apurement n'aurait d'ailleurs pas atteint ces montants. La Grèce soulagée d'un poids de dettes excessif n'auraient pas été sauvée d'une période d'adaptation lourde, ses déficits structurels  étant devenus impossibles à financer par des emprunts externes. 

L'autre solution était la sortie de la Grèce de la zone Euro.  La première conséquence aurait été immédiatement un défaut complet sur la dette souveraine mais aussi sur toutes les autres dettes internationales de la Grèce. Il est peu probable que qui que ce soit se soit intéressé, à l'achat de Drachme pendant un certain temps. Donc la dévaluation du Drachme aurait été très forte.  On aurait eu à peu près la situation de l'Argentine lors de la sortie de son currency board.  Sauf qu'en dehors de son tourisme, la Grèce n'a pas grand chose à exporter, contrairement au "campo" argentin. Le système bancaire grec aurait été lessivé.  Un contrôle des changes draconien aurait été mis en place. L'hypothèse de la faillite du Portugal voire de l'Espagne ou de l'Italie serait devenue une certitude. Le risque d'une panique générale se serait ajouté. 

On peut comprendre qu'on n'ait pas voulu choisir entre le diable et Satan.

On a choisi entre 2008 et 2011  la voie du faux semblant et de la solution d'attente jusqu'à ce que l'absence de politique sérieuse soit devenue impossible.

La solution retenue hier par les pays de l'Euroland est en fait une faillite organisée de la Grèce, sans le dire pour ne pas faire jouer les CDS,  avec pare feu pour éviter la contagion aux autres pays menacés.  Elle est à la fois dans la logique du rôle de la banque centrale maastrichienne et un expédient.

Le malheur c'est qu'il reste dans le monde plusieurs millers de milliards de dettes irrécouvrables qu'il faudra bien nettoyer un jour ou l'autre. La Grèce comme les subprimes ne sont qu'un détail de la pyramide de dettes sans contrepartie réelle qui pèsent sur le monde. 

La crise de la Grèce comme la crise de l'Euro ne sont que des vues sur la crise globale de l'endettement accumulé depuis 1971. 

L'organisation de la zone euro et les statuts de sa banque centrale interdisent une des voies d'élimination de ce surendettement (la monétisation et un certain niveau d'inflation). Le système monétaire international des changes flottants interdit largement la solution d'une croissance concertée.

Le monde se met donc en place pour une réduction générale de la dette par la perte directe, par la faillite. C'est le chemin de la dépression et de la guerre économique.

Sans remédier aux défauts structurels de la zone Euro et sans refonder une coopération internationale basé sur un système de changes concertés, il n'y a pas de solution.

Nous sommes dans la même situation qu'après guerre où il fallait éliminer collectivement  une masse de dettes nées du conflit. Nous y sommes parvenus en moins de 15 ans, avant de repartir dans un dérèglement majeur et l'absurde système des changes flottants. Les modalités de Bretton Woods  ont permis de sortir du gouffre.

On ne veut ni changer le système de Masstricht ni revoir le système monétaire international.  En dépit des chants de victoire qu'on entend après l'accord de faillite masquée en Euroland, on n'échappera pas à une aggravation de la situation globale. Alors que tout était en place pour une croissance mondiale concertée.

2012 : l'année de tous les dangers

Comme en rugby, le scénario de la crise connait ses temps faibles et ses temps forts.  2010, comme nous l'avons déjà écrit,  était un moment d'illusion. La reprise artificielle liée à des plans de relance massifs a masqué la gravité des faits  : un endettement partout monstrueux entraînant la faillite virutelle des banques et des états. 

Les dirigeants du G.20 ont cru qu'il suffirait "de rassurer l'épargnant" , de sauver les banques en leur permettant de faire rouler leur paquet de dettes, et d'amorcer des réformes sur des points mineurs pour que la crise soit en quelque sorte suspendue.

Chacune des deux  grandes puissances a essayé de se débarasser du fardeau en haussant les épaules et en se pensant plus fort qu'il n'était. Les Etats-unis étaient heureux de mettre l'Euro sous pression afin de retrouver toute la puissance exclusive du dollar.  La Chine se sentait assez forte pour maintenir des taux de change historiquement au plus bas vis à vis de l'Europe et à peine réévaluée par rapport au dollar.

Bien sûr ni l'un ni l'autre de ces grands pays n'avaient l'esprit complètement libre.  Les Etats Unis se savaient vulnérables à un effondrement de l'Euro.  La Chine se savait vulnérable àun effondrement du dollar.

L'Europe, quant à elle, était en proie au désamour des peuples, aux défauts structurels de l'Euroland et à l'inorganisation complète de ses institutions, à la fois en compétition et impuissantes, miracle du traité de Lisbonne signé en franchise de l'opinion des citoyens.   Qu'elle ait servi de "zones d'ajustement" n'est pas surprenant. 

Ce que personne n'a bien vu, c'est que la reprise de l'économie des échanges commerciaux internationaux n'a pas eu lieu en 2011.  L'asthénie presque complète du commerce mondial (on finira l'année sans doute autour de +5% , alors qu'on espérait 7% et que le taux de croissance normal devrait être entre 10 et 15%) )a été masquée par les effets de différents plans locaux. La Chine a débridé son crédit intérieur provoquant de l'achat d'équipement en Allemagne et pour le reste converti une partie des dollars engrangés en constituant des réserves et en  faisant monter les cours de matières premières.  

En vérité il n'y a eu aucune reprise saine nulle part. 

Les Etats-Unis ont découverts qu'il y avait un plafond à l'endettement indéfini.  Ils ont passé toute l'année avec un chômage à près de 10%, une réalité qu'ils n'avaient pas connu depuis les années trente.  Le modèle de rechange n'est pas apparu. Ils savent que si la Chine garde sa monnaie collée au dollar et si l'Europe explose ils entrent dans une récession de longue durée.

Les Chinois n'ont aucune des structures économiques qu'il faudrait pour gérer sainement une reprise de leur économie intérieure.  Ils continuent de compter sur l'accumulation mercantisliste de dollars en contrepartie  du bradage de leurs ressources infinies en hommes.  L'économie publique chinoise est largement basée sur  la corruption et l'argent de la corruption vient principalement de ce que les bureaucrates tiennent : les permis de construire.  La relance a entraînée une bulle des dettes des collectivités locales et une flambée immobilière excessive. 
 
Certes les entreprises mondialisées ont continué à investir  dans "l'usine du monde" de peur  de perdre toute chance d'être "leader sur son marché". Mais en réduisant drastiquement la voilure ailleurs  et en rachetant massivement leurs actions.  

L'Europe a constaté que la Commission était non pas le ferment de l'Europe Uni mais un dispositif bureaucratique anti-état, indifférent aux conséquences des politiques de laisser faire intégral  qu'il promeut .   L'assemblée européenne s'est révélée un "machin"  incapable d'être le creuset de la moindre politique économique.  Ces deux institutions ont été les deux grandes muettes européennes pendant toute la crise.  On ose presque dire : tant mieux, tant elles ne sont là que pour produire du "politiquement correct"  anti national. 

Le couple franco-allemand, en tension depuis longtemps,  du fait du laxisme français et du mercantilisme allemand,  et la BCE empêtrée dans des objectifs exclusifs de  stabilité des prix  n'ont pas véritablement de politique. Ils veulent conserver.  Conserver l'apparence du succès de l'Euro. Conserver l'Euroland.  Conserver leur banques. Conserver l'épargne des déposants.  Pas de grandes mesures. Du conservatisme prudent et des opérations images rassurantes. 

L'ennui c'est que la Grèce ne peut  s'en sortir par une déflation à caractère atomique.  L'ennui c'est qu'à défaut de réformes sinon de pure forme ou de constructions en papier à peine glacé, on résiste mal à une tempête internationale qui n'est toujours pas calmée.

Qu'attendre alors du G.20 de Cannes ? Les Etats Unis attaquent la Chine. La Chine réplique. L'Europe dit qu'elle veut garder le statut du dollar et qu'elle ne veut pas indisposer la Chine.

Partout le désastre des monnaies flottantes est patent mais il ne faut surtout pas aborder la question. Parlons environnement. Parlons taxes nouvelles dopées verbalement sous le vocable de "ressources innovantes".  D'un coup de baguette magique en ne faisant aucune autre réforme qu'une taxe sur les opérations financières l'économie et la planète seront sauvées pour toujours.

En fait chacun fera ce qu'il veut en attendant...en attendant quoi justement ? Un miracle spontané ?  L'effacement miraculeux de la dette sans conséquences sur l'activité ? La continuation de systèmes inefficaces et dangereaux  qu'on ne veut surtout pas toucher dans le bonheur et la prospérité ?

Surtout ne pas perdre la face. Surtout donner le sentiment que tout est organisé. La faillite de la Grèce sera donc déguisée en triomphal succès de la coopération internationale. Alors même que les Etats-Unis refusent de doter le FMI pour qu'il continue à violer son rôle statutaire qu'il n'exerce plus depuis 1971.

Le rôle théorique mais aussi statutaire du FMI  était d'éviter les mercantilismes et les laxismes monétaires et d'agir pour permettre à un pays en difficulté de balances de paiements de ne pas mettre tout le système par terre par une déflation excessive.  Il ne le joue pas. A la place on tente de lui faire assumer le rôle de banquier de dernier ressort des états surendettés !   Sur quelle base théorique ?  Le refus américain n'est pas totalement sans fondement.

Déçus les européens veulent faire une banque européenne de soutien aux pays endettés.  Mais statutairement la BCE ne peut pas jouer son rôle normal en cas de graves difficultés de financier de cet organisme.  On ne peut rien monétiser des dettes que cette banque fera.  Donc on ne peut qu'accroître la dette pour règler une question d'excès de dettes ou faire payer par les impôts les citoyens qui ne comprennent pas qu'on les rende solidaires de cigales irresponsables.

Rien de tout cela n'a de sens.  Tout le monde vit d'expédients.  En attendant la bourrasque suivante.

Le plus curieux c'est que l'économie réelle internationale commence à se réveiller, alors que tous les indices qui arrivent concernent le passé. C'est traditionnel : on commente toujours ce qui s'est passé il y a six mois ou un an. Prévoir le présent reste l'exercice le plus difficile !

L'aspect le plus navrant de la situation est qu'une réforme de fond faite maintenant accélèrerait le mouvement et permettrait d'entrer dans une phase de consolidation.   C'est maintenant qu'il faut faire les réforme nécessaires.  L'erreur des premiers G.20 qui n'ont rien réformé  est encore rattrapable. Mais une nouvelle erreur provoquera un ensemble de réactions qui peuvent nous envoyer pour le coup dans la dépression de longue durée.

Nous n'avons jamais voulu jouer les Cassandre ici au Cercle des économistes e-toile.  Nous avons préféré le débat autour des causes réelles des difficultés et l'examen des solutions rationnelles qui sont à portée de main.  Mais si on reste dans l'état de catalepsie mentale associée à un bras de fer politique entre les acteurs majeurs, la dépression est au bout. 

Surtout que les élections s'approchent partout et que la tentation du n'importe quoi est grande.  On l'a bien vu lors des débats pour la primaire socialiste en France.  Et l'impatienc e des peuples grandit qu'il ne faut pas confondre avec les petits cris aigus des "indignés".

On peut craindre qu'il ne se passe rien à Cannes durant un nouveau G.20 de façade.  Mais l'absence de mesures se fera sentir en 2012 qui devient l'année de tous les dangers.  Alors qu'elle aurait du être la première année de franche reprise spontanée des affaires dans  un cadre monétaire international et européen rénové.

La "victoire" à la Pyrrhus de J.C.Trichet

 

M. Trichet quitte la présidence de la BCE sur un triomphe : l'inflation sous son mandat n'a pas dépassé 2,1%. Il a raison de pavoiser : c'était son seul objectif statutaire.

Tout autour, ce n'est qu'un champ de ruines. Les bourses sont effondrées, les banques en faillite, les états asphyxiés par leurs dettes, les chômeurs partout, la peur enveloppant l'ensemble.

Le seul contraste entre l'objectif atteint de la BCE et la désolation de l'Euroland devrait faire réfléchir.

Il doit y avoir une erreur quelque part !

Des deux côtés de l'Atlantique on a cru que des monnaies administratives flottantes gérées par des banques centrales indépendantes seraient bénéfiques si ces dernières contenaient les prix  à la consommation dans des limites raisonnables. 2% d'inflation est considéré comme raisonnable.

Cette idée est fausse. Alan Greenspan l'a reconnu. Cela aurait été a la gloire de JC. Trichet de le reconnaitre aussi.

Etats, banques, monnaie,changes, commerce extérieur, balance des paiements forment un tout. L'objectif global raisonnable est  le plein emploi dans une économie en bonne santé. Dissocier les objectifs et les moyens est une sottise. Avoir globalisé les institutions en découplant les politiques était une erreur majeure. 

Reconsolider les politiques à l'échelon national ne donnera rien.  Il faut donc reconsolider a l'échelon européen et mondial.

La consolidation mondiale ne peut se faire qu'autour d'une monnaie internationale étalon et de changes concertés. La consolidation européenne ne peut se faire qu'en coordonnant budgets, changes, crédits et monnaies.

Coller au statu quo dans la morosité de l'entêtement ne mènera a rien.

 

 


Le spleen du hanneton fatigué de pousser sa boule de crottin

Nous avons toujours défendu ici que la crise que nous connaissons est une crise de  la dette.  La plupart des pays riches ont développé une dette globale qui représente un multiple excessif de leur PIB.  Nous avons montré qu'un pays qui s'est laissé glisser à porter une dette de plus de 200% de son PIB était dans une situation impossible.  Nous avons constaté que certains pays avait dépassé les 350, les 400 et même les 1000% de dettes par rapport à leur PIB.   Nous avons expliqué que cette évolution devait faire exploser  le système et elle l'a fait effectivement.

L'idée générale exprimée dans les médias a d'abord été qu'il s'agissait d'une crise limitée au secteur du bâtiment puis une crise limitée à l'Amérique qui ne traverserait pas l'océan,  puis une crise bancaire internationale liée aux produits toxiques,  et enfin on en est arrivé au constat de la réalité : il s'agit bien d'une crise de la dette.  Quatre ans  de perdus !

Malheureusement personne ne s'est enquis des mécanismes de cet énorme gonflement de la dette.  Nous avons nous-même proposé très vite un diagnostic très précis, lié au dysfonctionnement du système monétaire international.  Au contraire l'idée générale  véhiculée par les dirigeants et la presse aura été qu'il suffisait de revoir les bonus des traders et les règles de comptabilité, tout en mettant fin à certains contrats complexes de mathématiciens fous  pour que tout aille mieux.  Les banquiers n'avaient qu'à bien se tenir.

Le même manque de vision s'est attachée aux remèdes.  Les  états sont venus au secours des banques  en reprenant une partie de la dette,  car sinon le système bancaire entier entrait en catalepsie.  Et ils ont cru qu'en laissant glisser les déficits et en effectuant une relance concertée par les banques centrales tout se passerait bien.

Ils avaient oublié qu'en système de changes flottants les relances keynésiennes ne marchent pas.     D'autre part  il était certain que le double mouvement de récupération des dettes des banques et du creusement des déficits provoquerait automatiquement une hausse massive de leur propre endettement.  Pouvait-on règler une crise de dettes par un accroissement de dettes  en changeant de débiteurs ?  Nous l'avons écrit ici il y maintenant près de quatre ans : la réponse est non ! 

Tous les pays qui s'étaient laissés glisser sur la pente fatale des déficits publics permanents et massifs se sont retrouvés avec des dettes encore plus massives. La peur s'est installée partout.

A-t-on pris des mesures contre les causes de la crise ? Non. L'absence de diagnostic ajouté à la certitude "qu'on savait faire"  pour sortir d'une crise, a conduit à une passivité absolue.

Lorsque la dette globale s'est retrouvée ainsi  aggravée, on s'est posé la question de savoir ce qui fallait en faire.  On connait la solution retenue :imiter  le hanneton et pousser la boule de crottin devant soi inlassablement.

Reporter inlassablement le problème à plus tard était une facilité qui se donnait l'air de la responsabilité.

Nous-mêmes avons expliqué dès 2007 qu'il fallait restructurer le plus vite possible.  Restructurer ? On veut dire admettre la perte en partie et ne pas tout différer.  Et nous avions noté que le report des dettes n'avait de sens qui si une croissance forte  était organisée en solidarité des états.  Comme les relances ne fonctionnent pas en système de changes flottants, il fallait se réunir comme à Bretton Woods, recadrer les parités monétaires  de façon à éliminer les grands déséquilibres à la base du gonflement de la dette mondiale,  et mettre un gendarme permettant de s'assurer que les déséquilibres restaient bien sous contrôle.

Restructuration partielle de la dette , suppression des causes structurelles du gonflement de la dette mondiale,  fixation d'un cadre  monétaire mondial  raisonnable avec un cap de croissance visé collectivement , permettant des anticipations économiques rationelles pour les entreprises, étaient les trois axes de solution.

On n'en a suivi aucun.  Quatre ans après on se retrouve gros jean comme devant.  Les dettes d'état des pays les plus endettés ne peuvent plus être remboursées et elles s'aggravent. Les aides ponctuelles associées à des programmes déflationnistes n'aboutissent à rien.  Cameron provoque une récession en Grande Bretagne. Les créanciers de la Grèce provoque une récession en Grèce.   Aucune réforme n'ayant été faite, la peur s'installe et provoque des comportements récessifs qui minent les relations d'échange.  Les perspectives d'une reprise de la récession  s'accroissent.

Le hanneton est fatigué. La boule de crottin a grossi.  Et la dysentrie qui le mine n'a pas été soignée.

Les peuples s'impatientent, comme prévu. La sinistrose s'installe comme en 1929 avec le développement de systèmes de pensée entièrement négatifs.  Et les gouvernements comme à Londres à cette époque considérent qu'ils n'ont rien d'autre à faire que de se débrouiller comme ils le peuvent sans coopération.  C'est à dire que nous sommes  dans les conditions où une grande dépression peut s'installer.

Le cadre de la solution est bien le G.20. Mais le G.20 n'a pas été le fer de lance du diagnostic de la crise car le FMI n'a pas joué son rôle.  La réunion des ministres des finances du G.20 vient de se terminer par un échec.  La réunion de Cannes ne promet rien que la manifestation de l'égoïsme de fond des grands acteurs  sous halo d'unanimisme de façade.

Il n'y a toujours pas de diagnostic, donc pas de mesures adaptées qu'un consensus pourraient faire avancer.  On écope dans l'urgence.  C'est le sauve qui peut.

Rappelons qu'il y avait à peu près 10.000 milliards de dettes sans contrepartie permettant de la rembourser en 2007.  5.000 milliards de ces dettes ont été purement et simplement perdus.  Mais on a ajouté 10.000 milliards de dettes sans contrepartie de plus.  Nous avons donc en circulation  15.000 milliards de dettes ne correspondant à aucun rendement futur.  Ce qui veut dire en clair que le système bancaire mondial est en faillite car le capital des banques ne peut en aucun cas faire face à cette masse de pertes potentielles.

Comment faire ? 

D'abord il faut un diagnostic. Pas de médecine sans compréhension de la maladie.  Ce diagnostic doit être fait et acté internationalement.  Il  implique  la mise en cause du système monétaire international et l'accord sur des changements radicaux .

Ensuite il faut restructurer. A quel niveau ? Probablement autour de 5 000  milliards de dollars de dettes.   Enfin il faut éviter toute politique récessive et déflationniste. 

Un peu d'inflation mondiale permettra de réduire la dette globale de façon certes non indolore mais régulière.  

Depuis 2005 le rendement moyen des portefeuilles en Occident  a été de 1.7% soit la moitié de l'inflation.  Donc l'épargne a fondu régulièrement de près de 1.5% par an en moyenne.  Il faut à peu près doubler le taux de fonte pour qu'en dix ans on obtienne un dégraissage significatif de la dette.

Ce qui n'a pas été restructuré et ce qui n'aura pas fondu dans l'inflation, devra être remboursé par la croissance pour la moitié et repoussé pour une autre moitié.  Le hanneton poussera toujours une  boule de crottin mais elle restera proportionnée à ses forces.

On dira : vos ordres de grandeur sont grossiers. Ils le sont.   Mais il faut simplifier les grandes masses pour les rendre compréhensibles. Aux instituts statistiques de faire mieux s'ils le peuvent. Actuellement ils regardent ailleurs.  

Le plus navrant est que le mouvement des affaires est plutôt solide. Il est entravé et cassé par les mauvaises politiques suivies et la panique qui s'est installée partout.

Tant que la crise intellectuelle n'aura pas été surmontée alors la crise économique ne le sera pas.  Pensée zéro égale volonté zéro égale résultats désastreux.  Sinistrose et désorganisation internationale égalent panique et effondrement.

C'est un chemin sans issue. Si Cannes est un G.20 pour rien une fois de plus, tout risque d'être emporté.  Pensons à la Conférence de Londres  du 12 juin 1933. Là, déjà, les états ont décidé de se battre dans un chacun pour soi qui est devenu une désastre pour tous.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Retour vers le futur : 1935 ?

La tentation des comparaisons historiques plus ou moins bancales est toujours grande lors des crises un peu sévères. Quand l'avenir est incertain, on aime se raccrocher à quelque chose de familier même si le passé lointain est généralement plus fantasmé que connu.

On l'a bien vu hier soir dans un de ces débats télévisés où deux intervenants censés avoir des connaissances économiques solides se sont empoignés pour affirmer, pour l'un que la déflation était la raison de l'arrivée d'Hitler au pouvoir, pendant que, pour l'autre, c'était la déflation.

La minuscule affaire grecque, une perte sur crédit d'une centaine de milliards d'Euros (à rapprocher des quatre mille milliards d'Euros sur crédit perdus depuis fin 2006 dans le monde entier), fait renaître les pires fantasmes d'une montée prochaine du fascisme pour un camp, du socialisme violent pour l'autre.  Avènement d'un nouvel Hitler ou nouveau Front Populaire, tel serait le choix !

Il faut dire que les difficultés économiques stimulent les extrêmes. Mme Le Pen et M. Mélenchon tiennent désormais des discours  économiques que les tenants des principes qui nous gouvernent et qui nous ont mené là où nous sommes ne peuvent plus réellement juguler.

Dans ce maelström toutes les postures deviennent des contorsions. La droite libérale en vient à défendre les suggestions d'Attac, le mouvement post communiste bien connu. La gauche plaide pour l'austérité et la militarisation du redressement des jeunes délinquants.  Les keynésiens d'hier plaident pour une réduction drastique des déficits et de la dette. Les libéraux d'hier suggèrent qu'on pourrait nationaliser les banques, temporairement bien sûr.  Les européistes d'hier ne se souviennent plus très bien  pourquoi ils ont voulu l'acte unique et l'Euro.  Les souverainistes plaident pour un tarif extérieur commun renforcé. La BCE viole ses statuts tous les jours.

La crise a bousculé cul par-dessus tête les discours figés du politiquement correct d'avant.  L'Europe, c'était bien et cela ne se discutait pas. On pouvait l'étendre ad libitum : le mouvement d'élargissement se justifiait par le seul fait qu'il avait lieu.  L'Euro c'était bien et cela ne se discutait pas.  L'impôt: super ! La dette : pas grave ! Le désordre monétaire international  : la marque de la vitalité des marchés, à qui il aurait été stupide de s'opposer !

On s'aperçoit toujours de la fragilité des vulgates lorsque les populations s'affolent.  

Surtout quand on les laisse sans perspectives.

Mettons nous tout de même un instant dans la peau d'un chômeur qui a été licencié en 2008 et peine à retrouver un emploi trois ans plus tard, de parents dont les enfants ne trouvent pas à s'employer au sortir d'études immensément rallongées, d'accédants à la propriété à bout de ressources (ils se sont endettés pour trente ans !) à qui on a doublé la taxe foncière et fortement grossi la taxe d'habitation. A tous  on affirme : vous allez payer pour la Grèce ; vous allez payer pour sauver l'Euro et si on n'y arrive pas vous perdrez vos plans d'épargne ; vous allez payer parce que vous n'aviez pas assez payé encore alors que la France est au sommet des prélèvements.  Et à tous ces gens, une littérature pressée d'extraire le jus de la crise explique qu'ils n'ont encore rien vu, que le pire est devant eux.

Pas une explication des différentes crises qui nous frappent. Pas la moindre perspectives sérieuses de s'en sortir.  Et des élections en vue, partout, qui ont l'énorme inconvénient d'interdire la seule vertu utile en temps de crise : la constance.

Ce qui nous ramène à 1935.  La confusion la plus totale régnait comme aujourd'hui. La crise avait également quatre ans en France.  La reprise n'avait pas eu lieu. Les politiques fondées sur des a priori qui faisaient consensus ne marchaient pas.  La politique de déflation qui avait sa chance se trouvait confrontée aux perspectives d'élections perdantes. On allait sombrer dans le n'importe quoi et aggraver tout. La France sortirait des années trente en ayant perdu autant que pendant la Grande Guerre. Il lui faudra quarante ans pour se remettre avant d'oublier les leçons si durement apprises.   
   
Quant au monde ! Il a absolument tout oublié. On a voulu créer en 1971 un monde basé sur les relations de force entre les états, systèmes sociaux  contre système sociaux , politiques contre politiques, puissance économique contre puissance économique en supprimant toutes les écluses, tous les canaux, toutes les pompes aspirantes et refoulantes.  Les américains croyaient qu'ils gagneraient facilement. Les Allemands et les Japonais étaient sûrs d'eux.  Les nationaux communistes Han ont vu la faille et ont cru qu'ils pourraient manger l'économie du monde et assurer leur domination. Les pays pétroliers pensaient pouvoir s'en sortir sans problème grâce à la manne pétrolière.      

Les Français, eux, réglaient de vieilles querelles du dix-neuvième siècle, sans se rendre compte de rien.

Nous sommes au bout de ce chemin là.  On redécouvre qu'il n'y a pas de solution sans une coopération entre les états ; qu'on ne peut pas assumer des libertés économiques sans monnaie de référence et sans politique harmonisée des changes ; que la concurrence des systèmes ne fonctionnent qu'avec des pare-chocs et des écluses.

En sécurité routière on sait bien qu'un tank aussi blindé soit-il, n'est pas sûr, pas plus qu'un cerf volant allégé à l'extrême . Il faut  éviter les chocs et en cas de choc évacuer un maximum d'énergie pour protéger les passagers.

Eviter les chocs en économie mondialisée, c'est déjà éviter les systèmes instables comme les monnaies flottantes en organisant de surcroit l'irresponsabilité totale des gouvernements vis-à-vis des conséquences de cette instabilité.  Instabilité structurelle plus irresponsabilité structurelle, les deux mamelles du désastre économique.

En 1935 tous les pays ont voulu s'en sortir par eux mêmes, ayant désespéré de toute coopération internationale, tout en ouvrant la porte à leur démons intérieurs (communismes staliniens, socialismes divers , fascisme et national socialisme).  Aujourd'hui les démons intérieurs n'existent pas : il n'y a pas de grande idéologie en attente de s'imposer. Les socialismes nationaux ou autres ne sont plus dans les esprits ni les espoirs. Les nationalismes  flamboyants ont disparu au moins en Europe même si les égoïsmes et les petits calculs demeurent.

Ce qu'il faut donc craindre c'est d'abord le n'importe quoi spontanéiste né de la peur.

Car la solution existe.  

En 1935 il était impossible d'assurer la coopération internationale autour d'un projet commun. Hitler et Staline imposaient leur loi. Des professions de foi violentes courraient le monde  et elles étaient militantes.  Les grandes puissances imposaient leur loi à de nombreuses colonies et des nationalismes s'exacerbaient, comme celui des Japonais ivres de "lebensraum".

Rien de tout cela aujourd'hui : l'islamisme radical n'est pas mort mais il est sans influence mondiale et incapable de faire lever des masses ni de proposer un  système d'organisation un  minimum sexy.  L'islamo-nationalisme iranien est contraint par les révoltes qu'il est obligé de réprimer et son isolement international.  Les rebonds de nationalisme dans les pays de l'ex URSS ou sous sa domination n'ont pas d'importance cruciale. Il faut bien retrouver un peu de quant à soi.  Le nationalisme Han est le seul qui soit réellement dangereux. Mais il est totalement dépendant de la bonne volonté occidentale. Que la Chine soit exclue de la mondialisation et le système s'effondre ! Ce sera un nationalisme prudent.
Nous sommes donc dans une situation totalement différente de 1935. Il suffirait de sortir de la confusion pour que les voies d'un redressement général apparaissent ouvertes.

Comment faire ? Il n'y a qu'un seul chemin : le G.20 annonce que les états membres  coopèrent pour mettre fin aux causes du désastre économique en cours clairement identifiées et pour créer les conditions d'une croissance dans la coopération, seule capable de liquider l'accumulation des dettes constatées depuis 40 ans.

Les causes des désordres financiers et de l'accroissement global sont parfaitement connues : laxisme financier des uns  et mercantilismes divers dans un système de changes flottants de monnaies administratives où personne n'est responsable de ses équilibres extérieurs, alors que les mouvements financiers sont totalement libérés.

Une fois le système mondial stabilisé avec des changes fixes et ajustables, une instance internationale disposant de pouvoirs réels de régulation, une coopération explicite des nations , le sauvetage de la zone Euro devient un jeu d'enfants.  

Les états redeviennent responsables de leurs comptes extérieurs et de la valeur externe de leur monnaie, tout autant que de leurs équilibres intérieurs, le plein emploi étant un des équilibres majeurs dont on parle. Ils sont obligés de coopérer pour la croissance et l'amortissement des dettes monstrueuses accumulées par le système de double pyramide de crédits Rueff-Allais.

L'absence d'idéologies délétères permet de reprendre progressivement le chemin d'une mondialisation plus heureuse sans sombrer dans les expériences mortifères.  

En 1935, les auteurs ne voyaient plus d'avenir. On croyait à la fin du cycle d'expansion appelé révolution industrielle.  Le slogan n'était pas "no future" mis c'était dans les esprits. On sait ce qui est advenu : la plus grande mutation de toute l'histoire de l'humanité !  

Ne tombons pas dans ce travers. Il est parfaitement possible de préparer un avenir intéressant et progressiste pour l'humanité.

Mais il ne faut pas se tromper de chemin.

Comment se réveiller d'un rêve ?

Depuis toujours nous défendons l'idée que les difficultés que le monde, l'Europe et la France traversent ne sont pas le fruit de l'action de diables et de vilains mais plutôt celui des contradictions sévères entre rêve et réalité.

Cette thèse est moins facile que celle qui consiste à charger des boucs émissaires. La sortie de crise est également plus difficile : comment renoncer à un rêve ?

Le rêve mondialiste  aura été que l'on puisse abaisser toutes les frontières dans la sphère économique, sans pour autant mettre en place les coopérations d'états minimales qui auraient permis de canaliser et de garantir ce processus de libéralisation quasi intégrale des échanges de biens et de capitaux. 

Pour ses promoteurs, le libéralisme débridé de l'économie  aurait du conduire presque mécaniquement à une libéralisation politique générale des peuples.  L'individu aurait transcendé les nations.  A terme, les droits naturels à voyager, à s'installer, à contracter seraient devenus universels.  Bonheur et prospérité, en même temps qu'un progrès décisif de l'humanité, auraient été au bout du chemin.


Pour cela il fallait deux conditions :


- La liberté du commerce. Elle serait mise hors de portée des états : une organisation mondiale, l'OMC, permettrait de réguler ce qui doit l'être afin d'éviter les distortions de concurrence.


- La liberté des mouvements de capitaux : compte tenu que chacun conservait sa monnaie, il importait de mettre en place un système de changes tels que les monnaies s'échangent librement. Le cours de change des monnaies serait "naturel", loin des manipulations des états.  

Les Etats ainsi mis entre parenthèse, ne s'occuperaient plus que de questions internes et en particulier de traiter des conséquences de la "globalisation" ainsi mise en place.

Ce beau rêve s'est fracassé pour une raison simple : les changes flottants de monnaies administratives ne marchent pas.  Une organisation du commerce sans état de droit réel chez certains partenaires et sans rapprochement  des politiques générales (environnement, sécurité des produits etc.) n'aboutit qu'à des distortions et des déséquilibres insupportables surtout si elles s'accompagnent de distortions monétaires.

Les Etats-Unis ont cru qu'ils seraient assez puissants pour dominer le jeu.  Ils se sont trompés.  Londres a cru qu'il lui serait possible de devenir le centre de la pulsation financière sans qu'il y ait de conséquences négatives.  Londres s'est trompé. L'Europe a suivi mollement en pensant que tout irait bien. L'Europe s'est trompée.

Le rêve n'était pas "de droite" ou "de gauche", démocrate ou républicain, travailliste ou tory.  Il aura été général dans les pays occidentaux. Il a tourné à la catastrophe.

Face à cette situation désobligeante pour les promoteurs de ces idées,  la tentation est de revenir à l'idéologie.  La révolution libérale a échoué à cause des états et de leur socialisme primaire dira-ton d'un côté. La révolution libérale a échoué à cause des marchés dérégulés diront les autres. En route pour une guerre idéologique sans intérêt. Et même dangereuse.  Rappelons que les objectifs étaient un rêve. Faut-il tuer le rêve ?

Permettre à chacun l'exercice de libertés essentielles à travers le monde est nécessaire. Ce sont les conditions de cette liberté qui posent problème.  La liberté exige un état fort, et non faible, une coopération forte des états, et non une absence totale de coopération.

La victime de la crise est d'abord l'idée d'un gouvernement par des normes  alors qu'il n'y aurait pas de norme de gouvernement.

Techniquement le maillon faible aura été, comme toujours, la monnaie.  Les changes flottants sont une erreur conceptuelle. Ils n'ont jamais marché. Ils ne marchent pas. Ils ne marcheront jamais. La monnaie n'est pas "une marchandise comme les autres".  Curieuse marchandise que ces créances sur l'économie mondiales produites par des imprimeries contrôlées par des gnômes !

Le rêve de libéralisation n'est possible que si les états tiennent la valeur externe de leur monnaie et qu'il existe une force capable de leur faire respecter leur engagement.  Monnaie et crédits sont des dimensions essentielles de la politique économique des nations. Croire qu'on pourrait passer outre est une utopie.

Nous affirmons qu'il faut conserver l'objectif tout en réformant le moyen.  Il ne peut y avoir de régulation en changes flottants où des puissances peuvent soit pratiquer le laxisme monétaire total soit le mercantislisme absolu.   Il ne peut pas y avoir de solution sans collaboration des états.  On pensait qu'on pourrait les mettre de côté, ces satanés états mais en leur laissant toutes leurs capacités de faire ce qu'ils voudraient.  Les marchés les tiendraient en respect.

Cela ne marche pas. Les états ont un rôle. Ils doivent coopérer. Ils doivent accepter des sanctions extérieures en cas de manquement.  En matière monétaire qui, dans l'espèce, est la partie défaillante, cette coopération s'appelle : changes fixes, autorités de tutelle, étalon indépendants des états.  En un mot un Bretton-Woods réellement paritaire sans monnaie pivot.  Pas de Gold exchange standard, plus de véto américain,  mais une parité organisée avec des responsabilités àassumer par chaque état.  La liberté des capitaux doit être pilotée et pas seulement confiée à des normes.

Bien sûr  il y a aura régression partielle dans les libertés totales de faire bouger ses capitaux où on veut, quand on veut.  De même que des glissières de sécurité empêchent l'automobiliste d'autoroute d'aller où il veut quand il veut. Il faudra rester dans les clous.

Et alors ? Tout vaut mieux qu'un système qui ne marche pas.

Le rêve européen est tout aussi fracassé.  Et il s'agit du même rêve. Permettre aux citoyens européens d'exercer librement toutes les libertés.

Le moyen est totalement inverse que celui choisi pour la globalisation : pour l'essentiel on met en oeuvre une monnaie unique et commune.   Les états sont privés du pouvoir monétaire confié à des gnômes rendus totalement indépendants.  La puissance des traités fixe les règles.  

Nous retrouvons notre vielle amie : la gestion par la norme sans pilotage politique.  Mais l'unicité monétaire européenne est totalement en contradiction avec la solution globale de changes flottants généralisés.  Un ilôt de fixité dans un océan de flexibilité met le chêne à merci des roseaux !

Une double  question cruciale se pose au monde  : une zone monétaire unifiée est-elle possible sans instance de pilotage et sans unification des politiques économiques et sociales ?  Est-elle possible dans un monde de liberté de capitaux avec changes flottants ?  

Les fédéralistes européens à l'origine de l'Euroland et toujours préoccupés de mettre la charrue avant les boeufs, se sont échinés à éluder la double problématique.  La réponse est venue de la première grande crise suivant l'établissement de l'Euro :  non, cela ne marche pas !

Une fois encore les idéologues ressortent leur massue. Si cela n'a pas marché c'est qu'on n'a pas été assez loin disent les fédéralistes.  Vite une véritable fédération européenne avec gouvernement fédéral etc.    Les souverainistes éructent : la ruine est là et vous voulez l'aggraver.

La question reste : comment fait-on fonctionner une monnaie unique entre pays souverains dans un système mondial de changes flottants ? Surtout lorsque l'absence de tout pilotage de l'échanges des biens, l'Europe ayant sans contrepartie renoncée au tarif extérieur commun, conduit à un sous emploi chronique et fait de l'Europe un "machin" qui sert de tampon facile entre les grands joueurs ?

Le dernier rêve est le rêve français.  Vive l'impôt, vive la dépense publique, vive la dette, vive la gratuité généralisée, vive le non travail et le temps libre ! Ole !   Et vive le politiquement correct qui fait chanter la belle chanson en coeur dans tous les médias de droite et de gauche.  La France aurait trouvé le truc : 35 heures et bientôt 32 heures de travail pour ceux qui ont du travail  ;  des charges sur le travail supérieures à tout le monde ; des règlementations toujours poussées à l'extrême ;  les sébilles partout tendues ; des "droits à" toujours plus étendus.  La politique d'énarchie compassionnelle transcende les vieux clivages droite gauche.  Le haut fonctionnaire est juste et pense au bien commun. Lui seul. Il va arbitrer la société. C'est à dire contraindre sur les recettes et lâcher systèmatiquement sur les dépenses.   

La question ici est très simple : comment maintient-on   ce rêve de Capoue  dans une Europe sans frontières et dans un monde globalisée ?  La réponse a été : en s'endettant. Nous voici au bout du chemin.  Le clientèlisme politique de Zombis sans pouvoirs sur rien puisqu'ils ont tout cédé à l'Europe ou à la globalisation  apparait pour ce qu'il est : une imposture démocratique.   Et voici qu'on explique à l'UMP comme au PS qu'il suffirait de perdre le pouvoir budgétaire   au profit de l'Europe, tout en gravant dans le marbre la vertu, pour que le clientélisme et l'achat sectoriel de votes ne puissent continuer. Pensez ! Il suffirait de "prendre l'argent aux riches". 3 ou 10%  de la population paiera. Et pour le reste ce sera le secteur financier avec la taxe sur les transactions financières.

Zeus aveugle toujours ceux qu'il veut perdre.

Le Français né malin pense qu'en ne gouvernant plus mais en ruinant ses riches et ses banques, qui le sont déjà,  il va pouvoir continuer à vivre à l'oeil !

Notons que le drame français est plus grave que le drame européen ou mondialiste.  On n'est plus dans le rêve mais dans l'illusion fatale.  Le concours de démagogie qu'aura été ce 15 septembre le débat des socialistes en vue de  leurs élections primaires montrent que les mentalités publiques ne sont pas près de changer.

Nous voici donc dans un monde ruiné financièrement  alors que s'évanouissent les trois rêves  d'une mondialisation inorganisée mais  heureuse, d'une Europe ectoplasmique mais gérée par la norme,   et d'une France surendettée et surfiscalisée, mais  gavée de gratuités et de loisirs.


La solution n'est pas d'abandonner le rêve.  Mais de comprendre que les libertés ne s'exercent que dans des cadres précis et efficaces.  La gestion par la seule norme est morte. Il faut une gestion par le pilotage.  C'est à dire des instances responsables à chacun des niveaux d'organisation nécessaires.

Le monde doit renoncer aux changes flottants. Les Etats doivent coopérer autour d'un étalon et faire especter la valeur externe de leur monnaie, l'équilibre de leurs balances commerciale, la santé de leur balance des capitaux.  Et il faut un gendarme fort pour imposer aux Etats le respect de leur engagement.

L'Europe ne peut pas être un ilôt d'unicité monétaire dans un monde de changes flottants.  Elle ne peut plus être la variable d'ajustement des combats de titans que se livrent les autres grandes puissances.   Si l'Europe ne peut pas mettre en place une structure centrale de pilotage économique  il faut abandonner l'Euro.   Et bonjour les dégats.

La France ne peut plus chanter vive l'impôt (des autres) ; mort  (fiscale)  aux riches ; travaillons moins ;  vive les gratuités !   La dette c'est fini pour un moment.  Où la France  s'aligne sur une politique auropéenne pilotée par une instance européenne,  ou elle reprend  son autonomie en cherchant à s'en sortir par le dynamisme et le courage. Quelque soit l'issue de la querelle institutionnelle  elle devra couper avec le compassionnalisme énarchien et un néo socialisme de la dépense publique  illimitée.

Ou elle sortira de l'histoire.  Et par la petite porte.  La toute petite porte.

Conserver ses rêves tout en jouant le réalisme et en abandonnant les peaux mortes d'une mutation bien intentionnée mais  ratée : tel est l'enjeu pour le monde, l'Europe et  la France.


Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Jouer au nouveau RUBIK's Game ?

L'Allemagne et la Suisse ont mis en place le dispositif RUBIK qui stipule que la Suisse garde son secret bancaire mais que le revenu des placements faits par des résidents allemands en Suisse de façon anonyme seront taxés assez fortement. Cette convention va être bientôt acceptée par le Royaume Uni. Le France refuse absolument d'aller dans ce sens.

A-t-elle raison ?

Aucun débat n'ayant lieu sur ce sujet dans la presse française, saisissons-nous de ce sujet intéressant.

Les avoirs évadés des résidents Français en Suisse sont estimés à 90-100 milliards d'Euros. Si on ajoute les avoirs dans les autres paradis fiscaux on aboutit une fourchette plus large située elle entre 150 et 200 milliards.  A ces capitaux devraient s'ajouter pour être parfaitement clairs ceux des exilés fiscaux légaux qui représentent entre 3 et  5 fois cette somme selon les estimations très approximatives qu'on en a.

Il va de soi que si la France voyait revenir 75 milliards de capitaux cachés et 75 milliards de capitaux exilés, ses difficultés conjoncturelles pourraient être grandement réduites.

Pour la Suisse, victime d'entrées de capitaux excessives ce ne serait guère un problème sinon pour les banques où les sommes sont déposées. Des restructurations importantes en résulteront. Elles ont largement lieu dès maintenant. 

L'avenir de la Suisse de toute façon ne passe pas par le secret bancaire vis-à-vis de ses voisins européens. On sait que nous même au Cercle des économistes e-toile, nous militons pour l'entrée de la Suisse dans l'Union Européenne. Cela implique à plus ou moins long terme la fin du secret bancaire dans sa forme actuelle.

La vraie difficulté se trouve donc en France qui ne rêve que d'impôts, que de justicialisme fiscal, que de sur-taxation des riches. On sait que Nicolas Sarkozy a eu peur de supprimer l'ISF, qu'il a pris vis-à-vis des capitaux exilés une position franchement hostile, allant jusqu'au projet immonde d'EXIT TAX et qu'il refuse absolument RUBIK.

Tous les candidats aux élections présidentielles renchérissent sur la nécessité de taxer les riches et tentent de faire croire qu'on pourra faire payer la crise à cette seule partie de la population. L'affaire Bettencourt leur a donné des munitions dans ce combat en même temps que l'extravagance de certains comportements comme celui du dénommé Ernekinne Sellières, héritier du Comité des forges,  symbole des 200 familles,  pillant allègrement son cousinage pour s'accaparer des sommes ahurissantes.

Le nouvel épisode de récession qui s'annonce, avec son cortège d'aggravations mécaniques  des dépenses publiques, dans un contexte  électoral présidentiel, laisse peu de chances à un débat serein en France sur ces questions.

La France dépasse dès aujourd'hui la Suède et les pays nordiques pour le taux de dépense publique par rapport au PIB. Le prêchi prêcha socialiste, universel dans les médias,  y est tellement prégnant qu'il envahit même le discours des partis dits de droite.

Autant dire qu'il n'y a aucune chance pour qu'un langage un peu sérieux ait une chance d'être entendu sur ces sujets.

Quel serait l'intérêt de la France ?

Elle ne peut compter que sur la croissance pour rembourser ses dettes. La croissance ne peut être que le fait des entreprises. Le capitalisme français est déjà un capitalisme sans capitaux et hyper vulnérable. Du fait des contraintes fiscales et réglementaires il n'a pas pu développer un "Mittelstand" comme l'Allemagne. Un énorme trou isole les entreprises du CAC 40 des myriades de sociétés de moins de 50 personnes, en fait de moins de 5 personnes. C'est aussi un capitalisme sans salariés, le nombre de salariés rapportés à celui de la population totale étant le plus faible de tout le monde développé. On sait qu'avec 66 millions de résidents la France devrait avoir entre 25 et 30 millions de salariés. On est quelque part entre 15 et 17 !

Le résultat est désastreux : nous régressons partout. Nous perdons des parts de marché en France en Europe et dans le monde. Les jeunes élites ne pensent qu'à faire des carrière là où on peut gagner sa vie. Le chômage des jeunes, des femmes, des immigrés, des travailleurs âgés, est beaucoup plus haut que partout ailleurs. Le patrimoine français passe entre des mains étrangères. Notre commerce extérieur devient exsangue. Les entreprises françaises disparaissent de secteurs entiers de l'économie. Elles sont absentes des nouveaux marchés qui se créent. Plus personne ne voit comment nous allons nous en sortir à terme, alors que nous n'avons pas cessé de vivre aux crochets des marchés financiers mondiaux depuis 40 ans. Victimes d'une administration centrale et locale hypertrophiée qui écrase la société et les entreprises de normes exclusives et intenables, en même temps que d'impositions extravagantes (augmenter de 100% des impôts ne gênent personne, comme on l'a vu à Paris avec M. Delanoé), envapés par le discours des médias totalement engagés   dans un socialisme résiduel aigri et sectaire, les Français sont en train de se suicider d'une façon aussi radicale que politiquement correcte.

Les centaines de milliards partis légalement ou non à l'étranger ne sont que le reflet en creux de cette situation folle.

La vindicte verbale et fiscale  de Nicolas Sarkozy vis-à-vis des détenteurs de ces capitaux n'est que la traduction ou le reflet, comme on voudra, de sa volonté de renoncer à toute rupture dans la gestion économique de la France. De ce point de vue il n'aura guère fait plus que J. Chirac qui avait déjà  poussé "l'énarchie compassionnelle" aux frais du contribuable  jusqu'aux limites du supportable.

Une nouvelle attitude vis-à-vis des centaines de milliards détenus à l'étranger par des Français impliquerait une véritable révolution dans la manière de concevoir l'avenir de la France.  Une France de plein emploi, de salariés et d'entrepreneurs ne peut pas naître sans une énorme rupture dont il n'y a aucunes prémisses. 

Donc les capitaux en reviendront pas.

Imaginons une situation totalement improbable où les Français auraient renoncé à s'auto-détruire, où on ne compterait pas seulement sur les entreprises du  Cac 40 pour faire illusion, où les PME pourraient grossir, où l'espoir d'une vie meilleure pour le plus grand nombre ne passerait pas par l'attente d'une planque dans la fonction publique locale, régionale ou nationale, où les politiques ne remâcheraient pas constamment un discours basé sur le cadeau au peuple et la dénonciation des nouveaux Koulaks que sont les "riches", où l'avenir politique ne serait pas encombré par la possibilité de l'arrivée aux manettes d'un Chavez franchouillard.  Il n'y aurait plus d'ISF. Les charges sociales ne porteraient plus majoritairement sur l'entreprise. La fonction publique locale et nationale serait réduite de près d'un tiers. Les prélèvements ne dépasseraient pas 35 à 38% du PIB.  

Faudrait-il alors accepter Rubik ?

A notre avis : NON !

Il vaudrait bien mieux annoncer une amnistie fiscale totale avec des contraintes partielles de réemploi de l'argent rapatrié dans des fonds spécialisés.

Imaginons que l'on dise aux détenteurs de capitaux expatriés : vous pouvez revenir sans aucune fiscalité ni pénalité si vous mettez vos avoirs soit dans un fonds de recapitalisation des banques françaises, soit dans des fonds de financement de la relance par des grands projets industriels, soit dans des fonds de financement de la croissance de PME françaises  de taille moyenne ; En revanche vous devrez payer 10% sur les fonds dont vous voulez la pleine disposition, sachant que de toutes façon au moins 50% des fonds rapatriés devront aller dans les fonds obligatoires et y rester bloquer pendant 5 ans.

Rêvons un peu et imaginons que 150 milliards reviennent :

20 milliards d'euros iraient à la recapitalisation des banques et à une caisse d'amortissement des dettes européennes.

35 Milliards d'euros iraient au financement d'un plan d'investissement national et/ou européen.

20 Milliards iraient à la consolidation des nouvelles PME françaises dispensées de tous les effets de seuils qui les paralysent.

7.5 milliards de recettes fiscales seraient engrangées.

67.5 milliards se placeraient librement ou iraient à la consommation.

Quel coup de fouet pour l'économie et l'emploi ! 

Et quelles recettes fiscales pour le futur !

Le Français, né malin, préférera sa passion mauvaise pour l'impôt et la haine des autres. Il renoncera même aux recettes faciles et immédiates permises par Rubik.

Et la France continuera de sortir doucement de l'histoire pour devenir au mieux une super Grèce, vendant le charme de son histoire et de ses paysages, dans la dépendance servile vis-à-vis du reste du monde, en se rappelant ce qu'elle fut.  Naguère.

Suicide programmée d'une nation autrefois bénie des Dieux. 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile

Vérités premières et…erreurs secondes

L’avantage des crises violentes est qu’elles décillent en partie les yeux médiatiques et font tomber les inhibitions traditionnelles de la presse !

La crise de panique boursière et financière qui une nouvelle fois parcourt le monde permet ainsi à des idées considérées comme marginales ou contre le consensus de s’exprimer avec force.  L’ennui c’est que, le plus souvent, elles sont insuffisantes.  On passe d’un credo à un autre, d’une éructation à une autre et on ne réfléchit pas vraiment. Le résultat : pas de véritables perspectives.

Prouvons-le avec quelques exemples pris dans la presse rapportant des postures politiques et des propos d’économistes.  

Il est amusant que tout d’un coup les marginaux passent en première ligne. Alors qu’on n’a entendu personne du côté de l’UMP et du PS, la parole est aux Cassandre, ceux qui « l’avaient bien dit».

Dupont Aignan reprend ses antiennes habituelles : c’est la faute à l’Euro et à l’abandon absolu de toute défense vis-à-vis de la Chine.  Délocalisation et désinvestissement  sont provoquées  par la sous-évaluation de la monnaie de la Chine, « de 50% ».  On a compensé les pertes de croissance par l’endettement. Le pari était sans issue. Sans industrie pas de croissance. Sans croissance pas moyen de réduire la dette.   On est dans la nasse. Il faut se défendre contre la Chine et sortir de l’Euro. Le sauvetage de l’Euro, « c'est-à-dire des banques qui ont prêté follement à la Grèce, à l’Italie,  à l’Espagne et au Portugal » conduit à aggraver l’endettement de 45 milliards alors qu’il faudrait le réduire.  Ce n’est pas en réduisant les policiers, les enseignants et les infirmières  qu’on sortira du gouffre.  Les pays du sud de l’Europe doivent dévaluer pour retrouver le moteur de leur croissance.

La plupart de ces assertions sont justes.  Il manque simplement l’avant et l’après. L’avant : pourquoi diable sommes nous dans cette situation ? Un simple manque de vigilance occidentale vis-à-vis de la Chine ?  L’après : d’accord on dévalue partout et on « se défends » contre la Chine. Dévaluation et protectionnisme individuel des nations en cas de crise : on connait. Cela a donné la grande dépression des années trente.  Explosion de l’Euro ? Il faut dire qu’on ne peut le faire sans ruiner les créanciers des pays qui sortiront et dévalueront leurs monnaies massivement, car leur dette sera multipliée nominalement d’autant.  Et si les pays du Club Med dévaluent tous en masse, comment la France exportera-t-elle ?  Où en seront les deux moteurs de croissance : l’investissement et l’exportation ? Quant à la consommation !

Remarquons que la bonne partie de l’analyse met l’accent sur les aspects monétaires. Il n’y a pas de solution sans une gestion nouvelle des changes et de la création monétaire.  C’est là que ce jeune homme s’arrête. C’est là où on l’attend.

Marine Le Pen  tient à peu près le même langage. C’est la faute à la Chine et à l’Euro. Dévaluons et protégeons.  On retombe dans les mêmes analyses et le même travers : quid si les autres font pareils ?  Elle a ajouté hier un élément comique qu’il faut souligner : supprimons les accords de  Bretton-Woods ! Malgré ses efforts pour assoir sa crédibilité économique elle ne sait toujours pas que les accords de Bretton-Woods sont morts et enterrés depuis … 1971 et le refus des Etats-Unis de convertir leur monnaie en or.  Comme pour les analyses de Dupont-Aignan, on voit bien que les siennes se concentrent sur la question monétaire,  et que le sauve qui peut général ne peut rien donner dans cette matière. Il faut un nouvel ordre mondial dans les changes et les monnaies. Il faut donc un … nouveau Bretton-Woods ! CQFD !  L’économiste Marine doit encore grandir un peu.

Avec Mélenchon, on retrouve le même discours sur la vanité des réductions de  dépenses publiques, sur l’impossibilité de sortir de la crise sans la croissance mais s’ajoute deux mesures phares : l’imposition des « riches », massive comme il se doit,  et le financement direct des états par la planche à billets.  Il est vrai que le spectacle de banques qui se financent à presque rien et qui prêtent aux Etats qui les sauvent  à plusieurs fois le taux de la BCE a quelque chose de psychédélique facile à dénoncer.  Il faut à Mélenchon des « vilains »  et des prédations violentes.  La difficulté de ce langage « populiste » est qu’il esquive  les deux difficultés majeures de ce raisonnement. La première est que la BCE finance déjà directement les Etats en difficulté et que son bilan devient aussi beau « qu’un mur de chiottes de lycée de banlieue », comme l’a décrit récemment  et élégamment un économiste peu regardant sur l’euphémisme.  Et que la BCE exige des Etats qu’ils…la refinancent !  La seconde et que nous avons déjà l’imposition la plus forte de l’Euroland et une des plus forte du monde.  L’asphyxie fiscale est une des difficultés françaises.

On aimerait entendre les Verts. Ils sont totalement silencieux. Il est vrai que maintenant que le risque de décroissance est là,  c’est  rien moins que problématique. Applaudir  aujourd’hui serait mal vu.  Et la « Torquemada en jupons » qu’ils se sont choisie a les mêmes  connaissances  économiques que Marine le Pen, ce qui est peu dire.

On aimerait entendre le PS dont le candidat Hollande vient de se faire adouber par le journal le Point au nom de la « responsabilité » et de la « crédibilité économique ».  Mais ici encore c’est le silence.

On aimerait entendre l’UMP, de Copé à qui on voudra, mais là encore c’est le silence sinon une « opération image » du Ministre des Finances « rassurant l’opinion » sur la santé générale de la France, et une autre « opération image » du président Sarkozy  présidant une réunion exceptionnelle de crise avant de rejoindre le porte avion Charles de Gaulle. Il s’agit de montrer qu’on est sur le pont.   

En attendant les épargnants ont perdu 20% de leur avoir en action. On peut ne pas croire à l’effet Pigou mais on ne peut pas croire que cela n’aura pas quelques effets  surtout à un moment où la conjoncture s’avère totalement étale en France et dans le monde.  

Les politiques étant radicalement à côté de la situation, comme ils le sont depuis 40 ans et la crise de 1974, toujours pas surmontée, il est intéressant de se tourner vers les déclarations d’économistes.

Le Point fait parler les morts en l’occurrence Jacques Marseille, « qui l’avait bien dit ».  Avec Jacques Marseille nous avons tenu des discours parallèles pendant près de dix ans sur la folie de la dépense publique  et de l’endettement français.  Nous sommes donc parfaitement heureux que son discours, vilipendé, comme le fut le nôtre sur le site du forum du Monde, soit aujourd’hui reconnu.  Le journal est bien forcé d’admettre aujourd’hui qu’il n’y a pas eu de « rupture » avec Nicolas Sarkozy, question que nous avions posée dès juin 2006 (article : quelle rupture ?)  et que nous avons reprise sur ce site dans plusieurs textes, mais  sous une forme moins interrogative.  Il n’y a pas eu de rupture et le délire de dépense publique a continué presque sans infléchissement, les mesurettes prises étant totalement insuffisantes, qu’il s’agisse de la RGPP (réduite aux fonctions centrales)  ou du non remplacement d’un fonctionnaire d’état sur deux, dont le gain a été redistribué aux fonctionnaires pour 66%, et annulé par les créations d’emplois dans les autres secteurs protégés dans les collectivités locales et autres institutions dépendantes à 100% de l’état.

Le problème c’est qu’on ne réforme pas bien en période de décroissance et que la réduction massive des dépenses de l’état en phase de récession est un désastre annoncé.

Le journal le Point reprend le thème d’un de nos articles de ce blog (« qui a cassé le vase de Soissons ? ») en dressant le tableau de l’endettement français depuis 35 ans.  Mais il exploite mal cette question.  Première erreur, il ne fait pas démarrer la montée de la dette au bon moment : 1971.  Deuxièmement il ne remarque pas que la dette est toujours et d’abord la conséquence des récessions décennales.  

La dette commence avec Giscard et Chirac qui ne maîtrisent pas la crise de 74, s’enfle avec Mitterrand et Mauroy, avec la crise du début des années 80,  puis avec Bérégovoy et Balladur lors de la crise de 92-93, puis avec Chirac et Jospin lors de la crise du début des années 2000. Elle explose maintenant avec la récession de 2008-2009.

Il devrait donc y avoir une réflexion sur ces crises décennales et leur gravité constamment aggravée. Mais là : stop !  C’est la paralysie intellectuelle.  

De même qu’il devrait sauter aux yeux que les grands « criminels » sont les premiers ministres et les présidents qui ont laissé filer la dépense après la crise, lors de la phase de haute conjoncture : Rocard et Jospin sont ici en première ligne. Surtout Rocard. C’est à ce moment là qu’il fallait réduire la voilure et alléger le bateau.   Au contraire on a profité d’impôts alourdis et de recettes fiscales grimpant plus vite que la croissance pour dépenser à mort sans rien réformer, sinon dans le sens de l’aggravation des charges et du malthusianisme.

Résultat : toute cette information, indispensable, est largement perdue pour une bonne compréhension du passé et une politique  utile pour l’avenir. Le « Vous vous rendez compte Mme Michu » fait peut-être vendre des journaux mais n’apporte rien à la nation.  Et une fois de plus on se contente de la dette publique sans tenir compte des autres formes de dettes (particuliers, entreprises et banques) qui chantent également une belle chanson dont il importe de comprendre les paroles.

Le moment est venu de parler de Kenneth Rogoff.  Il annonce que la crise est d’une espèce différente, jamais vue  et conteste le terme de « grande récession » avancé par un de ses confrères (Stiglitz).  C’est  une fois de plus un des thèmes que nous avons traité (il y a trois ans !) dans ce blog.  Comme nous,  il arrive à cette idée qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une crise de la dette.  Bravo ! Dommage qu’il n’en donne pas exactement la cause.

L’ami Rogoff s’était commis dans une erreur majestueuse en tant qu’économiste du FMI en déclarant que les crises périodiques étaient terminées et que désormais leur gravité était négligeable. Nous avions critiqué inlassablement cette bévue.  Il passe à l’excès  inverse.  Décidément il ne peut pas se résoudre à l’idée du cycle décennal.   Les crises décennales d’avant n’étaient pas graves et en voie de disparition, la crise décennale encours  est d’un genre nouveau.  Donc il n’a jamais eu tort ! CQFD !

C’est amusant. Est-ce vrai et surtout porteur de solution ?  La réponse est non. Parce que Rogoff ne comprend pas la situation qui exigerait de sa part une révolution copernicienne dont il est actuellement incapable.

Le phénomène des crises décennales (ou quasi décennales) est tellement ancré dans l’histoire économique de ces 200 dernières années (pour le moins) qu’il est parfaitement vain d’essayer de le nier.  Toutes ces crises ont en commun d’être « des crises de la dette ».  Un moment d’euphorie associé à la phase de croissance rapide de fin de cycle pousse les agents à aller trop loin dans les projets et l’endettement.  Jusqu’au moment où ils constatent qu’ils sont « un pont trop loin » et qu’il faut vite replier la voilure pour éviter la grosse mésaventure.

Le cycle décennal et un cycle du crédit et de l’endettement.  Affirmer que la crise actuelle est d’abord une crise de l’endettement n’en fait pas une crise différente. C’est la règle.

En revanche le contexte change.  Entre un moment de système monétaire bi métallique et une production majoritairement agricole,  un autre d’étalon or et de poussée des industries primaires, un autre de n’importe quoi monétaire après une guerre mondiale dévastatrice, avec une poussée de l’économie pétrolière,  un autre de Gold exchange standard et la poussée du tertiaire, une dernière avec comme toile de fond un système de changes flottants et de monnaies administratives, avec l’émergence d’une économie de l’information,  les différences sont nombreuses et sensibles.

L’analyse économique expérimentale doit à la fois observer les forces constantes qui agitent l’activité et les variations de contextes qui  provoquent des conséquences différentes.

Nous vivons depuis 1971 de facto et 1973  de jure dans un système de monnaies administratives  dont la majeure partie s’échange dans le cadre de  changes flottants sans aucune régulation internationale, l’ensemble des transactions financières ayant été libérées.  En même temps un libre échange de principe a été décrété.  Que constatons-nous ?  Les crises décennales n’ont cessé de s’aggraver  et le trend de croissance global de baisser !

La crise de 73-74 a été la « plus grave depuis 1929 ». Puis la crise de 92-93, plus grave que celle de 74,  a été à nouveau « la plus grave depuis 1929 ». La crise actuelle est à nouveau « la plus grave  depuis 1929 ».  Les crises décennales mineures (celle du début 80 et celle du début 2000) ont été également plus sensibles que celles qui les ont précédés (notamment celle de la fin des années 50 et du début des années soixante).

Il n’y a donc pas changement de nature mais aggravation. Pourquoi ? Parce que, dans le cadre monétaire et financier global nouveau,  les moyens des sorties de crise précédentes ont aggravé les conditions de la crise suivante.  La fuite en avant monétaire dans un système propice a permis de crises en crises le gonflement d’une dette mondiale insupportable jusqu’au point où maintenant les recettes de 73 et de 92  ou de 2000 cessent d’être opérantes.  Jacques Rueff avait parfaitement identifié le mécanisme de la double hélice de crédit et Maurice Allais clairement indiqué qu’on arrivait aux limites du système.

On a cru bien à tort à la toute puissance intellectuelle des économistes américains et on constate aujourd’hui qu’ils étaient nuls ou de parti pris pour le système.

Nous sommes dans un processus continu d’aggravation de crises récurrentes, pas dans la quatrième dimension économique.

La question est devenue systémique : le système mis en place en 1973 ne fonctionne plus et ne plus être sauvé en le conservant tel qu’il est.

Pascal Salin a parfaitement raison de signaler (dans un article récent  donné à la PQN) que la vulgate qui veut qu’il suffise de laisser filer les déficits et la création monétaire pour sortir de la crise est inefficace.  L’ennui c’est qu’il ne voit pas la responsabilité du contexte.  Il parle comme nous de « crise intellectuelle »  et de redéfinition d’un cadre global. Mais faute de critiquer le système monétaire des changes flottants (comment le pourrait-il, il est pour !) tout cela reste suspendu dans le  vide.

Autant dire qu’on ne peut compter ni sur les politiques ni sur les économistes de média pour nous sortir du marasme.  Tous ces discours, toutes ces prises de positions sont trop partielles et partiales pour avoir le moindre sens pratique.

On ne pourra pas sortir de la crise sans casser le cadre global dans lequel on fonctionne depuis 1971.  Il faudra nécessairement  conduire la sortie de crise par la coopération entre les états,  la suppression des causes de déséquilibres majeurs et la restauration d’une perspective de croissance.  

Oui il va falloir destituer le dollar de son rôle de réserve mondiale. Oui il va falloir arrêter la Chine dans sa politique mercantiliste de monnaie faible et de sur excédent de ses balances extérieures.   Oui il va falloir en revenir à un étalon monétaire extérieur aux nations. Oui il va falloir que les états qui se sont laissé aller sur le chemin de l’obésité intenable, avec dettes monstrueuses, développements monstrueux des emplois financés par la dépense publique,  impôts monstrueux,   prennent une nouvelle voie. Oui il va falloir dégonfler le système financier mondial et mieux le canaliser, après avoir restructuré les amoncellements de dettes irrécouvrables.

Oui, eh oui, il va falloir mettre fin au système des monnaies administratives laissées à l’appréciation de gnomes  plus ou moins bien inspirés.

Tout cela est politiquement lourd et économiquement sévère   Avoir tant tardé n’est pas à l’honneur des « élites mondialisées » et encore moins à celles des économistes qui se sont laissé prendre notamment à l’Europe à la douceur du commentaire ex post et au suivisme des économistes américains.

Mais qu’au moins aujourd’hui, au pied du mur, on comprenne et qu’on agisse enfin dans la bonne direction.

L’humanité a toujours un avenir économique.  Mais il faudrait peut être qu’elle montre qu’elle a toujours un cerveau !  Surtout maintenant que l’on sait qu’il n’est pas aux Etats-Unis !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.


Sortie de récession : ce qui n'a pas marché

Cette période de crise devrait être le grand moment des économistes.  L'ennui, c'est que la majorité d'entre eux, et tous ceux qui ont des positions officielles, n'ont pas vu venir la crise, n'en comprennent pas la cause et évidemment ne parviennent pas à en maîtriser l'issue, même si, avec le temps, ils finissent par en découvrir les différents aspects.


Dès lors, on s'en tient à la vulgate. Que disait-elle ? Qu'en cas de crise il fallait maintenir la demande globale et éviter un "crédit crunch".  Si on maintenait la demande globale à un bon niveau, la crise n'aurait qu'un impact momentané et si on éviter de faire sauter les banques par une politique monétaire restrictive, alors on se dispenserait d'aggraver les choses.  On pensait savoir qu'il fallait éviter les dévaluations compétitives et les replis protectionnistes.


Les gouvernements ont appliqué cette méthode presqu'à la lettre. Les budgets ont été sollicités en même temps que les banques centrales créaient de la monnaie à tout va.


Le résultat que personne n'anticipait est qu'on se trouve aujourd'hui, quatre ans exactement après les premiers stigmates de la crise,  avec la perspective d'un nouveau plongeon  


Qu'est-ce qui n'a pas marché ?


L'ennui de toute vulgate est qu'elle est généralement des plus floues. Toutes les crises économiques sont différentes même si il y a des typologie partiellement répétitives et elles frappent des économies dans des situations différentes.

Il était important de connaître exactement la nature de la crise, ses ressorts, et de bien  fixer la nature du terrain.  Une  maladie sur un sujet usé jusqu'à la corde ne se soigne pas exactement comme une maladie sur un sujet jeune et sain.  La grippe n'a pas le même traitement que le cancer.

On a considéré depuis l'été 2008 qu'il n'y avait qu'une politique possible et qu'elle n'avait pas à tenir compte des circonstances spécifiques où elle se produisait.

Le résultat : on va de crise en crise sans voir le bout du tunnel. Cette imprécision et cet aveuglement fera les gorges chaudes de ceux qui analyseront la période dans quelques années.

Quelles sont les circonstances particulières qui expliquent les difficultés d'application de la vulgate ?

* Keynes avait parfaitement vu que le maintien de la demande globale ne pouvait se faire que par une intervention publique portant principalement sur les investissements et accessoirement sur le maintien au moins partiel des revenus de ceux touchés par la crise.  Mais il raisonnait à une période où la dépense publique n'excédait pas 15 à 25% du Pib et où l'orthodoxie voulait des comptes équilibrés.  Quid si les comptes des principaux états sont totalement déséquilibrés et si l'endettement et la dépenses publiques atteignent déjà des sommets préalablement à la crise?

Ne pas tenir compte de la situation de départ avant de lancer une relance keynésienne était-il raisonnable ?  

* Nous vivons dans un système de monnaies administratives gérées comme ils l'entendent par les différents pays ou blocs économiques, avec une part de flottabilité et des ilots de fixité plus ou moins artificielle.  Une politique keynésienne peut -elle fonctionner en système de changes flottants ?  Une politique de "quantitative easing", de planches à billet en folie,  a-t-elle une efficacité quelconque en système de changes flottants ?

Ces deux questions ont été totalement éludées.

On voit à quel point la doctrine était en porte-à-faux. Sans réponse à ces questions il était  impossible d'apprécier la validité des options de relance Keynésienne ni de génération de liquidité à outrance. Mais on a cru qu'on était très intelligent et qu'on savait tout !

Le second aspect critique est qu'il aurait fallu avoir une vision analytique des causes de la crise. En un mot : avoir un diagnostic. Quelle était la maladie exacte de l'économie mondiale ?
Nous avons dénoncé inlassablement depuis trois ans l'imbécilité qui consistait à croire que la crise était due aux subprimes, à la cupidité bancaire, à la mathématique financière, à la comptabilité, aux agences de notation et aux traders. L'invocation de la vertu est courante lors des crises mais elle montre rarement son efficacité.

Nous avons prouvé que le système de double pyramide de crédits permis par "le système monétaire international non coopératif et non régulé  des changes flottants de monnaies administratives artificielles" avait créé une spirale d'endettement insupportable. Partout.  Une fraction considérable des prêts en cours et de la monnaie créée n'avait aucun support.  En un mot : le système financier était mort et son explosion pouvait déclencher une récession très sévère.

Comment pouvait-on faire face à une pareille énormité ?  Il n'y avait, il n'y a encore, qu'une seule solution  : restructurer de façon ordonnée la dette (les dettes)  et créer par la coopération internationale un contexte de croissance fort. Seule la croissance permettra de limiter la casse.

Peut-on gérer les dettes dans un système de monnaie administrative en folie ? Non.

Peut-on gérer la croissance avec un pays comme la Chine qui dispose d'une monnaie dévaluée de plus de 50% par rapport aux parités envisageables et qui truste les investissements et la croissance des emplois ? Non.

La seule solution passe donc et de façon obligatoire et sine qua non par la remise en cause des monnaies administratives, leurs unification autour d'un système central mondial de valeur, la fixation des taux de changes sur une base rationnelle permettant d'assurer les grands équilibres, et le respect de discipline permettant de garantir que chaque pays respecte les règles du jeu.

Nous avions appelé de nos vœux un nouveau Bretton Woods, mais pour appliquer une solution différente de celles de 44. Le dollar aurait perdu son rôle de monnaie de réserve et de pivot d'un Gold exchange standard. Les Etats Unis auraient perdu leur droit de veto au FMI. La Chine, le Japon et l'Allemagne aurait du revoir leur politique mercantiliste.  Une monnaie de compte mondiale, le Mondio, fixée de façon indépendante de chacun des membres du FMI, aurait servi de référent. Les Etats auraient eu la responsabilité d'assurer la valeur de leur monnaie en Mondio, des ajustement restant possibles avec l'autorisation des autres. La spéculation sur les monnaies aurait été interdite.

Dans un tel cadre, nous n'aurions pas vécu la fuite devant les monnaies et le constat qu'avec les taux de monnaie pratiqués aucune solution d'avenir n'était plus envisageable. La forte dévaluation du dollar par rapport aux monnaies abusivement basses comme le Yuan aurait permis une reprise économique aux Etats Unis. On n'en serait pas au "double-dip" actuel. L'Europe dans une moindre mesure aurait également retrouvé des couleurs, ne serait-ce que parce que l'investissement y serait redevenu possible. La Chine aurait été obligée de relancer sa consommation afin de rétablir ses comptes extérieurs trop excédentaires. ET il lui aurait bien fallu se fournir quelque part !

On dira : et la dette ?  Notre solution aurait déjà eu l'avantage de ne pas la multiplier. En transférant la dette privée aventurée aux institutions publiques (budgets et banques  centrales) qui étaient déjà trop exposés on n'a fait que compliquer le problème.  La dette de l'Etat américain est passé de 4 à 14 mille milliards de dollars de 2007 à aujourd'hui ! Le bilan de la FED et de la BCE est à peine regardable.  Les dettes des pays périphériques sont devenus ingérables.  Il aurait été possible en évitant tous les travers des changes flottants et de la finance qui lui est associée, de restructurer en douceur la dette privée quitte à passer provisoirement par une nationalisation des systèmes bancaires.

On n'a rien fait de tout cela. Aucune réforme du système monétaire international  permettant une vraie coopération des Etats n'a été entreprise.

Alors la peur s'est emparée de tous. Le Franc Suisse et le Yen se sont envolés comme l'or. La belle affaire. les banques n'ont plus confiance dans leur bilan et encore moins dans le bilan des autres banques. Résultat : le marché interbancaire est toujours aussi bloqué qu'en 2007.  Les déséquilibres monstrueux demeurent. Que va devenir le dollar ? La zone euro va-t-elle exploser ?  La peur monétaire est partout.

On ne peut pas envisager une croissance mondiale et la sortie de la crise de la dette sur ces bases.

Croire qu'en mélangeant une orthodoxie budgétaire impossible à un laxisme monétaire total on en sortira  tient de la folie furieuse.

Et l'Euro ? N'est-ce pas aujourd'hui le nœud du problème ?

L'Euro n'est un problème que parce que le système monétaire international n'a pas été réformé. Bien sûr il aurait été plus sage de prévoir un système de monnaie européenne pivot et des monnaies nationales rattachées mais un tant soit peu flexibles pendant tout le temps de la convergence des économies, si tnt est qu'elles dussent converger. Mais l'Euro, dans un environnement de changes fixes et ajustables, avec une fixation raisonnable par rapport au Yuan  faciliterait la résolution de tous ses problèmes périphériques, ceux qui restent étant purement institutionnels et politiques.

La situation actuelle n'est grave que parce qu'en l'absence de toute réforme de fond, on laisse les "forces du marché" et les Etats  s'épuiser en vain dans des politiques sans espoir.  

Il faut d'urgence réformer le système monétaire international, abandonner le système des monnaies administratives en folie,  encadrer la restructuration financière globale et remettre les économies dans le sens de la marche avant, d'un même pas, tout en éliminant les peurs parasitaires.

Tant qu'on ne voudra pas comprendre cette nécessité on verra les évènements négatifs se précipiter, les politiques absurdes se durcir, la crise s'approfondir.  Attention à l'impatience des peuples !

Cela fait quatre ans qu'on le répète. Que faut-il faire pour être entendu ?

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



De la crise intellectuelle, à la crise économique et à la crise politique

2011 sera l'année de la peur écrivions nous au 31.12.2010. Les secousses actuelles donnent malheureusement de la résonnance à cette prévision.

 

En cette veille de bataille politique pour sauver l'Euro, alors que la Chine est paniquée par les risques qui pèsent sur ses réserves, que les Etats-Unis relancent un plan de "Quantitative easing", le troisième, ( en clair ils font à nouveau fonctionner la planche à billets de façon frénétique, provoquant la hausse de l'or et du Franc suisse),  alors que trois ans après le début de la crise, la stagnation perdure, que faire sinon rappeler ce que nous écrivions il y a six mois ? 

 

 

 

 

"Aujourd'hui nous sommes dans une situation où tous les agents économiques souffrent à raison des conséquences  des politiques structurellement fausses suivies depuis 1973.  Alors que le trend de croissance est toujours là et aussi puissant.  Les pays qui comme la France ont fait le choix de l'étouffement fiscal  stagneront dans la durée.  L'Europe  prisonnière de ces contradictions essaiera de manœuvrer pour essayer de dégager la charrue qui est désormais bien calée sous les pieds des boeufs.  Les Etats-Unis  n'ont pas défini de stratégie alternative : leur horizon est médiocre. La Chine ne pourra pas indéfiniment poursuivre une politique mercantiliste. Le Japon ne peux plus laisser sa monnaie s'apprécier plus avant tout en laissant l'endettement interne atteindre des sommets phénoménaux.  

 
Donc quelque chose cèdera.  A l'impossible nul n'est tenu .


2006 avait été l'année de l'illusion : on était sorti de la crise de 2001-2002. Mais dès juillet aux Etats unis la construction avait baissé ainsi que les prix de l'immobilier. Et le marché des CDS s'emballait.


2007 aura été l'année de l'incompréhension.  Le marché bancaire s'était bloqué. On ne comprenait pas pourquoi.  Les banques tentaient de se passer le mistigri des mauvaises dettes. Mais l'économie était en pleine phase de haute conjoncture. Le petit nuage noir du marché interbancaire surprenait dans le ciel grand bleu de la croissance.


2008 aura été l'année de la stupeur : une crise de type 1929 était finalement possible alors que tout allait si bien.


2009 aura été l'année du choc. L'effondrement économique est énorme. Du jamais vu depuis les années trente. Les banques centrales sont débordées. Les Etats entrent en jeu. Tout le monde fait ce qu'il s'était juré de ne jamais faire.  


2010 aura été l'année de la faillite des illusions. La guerre des monnaies, la déréliction des finances publiques des Etats sont venus à bout des certitudes.  Les banques centrales vertueuses se mettent à faire tourner la planche à billets. Les politiques ne savent plus à quel saint se vouer. Partout dans le monde les Etats tirent à hue et à dia en se moquant des "consensus"  dont on se repaissait naguère.


2011 sera l'année de la peur.  Normalement l'année devrait être une année de consolidation avec un rattrapage faible mais réel .  Comme tout peut arriver, les agents vivront dans la peur. Peur de l'explosion des prix des matières premières et notamment du pétrole ; peur de l'explosion de la zone Euro ; peur de perdre toute son épargne ; peur de perdre son emploi ; peur que sa progéniture n'arrive pas à s'insérer dans les nouveaux  courants économiques ; peur de mouvements sociaux destructeurs ; peur de l'effondrement des banques… et le H1N1 revient !  


Si les Etats se concertaient autour d'une réforme structurelle des changes et du système financier mondial, montrant à la fois qu'ils avaient compris la crise et mis les moyens d'en sortir dans la durée, toutes ces peurs s'évanouiraient en un instant.  
Notre vœux pour 2011 est tout trouvé :

Sortir de la peur !


                           par la réforme du système monétaire international.
"

 

Il suffit de lire des articles comme le suivant dans la presse britannique pour se rendre compte qu'aujourd'hui la foi dans un système de monnaies administratives liées par des changes flottants a disparu y compris au pays qui pensait en bénéficier le plus.

 

 http://www.telegraph.co.uk/finance/comment/ambroseevans_pritchard/8638644/Return-of-the-Gold-Standard-as-world-order-unravels.html


Dommage qu'il faille la pédagogie des catastophes pour faire pénétrer un peu de lueur dans les esprits des dirigeants.

 

La presse nationale française, elle, reste muette ainsi que les difigeants politiques de tous bords.

 

 

Didier Dufau pour le  Cercle des Economistes E-toile.

 

Crise mondiale : trois ans de blog , 277 messages et 81.800 lectures après !

Cela fait exactement trois ans que le Cercle des économistes e-toile a ouvert ce blog pour faire entendre des analyses solides qui ne se retrouvent généralement pas dans le débat public, soit parcequ'elles sont réputées trop techniques, soit parce qu'elles ne correspondent pas à l'esprit du temps ou aux idées des puissances dominantes.

Exposer c'est s'exposer. Nous n'avons refusé aucun débat, aucune prise de position. Notre originalité c'est de l'avoir fait avant que l'histoire ne tranche les questions posées.

En juin 2008 la question était de savoir si nous allions vers "une crise". Nous avons répété que bien sûr nous y allions et qu'elle serait exceptionnellement sévère, tout en refusant de parler de retour à 1929 et à la dépression.  

Nous en avons donné le diagnostic dès avant que la chute de Lehman Brothers ne vienne déclencher la prise de conscience générale que nous n'échapperions décidemment pas à une récession  mondiale.

Nous ne lassons pas de le répéter car il n'est toujours pas compris ni exposé dans les grands médias ni lors des grandes réunions internationales.

La grande récession est à la fois une récession classique du cycle quasi décennal qui existe depuis plus de deux cent ans,  et la conséquence des défauts rédhibitoires  du système monétaire international des changes flottants, aggravés par les politiques détestables suivies d'une part par les Etats unis, dont la FED a pratiqué un "benign neglect" monétaire dramatique  et d'autre part  par des pays mercantilistes comme la Chine, le Japon et l'Allemagne.

Elle comporte donc un aspect cyclique dont l'étude n'est plus faite  depuis des lustres, tant la conviction abusive et illusoire s'est installée  qu'on avait trouvé le secret d'une croissance sans crise, un aspect institutionnel, le désordre monétaire international des changes flottants, et un aspect géopolitique, les pratiques inconsidérées des puissances.

Nous prétendons qu'un régime de monnaies administratives nationales ou régionales, dont les états ne sont pas responsables, et dont la valeur s'établit sur des marchés dérégulés de changes ne fonctionne pas. La théorie proposée par Milton Friedman s'est révélée désavouée par les faits.  Alan Greenspan après avoir beaucop fauté l'a finalement reconnu.  Rien ne marche comme la théorie le laissait entendre et au contraire les effets pervers se sont multipliés et ont manqué emporter l'édifice.

L'Europe qui a cru pouvoir établir une zone monétaire sur la force d'un simple traité et d'une banque centrale indépendante, dont l'objectif est exclusivement le niveau des prix,  s'est retrouvée structurellement  en défaut.  Sans une politique et sans doute des institutions centralisées aptes à prendre des décisions au jour le jour, dont celle d'émettre des emprunts collectifs en Euro, l'Euroland, dans un système de changes flottants est une institution fragile, vouée au sous emploi et aux tensions internes et externes.

On a bati l'Euro sur une théorie fausse et on essaie de colmater les brèches institutionnelles sans discuter la théorie sous-jacente.

On a admis d'échanger des biens et des services, de même que des produits financiers,  dans le cadre des changes flottants sur une  théorie fausse qui montrent tous les jours ses lacunes gravissimes.

Depuis 1971 ce système absurde va de crises en crises. Chaque crise est réglée  en créant les conditions d'une crise plus grave un peu plus tard. Vous aviez aimé 1974, vous avez eu 1993. Vous n'aviez pas encore digéré ni 74 ni 92 et vous avez eu 2009 !  A chaque fois la récession a été "la pire depuis 1929".

Et qu'avez-vous fait ? Rien.

Pas le moindre diagnostic, pas la moindre réforme de structure.  Les gouvernements ont géré l'urgence. Les déficits publics ont explosé. Les dettes qui avaient grossi de façon monstrueuses depuis trente ans  ont atteint un tel niveau du PIB   que partout, on ne sait plus comment s'en débarasser.

Les pays qui comme la France sont en déficit publics depuis 1974 , ont constamment augmenté impôts et dépenses publiques tout en chargeant la barque des emprunts,  et appartiennent à une zone monétaire  déflationniste  se retrouvent sans emplois, suradministrés  et surdendettés.  

Malheureusement la classe politique toute entière en France reste intoxiquée à la dépense publique ; ses medias crient sans arrêt : vive l'impôt. La justice est assimilée à la sanction des riches et des entrepreneurs.  Le désastre est assignés  à tort sur des fantômes vides de sens concret comme "l'étranger", "la compétition internationale" et "la mondialisation libérale".  Et on veut instituer un salaire maximum ! La "loi du maximum" devrait plutôt rappeler de vilains souvenirs en France !  

Faute d'avoir des idées claires et précises sur des défauts cruciaux et des processus délétères bien cernés, intellectuels et politiques se concentrent sur des débats idéologiques absolument fumeux et sans  pertinence.

Ce n'est guère mieux ailleurs.

Le G.20 et ses dépendances ont établi un diagnostic faux. La crise serait  le fait des banques. Donc on doit réformer les banques. On a insisté : c'est le marché des subprimes qui a mis le feu partout.  Mais a-t-on réformé le marché des subprimes aux Etats-Unis ? Pas du tout.  On donne des contraintes de capîtal aggravé aux banques en tentant d'en limiter la croissance.  Sus à la "grande banques systèmique".   Sus aux bonus des traders.

A-t-on remis en cause les monnaies adminsitratives errantes ?  Chut ! N'en parlez surtout pas.

A-t-on acté que les changes flottants sans concertation d'aucune sorte sinon des jeux de puissance délètères étaient désastreux et devaient être supprimés ? Chut ! N'en parlez surtout pas.

Pas un jour sans qu'un responsable n'évoque d'un air pénétré "la stabilité" financière si nécessaire. Mais il accepter sans bargouiner  des mouvements erratiques de change pilotés par des programmes informatiques   qui auto entretiennent l'instatibilité.

Pas un jour sans qu'un homme politique européen ne critique la valeur trop haute de l'Euro (tout en s'inquiétant de la fragilité de l'Euro, dire deux choses absolument contradictoires dans la même phrase ne semble inquiéter personne).  Mais pas un mot sur les changes flottants qui expliquent cette hausse.

Pas un jour sans qu'un homme politique européen n'affirme que le Yuan est sous évalué de façon grotesque, provoquant délocalisation et stagnation de l'emplopi et du revenu en Europe. Pas un seul qui critique réellement le mercantilisme chinois et qui s'étonne qu'on puisse pratiquer le mercantilisme et la monnaie administrée dans un pseudo système monétaire international de changes flottants.

Pas un jour sans qu'on s'étonne de la dette grecque et de son ampleur par rapport au PIB du pays. Mais en valeur relative elle est du même ordre ou inférieure à celle de pratiquement tous les autres pays industrialisés du monde (Japon, Etats Unis, etc.). Et en valeur relative elle est d'un montant ridicule.

On nous explique que par un effet papillon un pays qui représente un pouième de PIB mondial va mettre le sytème par terre, de même que par le même effet papillon le marché des subprimes américains, quelques pouièmes du marché immobilier mondial, avait déclenché la pire crise depuis 1929 !

Tant d'ignorance et de sottise finit par agacer.

La seule méthode pour sortir d'une crise mondiale de surdendettement (environ 2.000 milliards de crédits sont aujourd'hui gagés sur aucun retour suffisant pour payer principal et intérêt),  est la croissance, après avoir jugulé les causes du désastre.  C'est la croissance qui permettra d'amortir les pertes. C'est la croissance qui permettra de rétablir la rentabilité de certains projets.  Et il faudra bien ruiner partiellement les créanciers. L'euthanasie du créancier doit être douce et progressive.  La  croissance sera l'anti douleur.

Il n'y aura pas de décroissance  heureuse. Il n'y aura pas de solution par la déflation.

Il n'y a aura pas de solution durable sans revenir à la garantie par les états de la valeur extérieure de leur monnaie par rapport à un étalon international  et par des engagements fermes d'équilibres de balances commerciales.  

Des changes fixes et concertés, éventuellement modulables par accords conjoints, surveillés par un FMI rénové et retrouvant son rôle de Bretton Woods, mais épuré des anomalies de 1944 (le droit de veto américain, l'hypertrophie du rôle du dollar), la maîtrise des mouvements de capitaux à court terme, ces mesures seules et seulement ces mesures, permettront de faire face à la situation.

Dans la seconde où un tel système sera mis en place la peur cédera au calcul économique.  La reflation concertée des économies par les états, les banques centrales étant associées a mouvement et se voyant attribuées de nouvelles règles de gestion,  entraînera une croissance non pas sectorielle mais générale.

Malgré la contrainte éconologique qui existe mais qui doit être traitée sans malthusianisme, une nouvelle période de "trente glorieuses" s'ouvrira pendant laquelle les dettes des trente minables seront progressivement éliminées, comme le monde avait&éliminé en trente ans les dettes de la guerre de 40.

A un moment où l'Europe se déchire, où la France se défait, où les Etats Unis vascillent, où les pays émergents voudraient bien confirmer leur sortie de chrysalide, où la Chine abuse,  où les institutions internationales sont frappés par le discrédit et l'impuissance,  faute de diagnostic clair et de volonté d'assumer des solutions pertinentes ,   rien ne dit qu'on ne retombe pas sur une période troublée du style de l'entre deux guerre qui avait coûté le même prix à la France que la guerre de 14-18, rappelons le.

Ce n'est pas le scénario le plus probable. Il est même très facile à éviter.

Que l'ont sorte enfin de la sclérose intellectuelle qui fait taire les vraies causes de la crise et interdit de construire les solutions durables dont le monde a besoin !

Depuis trois ans la pédagogie tragique des réalités aurait du faire son oeuvre.  Combien de désastres faudra-t-il encore subir, combien de centaines de millions d'emplois gâchés, de centaines de millions de carrières brisées, de centaines de millions de pauvres  désespérés, pour que la cécité qui frappe nos élites fasse place à une minimum de courage, de compétence, de pertinence et de connaissances ?

Oui nous déclarons que le G.20 est composé de lâches et d'incapables qui ne voient pas plus loin que leurs idéologies, leurs espoirs nationalistes et leurs petits calculs géostratégiques.   Non Monsieur Sarkozy, il ne fallait pas en même temps parler d'un nouveau Bretton Woods et affirmer qu'il fallait garder le rôle du dollar et les changes flottants. Non Monsieur Obama, il ne fallait pas  prétendre que le flottement général des monnaies dont la monnaie chinoise règlerait la question de l'avenir des échanges financiers internationaux.  Non, Monsieur Hu Jintao  il ne fallait pas déclarer  que la Chine avait le droit d'accumuler des milliers de millards de dollards d'excédents monétaires sans les remettre en circulation dans les économies partenaires en les dépensant au lieu de les placer avec la trouille au ventre que ces trésors se dévaluent.  L'Europe pour sa part s'est tue. Elle se tait tout le temps et accepte d'être la 27ième roue du carosse, alors que tous les fédérolâtres expliquent que sans l'Europe notre voix ne serait pas  entendue !  

Oui nous déclarons que cette crise immense, déclarée sottement imprévisible, n'a pas fait l'objet du diagnostic qu'il convient et que de ce fait toutes les poilitiques lancées n'ont pas de pertinence ni même de sens commun .

Le monde s'engage dans le n'importe quoi  comme en 1974, comme en 1993.  Il espère un miracle. Il ne viendra pas.  

On peut craindre que dans trois ans on ne soit amené une nouvelle fois à le constater si ce blog dure jusque là.

En attendant merci à ceux qui ont eu le courage de ces 80.000 lectures qui nous honorent et qui nous obligent.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Dire non à la déflation

Depuis les décrets Laval nous savons en France que la déflation, "cela ne marche pas".  La phase d'hyper gonflement des dettes qui a marqué le passage aux changes flottants  à partir de 1973 est évidemment arrivée à son terme. Une page se tourne. L'inconscience, dans ce domaine n'est plus de mise.  La récession de 2009 a provoqué un surgonflement des dettes publiques qui a encore aggravé les choses.  Nous sommes devant une montagne de dettes dont il va bien falloir se débarrasser. Toute la question est de  le faire sans faire exploser ce qu'il reste du système. 

Notons d'abord que les dettes non gagées sur un flux de valeurs futures réelles se situent mondialement dans l'ordre de grandeur de 3.000 milliards de dollars, venant fin 2008 de 3.500 Md$.  On en a donc déjà éliminé une partie.  Et qu'on peut assez facilement en éliminer encore une bonne partie en mettant le temps de son côté. Le hanneton pousse sa boule de crottin devant lui mais elle se réduit progressivement.

L'important c'est qu'il y ait de la croissance. Donc qu'on évite à tout prix la déflation. Le prêchi-prêcha moralisateur  sur la vertu de la cigale qui doit se transfromer en fourmi est parfaitement ridicule. Valable pour les individus il est décalé pour les peuples.

Seule la croissance permettra de se débarrasser de la  pyramide de dettes qu'on a laissé gonfler pendant trente ans de désordres du système monétaire international.

La première urgence est de réformer le système monétaire international. La seconde de mettre le monde dans une perspective de croissance non spéculative.

L'affaire Grecque est le comble du ridicule. Tout le monde s'amuse à se faire peur. Mais quelques chiffres donneront la mesure du dérisoire de ce débat. En un an les réserves de changes de la Banque Centrale Suisse ont  grimpé de 150 milliards de FS.  Uniquement par panique. Les besoins de refinancement vraiement chauds de la Grèce sont de l'ordre de 50 milliards. Il suffirait que la BCS prête son excédent de devise à la Grèce pour qu'il n'y ait même plus de soupçon de crise. Et il lui resterait encore 100 milliards dont elle ne sait que faire.  En un an ses réserves ont perdu plus de 30 milliards. C'est à dire plus que la perte qu'elle pourrait envisager au pire sur les prêts à la Grèce !

Si on prend la Chine, c'est maintenant des chiffres 10 fois plus forts qu'on manipule.  Et les pertes de change de la Chine se comptent en centaine de milliards de dollars.

L'Europe elle-même pourrait résoudre l'affaire en trois secondes. Il suffirait d'émettre des bonds européens à bas taux. Evidément établir une zone monétaire sans la gouvernance qui va avec était une absurdité. Mais les solutions existent. 

Un article du FT nie cette réalité. Il évoque le dégoût des européens pour l'Europe. Le rejet serait social et moral.  En vérité les Européens sont lassés qu'on leur mente. Une europe passoire et zone d'ajustement des puissances extérieures dans la confusion totale et  maintenant la crise économiqe suivie d'une déflation organique, les désespèrent. C'est clair et c'est normal.

Mais ce n'est pas une fatalité.  Les désordres monétaires internationaux, l'erreur conceptuelle des changes flottants, la soumission de l'Europe aux Etats-Unis, le grégarisme de ses hommes politiques, la déréliction de sa presse, tombée si bas qu'on se demande comment elle pourra un jour remonter, sont des défaillances graves que les peuples ont raison de critiquer.

Il n'y a pas d'avenir dans la déflation, la surtaxation générale, les restrictions permanentes, la guerre ouverte des monnaies, la fin du libre échange, la destruction de l'Europe.Il n'y a pas de décroissance heureuse.  Chassons les bonimenteurs !

Il faut organiser une croissance mondiale équilibrée et durable. Cela suppose le retour aux changes fixes et la responsabilité des Etats sur la valeur externe de leur monnaie, un étalon international, des échanges équilibrés, la maîtrise des mouvements de capitaux à court terme, la fin du "day trading" et des cotations continues par ordinateur.

Malgré un système  déséquilibré par la surpuissance américaine et la primauté du dollar, les accords de Bretton Woods avaient permis les "trente glorieuses" et surtout l'élimination des dettes énormes de la guerre.

Aujourd'hui c'est le même mécanisme international qu'il faut mettre en place. Bien sûr la Chine, le Japon et la l'Allemagne devront partiellement abandonner leur mercantilisme. Bien sûr les Etats-Unis perdront l'avantage indu du dollar.  Bien sûr l'Europe devra régulariser sa gouvernance.

Mais trente nouvelles glorieuses  seront devant nous. Alors que nous nous dirigeons vers une grande dépression du type de celle qui a frappé la fin du XIXème siècle.

Il n'ya pas d'avenir dans la financiarisation  débridée d'un monde de monnaies administratives laissées à des gnômes ou à des Etats irresponsables.  Il n'y a pas d'avenir dans la déflation. 

Il existe un chemin. Mais aucune personalité politique d'envergure pour le  montrer.

C'est consternant.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



FMI : le navrant consensus, de Rogoff au Figaro

K. Rogoff est un économiste qui lorsqu'il était au FMI avait annoncé que le monde était entré dans une phase nouvelle où les récessions seraient désormais bannies. Son graphique bien connu qui montrait que "les crises étaient de moins en moins graves" est sans doute le cas le mieux documenté d'inconscience totale de la part d'un économiste officiel. 

Nous avions lourdement critiqué ce rapport à l'époque, montrant que les déséquilibres absurdes liés aux changes flottants et au benign neglect des Etats-Unis chargeaient tellement la barque qu'elle allait sérieusement tanguer. Nous eûmes alors la crise dite, à tort, des pays émergents, puis la récession décennale de 2001 puis la grande récession actuelle. 

Il ne faut pas croire que ces énormes erreurs aient le moins du monde entâmé la passion des médias pour la pensée de cet expert.  Expert un jour, expert toujours.

Le voici prenant position sur les candidatures à la présidence du FMI. Evidemment il soutient à mort le candidat mexicain, ancien collègue, formé à Chicago, dans la mouvance américaine depuis toujours. Un monétariste américanisé, il n'y a que cela de vrai !  Il regrette naturellement la sur-représentation de l'Europe  et se désole de voir que ces satanés "frenchies" aient trouvé, avec le thème de la promotion féminine, un biais pour donner toutes ses chances à Mme Lagarde. 

Pas un mot naturellement sur le droit de véto américain, dont on attend encore une seule justification, ni sur la contrepartie du "deal" de Bretton-Woods, la dévolution à un américain de la direction de la Bird.  Là, les questions de "compétence" ne se posent pas !

Pas un mot non plus siur la crise du système monétaire international et la crise existentielle qui frappe le FMI depuis qu'ils ont été institués.  S'il fallait qu'un économiste réfléchisse aux questions de sa discipline, cela se saurait. Partisan des changes variables et de la financiarisation à outrance de l'économie mondiale, et valet au petit pied de la triplette tragique (Rubin, Greenspan, Summers) il n'a strictement aucune vision des difficultés actuelles que non seulement il n'a pas vu venir mais dont il a fardé l'analyse.

Pour ce partisan de la finance débridée, le FMI a perdu tout rôle structurel et il le sait. Pour lui ce n'est qu'un sous machin permettant aux Etats unis une diplomatie pas chère avec l'argent des autres.

On rira donc de sa conclusion  : "ce n'est pas parceque le FMI et en crise de vocation qu'il doit avoir une mauvaise gouvernance". 

On rira moins qu'on aura constaté le sondage du Figro expliquant que les Européens et les Français en particulier considèrent comme des moutons qu'il faudrait être gentils avec les pays pauvres et leur donner plus de droit, en cédant ceux de l'Europe et seulement ceux de l'Europe.  

La presse française est une presse de moutons bêlants dans la mouvance américaine. Le Financial times ou le Wall Street Journal déclarent le bien penser. Ils suivent comme des Panurge. Pourquoi s'étonner que l'Europe soit devenu la variable d'ajustement des autres. De tous les autres. 

Voir les Français, peuple un moment fier et capable de rebellion, transformés ainsi en moutons tondus ras et contents de l'être a quelque chose de tragique.  D'autant plus que pas un d'entre eux ne comprend à quoi sert le FMI ni les drames provoqués par les défauts du système monétaire international. Nullité et humilité d'esclave consentant, voilà nos vertus modernes !

Quelle honte.

 

 

 

 

 

 

 

FMI : les St-Jean-Bouche-d'or anglo-saxons

Pas un jour depuis que DSK ait déshonoré sa personne, la France et l'Europe, sans que la presse anglo-saxonne par la voix de ses meilleurs "columnists" explique que le temps de la présidence européenne et plus généralement française du FMI est passé.  Il appartiendrait maintenant à l'Europe et notamment à la France de cesser de vouloir une présidence qu'un consensus ancien leur concédé au profit des élites formées aux Etats Unis et qui ont fait carrière dans les pays émergents.

Bien entendu ces amoureux tardifs du tiers monde n'évoquent absolument jamais deux autres anomalies de l'organisation du FMI :

- Le droit de veto des Etats Unis qui crée une dissymétrie des droits autrement choquante

- La sur-représentation des Etats Unis dans le capital de l'institution.

On glisse sur le fait que symétriquement les Etats unis se sont vus attribuer la présidence de la BIRD.

Si on veut jouer une "nuit du 4 août" dans les institutions de Bretton-Woods, faisons le jusqu'au bout.

Créons un fonds monétaire international  :

- Décentralisé : avec plusieurs institutions régionales intermédiaire (fonds monétaire nord américain, fonds monétaire sud américain, fonds monétaire européen, fonds monétaire africain et fonds monétaire  asiatique. Ces fonds auront la responsabilité primaire des ajustements monétaires régionaux.  Un fonds monétaire international coordonnerait les actions des différents fonds et servirait de fonds de fonds pour atténuer les déséquilibres entre grandes zones monétaires régionales.

- Censitaire mais avec des droits et des devoirs égaux pour tous. Le cens devrait être calculé sur le poids respectifs des économies ou des zones dans le commerce mondiale et les mouvements financiers mondiaux. Avec une procédure régulière de rajustement des quote parts.

Faisons la même chose pôur la Bird.

Au passage, il ne serait pas mauvais de définir le rôle et les missions de ces institutions ainsi que les pouvoirs qui leurs sont dévolus.

Rappelons qu'un fonds monétaire international n'a pratiquement pas de rôle théorique dans un système de changes flottants. Les ajustements doivent se faire par l'évolution des cours de change.

Le FMI après des années d'errance et d'incohérences a retrouvé un rôle ponctuel  comme super banque des pays endettés.  Est-ce au FMI de régler des questions de surdendettement de pays petits?  Et si le surendettement cesse, on supprime le FMI ?  Et si le surdendettement ravage comme actuellement de très grands pays comme les Etats Unis et le Japon, sans parler du Royaume Uni et de l'essentiel de l'Europe, que pourra faire le FMI ? Chercher l'argent au Zimbabwe ?

La vraie question n'est pas aujourd'hui de priver l'Europe d'un de ses droits acquis, mais de réformer le système international et de définir en accord avec cette réforme les institutions qui permettent de le réguler, en s'assurant de la parfaite égalité (censitaire) des parties prenantes.

La presse anglo saxonne qui mourrait plutôt que de reconnaître que le système des changes flottants est la source des difficultés actuelles et que la domination des Etats Unis et du dollar  est   "over due" et depuis longtemps  devrait commencer par accepter qu'on aborde le fonds des questions monétaires internationales avant de réclamer la destitution institutionnelle de l'Europe en général et de la France en particulier.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Martin Wolf et DSK

C’est toujours un plaisir de commenter un article de Martin Wolf : lorsqu’on est d’accord sa réputation donne du tonus aux thèses qu’on défend ; quand on ne l’est pas, on sait qu’on aborde une question importante où l’absence d’arguments sérieux serait dommageable.

Martin Wolf dans sa livraison au Monde du 24 mai 2011 rejoint le camp des thuriféraires de DSK. On sait que nous n’en sommes pas. Que  motive ses louanges extrêmes : « décideur audacieux », « politicien efficace », « économiste compétent » ?  Déception : il n’y a aucun argument à l’appui des qualificatifs ;  juste des affirmations.

Et des contradictions. Martin Wolf explique que DSK a été le grand architecte de l’aide aux pays du « Club Med ».  Et il ajoute aussitôt : le programme n’a pas donné les résultats escomptés ». Et que sa poursuite n’en aura pas. DSK aurait donc fourvoyé l’Europe dans une politique impossible ?

Comme nous l’avons mille fois répété, le FMI était une institution chargée de réguler les changes fixes. Lorsqu’un pays menaçait par ses déséquilibres la croissance générale, on lui prêtait les ressources de changes nécessaires le temps que des mesures de redressement soient prises. Le FMI disposait pour se faire de ressources mises en commun et du pouvoir de créer de la monnaie sous forme de DTS. Il s’était doté  d’experts en redressement de politique économique aventurée. Institution keynésienne, le FMI contraignait mais pour permettre la croissance globale la plus élevée, en évitant les guerres de monnaies.

Les changes flottants ont privé le FMI de tout rôle sinon d’acteur complémentaire de la Bird pour les pays sous-développés.  D’où la noria de directeurs temporaires démissionnant dès que leurs objectifs d’image avaient  été atteints et qu’il leur était permis d’atteindre d’autres postes prestigieux.

La chance de DSK est venue d’une crise que le FMI n’a pas voulu voir et dont il n’a toujours pas donné la moindre explication.  Cette cécité et cette absence de diagnostic sont  certainement à porter au passif de DSK. « L’économiste compétent » aurait dû se manifester. On l’attend toujours.

DSK est certes un politicien pragmatique : il saura flotter comme un bouchon sur les pressions des uns et des autres et en particulier des américains.  Mais il n’a pas su « impulser une réflexion ». L’opportunisme suffit-il ?

On le voit bien avec l’Euro. La zone euro n’est pas en crise de change. Le FMI n’a normalement aucun rôle à tenir en Euroland.  Les instances dirigeantes de l’Euroland ont toutes les ressources nécessaires pour faire face à une éventuelle crise de change. Et l’Euro est si fort que c’est sa force qui fait problème.

En intervenant à l’intérieur de l’Euroland, contre l’avis de Trichet, le gouverneur de la BCE,  DSK viole les statuts du FMI. Il prête non plus à une zone monétaire en difficulté mais, dans le cas de la Grèce,  à un pays qui a des difficultés budgétaires. Les pays non européens ont raison de s’indigner de l’emploi de leur contribution à cette tâche. Les politiciens européens ont été heureux de trouver des ressources disponibles et des compétences pour encadrer l’économie de pays surendettés. DSK s’est engouffré dans la brèche dès que les américains  le lui ont demandé pour faire céder Angel  Merkel.

Utiliser les réserves monétaires du FMI pour limiter les pertes des grandes banques mondiales qui ont fait des prêts excessifs et complexes à des pays sans rigueur budgétaire  n’est pas le rôle du FMI.  Martin Wolf a raison de rappeler que cet opportunisme est de surcroît inefficace.

Il appartient à l’Europe de corriger les défauts de la zone Euro (gestion par traité, aucune instance de coordination, aucune instance d’intervention).  Pas au FMI. Les Etats-Unis ont trouvé en lui un moyen diplomatique simple d’éviter l’éclatement de la zone euro qui aurait automatiquement fait remonter le dollar et ruiner un certain nombre de banques américaines. Contrairement à ce que beaucoup écrivent,  les Etats-unis n’ont strictement aucun intérêt à la rupture de la zone Euro dans les circonstances présentes même s’ils peuvent théoriquement craindre la concurrence de l’Euro comme monnaie de réserve.  En revanche la voir sous tutelle ne peut leur déplaire.

Il appartient au FMI de poser la question de la pertinence d’une conception qui voit des monnaies administratives concurrentes s’affronter dans le cadre de marchés dérégulés  sur une toile de fond de compétition féroce entre les grandes nations et notamment entre la Chine et les Etats unis.

Alan Greenspan a eu le courage de répéter il y a quelques jours : «  J’ai cru que cela marcherait ; je me suis illusionné sur les premiers résultats ; mais aujourd’hui la leçon est claire : cela ne marche pas et cela ne marchera jamais ».  C'est maintenant qu'il faut l'écouter : il parle enfin clair et, de plus, vrai….Une nouveauté !

Cette remise en question d'un système pervers  devrait être le rôle de son successeur.  Mme Lagarde n’est pas une économiste. Elle est une juriste et une « suiveuse » qui écoute d’abord et essaie de concilier les points de vue, travail qu’elle sait faire avec beaucoup de talents. Elle n’aura pas, sauf surprise, de rôle « proactif » dans la conception d’un nouveau système monétaire international.   Martin Wolf a raison de dire que personne n’a cette compétence aujourd’hui.   Ce que nous avons exprimé nous même  dans un post récent.
 
Or tout le monde voit bien qu’il va falloir s’élever au-dessus des intérêts divergents de la Chine, des Etats unis et de l’Europe. Cette élévation ne peut s’envisager sans la compétence économique et la capacité de poser un vrai  diagnostic de la crise et de  déterminer une politique de réforme audacieuse qui ne peut être que le retour à la responsabilité des Etats vis-à-vis de la valeur externe de leur monnaie et l’abandon d’un pseudo étalon dollar sur fond de changes flottants.

Sur ce terrain, c’est le vide. Martin Wolf a raison de le souligner.  Mais c’était déjà le vide avec DSK. DSK se contentait de servir les intérêts principalement américains et d’exploiter les  opportunités de renforcer le rôle de son organisation avec le dilettantisme de quelqu'un qui savait qu'il ne resterait pas. Martin Wolf aurait du s'en apercevoir.

Aujourd'hui près de 85% des ressources du FMI sont utilisées pour gérer les risques d'éclatement de la zone Euro, parce que les réformes institutionnelles nécessaires pour gérer une zone monétaire unifiée sont politiquement impossibles.  Sans doute faut-il louer un tel pragmatisme. Mais où est la cohérence de l'ensemble ? Une politique d'expédients est rarement efficace à long terme. Le jour de vérité finit toujours par arriver.  

 Il est arrivé pour DSK.

Anatomie de la crise décennale, à la lumière des évènements récents.

Comme nous l'avons écrit dès la fin 2006 et répété ensuite, la crise de 2009  serait du type 74, ou 93, mais en plus grave. Il s'agit d'une crise décennale classique aggravée par les défauts du système monétaire international et la dérégulation financière en absence de toute référence fixe de la valeur des monnaies.

L'épisode qui s'est déroulé de septembre 2008 à nos jours  permet de préciser le schéma de la crise décennale, crise périodique dont la mécanique est souvent niée depuis la fin des années soixante et   dont la théorie n'est plus faite aujourd'hui alors qu'elle garde toute sa pertinence.

La physionomie d’une crise décennale est certes chaque fois  un peu différente. Le contexte économique global  finit par changer et le système, consciemment ou non,  tient toujours plus ou moins compte de l’expérience du passé. Mais le schéma sous-jacent est solide et constant.

La confiance disparait d’abord chez les opérateurs financiers et les boursicoteurs. Les bourses s’effondrent. Les banques s’inquiètent. A juste titre : des tensions se font jour partout.   Les refinancements deviennent difficiles. Des crédits jusqu’ici considérés comme sûrs apparaissent  aventurés. Les particuliers paniquent. La traditionnelle distinction entre crise bancaire de liquidité et de solvabilité perd toute signification : les deux se conjuguent.  Les banques restreignent violemment le crédit : le fameux «crédit crunch » a bien lieu.

Les entreprises désinvestissent brutalement, volontairement  ou non. L’embauche s’arrête. La consommation n’est pas atteinte au départ. En début de crise les consommateurs regardent un peu la crise comme un défilé au balcon : la crise, quelle crise ? Retraités et fonctionnaires se sentent peu concernés. La plupart des postes en entreprise sont solides ou considérés comme tels.  Le chômage monte plus par arrêt des embauches que par les licenciements. 

Les épargnants en revanche paniquent. Vont-ils pouvoir conserver leur avoir ? Le taux de possession d’actions baisse  immédiatement et rapidement.   La course à la liquidité s’emballe.

Arrive le moment de vérité : les entreprises fragiles craquent. Les autres prennent des mesures conservatoires souvent exagérées par rapport au nécessaire ou au contraire résistent de façon irréaliste : elles ont eu tant de mal à constituer des équipes solides ! Toutes voient leur trésorerie s’effondrer au moment où le système bancaire cesse de vouloir les aider. On se finance sur le marché obligataire loin des banques, devenues simples courtiers.  Quand on le peut, car toutes les entreprises ne le pourront pas, notamlment les PME.  Le  chômage explose, alimenté désormais à la fois  par le non recrutement et les licenciements.

L’Etat est toujours pris par surprise. La croissance rapide de la fin de cycle l’a gorgé de recettes et les dépenses vont bon train. Partout les administrations centrales ou locales se sont endettées pour profiter des taux bas de la période joyeuse finissante.  Et tout soudain la mécanique s’enraie. Les recettes baissent plus vite que le PIB : un système fiscal progressif accélère les recettes fiscales pendant la phase de croissance mais provoque une dégressivité symétrique quand la récession frappe  On verra le taux de prélèvements baisser. Les gouvernements s’empresseront de prétendre que c’est grâce à leur bonne gestion !  Alors qu’il s’agit d’un effet mécanique.  Les dépenses explosent car il faut indemniser et relancer.  Généralement on indemnise et on rlance trop depuis Keynes. Les déficits deviennent abyssaux.  L’endettement public  grimpe.

Les banques centrales depuis 1929 et Milton Friedmann savent qu’elles doivent faire marcher la machine à imprimer les billets. Elles créent de la liquidité à tout va en reprenant au départ  les meilleurs actifs des banques. Ensuite elles avalent un peu n’importe quoi. Elles y gagnent beaucoup d’argent ce qui surprend toujours. Pourtant, tout le monde sait que les docteurs gagnent toujours plus en temps d’épidémie.  L’inondation monétaire permet de sauver les banques et d’éviter les paniques de déposants. Au nom  de la sauvegarde des déposants on protège les banques et leurs dirigeants, cas classique où une minorité est sauvée abusivement au nom du groupe.

La part du PIB qui a disparu est partiellement compensée par ces mécanismes efficaces. Il est rare que la crise entraîne des baisses de PIB très importante comme au XIXème siècle.  Les prix à la consommation ne bougent pratiquement pas sauf dans des cas très particuliers. La bourse finit par rebondir. L’immobilier tremble sur ses bases mais ne lâche jamais complètement, sauf sur les créneaux les plus aventurés. 

La vie reprend. La crise aura duré deux ans. Il faudra près de 5 ans pour s’en remettre totalement.  Les faillites arrivent en général en fin de crise, à partir de la troisième année.  L’état augmente les impôts sans se rendre compte que la progressivité suffira à rétablir le niveau de recettes voulus. La pression fiscale devient rapidement insupportable ce qui pèse sur la reprise. Le coup de gourdin fiscal « Juppé » de 95 provoquera même une récession sui generis en France en 1996.  Les banques sont désorganisées pour un moment. En fait le système bancaire est en faillite mais personne ne tient à le savoir. Le temps et quelques restructurations permettront de voir venir.

Puis l’oubli fait son œuvre et l’industrieuse humanité, ses désirs et ses besoins, reprend son élan. Jusqu’à la crise suivante. Si la crise précédente a été forte elle sera plutôt douce. Si elle a été faible elle sera violente car les ajustements n’auront été faits qu’à la marge lors de la précédente purge et l’oubli, une des causes majeures du cycle, aura été plus complet.

La crise nouvelle s’annoncera par différents signes qui seront ignorés : l’industrie automobile commencera à proposer des modèles foldingues d’un luxe inouï ;  certains économistes  expliqueront que le cycle est désormais vaincu et qu’on a trouvé le chemin de la croissance perpétuelle ; les banquiers en arriveront à penser  qu’ils font un réel travail pour le bien de l’humanité, certains estimeront même qu’ils font « le travail de Dieu », ce qui expliquerait des bonus ridiculement élevés  ;  les grandes entreprises annonceront des taux de croissance intenables basés sur des plans sur la comète euphoriques. Zeus aveugle ceux qu’il veut perdre.  En vérité en fin de cycle de croissance  le système de crédit est en totale surchauffe et finance beaucoup plus la spéculation que l’investissement durable.  Le court terme emporte tout. Les « bulles » sont partout.

D’amusants coquins prétendront qu’elles ne peuvent qu’exploser. Personne ne les écoutera. Elles ne sont que le signe d’une vitalité économique intense et de l’existence de liquidités abondantes prêtes à se placer.  La crise venue on prétendra de toute façon qu’elle était imprévisible et on cherchera un bouc émissaire facile comme une guerre, une catastrophe naturelle, une fraude massive pour expliquer qu’on se soit à ce point trompé. Les économistes de cour, qui auront inlassablement expliqué que  le cycle n’existe plus,  seront pris une fois de plus à contrepied par le retournement. 
Peut-être la reine d’Angleterre les tancera de n’être que les commentateurs mal inspirés d’évènements qui ne sont pour eux que des pochettes surprises. 

C’est que l’épisode aura été sévère.

D'autres surpris de s'être retrouvés si bêtes au milieu d'évènements si peu anticipés jurent mais un peu tard qu'on ne les reprendra plus.  En général ils se mettent à annoncer pour les prochaines semaines, les prochains mois ou les prochaines années une crise colossale, un peu comme si une "vague scélérate" à caractère magique et en voie de formation secrète  avait enfin illuminée leur sagacité. Ils confondent les conséquences de la crise avec la crise elle-même qui en fait est derrière eux. Mais à leur tour "ils l'auront bien dit" si des erreurs économiques viennent compliquer la sortie de crise.

Depuis la fin des accords de Bretton Woods chaque crise décennale est plus grave et ses conséquences plus difficiles à maîtriser.  Kenneth Rogoff qui prétendait le contraire au FMI s'est trompé dans les proportions les plus délirantes.  Il pensait que les dérégulations financières, les marchés, les changes flottants avaient permis de vaincre le cycle. C'était le crédo de ses maîtres, Rubin, Greenspan et Summers.

La vraie question aujourd'hui n'est pas de nier le cycle. Il y aura toujours des cirses quasi décennales qui correspondent en fait à une donnée psychologique : l'oubli. Maurice Allais avait décrété que le taux d'oubli était équivalent au taux d'intérêt. L'intuition était géniale, même si elle reste aujourd'hui oubliée ou méprisée.

La science économique doit principalement comprendre pourquoi depuis 71 les crises s'aggravent et les sorties de crise sont plus difficiles et  plus aléatoires.  Nous-mêmes, au Cercle des économistes e-toile,  prétendons que la cause majeure est dans le système des monnaies administratives dérégulées que traduit  le système des changes flottants et la guerre des économies sans aucune procédure réelle de concertation efficace.  Ce système ne marche pas et a provoqué une baisse tendancielle de la croissance mondiale, avec des écarts de plus en plus massifs selon les distorsions de concurrence,  en même temps qu'une plus grande cyclicité.

Prisonnier de postures idéologiques  le débat économique public est inexistant sur ces questions cruciales.

Nous dirions bien" indignez vous !". Mais le slogan est pris. 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Retours de manivelles (sévères)

Le plus souvent, il suffit d'attendre : les erreurs et sottises dénoncées dans la solitude au moment où elles sont commises  deviennent en du temps des évènements médiatiques.  Nous le voyons aujourd'hui dans au moins trois domaines d'importance inégale.

- Nous n'avons jamais compris la gloriole médiatique qui accompagne depuis déjà longtemps les actes de M. Strauss-Kahn.  Nous avions vu dans ce personnage, en examinant les faits et seulement les faits, une personnalité glauque et un économiste incertain voire incompétent.  Dès son passage comme Ministre des Finances ces deux aspects étaient facilement décelables.   L'affaire de la cagnotte et celle des trente cinq heures, manifestation de deux erreurs majeures, ne laissaient guère de doute sur la superficialité économique de l'homme politique. Il ne suffit pas d'être péremptoire et plein e morgue. Il faut aussi raisonner juste.  L'affaire de la MNEF même si les poursuites ont finalement tourné court était tout sauf glorieuse.

La droite ploutocratique  s'est convaincue que son goût de l'argent le rangeait dans leur camp et qu'il ferait un président complice.  La gauche bobo s'est dit qu'il pourrait arriver à la présidence et que c'était bien l'essentiel. On a vu avec la commémoration absurde de type tontonmaniaque  des années Mitterrand  que la seule vertu qui était honorée était celle d'avoir gagné en trompant tout le monde.

La nomination au FMI, institution malade, était une erreur de casting profonde qui allait handicaper les possibilités de réforme.  M. Strauss-Kahn n'avait aucune idée sur les questions posées et étaient bien disposé à n'en avoir aucune et à flotter comme un bouchon pour durer en attendant d'autres opportunités de carrière.  On le vit donc pleurnicher sur les pays en voie de développement dans le style Delarosière,, tout en rassurant les Etats-Unis sur la flexibilité de son échine. Et comme ses deux prédécesseurs il s'est mis à attendre un retour en fanfare à la présidence de son pays.

Résultat : aucun discours convainquant, aucune idée exprimée. On vend l'or du FMI pour payer les frais des licenciements.  Lorsque la crise frappe, M Strauss Kahn n'a rien vu venir. Pendant des mois il se tait pendant que les prévisions du FMI tournent au fiasco général. Des mois !  Nous avons souligné en temps réel les analyses totalement débiles qui seront livrées  ultérieurement, la dernière il y a quelques mois.

On voit le résultat aujourd'hui : il n'est plus directeur du FMI ; la France voit sa réputation entachée ;  On n'a toujours aucune idée de réforme sérieuse du système monétaire international.

Tout cela aurait pu et du être évité.

-Plus surprenant a été la remise en cause brutale du RSA par un ministre du gouvernement Sarkozy.

Nous avons écrit dès le départ que cette réforme était bien intentionnée comme toujours mais contreproductive et qu'elle serait un échec.  Pour des raisons parfaitement claires :  tous les agents économiques, même pauvres, font un calcul économique.  La complexité du RSA et en fait son intentionnalité pure d'affichage politique  ne pouvait pas provoquer les bénéfices attendus.  Aujourd'hui les media admettent  que les avantages annexes reçus par les personnes aidées sont trop importants et trop difficiles à obtenir pour qu'un Rmistes prenne le risque de quitter sa condition, certes triste, mais dont il connait les possibilités et dont il se contente.  La réforme faite à la va vite n'a eu aucun des effets bénéfiques attendus, comme il était prévisible.

L'assistance aux personnes ayant la capacité de travailler  mais momentanément empêchées, est un vrai problème. Elle doit être ciblée, unifiée, provisoire et dégressive. 

Politiquement il doit être rappelé que toute personne en possibilité de contribuer doit le faire et qu'on ne peut pas vivre indéfiniment aux crochets de la société. 

Administrativement il faut que les aides qui se déclenchent soient unifiées, surveillées au plus près, et contrôlées. 

En revanche vouloir imposer aux personnes aidées des corvées est absurde et inefficace.  Il faut plutôt que la dynamique des aides unifiées les pousse vers le travail.  Et le caractère provisoire de l'aide est essentiel dans cette fonction. 

Le RSA doit être remplacé par deux aides ciblées :

- l'aide temporaire d'urgence qui permet de faire passer un cap à un individu ou une famille en jouant sur un panel d'aides circonstancielles  

- L'aide temporaire de soutien qui permet d'orienter des personnes éloignées de l'emploi depuis longtemps d'être accompagnées vers un retour à l'emploi. Le quart monde, cela existe et on est pas loin de l'invalidité sociale.

En outre il faut mettre au programme du gouvernement deux politiques globales :

- changer le système de change qui aboutit à une déflation permanente et au sous emploi

- prendre en compte les réalités du cycle qui imposent une politique non pas permanente mais circonstanciée.



- Dernier point,  le retour de la crise Grecque et la comédie autour de l'Euro soulignent une fois de plus que l'irrationalité économique n'a pas de chance de réussir.  Une monnaie unique est un acte politique qui implique des unifications économiques majeures. On a mis la charrue avant les bœufs et les bœufs piétinent la charrue. On dit : oui mais cela va dans le bon sens d'un fédéralisme européen. Juste au moment où les opinions décrochent du projet européen fédéraliste (aucune des politiques européennes ne fonctionne plus !) . On ne peut pas avoir un ilot de fixité européenne au milieu d'un flottement général dominé par le laxisme américain et le mercantilisme chinois.  On n'a pas voulu faire de réforme du système monétaire international.  L'Europe en est réduit aux plans de sauvetage et à la déflation générale. Tout cela est absurde et désastreux pour l'emploi.

 

Comme disait Maurice Allais, "ce qui doit arriver arrive".



Dans les trois cas cités, un peu de réflexion aurait permis de prendre des décisions plus fondées et plus efficaces.  Observation et réflexion, réalisme et compétence, sont les vraies mamelles de l'économie. Tout le reste est ruine de l'âme et perte de temps.

 

Autrement dit :

 

Les conneries c'est comme les impôts, on finit toujours par les payer. (Michel Audiard)

 



Monnaies : quatre personnages en quête d'auteur

On dira ce que l'on veut d'Alan Greenspan, et nous ne nous sommes pas privé de critiquer se gestion de la FED au moment où il était sacré génie  monétaire de l'histoire de l'humanité,  mais il sait reconnaître ses erreurs et en tirer les conséquences jusqu'au bout.  Dans une récente interview à CNBC il n'a pas caché qu'il pourrait tirer argument des quelques succès de sa période, comme l'accès à un niveau de vie décent pour des centaines de millions d'habitants de pays considérés jusque là comme structurellement pauvres.  Mais il et bien décidé à n'en rien faire : le système auquel il a cru ne marche pas. Il le dit et il le répète. Donc il faut imaginer autre chose.

Quel est donc ce système qui ne marche pas ? C'est celui qui veut que les monnaies soient désormais uniquement des monnaies de papier, des monnaies administratives, dont la valeur absolue  est intrinsèquement nulle et dont on attend que "les marchés" donnent la valeur relative, dans le cadre d'un système de changes flottants.

La libéralisation totale des mouvements de capitaux, sous la supervision de banques centrales chargées uniquement de surveiller la valeur interne de leur monnaie (mesurée par un indice des prix à la consommation plus ou moins arbitraire) devait permettre l'allocation optimale des ressources, unifier les taux d'intérêt, limiter les réserves de devises, faciliter les transitions en cas de déséquilibres, permettre une croissance accélérée.  Non seulement on a vu se produire exactement l'inverse mais en plus une crise ravageuse  a mis par terre les finances publiques de tous les grands pays.

A. Greenspan en prend acte et c'est tout à son honneur. Ce faisant il rejoint ceux qui comme nous font cette analyse depuis des lustres non pas par combat idéologique ou théorique, mais par la simple observation des faits.

Si on se place résolument dans cette perspective, la situation actuelle des acteurs principaux qui s'agitent sur le front des monnaies prend un caractère particulièrement psychédélique. La FED, la BCE, le FMI et les autorités monétaires chinoises sont dans des situations fausses caractérisées.

Si on considère qu'un système de monnaie administrative gérée par une banque centrale indépendante  "ne marche pas",  la BCE se retrouve dans un position légèrement étrange.  Elle a le double inconvénient de gérer une monnaie transnationale mais sans que les conditions politiques en soient réunies,  et d'être le prototype même d'une institution indépendante correspondant à un modèle faux.  Personne n'étant en Europe responsable de la valeur externe de l'Euro  la compétitivité globale de la zone est en deshérence. L'Europe se retrouve seule à jouer le jeu d'un système "qui ne marche pas" alors que tous les autres acteurs trichent.

La Chine mène une politique mercantiliste. Le strict alignement sur  le dollar d'une monnaie fortement sous évaluées (50 à 60%) lui permet de voler l'industrie du monde occidental.  Mais là voilà qui accumule des réserves potentiellement sans valeur, la voilà  qui doit faire face à l'inflation chez elle, et à des remarques de plus en plus acerbes à l'extérieur. Le temps de l'impunité pour la Chine est fini. Celui des relations de pouvoirs commence. Une dynamique de conflits s'est mise en place. Il va lui falloir céder sans perdre la face.  

La FED, auxiliaire d'une diplomatie du dollar et d'une gestion en force de l'économie mondiale basée sur "le benign neglect" monétaire, est tout autant en porte à faux. Cette fois ci il n'est plus possible d'accuser les "cronies" des pays tiers pour expliquer les désordres monétaires. En dépit de la force traditionnelle de l'économie américaine, la peur du dollar est partout et le rejet d'une politique irresponsable manifeste. Et il est impossible de faire sombre plus un dollar déjà au plus bas.  

Quant au FMI il n'est pas seulement malade des frasques habituelles  de son directeur irresponsable. En régime de changes flottants, le FMI n'a aucun rôle. C'est pourquoi depuis quatre mandats les directeurs quittent leurs fonctions avant terme et que les discours tenus par ces dirigeants sont aussi nuls, en particulier ceux de DSK, comme nous l'avons plusieurs fois relevés.  Le rôle du FMI était de permettre à un pays souffrant d'une crise de confiance en système de changes fixes, de réajuster son économie avec un moindre "credit crunch".  Pour cela on lui imposait quelques contraintes de bonne gestion tout en lui donnant des facilités de tirage en devise.  Une crise de change ne devait pas tourner à la crise mondiale.

On lui fait jouer abusivement aujourd'hui un rôle de financier des dettes souveraines. L'Europe, sans pouvoir économique central, n'a aucun moyen de contraindre les pays membres à une dure ascèse. On a été chercher le FMI  uniquement pour son rôle de père fouettard.  Le but n'est pas de minimiser une déflation visant à rétablir la compétitivité et le change, mais de financer des dettes exorbitantes générées par le système monétaire malsain des changes flottants  pendant la période Greenspan.  Ce pragmatisme a certainement des vertus, mais où est la cohérence ?

Tous les grands acteurs monétaires sont aujourd'hui en porte-à-faux. L'édifice restera dangereusement branlant tant qu'une construction solide ne sera pas bâtie sur une base théorique solide.  Il faut reconstruire un système de changes fixes en établissant la responsabilité des états dans la défense de la valeur externe de leur monnaie. Il faut que l'ensemble du système soit rattaché à une ancre monétaire solide.  

On n'en prend toujours pas le chemin. Ce qui donne son fumet pirandellien à la situation ( on a le choix entre "ce soir on improvise et six personnages en quête d'auteur) . Et qui rend l'avenir si hasardeux. C'est aujourd'hui qu'il faut écouter A. Greenspan, un grand spécialiste de l'Actor's studio monétaire.

 Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



La Chine change-t-elle de modèle de développement ?

La Chine n'a pas renoncé aux plans quinquennaux.  Elle vient de définir le nouveau (le douzième). Il marque  dans les intentions une considérable évolution par rapport au modèle de développement précédent et à la politique suivie depuis 20 ans.

Rappelons que la Chine est un pays communiste avec  des reliquats d'organisation propres à cette organisation.  Les hommes sont attachés à leur lieux de naissance et les mouvements de population sont rendus complexes par les mesures administratives.  Ces dispositions sont entièrement  contradictoires avec la flexibilité nécessaire pour soutenir la croissance économique et pour mettre en place un régime minimal de sécurité sociale.  Les rendements agricoles sont très faibles. La part de la consommation dans la production est d'environ du tiers.  La retraite est si basse qu'il vaut mieux considérer qu'elle n'existe pas.  En un mot la population est encadrée et sacrifiée, la particularité des régimes communistes.

Le modèle de développement a donc été conduit presqu'entièrement sur une base mercantiliste : exploiter une main d'œuvre surabondante pour fournir le monde et accumuler des devises.   Une monnaie artificiellement basse, des salaires de misère, une discipline de fer et l'absence de lois sociales ont  permis  de capturer  une part croissante de la production mondiale et de doter la Chine de réserves monétaires  gigantesques.   

La crise de 2001-2002 et surtout la crise de 2008-2009 remettent en question ce modèle.  Le nouveau plan traduit cette remise en cause.

les dirigeants ont parfaitement compris les points suivants :

- La valeur des réserves accumulées  est largement nominale. Que le dollar s'effondre et il n'en restera pas grand chose.  La diversification de ce patrimoine s'avère extrêmement difficile et aléatoire.

- L'acceptation par les pays occidentaux de la sous évaluation massive du Yuan est menacée.  La Chine est sommée de cesser sa politique mercantiliste et la promesse d'une croissance interne plus forte est la seule raison qui maintient ces pressions  à un niveau agréablement diplomatique. 

- La dépendance aux exportations a montré son danger avec la récession qui a privé d'emplois des millions de Chinois et déstabilisé la société.  Obligés de rentrer dans leur campagne, là où ils peuvent trouver un minimum de sécurité sociale  et où ils sont  administrativement  rattachés, ces millions de chômeurs présentent une menace pour le régime.  Car il n'y a strictement rien à faire dans ces campagnes pour eux.  Des dizaines de  millions de "disoccupati" risquent de devenir incontrôlables. Quelques incidents sont venus le rappeler aux dirigeants chinois.

- Les mouvements de capitaux étrangers sont instables et généralement orientés vers les profits à court terme de la bourse et de l'immobilier. Ils provoquent des bulles qui en éclatant désorganisent le pays.

- La politique de relance suivie par la Chine a été brutale et indiscriminée.  Basée sur les instances du parti plus que sur les entreprises elle a provoqué un gaspillage de ressources, de la corruption et une solide inflation qu'il est désormais difficile de calmer et qui risque d'engendrer à nouveau des troubles sociaux.

Les orientations du plan annoncent donc une remise en cause de ce modèle.  La Chine déclare vouloir s'appuyer sur une meilleure croissance interne, fondée sur une hausse du revenu et de la consommation  des populations. Certaines des mesures d'encadrement administratifs de la population seraient revues, permettant une plus grande souplesse du marché du travail. La productivité agricole serait fortement améliorée, entraînant  l'émigration d'une forte partie de la population paysanne qui serait accueillie en zone urbaine.  Le système da retraite  serait rebâtie sur des bases un peu moins illusoires.  La Chine ferait même des efforts d'écologie.

La consommation pourrait ainsi augmenter de 10 points dans le PIB ; le taux d'épargne des Chinois pourraient baisser ; les excédents commerciaux seraient limités , la Chine voyant ses importations fortement augmenter en produits de consommation et pas seulement en matières premières et équipement.

Reste à voir si ce plan sera effectivement mis en place.  On sait déjà qu'il sera mis en place avec la sage lenteur propre à la culture locale.  Les financiers occidentaux en sont restés à la pure spéculation vis-à-vis des marchés chinois, pendant que les entreprises mondialisées rêvent encore des perspectives glorieuses de croissance qu'offrent "le plus gros marché du monde".

Ce qui veut dire que les occidentaux participeront au maintien du modèle d'avant avec une belle frénésie.  Et cela malgré le fait que les Chinois veulent des entreprises leader chinoises sur leur marché local et feront beaucoup de difficultés à laisser quelques géants mondialisés dominer leur propre marché intérieur.

La Chine participera plus à l'aggravation de la hausse des cours des matières premières qu'au rétablissement de courants commerciaux équilibrés pendant bien des années encore.

Les Etats unis souhaitant continuer à inonder le monde de dollars via un système de changes flottants biaisés pour financer le "rule américa", favorisant le mercantilisme chinois, il y a peu de chance  que les bonnes intentions affichées donnent les résultats escomptés. L'Occident aurait du accompagner l'esquisse de changement du modèle Chinois  par un large changement de leur propre modèle.

Le moyen le plus simple était de commencer par revenir aux changes fixes avec des obligations d'équilibres fortes pour toutes les parties prenantes et d'abord les Etats-unis et la Chine. La Chine aurait alors été tenue de mettre en œuvre son plan sous l'œil des autres.  Bien sûr cela cassait ce système idiot et destructeur qui voulait depuis 20 ans que les déficits américains  fussent financés par des excédents  produits par des politiques chinoises destructrices de l'industrie occidentale.

Mais au total qui en est sorti  gagnant ? La "grande récession" l'a montré : personne.  Le créneau des réformes en Occident s'étant désormais refermé,  le scénario le meilleur pour le retour à une croissance équilibrée et durable dans le monde ne peut plus jouer dans les meilleures conditions.

Et on aura créé les conditions de la prochaine crise économique, mais pas seulement. 

L'impatience des peuples  est immense comme l'ont montré les troubles dans les pays arabes qui vivent en fait en symbiose avec l'Europe.  Et rien ne dit que la politique déflationniste menée en Europe n'aggravera pas les choses. Déjà l'idée européenne est la principale victime collatérale de la Grande récession.Les mouvements "anti mondialistes" prennent une place politique croissante.  On en vient un peu partout en Europe  aussi bien à droite qu'à gauche à considérer désormais que la vraie  la ligne de partage est entre ceux qui veulent revenir à une logique économique fermée et ceux qui veulent garder une ligne ouverte.   Le protectionniste recommence à devenir à la mode dans les medias.

Il eut mieux valu élargir la vision , prendre la mesure des grands enjeux mondiaux en cours et proposer les solutions qui réellement permettent de trouver des solutions gagnantes-gagnantes pour tout le monde.  La Chine montre qu'elle aurait pu accepter de jouer le jeu de relations plus normales et équilibrées.  On serait passé plus vite du verbe à la réalité.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



C'est fini : les leçons de la crise ne seront pas tirées.

C'est fini : les leçons de la crise ne seront pas tirées.

Les crises ouvrent des fenêtres  par lesquelles l'esprit de réforme peut s'engouffrer. Les désastres sont parfois  propédeutiques.  Des idées longtemps bloquées peuvent trouver un auditoire plus attentif.  Des leçons longtemps ignorés peuvent être tirées.  On peut même parfois changer totalement de paradigme.  La crise de 1929 avait dynamité l'orthodoxie précédente, basée sur l'étalon or et la sagesse budgétaire.  Elle avait profondément secoué le corpus d'interprétation économique et provoqué des vagues de changements un peu partout : la statistique économique avait explosé ; le rôle de l'état s'était étendu etc.

La crise de 2007-2010 n'aura pas eu cette vertu. La fenêtre de réforme qui s'était timidement ouverte est maintenant refermée.  Elle aura de ce point de vue suivi  le modèle de la crise de 92-93 dont strictement personne n'avait voulu tirer les conséquences.  On se rappelle que cette crise fut carrément niée. Pour les économistes américains la crise de 92-93 est un non évènement.  Elle sera classée parmi les conséquences désagréables de la" guerre du golfe".   L'accident boursier qui l'avait précédé était "un e crise des ordinateurs", donc un épiphénomène.   La crise qui suivra, en 98 sera considérée comme une "crise des pays émergents" liée au fait que ces pays étaient dirigés par des gouvernements pourris et leurs "cronies".

C'est le moment ou Kenneth Rogoff, économiste en chef du FMI,  expliquera que les crises étaient de moins en moins graves  et qu'une mode stupide laissera croire que  nous étions désormais entré grâce à la mondialisation financière et aux NTIC (les nouvelles technologies de l'information et de la communication)  dans une période de croissance indéfinie.   Ces inepties sombreront avec la crise de 2001-2002. Mais cette fois là encore on esquivera toutes les questions qui fâchent.  Pour mieux préparer la "Grande récession".

La volonté de ne pas voir, de ne pas comprendre est absolument gigantesque. L'aveu par Alan Greenspan qu'il s'était trompé et avait surestimé la capacité des marchés à s'autoréguler ne changera finalement rien à l'affaire.  Une réforme minimale du système bancaire  aux Etats unis ; quelques règles sur le capital des banques en Europe ; et ce sera tout.

Après tout  la vulgate qui veut qu'on sache maîtriser les crises grâce à du déficit budgétaire et une ouverture totale des vannes monétaires a marché. Alors pourquoi remettre tout en cause ? Certes, la masse des dettes et des déficits et impressionnante et il ne faudrait pas qu'une crise se produise trop vite.   Certes l'Euro est écartelé et  en risque d'explosion.  Certes les circuits commerciaux internationaux sont  brouillés. Certes on ne voit plus trop quels sont les ressorts de la croissance possibles dans bien des régions.  Certes !  certes !  certes !


Mais grosso modo le système a tenu, alors reprenons le cours de nos vies antérieures en pensant à autre chose.  Le chômage comme après 92-93 ne diminuera qu'au bout de quelques années. Il avait fallu attendre 1997, soit quatre ans après la crise, pour qu'il baisse.  Attendons donc avec confiance 2013-2014. Les pays développés connaîtront une croissance faible mais le Bric continuera sur sa lancée.  Pour les banques et les entreprises mondialisées, l'important est de ne pas rater les positions à prendre sur ces marchés.  Alors que les états nous fichent un peu la paix avec leur réglementations ridicules.  Les pays développés sont surtout des pays de vieux  qui ne nous intéressent plus trop.

Le temps des Cassandre est passé. Comme toujours les délais de l'édition vont nous valoir une série de livres sur la fin du capitalisme au moment même où il va reprendre  à peine moins "unfettered".

Jusqu'à la prochaine crise.

Personne finalement n'aura réalisé qu'une meilleure compréhension des causes réelles de la crise aurait permis  de l'éviter ou de la réduire de façon moins coûteuse, sans créer les conditions de la crise d'après.   Ni qu'il serait possible de viser le plein emploi même en Europe et une croissance mondiale harmonisée.  

L'occasion aura été perdue.  

Lors de la prochaine explosion des analystes diront : c'est curieux, personne n'a tenu compte des leçons de la "grande récession". Au premier rayon de soleil toutes les réflexions se sont envolées.  On s'étonnera avec componction.

C'est maintenant qu'on devrait s'étonner. Et même remettre en cause cette passivité dommageable.
 
Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Pi(ckpoc)ketty

Rien de plus significatif que le succès du simulateur d'impôts mis en place par le socialiste Thomas Piketty en vue de la présidentielle prochaine. Les impôts sont la passion et le traumatisme français. Demander plus aux impôts des autres en  échappant soi-même à la charge, quelle plaisir ! Ruiner  plus favorisés que soi quel bonheur !    

Et il faut crier vive l'impôt ! Avec extase ! Surtout quand on y échappe. L'hypocrite tennisman devenu chanteur, millionnaire à ses heures, Yannick  Noah, était hier à la télévision : il expliquait qu'il payait ses impôts en France et qu'il adorait cela. Et les spectateurs dans la salle de déchaîner ses applaudissements.  Oui, il faut crier vive l'impôt mais en mentant sur les bords. M. Noah paie non pas SES impôts en France mais DES impôts en France, en fait juste la retenue à la source  sur ses cachets.  Personne n'a naturellement pris le soin de le lui faire remarquer.  Un planqué fiscal qui ment et qui fait la leçon aux abrutis saignés à blanc par l'impôt mérite bien des applaudissements.

Chanter la chanson que les "riches" paient moins d'impôts que les autres est en train de devenir un leitmotiv.  Pour le socialiste Piketty c'est un fond de commerce.  Mais cela va au-delà : on entend toujours cette chanson avant les mesures fiscales les plus dures.  Tout le monde paiera plus mais on vend le paquet avec un peu de haine : les riches vont trinquer. Bien fait !

Pour Piketty, l'argent n'appartient pas aux Français mais à l'état.  Le revenu disponible est ce que l'Etat consent à bien vouloir leur laisser.  Un impôt direct de 60% pour qui gagne 100.000 Euros par an  est normal. Si on y ajoute toutes les autres impositions on arrivera à 90-100% : c'est bien normal après tout.  On y est déjà pour l'essentiel. Ce sera moins hypocrite et c'est tout.

De même pour ces braves gens la dépense publique est le BIEN.  Le seul bien. Il est normal qu'elle augmente en permanence.  Donc il faut augmenter les impôts tout le temps. En ayant un système fiscal très progressif la croissance assurera l'augmentation permanente de la pression fiscale.   On ne nous dit pas où il faudra s'arrêter : 100% pour 3. 000 euros par mois ?

Ces singeries sont intéressantes pour l'ampleur des mensonges et truquages qui sont employés.

La vraie question est de savoir qui paie quel impôt. La propagande insidieuse du complexe politico-administratif est de toujours masquer  la réalité.

Qui paie la TVA ? Le consommateur ? ou l'entreprise ?

Qui paie les charges patronales ? Les actionnaires ou l'entreprise ? Ou les salariés ?

Qui paie l'IS ? Les actionnaires ou l'entreprise ?

Les deux impôts les plus lourds sont   la TVA et les charges sociales.  Si on les attribue aux actionnaires, alors il est totalement faux que les riches paient moins d'impôts que les pauvres.

Si vous attribuez la TVA, l'IS, les milles taxes  qui touchent l'entreprise et les charges patronales aux 500.000 français qui possèdent les entreprises (en laissant aux étrangers la part qu'il leur revient)  et que vous ajoutez l'impôt sur le revenu et  les différents impôt sur le capital, l'affirmation que les riches paient moins d'impôts que les pauvres devient absolument ridicule.

On retombe dans la manipulation qui avait frappé Chaban Delmas qui "ne payait pas d'impôts"  simplement parce que l'impôt sur ses revenus d'actionnaires avait été précomptés (notion d'avoir fiscal).

Dans le cas de Mme Bettencourt, le raisonnement est exactement le même : on voit les impôts payés sur ce qu'a touché  in fine  l'actionnaire mais pas les impôts payés par l'entreprise  dont elle possède les actions.  Si on avait attribué à Mme Bettencourt sa quote-part des charges sociales, taxes diverses, impôts sur les sociétés, TVA, de l'Oréal, on aurait vite vu qu'il lui restait des miettes.  De jolies miettes mais des miettes tout de même : à peine 5% de ce qu'elle aurait touché si tous ces impôts n'existaient pas ! 

Le capital français ayant été détruit par les deux guerres et la crise de 1929 (dont le coût global pour la France rappelons le à été équivalent à celui de la guerre de 14), les gouvernements ont fait  le choix d'imposer d'abord l'entreprise. "Les patrons peuvent payer. Prenons l'argent là où il est". Tel était le slogan.  Et c'est que l'on a fait de façon massive.  Au point que tout le monde constate aujourd'hui que les prélèvements sur l'entreprise française sont  extravagants  par rapport aux autres pays ce qui  ruine notre compétitivité.

Grâce à cette fiscalité démagogique et imbécile le chômage est devenu structurel en France.   Nous avons inventé le capitalisme sans capitaux et sans salariés.

Alors on a dit : on va frapper les ménages. Ce sera la CSG, CRDS etc.  l'Etat récupérera 10 points de PIB en 25 ans avec ce gentil mécanisme.  La croissance s'est arrêtée.

Maintenant on dit : ruinons les riches qui se cachent derrière les épargnants.

C'est de la pure folie.

La seule vérité est que lorsque les bornes sont franchies il n'y a plus de limite.  Un pays dont le gouvernement dépense plus, non seulement de ses recettes fiscales, mais pire encore, plus  que ce que son secteur privé produit est un pays mortellement atteint.  Un pays  qui reprend les thèses communistes de l'élimination de toute rémunération au-delà d'un certain plafond est un pays fini.

Dans les dix dernières années le journal les Echos a calculé que la croissance moyenne de la France a été de 1,1% par an, une augmentation qui est dans l'épaisseur du trait de l'incertitude statistique. Ce qui veut dire qu'on n'est même pas sûr qu'il y a eu une croissance quelconque.   En même temps le complexe politico administratif a chaque année fait semblant de croire que la croissance de l'année suivante serait systématiquement un point au dessus du réel.  Dix ans de mensonges systématiques et volontaires, toujours dénoncés, jamais   corrigés.  Pendant dix ans on a voté des budgets psychédéliques  révisés à la hausse en permanence et exécutés à la hausse en permanence. Un des exercices les plus déprimants est de reprendre tous les budgets puis de regarder les lois de finances rectificatives puis la réalité de la dépense publique.  Tout le processus  budgétaire est un simulacre.

Rappelons que le système global de notre fiscalité étant progressif  le fait de calculer les recettes sur une fausse croissance induit une  croissance des recettes théoriques encore plus forte.  Si sur 10 ans on annonce un croissance de 25% alors qu'on ne constate que 10, on aura prévu des recettes en augmentation de 30  et obtenu une impasse de 20% à financer par la dette.

La présentation trompeuse est aggravée  par des techniques connues, comme celle qui consiste à ramener l'impasse au PIB pour ne pas avoir à dire que les dépenses  ne sont financées qu'à moitié par les impôts. Il vaut mieux afficher un chiffre bas, par exemple 3%, plutôt que 20,30 ou 50% qui feraient désordre. Mais le désordre est là !

Le monde n'a pas besoin de la France. Comme il n'a pas eu besoin des pays communistes .  Sur le bord de la route de la prospérité nous restons comme des idiots.  Comme les  citoyens soviétiques sont restés au bord du chemin de la croissance pendant 75 ans.  Jusqu'au jour où ils ont dit : c'est grotesque  et cela suffit. 

La passion délirante de la France pour l'impôt et la dépense publique l'a ruiné dans ses profondeurs. Et lui interdit de redémarrer. Les brevets s'effondrent. L'investissement s'effondre. l'emploi s'effondre. L'industrie s'effondre.   Aucune des grandes administrations pléthoriques ne fonctionnent plus.  La justice est effondrée depuis au moins trente ans. L'hôpital sombre. L'éducation nationale n'est plus nationale et n'éduque plus.  L'armée fonctionne avec des bouts de ficelles.  Nos grandes entreprises publiques quand elles fonctionnent ne sont plus françaises et quand elles le sont ne vendent plus rien à l'étranger.

Le Français né malin crie à s'époumoner : "vive l'impôt" (des autres) ; ruinons les riches (mais pas moi) !  Et la France sombre et sort de l'histoire.

En faisant joujou avec des simulacres de modèle fiscal sur Internet.

Suicide d'une nation.

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile.



Un avis de Mervyn King,Gouverneur de la Banque d'Angleterre

Mervyn King a fait un aveu intéressant. Il a reconnu que sa banque centrale ne pouvait pas seule combattre les effets induits de la récession. Il a reconnu que le prinicpal problème provenait du fait que les bilans des banques sous son contrôle dépassait de 4 à 5 fois le PIB du Royaume Uni.

Cet avis recoupe l'article que nous avons écrit bien avant la chute de Lehman-brothers (voir ;: quatre erreurs à éviter) et la thèse que nous défendons depuis l'origine à savoir que cette crise est entièrement liée au gonflement absurde de l'endettement. C'est parceque partout l'endettement a dépassé les 300% puis les 400% du PIB allant parfois jusqu'à 1000% que la crise était inévitable et qu'elle serait très dure.

Comprendre l'origine de cet endettement ahurissant et intenable est le thème de recherche économique fondamental  que suscite cette crise.  Nous avons essayé de répondre à cette question dans un article fondamental.

On ne peut que regretter que cette question ne soit pas à l'agernda du G.20.

King reste à la surface des choses : il dit vrai mais ne cherche aucune explication. la thèse de la cupidité des banques stimulés par la dérèglementation n'est pas la meilleure. il faut aller plus loin que la question des comportements et des régulations.

Si la Vieille Dame, la Banque d'Angleterre n'a pas pu empêcher les banques sous son contrôle d'enfler leur bilan à ces hauteurs vertigineuses, alors que c'est son rôle, c'est que des mécanismes puissants étaient à l'oeuvre et que la Banque était impuissante à juguler.

Comprendre ces mécanismes puissants est la première priorité. Mais là on touche au tabou : le système monétaire international basé sur la libre circulation des capitaux et les changes flottants.

 

 

 

 

 

 

 

Déficit et Constitution

Peut-on concilier morale et efficacité  en fixant des normes économiques dans la Constitution ?

La tentation de gommer la politique en imposant une gestion par la norme est extrêmement forte.  On la retrouve dans toute l'action de l'Union Européenne qui est une énorme machine à fixer des normes et à ne pas faire de politique ! Les  citoyens sont désormais enserrés dans un tissu de normes de plus en plus contraignantes et coûteuses.  Les élus sont d'autant plus tentés d'en introduire de nouvelles que cela ne coûte rien à l'Etat et que cela leur permet de prendre la pose.  L'Europe, en vidant le champ des politiques nationales  a poussé les politiques à rechercher du pouvoir dans la définition  de règles bien intentionnées de la vie quotidienne.

Voici donc les Français sommés d'être bons et vertueux  par des curés auto proclamés mais  élus. Tu entoureras ta piscine ; tu ne fumeras point ; tu feras attention à ton ascenseur ; tu ravaleras tes façades ; tu conduiras doucement ; tu feras du vélo ; l'énergie tu conserveras ; tu feras attention aux accidents domestiques ; tu mettras une alarme incendie chez toi ;  tu ne boiras pas ; tu ne mangeras pas trop, en tout cas ni gras ni salé  ; Jouer oui  mais  attention les jeux sont addictifs ;  etc.

La Constitution est devenu le réceptacle des vœux pieux.  Les "doits de", qui fondent les libertés, ont été remplacés par des "droits à" qui génèrent des contraintes.   Le principe de précaution a été inscrit dans  la Constitution, une des erreurs les pires qu'on ait jamais faite et comme toujours l'unanimité a été de règle. Pour les sottises bien intentionnées et politiquement correctes on trouve toujours une unanimité. L'unanimité en politique est le marqueur de la sottise.

"Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil", article unique de la Constitution des Bisounours !

Depuis la crise de 1974, incomprise  (c'était la première grande crise des changes flottants ; on y a vu une crise du pétrole, confondant cause et conséquence), les gouvernements français créent des déficits publics par facilité et amour de la dépense publique.  Tout le monde reconnait que nous sommes le champion du monde de la dépense publique.  Un maire qui dépense comme un malade et considéré comme un héro : voir Delanoë, le fou fiscal qui assume sa folie.  Un ministre qui dépense comme un malade est un héro : voir Djack Lang et son doublement du budget de son Ministère.  Un premier ministre qui crée des trous impossibles à aveugler sous la ligne de flottaison budgétaire est un héro qui se croit naturellement le champion de la catégorie : voir Rocard son RMI  et sa réhabilitation de la dépense publique.  On peut avec les trente cinq heure augmenter de 10% des coûts salariaux des entreprises  en passant pour un économiste surdoués : voir DSK !

La droite, depuis qu'elle croit que son salut passe par l'énarchie compassionnelle n'a pas été en reste.

Les cadeaux au peuple financés par la dette sont une règle de comportement politique généralisée, surtout depuis qu'on s'occupe non plus de l'état mais de la "vie quotidienne des citoyens".

En un mot la lâcheté et la démagogie sont générales.    Croire que cela va changer parce qu'on va inscrire dans la constitution qu'il faut ne pas l'être est au mieux une naïveté.   

Cela ressemble assez  au joueur invétéré qui se fait interdire de Casino.

Sauf qu'il n'y a pas de physionomistes  musclés en politique.  Croire que le Conseil Constitutionnel  peut jouer ce rôle et faire descendre son rôle à celui d'un surveillant général de cour de récréation.

Les bonnes politiques économiques se conduisent et se prouvent par des actes. Pas en portant un tee- shirt disant combien on va être bon et vertueux.  

Si on s'en tient à un raisonnement purement économique, la mesure n'a aucun sens.

Pourquoi ? Parce que le cycle décennal existe. On a donc tous les huit- dix ans un effondrement des recettes fiscales  et avec une belle régularité des flambées de croissance qui compte tenu du caractère progressif des impôts  génèrent des recettes fiscales à rythme encore plus élevé.

Plutôt que d'affirmer un principe d'équilibre permanent, il faudrait acter que les recettes fiscales et la dépense publique  en tendance ne doivent pas croitre plus vite que l'économie, ce qui signifie qu'on accepte des déficits lors des phases récessives et  des excédents  lors des années de haute conjoncture.

On sait que les politiques dépensent tous les excédents de recettes pendant les phases hautes (voir Rocard, voir Jospin pour en rester aux périodes récentes) et qu'ils refusent de réduire  les dépenses  pendant les phases de conjoncture basse. Le cliquet à la baisse des dépenses publiques est d'une solidité à toute épreuve.

Le démembrement de l'Etat en faveur de l'Europe et des collectivités locales a encore aggravé la situation. On a vu que l'Europe augmente le salaire de ses fonctionnaires  dans des proportions intenables en pleine récession. Et quelle exige avec une insistance qui sera récompensée, soyons en sûrs, que ces budgets soit triplés, quintuplés, décuplés. Le ciel est la limite.  Quant aux régions et mairies, c'est la gabegie absolue.

Une politique se conduit.  Une politique économique  exige des connaissances et une compétence.  Croire qu'on pourra substituer à ces deux exigences  l'affichage vertueux des articles de la Constitution est une illusion.

Qui dira la rage et la tristesse qui saisissent ceux qui cherchent à comprendre  et à trouver des vraies solutions  quand ils constatent que les milieux politco-médiatiques ne comprennent rien, absolument rien , glorifient les comportements destructeurs et ne cherchent qu'à se parer de vertu en triturant des grimoires !

Didier Dufau pour le Cercle des Econoimistes e-toile.



G.20 et réforme du système monétaire international : l'ambiguïté demeure

Comme toujours Nicolas Sarkozy expose très clairement les têtes de chapitres mais dès qu'on rentre dans le concret les frustrations s'accumulent.  Lors de sa conférence de presse du 24 janvier 2011 il a à nouveau présenté comme évidente un certain nombre de réalités et d'orientations qui font effectivement consensus. Mais faute de gratter  un peu plus profond dans les solutions, on aboutit à des contradictions  qui laissent sceptiques sur le débouché des processus engagés.

Prenons cette affirmation :" nous sommes depuis 1971 dans un non système monétaire international". C'est une phrase que nous prononçons avec la plus grande régularité depuis...1971 !  Attention à ce qu'elle veut dire.  Pour nous cela signifie que le système de Bretton Woods a été détruit par voie de fait. Ce qui s'est substitué ne correspondait à aucune doctrine précise, exhaustive et consensuelle.  Avec le temps une vulgate issue des propositions de Milton Friedman s'est tout de même mise en place.  

On peut la résumer ainsi :

- Pas de changes fixes

- Les monnaies administratives nationales sont gérées par des banques indépendantes.

- Le cours des monnaies administratives entre elles se déterminent sur le marché des devises et de ses dérivés.

- Il est vain, d'intervenir sur les marchés de change.

- Il appartient aux banques centrales de gérer la valeur intrinsèque de leur monnaie comptée en prix à la consommation , si possible dans le sens d'une inflation faible.

- Tout contrôle des changes et des mouvements de capitaux est à proscrire.

Cette doctrine s'accompagnait d'un certain nombre de prévisions :

- Les mouvements de capitaux libres auront vite fait d'homogénéiser les changes et les taux d'intérêt

- Tout choc externe  sera digéré beaucoup plus souplement et progressivement.

- Les pays qui se laisseraient aller seraient immédiatement  corrigés par les marchés

- Le besoin de réserves serait pratiquement éliminé, remettant du capital en circulation pour investir

Toutes ces prévisions se sont révélées vaines.  Les changes sont d'une volatilité dommageable. les "spreads de taux d'intérêt"  les plus larges .  Les chocs externes provoquent une guerre des monnaies. Les réserves sont gigantesques. Les mouvements de capitaux génèrent des crises financières à répétition. Le tout a conduit à trois récessions de plus en plus graves (74, 93 et 2009).

La vulgate est fausse.  

Le paradoxe est de dénoncer les effets mais, dans la même phrase, de déclarer que les éléments clefs de la vulgate doivent demeurer.

Qu'a-t-on entendu ?  


- Que les changes fixes n'était pas un objectif. Il faut de la souplesse, c'est évident. La présidente du Medef renchérira sur ce thème un peu plus tard.

- Qu'il faut laisser les monnaies adminisratives trouver leur valeur sur le marché des changes (Chinois faites votre devoir !).

- Que tout contrôle des mouvements de capitaux est à proscrire.

- Que le rôle des banques centrales reste le  même (heureuseument sinon il faudrait réformer la BCE  et l'Euro !).

-"Je garde les causes mais je m'indigne des conséquences ! " semble affirmer Nicolas Sarkozy.

On va définir ce qu'est un déficit. Formidable !  On va se donner des règles en matière de déficit. Formidable ! Pour stabiliser les monnaies. Formidable ! Tout en mettant sous contrôle la "hot money". Très bien !   Et en renforçant le rôle des DTS (quel nom horrible). Très très bien !  Et en donnant au FMI des poàuvoirs (qu'il a déjà) en matière de contrôle des déficits et des politiques de change.  Whaou on et sauvé !

C'est une politique  formidable de changes variables mais ajustés qui condamne les changes  fixes et ajustables !

Si les Etats-Unis étaient gentils et n'accumulaient pas les déficits qu'on connait, si la Chine était moins mercantiliste, tout le monde il serait beau et serait gentil.  Et puis on va mettre une taxe indolore qui nous donnera d'amples ressources pour sauver le Monde, voire l'Univers tout entier.

Qu'est-ce qu'était le système de Bretton Woods : un système qui imposait aux Etats de faire attention à la valeur externe de leur monnaie pour que les produits s'échangent d'abord contre des produits, avec un régulateur qui était le FMI.  Malheureusement, le dollar jouait un rôle disymétrique qui a fait sauter le système. après 25 ans de croissance modiale presqu'ininterrompue.  

Là, on veut nous faire un Bretton-Wwoods version  "Canada dry" : cela ressemble à un système coordonné des changes, celà en a le goût mais ce n'est pas un système coordonné de changes.

On garde tous les défauts structurels mais on mesurera les conséquences pour qu'elles soient réduites par consensus.

Cela ressemble beaucoup au traitement de l'héroïnomanie par la Méthadone.  Drogues toi toujours mais prends des précautions pour que cela ne te tue pas complètement.

Nous, au Cercle des économistes e-toile,  on se tapote légèrement le menton.



Les économistes rassemblés par Nicolas Sarkozy en vue du G.20

L'équipe d'économistes rassemblés par Nicolas Sarkozy a au moins un caractère commun : aucun n'a prévenu de la grande crise qui se préparait !  Au delà de cette carence initiale, examinons ce que les choix faits nous révèlent dès maintenant.


Jean Paul Fitoussi  : Cet économiste français de gauche se situe dans la mouvance du keynésianisme.  Il explique la crise par l'insuffisance des salaires et le transfert de la richesse nouvelle vers les hauts revenus qui  épargnent plus qu'ils ne consomment.  Cette explication est sans réelle valeur comme nous l'avons démontré.


Francois Bourguignon est un ancien de la Bird et le directeur de  l'école d'économie de Paris. Spécialiste du "développement" et du tiers monde.  Il est là pour ses titres et pas pour la force de ses démonstrations économiques.


Joseph Stiglitz  : nous avons analysé ici ses positions.  Il a visiblement été choisi pour son bagout, son dynamisme et  ses attitudes de dinamitero.  Et il est prix Nobel et un  américain plutôt de gauche.  On en attend qu'il stimule du buzz aux Etats-unis.


Lord Nicholas Stern,  est un britannique prototype de l'économiste distingué. Il explique que  la crise économique de 2008-2009  est liée à trois facteurs : «  le premier est la déréglementation du secteur financier, qui a permis de forger des instruments financiers extrêmement risqués sur des marchés incontrôlables », « le deuxième est le gonflement de la bulle immobilière » de nature cyclique et le troisième est l'accumulation d'une épargne très forte par les pays asiatiques qui a permis de financer les déficits américains et la bulle du crédit.  Incontestable mais un peu court.

Tim Besley  a été conseiller pour la politique monétaire de la banque d'Angleterre. Il a surtout une activité éditoriale qui peut donner un certain écho aux travaux du G.20 au Royaume Uni. 

Il fallait, couple franco-allemand oblige, un représentant de l'Allemagne. Curieusement on a été chercher une députée de gauche (SPD) sans réelle compétence économique  mais pétulante :  Heidemarie-Wieczorek Zeul. C'est sans doute une erreur de casting.

Marcello de Cecco est un économiste italien  de grande qualité, une des qualités en question étant l'humour.  Derrière une vraie bonhomie, il dit des choses vraiment méchantes.  Une de ses thèses qui a pris du poids ces derniers temps auprès des autorités françaises, est que l'Allemagne conduit une politique incompatible avec l'Euro et que, pour les autres pays européens, suivre l'exemple allemand conduirait à une impasse :  une course à la déflation entre tous les pays européens  pour prendre à l'autre des parts de marchés ne mène qu'au précipice.  Le mercantilisme allemand vaut bien le mercantilisme chinois.   Malheureusement il n'aura en face de lui aucun économiste allemand sérieux qui aurait pu conforter ou informer cette position et rendre l'affaire intéressante.

Yu Yongding est chinois. Il possède tous les titres qu'on puisse imaginer pour être qualifié comme interlocuteur compétent dans le comité.  Il s'intéresse à la mondialisation et il a conseillé la Banque de Chine  pour la politique monétaire.  Il a été au première loge pour observer la politique suivie par la Chine.  Il sera en première ligne pour répondre à l'accusation de mercantilisme (présentée de façon douce comme "un excès d'épargne").  Il accompagnera Sakakibara, le représeentant Japonais, pour dire que les DTS ont un rôle futur à renforcer  mais qu'"il ne faut pas effondrer le dollar". Il annoncera aussi que l'économie chinoise doit aller "progressivement" vers plus de consommation et pas seulement compter sur les exportations. 

Un représentant du Japon était également indispensable . Ce sera Eisuke Sakakibara, un économiste intéressant et parfaitement au courant des questions économiques qui se posent au monde et au Japon.  Il a énoncé les phrases exactes que Nicolas Sarkozy a répété à Barak Obama : il faut maintenir pour les années qui viennent le rôle du dollar et  prévoir que dans quelques années des DTS prendront la relève.  Compte tenu des réserves japonaises il s'oppose à toute baisse du dollar…et à toute hausse du Yen. Il souhaite structurellement convertir l'économie japonaise afin de mettre plus l'accent sur la consommation intérieure et moins sur les exportations. Il ne veut plus d'accumulation de réserves. Et il a été l'un de ceux qui se sont fait l'avocat d'un fonds monétaire régional en Asie.    

Jose Antonio Ocampo  est un économiste colombien familier des milieux économiques internationaux. On peut le créditer  d'une intervention faite en tant que sous secrétaire de l'ONU aux affaires économiques et sociales  en janvier 2006, la date est importante, dans laquelle il avertit que les prix de l'immobilier baissent et que la bulle est désormais mure pour éclater et que les déficits abyssaux américains posent une vraie menace pour la stabilité économique du monde.  Il est de ceux qui ont compris avant bien d'autres que ce qui se passait était insoutenable dans la durée, même s'il n'a pas annoncé la crise.  Au moins a-t-il attiré l'attention sur des symptômes graves qui auraient du entraîner une action correctrice qui n'a pas eu lieu.


Les autres membres ont été visiblement choisis ès qualité officielle et pour leur représentativité de diverses parties du monde. Andrei Bougrov est l'ancien directeur  exécutif  du FMI et de la Bird en Russie.  Avinash Persaud représente la Barbade, Louis Kasekende, ougandais, l'Afrique, Akhtdar Aziz Zeti,  venant de Malaisie, représente l'Asie du sud-est contestataire du FMI, l'équatorien Perez Pedro Paez, représente l'Amérique centrale (et une politique particulière : la dollarisation). 

On ne sait pas grand-chose de leur pensée profonde sur les sujets du temps. 

La composition de ce conseil économique est assez fortement marquée "à gauche" et fait la part belle aux pays émergents.  Les économistes français choisis manquent de personnalité et de punch. Il est clair que J. Stiglitz en sera l'animateur principal et Sakakibara le modérateur principal.  Il en sortira une contestation "soft" de la domination du dollar et de la politique monétaire américaine ; une contestation soft de la politique mercantiliste des Allemands et des Chinois.  Le thème "moins de monnaie  de réserve plus de consommation" devrait être à l'honneur.

L'ennui c'est qu'aucun des invités n'a un diagnostic solide de ce qui s'est passé. La plupart se contente de la vision "crise américaine, impulsée par les subprimes et généralisée au reste du monde par la crise bancaire et l'arrêt des exportations vers les Etats-Unis".  Cette vision ne conduit à rien sinon au préchi-précha sur les bonnes pratiques bancaires et le vœux pieux sur la réduction des déséquilibres financiers. 

Nicolas Sarkozy semble avoir intégré ces limitations avant même que le groupe de travail ne se soit mis en place.  Il n'est plus question d'un grand "Bretton Woods" ni de remettre en cause le rôle du dollar.  L'une des lacunes du "casting" de ce comité  est l'absence d 'une personnalité allemande réellement de poids pour défendre la thèse d'un changement de la politique allemande d'une position purement mercantiliste vers une solution plus équilibrée.

Tout cela est un peu trop : les Bisounours font de l'économie.  Les Américains y verront, peut-être l'avertissement que les engagements pris auprès de Tim Geithner par la Chine et le Japon de continuer à financer les déficits américains  ne seront pas éternels.

A court terme il ne se passera rien. Il serait bien étonnant que le rapport des économistes prévu pour dans quelques semaines marque une orientation précise vers la correction des défauts structuraux du système actuel.  On marchera sur des oeufs.

Etait-il nécessaire de monter une pareille mécanique pour un si faible résultat ?  Les aspects de pure politique intérieure sont ils les seuls motifs de toute cette opération pour Nicolas Sarkozy ?

Ces questions sont posées.  Attendons la suite

Guy Sorman et le discours purement idéologique

On est toujours un peu gêné dans ces colonnes d'évoquer les articles de Guy Sorman qui a une bouille si sympathique.  Puisque nous avons entrepris de donner en ce début d'année 2011 une image de l'opinion économique à travers les débats dans les médias, nous sommes bien obligés de commenter sa dernière livraison dans le Figaro du 6 janvier 2011 qui témoigne d'un des péchés mignons français : le discours purement idéologique.

Il va de soi que Guy Sorman n'est pas seul responsable de ce tropisme idéologique. C'est parce que le discours idéologique socialiste est très fort en France qu'une expression  contraire s'exprime dans le camp du libéralisme, expression dont notre auteur s'est fait la spécialité et qui lui vaut sa carrière nationale et internationale .

Nous avons critiqué à quelques reprises les discours idéologiques de gauche, avec leur prétention à une bonne compréhension des mécanismes économiques., en fait totalement déviés par les a priori. Nous ne pouvons que critiquer les discours idéo
logiques de droite lorsqu'ils prétendent également à un discours économique sensé.
La thèse générale de notre auteur,  qui ne surprendra personne, est  que le capitalisme se nourrit  de crises, qu'il est vain de tenter d'y faire face,  et qu'il suffit d'attendre pour voir tout se remettre en place tout seul. Les Etats qui ont cru devoir intervenir sont finalement ceux qui sortent le moins bien du trou d'air. L'action des états est au mieux une gesticulation, au pire une nuisance.  On passe du "laisser faire, laisser passer" au "laisser faire, laisser casser".

Inutile donc d'essayer de prévoir quoi que ce soit.  "Prévoir n'est pas le point fort de la science économique".  Il est vrai qu'il n'a rien prévu ni rien vu venir.  L'auteur théorise ses propres lacunes.

Pour se faire il commet un première erreur : "tout évènement local peut désormais  provoquer un ralentissement global".  Guy Sorman prend indirectement à son compte l'explication de la crise par un évènement fortuit  qui se serait propagé par une sorte d'effet papillon à travers le monde. Il confirme son analyse en précisant : "toute innovation est risquée et aucune innovation n'est assurée du succès".   Les financiers américains ont innové. Cela n'a pas marché. Cela a provoqué une crise qui s'est propagée.  C'est dans l'ordre des choses  et après quelques ajustements le système est si résistant qu'il repart de plus belle.

Des chaudrons de Goldman Sachs and co seraient sortis de mauvaises idées. On y a cru un temps et maintenant on sait qu'elles sont mauvaises et on est passé à autre chose. "les banques sont spontanément devenues prudentes  parce que tel est leur intérêt".  Il y avait naguère les"Mao-spontex", on a aujourd'hui les "Libéro-spontex". 

L'économiste n'a aucun rôle. Il regarde passer les trains. Il ne prévoit rien. Il ne réfléchit à rien.  Il contemple les flux et reflux de la marée en s'extasiant.

Qu'il y ait des "systèmes", que ceux-ci  aient un rôle plus ou moins bénéfique, qu'ils changent avec des effets heureux ou pervers,   rien de tout cela n'a d'importance.  Nous sommes passés d'un régime d'étalon or à un système de monnaies administratives théoriquement reliées à l'or puis à un système de monnaies administratives  dont les changes sont laissées à la libre circulation des capitaux et aux marchés. Ces systèmes sont fondamentalement différents et provoquent des comportements ou déclenchent des mécanismes radicalement différents.

Inutile selon Sorman  de se pencher sur ces détails.

Le capitalisme est un bloc indifférent à ses sous systèmes. Il est bon par nature et résistant par construction.  Circulez il n'y a rien à voir !

On est aux antipodes de nos propres analyses. Les échecs ont toujours deux composantes : 

- une composante systémique : selon le système le comportement des agents  n'est  pas le même. Les mauvais systèmes provoquent les mauvais résultats.  Pour avoir pendant trente ans réorganisé des entreprises  je crois pouvoir affirmer qu'il n'y a jamais de difficultés qui n'aient pour origine au moins en partie une mauvaise organisation et un mauvais corpus de concepts et d'attitudes.  Il suffit de regarder l'histoire du système soviétique pour vérifier qu'un mauvais système global a toujours  eu et partout des résultats désastreux. 

- une composante politique : des erreurs sont faites et qu'il faut payer "cash"

Examiner inlassablement et en détail les systèmes bancals et les politiques erronées est une part absolument indispensable de la critique économique.  Globaliser le capitalisme  comme le fait Guy Sorman sans s'inquiéter de son contenu, c'est-à-dire de ses différentes  structures et des politiques qui y sont menées,   est une fuite dans le néant.  Ce néant de réflexion détaillée a été  la première cause de son incapacité de prévoir la crise.  Réciproquement, une analyse attentive des structures et des mécanismes permet de prévoir les crises, ce site en est la preuve.

Guy Sorman croit qu'il  est encore nécessaire de monter une défense globale du capitalisme. Oui "l'innovation, les profits et l'échange restent  les seuls moteurs connus du développement".   Qui, à part quelques officines recyclées du communisme, et quelques régimes autoritaires fermés,   croient autre chose ?  Ce débat a été tranché par la chute de l'URSS.  Et les reliques de ces idéologies mortes n'ont aucune importance, même si, malheureusement en France, elles conservent  sinon une influence, du moins des leviers d'expression.

La question aujourd'hui est "quel capitalisme ? ", pas "capitalisme ou  socialisme ?". 

Et les variantes d'organisation sont importantes.

"Les technocrates à l'affût de nouveaux pouvoirs  promettaient une nouvelle économie sous contrôle".    Il faut certainement dénoncer certaines formes d'emprise technocratique sur la politique des états. Nous ne cessons de critiquer l"énarchisme compassionnel" qui anime nos élites dirigeantes depuis 1974.  Mais face à l'effondrement du système bancaire puis de l'économie dans son ensemble on a vu les "technocrates"  employer des pouvoirs qu'ils n'étaient pas censés avoir pour tenter d'éviter la catastrophe.  Si les banques centrales et les états n'étaient pas intervenus pour sauver les banques que ce serait-il passé ? Guy Sorman peut critiquer les plans de relance. Mais une fuite généralisée  des dépôts hors des banques aurait entraîné la faillite généralisée du système bancaire et la perte de l'épargne mondiale.  Nous avons subi la plus grande crise économique depuis 1929. Elle aurait été pire sans aucune intervention des "structures technocratiques", élues ou non élues.

Quand un sous système est victime d'une organisation et de politiques erronées, ses crises ont des conséquences . Se dispenser de comprendre les défauts ; ne rien dire sur les solutions à court terme ni sur les réformes de structure à y apporter est une démission pure et simple.

Cette démission est inacceptable.  Nous sommes entrés depuis 1973  par des choix structurels erronés  en matière de monnaie et de change  dans un système qui génère des crises  constamment plus graves. Il faut comprendre le mécanisme des erreurs  et effectuer les réparations indispensables.

Guy Sorman voit bien que le prix à payer de la crise est d'abord le chômage. Il invite donc  à s'interroger sur cette question avec l'assertion suivante : " La croissance sans emploi devient chez nous une norme regrettable essentiellement parce qu'une partie de la population n'est pas qualifiée pour des emplois complexes".

Il reprend une erreur commune : L'emploi serait une dimension de la formation.  Plus on aura d'ingénieurs hyper pointus mieux on se portera. Ce sont les états qui sont responsables du chômage (pas le capitalisme) car c'est à eux d'assurer la formation, globale des individus.  Dans une génération, tout sera parfait si on fait les efforts nécessaires.  Et nous voilà parti sur un délire sur les nano technologies et sur le reverse engineering  qui feront sourire les spécialistes. 

Pour avoir pratiqué le "reverse engineering", je me permettrais d'indiquer à Guy Sorman, qui aime le mot sans comprendre la chose, que ce concept date du début des années 80 et est mis en pratique depuis 30 ans ! Cette notion de micro économie n'a aucun effet en macro économie.

D'autre part si la formation a un intérêt  économique certain, il n'est qu'indirect. On peut avoir, comme à Cuba, un système éducatif intense avec un niveau de vie ridicule et une stagnation  dans la misère de longue durée.  Dans nos pays occidentaux ont voit aujourd'hui que des diplômes supérieurs ne sont pas la garantie d'une entrée sereine dans la vie professionnelle.  Encore moins dans les pays  en rattrapage économique  qui ont suivi le modèle occidental et qui se trouvent avec une pléthore de diplômés supérieurs dont ils ne savent pas quoi faire faute des structures économiques pour les utiliser.

Le vendeur de journaux en bas de chez moi est un ivoirien ayant fait Normale supérieure  !  La plupart des médecins africains  ayant appris leur métier en Europe ne retournent pas en Afrique. On forme des ingénieurs maghrébins en France et on leur interdit d'y exercer. Ils font des carrières souvent minables dans leur pays et se noient dans le ressentiment . C'est particulièrement sensible au Maroc. Il ne se passe pas un jour sans un article dans la presse sur le spleen des  diplômés chinois de l'éducation supérieure qui est encore pire que celui de nos doctorants.

L'emploi se crée dans les entreprises; Pas d'entreprises, pas d'emplois. Pas de compétitivité, pas d'emploi. Le téléphone portable a créé beaucoup d'emplois en France. Pour l'essentiel il s'agit d'emplois de vendeurs non qualifiés.  Le luxe français a créé des dizaines de milliers d'emplois à l'étranger. Pour leur très grande majorité, il s'est agi d'emplois non qualifiés. Nespresso est un formidable succès. Il a créé en France quasiment exclusivement des emplois non qualifiés.

Le chômage des personnels n'ayant pas un diplôme de technicien supérieur ou d'ingénieur n'est en aucune façon une fatalité.  Les exemples donnés montrent bien  que ces emplois non qualifiés  ont été créés grâce à la mondialisation. La technique vient d'ailleurs. Les conceptions aussi.  En France on a mis en musique la commercialisation.

Le chômage a une composante  conjoncturelle extrêmement forte.  Si Guy Sorman voulait bien se pencher sur les théories du cycle il verrait que l'emploi ne se remet d'une crise qu'assez tard en fin de cycle.  L'emploi n'a repris  et encore timidement après le choc de 74 qu'à partir de 78.  Après le choc de 93 il faudra attendre 1997 et encore personne ne s'en est aperçu pendant presqu'un an.

La reprise sera créatrice d'emplois , si elle se maintient, à partir de 2012 et 2013. 

Il a également une composante structurelle. Si le trend de croissance se ralentit les taux de chômage structurels augmentent.  Le trend de croissance s'est ralenti à cause du passage aux changes flottants en 1973 et provoque un chômage structurel plus important en Occident.

Les politiques locales ont évidemment un poids considérable sur l'emploi. La haine de l'entrepreneur et du profit si caractéristique de la France,  l'étouffement entrepreneurial par l'impôt et la réglementation qui s'y manifeste depuis si longtemps, des politiques démagogiques comme les coups de pouce au Smic, les cadres contraignants comme les 35 heures, ont évidemment un effet sur le sur-chômage structurel français.

On ne peut donc pas parler d'emploi sans regarder les systèmes et les politiques.  Il faut un bon système global et pour chaque région et chaque pays de meilleures politiques.  L'analyse qualitative des sous-systèmes est cruciale. On ne peut en rester à une apologie globale du capitalisme et à une dérision  pour le reste.

Guy Sorman conclut par un petit problème qui le gratte quelque part.  "Le système monétaire international ne risque-t-il pas de faire chavirer le capitalisme ?" Le risque est plus qu'avéré puisque justement il a fait chavirer non pas le capitalisme (toujours cette vision macroscopique inutilisable) mais le système financier international  sauvé par la création monétaire sauvage et la fiscalité d'Etat. Et à quel coût social et économique !

A cette question mal posée mais fondamentale, il fait une réponse minuscule : les marchés ont fait baisser l'Euro donc tout va bien.  L'Euro et le dollar n'ont pas cesser de faire le yoyo. Pas un yoyo de faible ampleur : des variations du simple au double ! Et très rapides.  Il est plus bas aujourd'hui il sera plus haut demain.  Des programmes informatiques génèrent à peu près 80% des ordres sur les marchés de devises en fonction de leurs algorithmes propres qui n'ont généralement rien à voir avec la réalité économique sous jacente.

Il ne faut pas tenter de réagir à des questions structurelles avec des éléments purement conjoncturels.

Nous conclurons que Guy Sorman en refusant l'analyse détaillée des sous systèmes et en prétendant subliminalement qu'ils sont tous équivalents et forcément bons en mode capitaliste,  produit un discours purement idéologique coupé des réalités et des analyses dont la pertinence peut être mise  en cause. 

Nous préférons pour notre part examiner en détail les systèmes et les politiques et apprécier leurs forces et leurs faiblesses.  Le combat idéologique a peut être un sens en France où le marxisme reste ancrée dans certains milieux intellectuels et politiques.  Cette pertinence est purement politique.

Si  on s'en tient à l'économie : observons , prévoyons, suggérons les réformes ponctuelles ou globales nécessaires. 

Et notons que ce travail n'est pas fait dans les médias français qui sont une sorte du miroir de la nullité de la réflexion économique théorique et pragmatique en France.



Zermmour-Domenach : démonstration parfaite de la carence médiatique française en matière d'économie.

Le 31 décembre 2010 une bonne partie du dialogue Zemmour-Domenach a traité de l'économie. 

L'un et l'autre sont d'excellents journalistes, sympathiques de surcroît.  Lorsqu'ils ne sont pas corsetés par les contraintes obligées  de  leurs postures idéologiques et politiques, ils ont de l'indépendance d'esprit et une bonne intelligence générale des phénomènes de société.

Les voici donc en train de discuter Euro et mondialisation.

La phrase juste et fondamentale : la crise a télescopé les idéologies  qui désormais sont caduques mais personne n'a la moindre proposition  ni même l'esquisse d'une idéologie de substitution.  A droite comme à gauche la paralysie est totale, personne ne souhaitant embrasser d'une seule politique alternative complète les méfaits de la mondialisation des mouvements de capitaux, des mouvements de marchandises et des mouvements d'hommes.  Trop de tabous à droite comme à gauche empêchent tout mouvement.

Nicolas Sarkozy a été pris à revers par la crise.  C'est un point sur lequel nous avons alerté dès sa campagne électorale pour l'élection présidentielle de 2007.  Nous lui recommandions de ne pas parader sur la hausse possible de la croissance alors qu'il subirait de façon certaine une crise extrêmement sévère pendant l'essentiel de son quinquennat. Nous lui demandions de prévoir "du sang et des larmes".  Il a annoncé du dynamisme, du travail et de la croissance. Cette contradiction lui coûte aujourd'hui extrêmement cher. Gouverner c'est prévoir, tout le monde sait cela.  Et son "américanisme postural" du départ,  dont le comble aura été une défense des subprimes à la française, se retrouve  frappé de plein fouet par les nécessités du moment.

La gauche, si tant est qu'on peut parler d'une seule gauche alors qu'on trouve tant de chapelles dans le socialisme, est bien paralysée par ses tabous.  La démagogie des "cadeaux au peuple", des 35 heures, de la radicalisation des législations paralysantes, de la dépense publique locale régionale et nationale totalement débridée,  tout en accompagnant une idéologie européenne de libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux non plus seulement dans l'Union mais dans le monde entier , est une des recettes du désastre économique français.

La France des dirigeants est donc bien paralysée. C'est vrai.  Et tout le débat qui décline les signes de cette impuissance est parfaitement bien venu.

Oui l'Europe met bien la charrue systématiquement devant les bœufs.  Oui les bœufs sont maintenant bien installés sur la charrue. Nous ne cessons de le dire et de l'écrire depuis des lustres.  Oui Seguin l'avait bien dit comme beaucoup au moment du référendum de Maastricht.  Quand Zemmour parle d'un cercle vicieux implacable et sans fin, il a raison.  L'Europe est une fuite en avant vers…  Vers quoi justement ? 

Oui les gouvernements se sont bien trouvés des amas de liquidités disponibles sur le marché mondial et ont dépensé sans limite en empruntant sans limite. Les états d'Europe, "sauf l'Allemagne depuis trois ans", se sont bien gorgés de dettes.

Oui, des écarts colossaux se sont bien produits dans l'évolution  d'une zone monétaire sans politique économique commune et  fondée  sur des "contrats" qu'aucun gouvernement "souverain"n'a voulu  respecter. "La gouvernance économique par la norme" est une des idées sinon mortes du moins très malades  de la construction européenne.

Doit-on se féliciter d'une pareille lucidité journalistique, certes un peu tardive mais finalement bien venue ?

La réponse est non.

Pourquoi ?  Parce qu'il n'y a aucune espèce de début d'explication du pourquoi  des phénomènes sous jacents.  Ces phénomènes ne sont pas connus et ne sont donc pas expliqués. On n'évoque que les conséquences et encore en terme d'erreurs politiques ou comme conséquences des grands enjeux idéologiques et de société alors que cela n'est pas nécessaire. 

Pourquoi avons-nous connu une période de taux d'intérêt si bas que tous les états pouvaient se gorger de dettes à bon compte ?  Pas de réponse.  Aucun des deux commentateurs ne fait observer que la dette n'est pas principalement celle des Etats à l'orée de la crise.  Nul n'évoque le gonflement de la dette du système financier qui s'est envolée à partir de 1973 et surtout de 1985. Nul n'évoque le gonflement frénétique du crédit à la consommation.  Spécialistes des Etats nos deux compères ne voient que les Etats.

Aucun des deux n'est en mesure de citer les vrais chiffres significatifs, c'est-à-dire un endettement global de tous les acteurs économiques qui partout se met à dépasser des multiples du PIB.  Pas seulement en Islande ou en Irlande. Absolument partout.

Cet aspect de "crise mondiale de la dette" passe totalement au dessus de la tête des deux commentateurs et de leur arbitre. Il faudrait expliquer comment , par quel mécanisme,  il a été possible.  Et là il faudrait rentrer dans le dur de la science économique et dans la question monétaire globale. 

On a assisté à la faillite d'un système, c'est vrai. Mais lequel ? 

Nous prouvons depuis maintenant près de quinze ans que le coupable est un système monétaire international  scabreux et déficient.  Avoir mis en place un système de monnaies administratives, gérées par des banques centrales  indépendantes chargées uniquement de leur valeur  en terme de prix à la consommation,   dont la valeur respective est laissée aux marchés dans le cadre d'un libéralisation complète des mouvements de capitaux , alors que la monnaie mondiale est la monnaie d'un pays qui a décidé de la gérer à son bénéfice exclusif, était une farce.

La farce s'est révélée sinistre.  Après trois crises d'importance à chaque fois plus grande, 73-74, puis 92-93, puis 2008-2009, plus personne ne peux croire à la validité de ce modèle.

C'est lui la première victime de la crise de l'endettement.

Faute d'avoir les connaissances techniques nécessaires et surtout d'avoir été suffisamment alertés par les économistes officiels,  Zemmour et  Domenach  en sont réduits à frapper trop large et finalement à brasser de l'air.

Les solutions leurs sont interdites.   Sans diagnostic pas de thérapeutique.  Là où le vrai débat se trouve,   la réforme du système monétaire international, la création d'une monnaie de réserve mondialisée, l'abandon des changes flottants et les restrictions aux mouvements de capitaux, la responsabilité des états dans la valeur externe de leur monnaie par rapport à la monnaie de compte mondiale,  on ne retrouve ni Zemmour ni Domenach. Ils ne savent pas. Ils ne veulent pas mettre les pieds dans ces questions prétendument "techniques".  

Au lieu d'un débat technique et géopolitique sur un sujet cerné, on en vient à tout critiquer donc à ne rien proposer.  Et on retombe dans la toute petite politique : le conflit entre Islam et code Napoléon pour Zemmour ; le vilain Sarkozy  et" la soumission à la logique du fric" pour Domenach.  On a fait de la chaleur, excellente pour l'audience d'I-télé et sa santé financière , mais aucune lumière.  

Pendant ce temps la crise continue.

 Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Le Bilan de 2010

Ce blog a connu un record d'affluence en 2010.  Avec  55.555 lectures cumulées au 31.12.2010, à 20 h30. Il a pratiquement doublé son rythme de croissance par rapport à 2009, en faisant une des sources de réflexions économiques françaises  indépendantes les plus lues.

Comment expliquer cette poussée de lectorat ?

L'article le plus lu, avec près de 1900 lectures, concerne Maurice Allais. La mort de notre seul prix Nobel d'économie est certainement la raison de cet intérêt soutenu. Le fait que nous avons toujours défendu Maurice Allais, tout en précisant avec soin les points qui nous séparent,  et l'actualité de ses réflexions dans la crise actuelle ont certainement joué un rôle.  La manière dont les médias français ont traité Maurice Allais est en tout point exécrable.  Sa mort a permis de corriger un tant soit peu cette situation. Tout le monde aujourd'hui s'accorde sur l'originalité et la force de son apport à la science économique.  Il faut dire que la réalité de la crise lui a donné largement raison : ce qui devait arriver est arrivé !


Cette fin d'année nous conduit à nous pencher sur une certain nombre de prises de positions faites précédemment sur ce blog et qui ont trouvé leur confirmation factuelle en 2010.

Nous avions annoncé que le RSA serait un échec. L'échec est aujourd'hui patent. Personne n'en tirera de conclusion malheureusement.

Nous avions affirmé que l'ISF et le bouclier fiscal ne pourraient pas rester en l'état. La réforme est désormais annoncée pour le collectif de juin 2010 mais le temps perdu ne se rattrape jamais. On peut craindre que la réforme soit bâclée.


Lorsqu'on recense les prédictions faites par les grandes institutions aucune n'avait mis le risque de dislocation de l'Euro en tête de leur préoccupation.  Nous-mêmes avons souligné inlassablement que le système monétaire international était en première ligne aussi bien comme cause de la crise que comme élément de la solution.  Nous alertions sur la question Espagnole et Portugaise.  C'est la Grèce qui a commencé le bal. Et nous en sommes maintenant à "la guerre des monnaies" avec un risque structurel sur la zone Euro.

Après la récession de 2009, contenue au prix d'un endettement phénoménal et historique des états, nous pensions qu'il n'y aurait pas de grande reprise.  En France la production industrielle s'est maintenue à 90-92% des valeurs de 2007.  Dans la mécanique où le coup de massue avait été sévère, avec un recul de près de 30% du CA pour 80% des entreprises du secteur, le chiffre s'est stabilisé à moins 15%.

La bourse  a stagné en France. Les prévisions de Goldman Sachs qui voyait le CAC 40 à 4800 se sont révélées totalement fausses.

Le commerce international  a repris par bouffée.  Une bonne fin de premier trimestre, puis un bon début de second trimestre , ont donné l'illusion d'une vraie reprise. Mais tout cela a fait long feu.

La Chine a certes libéré une partie de ses réserves de changes d'une part en faisant des stocks de précaution, d'autre part en activant le crédit en Chine. Cette pratique du stop and go est désastreuse.  Il eût bien mieux valu qu'elle libère le crédit au fur et çà mesure et qu'elle n'accumule pas des réserves absurdes en maintenant un cours du Yuan dévalué. Le résultat a été des achats spéculatifs au Brésil et dans de nombreux pays sous développés qui ont connu ainsi une certaine expansion.   Mais le boom du crédit interne se heurte à un phénomène d'inflation.

L' Allemagne dont les exportations ont été tirées par ce dégagement chinois  a connu un rattrapage plus rapide que le reste de l'Europe après une récession plus profonde. Mais on voit que les circonstances de cette poussée ne sont pas reproductibles.

Les grandes réformes mondiales concertées ont porté uniquement sur des broutilles : le capital des banques,  les bonus, la comptabilité.  

En l'absence de réforme du système monétaire international , la spéculation a repris de plus belle et les dangers multiples du système actuel pèsent sur l'avenir.
Le surendettement global n'a été diminué qu'à la marge. Aucune restructuration n'a été faite. On refinance indéfiniment avec des liquidités banques centrales des crédits qui ne correspondent plus à aucune réalité économique.  Comme le Scarabeus Sacer le monde des banques roule sa boule de crottin devant elle en priant pour que cela dure.

Comme en 93 les états se retrouvent avec des finances publiques désastreuses et ont la tentation du coup de massue fiscal.  En 96, trois ans après la crise de 93, Alain Juppé avait appliqué cette méthode provoquant une récession  induite.  La leçon a porté. On a choisi cette fois-ci le grignotage fiscal et la réduction des dépenses publiques.  On peut déjà prévoir le résultat : dès que la croissance reprendra un peu de vigueur, la France va connaître le joie d'un taux de prélèvement record. En surajoutant à un impôt progressif de nouveaux impôts on obtient un  effet de double croissance des prélèvements.  Faire jouer la progressivité aurait suffi

Les prélèvements vont être augmentés sur toute la partie épargne et patrimoine.  Les entrepreneurs français qui sont déjà dans une situation structurelle de manque de capital  vont voir leur situation s'aggraver. Les cadres qui avaient réussi à accumuler du capital vont être sanctionnés.  Le fisc français va saccager l'épargne de précaution des Français,  un peu comme les soviétiques avaient fini par confisquer les semences et pas seulement la production de grain consommable lors de la dékoulakisation.

La paralysie française a de nouveau  de beaux jours devant elle.

Partout on reprend des refrains sur la fin d'un monde, d'un système, d'un modèle de développement et on recherche de nouveaux paradigmes.

Tout le monde a désormais compris que pour les Etats-Unis gonfler les déficits et  soutenir la consommation par le crédit international  était une voie sans issue. C'est mieux que dans les années 90 où on nous expliquait bêtement que ce système était le moteur de la croissance indéfinie.  Mais faute d'avoir compris le pourquoi de cette situation et d'avoir entrevu les solutions à apporter, ce constat reste vain. 


Tout le monde a désormais compris que  le mercantilisme  débridé d'un état anti démocratique et basée sur le nationalisme voire le racisme Han, dont le seul attrait est la masse de la population  éveillée à la consommation, ne servait pas les intérêts bien compris du monde.  Mais lorsqu'on a choisi un système monétaire basé sur le n'importe quoi et les relations de puissance et de force, comment s'en plaindre sans changer le système monétaire international ?


Tout le monde a désormais compris qu'un système de monnaies administratives gérées par des institutions techniques spécialisées n'ayant comme seul objectif que de maintenir la valeur de la monnaie par rapport à un indice de prix à la consommation  était une catastrophe intellectuelle et pratique. Passer de l'analyse à l'action sera plus dur.  


Tout le monde a compris qu'il ne s'agit pas d'une crise des" subprimes". Les subprimes n'auront été qu'un détail dans le tableau général de la dette débridée dépassant plusieurs fois le niveau du PIB des Etats.  Ce ne sont pas les subprimes qui expliquent les difficultés de refinancement de la Grèce et les risques d'éclatement de la zone Euro !  Mais comme la crise des subprimes est facile à comprendre (après coup), les nuls  (notamment dans la presse et l'enseignement) continueront à  s'accrocher à cette explication qui n'en est pas une.

L'amusant est de comparer les politiques alternatives annoncées dans chacun des pays.  Partout le même triptyque apparait : recherche, enseignement, écologie.  C'est mobilisateur, politiquement correct  et parfaitement vain.

La croissance dans un monde où des millions d'ingénieurs et de techniciens passent leur temps à améliorer tout et à imaginer de nouveaux produits,  n'a aucun besoin de coups de fouets artificiels ni de plans mirifiques.  Il n'y a aucune raison que les forces qui soutiennent le trend  faiblissent. Au contraire le monde peut connaître une phase de croissance considérable, en tout cas aussi considérable que celle que l'on a connu depuis deux cent ans.  Jamais il n'y a eu autant de nouvelles opportunités, de nouveaux consommateurs, de nouvelles opportunités d'innovation.

La véritable urgence est de réformer ce qui blesse la croissance et l'organisation pacifique du monde.

Il faut réformer le système monétaire international. C'est la priorité des priorités.   Dès qu'une monnaie réellement internationale aura vu le jour avec un système de changes fixes mais ajustables de façon concertée,  la spéculation s'effondrera, l'horizon économique des entrepreneurs  réapparaîtra, la croissance reprendra.

Est-ce que sans cette réforme la reprise est impossible ? Non. Le monde s'est remis de la crise de 74, de celle du début des années 80, de celle de 92-93, de celle de 2001-2002. Mais on a vu qu'à chaque fois elle en sortait plus mal et plus déséquilibrée, les conditions de la sortie de crise devenant les causes de l'entrée dans la crise suivante.

Aujourd'hui nous sommes dans une situation où tous les agents économiques souffrent à raison des conséquences  des politiques structurellement fausses suivies depuis 1973.  Alors que le trend de croissance est toujours là et aussi puissant.  Les pays qui comme la France ont fait le choix de l'étouffement fiscal  stagneront dans la durée.  L'Europe  prisonnière de ces contradictions essaiera de manœuvrer pour essayer de dégager la charrue qui est désormais bien calée sous les pieds des boeufs.  Les Etats-Unis  n'ont pas défini de stratégie alternative : leur horizon est médiocre. La Chine ne pourra pas indéfiniment poursuivre une politique mercantiliste. Le Japon ne peux plus laisser sa monnaie s'apprécier plus avant tout en laissant l'endettement interne atteindre des sommets phénoménaux.  

 
Donc quelque chose cèdera.  A l'impossible nul n'est tenu .


2006 avait été l'année de l'illusion : on était sorti de la crise de 2001-2002. Mais dès juillet aux Etats unis la construction avait baissé ainsi que les prix de l'immobilier. Et le marché des CDS s'emballait.


2007 aura été l'année de l'incompréhension.  Le marché bancaire s'était bloqué. On ne comprenait pas pourquoi.  Les banques tentaient de se passer le mistigri des mauvaises dettes. Mais l'économie était en pleine phase de haute conjoncture. Le petit nuage noir du marché interbancaire surprenait dans le ciel grand bleu de la croissance.


2008 aura été l'année de la stupeur : une crise de type 1929 était finalement possible alors que tout allait si bien.


2009 aura été l'année du choc. L'effondrement économique est énorme. Du jamais vu depuis les années trente. Les banques centrales sont débordées. Les Etats entrent en jeu. Tout le monde fait ce qu'il s'était juré de ne jamais faire.  


2010 aura été l'année de la faillite des illusions. La guerre des monnaies, la déréliction des finances publiques des Etats sont venus à bout des certitudes.  Les banques centrales vertueuses se mettent à faire tourner la planche à billets. Les politiques ne savent plus à quel saint se vouer. Partout dans le monde les Etats tirent à hue et à dia en se moquant des "consensus"  dont on se repaissait naguère.


2011 sera l'année de la peur.  Normalement l'année devrait être une année de consolidation avec un rattrapage faible mais réel .  Comme tout peut arriver, les agents vivront dans la peur. Peur de l'explosion des prix des matières premières et notamment du pétrole ; peur de l'explosion de la zone Euro ; peur de perdre toute son épargne ; peur de perdre son emploi ; peur que sa progéniture n'arrive pas à s'insérer dans les nouveaux  courants économiques ; peur de mouvements sociaux destructeurs ; peur de l'effondrement des banques… et le H1N1 revient !  


Si les Etats se concertaient autour d'une réforme structurelle des changes et du système financier mondial, montrant à la fois qu'ils avaient compris la crise et mis les moyens d'en sortir dans la durée, toutes ces peurs s'évanouiraient en un instant.  
Notre vœux pour 2011 est tout trouvé :

Sortir de la peur !


par la réforme du système monétaire international.



Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Quelle réforme du système monétaire international ?

Toute réforme doit être associée à un diagnostic de ce qui ne va pas et à des objectifs clairs. Sinon, il ne s'agit que d'un jeu d'esprit ou d'une aventure.  L'objectif ne peut être que le plein emploi généralisé basé sur la croissance durable la plus rapide possible.

Allons à l'essentiel.

1. La question de la monnaie de réserve internationale

L'utilisation d'une monnaie nationale comme monnaie de réserve internationale a été la source de la plupart des difficultés depuis la fin des années cinquante. Rien ne vient garantir que la nation disposant de ce privilège considérera avoir la moindre responsabilité dans la prospérité générale. Le "benign neglect" dans la gestion du dollar a été de règle depuis le milieu des années 60 et a pris un aspect cynique avec la mandature de Reagan aux Etats unis.  Quelles sont les conséquences ? La nation concernée paie tout dans sa propre monnaie et se moque de ses déficits extérieurs. Ses déficits extérieurs sont structurellement le seul moyen que l'on peut trouver pour créer de la liquidité internationale.

Ce mélange de nécessité et d'arbitraire est par nature explosif.
 
Les pays excédentaires, globalement pour le même montant que les déficits, peuvent replacer leurs réserves dans cette monnaie.  Le déficit extérieur du pays émetteur de la monnaie internationale entraine ipso facto chez lui une création monétaire induite par le ce replacement des réserves.  Les banques centrales des pays excédentaires peuvent à leur choix créer en contrepartie de leur réserve des liquidités banques centrales  provoquant par le mécanisme du multiplicateur de crédit une hausse importante de la création monétaire et de la dette. On se trouve donc dans la situation où une double pyramide de crédits se met en place et le cercle vicieux de la création de dettes s'enclenchent, modéré par des crises périodiques de liquidité et de solvabilité  d'ampleur croissante.

Ces crises sont obligatoires.

Le taux de rendement marginal moyen des placements de la monnaie en excédent baisse et une masse croissante de crédits est aventurée. Une crise de solvabilité se déclenche qui enraîne la méfiance et une crise de liquidité. Ou la monnaie excédentaire part dans une bulle spéculative qui finit par éclater. Ou encore l'inflation galope sans pour autant pousser à la croissance de la production. 1974 et la stagflation, 1993, et l'explosion de la bulle immobilière sur les bureaux, 2000-2001 et l'explosion de la bulle sur les NTIC, 2007 et le blocage des liquidités puis l'explosion du système bancaire : chacun reconnaîtra la force du mécanisme sous jacent à l'oeuvre depuis les années 60. 

Ce mécanisme a d'abord fait sauter les accords de Bretton-Woods (les Allemands n'acceptant plus de créer de la monnaie chez eux du fait de leurs excédents). Ce fut la crise de 74. Finalement il a fait sauté le système mondial  quand la dette accumulée a fini par valoir des multiples du PIB des états. Nous avons le privilège de vivre ce moment intéressant. 


Si on accepte ce diagnostic, la solution devient simple : il faut renoncer à utiliser une monnaie nationale comme monnaie internationale.

Comment faire ? Là les solutions sont extrêmement nombreuses et il serait présomptueux d'en choisir une parmi plein d'autres. Il appartient à la négociation de faire apparaitre le champ des possibles.

L'étape obligée  est le passage par une unité de compte internationale indépendante d'une monnaie particulière. 

Il faut éviter évidemment de l'appeler DTS, chef d'œuvre de terminologie hypocrite. Nous  avons suggéré depuis le milieu des années 90 le nom de  Mondio. Mais nous n'avons pas de vanité d'auteur.  Le Bancor fait une référence obligée à l'or. Le Mondio  laisse plus de portes ouvertes.  

Sur la définition du Mondio plusieurs théories s'affrontent.

Certains pensent que le rôle de l'or doit être central.  Avec lui on est sûr de ne pas être dans la dépendance pour la création monétaire des bonnes idées intéressées des états.   Il est vrai également que le risque mille fois dénoncé d'une pénurie d'or ne s'est pas réellement matérialisé.   Les arguments en sens inverse  sont nombreux, à commencer par l'inégalité de la répartition du stock d'or et de la production d'or, donnant des privilèges  immédiats ou durables à certains,  dont la justification n'est pas évidente.  

En vérité un système de compensation des balances de paiements basé sur l'or est parfaitement possible.  Car l'or en fait ne circulera pas. On n'est nullement obligé de monnayer l'or pour les transactions courantes.  Il s'agit d'unité de compte. L'important c'est que les compensions se fassent dans une unité indépendante des parties et qui les obligent.

On peut  aussi  réserver une place à l'or dans un panier d'actifs comprenant d'autres ressources naturelles comme le pétrole, les métaux rares ou ce qu'on trouvera expédient d'intégrer. Ici encore le but est d'obtenir une référence théorique indépendante de la volonté et du pouvoir d'influence d'un seul acteur.

L'utilisation d'un panier de devises est également envisageable.  L'inconvénient est de fonder une construction administrative sur d'autres constructions administratives. La somme d'arbitraires est nécessairement arbitraire. Le ciment c'est bien. le béton armé, c'est mieux. Mettre quelques poutrelles  dans le mélange ne serait pas du luxe.  Et la discussion sur le panier de monnaies peut être âpre si certains ont des politiques monétaires agressives. Le Yuan sous évalué est mal venu.  Le dollar à l'abandon pose problème.

Notre solution préférée est un mélange entre monnaies et  biens réels dans une alchimie qui laisse la majorité aux biens réels.

L'important est de rendre impossible le replacement des réserves des créanciers vers les débiteurs. Celui qui veut accumuler des réserves ne gagnera rien. Il aura des réserves. Elles ne pourront servir qu'à augmenter la création de monnaie chez lui, stimulant l'activité et les importations , donc pesant en faveur d'un rééquilibrage de la balance commerciale et de paiement.  Le pays déficitaire de son côté ne bénéficiera plus d'un retour automatique de la monnaie internationale  perdue. Obligé de tenir un tant soit peu ses réserves, il sera obligé de freiner ses importations et de rétablir ses grands équilibres.

Ce mécanisme général doit s'accompagner de multiples réformes annexes  comme l'impossibilité pour les banques centrales de conserver dans leur réserve plus qu'un stock outil de devises autre que la monnaie de compte internationale.

Le FMI jouerait le rôle prévu par Keynes : il aide les pays qui se sont laissés prendre dans une glissade monétaire à sortir de la crise de liquidité sans passer automatiquement par une  déflation et une récession.  Rappelons que le but est toujours le plein emploi. Il faut éviter les ajustements durs et traumatisants.

Au total les déficits excessifs comme les excédents excessifs sont bannis. Mais les transitions pour un retour à la normale sont adoucies.

2. La question d es changes flottants.

On peut parfaitement imaginer qu'une fois la monnaie de compte internationale définie, on laisse les monnaies flotter.  Dévaluation  des uns et appréciations des autres auront tendance à s'équilibrer sans remettre en cause la valeur pivot de l'unité de compte.  Les mouvements de capitaux n'auront plus la même capacité à contrarier le retour à l'équilibre des balances  déséquilibrées.

Néanmoins nous sommes favorables  à une système de change fixe et ajustable par consensus.

La raison en est double.

L'engagement des états dans la stabilité de leur monnaie, définie par rapport à l'unité de compte internationale et non pas en comparaison avec un indice des prix  plus ou moins arbitraire, est nécessaire. La monnaie n'est pas uniquement le fait des banques centrales. C'est un bien d'état et sa valeur dépends non seulement des politiques monétaires mais aussi du budget et des politiques économiques suivies.   Le double engagement des banques centrales et des états sous la supervision d'une autorité internationale  est de nature à mieux garantir la pérennité du système. On a vu que les banques centrales, garantes de la solidité de place des banques n'ont pas été capables de juguler l'immense gonflement des bilans des banques  et que les états ont été obligés de sauver le système avec l'argent des contribuables.

Le système qui veut que les banques dépendent exclusivement des banques centrales et de leur surveillance,  et que le seul  objectif des banques centrales soit la valeur interne de leur monnaie par rapport à un indice des prix à la consommation  a montré ses déficiences structurelles.

On ne peut pas le sauver.

L'autre raison est que les changes flottants entraînent l'ensemble des économies dans la spéculation et fondent l'économie-casino.  La double spéculation sur l'objet du contrat et la monnaie dans laquelle il est libellé implique des montages complexes et rapidement indéchiffrables. La plupart des spéculations  faites par des opérateurs suréquipés d'ordinateur et de logiciel ad hoc n'ont aucun intérêt collectif et créent  des mouvements parasites extrêmement dangereux.

On n'a pas le chiffre car il  n'est pas, hélas,  collecté par les instituts de statistiques.  Mais l'impression qui se dégage des discussions avec les opérateurs laissent penser qu'environ 80 à 90% des transactions sur les marchés des changes sont déclenchées non pas par des ordres des acteurs de l'économie réelle mais par des ordinateurs programmés pour jouer sur les écarts permis par la flottaison et la continuité des cotations. La spéculation robotisée n'est pas l'avenir de l'économie mondiale mais une source d'inquiétude. Comme le recommandait Maurice Allais il faut aller  sur tous les marchés vers la cotation unique quotidienne et réduire d'une magnitude la complexité  des contrats.

Le monde a les moyens de casser les reins de la spéculation mondiale sur les monnaies. On peut notamment interdire la spéculation sur le cours des monnaies et les dévaluations. Le "short" sur les monnaies façon Soros avec la Livre sterling naguère doit simplement être interdit. Ce genre de mesures ne doit pas faire peur.   

La question qui demeure est la faisabilité géopolitique  d'un schéma allant dans le sens de nos préconisations.

Les Etats-Unis  ne veulent pas perdre le privilège du dollar qui signerait pour eux une double défaite économique  et politique.  Les Etats Unis jouent largement les gendarmes du monde avec du dollar galvaudé.  Sans dollar ils sont impuissants à continuer dans ce rôle. L'Occident qui a délégué aux Etats Unis leur défense sont-ils prêts à changer de politique ? Les Etats-Unis sont ils décidés à abandonner ce rôle ?  Ces questions ne sont pas minces et pèsent sur l'acceptabilité de nos solutions.  On voit que partant de la monnaie on aboutit à rééquilibrer l'OTAN et ses financements.  La question de la monnaie a  des ramifications surprenantes.

La Chine est-elle prête à abandonner sa politique mercantiliste d'accumulation de réserves  tout en freinant  son expansion intérieure ou en la gérant avec des stop and go perturbateurs ?  Dans un accord général elle serait doublement obligée de changer de politique : elle ne pourrait plus accumuler des excédents imbéciles ; elles ne pourrait plus garder une monnaie dévaluée de façon caricaturale.  Elle doit être mise devant cette réalité incontournable : pas d'accès au monde sans respecter les autres et se plier aux  règles communes  !  Le monde a le pouvoir de faire plier la Chine.  Si le monde établit un droit de douane augmenté de 50% sur les produits exportés par la Chine et interdit les mouvements de capitaux vers la Chine,  après avoir redéfini leur propre système de relation monétaire sur une base très dévaluée, la Chine fait quoi  ?  Elle perd ses réserves et le moteur de sa croissance.  Et la face.

L'Europe  est très mal placée dans la nouvelle donne. Son schéma d'organisation est défaillant. La monnaie est extra nationale, fondée sur un seule objectif de niveau des prix à la consommation,  et il n'y a pas de gouvernance économique européenne.  La réforme que nous proposons met à nu ces carences. Il est vrai qu'elles sont tout aussi à nu dans le système actuel.  Mais s'il faut une conjonction harmonisée des politiques d'état et de banque centrale pour maintenir stable la valeur externe  d'une monnaie , le cadre européen  actuel est totalement antinomique.

La stabilisation générale des monnaies dans le système proposé serait pourtant  très utile à l'Euro, un ilot de fixité dans un océan de fixité vaut mieux pour cette monnaie qu'un ilot de fixité dans un océan de flottement.

La défense extérieure d'une monnaie étant l'affaire conjointe de la banque centrale et de l'état, l'Europe ne saurait échapper, sauf à en finir avec l'Euro, à une forme de gouvernance  économique européenne. La gestion par les normes ne suffit plus. C'est l'ensemble des moyens étatiques qui sont mobilisés dans une politique de défense de la valeur externe d'une monnaie.

En contrepartie l'Europe cesserait d'être" l'homme malade" du monde et victime expiatoire  du combat Chine- Etats-Unis.  Les produits devant finalement s'échanger contre des produits , son industrie cesserait d'être  perdante.

Au total ces réformes donnerait un monde fondé sur la parité des états et non plus sur l'affrontement des grands sauriens.

Elles permettraient de restaurer presqu'aussitôt le commerce international.  

Elles éviteraient le gonflement indéfini des endettements.

Elles mettraient fin à l'économie casino. 

Elle interdirait les grands déséquilibres commerciaux et financiers internationaux.

On notera qu'on ne revient en rien en arrière. Il n'y a pas régression vers un état antérieur mais construction de l'avenir.

Ces débats devraient former le cœur des discussions internationales et être au centre des débats nationaux.

On vérifiera qu'on en est loin. Et il est triste d'avoir à compter sur la loi d'airain de l'échec pour voir ces idées avancer.  Rappelons que nous entrons dans la quatrième année de crise.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



BDI et SP 500 : le grand écart continue

Le Baltic Index qui donne une indication sur les cours du frêt donc de l'activité internationale et l'index SP 500 ont une particularité : ils s'écartent parfois l'un de l'autre mais au bout d'un moment les courbes de rejoignent.

La courbe du BDI est déprimée et le reste depuis quelques mois. En revanche on constate un gros rebond du SP 500 et des bourses en général. Après une hésitation les bourses remontent fortement.

Deux explications :

- une fuite devant les monnaies conduit à privilégier les biens "réels". L'or, l'immobilier et les bourses flambent.  Mais tout cela est fondée sur la peur. A terme il y aura une correction.

- Les marchés anticipent une hausse de l'activité en partant des rapports d'activités des entrerpises cotées.  Le frêt redémarrera en 2011.

Les paris restent ouverts.

Mais tout cela donne une idée  du climat général trois ans et demi après le déclenchement de la crise avec le blocage du marché interbancaire.

 

 

 



La Banque de France et son stock d'or

Il est intéressant de constater l'état des conceptions de la Banque de France vis à vis de son stock d'or. Personne n'en parle aujourd'hui dans les milieux politico-médiatiques.


 On se souvient qu'un accord international de 1999 interdisait de vendre plus de 400 tonnes par an (avec des quota par pays). Pourquoi ?  Parce que  par un de ces mouvements plus ou moins occultes, les autorités monétaires étaient désormais convaincues qu'elles avaient trouvé grâce à Greenspan, le secret de la croissance perpétuelle. Tous étaient bien d'accord qu'un système de monnaies administratives gérées par des banques centrales indépendantes dont l'objectif serait de maintenir la valeur interne de la monnaie calculée par rapport aux prix à la consommation, les changes étant laissés à la libre appréciation des marchés, était un magnifique réalisation.

L'or, dans cette conception, n'est qu' une "matière première". La stocker dans des caves est parfaitement ridicule et fétichiste. En plus cela ne rapporte rien. Mieux vaut remplacer dans les réserves  des banques centrales ces matières premières par des dévises replacées sur leur marché internationalisé avec de solides intérêts à la clé.

On était si sûr que toutes les banques centrales allaient se débarrasser de leur or qu'un accord international fut signé en 1999 pour éviter que des ventes précipitées ne fassent baisser le cours de l'or avec des conséquences fâcheuses sur la contrevaleur des réserves des banques centrales.

L'arrivée de l'Euro en Europe avait un effet cumulatif, puisque la monnaie était unique des stocks d'or nationaux n'avaient plus grand sens.  On pouvait réduire les stocks sans dommage, de même que lorsqu'on fusionne plusiseurs comptes bancaires, on réduit les besoins d'encaisse de précaution.

Comme toujours les belles pensées des hauts fonctionnaires internationnaux touchent les politiques avec quelques retards.

Si le FMI commença assez vite à vendre son or pour financer ses pertes et sa restructuration, bel exemple de vente des bijoux de famille pour faire face à des frais de fonctionnement,  les milieux politiques ne commencèrent à se saisir de la question que vers 2003- 2004.

Qui se souvient que Nicolas Sarkozy, "l'Américain",   lors de son passage au Ministère des finances, n'arrêtait pas de rêver à ce qu'on pourrait faire  du tas d'or que la modernité vouait aux utilités budgétaires d'urgence. Mme Pécresse, déjà, y voyait le principal moyen de financer le grand plan de relance de la recherche.

L'appêtit ne vint pas qu'en France. En Suisse une votation fut organisée pour savoir comment utiliser "les réserves d'or non utiles à la politique monétaire".  Les Suisses s'opposèrent à l'affectation facile des sommes en question à un projet circonstanciel.

Naturellement personne n'avait compris que le système monétaire en question était totalement en deshérence et qu'après avoir provoqué la crise de 2000-2002, il allait générer la Grande Récession actuelle et menacer l'Euro.

Un des aspects intéressants de la question c'est que la France va se débarasser de près de 700 tonnes d'or, au moment où le cours de l'or va plus que doubler. L'impact sur les réserves de de la BDF sera invisible : l'effet des ventes sera toujours masqué par la hausse de la valeur du stock.

Si ces 700.000 kilos n'avaient été vendus, sachant que le kilo est à 38.000 Euro, la valeur du stock de la BDF serait supérieure de 700.000 x 38.000 = 26.6 milliards d'Euros.  C'est la valeur perdue par la vente prématurée de l'or de la  Banque de France.  Comme nous n'avons aucun moyen de connaître la recette effective de la vente, nous ne pouvons calculer la perte nette.  On peut seulement l'estimer quelque part entre 8 et 11 milliards.

Question  1 :  qu'a-t-on fait  des recettes de l'or vendu ? Acheter du dollar ?  Financer les restructuration de la BDF ?

Question 2 : n'aurait-on pas mieux fait de conserver cet or pour  décider aujourd'hui de son emploi optimum : le conserver dans une optique de réorganisation du système moéntaire itnernational  ; ou financer explicitement le plan d'investissement  exceptionnel de soutien de la conjoncture par l'investissement ?

 Naturellement ces questions n'apparaitront ni dans la presse ni dans le débat politique.

Pour ceux qui, comme nous, sont passionnés par ces questions, nous attirons l'attention  sur le rapport  d'un certain Laurent Ferrara (et de quelques autres) , de la Banque de France, sur la question d'un retour à l'étalon-or  paru dans Banque de France • Focus • n° 5 • 22 novembre 2010. Il illustre de façon presque parfaite (ou caricaturale comme on voudra)  le décalage entre les conceptions dominantes et la réalité.


"Dans le contexte macroéconomique actuel, un des risques souvent mentionnés est celui d’une expansion monétaire excessive à l’échelle mondiale accompagnée d’une grande volatilité des taux de change. Une alternative évoquée repose sur un possible retour d’une référence à l’or".


L'expansion monétaire  excessive serait un "risque souvent mentionné".  Nous vivons la plus grande crise de la dette de l'histoire de l'humanité et un analyste officiel de la Banque de France y voit seulement un risque souvent mentionné.


M. Ferrara  ce n'est pas un risque mentionné mais une réalité sinistre : la bulle des crédits représentant plus de 300 ou 400% des PIB des états a explosé entraînant des conséquences isaumâtres pour des millions de personnes !


On n'est plus dans l'euphémisme mais dans l'inconscience pure et simple.


La question n'est évidemment pas la personne de M. Ferrara. Il ne fait que retranscrire l'état d'esprit de son institution. Ceux qui à la BDF aurait du alerter en permanence sur les risques d'un gonflement de la dette interne globale insoutenable ne s'en sont même pas souciés. C'était le chemin de prévision quasiment assuré de la crise de 2007 2008. Personne ne l'a emprunté. Et la crise a frappé ces enfants du bon Dieu par surprise.


De même le "risque" d'une certaine volatilité des taux de change est plus que réalisé. Depuis quarante ans le rapport entre les principales monnaies varie quasiment du simple au double : une paille !


Assimiler la réalité à un risque minimisé, c'est aller assez loin dans le produit dérivé intellectuel passablement toxique.


Les auteurs s'emploient alors à éliminer l'idée de l'étalon or comme solution réaliste. Cette solution "s'avérerait très dangereuse et déstabilisante pour l'économie mondiale".


On vit une crise née entièrement du caractère très dangereux et déstabilisant pour l'économie mondiale des changes flottants, mais cela ce n'est pas grave. En revanchje pour les solutions alternatives, cela le serait. Ben voyons ! 


Les arguments sont les suivants :


- si la quantité d'or venait à baisser il y aurait contraction de l'économie mondiale. On n'a jamais produit autant  d'or qu'aujourd'hui. Si l'or était monétaire, il prendrait plus de valeur provoquant plus d'extraction. Ces quarante années ont montré qu'on n'a jamais manqué d'or et que l'étalon or aurait très bien fonctionné avec une alimentation en ligne avec la croissance mondiale.   Là on remplace la réalité par le risque qu'elle soit contraire un jour ou l'autre. On ne voit pas au moins à court terme la réalité de ce risque.


- En cas de choc négatif sur la compétitivité d'un pays, il devrait recourrir à la déflation ce qui induirait pendant un moement un chômage aggravé.  Cette théorie des chocs est une des plus ridicules de la théorie économique. On imagine que comme une météorites, des chocs se promènent dans le ciel de l'économie et tout à coup : boom !  En vérité pratiquement tous les mouvements de la conjoncture sont endogènes, les phénomènes exogènes genre crises politiques ou climatiques, étant des plus rares.


Les rapporteurs n'ont pas l'air de se rendre compte que la monnaie unique provoque au sein de l'Euroland exactement les mêmes mécanismes  d'ajustement par la baisse d'activité et le chômage que l'étalon or. La fixité serait mauvaise au dehors et bonne au dedans ? On entre dans des contradictions insolubles. 


- Pire encore, dit le rapport, l'étalon-or n'aurait pas les vertus qu'on dit. Le pays accumulant des réserves  pourrait les conserver et ne pas les remettre
dans le circuit économique national.  Dans ce cas il n'y aurait pas de redressement des balances commerciales puisque le crédit ne serait pas augmenté  chez le mercanitiliste.

Une fois encore, la situation du mercantiliste dans le système actuel est bien plus claire : il peut non seulement ne pas investir chez lui mais replacer l'argent auprès de l'émetteur de la monnaie internationale, nomément le dollar.  Il y gagne en intérêt. Et celui qui en cas de perte d'or aurait eu  à réduire son en cours de crédit  peut ne rien en faire bien au contraire. L'argent replacé dans le pays déficitaire sert à financer des importations qui font indéfiniment grossir le déficit. Le cercle vicieux devient rapidement explosif. Il a d'ailleurs explosé !

Par rapport à la situation actuelle, les risques évoqués sont mille fois moindre.  Et le risque qu'un vilain accumule tout l'or du monde et fasse exploser le système est exactement nul : il perdrait ainsi instantanément  toute la valeur de ses actifs !



La conclusion des auteurs est  en ligne avec toutes ces erreurs d'appréciation : "l'étalon or n'est pas aujourd'hui une solution praticable".  Le directeur de la BIRD qui vient d'affirmer le contraire est sûrement un parfait abruti !


Parti sur de telles bases on imaginait bien que la conclusion serait croquignolesque : elle l'est.

"Au niveau de chaque pays, les cadres institutionnels mis en place depuis vingt ans, fondés surl’indépendance des Banques Centrales et un mandat centré sur la stabilité des prix nationaux, ont permis d’ancrer les politiques monétaires et d’assurer leur crédibilité".

Oublions le style : ce n'est ni du Voltaire ni du Chateaubriand. L'emploi de "au niveau de " signe le degré d'inculture assez généralisée dans les officines financières.

Cette phrase est écrite au moment même où le système monétaire de la zone Euro est en passe d'exploser et que son système bancaire est en état de mort latente. La restructuration des créances est désormais  quasiment inévitable. Non seulement le système des monnaies administratives gérées par des organismes indépendants avec indifférence complète vis à vis du change a montré sa nocivité structurelle  in vivo, mais il démontre depuis trois ans qu'il est incapable d'assurer la sortie de crise.


La fuite devant la monnaie est universelle et tourne à la panique.  Et on nous parle d'un système qui aurait fait ses preuves. on croit rêver. Où vivent donc ces gens là ? Dans quelle bulle  sont-ils enfermés ?


On voit la BCE s'agiter dans tous les sens avec des "mesures non conventionnelles", c'est à dire faisant tout et n'importe quoi dans la panique la plus complète et "tout le monde il est est beau tout le monde il est gentil" !


M. Trichet mange son chapeau tous les jours et la taille du chapeau grandit chaque jour ?  Et alors ?  Circulez il n'y  a rien à voir sinon la preuve manifeste de la crédibilité du système !

 
Il est vrai que tout ne serait peut-être pas parfait. Pas dans l'Euroland où naturellement  tout baigne. 


"Au plan mondial, les modalités d’une coopération permettantd’atteindre le même résultat, sans compromettre l’indépendance des politiques monétaires nationales, restent à définir."

Tiens tiens : il faudrait ,tout de même voir à voir si une coopération internationale ne serait pas utile.

Une fois de plus les contradictions s'accumulent :

- le système veut que les monnaies adminsitratives gérées par les diverses banques centrales s'ajustent par les changes flottants.  Les banquiers centraux sont censés s'interdire d'intervenir sur le marché des changes. Le G.20 l'a fortement rappeler en Corée.  A quoi servirait la "coopération internationale"  ? Les auteurs ne nous le dient pas. Ils sont si timides ! Si on entre dans un système où les changes sont organisés, nous ne sommes plus dans le système actuel qui perd toute sa justification doctrinale.

 
- l'indépendance des politiques monétaires ne doivent pas être "compromises". Où a-t-on vu que la politique monétaire de MM. Noyer et Trichet était "indépendante". Elle est totalement à la remorque des évènements. Ils font l'inverse de cequ'ils ont toujours affirmé qu'il fallait faire. Ils courent après la conjoncture, les crises des marchés, les faillites bancaires réelles ou potentielles.  On voit que l'Euroland est sans la tête nécessaire à l'administration d'une zone de monnaie unioque et que l'idnépendance des états est en contradiction totale avec les besoins de la zone euro.  On voit que partout  les politiques et en particulier les politiques monétaires ne sont pas indépndantes mais "contraintes".


Tout cela est accablant. Mais témoigne assez bien du courant d'air qui circule dans les cerveaux qui nous dirigent et explique pourquoi toute idée contraire à ces sottises sont interdites de presse.

Le système monétaire actuel est intenable. Il est la cause principale de la crise et la cause principale de notre impuissance à en sortir.  C'est lui qui fait peser les risques les plus graves... d'aggravation.

De toutes façons l'alternative n'est ni un étalon-or ni un étalon de change or.  Mais un système de changes fixes et ajustables basés sur une référence monétaire mondial  qui ne soit pas une monnaie nationale.  Que ce soit le Mondio, comme nous le préconisons, ou une forme de Bancor n'a pas une importance cruciale. L'important est que les états redeviennent responsables de la valeur externes de leur monnaie.

L'important est d'en finir avec le système impossible qui a fait baisser le taux de croissance mondiale de longue durée depuis 1973, qui nourrit des crises financières de plus en plus graves et qui interdit toute sortie de crise rapide tout en faisant peser des risques gigantesques sur l'avenir de la zone Euro.


Didier Dufau pour le Cercle  des économistes e-toile



La crise a-t-elle ébranlé la pensée économique dominante ?

Avant la crise prédominait et depuis très longtemps, probablement depuis l'après guerre en en tout cas dans les années soixante, j'en témoigne,  l'idée confiante que le monde saurait faire face à une crise "de type 1929".  En mêlant le message de Keynes et celui de Milton Friedman, on pensait que la crise de 1929 était surtout due à des erreurs majeures  de politique économique et monétaire :

- Il ne fallait pas attendre que la reprise soit "round the corner" mais au contraire relancer l'économie par les investissement pour maintenir la demande globale quitte à aller assez loin dans les déficits

  Il était impératif que la banque d'émission relâche les disciplines et compense  la monnaie de crédits détruite par la crise par une libération de liquidité primaire et qu'on évite à tout prix la faillite des banques et la disparition des dépôts et de l'épargne qui leur est confiée. 

Si les états évitaient le chacun pour soi, les dévaluations compétitives et l'enfermement  dans une politique protectionniste,  alors le choc serait surmonté sans dommage.

Ces certitudes sont ébranlées. On a vu que la défense des banques  a bien eu lieu. Les déposants à  quelques exceptions près n'ont rien perdu. Mais au prix d'un transfert vers les états et la banque centrale d'une grosse partie des dettes.

Les plans de relance ont enrayé l'effondrement vertical du PIB  mais n'ont pas empêché une baisse importante. La production, notamment industrielle et les échanges ont été gravement atteints.  La conjonction de la récession, et donc de recettes fiscales en forte baisse et d'un accroissement de la dépense,  a crée un gouffre budgétaire financé par l'emprunt et donc un gonflement intense de l'endettement des états, alors que la cause de la crise était un sur endettement général. 

On a vu la dépense de certains états dépasser de plus de moitié  leurs recettes.

Le problème, c'est que pendant quarante ans les états ont pratiqué un keynésianisme larvé qui a vu la part de la dépense publique dépasser la moitié du PIB, là où elle s'établissait au quart un siècle auparavant.

La France a malheureusement joué ce jeu là de façon aventurée. En déficit permanent depuis la récession de 1974, la France avait déjà accumulé une dette  d'état intolérable.  Elle n'a jamais  joué le jeu des pays qui à la suite de la crise de 93 avaient mis un peu d'ordre dans l'exaltation dépensière générale.

Ceux des pays qui avaient cru devoir leur croissance essentiellement à la finance, comme l'Islande, à l'immobilier comme l'Irlande, certains pays baltes l'Espagne et  le Portugal, ou aux deux, comme l'Angleterre, se sont retrouvées à la fois avec des dettes privées impossibles à rembourser et des déficits publics difficiles à refinancer.  Ne parlons pas de la Grèce  qui a cumulé tricheries d'état et n'importe quoi démagogique  généralisé.

Le résultat est aujourd'hui clair : compte tenu du poids des dettes privées et publiques cumulées  personne ne voit plus de solutions à court terme. La perspective d'une crise longue, de 6 à 10 ans, comme la crise de 1929, s'installe. 
 
Certes l'effondrement total du système de production et de l'organisation bancaire a été conjuré. On n'a pas connu des baisses de 40% du PIB ou des chômages à 25% de la population active. La production industrielle s'est effondrée  tout de même de 20%  à 30% dans bien des pays occidentaux et le commerce mondial après avoir brusquement décru, ce qui ne s'était jamais vu depuis la guerre, n'a pas refait le terrain perdu trois ans et demi  après le début de la crise.

Et la peur est partout.

Pourquoi ? On a magistralement traité la crise de 1929, sans se rendre compte qu'on n'était plus en 1929.

La crise de 1929 est la fille tardive de la guerre mondiale de 1914 et des énormes déséquilibres politiques et économiques qu'elle a créés. L'écart était trop grand entre une Amérique  enrichie et concentrant tout l'or du monde et une Europe convulsive  et ruinée.  Le retour à un certain ordre économique et monétaire international  s'avérait très difficile.  La guerre de 14 était d'un nouveau genre. : totale, mondiale, industrialisée.  On ne pouvait pas en sortir par le versement d'un tribut  comme celui payé par la France à Bismarck. 

On a voulu revenir trop vite à une orthodoxie monétaire, basée sur l'étalon-or.  La finance était concentrée aux Etats-Unis.  Un Gold exchange standard à deux monnaies de références, le dollar et la livre sterling,  s'est mis en place qui était intrinsèquement pervers.  L'énorme bulle financière qui s'est développée aux Etats unis a fini par exploser.  Personne n'a compris ce qui se passait. Et d'erreurs en erreurs la dépression s'est généralisée.

Notre Grande récession se produit dans un contexte extrêmement différent.  Il n'y a plus de guerre mondiale depuis 65 ans. La guerre froide a disparu depuis 20 ans. Le monde s'est mis au commerce pacifique et régulé par des instances internationales ad hoc.  De "miracles" économiques en miracles" économiques à peu près toutes les nations  ont vu leur richesse fortement augmenter, y compris celles qui avaient connu la pauvreté socialiste de longue durée.

Et voilà qu'au lieu de connaître le bonheur d'une croissance stable et de longue durée, ce monde apaisée sombre dans la récession la pire depuis 1929 ! Et voilà que la vulgate économique consensuelle née de  1929, enfin appliquées en vrai, aboutit à une impasse !

On comprend la perplexité des élites et des économistes de cour qui les éclairent.   Non seulement il ne devait y avoir de crise, non seulement la crise n'a pas été prévue mais les moyens  de faire face à une récession dans lesquels  on avait placé la plus grande confiance  s'avèrent plus que problématiques.

La perplexité n'est pas de mise.  Si le système a explosé c'est qu'il était voué à exploser.  Ceux qui avaient localisé précisément les failles du système économique et financier savaient qu'il exploserait et l'on d'ailleurs écrit. Pensons à Maurice Allais et son "Ce qui doit arriver arrive".  les autres n'ont rien vu venir et s'avèrent totalement impuissants à guider la sortie de crise.

La crise remet en cause la confiance naïve qui s'était installée depuis les trente glorieuse dans la capacité de la sciences économiques de  guider utilement les politiques pour maîtriser  une récession grave et  l'empêcher de tourner à la récession.  Trois ans après la première explosion, le blocage du marché interbancaire de juillet 2007, deux ans après l'explosion de Wall Street et la faillite généralisée du système financier mondial,  un an après la première crise de l'Euro, on en est toujours à  craindre la prochaine explosion financière et à constater des niveaux de chômage intenables, des endettements intolérables, des échanges qui ne redémarrent pas.

En revanche la crise n'a toujours pas remis en cause les pensées économiques fausses  qui ont permis la création d'un système taré dont les graves infirmités ont causé la crise et empêchent la sortie de crise.

 Comme en 1929 où on a cherché à sortir d'un système  avec  des idées décalées de la réalité. On croit pouvoir guérir  la crise  avec un référentiel idéologique  totalement décalé par rapport aux réalités et aux besoins. 

Le système de monnaies nationales artificielles, gérées par des administrations extra politiques inféodées au système bancaire, dont le cours respectif serait flottant dans un monde sans aucune régulation financière, a explosé. 

En 1929, c'était un système à la va comme je te pousse lié aux désordres d'après  qui avait fini par  craquer aux coutures.  Là c'est une système voulu et construit dans la durée qui s'effondre.  On a voulu et construit un monstre inefficace et dangereux.   Pendant quarante ans !  A chaque crise, chaque fois plus grave,  on a cherché à ne pas voir ce qui venait du système.  On a inventé des explications fumeuses et parfois injurieuses. Rappelons nous les "cronies" de 1998 !

Aujourd'hui le roi est nu. Le système des changes flottants et des monnaies nationales  totalement artificielles gérées par des banques centrales indépendantes est mort au champ du déshonneur de la pensée économique  inconsistante.

Reste à signer l'acte de décès.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile



Attention à l'impatience des peuples !

Une maladie non soignée se complique.  Faute d'un diagnostic clair et précis, la crise économique déclenchée en 2007 se développe indéfiniment avec ses phases d'accélération et ses périodes de rémission où l'on croit au miracle d'une guérison spontanée.

L'examen des "explications de la crise" telles qu'on peut les trouver sur le WEB montre que la très grande majorité des commentateurs n'a strictement rien compris, peu aidés par des "experts" qui se contredisent quand ils disent quelque chose.

L'idée dominante et presqu'exclusive est que la crise est due aux subprimes et que le monde paie les conséquences de la diffusion mondiale de "produits financiers pourris, emballés dans de la complexité et de la mathématique déviante.  C'est une idée facile, immédiatement compréhensible.  On a construit des millions de logements à crédit pour une clientèle inexistante. Les prêts ont été saucissonnés par la titrisation et  vendus aux épargnants du monde entier. L'ennui, c'est que tout cela était aventuré. On a les maisons et les dettes. L'ennui c'est que l'écart de valeur entre la masse du patrimoine ainsi créé et la masse de dette est considérable et  qu'il faut bien que quelqu'un paie la différence.

Les gouvernements ont donné du crédit à cette interprétation.  En France Mme Lagarde comme feu son ministre du budget ont toujours expliqué qu'il s'agissait d'une crise "américaine" que le monde subissait et en particulier la France, pays merveilleusement géré et qui subissait injustement l'effet des bêtises étrangères.

Le G.20 s'est concentré sur les responsabilités bancaires  sur le thème général : on vous renfloue avec l'argent des contribuables et  la monnaie de singe créée  par les banques centrales,  mais il va falloir  vous dresser un peu. On s'est focalisé sur les conditions d'activité des banques  comme si c'était des diables ayant créé  dans leurs antres maléfiques des  produits infects et dangereux.  Alors on a diabolisé les traders, tout en leur donnant des moyens décuplés de faire de l'argent facile entre des ressources devenues gratuites et des  possibilités de spéculations inchangées.

En vérité la crise des subprimes n'était qu'un élément du tableau général. Les quelques centaines de milliards  d'actifs concernés n'ont pas la quantum permettant d'expliquer la récession majeure qui a suivi. Les pertes ont été assez vite cantonnées et restructurées. C'est le gouvernement américains qui a pris l'essentiel du choc en sauvant AIG et les deux  organismes immobiliers particulièrement en cause, Fanny Mae et Freddy Mac.  Et pratiquement rien n'a été changé dans les conditions de fonctionnement du marché immobilier américain.

Si la crise avait été principalement celle des subprimes, on en serait sorti depuis longtemps.

Cette gigantesque erreur de diagnostic a conduit à  conserver le cadre structurel dangereux qui est la vraie cause de la crise : un système monétaire  mondial basé sur le sauve qui peut, les changes flottants, les relations non coopératives, avec une monnaie de réserve mondiale nationale dont l'émetteur ne se considère pas c omme responsable.

Nous l'avons dit et répété ici : sans une action concertée des états visant à remettre en place une système monétaire basé sur des changes fixes, où chaque état (ou zone monétaire)  est chargé de défendre la valeur externe de sa monnaie, il n'y a aucune solution à la crise. 

Seule une action concertée dans un tel cadre permet de réinflater l'économie mondiale, remettre la priorité sur les échanges, éviter les crises de spéculation et amortir intelligemment l'hyper dette qui s'est accumulée PARTOUT.  

Aujourd'hui le monde fait avec l'énorme masse de dettes ne correspondant à aucune réalité,  ce que le bousier fait avec sa boule de crottin. Il l'a roule devant lui indéfiniment. Mais le crottin continue à s'accumuler.   La valeur actuelle de l'ensemble des dettes mondiale est négative.  La croissance se dérobe sous les pieds à chaque fois qu'on tombe sur un trou plus ou moins caché sous un tissu d'apparences.

Aujourd'hui, au lieu de relancer globalement un système réparé  afin de créer les richesses nécessaires à combler les trous passés,  on demande aux peuples de souffrir et de prendre à leur compte les pertes accumulées.

Nous disons depuis le début : attention à l'impatience des peuples !  La crise de 1929 avait montré que la patience des peuples ne dépasse pas quatre à cinq ans.  Après, faute d'une vraie politique qui donne au moins l'espoir que cela ne recommencera pas, qu'on a compris et que l'on va dans le sens du progrès à nouveau , tout est possible. Et n'arrangera rien. 

Si après trois ans d'échec il reste un économiste en charge d'une responsabilité de conseil et un dirigeant pour croire que la crise est  due au marché immobilier américain, aux traders, et aux agences de notation,  il faut le pendre à un croc de boucher  ! De toute façon c'est comme cela que les peuples finiront par conclure.

Il n'y a aucun chemin de salut par la récession et la déflation.  Il n'ya aucune voie sans coopération internationale forte.

L'urgence aujourd'hui comme hier, après avoir perdu trois ans dans le n'importe quoi théorique et pratique, c'est de recréer un système monétaire mondial qui permet de recadrer  un plan de croissance internationale.  Il faut mettre en œuvre un système monétaire mondial dont la monnaie de référence n'est plus celle d'une nation négligente. Il faut rétablir les changes sur la base de parités réalistes. afin d'éliminer les immenses déséquilibres qui génèrent indéfiniment de la dette par les mécanismes bien connus des "doubles pyramides de crédits".  Et il faut conjointement  relancer l'économie mondiale.

C'est la seule voie,  la seule solution.  Avoir renvoyé sur les états les pertes bancaires et demandé  aux citoyens de payer,  sans rien changer aux causes de l'incendie, était la politique bien connue du sapeur Camembert.  Au moins lui bouchait un trou. Dans notre cas on laisse l'incendie continuer en demandant simplement que d'autres bâtiments soient envoyés dans la fournaise comme acte sacrificiel.  Le monde économique ressemble aujourd'hui à Carthage menacée par les Romains et qui brulaient ses enfants comme victimes expiatoires pour le Dieu Baal  en espérant qu'il finirait par envoyer la pluie  qui embourberait les agresseurs.  On sait comment cela a fini.

Messieurs les gouvernants du monde, attention à l'impatience des peuples.

Didier Dufau pour le Cercle des économsites E-toile.



Quand Patrick Arthus et Olivier Pastré jouent les nègres du Premier ministre

Nous qui aimons parfois nous amuser à ce genre d'exercice  cela nous intéresse que P. Arthus et O. Pastré se soient collés à la tâche de proposer le discours de politique générale de M. Fillon, premier ministre renouvelé.  Ne venons-nous  de proposer  le discours de Sarkozy au prochain G.20, reliquat d'une activité de porte plume  pratiquée dans une vie antérieure ?


Une première remarque de forme : le discours est bâclé et le style peu recommandable.


Occupons nous  pudiquement  du fond.


L'idée clé est qu'il faut stabiliser les monnaies et donner à la BCE la responsabilité du taux de change de l'Euro.


L'objectif est en effet souhaitable. Nous le défendons becs et ongles depuis …40 ans, comme enseignant,   depuis 1997 comme membre du cercle des économistes " e-toile", depuis 2008 sur le présent blog.  Nous sommes bien contents de voir qu'au moins l'objectif se généralise.


Mais comment être d'accord sur les moyens  proposés par nos deux "nègres" ? .
La BCE «doit être chargée de la stratégie de change sans pour autant modifier les traités existants».


C'est tout à fait impossible. Les traités ne donnent aucune latitude à la BCE de gérer les changes.  Les taux de changes sont laissés par une doctrine inepte devenue consensus international  à la liberté des marchés. Le G.20 de Séoul  a encore rappelé que les manipulations de change étaient malvenues et que c'est le marché libre qui doit déterminer la valeur des monnaies entre elles.


Un porte plume du chef du gouvernement qui se permettrait de faire dire à son commanditaire une incongruité constitutionnelle serait immédiatement mis à la porte !  Aurait-il prononcé ces mots qu'il aurait été immédiatement repris par la BCE elle-même et les autorités de Bruxelles.


Par construction aucune autorité n'est responsable en Europe de la valeur externe de la monnaie qui est un "non sujet" (En fait c'est l'Eurogroupe de M. Juncker qui est responsable : personne ne l'a jamais entendu !).


Cette situation est naturellement détestable étant donné que les autres acteurs pratiquent, pour ce qui est de la monnaie de réserve principale, le dollar, un "benign neglect" criminel et intéressé, pour le Yuan un dumping systématique, et pour  les autres un sauve qui peut général.


Constater que l'Europe  va toute nue à la "guerre des monnaies" est tout à fait vrai. Prétendre que la BCE pourrait se saisir de la mitrailleuse sans changer les traités est  tout à fait faux.


La seconde erreur serait d'attribuer à une banque centrale le soin de gérer le change externe d'une monnaie.  Elle dispose il est vrai de moyens qui ont des effets sur le change.  Si la BCE décide d'acheter des dollars en émettant de l'euro par centaines de milliards et de replacer ces dollars aux Etats unis, sans ouvrir de possibilités de crédits nouveaux aux banques, comme le fait la Banque de Chine, on aura une jolie baisse de l'Euro. Si elle monte les taux d'intérêt massivement elle obtiendra une jolie hausse de l'Euro.


Mais les conséquences sur l'économie seraient telles qu'il serait impossible de laisser cette politique à un comité de gnomes indépendants.  L'indépendance de la BCE ne s'explique que dans le cadre d'une doctrine qui veut qu'elle n'a qu'un rôle : la stabilité de la monnaie évaluée en prix à la consommation ; en fait un objectif de monnaie fondante avec un taux d'attrition ne devant pas dépasser 2 à 3% par an.


Une politique de change suppose une politique économique et une relation économique extérieure.


Pour mener une politique de taux de change il faudrait donc :


- L'abandon de la doctrine qui veut que les changes soient déterminés par le marché.


- L'abandon de l'autonomie de la BCE


- La création d'organes de directions économiques fédéraux pour l'Union Européenne


Et il resterait la question internationale.


Si l'Europe se présente en guerrier de la guerre des monnaies que va-t-il se passer ?  Cela ferait sans sauter l'hypocrisie des Etats Unis qui, détenteur de la monnaie de réserve mondiale de facto, influent sur les changes en prétendant jouer le jeu des marchés et celle de la Chine qui administre son lien avec le dollar sans le moindre scrupule tout en laissant croire qu'elle va se joindre aux règles du jeu généralement admises en dû temps. 

Mais cela entraînerait aussitôt une flambée de guerre des monnaies dès que la nouvelle structure prendrait ses premières décisions, guerre que les Etats européens ne  peuvent pas regarder du balcon en laissant s'agiter la seule BCE.  

Peut-on proposer au Premier Ministre d'être le chevalier en charentaise  qui va observer  une guerre des monnaies sans pouvoir agir ? Il est vrai qu'il est à la tête d'un pays ruiné par la démagogie et l'endettement depuis 1974.  Mais tout de même. Et que devient son président qui  va présider le G.20  ?


Tout cela est  totalement inconséquent.


Rappelons une fois de plus que la seule solution est dans l'engagement des Etats à défendre une valeur mutuellement acceptée de leur monnaie  afin que toutes les mesures de reflation des économies puissent se faire en concertation sans fuites ni conflits.


Pour aboutir à ce résultat il faut renoncer à la théorie des changes flottants, mettre en place des institutions de coopération économique solides en Europe mais aussi dans le monde et redéfinir la monnaie de réserve internationale.  Il faut en sus un gendarme puissant qui peut être l'or ou un FMI musclé et autrement dirigé qu'il l'est actuellement.


Et c'est le Président de la République  qui doit mener cette politique, pas le premier ministre.


Voilà pourquoi nous préférons notre projet de discours pour le Président au prochain G.20 à la tentative d'Arthus et  Pastré pour le Premier Ministre.

 


 
PS : rappelons qu'Arthus n'a pas prévu la crise et l'a même niée au moment même où  elle se déclenchait. Il symbolise le règne des "experts" qui se trompent aussi effroyablement que continûment et qui survivent à toutes leurs erreurs, les médias étant absolument insensibles à ce qu'ils publient mais seulement aux titres de ceux à qui ils donnent la parole.



Le remaniement : l'expert et le politique

L'avantage des changements de gouvernement, c'est qu'il faut bien faire un bilan et annoncer une orientation. Il faut à la fois tirer les leçons du passé et donner un minimum d'espoir que les mesures prises ou à prendre auront un impact positif. Lorsqu'on vient de vivre trois ans de crise économique majeure, il est indispensable de donner une explication économique de la crise en même temps qu'il faut prouver que les mesures économiques que l'on va prendre sont pertinentes.

La grande difficulté aussi bien de l'intervention du Président de la République sur trois chaînes de télévision que de la déclaration de politique générale du premier ministre renouvelé, M. Fillon, tient toute entière dans leur carence sur ces deux sujets.

Aucun des deux n'a même tenté d'expliquer la crise. L'évènement  leur est tombé dessus à l'improviste dans un ciel bleu sans nuage  et il faut bien faire face. De toute façon, la  crise mondiale, ils n'y sont pour rien.

Quand on ne comprend pas un désastre, la solution pour en sortir devient problématique. Alors on n'en parle pas. Les orientations prises indiquent un calendrier politique. En aucune façon le calendrier économique n'est abordé. Le "quatrième risque", la dépendance, sera après le RSA l'occasion de prouver que la gauche n'a pas le monopole du cœur. Le bouclier fiscal étant le justificatif permanent de l'accusation de ploutocratie, il va falloir le supprimer, sans le supprimer tout en le supprimant. En un mot les politiques au pouvoir sont entrés en campagne électorale présidentielle, en nettoyant le décor des scories négatives et en plaçant quelques pots de fleurs.

L'opposition n'est guère plus brillante. On glose sur l'épatant président que ferait M. Strauss-Kahn, alors qu'il aurait été de son rôle d'apporter l'expertise sur les causes de la crise et les chemins de la reprise. Il ne l'a pas fait. On se prosterne devant un général putatif qui n'a gagné aucune bataille et dont tous les actes connus (les 35 heures, la surfiscalisation de 1997, le déflationnisme partout où le FMI intervient) ont été des erreurs majeures. Depuis le début de son mandat il suit le flot en prenant la pause alors que chaque année la preuve est faite plus complètement de l'inanité des politiques internationales menées. Près de trois ans et demi après le blocage du système bancaire international, nous en sommes à "la guerre des monnaies".

La secrétaire générale du PS, Mme Aubry bâtit un programme trompe couillons autour du concept infantile du "Care", la forme ultime de l'énarchisme compassionnel. Les candidats à la candidatures socialistes travaillent leur "look" mais pas leur programme. Voici M. Montebourg expliquant que le dépassement du capitalisme était à chercher dans la mutualité. Il est toujours important de "dépasser le capitalisme" chez les socialistes. Rocard en son temps avait bien fait rire avec l'autogestion à la Yougoslave. Cela ne l'a jamais découragé. Son dernier livre explique comme cette idée déjà débile dans les années 60 est toujours merveilleuse en 2010.  Que faire : s'il faut dépasser le capitalisme il faut bien annoncer un nouveau système.  M. Moscovici dont les prétentions à la présidentielle sont connues veut lui "matraquer les riches"  Il faut frapper lourdement les successions, rendre encore plus progressif l'impôt sur le revenu, et ne pas hésiter. Vive l'impôt ; vive la haine ; à mort les boucs émissaires, les hyper riches, ces koulaks modernes ; la Kalachnikov fiscale remplacera les violences physiques  comme moyens de changer "vraiment" le capitalisme. Il parait qu'il s'agit d'un socialiste modéré ! 

Dans les deux camps on glose sur un système social français qui serait magique et que tout le monde nous envierait. Qu'est ce que ce système ? Tous les problèmes doivent être réglés par l'Etat. La responsabilité individuelle ? Connais pas ! Ce système est par terre. Et alors ? Il ne fonctionne pas. Et alors?

Le résultat est que le gouvernement se met dans des contradictions insolubles : il ne faut pas augmenter les impôts  ni la dépense publique mais il faut couvrir le quatrième risque et c'est 40 milliards d'euros en perspective à prélever sur les  Français.  Pour le RSA déjà il ne fallait pas augmenter les impôts mais on a tout de même créé divers impôts pour trouver 1.5 milliards d'euros dans la poche des Français (dès qu'il y aura reprise on sera à 3 milliards).  Et que signifie ne pas augmenter les impôts quand on crée plus de quarante taxes (depuis le gouvernement Raffarin), quand on supprime ou gomme  les exonérations inventées en leur temps pour rendre tolérable de nouveaux impôts, quand les régions et les collectivités territoriales font danser l'anse du panier avec une irresponsabilité absolue, comme M. Delanoë à Paris ? Que signifie ne pas augmenter les impôts quand pour éviter la faillite de banques dont on nous dit qu'en France elles n'ont rien coûté à l'état,  on parle de financer à hauteur de plusieurs dizaines de milliards d'Euros le sauvetage de certains pays ?  Les Français savent bien que tout cela ne sera pas gratuit. Ils voient que la réforme des retraites est provisoire. Il voit que les délocalisations continuent. Ils voient que l'inactivité ne baisse pas et que l'avenir se bouche.

Voici donc la France en panne, coincée dans une Europe où l'Allemagne a choisi l'optique de la déflation et qui est composée de pays qui sont à la limite de l'asphyxie financière, alors que dans le monde des états Moloch qui ne respectent aucune règle sinon la poursuite de  leur seul intérêt s'apprêtent à ne faire qu'une bouchée d'une région vieillissante et repliée sur la défense acharnée de ses avantages acquis.

Comme école de la désespérance on ne peut guère faire mieux. La France est au plus haut pour les prélèvements et la dépense publique, au plus bas pour l'emploi des jeunes, des vieux, des femmes, des immigrés. On s'étonne que la France soit le pays de la surconsommation des anxiolytiques !

Le spectacle des discussions sur ces sujets dans les télévisions est tout aussi désespérant. N'en retenons qu'une seule, l'émission de M. Taddei (ce soir ou jamais, sur Antenne 2 du 24 novembre 2010 (.http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/ ?page=emission&id_rubrique=1214) Le plateau n'était pas nul :  le chef du Conseil d'analyse économique, M. Lorenzi, professeur d'économie ; M. Emmanuel Todd, contempteur du Sarkozisme ; un illustre inconnu mais considéré comme "porte plume de Fillon" et présenté comme "connaissant le dessous des cartes", une journaliste de Elle et la très charmante Macha Méril connue pour ses positions sur le libertinage indispensable des séniores.

Qu'a dit M. Lorenzi : rien ! Pas un petit peu. Rien de rien. Sauf si on considère que son propos sur la nécessité de rassurer les marchés et de démontrer la sagesse du gouvernement en matière de dépenses et de volonté de ramener les déficits dans des limites acceptables est la marque d'une pensée structurée et majeure, à la hauteur de la situation. 

Qu'a dit le porte plume : rien. Plus diaphane on ne peut pas. Si c'est cela la source du discours politique de Mme Lagarde on comprend qu'elle n'ai jamais rien dit sur rien. Il est vrai que cet illustre inconnu est "philosophe".  Il nous a réécrit une page de  "l'être et le néant".

Passons sur le babil de ces dames. Macha a été charmante. C'est bien le principal. L'autre a parlé de son livre. C'était également le principal.

Reste Emmanuel Todd.  Au moins lui n'a pas parlé pour ne rien dire et l'a dit avec une violence dont il commence à faire sa signature télévisuelle.

On ne le remerciera jamais assez d'avoir tenté de démontrer qu'il y avait un blocage intrinsèque dans le système de pensée où les élites européennes se sont enfermées qui les empêchaient en même temps de formuler le vrai diagnostic et de prendre les mesures qui s'imposent. Les gouvernements de l'Europe sont "dans la seringue". Tant qu'on ne change pas de logiciel alors on aura les bugs, c'est-à-dire la destruction de l'emploi en France, le démontage de tout système social organisé et  un drame pour la jeunesse qu'on ne laisse pas entrer dans l'économie et à qui on propose désormais de financer non seulement les dettes de leurs aînés mais leur retraite et aussi leurs infirmités finales.

L'ennui c'est que M. Todd n'est pas économiste mais plutôt démographe et politologue. Et que du coup il se trompe.  Ce n'est pas en renforçant le protectionnisme qu'on sortira de la crise mondiale et ce n'est pas la liberté des échanges commerciaux  qui en est la source.

 Comme nous l'avons démontré ici la cause est dans le système monétaire des changes flottants habillant une monnaie de réserve nationale non gérée comme telle, le dollar.  Ce système ne résulte pas d'une forte pensée économique mais d'un état de fait qui s'est accompagné d'une vulgate complaisante, fournie pour l'essentiel par Milton Friedman et qui s'est révélée intégralement fausse.  Cette vulgate justifie des institutions insensée comme une Banque centrale Européenne n'ayant pour fonction que de gérer l'inflation dans la zone Euro et se retrouvant à faire tout et n'importe quoi, faute de toute institution unifiée dans la conduite économique de la zone.  Elle explique que l'on sacralise les changes flottants  et les mouvements de capitaux incontrôlables, et qu'on explique doctement qu'en les laissant encore plus et mieux flotter ils reflèteront encore mieux  "la santé d'une économie".   Les changes flottants sont la résultantes pour l'essentiel (80%) d'ordres d'achats et de ventes pilotés par des programmes informatiques qui ont leur propre logique et qui engendrent une instabilité profitable pour les propriétaires de ces outils et totalement débilitante pour tous les autres agents économiques.

S'il n'y a personne pour casser cette vulgate alors l'Europe et la France seront prisonniers d'une  déflation larvée,  permanente et destructrice.

Emmanuel Todd est bien conscient qu'il faut casser ce  qui emprisonne la pensée et l'action des décideurs.  Mais il ne casse pas à l'endroit où il faut.

Nous n'avons pas à craindre la prospérité de l'Inde, de la Chine ou du Brésil, pas plus que la France n'a eu à se plaindre de la prospérité des Etats unis et des succès économiques de l'Allemagne. Les marchés prospères ouvrent d'autres marchés prospères. Les entreprises françaises ont tout à gagner à l'expansion générale. Mais il faut que les produits s'échangent contre des produits et non pas contre des monnaies qui font le yoyo, des monnaies dévaluées artificiellement, des monnaies dont personne n'est responsable. On ne peut commercer équitablement qu'avec des pays qui équilibrent leurs échanges autour d'une valeur internationalement reconnue de leur monnaie. Equité et équilibre vont ensemble. Stabilité des changes et croissance générale aussi.

 Les états doivent donc avoir la responsabilité collective de défendre la valeur de la monnaie ce qui implique un contrôle bien plus étroit du crédit et des échanges purement financiers. 

Non il ne faut pas abandonner le capitalisme pour on ne sait quoi. Pas plus qu'il ne faut élever des murailles dans le commerce international des biens et des services. A une muraille correspondra une autre muraille et à la fin tout le monde sera pauvre.

En revanche il faut bien comprendre pourquoi l'organisation monétaire internationale ne fonctionne pas  et la réformer durablement.

Alors des états responsables pourront mettre l'emploi en tête de leurs objectifs  et les pays intelligents pourront sortir sans drame d'un "tout état " étouffant  et débilitant, en même temps que la jeunesse et la population émergeront de la désespérance actuelle. 

Didier Dufau, pour le Cercle des économistes e-toile. 



Les voies de la réforme

La réforme est un chemin vers un but. 

Si le but n'est pas clair et s'il n'est pas souhaitable, il faut parler de destructions plus ou moins gratuites, plus ou moins circonstancielles, plus ou moins idéologiques. Et nul n'a de raison de s'enthousiasmer pour des destructions, quelqu'en soit le motif.

Le seul objectif national d'importance aujourd'hui est de revenir à une croissance rapide et au plein emploi.  On peut le contester. On peut ajouter des adjectifs comme "soutenable" ou "éconologique".  Mais proposer la décroissance  avec égalitarisme "réel" , "care" et sanctuarisation "des avantages acquis", selon l'insoutenable verbiage  qui envahit nos medias est la mort de la Nation, la ruine du plus grand nobmre  et la sortie de l'histoire pour la France et les Français. Delenda est...

La France est un pays ramassé sur son noyau dur, perdu dans une Europe stagnante et sans ambition, et rétracté face à une monde mené par des idées fausses et des rapports de force stérilisants.

La réforme en France ne peut pas être uniquement centrée sur elle même. Elle doit s'accompagner de réformes en Europe et dans le monde.

Sans vision mondiale et sans vision européenne, la réforme  d'un pays européen n'est que ruine de l'âme et de la nation.

Le monde s'est installée dans une organisation économique malsaine depuis 1971 qui provoquent des crises, des comportements anormaux et des mesures contraintes qui ne mènent qu'à d'autres mesures contraintes dont aucune n'est une réforme souhaitable.

Le monde a oublié le message de la crise de 1929 : la prospérité mondiale est au bout de la coopération économique des états en vue d'un but commun qui ne peut être ici encore que la prospérité partagée ,  sans trop d'à-coups cycliques.
Malgré certains défauts structurels, comme la référence à une monnaie nationale  en tant que base monétaire et un rattachement trop théorique à une valeur de référence extérieure, les accords de Bretton Woods avaient permis trente années de croissance généralisée et rapide avec un quasi plein emploi.

La première des vraies réformes consiste à reconstruire  le système monétaire international avec abandon du système néfaste et débilitant des changes flottants. Il a été essayé. Cela n'a pas marché. Dont acte ! "Errare humanum est ; perseverare diabolicum".  Si tous les états sont contraints de défendre la valeur extérieure de leur monnaie et l'équilibre de leurs comptes,   ils sont aussi obligés de coopérer et de penser aux autres. En conrepartie ils disposent de moyens de n'être pas trop exposés à des crises de liquidité et peuvent pousser la croissance de leur économie vers le plein emploi.

La seconde réforme concerne l'Europe. On a voulu une monnaie unique. Soit. Mais la banque centrale doit être asservie aux objectifs généraux de croissance et de plein emploi, à la défense de la valeur externe de la monnaie et pas seulement à la défense de sa valeur interne calculée en terme de pouvoir d'acaht de biens de consommation.   Et elle ne doit pas être seule. Il faut une direction économique européenne. Un système de règles contractuelles plus ou moins contraignantes ne fait pas l'affaire.  La grande affaire de l'Europe ce n'est pas d'avoir une monnaie stable en pouvoir d'achat mais de retrouver la croissance et le plein emploi.
Il faut donc réformer la gouvernance européenne et les status de la BCE. Ces réformes sont immédiatement exigibles.  Ce qui se passe actuellement est loin du minimum nécessaire.

La troisième réforme concerne la France. Fragilisée par la première guerre mondiale, par la crise de 1929 dont le coût a été pour elle du même ordre de grandeur et par la défaite et l'occupation qui en a résulté, la France a eu le plus grand mal à se remettre. Elle est sortie des trente glorieuses enrichies et redynamisée avec une démographie largement assainie. Mais son tissu d'entreprises était faible, trop lié à l'état, et sous capitalisé. La politique suivie après la dure crise de 74, dont la France ne s'est jamais totalement remise, a été aussi absurde que débilitante. L'énarchie compassionnelle de Giscard et de son septennat fiscal, les folies Mitterrand et le programme commun de la gauche, le ni-ni des années subséquentes aggravé par le malthusianisme du gouvernement socialiste de Lionel Jospin, ont eu les pires résultats possibles.

L'état est obèse et inefficace ; il s'est démembré en pouvoirs locaux qui tournent également à l'obésité  compulsive et qui sont encore moins efficaces ;  accablée d'impôts la nation  n'investit plus et vend progressivement son patrimoine à l'étranger.  Sous capitalisé de tout temps faute de pouvoir constituer des fonds prorpes à partir de leurs résultats, les entreprises françaises sont des cibles faciles dans la mondialisation.  Seuls quelques molochs le plus souvent en symbiose avec l'état ont pu prendre le grand virage.

Au lieu d'avoir 25 à 30 millions de salariés, ce qui correspondrait à nos 66 millions d'habitant, elle n'en a qu'entre 15 et 17 millions selon les chiffrages. Les jeunes, les vieux, les femmes, les immigrés, tous les acteurs faibles sont en grave difficulté car l'emploi s'est réduit à ce que les meilleurs peuvent obtenir en étant compétitifs en dépit de toutes les entraves que ls politiques ont accumulés sur eux et leurs entreprises.

Briser toutes les sédimentations fiscales, réglementaires, sociales et autres est indispensable. Cela veut dire que des réformes sont absolument nécessaires et elles seront rudes.

Mais elles doivent être inscrites dans un plan d'ensemble d'une grande cohérence et portée de façon claire.

Il faut produire ce plan d'ensemble maintenant et le porter sur tous les fronts avec le maximum de hauteur de vue et de conviction.  La première voie de la réforme c'est la voix du dirigeant. Mais les paroles ne suffiront pas.  Il faut mobiliser l'expertise pour lui donner la consistance indispensable aussi bien en France que dans les instances internationales ad hoc.  Il faut savoir que le combat sera long et faire savoir qu'il sera poursuivi sans défaillance.


Oui la France doit avoir un message qui va au delà de son propre intérêt national.  Débarasser le monde des changes flottants et des théories fumeuses qui ont échoués et conduit le monde au marasme généralisé est un cadeau fait au monde.

Remettre les boeufs devant la charrue et non l'inverse comme actuellement en Europe est strictement nécessaire.  Si l'Europe ne veut pas de direction économique elle ne pourra pas garder l'euro.  Et il n'est pas si difficile de définir les axes d'une politique économique commune et les axes de la réforme de la BCE.

Désentraver l'économie française pour lui permettre à nouveau de combattre à armes égales avec le monde n'est pas une nécessité seulement pour les Français. Tous les européens ont besoin de pays associés forts et agiles.

Allons, courage ! Il y a un chemin pour la réforme.

Que se passerait-il si ...l'Europe dévaluait l'Euro de 50% ?

Que se passerait-il si ...

A force de faire des comparaisons avec la crise de 1929, on va finir par constater des ressemblances remarquables.

La politique de James Cameron commence à diablement  ressembler à celle de Laval.

Et après trois ans de crise, on en arrive à une grande dévaluation d'un des acteurs majeurs qui traine comme la comète une queue monétaire chionoise de plus en plus visible, car injecter 800 milliards de dollars de monnaie, en changes flottants, cela revient à une dévaluation.    

L'Europe comme le bloc or des années trente fait figure de victime expiatoire.

Ceci conduit à s'interroger ; que se passerait-il si l'Europe décidait de dévaluer aussi  sa monnaie disons de 50%  ?

Strictement rien ne l'en empêche. Il n'y a pas de système moéntaire international, les exemples conjoints de la Chine et des Etats Unis le montrent bien. La foire d'empoigne est institutionnalisée avec les changes dits flottants, en fait "non cconcertés entre les nations".

La justification serait toute trouvée : la situation de l'emploi et la prolongation d'une crise qui tourne à la stagnation de longue durée.

La Chine, l'Inde et le Brésil  perdraient aussitôt l'avantage des prix de dumping permis par des monnaies artificiellement faibles. Ils garderaient des avantages de coût de revient.  Malgré tout ils perdraient beaucoup en volume d'affaire.

Ils seraient obligés de se retourner vers l'autre grand marché, les Etats-Unis mais qui lui aussi serait sur la sellette.

Les Etats Unis perdrait de son influence sur les grands marchés mondiaux où l'Europe a une offre sérieuse.  Et pour beaucoup des produits innovants qu'elle vend surtout en Europe, ce serait autrement plus difficile.

Pour la Suisse et le Japon la pression monétaire deviendrait insupportable. Le  Franc Suisse et le Yen seraient soumis à une pressionénorme à la hausse  rendant leur situation très difficile.

La fuite devant la monnaie (les monnaies) deviendrait sauvage, avec très certainement une reprise à la hausse  des biens immobiliers et de la bourse.   

En Europe les emprunts faits en monnaies étrangères seraient fortement pénalisés mais comme ils le sont dans des monnaies que leurs autorités monétaires laissent fondre, ce n'aurait que des conséquences passagères.  

L'inflation partirait-elle  fortement en Europe  ? Par le biais des produits importés , oui. Mais les coûts salariaux sont verrouillés par la crise. Et les Etats n'auront de toute façon pas le moyen d'augmenter les salaires des fonctionnaires. Or toutes les grandes inflations d'après guerre ont eu, dans les pays "sérieux", ont eu besoin du relais des hausses de coûts salariaux.

Les pays endettés européens trouveraient un bol d'air.  Les banques aussi. La thésaurisation serait aussitôt remise en cause : mieux vaut investir quand l'inflation est là.

Les balances de paiement en Europe se redresseraient.  L'Allemagne aurait un très gros bénéfices pour ses exportations. Ce qui tirerait le reste de l'Europe, au lieu que sa politique de déflation salariale la bloque.

L'or verrait son cours monter vers le 2000 à 2500 $ l'once.  Les matières premières suivraient (elles précèdent déjà !).  Tout cela freinerait la consommation de pétrole en Europe et réduirait les ventes des émirats.  

Une bonne partie de la valeur nominale de la monnaie de singe qui a été créée avant la crise de 207 s'évaporerait, réduisant le fardeau de la dette.

L'agriculture européenne s'en trouverait très bien.

Le bilan pour l'emploi serait sans doute favorable. Au moins un temps.

Surtout les grandes puissances comme les Etats Unis, la Chine, le Japon, le Royaume- Uni se trouverait confrontées, enfin,  à l'existence de l'Europe.   Et l'absurdité du système de changes actuel sauterait aux yeux.  

On en viendrait très vite à une concertation sur les changes et à la mise en place d'un nouveau Bretton Woods sans dollar pivot sans véto des Etats unis au Fmi, sans mercantilisme chinois.

Notre scénario n'a donc rien de catastrophique. Ce n'est en rien une politique du pire.  En fait l'Europe n'a le choix qu'entre deux attitudes utiles :

- subir en prenant date (c'est le thème de la proposition de discours de Sarkozy au G.20 lorsqu'il en prendra la présidence) tout en préparant les conditions intellectuelles et pratique du retour à une politique concertée en matière de taux de change.

- dévaluer à mort pour mettre le reste du monde devant ses responsabilités.

Malheureusement l'Europe ne fera ni l'un ni l'autre.

Son organiation interne est basée sur l'idée que les changes ne sont la responsabilité de personne et que la monnaie unique doit simplement conserver sa valeur en prix de vente de produits de grandes consommation.

Il n'y a donc personne pour définir et encore moins appliquer une politique de change aggressive (voire une politique de change tout court).  La BCE crierait au charrond evaznt les risques, certains d'une inflation supérieure à 3%. L'Allemagne ferait un collapsus d'indignation. Le Royaume Uni verrait ses chances de reprise définitivement perdue. L'Europe serait à feu et à sang.

La France avec ses économistes de cour autistes, oublieux de leurs grands ainés et incapables de toute influence en dehors  de leur minuscule milieu médiadico politique, n'est plus capable de parler  au monde clair et fort avec un langage technique  précis et solide.   Lors que des économistes français finissent par prendre des positions dans les institutions internationales ils se coulent dans le verbiage débilo-américano-centré  qui y règne ou font le bouchon comme DSK.

Donc l'Europe est vouée à la stagnation, la régression, le sous emploi permanent  et à la colère des peuples.  Jusqu'à ce ce cela casse. En général cela casse là où cela n'aurait pas du casser. Et les pertes deviennent irréparables pour au moins une génération.

Jamais l'idée Européenne  n'aura été plus basse. Que l'Euro vienne en plus à exploser, ce qu'une politique de déflation généralisée au sein d'un monde qui dévalue de toute part rend presque nécessaire, et elle sera morte pour une génération.

Que faire ?

Le futur discours inugural de Sarkozy au G.20

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis à un moment très particulier de notre histoire récente. Depuis juillet 2007 et le blocage du marché interbancaire, le monde est en crise. Les troubles financiers ont culminé en septembre 2008 entraînant la plus grande récession depuis les évènements tragiques de 1929.  Les conséquences ont été dramatiques : des millions d'hommes ont été confrontés à un changement majeur de leurs conditions de vie. Les Etats sont désormais alourdis par des endettements colossaux  et ont perdu beaucoup de leur marge de manœuvre.  L'activité est basse et incertaine partout dans le monde et inquiétante dans les pays développés.   

Ce G.20 a fait preuve  dès qu'il a été réuni  après l'éclatement financier, du meilleur esprit de coopération. Tous ses membres ont parfaitement compris que sans coordination et sans esprit d'unité, la récession tournerait à la dépression. Nous avons évité à ce jour cette funeste évolution.  Mais rien n'est gagné. L'inquiétude est partout devant une reprise économique réelle qui ne vient pas. Des tensions peuvent être constatées partout et sur tous les fronts.

Notre mission aujourd'hui est d'éviter que la stagnation s'installe dans l'instabilité générale avec des risques évidents de crispation et de mesures à l'emporte pièce destructrices du fragile équilibre actuel.  C'est notre urgence d'aujourd'hui. En même temps, nous devons absolument éviter le retour d'une pareille crise et corriger tout ce qui est à la source du malheur qui nous frappe depuis maintenant trois longues années.

L'explication de la crise doit être au cœur de nos raisonnements.  Sans diagnostic exact pas de thérapeutique efficace, ni à court, ni à long terme.

Ce diagnostic peut-il être formulé avec un certain degré de certitude ? Heureusement oui. 

Le monde a essayé depuis 1971 et la destruction du système de Bretton Woods une formule d'organisation monétaire nouvelle, qui jamais dans l'histoire n'avait été essayée : les changes flottants avec une monnaie de réserve internationale appartenant à une nation particulière.

Dès l'instant où cette formule a été mise en place, les "trente glorieuses" de la croissance presque continue, se sont évaporées.  Les années 70 verront ce qu'on a appelé la stagflation, c'est-à-dire une inflation à deux chiffres avec une stagnation économique de longue durée et de très graves difficultés pour ne nombreux états.  Tout cela se terminera au début des années 80 par une récession provoquée afin de mettre fin à  la dérive des prix.

Les années 80 ne seront guerre meilleures. Certes, on constatera pendant deux trois ans une forte reprise économique mais elle débouchera sur une bulle financière et immobilière de grande ampleur  qui finira par exploser et entraînera la crise de 92-93 qui, déjà, était la plus violente depuis la crise de 1929.

La décennie 90 sera traversée de crises financières et monétaires violentes, dont la crise dite "des pays émergents" fut l'acte le plus représentatif.  Des politiques monétaires laxistes ont permis  alors de surmonter ces crises mais au prix de nouvelles bulles et d'une nouvelle récession internationale au début des années 2000.

A nouveau il a fallu ouvrir toutes les vannes de la création monétaire pour tenter de la  surmonter. Nous avons à peine eu le temps  de revenir à une certaine normalité que cette fois ci le système financier et monétaire mondial explosait.

Le système de monnaies administrative et de changes flottants que nous avons mis en place de façon un peu aventurée à partir 1971 n'a jamais fonctionné. Et après quatre décennies d'échec, on peut légitimement craindre qu'il ne fonctionne jamais.  

Il est vrai que l'abandon  des dispositions de l'accord de Bretton Woods n'a pas été provoqué par des considérations doctrinales. Les changes flottants n'étaient pas un système recommandé par la science économique unanime. La simple consultation des grands manuels d'économie de l'époque montre que l'hypothèse des changes flottants était à peine évoquée, jamais conseillée.  On se contentera donc des affirmations d'un seul auteur qui affirmera que ce système aurait de merveilleuses conséquences : diminution des réserves de changes et moindre stérilisation du capital ; répartition optimale des capitaux mondiaux ; convergence des taux d'intérêt,  absorption plus souple des chocs externes, stabilisation d es taux de changes.
    
Ces  prévisions apparaissent aujourd'hui comme des fariboles. Jamais les réserves de changes n'ont été aussi hautes dans tous les pays ; jamais les écarts de taux d'intérêt n'ont été plus importants ; jamais les capitaux ont été plus dévoyés qu'aujourd'hui dans des opérations purement spéculatives  au détriment de la création de richesses ;  jamais les changes n'ont été plus volatils.

Les changes flottants n'ont jamais produit les effets heureux annoncés. En revanche, que d'effets pervers !

La conjonction des changes flottants et d'une monnaie internationale de facto basée sur une monnaie nationale a entraîné l'apparition de mécanismes délétères qui ont sapé l'équilibre de l'économie mondiale.

Le phénomène le plus grave est celui de la double pyramide de crédit décrit par le grand économiste Jacques Rueff et confirmé par le prix Nobel d'économie Maurice Allais.  La monnaie dominante pour  être utilisée mondialement supposait des déficits extérieurs permanents de balance de paiement , dont le financement ne pouvait se faire que par des souscriptions venant  de pays excédentaires.  Un tourbillon s'est ainsi créé où les pays excédentaires recevaient  des avoirs contre lesquels ils battaient monnaie locale mais ces réserves étaient aussitôt replacées dans le pays émetteur où ils justifiaient une nouvelle création monétaire.  

Cette valse dangereuse a eu des conséquences mortifères :  la première est le gonflement partout de l'endettement. A la veille de la crise de 2007, l'endettement global dans la majorité des pays importants dépassait les 300% et pouvait atteindre de taux encore plus importants chez certains.  Il est évidemment impossible de gérer durablement des taux d'endettement pareils.

Le système financier a, au moins dans un premier temps, fortement bénéficié de ce gonflement gigantesque de l'endettement : c'est lui qui le sert !   On a vu les résultats du secteur s'envoler et avec lui le niveau des rémunérations de ses personnels qui est devenu rapidement  indécent.  En même temps les changes flottants ouvraient la possibilité d'une économie casino  d'une  complexité toujours croissante.  La spéculation et l'importance des aléas nouveaux  ont entraîné une imagination technique non maîtrisée avec la création de  contrats de plus en plus obscurs et dangereux.     

Plus on augmente les prêts, plus ceux-ci sont spéculatifs, moins ils n'ont de sens dans l'économie réelle.  On ne peut pas avoir un système financier qui prend l'ascenseur pendant que l'économie réelle prend l'escalier.

Tous ceux qui avaient observé et compris ces mécanismes, à la vérité tellement massifs qu'on se demande comment ils ont pu être ignoré par le plus grand nombre des observateurs,  ont annoncé que l'explosion arriverait et qu'elle serait terrifiante.

Si le marché interbancaire s'est bloqué c'est bien entendu parce que chaque  banques savait que ses consœurs étaient comme elle-même gorgées de prêts aventurés, complexes, à l'issue incontrôlable.  Du jour où le système bancaire fut miné par la méfiance il était voué à s'écrouler et il le fit en moins d'un an.

Le monde ne peux plus fonctionner sur la base des changes flottants et d'une monnaie internationale qui soit celle d'une seule nation, qui a  théorisé la négligence qu'elle affecte et qu'elle pratique des conséquences internationales.  Quarante ans d'échecs et de crises pour aboutir  finalement à  une explosion dévastatrice  jugulée à grand peine  ont tranché la question. Cela suffit ! Stop !

Bien sûr, "la tyrannie de l'existant" pousse en ce sens, on peut essayer de juguler les conséquences sans travailler sur les causes.

C'est ainsi qu'on peut essayer d'encadrer le système bancaire pour que les prêts ne gonflent pas dans la double spirale décrite par J. Rueff.  C'est essayer de mettre un couvercle sur un volcan en gênant les financements d'investissements utiles sans empêcher les financements spéculatifs inutiles.

C'est ainsi qu'on peut tenter de réduire le caractère spéculatif , complexe et obscur de la finance internationale.  Mais cette complexité est liée à la complexité intrinsèque d'un système où les monnaies valsent en permanence. et où pour chaque transaction il faut s'inquiéter de l'évolution d'un marché particulier et des monnaies impliquées dans la transaction.  La complexité est un produit dérivé des changes flottants.

C'est ainsi qu'on peut tenter de fixer des règles quantitatives pour éviter que les déséquilibres dans un sens où un autre 'ne dépassent pas une certaine proportion du PIB, par exemple 4%. Mais si on conserve une monnaie nationale comme monnaie internationale , la nation concernée sera en déficit de paiement permanent et  de grande ampleur à proportion de la croissance mondiale. On sait que la crise est au bout. 

Toutes ces mesures trouveraient leur pleine efficacité si on supprimait d'abord la cause des difficultés.  Mettre en place un système de change fixe attaché à une monnaie internationale qui ne soit pas en même temps  une monnaie nationale,   avec des disciplines de type du premier accord de Bretton Woods, mais cette fois ci effectivement  supervisées, voilà la vraie solution.

Dès qu'un pareil système sera mis en place nous verrons disparaître l'économie casino, la guerre des monnaies, le gonflement imbécile de l'endettement, la complexité des  produits financiers, les sur rémunérations du secteur financier et l'instabilité générale .

Aussitôt la coopération remplacera les différentes guerres commerciales et monétaires et aussitôt le plein emploi partout pourra être recherché collectivement.

Oui, le G.20 a une fonction essentielle  : permettre la coopération en vue du plein emploi. Partout. Croire qu'on pourra gagner durablement des emplois en les arrachant aux autres est une folie.  Croire qu'on peut installer durablement le monde dans un sous emploi chronique sans conséquences, une faute morale et intellectuelle. Il faut une croissance concertée avec une responsabilité des états  vis à vis des engagements internationaux.   Cela passe aujourd'hui  prioritairement par la réforme du système monétaire international.

En s'attachant dès aujourd'hui à cette tâche exaltante le G.20 enverra quelques signaux forts au monde.  Il prouvera qu'il a compris les causes de la crise actuelle. Il prouvera que la solution est à portée de la main. Il rétablira immédiatement la confiance tout en mettant fin aussitôt à la spéculation effrénée et mortifère que nous connaissons sur les monnaies.  

Notre responsabilité est grande. Exerçons là, pleinement, avec courage et lucidité, ici et maintenant !

pcc  Didier Dufau



Le mythe de la Grande Réforme Fiscale (suite)

5. Un système fiscal en France absolument complet


On touche le patrimoine quand il nait, quand il est cédé, quand il est transmis, et simplement quand il est possédé. Tout le cycle de la richesse est verrouillé. On touche la consommation par la TVA et mille taxes spécialisées. On taxe le revenu du plus petit nombre mais frénétiquement.  Que reste-t-il qui ne soit pas taxé ?

Après s'être concentré après guerre, sous la pression socialiste, sur l'entreprise, avec une frénésie qui a provoqué la panne industrielle française depuis 1974, on se concentre maintenant sur les revenus de l'épargne et les pensions.

D'ores et déjà le revenu net d'impôts de nombreux placements est négatif.  Pensons à un beau local à Paris qui coûte 1 millions d'euros et rapporte, au mieux, du 3% en loyer. L'inflation entre 2 et 3 % prend déjà tout le gain. Mais ces trois pour cent entre  dans l'assiette de l'Impôt sur le revenu.  Prenons le cas d'une tranche marginale à 40% ! Le revenu net est maintenant négatif de 2.5%. Ajoutons l'ISF en tranche maximale : 1.8% = on perd 4.2% !  Après on plante de jolies tentes rouges sur la passerelle du pont des Arts à Paris pour se plaindre qu'il n'y a pas de logement.  Et les politiciens chantent : nous avons fait la loi Scellier, c'est-à-dire une "niche fiscale". Et les crétins la bouche en cœur expliquent qu'il y en a que pour les riches qui se goinfrent sur la misère du pauvre monde.

Soyons clair : si un investissement doit être fait à perte, il n'est pas fait. Point stop !


6. Un système fiscal irréformable sans en changer la structure

Lorsqu'on atteint un prélèvement moyen sur les grands cadres et entrepreneurs de 80%, il faut voir qu'une augmentation de 5% de la pression fiscale sur  le revenu de ces gens aboutit à une baisse de 20% du revenu disponible après impôt. Cet effet multiplicateur s'aggrave au fur et à mesure que le taux moyen s'élève.

Dire :" les riches paieront, il n'y a qu'à augmenter de 10% leurs impôts ; avec ce qu'ils gagnent cela ne changera pas grand-chose", est une immense sottise. Dans ce cas le taux moyen passera à 90% et le revenu disponibles des dits aura été réduit de moitié.  Personne ne souhaite ne conserver que 10% de son revenu. Cette considération explique pourquoi un nouveau train d'expatriation est en route. Il est dramatique de quitter son pays mais si cela permet de n'être taxé qu'à trente pour cent au lieu de quatre-vingt-dix, il  est difficile de résister.

Dans ces conditions aucune vraie réforme n'est possible.

Quelle serait l'objectif d'une "vraie" réforme ?  D'un point de vue économique ce serait de favoriser l'emploi, la croissance, la vitalité économique. D'un point de vue social ce serait de permettre la croissance du revenu disponible des ménages, et le retour de l'ascenseur social tout en permettant les aides temporaires au retour à l'activité en cas de malheur. Du point de vue écologique, ce serait de limiter les consommations polluantes ; du point de vue national ce serait d'éviter tout désavantage fiscal dans la compétition économique.   

Le dynamisme économique suppose que l'investissement soit facilité, le développement des entreprises possibles. Accabler les dirigeants, accabler l'épargne et l'investissement, accabler les salaires, accabler la valeur ajoutée, accabler les mutations, accabler les profits n'a aucun sens. On l'a fait pourtant. Et pour éviter le pire on a donné des avantages à des dispositifs qui n'intéressent que les dirigeants des très grandes entreprises et on a subventionné massivement des secteurs entiers comme la presse, l'automobile, la construction navale et aérienne, l'agriculture, la pêche, les transports, le syndicalisme etc.


Depuis 74 tous les économistes un peu sérieux disent qu'il faut transférer les charges qui portent sur le travail vers la consommation. Rocard a prétendu s'inscrire dans ce mouvement avec la CSG. Sauf que la CSG n'est pas un impôt sur la consommation et qu'il n'a rien transféré du tout. On a créé un prélèvement supplémentaire aujourd'hui à 12% du PIB tout en accroissant massivement la dépense publique   qui est la source de tous les maux actuels !   

La TVA sociale puisque c'est le nom actuel de cette suggestion est impraticable parceque nous avons déjà une des TVA les plus hautes d'Europe  et que pour avoir un effet sensible, aux niveaux de prélèvement concernés (60% de la masse salariales des entreprises), il faudrait une hausse si importante que l'on arrêterait la consommation et provoquerait une hausse des prix incontrôlable.

L'ascenseur social ne peut se remettre en marche que si le SMIC n'est pas augmenté de façon telle qu'il mange toute la hiérarchie des salaires et si le franchissement de seuils n'entraine pas des hausses subites et massives de la fiscalité.  Les mêmes raisons qui expliquent l'échec du RSA expliquent aussi pourquoi  bien des ménages ajustent leur quantité de travail pour ne pas entrer dans les cases fiscales confiscatoires.

La taxe carbone, la solution fiscale aux questions d'écologie, se heurte aux mêmes difficultés que la TVA sociale.  

Une vraie réforme ne serait possible qu'après avoir baissé les dépenses publiques structurelles d'au moins un tiers et l'endettement de l'Etat des deux tiers.  On pourrait alors mettre une place une fiscalité plus juste (aucune exonération d'aucune sorte, progressivité moins déraisonnable), moins cachée, plus régulière et ne nuisant ni à la compétitivité des entreprises ni au développement durable.

Une fois de plus la récession décennale nous met dans le chemin inverse : endettement explosif ; dépenses en forte croissance ; aggravation de la pression fiscale pour payer la facture de la récession. Et dès qu'on en sera sorti, on croira qu'on peut à nouveau dépenser à tout va.

Alors Messieurs les journalistes et Messieurs les politiciens, merci de ne JAMAIS parler de grande réforme fiscale "juste et efficace" qui serait "round the corner".  

Elle est en l'état impossible.

 

Didier dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Le mythe de la Grande Réforme Fiscale

 

Cela fait maintenant plus de quarante ans que le mythe du grand soir fiscal, de la grande réforme fiscale, de la remise à plat général de la fiscalité, du "grenelle de la fiscalité", enflamme l'imagination des journalistes et de certains politiciens.

Ce marronnier refleurit après chaque récession décennale. Les déficits se sont creusés : il faut trouver des recettes nouvelles car le cliquet joue à la baisse pour la dépense publique. Surtout il faut faire croire que "cette fois ci" le système enfin juste sera mis en place et que sont "les autres" qui paieront la hausse.

Personne ne regarde les dépenses publiques qui se sont gonflées les dix années précédentes dépassant largement le rythme de croissance du PIB et ont aggravé l'endettement. Ce sont les impôts qui doivent augmenter.

Cette augmentation doit être "juste", c'est-à-dire  grossièrement inégalitaire.
Mais cette augmentation doit être efficace, c'est-à-dire toucher tout le monde.
Cette contradiction conduit au mensonge, à la manipulation, à la démagogie, à l'ignominie.

Et suscite des vocations de Pic de la Mirandole de la fiscalité avec leurs facétieuses solutions de réformes fiscales  qui résoudraient tout en ne frappant personne. C'est si facile de prétendre tout demander à la fiscalité sans rien demander au contribuable !

Afin de permettre à chacun d'affronter ce débat biaisé et miné avec un peu de hauteur, voici quelques réalités le plus souvent ignorées ou occultées qu'il importe de garder en tête.

1. L'impôt est globalement progressif en France . Le taux de pression fiscale hausse rapidement pendant les phases de haute conjoncture mais baisse tout aussi rapidement pendant les phases de récession. La baisse de la pression fiscale depuis 2008 est due à 80% à la récession et à 20% à la loi Tepa. Ce qui veut dire qu'elle est provisoire même si on ne change pas les règles fiscales. Dès la reprise on retrouvera les taux intenables de la fin des années 1990.  

Il suffit de regarder la récession de 93, la première récession sévère depuis la guerre : le taux de pression fiscale baisse sous Balladur. Juppé se saisit d'une matraque fiscale que complète Jospin. Dès que la reprise se sera un peu établie entre 1997 et 2000 (en dépit de l'accident monétaire de 98) la pression fiscale explosera, dépassera les taux d'avant crise et  provoquera la querelle dite "de la cagnotte".

Le petit jeu politicien débile sera à droite de prétendre être responsable de la baisse de la pression fiscale et à gauche de prétendre qu'on a des marges de manœuvres.

2. Le leurre de la notion de "dépenses fiscales" ou de "niches fiscales".

La gouvernement a jusqu'ici  choisi d'augmenter les impôts de trois façons :

- en créant une nouvelle assiette fiscale : l'impôt sur les revenus du capital devant théoriquement financer le RSA

- en multipliant les taxes et le facturant de plus en plus cher les actes faits par la puissance publique ou les entreprises qui en dépendent.


- et en "limant" les niches fiscales.

L'ensemble de ces mesures sont supérieures en coût pour le citoyen moyen que les réductions de la loi TEPA qui étaient très ciblées et touchaient des circonstances (le petit héritage à la mort d'un parent, les intérêts d'emprunt).

Il faut au passage dénoncer avec force la notion de "dépenses fiscales" qui est le langage intéressé de la DGI, pas celui de la vérité.

A chaque création d'impôts nouveaux on limite sciemment l'assiette de l'impôt pour le rendre "acceptable". Lorsque l'ISF a été créé on a tout de suite vue que si on mettait le patrimoine artistique dans l'assiette il disparaîtrait aussitôt à l'étranger. On l'a donc exclu de l'assiette de l'impôt. On a eu raison. L'exemple de l'immobilier de luxe qui a été vendu pour 50 à 60% à des étrangers et des actions françaises, également détenues maintenant pour 60% par les étrangers, montre suffisamment qu'un impôt sur le patrimoine ne peut se boucler que par la vente d'une partie du patrimoine à l'étranger.  En terme fiscal, l'exonération des œuvres d'art est une dépense fiscale ! Alors qu'il ne s'agit que d'une mesure de sauvegarde.

D'autre part la pression fiscale est tellement énorme en France qu'on ne peut chercher à résoudre un problème criant qu'en la réduisant ponctuellement là où elle étouffe toute solution. Considérer ces mesures de sauvegarde comme des "dépenses fiscales" et des niches est absurde. Les éliminer revient à rétablir les difficultés qu'on avait essayé de limiter.

On comprendra que le vrai problème est le niveau ahurissant de la pression fiscale en France qui paralyse la pays. Au lieu d'augmenter la pression globale et de mettre un filet protecteur  là où cela crie le plus fort, il vaudrait mieux réduire globalement la pression fiscale. Mais les hommes politiques aiment bien créer de nouveaux impôts et de nouveaux dégrèvements. Ils montrent ainsi leur pouvoir à la montée et à la descente. Et ils tuent le pays !

3. Un niveau de pression fiscale aberrant.

On a l'habitude de mesurer la pression fiscale en rapport avec l'ensemble des prélèvements au PIB. On aboutit selon la conjoncture à des taux situés entre 42 et 45%.  Il faut rappeler encore et encore l'apologue de l'esquimau et de l'homme armé.

Un esquimau sur sa banquise pêcha un poisson. Pib de l'esquimau (évalué en poisson) =  1.
Un homme armé vit a passé et dit : "je suis l'état et je te protège!".  Il prit le poisson.
L'Insee des esquimaux compta :
- production pêcheur = 1
- prestation de sécurité de l'Etat = 1
- pression fiscale = 1 sur 2 = 50%.
Quand l'état prend tout et le dépense pour lui-même, le taux de prélèvement est de 50%.

Nous pouvons maintenant apprécier un taux de 45% !

Il veut dire que l'Etat prend "presque tout".

Nous avons démontré déjà plusieurs fois que les taux de prélèvements actuels par groupes sociaux sont à peu près les suivants :

- Travailleurs à 2.000 Euros par mois : 60% de prélèvements
- Travailleurs à 5.000 Euros par mois : 70% de prélèvements
- Indépendants, entrepreneurs, dirigeants à 15.000 euros par mois : 80% de prélèvements.
Selon la composition du patrimoine , l'ISF vient aggraver  en moyenne de 9% du revenu la situation (avec le bouclier actuel). On aboutit dans le dernier groupe  en moyenne à un prélèvement de près de 90% avec des pointes au dessus de 100% pour quelques dizaines de milliers de personnes.

Autre chiffre qui permet de confirmer cette réalité : les dépenses publiques sont en France depuis 1993 légèrement supérieures à la valeur ajoutée des entreprises privées du secteur marchand. Si on prend uniquement les prélèvements on abouti à un taux de 80%.

C'est un système intenable qui contribue à la stagnation de longue durée qui accable la France depuis 74 et l'explosion de "l'énarchie compassionnelle". 81 et le sinistre Programme Commun de Gouvernement ont achevé le travail.

4. Une pression fiscale habilement "cachée".

Comment a-t-on pu aboutir à un tel niveau de pression fiscale, spoliateur à l'extrême, sans révolte générale ?

La solution est très simple : complexité, concentration, habillage.

Tous les prédateurs qui prennent beaucoup d'argent pour peu de retour le savent bien : tout doit être si complexe et obscur que personne ne pourra voir la réalité. Le droit fiscal est d'une complexité effarante. Personne ne peut le dominer sans se spécialiser dans un secteur très délimité. Il devient donc impossible de faire des calculs simples présentant pleinement les réalités : trop de cas particuliers et de subtilités découragent.

Les impôts voyants et qui font mal sont tous concentrés sur une partie très étroite de la population. 600.000 personnes en France, soit moins de 1% de la population, paient 80% de l'Impôt sur le revenu et la totalité de l'ISF. Les autres ne voient pas ces impôts et n'imaginent même pas ce que paient "les riches". On leur laisse penser qu' "ils", les salauds, ont les moyens de se défiler pour ne rien payer. L'affaire Bettencourt ne va pas arranger les choses.  "Ils peuvent payer".  En vérité seuls une poignée de très grandes fortunes a l'entregent et les moyens d'organiser leurs relations aveec l'Etat. Les autres sont matraqués.

Pratiquement tous les autres impôts sont pour la grande masse des ménages invisibles et indolores.
.
Les prélèvements salariaux et patronaux sur les salaires ?  Ils sont énormes puisque l'entreprise donne en moyenne aux prédateurs étatiques 60 quand elle donne 40 au salarié.  Le salarié qui raisonne toujours en "salaire net" ne voit pas que ce qu'on lui donne est inférieur aux prélèvements auxquels il donne lieu. Le salarié crie : regardez mon salaire de misère ! Il ne se rend même pas compte qu'on a fait disparaître plus que l'équivalent de son salaire en charges. On a essayé de l'avertir en mettant la somme sur sa feuille de paie. Cette dernière est devenue tellement longue et complexe qu'il ne peut rien y comprendre. Le double fiscal du salarié français est une de ces réalités fondamentales que la presse et le monde politique tait avec obstination.  

La TVA ? C'est avec les prélèvements sociaux sur le salarié et l'entreprise, l'impôt principal. Il est invisible dans les prix de vente. Personne n'a le sentiment de le  payer, sauf l'entreprise qui doit faire à ce titre des paiements gigantesques. La peur de ne pas y parvenir est la hantise de tous les patrons de PME. Mais les bons esprits ont dit : vous n'êtes que collecteur ; vous ne payez pas ! C'est le consommateur qui paie. 

Les deux impôts principaux ainsi cachés et les autres concentrés sur 1% de la population on peut monter la pression fiscale sans trop de crainte de révolte.

Bien sûr les plus riches partent. Des milliards d'Euros en capital ou en revenu ont ainsi quitté la France. Pas un grand artiste, ou grand sportif, qui ne soit résident à l'étranger. Certains vont même jusqu'à venir crier "vive l'impôt" en France. pour bénéficier de l'ondoiement du politiquement correct fiscal majoritaire dans la presse. Alors les dégâts sont minimisés et on prétend qu'il s'agiit d'un phénomène marginal et immoral qui ne mérite pas de considération.  Et l'investissement national dans les entreprises s'effondre.

(à suivre)

Lâchetés

Il est toujours intéressant de faire retour sur quelques questions brûlantes sur lesquelles nous avions pris position au Cercle des économistes e-toile et d'en tirer leçon.


- ISF et bouclier fiscal

Voir ici

et là

Nous défendons depuis toujours la suppression de l'ISF, l'impôt le plus injuste, le plus néfaste, le plus ruineux et le plus stupidement idéologique qu'on ait jamais imaginé. Le bouclier fiscal a été conçu par MM. Chirac et Villepin pour ne pas avoir à toucher à cette vache sacrée du pseudo égalitarisme républicain. N. Sarkozy avait l'occasion de le supprimer. Il s'est contenté d'augmenter le bouclier. Tout lui retombe sur la tête aujourd'hui et les voix qui demandent la suppression conjointe de l'ISF et du bouclier fiscal sont majoritaires non seulement dans les rangs de la majorité mais également, selon les sondages, dans le pays.

On annonce cette suppression pour le collectif de 2011. Tout dépendra des détails. Si c'est pour taxer à nouveau le patrimoine , cela sera de la magouille politicienne sans intérêt.  La bêtise et l'ignominie  font souvent chemin ensemble avec le mensonge.

L'affaire Bettencourt sert de prétexte à faire croire aux Français que "les riches" ne paient pas d'impôts ou disposent de pleins de combines pour échapper au fisc. Rien n'est plus faux. Les beaux quartiers de France passent aux mains de l'étranger. Car des impôts sur le patrimoine se soldent nécessairement par la vente du patrimoine à l'étranger puisqu'ils ne sont plus liés au revenu et il faut bien trouver les ressources quelque part.

Déjà l'île Saint Louis appartient aux étrangers ainsi qu'une bonne partie du sixième et du septième arrondissement. Dans l'immense projet immobilier qui se commercialise à côté du Bon Marché sur l'emplacement d'un ancien Hôpital, plus de 75% des acheteurs sont étrangers. Paris devient une ville de pieds à terre et de touristes. Une frénésie s'est emparée des services fiscaux qui redressent à tout va les estimations en profitant des niveaux de prix de bulle de l'immobilier. Les Français fortunés recommencent à s'exiler. Tous les champions sportifs sont résidents hors de France. Tous les grands managers ne pensent qu'à s'exiler.  Et Nicolas Sarkozy pérorait il y a peu de temps : "La droite veut supprimer l'ISF ; la gauche veut supprimer l'ISF. Mais moi je conserve l'ISF" !  

Il n'y a pas pire sourd que celui que ne veux rien entendre. En attendant les idées que nous défendons depuis maintenant des lustres, le changement d'assiette de l'ISF,  sont reprises par tout le monde, le dernier en date étant Nicolas Baverez. Il y a 5 ans nous étions presque seuls.  Désormais c'est N. Sarkozy qui est seul.  En prime les étrangers qui achètent ces biens exigent et vont obtenir le bénéfice du bouclier fiscal dont ils étaient privés ! Tableau !  
Toutes nos félicitations aux lâches qui nous gouvernent.
 
- TVA sociale

Nous avons développé cette idée à la fin des années 90. Nous sommes parmi les premiers à l'avoir fait en démontrant que cet impôt permettrait de décharger le travail et donc favoriserait l'emploi. Depuis l'idée a été mise en place en Allemagne. La France après l'avoir caressée y a renoncé. pourquoi ? Parce que les charges sont si élevées que les taux de TVA deviendraient exorbitants. Une chose est de passer de 16 à 18% de taux de TVA pour supprimer deux points de Pib sur la production. Une autre est de passer de 20 à 28% de taux de TVA pour réduire d'à peine la moitié les charges sociales sur le travail. Si on se trouve en période de crise, la perte de pouvoir d'achat et de demande globale est immédiate et le gain potentiel ne peut être exploité par les entreprises privées de demande. Si, en prime, on vit une période de guerre des monnaies, les variations monétaires peuvent neutraliser tout le gain possible en une heure. Comme toujours ce genre de mesure ne peut pas s'improviser et impose une vision globale qui n'est pas possible en l'état actuel de l'organisation économique européenne et internationale. Rappelons que si nous devions, en France,  transférer tous les prélèvements sur la TVA collectée par les entreprises du secteur marchand nous aurions une TVA à près de 100% !

Toutes nos félicitations aux lâches qui nous gouvernent.  

- Echec du RSA

Voir nos trois artilces sur cette question ici, ici et.


Nous l'avions annoncé dès l'institution de cette fausse bonne réforme évidemment votée, comme toutes les sottises, quasiment à l'unanimité. Improvisée à la hâte, conçue par un sous ministre de piètre qualité, faussement testée, ne tenant pas compte de la psychologie des personnes concernées, cette réforme ne pouvait qu'échouer. La presse se remplit d'articles constatant que ce dispositif est sans intérêt. Il n'aura servi qu'à créer un impôt nouveau très lourd qui a plombé définitivement l'image de Fillon et de Sarkozy. Mesure politicienne visant à doter le candidat Sarkozy d'un argument social lors des élections présidentielles, elle n'aura même ce rôle médiocre.

Toutes nos félicitations aux lâches qui nous gouvernent.

- Echec de la RGPP

Voir notre article ici.


Nous avions expliqué dès le début que cette mesurette était une plaisanterie. Qui en doute aujourd'hui ?  Pas plus aujourd'hui qu'hier on ne peut réduire les dépenses publiques significativement par ce genre d'exercice.  La dépense publique quand elle est comme en France aussi gigantesque ne peut pas être "rationalisée". Elle ne peut être réduite qu'à la hache d'abordage et au bulldozer. D'autant plus qu'il ne se passe pas un jour où par clientélisme social, la maladie parasitaire de la droite et de la gauche dite "de gouvernement" en France mais aussi en Europe, on n'annonce pas un nouveau "cadeau peuple".

- Echec de la fausse réforme des 35 heures.

Au lieu de prendre la question bille en tête on a voulu finasser. Le résultat :  les dégrèvements fiscaux sur le SMIC sont toujours là et sont financées par la dette. La perte de compétitivité est également toujours là et se retrouve dans l'écart de croissance avec l'Allemagne et le gonflement de nos déficits commerciaux.

Toutes nos félicitations aux lâches qui nous gouvernent.

- Echec de la fausse réforme territoriale

Le "mille feuille administratif", la liberté totale laissée aux régions de faire ce qu'elles veulent en matière fiscale et de dépenses, une décentralisation non maîtrisée, ont conduit à des recrutements débridés dans les régions, sans compensation dans les services centraux et une floraison sans limite de "cadeaux de proximité au peuple".  Aucune réforme n'a été mise en place pour contrer ces évolutions désastreuses. La réforme envisagée intrinsèquement  indigente sera massacrée par les élus-édiles locaux pour la rendre totalement inopérante.

Nos félicitations aux lâches qui nous gouvernent.  

- Echec de la réforme des régimes de sécurité sociale.

Voir notre article ici.
On a vu que la remise en cause du petit risque et du traitement beaucoup trop généreux (remboursement à 100%) pour les maladies de longues durée n'a même pas été envisagée. La réforme était interdite. En même temps que la gestion de type Gosplan du Ministère de la santé et des Hôpitaux donnait à voir ses résultats dans l'affaire du H1N1.

Voici que le Parlement Européen, ce machin méprisé des peuples et qui veut redorer son image, décide d'accorder des congés maternité monstrueux  et aux seuls salariés (les travailleurs indépendants n'existent pas pour les fonctionnaires politiciens qui font les lois en France et en Europe) et qu'aussitôt notre Ministre de la Santé crie aussitôt qu'on va le faire et tout de suite encore. Coût ?  Entre deux et trois milliards d'Euros ! Deux fois la hausse d'impôt justifiée par le prétexte du RSA !  On est riche. Nous n'avons aucun problème. "Travaillez plus pour gagnez plus". Enfin quand vous pourrez. Pour le moment faites-en le moins possible et continuons à emprunter pour payer nos feuilles de soins. Nos enfants paieront.  

Toutes nos félicitations aux lâches qui nous gouvernent.

- TVA réduite sur la restauration : une mesure non durable

Voir notre article ici.

Nous avions montré que cette mesure n'aurait pas les effets escomptées et serait forcément remise en cause.  Nous y sommes.

Toutes nos félicitations aux lâches qui nous gouvernent.

Sur tous ces sujets sur lesquels nous avons prix position il y a maintenant deux ans, la réalité a été conforme à nos prévisions. Rien n'était fondé. Rien n'était solide. Rien ne pouvait être efficace.

La leçon de ces échecs : on ne peut pas faire semblant.   Quand on a choisi la lâcheté, il est impossible d'en sortir.  L'avilissement mène toujours à une avilissement plus grand.  

On dira : "lâcheté, mais c'est un mot bien laid".  C'est le mot qui convient. La France aujourd'hui a sombré dans la lâcheté qu'on croit compenser par des opérations image et une bêlante démagogie. C'est vrai à droite comme à gauche.  C'est vrai pour les dirigeants comme pour la plupart des commentateurs des médias principaux. C'est vrai pour les élus comme pour les électeurs.

Tout le monde savait quelle était la vérité sur les questions que nous venons de passer en revue. Tout le monde. Nous ne prétendons à aucune originalité ni aucune pertinence particulière. Jamais dans un conversation avec un seul élu, un seul dirigeant, et même un seul citoyen de base, les arguments que nous avancions n'ont été réfutés. Ils ont même toujours été largement admis.  Le propre du lâche en politique est de tenir deux discours. Dans le privé, la vérité. En public et au moment de la décision le faux semblant et la mesure démagogique nuisible mais facile, si facile.  

C'est la même chose pour les retraites dont une réforme timide, provisoire et insuffisante, a entraîné les mouvements ruineux et débilitants que l'on connait.  Tout le monde sait qu'il faudra monter l'âge où on peut solliciter une retraite à plein tarif à 65 ou 67 ans. On ne peut pas financer 40 ans de vie au crochet de la société avec 30 ou 35 ans de vie au travail trouée de périodes de chômage. Tout le monde sait que l'iniquité fondamentale du système actuel est entièrement due à la lâcheté gouvernementale qui accepte de payer à ses élus, ses fonctionnaires et aux troupes des syndicats qui cogèrent la nation,  des avantages extravagants qui écrasent le reste de la société et effondre ses capacités productives.

Oui il s'agit bien de lâcheté. Il faut voir l'étonnement glacé de tout ce petit monde devant les mesures prises sans frémir par David Cameron ou devant la réaction libertaire aux Etats-Unis face au risque de sombrer dans le socialisme à l'européenne que symbolise Obama et qui est un chemin effectivement sans retour.

Comment ? Un peuple, dans ses profondeurs, pourrait ne pas être intéressé par des cadeaux et des gratuités ? Comment ? Un gouvernement pourrait tenter vraiment de redresser une situation réellement compromise ?

Pour le lâche invétéré le simple courage est une curiosité qui le laisse perplexe.

Vive l'impôt ! Vive la dette ! Vive le chômage structurel ! Vive la grève !  Vive le déclin !  

Pendant ce temps là la France sort de l'Histoire et les Français de leur histoire.

 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile.

Monnaies et G.20 : ni guerre ni paix à Séoul, seulement la confusion.

Le 11 novembre 2010 se tiendra à Séoul une réunion du G.20 qui ne résonnera pas dans l'histoire comme une victoire. La réunion préparatoire des Ministres des Finances qui vient de se tenir à  Gyeongju, en Corée également, pour la préparer a démontré, une fois de plus, à la fois l'irréalisme doctrinal et l'emprise des relations de force nationalistes dans le domaine des monnaies.

Il existe chez certains une doctrine subliminale : les états sont mauvais ; ils ne font que des bêtises ; ils doivent laisser les marchés monétaires fixer librement le cours des changes et  aucun droit de douane ne doivent empêcher la libre concurrence partout et sur tous les marchés de biens et de services. Que la Chine laisse flotter le Yuan et que tous les autres s'abstiennent de lutter contre la hausse de leur monnaie et tout ira bien. Et continuons le cycle de Doha ! Au milieu du désastre général…

La suite logique de cette doctrine est que la Chine est la seule cause de la crise et que les licences prises par certains pays pour gérer leur cours de change sont une erreur qui doit cesser.  

Tout cela se passe dans un pays qui a choisi une politique "win-Won" comme disent les humoristes monétaires (il y en a), c'est-à-dire qui a dévalué tellement fort sa monnaie au début de la crise qu'il a mis en difficulté le Japon et bon nombre de ces concurrents en gagnant des parts de marchés dans un commerce international brusquement freiné.  

Tout cela se passe au moment où les Etats Unis qui possèdent de facto la monnaie de réserve internationale se lancent dans une politique de création monétaire à tout va et font flamber la planche à billets entraînant à la baisse le cours de sa monnaie, tout en exprimant, par la voix de Timothy Geithner, qu'on devrait réguler les changes avec des normes.

Autrement dit, les monnaies ne peuvent pas être laissées à la seule discrétion des marchés et des politiques nationales égoïstes. La norme, si elle a un sens, obligerait les états à prendre des mesures pour les respecter. C'est donc qu'ils en ont le pouvoir. Et qu'ils peuvent effectivement mener des politiques efficaces en ces sens.  

Voici donc les Etats-Unis qui expliquent que les forces du marché ne peuvent pas jouer librement et qu'il faut que les Etats fassent leur devoir pour respecter leurs partenaires ! Au moment où la FED fait exactement l'inverse. Défense de rire !

La Chine pour sa part explique, à juste titre,  que les dérèglements viennent de la politique monétaire américaine qui inonde de liquidité le monde entier  provoquant des bulles de crédits qui explosent pour le grand dommage de tout le monde et que de toute façon, ce grand pays a besoin d'une croissance forte pour des raisons intérieures et qu'il compte toujours l'obtenir par une politique mercantiliste d'exportation favorisée par un Yuan sous évalué.

"Puisque nous sommes dans une foire d'empoigne dans le domaine des monnaies", semble dire la Chine , "voyez mes muscles ! Mon marché intérieur est l'espoir de vos entreprises ! En attendant vos marchés intérieurs sont la réalité de mes industries. Comme je suis immensément bonne, je vous consentirai, peut être, si vous êtes bien gentils, une minuscule hausse du Yuan pour calmer le jeu et marquer ma bonne volonté".  

Défense de rire jaune.

L'Europe est complètement coincée dans des réunions de type G.20 où elle est minorée, divisée, et prisonnière d'un système de pensée qui veut que les changes ne flottent pas chez elle mais que le cours de l'Euro ne soit la responsabilité de personne !  Elle n'a pas de doctrine ; elle n'a pas de politique ; et les intentions des états constitutifs sont divergentes. L'Allemagne est pour la déflation compétitive. Le Royaume Uni pour la dévaluation compétitive. La France elle est pour l'agitation verbale sans but et sans moyen.  L'Europe dans sa configuration actuelle est donc toujours sûre de perdre au G.20. Le président Français peut toujours croire qu'un activisme fondé sur aucune doctrine et aucune base politique ferme, peut être l'occasion d'opération image bénéfique.

On est dans l'illusion. Une politique réussie suppose TOUJOURS  des idées claires (et donc une base doctrinale précise) et des institutions idoines. La France et l'Europe n'ayant ni l'un ni l'autre sont les victimes désignées du G.20.

Le G.20 n'a pas plus les idées claires. En contradiction totale avec ses recommandations de non intervention sur les marchés de biens et de monnaie, il augmente les réserves du FMI et lui demande "de contrôler les comptes courants de chaque pays, pour s'assurer que les surplus commerciaux se maintiennent à un niveau soutenable".

Alors que cette mission est déjà dans les statuts du FMI mais qu'il n'a plus aucun moyen de faire respecter des "niveaux soutenables" depuis l'abandon des disciplines du système de Bretton-Woods.

"Statuts du Fonds monétaire international
ARTICLE IV - Obligations concernant les régimes de change
Section 1. Obligations générales des États membres

Reconnaissant que le but essentiel du système monétaire international est de fournir un cadre qui facilite les échanges de biens, de services et de capitaux entre nations et qui favorise une croissance économique saine, et qu'un objectif principal est d'assurer de façon continue les conditions de base ordonnées nécessaires à la stabilité économique et financière, chaque État membre s'engage à collaborer avec le Fonds et avec les autres États membres pour assurer le maintien de régimes de change ordonnés et promouvoir un système stable de taux de change"

En un mot les statuts du FMI sont totalement en contradiction avec les objectifs de non intervention qui viennent d'être rappelés à Gyeongju ! Mais on lui demande malgré tout de s'en inspirer pour conseiller le G.20 !

Comprenne qui pourra !

Rappelons une fois de plus que la Grande récession que nous vivons, troisième  épisode d'une genre de plus en plus catastrophique après 1973-1974 et  1992-1993 est entièrement due aux conséquences d'un système de changes flottants non régulés où les puissances économiques dominantes exercent des politiques nationalistes exacerbées au détriment du monde entier, où l'émetteur de monnaie mondiale se dit indifférent aux conséquences de sa politique monétaire, où la création monétaire sans objet  créée ex nihilo par les défauts même du système, où le mécanisme de la double pyramide de crédit décrite par J.Rueff s'emballe périodiquement par sa propre dynamique, où la spéculation née de la complexité ainsi créée et d'une déréglementation folle de la finance fabrique un monde artificiel entièrement décalé des échanges de biens.

Ce qui veut dire qu'on aurait pu éviter la crise en revenant aux disciplines de Bretton Wood, corrigées des défauts que les déséquilibres de la guerre avaient rendu inévitables, et qu'on ne pourra en sortir qu'après l'avoir fait.

Pour l'Europe le choix est clair. Ou elle en vient à des structures de décision de politique économique unifiée en accord avec une monnaie unique et à une politique unifiée, où elle se morfondra sans l'impuissance et la stagnation.

La France, elle, enfoncée dans un anarcho-syndicalisme débile doublé d'un état obèse et impuissant et d'un amour exclusif pour l'impôt confiscatoire et la dette, mais incapable d'en voir les conséquences mortifères,  continuera à sortir de l'histoire par une porte toujours plus petite.   

Rendons en passant  un petit hommage à Maurice Allais qui avait bien compris tout cela et il y a longtemps : " ce qui doit arriver arrive". Tout aurait pu être évité. Rien ne sera évité. Et des milliards d'hommes souffriront plus que nécessaire.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

 

Maurice Allais : souvenir d'une conversation aux effets durables

J'ai rencontré Maurice Allais une fois.

J'élaborais  alors une thèse de doctorat sur la "prévision à long terme". Je rencontrais des difficultés croissantes avec mon responsable de thèse, Bertrand de Jouvenel, car plus j'avançais plus je constatais qu'elle était impossible, cette prévision à long terme. Finalement nous nous séparerons lorsque je proposerais le titre "la prévision à long terme : un impossible espoir". Mais avant cela il fallait épuiser toutes les sources disponibles. Un collègue me dit : "Va voir un certain Maurice Allais. C'est un original. Mais au moins il te dira si les mathématiques sont capables de régler la question des prévisions à long terme : c'est un polytechnicien".

Par acquit de conscience je me présentais un matin à l'école des Mines où on m'avait dit qu'il exerçait. Nous étions début 1968, à une époque où le système de Bretton Woods commençait à se défaire mais avant les "évènements" que personne à ce moment là n'imaginait. Maurice Allais n'était pas très connu du grand public.  Je voulais simplement déposer le mot que j'avais préparé pour solliciter un entretien. L'appariteur me dit d'attendre un moment. Quelques instants plus tard Maurice Allais était là.

Il était dans la force de l'âge mais son port était déjà celui d'un académicien.  Il n'avait pas lu mon texte et me demanda ce que je lui voulais. Je l'expliquais en deux mots.

"Alors marchons", dit-il. Nous sortîmes sur le boulevard St Michel et prîmes la petite porte qui ouvre sur le Luxembourg, un peu plus bas.  Nous fîmes en 20 minutes un tour qui nous vit sortir par la porte donnant sur l'Observatoire avant de revenir à l'entrée de l'école des Mines.

Maurice Allais était à la fois impressionnant et extrêmement civil, sévère et accueillant. Tout était paradoxe en lui. Je souhaitais lui poser des questions. C'était lui qui ne cessait de me questionner.  On m'avait parlé de son approche mathématiques, il parlait psychologie et sociologie.  Il était de réputation  un théoricien et il abondait en réflexions pratiques. Son apparence était hiératique mais ses propos étaient emplis de passion.

Quelles sont les leçons que j'ai consignées après cette péripatétique expérience ? Elles me paraissent encore aujourd'hui d'une brulante actualité.  J'en cite quelques unes :

- La prévision à long terme est impossible même avec des outils mathématiques sophistiqués (il m'annonçait cela benoitement après que je lui ai indiqué  mon sujet de thèse : la vérité n'avait pas à s'encombrer de contingences aussi minces que mon désespoir devant le temps perdu !).

- La méthode Delphi est une sottise : concaténer des opinions fausses ou incertaines ne donnent aucune vérité (elle est aujourd'hui utilisée sous la forme du "consensus d'experts" dont on sait ce qu'il vaut notamment pour les prévisions boursières et les prévisions conjoncturelles).

- L'économie est une affaire de sociologie et de psychologie. Mais la sociologie et les comportements peuvent être mis en équation.

- La monnaie est l'affaire économique centrale et ses lois sont liées à la nature humaine profonde qui prise collectivement présente des constantes mesurables.

- La monnaie est une affaire trop importante pour être confiée aux banquiers et aux inspecteurs des finances qui monopolisent le domaine en France. Exception : J. Rueff, lui aussi polytechnicien...

- Le cycle des affaires existe ; il est une fonction de la capacité d'oubli des agents économiques. Son relais principal est la monnaie  via le comportement des offreurs de crédits bancaires et des porteurs d'encaisses.  

- L'économie ne saurait être une science sans quantification et sans abstraction. Elle doit fonctionner  comme toutes les autres sciences. Partir des faits est essentiel. Mais les faits ne sont perçus qu'à travers des concepts. Des concepts faux donnent une statistique inutilisable.  

Ceux de nos lecteurs fidèles reconnaitront sans difficulté  certaines de nos idées force...Elles murissent depuis 40 ans !

On présente parfois Maurice Allais comme un penseur sectaire. C'était tout le contraire. Il voulait que le modèle coïncide avec la réalité. Sans preuve expérimentale une théorie ne vaut rien. Beaucoup se sont mépris du fait du caractère volontiers altier et catégorique  de sa manière d'exposer les certitudes nées de ses travaux. On lui fait procès de théories un peu tirées par les cheveux ,"far fetched" disent les anglo saxons,  voire complètement lunatiques. Il est vrai que lorsque je l'ai entendu expliquer que les structures foncièrement périodiques de la nature conditionnaient notre manière de se souvenir et que les ondes dans lesquelles nos cerveaux baignent étant périodiques, c'est elles qui influencent le caractère cyclique de l'économie, j'ai senti en moi comme une réticence. Mais il admettait qu'il s'agissait d'hypothèses. La science n'est qu'une suite d'hypothèses dont seules celles qui fonctionnent demeurent. Sans hypothèses imaginatives pas de sciences.

C'est la seule rencontre que j'ai eu avec Maurice Allais. J'abandonnais peu après le sujet de thèse que m'avait suggéré  Bertand de Jouvenel : Allais avait raison, la prévision à long terme n'avait aucun sens ! La discipline finira par tomber dans l'oubli. Maurice Allais avait raison.

J'ai acheté tous les ouvrages d'Allais accessibles en librairie au fur et à mesure de leur parution. Son prix Nobel ne m'a pas surpris. Il était amplement mérité par ses travaux sur la théorie quantitative de la monnaie, même si les Nobels se sont décidés sur d'autres travaux, qui, à mon sens n'ont pas la même portée.  

Bien qu'il ait connu tous les honneurs, j'ai été surpris de constater qu'en France il n'était reconnu en rien, pour ainsi dire marginalisé. A un âge où beaucoup s'écartent des soucis de la vie publique, il a accepté d'entrer dans la mêlée.  Il l'a fait de façon tonitruante avec la certitude d'avoir raison et une profond dégoût de voir que, lui, le seul Nobel Français, était tenu pour un hurluberlu.  Sa contestation des changes flottants, de certaines pratiques des banques, de la disparition du tarif extérieur commun a toujours été parfaitement documentée et argumentée. C'est ce que j'aimais en lui : la capacité d'oser anticiper sur le futur, de prendre le risque d'être désavoué par les faits. Nous avons une collection d'économistes français ou taiseux ou champions de la rétrospective sans risque qui ne méritent que le dédain. Allais aura été quasiment le seul à prendre le risque d'annoncer des scénarios avant qu'ils ne produisent leurs effets. Grâce lui soit éternellement rendue pour ce courage.

Il n'a pas été compris. Bientôt des excités  ont exploité la réputation du Nobel pour cautionner leurs petites boutiques. On l'a vu Lepéniste, Larouchien,... En vérité il était Allais, un penseur libre mais qui avait compris que la profonde césure idéologique en France ne rimait à rien.  On se méprend généralement sur sa formule, tardive,  selon laquelle il était un libéral socialiste. Il voulait simplement dire que ce qu'il enseignait était indifférent aux doctrines et aux idéologies dominantes.  Si la monnaie était un bien collectif qui ne devait pas être laissée entièrement aux mains des banques, cela ne voulait pas dire qu'il était collectiviste. Si un certain protectionniste était nécessaire pour éviter des effets contreproductifs d'un commerce entièrement libre entre pays de niveaux de vie totalement différents et de niveaux de règlementations également différents, cela ne voulait pas dire qu'il était pour les monopoles et les mauvais coups portés au commerce par des gouvernements favorisant ses champions et des structures nationalisées obsolètes.      

Maurice Allais voulait le bien commun ; il était insensible aux idéologies ;  il pensait que l'observation était la seule maîtresse acceptable ; il croyait que lorsqu'on était sûr de ses théories il fallait en faire profiter le plus grand nombre.

Bien sûr il pouvait se tromper. Nous avions relevé en 1998 qu'il se trompait une fois de plus  sur la date de la grande crise qu'il prévoyait, comme il s'était trompé sur la nature de la crise boursière de 87. Nous pensions que cette grande crise surviendrait 18-20 ans après la crise de 1991-93, en application de notre théorie du cycle.  Mais qu'elle était en effet inévitable pour les raisons qu'il professait, et d'autres qui l'avaient été par J. Rueff. Curieux que les deux penseurs en économie dont les observations sont critiques pour mener une analyse pertinente de la situation d'aujourd'hui soient deux Français, polytechniciens et académiciens, qui ne furent des économistes qu'autodidactes et par passion personnelle et non de formation. Curieux que l'un comme l'autre attinrent les honneurs les plus élevés mais furent pratiquement rejetés, niés, oubliés par les médias saisis tout à coup par ce réflexe de dominés d'aller chercher leurs auteurs économiques à l'étranger, un des signes les plus sûrs d'une décadence dans l'ambition et la vitalité nationales.   

La crise qu'Allais anticipait parce qu'en effet "ce qui doit arriver arrive", est survenue en 2008. Nous l'avons prévue  et annoncée en détail aussi bien dans son calendrier que dans sa force dès 2006.  Maurice Allais s'était trompé deux fois. Il s'est tu cette fois là, concentrant son combat, à plus de 90 ans, sur le libre échange. Dommage ! Il aura fallu qu'il meurt pour qu'on s'aperçoive tout à coup que tout ce qu'il enseignait était au cœur des problématiques actuelles.

Le traitement infâme et injuste  de la presse quotidienne nationale nous avait conduit à stigmatiser assez durement l'article du Monde de 98  rendant compte du livre d'Allais  annonçant une future crise de type 1929  et qui se concluait sur un "nous voilà averti" bêtement ironique. Les mécanismes décrits par Maurice Allais étaient peu contestables même si nos explications étaient sur certains points divergentes. Ils ne méritaient ni ironie facile ni mépris. Le Figaro lui ne risquait pas d'être attaqué sur ses commentaires  : il avait retiré à Maurice Allais la tribune qu'il lui avait offert un temps et ignorait superbement ce qu'il avait à dire. L'occultation est toujours plus efficace que la critique morveuse.

Allais  a découvert la force terrible des tabous que même un Nobel français couvert d'honneur ne pouvait vaincre. Sa dernière interview à Marianne est terrible : le bal médiatique des économistes ignorants existe bien. Le fait qu'ils n'aient rien vu venir de la crise ne les empêche pas de pérorer toujours et encore. Et parfois ils ne sont pas seulement ignorants : ils trompent le monde sciemment.

C'est un thème qui nous est familier.

Que les médias aient réduit Maurice Allais au silence, notamment la télévision qui forme désormais l'opinion , est une grande faute.

Qu'on nous permette d'affirmer que c'est une des raisons de la création de notre Cercle et de notre blog. Il importe que des questions clés non abordées dans la presse ou travesties soient discutées par des économistes indépendants dans le langage du grand public.

Nous admettons avec plaisir et même honneur que nous nous situons dans le sillage de Maurice Allais, même si nos thèses sont parfois  différentes et à l'occasion opposées.

Quarante ans après, le tour du jardin du Luxembourg avec Allais produit encore sa petite musique.

FMI : l'incroyable aveu de DSK !

L'aveu fait par DSK dans son interviex au journal le Monde datée  du 8 octobre 2010 est tout à fait extraordinaire.

"Le FMI va commencer des études de contagion", dit-il. "Jusqu'à présent le FMI étudiait la politique monétaire des Etats Unis principalement en analysant ses effets sur l'économie américaine elle même".  Et il continue en remarquant qu'il procèdait de même sur la question des excédents Chinois.

On relit en se pinçant.  L'analyse des déficits américains et des excédents chinois n'était même pas unifiée !  La stratigraphie des services bureaucratiques  remplaçait l'analyse économique du monde par  des analyses exclusivement pays par pays.

Comment détecter alors ce qui est pour nous le source principale de la crise : la double pyramide de crédits  s'emballant entre la Chine et les Etats Unis, provoquant partout une inflation de dettes intenables, aggravées par l'instabilité structurelle des changes flottants. ?

Ainsi s'explique la complète faillite du FMI à comprendre et à prévoir quoi que ce soit. Nous avons dénoncé cette carence dans plusieurs articles sur ce blog dès 2008. Il faudra plus d'un an au FMI pour se re synchroniser avec la réalité.

Ce compartimentage absurde de l'observation et de la réflexion n'est pas le seul fait de la bureaucratie du FMI. Sa composante idéologique est évidente.  C'est le décalque d'une organisation qui veut que les banques centrales n'ont d'autres préoccupations à avoir que le niveau des prix de leur zone monétaire.

Les évolutions de changes et les mouvements financiers internationaux, qui sont justement  les vecteurs de la "contagion" dont parle DSK,   sont idéologiquement hors du champs  de l'observation économique et d'une quelconque responsabilité politique.  Les effets multiplicateurs croisés d'une monnaie de réserve américaine non gérée comme telle, d'une politique monétaire mercantiliste en Chine et de l'instabilité des changes flottants,  qui sont le coeur même des désordres ayant provoqué la crise  n'ont pas été observés parcequ'ils n'avaient pas à être observés pour des considérations idéologiques.  Nous retrouvons là la force destructrice du tabou.  Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

C'est sur cet aveuglement volontaire  que la postérité économique sera sans doute le plus critique. Il accompagne l'autre immense sottise qui veut qu'on se batte comme des chiffoniers sur un demi pour cent de droit de douane mais qu'on trouve normal et hors de discussion qu'une monnaie perde 50% de sa valeur par rapport à une autre.

DSK aurait voulu démontrer la nullité effarante des conceptions économiques dominantes, qui s'apparentent plus à la pensée magique qu'à une analyse scientifique des causes et des conséquences, il n'aurait pas fait mieux.  Il serait sot de croire que le changement d'attitude du FMI correspond à une prise de conscience radicale des changements de méthodes et de perspectives qui s'imposent. C'est bien là le plus grave.  La réflexion menée s'inscrit dans une école de pensée qui fait des subprimes la cause de la crise  qui se serait amplifiée par des phénomènes de contagion sous estimés.  DSK confirme cet aveuglement lorsqu'il dit : "il ne faut pas oublier le secteur privé qui est à l'origine de la crise". 

On reste dans ce charabia débile qui veut que par un effet papillon magique  le comportement de certaines firmes sur le marché immobilier américain aurait "par contagion" gangrené le monde entier.   On ne veut pas voir que la crise est systèmique  ; que les "subprimes" ne sont qu'un détail infime dans le décor de dettes immense qui s'étaient  accumulées  progressivement  du fait du comportement de certains Etats.  La non gestion du dollar bien que monnaie de réserve et le mercantilisme du gouvernement communiste chinois dans le chaos des changes flottants  n'ont strictement rien à voir avec le comportement d'entreprises privées.

L'erreur conduit DSK à une contradiction immédiate puisqu'il finit par admettre que "la surévaluation du Yuan est à l'origine de tensions sur l'économie qui sont en train de devenir une menace".   Comme si cette menace était nouvelle !  Elle l'est depuis 20 ans. Seulement voilà : les changes ne pouvant pas être un problème, il était interdit d'envisager la responsabilité du système des changes.  Rappelons le : la crise des changes flottants  de 1998, improprement appelée la crise des pays émergents, n'était que le fait du comportement de "cronies" dans la bouche des économistes de cour américains et de leurs suiveurs dans les organismes internationaux comme le Banque Mondiale et le FMI.  Ajouter l'injure à la bêtise n'a jamais gêné qui que ce soit dans le domaine de l'analyse économique et monétaire internationale.

DSK n'a toujours rien compris. Il flotte comme un bouchon au gré des pulsions de ses mandants principaux.  Il fait de la politique. Rien d'autre.  A cause de cela le FMI est toujours à côté de la plaque. Son explication de la crise est nulle. Ses méthodes sont encore paralysées par l'idéologie des monnaies administratives gérées par des banques centrales indépendantes se concentrant sur l'inflation dans leur zone monétaire et dont la valeur est déterminée par "les marchés financiers".   Dans cette optique, la seule réforme demandée est que le Yuan flotte.  Pendant qu'on s'enquiert des phénomènes de contagion des crises bancaires et des moyens de les enrayer.  On a pourtant vu que tout le vacarme sur les bonus, la comptabilité, les agences de notation  n'ont abouti à rien de décisif.

L'interview de DSK montre qu'alors que le système des changes est partout sous tension et que les politiques monétaires désormais s'écartent sans honte du consensus de Washington,  le FMI traîne encore à l'arrière du front, alors que sa mission originelle dont il n'aurait jamais du s'écarter, était de conduire les états à s'inquiéter du potentiel de désastre contenu dans des politiques monétaires et de changes non synchronisées.

Le pompier n'est pas devenu pyromane.  Il avait la tête ailleurs.  Il vient de découvrir que quand le champ brûle il est bien possible que la forêt d'à côté peut aussi flamber.  Grands Dieux : il y a eu contagion ! Est-ce possible !  Et le village a fini par flamber aussi ? Tiens donc, quel intéressant  champ de nouvelles réflexions !  Alors que le climat avait été sec  depuis des années et que tous les campeurs du coin multripliaient les  barbecues !   Ne serait-ce pas ce barbecue à mergez qui aurait mis le feu en premier autour duquel s'agitent des types avec de drôles de têtes patibulaire ?  Sûrement si. Attaquons nous au goût pour les mergezs,  à la norme du barbecue et à l'organisme qui donne des notes de sécurité au barbecue.

La sécheresse ? L'inflamabilité générale ? L'absence de tout mécanisme permettant de contrôler les évolutions du feu entre les champs et le village ?  Allons : cela notre idéologie nous interdit d'y penser.

Et on en est encore là trois ans après une crise  qui a fait des dégâts gigantesques et dont la sortie n'est pas encore acquise.

Et pendant ce temps là en France les nigauds dressent un autel à DSK !

Le Français né malin ...

 

Didier Dufau pour le Cercle des économsites e-toile.

Psychologie de la crise : le tournant de l'automne 2010

L'automne 2010 restera comme la période de la faillite des illusions.

Pour les économistes, l'idée reçue était qu'en laissant filer les déficits et en gavant l'économie de monnaie, on éviterait mécaniquement la récession intense et longue, menant à la dépression. Il n'était nécessaire d'avoir ni  un diagnostic précis de la crise, ni une analyse soignée des mécanismes de sortie de la récession. L'important était de prendre des mesures ensemble et de rassurer l'opinion, cette chose si fragile dont il faut en prendre un soin constant par des mesures d'affichage.  On vit donc les pays du G.20 se refuser, dans les mots,  à la guerre commerciale et envoyer leur plan de relance commun.  

Deux ans après l'effondrement de Lehman Brothers le système bancaire a été certes partiellement pansé et les économies ont talonnés. Mais la reprise n'est pas là. La stagnation s'est installée. Le chômage est très élevé et ne régresse pas.  Les Etats sont paralysés : relance folle ou sagesse déprimante de la restriction budgétaire ?

Les économistes officiels et universitaires qui n'avaient rien vu venir de la crise et qui même l'avaient niée, sont perplexes. On voit un keynésien comme Krugman, célèbre simplement comme éditorialiste économiste de gauche, décidé à jouer une espèce de va-tout budgétaire qui va bien au delà des idées de Keynes et tueraient les Etats.  La rive des économistes de Chicago glose sur la glorieuse incapacité de l'Etat à agir durablement sur l'économie et exige  un état léger avec des potions libérales qui appliquées  tueraient le malade. En un mot les économistes de média et de cour qui s'expriment ne savent plus quoi dire.  Ils n'avaient rien compris à la crise ; ils ne comprennent toujours rien à la sortie de crise. Et la crise a maintenant trois ans, car les Etats Unis sont entrées en récession en 2007, rappelons le et le premier épisode du blocage général a été le verrouillage des marchés interbancaires  en juillet de cette là.   

Tout le monde voit bien qu'on vivait dans un système impossible. Aucune réforme n'a été faite. La reprise s'avère tout aussi impossible.

Alors des pans entiers de conceptions purement idéologiques s'effilochent quand ils ne tombent pas dans un grand fracas.   

La monnaie et les devises, ce n'était pas important. Il fallait se battre pour un demi point de droit de douane mais on pouvait dévaluer sa monnaie de 50%,  ce n'était  pas grave. Cette immense sottise , confinant au grotesque pur,  commence à apparaître pour ce qu'elle est. Il n'y a pas de marché libre des devises. Il n'y a jamais eu de changes  réellement libres. On faisait semblant d'y croire.  Martin Wolf parle de guerre des monnaies comme si c'était une nouveauté. La guerre des monnaies est permanente depuis 71. La seule chose, c'est qu'on regardait ailleurs et on faisait semblant de ne pas la voir.  Personne ne jouait le jeu pas plus les Etats-Unis et son "benign neglect" que la Chine dont on acceptait tout par fascination de son marché intérieur. Les changes étaient devenus un lieu de pure domination et de conflits de pouvoirs. La double spirale de création monétaire aux Etats-Unis et en Chine  qui provoquait un effroyable gonflement des endettements partout dans le monde était jugée "naturelle", alors qu'elle était entièrement artificielle et malsaine. Certains parlaient même d'un nouvel équilibre économique du monde, un nouveau paradigme comme disaient les pédants. Comme si un médecin déclarait qu'une tumeur cancéreuse était la marque d'un développement sain et la preuve d'une santé de fer.  

Toute cette sottise est désormais appréciée pour ce qu'elle est : une ânerie et un danger.  Les relations de puissance dans le domaine monétaire qui s'étaient substituées aux relations de coopération de Bretton Woods,  prennent un tour voyant.  Il faut dire que jamais les prévisions de Milton Friedman ne se sont révélées plus fausses.  Les réserves monétaires des Etats sont au plus haut historique. Les changes ne sont pas stabilisés mais en pleine folie. Les écarts de taux d'intérêt sont les plus hauts jamais enregistrés. Les changes flottants, c'est à dire laissés aux relations de puissance et à la spéculation, sont au cœur du déclenchement de la crise et maintenant empêchent la reprise. Et les gouvernements ne se cachent même plus d'intervenir massivement  sans faire semblant que ce sont "les forces du marché" qui forment les cours.  

La complainte monétaire est partout : la Suisse et le Japon sont asphyxiés par la pression qui s'exerce sur leur monnaie au moment où la panique conduit à planquer son épargne dans des monnaies sûres.  Le Brésil découvre que son miracle était d'essence essentiellement monétaire : les effets de la dévaluation du Real se terminent. “Nous sommes en pleine guerre des monnaie, un affaiblissement général des devises. Cela nous menace parce que cela nous prive de compétitivité internationale dit Guido Mantega, le ministre des finances du Brésil.  Qui disait que le Brésil était un paradis sans nuage ?

La Chine tremble de plus en plus pour son indécent  magot mercantiliste, au point d'en investir un bout en junk-bonds grecs !  L'Europe qui avait bénéficié au second trimestre d'un petit coup de fouet monétaire lorsque l'Euro était redescendu à 1.25 dollar est à nouveau étouffée par un dollar à près d'1.40.  

Plus personne ne croit que les changes fixent leurs cours de façon naturelle et que la main invisible représente la sagesse économique dans ce domaine. Le tabou des changes flottants n'est pas tombé. On n'entend encore aucune voix officielle pour annoncer la mort de cette catastrophe idéologique.  Mais la foi dans cette religion est morte. Personne n'y croit plus.  

La conception selon laquelle il fallait abaisser tous les droits de douanes jusqu'à un niveau proche de zéro, empêcher toutes les restrictions aux services, en même temps qu'on laissait à des banques centrales indépendantes le soin de produire de la monnaie administrative dont la valeur s'établirait librement sur un marché libre, cette conception là est morte.  

L'ennui pour l'Europe c'est qu'elle a bâti son architecture monétaire sur cette erreur monstrueuse.  Si la valeur des devises doit désormais être défendue par les états dans le cadre d'une coopération structurée, la BCE se retrouve toute seule dans le froid avec une mission totalement décalée. Personne n'osera le dire car c'est tout le projet Européen qui serait en balance au dessus du vide.  L'Europe n'a plus le choix : soit c'est la fuite en avant vers des éléments d'état fédéral dans la gestion économique, avec la création d'instances qui pourraient dans le cadre d'accords internationaux monétaires garantir des engagements de stabilité, soit c'est l'éclatement. Naturellement cette énorme problématique n'est discutée nulle part aussi franchement.  Mais l'opinion diffuse est que les structures européennes sont maintenant caduques.  On fait encore semblant de croire que la BCE indépendante,  chargée seulement de contrôler que les prix moyens à la consommation en Euroland ne dérapent pas, est une bonne institution. Ici encore la foi a évacué l'église.

Comment réagit l'opinion ?  Depuis le début de la crise nous disons : attention à l'impatience des peuples après deux ou trois ans de crise. On se rappelle qu'à l'automne 2008 la majorité des gens regardaient la crise comme un spectacle extérieur qui ne les concernait pas. Deux ans plus tard le décor a entièrement changé.

Les populations protégées voient bien que les protections dont elles bénéficiaient sont largement illusoires. Un peu partout les fonctionnaires voient leurs privilèges gravement érodés. On n'hésite plus à revoir leur durée de travail, journalière, mensuelle et la date de leur départ à la retraite. Pire, les niveaux de rémunérations et de pensions deviennent des variables d'ajustement budgétaires. Les populations qui pouvaient se croire totalement à l'abri intègrent tout à coup qu'elles sont aussi concernées.

Les familles voient leur moral attaqué à la fois par la perspective d'une aggravation fiscale importante, des possibilités de chômage de longue durée incontrôlables et surtout par le sentiment que leurs enfants feront partie d'une sorte de génération sacrifiée. Plus de 30% de la classe des élites universitaires et des grandes écoles restent à quai à la fin d'études de plus en plus longues et coûteuses. Les plus dynamiques ont cru qu'en toutes circonstances ils s'en sortiraient, grâce à leur savoir faire, leur réseau, leur ouverture au monde et leur bonne volonté.  Cette foi vacille.

Les épargnants sont tétanisés.  Leurs gestionnaires croient que la licence monétaire de la FED va entraîner une formidable inflation. On ne cherche même plus le rendement. Seulement la protection. Comment ne pas tout perdre ? C'est la fuite généralisée devant les monnaies. L'or vient de passer au dessus de 1300 dollar l'once, venant de 800 au début des désordres.  La fiscalité sur l'épargne est clairement la voie choisie par les gouvernements pour trouver de l'argent frais.  Pour tous c'est la perspective non seulement d'une stagnation mais de la confirmation des pertes acquises et de prélèvements nouveaux.  

Les salariés européens et notamment français voient leurs perspectives se boucher chaque jour d'avantage.  Personne ne voit poindre la reprise. On tremble pour son emploi. On tremble pour la réduction de certains avantages acquis.  En même temps qu'on parle d'une retraite plus tardive on craint qu'elle finisse amputée.  A la peur du lendemain s'ajoute la peur du surlendemain.

Le monde, l'Europe, la France sont désormais dans une psychologie de crise avec à la fois un basculement des idées dominantes dans le discrédit,  une peur réelle et un début d'intolérance. Bientôt on verra apparaître la haine, dont les titres des magazines donnent en France un avant goût.

Nous entrons dans la période de tous les dangers.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Baltic dry index et lecture de la conjoncture

Nous avons toujours été ici des avocats de la lecture du Baltic dry index pour comprendre vite ce qui se passait à l'échelon mondial. Ce n'est certes pas un instrument de prévision mais il donne des tendances qui lorsqu'on les examinent avec le recul  s'avèrent très significatives.

Qu'on examine le tableau donné ci dessous produit par Investment tools. com, la providence des économistes indépendants.

 

On voit parfaitement :

- l'effondrement vertical du commerce mondial à partir de fin juillet 2008, avant même la chute de Lehman Brothers.

- lla stabilisation à un niveau bas du début 2009.

- la reprise due aux reconstitutions de stocks et aux plans de relance du printemps 2009 qui s'effrite pendant l'été.

- le très bon automne 2009 lié aux plans de relances, notamment en Chine

- le très mauvais premier trimestre 2010

- la bonne surprise du second trimestre 2010 qui s'épuise en juin.

- la stagnation actuelle à un niveau décevant qui explique les inquiétudes générales sur l'avenir. 

 

On voit bien que les reprises ont été purement et simplement techniques ou artificielles. Le commerce international n'a pas retrouvé un vrai moteur et de vrais courants. 

Les Etats ne sont plus en état d'envoyer des plans de reprise importants. Si les Etats Unis le font ils font provoquer une telle baisse du dollar que le système risque de s'effondrer et que l'inflation pour le coup risque de réellement menacer. L'angoisse monétaire bloque la conjoncture mondiale.

On ne sortira pas de la crise sans stabilisation immédiate des monnaies et sans supprimer la panique destructrice qui règne depuis 2007 sur les marchés moéntaires et financiers. 

 

Sinon le profil en L que le BDI index nous montre a quelquies chances de durer encore, sans préjuger d'un retour de la récession.

 

Didier Dufau popur le Cercle des économistes e-toile.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Bilan du gouvernement Fillon (2)

Nous avons examiné la politique suivie à l'aune des promesses initiales. La Grance récession est survenue, remettant tout en cause et offrant un défi  considérable. Peut-on juger la politique qui a été suivie pour le relever ?

Lorsqu'une catastrophe frappe, on demande aux autorités d'une part de faire face à l'urgence et d'autre part de se mettre en position de ne jamais plus subir, si possible, sinon des évènements du même genre mais des conséquences aussi fâcheuses.

Paradoxalement, si le gouvernement a été totalement inconscient de la crise jusqu'au début de l'été 2008, les remontées vers la tête de l'état du drame qui commençait à se jouer dans les banques se sont multipliées à partir de ce moment là.  On a vu les principales banques vendre en masse leur titre dans les comptes qu'elles géraient pour les particuliers dans l'espoir de tenir leur cours qui commençaient à dégringoler.

L'hystérie qui avait frappé les marchés mondiaux de capitaux au premier semestre se retournait à toute vitesse d'autant plus qu'en Europe la BCE avait remonté ses taux (une mesure qui restera dans l'histoire comme l'exemple du plus manifeste contre temps). La BCE avait cru qu'il y avait une simple effervescence spéculative alors qu'il s'agissait d'un épisode de plus du tremblement de l'immense masse de dettes accumulées partout par les mécanismes pervers du système monétaire international actuel et les réponses délirantes d'Alan Greenspan et de Bernanke.  Il n'y avait pas liquidités en trop en Europe qu'il aurait fallu freiner, mais un glissement de terrain. La panique devant la monnaie n'avait jamais été aussi haute depuis les premières faillites bancaires du début 2008. Les banques trouvaient de moins en moins à se refinancer. La BCE a encore compliqué le processus.

Aux Etats-Unis le processus d'effondrement des "subprimes" commencé fin 2006 avaient conduit les banques américaines à se débarrasser d'une partie de leur engagement sur l'étranger. On avait vu ainsi les Landesbank allemandes gorgées de capital par le gouvernement à la suite de leur changement de statut en acheter des paquets colossaux. Mais tous les gestionnaires de fortunes en Europe s'en sont également gavés pour tenir leur rang : les trésoreries "dynamiques" gagnaient en apparence plus sans qu'on sache de quel risque se nourrissait ce plus.  En 2008 la question était de savoir qui avait le mistigri. Le marché interbancaire était à sec, ravagé par la méfiance.

Dès juillet 2008 cela craque de partout. La consternation s'installe dans les conseils d'administration des banques. Puis la peur. La peur du gros krach commence à devenir palpable malgré la moiteur de l'été dès la mi août et gonflera pendant la première semaine de septembre.  

Jusque là le gouvernement français a été totalement inconscient de ce qui se passait. Son "agenda", comme disent les américains,  en début de mandat, n'était pas nourri de ce genre de considérations et d'observations. Le Président Sarkozy était en plein dans sa politique de réconciliation avec les Etats Unis et se préoccupait surtout d'être invité par les Bush ; il passait ses vacances aux Etats Unis. Ou et quand aurait-il pu prendre la stature du commandeur pour dénoncer la catastrophe financière qui arrivait et demander d'urgence des mesures correctrices et préventives ? Il ne savait même pas que la crise décennale usuelle frappait à la porte. Le ciel économique était bleu et le soleil brillait.  

Du côté des éminences conseillant le premier ministre ce n'était pas mieux. Pris dans une floraison de réforme poussées souvent à l'emporte pièce, concentrés sur le budget depuis juin, les conseillers du gouvernement ne regardaient pas spécialement du côté des banques et ne nourrissaient aucune inquiétudes économiques fondamentales. Les banques d'ailleurs leur mentaient en cœur. Alors que la crise des "subprimes" commençaient à mordre très sérieusement dans leurs comptes et que de nombreux prêts paraissaient de plus en plus aventurés, elles prétendaient toutes être totalement indemnes ou si peu touchées que cela ne méritait même pas qu'on en parle.  Les Américains, les Espagnols, les Irlandais et les Islandais, d'accord, ils étaient mal partis avec tout leur immobilier. Les Anglais peut-être un peu. Mais pas nous les banques françaises, voyons !

Personne, strictement personne, ne raisonnait en masse globale de crédits et ne voulaient voir que cette montagne instable était en train de glisser.  On croyait à une crise technique limitée avec "découplage" du reste du monde.  Le FMI se montrait particulièrement grotesque dans cet exercice de fausse explication. Pendant tout l'été la tension monte dans les banques et commence à filtrer vers le gouvernement. Certains hauts responsables bancaires commencent à confier leur inquiétude "sur ce qui se passe aux Etats unis". Pas question de laisser penser qu'en France cela tangue.  Les banques françaises qui se sont engagées dans des opérations excessivement dangereuses pour grossir vite et entrer dans des marchés qu'elles ne connaissaient pas,  sont violemment frappées par ce qui se passe aux Etats unis, à l'instar d'UBS en Suisse qui ne peut plus cacher ses misères : Natixis, Dexia, etc..

Mais rien ne bouge dans le programme du gouvernement. Les souris dansent sur un volcan. Qu'on se le rappelle : toute l'affaire du moment, c'était le Grenelle de l'environnement. La loupe médiatique était sur le réchauffement médiatique, les voyages de M. Borloo au Groenland, les vacances écologiques de M. Hulot. La vertu écologiste suintait de partout. Les plans sur la comète prenaient une ampleur rarement vue.

Gouverner c'est prévoir. Sur ce plan le gouvernement Fillon a entièrement failli.  De même que le candidat Sarkozy n'avait pas compris qu'il subirait une crise en plein milieu de son mandat, de même aucune des instances gouvernementales n'a perçu que le jour J était arrivé. La faillite de  la Northern Rock, un an auparavant, menaçait maintenant tout le monde, partout.

Et Lehman Brothers explosa en plein vol.

En un jour ce fut une panique générale. Tout le système bancaire mondial était menacé et l'ampleur de la menace globale n'était même pas vue  : on croyait toujours a un effet dérivé des subprimes. On ne voyait pas que c'était un glissement global de la mondiale pyramide des dettes qui démarrait.  Cela suffisait malgré tout à laisser prévoir le pire. Dans son discours de Toulon  quelques jours après le Krach,  le président Sarkozy décrivait bien les choses :
"Une crise de confiance sans précédent ébranle l’économie mondiale. De grandes institutionsfinancières sont menacées, des millions de petits épargnants dans le monde qui ont placé leurséconomies à la Bourse voient jour après jour fondre leur patrimoine, des millions de retraités qui ont cotisé à des fonds de pension craignent pour leurs retraites, des millions de foyers modestes sont mis en difficulté par la hausse des prix. Comme partout dans le monde, les Français ont peur pour leurs économies, pour leur emploi, pour leur pouvoir d’achat".

Une partie de la réalité avait fini par percer dans l'esprit des plus hauts dirigeants français. Elle était si grave que l'idée même de la farder n'était plus de mise.  Au moins les réflexes de survie de N. Sarkozy ont évité qu'il ne tergiverse.  Il a vu vite qu'il fallait parler haut et fort et si possible ensemble.

Il faut dire que le tableau international à cette date était pitoyable.

Paulson, le responsable de la politique américaine, était complètement dépassé par les évènements.  Il avait laissé Lehman s'effondrer sans même se rendre compte que dans la seconde il mettait en faillite AIG.  

La faillite d'AIG pour la France signifiait l'effondrement des plus grandes banques françaises qui étaient gorgées de CDS dont AIG était la contrepartie. Le gouvernement français n'avait plus la maîtrise de rien. Tout dépendait désormais de la BCE, de la FED et du gouvernement américain.

Les Européens continentaux étaient totalement pris par surprise. La chancelière allemande a cru un temps que son pays n'était pas touché. La réalité n'a pas tardé à la rattraper.   Quand tout le monde fut bien convaincu qu'il fallait rassurer les particuliers pour éviter des ruées bancaires, une organisation collective fut mise en place.

Tout reposait sur le sauvetage d'AIG. Si AIG tombait le monde entier perdait son architecture bancaire ! Il s'agissait de centaine de milliards de dollars avec des effets induits multiplicateurs.  Quelque soit les reproches faits à Paulson,  le fait d'avoir tenu sur ce point a évité d'ôter une ancre essentielle à l'avenir du système. Personne n'avait dénoncé, sinon la BRI (BIS), le gonflement inouï de ces contrats dans les quatre années précédentes. L'explosion de ce sous système aurait emporté tout.

Sans cet acte crucial aucune des politiques mises en œuvre en Europe n'aurait pu fonctionner.  Avec lui, le cadre de réponse international mis en place, beaucoup sous la stimulation du gouvernement français, s'avéra suffisant pour éviter une panique générale. Quelques ruées eurent lieu dont celle qui emporta Northern Rock mais dans l'ensemble les particuliers cessèrent assez rapidement de vouloir sortir leur encaisse des banques.

Le reste de la politique gouvernementale ne fut pas, après cela, particulièrement original. Gérer un effondrement de conjoncture ne demande pas finalement beaucoup de mesures particulières. On soutient quelques secteurs critiques ; les banques, l'automobile, le bâtiment.  Pour le reste on laisse jouer les amortisseurs sociaux.  Le plus dur est d'arrêter les bêtises en train de se faire. Il y a une inertie d'environ 9 mois avant que tous les acteurs comprennent que le temps des cerises est passé.

Bien décidé à suivre une politique de juste milieu, où on ne casse rien par un comportement paniquard ou aventuré, le gouvernement Fillon fera une relance modérée, et aucune réforme. Aucun discours sérieux ne sera tenu pour éclairer les Français sur les causes de ce drame économique : on affirmera qu'il vient des Etats Unis ; que c'est la faute des banques, des polytechniciens de la finance, des bonus des traders, des agences de notation inconsciente, de la comptabilité. La question du plan de relance sera le seul point un peu discuté : fallait-il le faire ? Si oui à quelle hauteur ? La question de l'endettement futur du pays ne fut pas posé.  Finalement ce plan repris un certain de projets dans les tiroirs et servit surtout de paravent politique.  La France ne pouvait pas s'endetter plus longtemps à marche forcée !

Deux  ans plus tard, on se retrouvait avec un déficit public de près de 8% : du jamais vu même près la crise de 92-93. Et l'inquiétude sur l'Euro provoqua un retour de bâton sévère qui allait pousser le gouvernement à des mesures drastiques d'économie

Aurait-il été possible de faire mieux ?

A partir du moment où on n'avait rien vu venir de la récession décennale et du risque associé au monceau de dettes accumulées dans le monde, représentant plusieurs fois la valeur du PIB global, il n'y avait guère qu'à fermer les écoutilles et à voir venir. C'est ce qui a été fait. Les banques qui depuis le Front populaire puis  Pétain sont une excroissance de l'Etat avec lequel elles vivent en consanguinité ont été sauvées, au nom de la protection du déposant et de l'épargnant.  

Aucune réforme n'a été faite sinon sur des faux semblants commodes comme les rémunérations variables. On a sacrifié deux boucs émissaires, les présidents de la Société générale et du Crédit agricole, qui n'en reviennent toujours pas d'avoir été jeté ainsi hors de leur fromage. Un conseiller bien en cours a pris la tête d'un regroupement bancaire. Bref on est dans la petite manip et non dans la grande politique.

Aucune des réformes indispensables à court terme, notamment la fin de la banque universelle et la mise en place d'une politique de séparation des grandes classes de banque et de responsabilité, n'a été mise en place, ni même esquissée. Le lobby bancaire est trop induré dans l'Etat pour qu'on puisse  espérer quoi que ce soit dans ce domaine. Le gouvernement Fillon fera valoir qu'on ne réforme pas en pleine tempête.  Comme on ne réforme pas non plus un système qui marche, il est clairement jamais le temps en France de réfléchir à des structures bancaires moins oligopolistiques où quelques hauts fonctionnaires se gavent avec le filet de sécurité de l'état derrière eux, tout en grugeant d'importance le déposant et l'épargnant.  Le secteur en est à nous expliquer que le système bancaire français est magnifique et n'a coûté rien et à personne. Alors qu'il vit entièrement en perfusion depuis deux ans et qu'il serait mort sans ces artifices.  

Pour le reste l'Etat s'est appliqué à tenter de faire conserver le maximum d'effectif dans les entreprises par des mécanismes d'aides au maintien dans l'emploi. Cet effort a été totalement contrebalancé par les décisions de licenciements immédiats et massifs pris dès l'automne par de nombreuses entreprises, la reconstitution des stocks se faisant par des heures supplémentaires consenties à des équipes réduites.

Le résultat global est ce qu'on constate :

* un taux de chômage près de 10%, contenu grâce en partie au départ en retraite de nombreux Français ; du coup c'est le système de retraite qui est menacé et il a bien fallu agir.
* une endettement massif et jamais vu depuis la guerre qui va peser pendant des années sur la croissance.
* la confirmation de l'écart de croissance avec l'Allemagne.
* un retour de balancier fiscal qui n'est qu'à ses débuts alors que la France est en tête pour les impôts et la dépenses publiques.
* la part de la France a reculé sur le marché mondial.

En même temps certaines faiblesses européennes ont été mises à nu. A force de mettre la charrue devant les bœufs, les bœufs ont fini par piétiner la charrette !

Une France vieillie s'est calfeutrée dans les déficits et l'absence de réelles réformes de fond, dans un système global désastreux et un système européen en danger. Tout cela sent la charentaise et l'effacement, malgré les gesticulations sur la scène internationale.

Imaginons simplement que la campagne présidentielle se soit construite autour de la nécessité de sortir  la France, l'Europe et le monde des vices qui les empêchent de fonctionner correctement.

Imaginons un président qui aurait tenu un discours d'une extrême fermeté sur les défectuosités gravissimes du système monétaire international et les risques pesant de son fait sur le monde et qui aurait décidé de mettre son économie en défense face à la crise à venir en engageant des réformes réellement fortes : suppression des 35 heures, suppression de l'ISF dans sa forme débilitante actuelle, retraite à 65 ans, blocage des délires régionaux et municipaux, réforme des banques, réduction massive des dépenses dès 2007 et en 2008, transfert d'une partie de la fiscalité des entreprises sur la consommation.  

Imaginons un président remettant en cause une banque centrale européenne fonctionnant sans coordination économique et sans objectif de croissance, plutôt que de refaire un traité constitutionnel européen au rabais.  

Imaginons un président avec déjà deux de réformes lourdes derrière lui  aussi bien sur la dépense publique d'Etat que sur les dépenses régionales et locales !

Imaginons un président avec déjà une réforme des retraites acquise en 2008 et valable pour 50 ans !  

Imaginons un président qui n,'aurait pas fait toutes les erreurs passées en revue dans la première partie de cet article.

Quelle aurait été sa force en septembre 2008 ! Quel serait son poids dans les réunions monétaires internationales ! Quel serait son poids en Europe !  On n'en serait pas à 8%  de déficit public  avec un endettement cumulatif de près de 100% du PIB. On n'en serait pas à 10% de chômage ! On n'aurait pas reculé à ce point dans l'économie mondiale.  

Le chef du gouvernement pourrait se prévaloir d'avoir agi, agi, agi. Il fallait un de Gaulle et un Debré, recréant un cadre français et européen durablement différent et prenant à partie le monde sur certains sujets graves.

Le premier des ministres pourrait alors se prévaloir d'avoir construit l'avenir avec fermeté et précision, à l'ombre d'un grand président.

Au lieu de cela, François Fillon risque de rester comme le second d'un trublion qui n'avait rien vu venir et qui s'est écartelé dans toutes les directions sans creuser profondément un sillon dans un axe précis, à la chasse aux modes et aux opportunités politiciennes. Certes il conservera l'image du calme qui dans la tempête aura gardé un cap sage et prudent  tout en modérant  et canalisant les Cieux.  Mais cette image de sagesse ne risque-t-elle pas de passer avec le temps pour un certain manque de caractère, d'imagination, de combativité  et ne lui reprochera-t-on pas d'avoir été le collaborateur plutôt passif d'une entreprise présidentielle manquant de réalisme et de pertinence ?    

Le quinquennat de J. Chirac avait mal fini, sur une accusation assez largement vraie de passivité générale. J.P. Raffarin n'avait pas démérité mais dans un champ de vision tellement étroit qu'il en paraissait dérisoire, à l'exception du début de réforme des retraites de F. Fillon. D. de Villepin n'avait pas convaincu avec des réformes micro-partielles, à la va comme je te pousse,  plus faites pour montrer qu'on faisait quelque chose que pour réellement changer les choses. Le CPE a été le symbole de cette orientation matamore et superficielle, agitant les principes mais pas la réalité, l'exact contraire de ce qu'il faut faire.   

Le quinquennat de N. Sarkozy est réellement à un tournant.  Il n'aura à présenter à  l'automne 2010 comme bilan d'ensemble qu'une réforme partielle et à courte échéance des retraites par répartition. Il lui faudra quelque chose d'autrement consistant à montrer pour se trouver en position sinon de force au moins de combat en 2012.

Remplacer Fillon par un Juppé façon 1996  est la certitude de l'échec. Ne rien faire, façon Mitterrand sur la fin, englué dans la maladie et le nini,  ou comme Chirac soignant sa sortie comme "brave type", est aussi une garantie d'éviction.

Alors ?

Faut-il spéculer simplement sur l'idée qu'on parera une nouvelle catastrophe socialiste  ? Ou faut-il se mettre en position d'avoir un vrai bilan ?

Même si le temps perdu ne se rattrape jamais, c'est la seconde position qui est la bonne. Reste à lui donner du contenu. Ce n'est pas si difficile que cela.   

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.



Bilan économique du gouvernement Fillon (1)

Au moment où de nombreux signes laissent penser que François Fillon va bientôt être remplacé à la tête du gouvernement, il est intéressant de s'intéresser au bilan économique de son gouvernement. Un gouvernement se juge toujours selon deux critères :
- A-t-il répondu aux attentes qui prévalaient au moment de sa mise en place ?
- A-t-il fait face au mieux aux évènements extérieurs qui ont affecté l'économie ?

Un premier article répond à la première question. Un autre se consacrera à l'autre.

La France en 2007 est un pays qui ne va pas bien.

Il est trop lourdement imposé et taxé ; les charges portent trop sur le travail ; un petit monde s'est développé qui vit entièrement aux crochets de l'état sans aucune contrepartie ; le temps de travail est trop bas ; l'état est trop gros et dépense trop ; l'endettement public est excessif  suite à 35 ans de déficits budgétaires, la dette privée des entreprises, des institutions financières et des particuliers est trop importante,  la part de marché de l'économie française dans le commerce mondial baisse, il y a décrochement par rapport à l'Allemagne, la croissance est très faible alors même qu'on vit la phase haute de la conjoncture, la bulle immobilière  est au bord de l'explosion, la part des salariés actifs dans la population active, à 15-16%,  est bien trop basse, les faibles (jeunes, femmes, immigrés, seniors) sont sortis en trop grand nombre du marché du travail ou ne peuvent y entrer qu'à dose homéopathique, le marché du travail est devenu incroyablement rigide, les collectivités territoriales et locales font croître de façon aberrante leurs dépenses et augmentent de façon absurde leur recrutement.

La France est un pays qui stagne en valeur absolue  et qui décroche dans la compétition mondiale. Depuis le désastre du gouvernement Rocard avec le RMI, la CSG, l'augmentation massive de la dépense publique, qui a placé la France, après le programme commun de gouvernement sur une orbite intenable, on vit dans la démagogie des "cadeaux au peuple" et la passivité sur les sujets difficiles, tout en digérant de plus en plus mal les crises itnernationales.

La candidat Sarkozy a bien vu certains thèmes :

- Il lance l'idée d'une rupture avec le passé. Finie la démagogie socialiste, finie la passivité chiraquienne. On va agir.
- Le slogan "travailler plus pour gagner plus" n'est peut être pas le meilleur, mais l'orientation est la bonne. On travaille trop peu en France et le chômage devenu structurel est trop haut.
- L'idée de la TVA sociale chargée de rééquilibrer le fardeau de l'entreprise vers le consommateur est excellente.
- L'objectif  de faire baisser de 10 points de PIB les prélèvements pour revenir au niveau moyen de nos concurrents ne saurait trop être encouragé.
- L'affirmation qu'on ne pourra pas  baisser les charges sans réduire les effectifs de la fonction publique est juste. La volonté de le faire est ferme.
- La volonté de mettre en place un système plus rigoureux de contrôle de l'envolée des dépenses sociales est également parfaitement exprimée.

Il manque quatre  analyses :

- Sarkozy malgré les avertissements ne voient pas que l'on va droit à une récession majeure et fait des prévisions de croissance intenables.
- Le problème de la dette globale et de la dette de l'état n'est pas compris. Au contraire on pousse par démagogie et inconscience à la création de "subprimes à la française"...
- Les aspects monétaires internationaux ne sont pas compris.
- Le contrôle de l'activité des régions et des collectivités locales n'est pas au programme.  

En un mot, Sarkozy ne regarde pas au dessus de lui, ni en dessous de lui. Le casse noisette va le broyer. On peut cependant juger son action dans la sphère même qu'il visait et sur laquelle il avait la main.

1. En matière de fiscalité le gouvernement va faire de nombreuses erreurs bien qu'en visant dans la bonne direction.

* Chaque ministre se décide à financer des bouts de quelques choses en créant des taxes nouvelles. C'est la poursuite de la politique Chirac qui en avait créé un très grand nombre. Le pire dans ce domaine est évidemment tout ce qui tourne autour de l'écologie. Alors que la crise financière gronde déjà, la perspective d'un sommet écologiste mondial à Copenhague et la mise en avant d'un "grenelle de l'environnement" conduisent le gouvernement  à fantasmer sur des taxes et des taxes et encore des taxes, tout en prenant des mesures de détaxation ciblées qui vont se révéler extrêmement coûteuses.   Tout cela finira par l'abandon de la taxe carbone et un retour à un minimum de sagesse en matière de dépense environnementale.

* Nous avons déjà écrit plusieurs fois notre opposition farouche au système qui consiste à maintenir l'ISF, le pire des impôts, tout en instituant un bouclier fiscal. Cette fausse réforme marquera la fin de l'espérance de la "rupture" chez les Français fortunés.

* La baisse de la TVA sur la restauration était certes une promesse de J. Chirac. Mais compte tenu de l'état des finances du gouvernement, les avantages étaient plus minces que les inconvénients.

* La baisse de la fiscalité sur les petits héritages était un "cadeau au peuple" en remerciement d'avoir été élu. Son importance économique est nulle. Il aurait sans doute fallu regarder ailleurs.

* La déductibilité des intérêts d'emprunts était également une mesure controuvée dans le cadre d'une folie d'endettement et de bulle immobilière.  On voit, aujourd'hui qu'on est obligé d'y revenir.

* Plus grave, le gouvernement Fillon accepte de créer une nouvelle filière d'impôt sur le capital pour financer le RSA.

* Plus grave encore il est obligé de renoncer à la perspective d'une TVA sociale sur laquelle on aurait pu redistribuer une partie des charges sociales pesant sur l'entreprise.

Le seul point fort pourrait bien avoir été la "suppression" de la taxe professionnelle. La grande difficulté pour porter un jugement tient au fait que personne ne comprend vraiment ce qui va se passer et les déplacements de taxes qui vont avoir lieu. Mais il est clair qu'on a fait basculer une partie des recettes d'un prélèvement sur les entreprises vers un prélèvement sur la consommation ou les particuliers tout en mettant la pression sur les collectivités territoriales et locales.

Faute d'avoir repris la main plus directement sur les dépenses des collectivités territoriales et locales, on a vu celles-ci exploser pendant la mandature Fillon. Notamment à Paris où folie des folies les effectifs déjà pléthoriques passent de 40 à 49.000 ! 23% de hausse rien que cela pour une population stagnante ou en hausse minuscule, pourquoi se gêner ? Avec des hausses d'impôt démesurées sur la taxe foncière et la taxe d'habitation, en pleine récession !  Le gouvernement n'a rien fait pour arrêter ces dérives dramatiques.

On ne peut pas manquer de penser que l'action dans tous ces domaines a été brouillonne, mal centrée et plus politique que véritablement économique. Au global les Français ont bénéficié d'une toute petite fenêtre de baisse fiscale qui est déjà entamée et qui risque de disparaître très vite.

La crainte de ses créanciers a conduit le gouvernement, sur la fin, à toute une série de gesticulations fiscales  qui aggravent les prélèvements soit en limant des prétendues "niches fiscales", soit en revenant sur des tas de mesures qui permettent certes de prétendre qu'on ne touche pas aux impôts mais qui gonflent néanmoins les recettes.

Et la France a devant-elle un programme de réduction de dette tellement important que tout le monde pense qu'il faudra encore des années de hausse d'impôts pour en sortir.

On peut donc dire qu'en matière d'impôt, la rupture n'a pas eu lieu. En courant derrière les thèmes à la mode sans se concentrer sur les aspects les plus fondamentaux, le gouvernement s'est dispersé et a bâti dans le sable.

On dira : les taux de prélèvements ont baissé. Cela est vrai. Mais cela est du presqu'intégralement à la récession : le système fiscal étant progressif, l'impôt croit plus vite que l'économie en phase de haute conjoncture et baisse plus vite en cas de récession.  Dès que l'activité reprendra on constatera qu'on est à nouveau revenu à des taux prohibitifs de prélèvement.

Sur le plan de la maîtrise de la création fiscale, le gouvernement Fillon est plutôt un échec, même si cela aurait pu être pire avec d'autres.

2. Sur l'emploi, la démarche du gouvernement a été plus affirmée mais ici encore personne ne peut vraiment dire si les mesures prises ont eu ou auront un impact réel.

La défiscalisation des heures supplémentaires a permis d'affirmer que les 35 heures n'existaient plus. Mieux aurait valu supprimer les 35 heures notamment dans les services publics qui ne sont jamais remis de cette mesure absurde qui avec la récession a créé des effets d'aubaine détestables. Les grandes entreprises ont licencié en masse et compensé les effectifs manquants par des heures supplémentaires. Injuste dans son principe (pourquoi une rémunération marginale ne serait pas taxée ? ) elle s'est révélé contreproductive avec la récession.

La réforme des retraites était indispensable. Mais pourquoi ne pas l'avoir dit et entrepris dès le départ ?  Il est sûr qu'il fallait un faire un paquet global de la durée de travail journalière annuelle et sur le cycle de vie.  On fait enfin la réforme nécessaire mais sous la pression "des marchés" et dans l'espoir de pouvoir se targuer d'une victoire politique essentielle en se calant sur la stratégie Obama en matière de sécurité sociale (qui devraient lui faire perdre les élections de "midterm". A ce jour, on ne sait pas encore çà quoi on aboutira. Imaginons que cela fonctionne : on aura fait un pas dans la bonne direction. Mais contraint et forcé. Et en laissant de côté les pires régimes spéciaux de retraite qui grèvent lamentablement les finances de l'état et pèsent indûment sur la collectivité. Et en ne s'interrogeant en rien sur des régimes plus responsables et plus souples.

Le RSA aura été une erreur de bout en bout. C'est le plus terrible échec du gouvernement FIllon. Lorsqu'une récession menace on ne fait pas de réforme alambiquée de ce genre. Bien sûr les intentions étaient louables. Mais en vérité les Rmistes le sont restés et le RSA n'avait aucune chance de démarrer avec une récession aussi profonde.  La contribution du RSA pour sortir les populations prises dans la trappe du chômage a été nulle. En revanche on a fortement augmenté les impôts sur les revenus du capital donc la pression fiscale. On est dans l'affichage politique mais pas dans la bonne politique économique. Que Fillon ait accepté le RSA et son impôt nouveau a considérablement atteint sa crédibilité pour le futur.  Il aurait du et pu résister. Ce qu'il fallait c'est supprimer le RMI et  créer deux allocations temporaires : l'allocation temporaire d'urgence pour ceux qui non couverts par le chômage ou en fin de droit se seraient trouvés démunis. Et l'allocation temporaire de soutien accompagnant la reprise de travail.

Au total, la récession venue, il était illusoire que l'emploi s'améliore. L'ennui c'est qu'on n'a pas du tout préparé l'avenir. On ne s'est donné qu'un argument pour campagne future à l'élection présidentielle.

3. La dépense publique

Nous avons déjà dit tout le mal que non pensons de la RGPP, ce grattoir à économies minuscules, là où il fallait tailler à la hache.

En revanche, le gouvernement s'est attaqué à plusieurs tabous.

La baisse des effectifs de fonctionnaires y compris dans l'éducation nationale a été effective même si elle ne représente qu'une fraction minuscule de l'effectif. L'ennui c'est que dans le même temps le gonflement des effectifs dans les régions et les municipalités n'a pas été bridé et représente plus d'emplois créés que les réductions nationales.

Les régimes spéciaux qui coûtent une fortune à l'état ont été partiellement réformés. L'ennui c'est que les mesures prises ont coûté parfois plus cher que les mesures précédentes comme à la SNCF  ou  qu'elles ont été transférés sur d'autres régimes. C'est ainsi que les provisions  d'EDF-GDF pèsent sur le régime général où elles aggravent les déficits et lèsent les autres assurés.   

La dépense publique n'a pas été globalement réduite, le gouvernement ne cessant d'accorder des petits bénéfices à des catégories de population excipant de difficultés particulières.  Faute de réduction réelle des dépenses, elles ont continué à croître. Les déséquilibres des comptes ont persisté (déduction faite des effets de la crise).

Il n'y a pas eu de rupture en matière de dépenses publiques. Seulement un certain freinage.

Cela ne veut pas dire que tout a été négatif : la partie du plan Attali qui a été mise en œuvre ne fera pas de mal.  Mais globalement, même sans la crise, les mesures prises n'ont pas véritablement marqué un changement profond pour l'emploi, les prélèvements, la dépense publique et la dette.

La grande erreur est de ne pas avoir pris en compte la crise à venir qui était certaine et dont l'ampleur pouvait être mesurée dès 2007. Il aurait fallu annoncer "du sang et des larmes" et mettre un plan de sauvetage en place par ordonnance dès le collectif de juin 2007.

Celui que nous avions décrit en 2006 avec le recul n'était pas si mal.  Il prévoyait :

- Une hausse de la TVA et le transfert vers cet impôt d'une partie des charges sociales.
- Le retour aux quarante heures dans le secteur privé avec une possibilité pour les branches et les entreprises de passer des conventions ad hoc.  Le retour pour les professions où le temps partiel n'est pas de rigueur des 40 heures dans le public
- La suppression du RMI  et son remplacement par deux allocations temporaires : allocation d'urgence et allocation de retour à l'emploi.
- Le changement d'assiette de l'ISF, sous forme d'une imposition à large assiette comprenant tous les revenus (retraite chapeau, golden hello et golden parachute, intéressements, plus value etc.).   
- Le transfert partiel de la taxe professionnelle vers une taxe spéciale sur la valeur ajoutée gérée centralement.
- Le blocage des ressources et des recrutements dans les régions, en les alignant sur le rythme de croissance des populations concernées. .
- La suppression du mille feuilles administratif en spécialisant les actions des différents échelons et en réduisant les échelons.
- Le passage à la retraite à 65 ans avec alignement des retraites privées et publiques dans un grand service des retraites unifié, et retraite à taux plein à 67 ans.  Pas de prise en charge de cas particuliers. Possibilité de compléments selon des règles nouvelles basées largement sur la capitalisation.
- La suppression de toutes les restrictions à l'impôt sur le revenu, dans la perspective d'une baisse générale en temps voulu. .
- Réduction drastique des avantages fiscaux variés avec mise en place à chaque fois que nécessaire d'une seule subvention et non plus des mille feuilles de subventions qu'on trouve dans tous les domaines d'intervention de l'Etat.
- Révision de la méthode budgétaire pour aligner les recettes non pas sur la croissance mais sur  un taux de variation des dépenses annoncés à l'avance et non lié au PIB. La surindexation sur la croissance (compte tenu de la progressivité globale de l'impôt)  aurait été supprimée. Au lieu de dire que  la croissance va être de 2.5%, ce qui me fera 3% de croissance des recettes, donc je dépense plus à hauteur de 3%, on aurait dit : je dois réduire l'endettement d'une valeur de X donc je dépense moins que l'année précédente de x%.
- Essayer de convaincre l'Europe de mettre en place d'une taxe d'égalisation monétaire avec les pays avec lesquelles l'Europe aurait un commerce trop déséquilibré, de donner à la BCE une objectif de croissance et de plein emploi, et de mettre en place un gouvernement économique européen sérieux. Militer pour la réforme du système monétaire international (retour à un système de changes fixes et ajustables, suppression des privilèges du dollar et création d'une monnaie de réserve mondiale,  réorganisation des institutions financières internationales et mise en place d'un embryon de gouvernance économique mondiale).
- Supprimer l'extraordinaire rigidité du marché du travail et revenir sur les blocages Jospin.
- Mener une politique forte contre les monopoles et les oligopoles dans de nombreux domaines comme les transports, la banque, l'assurance, les télécommunications, ... La tendance à créer des blocs qui maltraitent les consommateurs s'est aggravée au confluent du mouvement traditionnel "de gauche" de constitution et de défense de monopoles fortement syndicalisés, et du mouvement récent du capitalisme qui voit des monopoles se créer dans les secteurs nouveaux.

L'idée était d'aboutir à un état moins hégémonique, une économie plus concurrentielle, une pression fiscale diminuée, un coût pesant sur la production moindre, une réorientation vers l'emploi de toutes les couches de la population, dans une économie européenne réorientée vers la croissance et dans un système monétaire international non destructif.

On voit bien que le gouvernement Fillon était largement inspiré par les mêmes thèmes. Mais il n'a pas voulu ou pu encadrer réellement la décentralisation. L'Europe, pour sa part,  a continué sa vie comme devant. Heureusement le gouvernement Fillon n'a pas cédé devant les exigences répétées chaque années d'augmentation massive du budget européen. L'ISF et le RSA auront été ses deux faiblesses spécifiques. Les effets d'affichage politiques l'ont emporté sur la sagesse économique et sociale. Comme dans trop de domaine. Du coup il ne restait plus que la réforme des retraites , non annoncées au départ, pour avoir un bilan.  C'est beaucoup. Mais on comprendra qu'une vraie politique de rupture aurait été beaucoup plus radicale dans sa méthode  et pérenne dans ses résultats.

Au total une politique bien orientée mais dont on peut dire : trop peu, trop brouillé, trop compliqué, trop incertain, trop peu durable, trop tard.

Et la crise prévue est venue. A-t-elle été bien gérée ?



Les échanges commerciaux = un vingtième des mvts financiers internationaux. Et alors ?

Nous sommes de ceux, au Cercle des économistes e-toile,  qui ne chargeons jamais trop la barque des journalistes. Ils ont des obligations : faire vivre le journal ; intéresser le lecteur. L’économie, c’est plutôt lourdingue  et la clientèle  est peu à même de comprendre exactement de quoi on parle sur la majorité des sujets économiques, les questions monétaires  surtout internationales représentant le pire dans ce domaine. Non seulement les lecteurs et les journalistes ont du mal à y comprendre quelque chose mais c’est un des trous noirs de l’enseignement de la science économique.   


Les journalistes font rarement avancer le « schmilblick » mais révèlent des attitudes et en ce sens ils sont irremplaçables.


Prenons l’article de JP Robin dans le Figaro de ce lundi.  Il montre de façon amusante que les chiffres économiques ont remplacé les chiffres astronomiques  pour les exa et les tera. On crée autant d’information tous les deux jours que le monde en avait créé  depuis l’origine de la terre.   Pour la monnaie et les déficits c’est encore pire.  
Les devises échangées quotidiennement représentent vingt fois la valeur des échanges commerciaux l


C’est un chiffre qui fait frémir et beaucoup de politiques aiment à le répéter avec des multiplicateurs variables :  5, 10, 15, 20, voire 100 fois plus.  On vous glisse ce chiffre sur l’air du « vous vous rendez compte Madame Michu ».  Mais on se garde bien de l’exploiter réellement. Quelle est donc la signification de ce ratio ?


Pour une monnaie le ratio traditionnel est de rapprocher la masse monétaire et le PIB pour obtenir la vitesse de rotation de la monnaie. C’est un outil qu’aime bien les banques centrales qui croient un peu à la théorie quantitative de la monnaie qui laisse entendre que l’inflation va être générée par un écart entre les vitesse relatives d’évolution de la masse monétaire, du PIB et de la vitesse de rotation.  En vérité ces ratios sont extrêmement difficiles à manier.


D’abord le PIB est connu très tard et on utilise pratiquement en permanence des estimations-projections. Pour celui qui consulte les statistiques la surprise est de voir les chiffres du PIB d’un exercice  bouger encore trois ans plus tard.
La masse monétaire est une notion tout aussi complexe même si elle est beaucoup plus facile et rapide à connaître.  Si on considère que la monnaie est une marchandise comme les autres, ces variations de valeur font donc partie du PIB et l’équation de vient passablement compliquée.


L’inflation pour sa part est définie uniquement avec le prix des biens de consommations et sur des bases ouvertement politiques (compte tenu des effets de bords sociaux des indices).  Certains comme la BCE utilise l’agrégeât M3 dont la statistique a été abandonnée par la FED pour …manque d’intérêt !


Autant dire que la vitesse de circulation de la monnaie est un ratio si difficile à analyser qu’il ne sert à pratiquement rien.

 
Rapprocher les flux de trésorerie et les flux de marchandises  a encore moins de sens. Dans une sphère monétaire donnée on ne se donne même pas la peine d’établir ces chiffres.
Le seul intérêt de comparer ces deux flux est de porter un jugement sur le fonctionnement du marché des changes.


Le taux de change dépendra d’abord des contrats financiers et très accessoirement des transactions commerciales.  Or la majorité des raisonnements sur l’intérêt des dévaluations  porte sur leur rôle comme  incitation à exporter.  Et on oublie royalement l’effet sur les contrats financiers qui sont 20 fois plus importants. Ce qui explique des incohérences de commentaires étonnantes comme lorsque le dollar s’envole en  même temps que les déficits commerciaux  comme à la fin du siècle dernier.


Les changes flottants tiennent un rôle gigantesque dans ces contradictions et paradoxes.  La peur a plus d’importance sur un taux de change que les perspectives commerciales bilatérales. Demander à la Suisse actuellement ou au Japon. Les comportements bancaires prennent la place principale : les CDS se sont mis à pousser comme des champignons 10 puis 20 fois plus vite que le commerce mondial  au début de ce siècle.  


La variabilité des changes compriment les transactions commerciales mais enflent les transactions financières.  On essaie de profiter de tout, tout en se protégeant au mieux d’une erreur de calcul.  L’épargne est mondialisée mais avec des monnaies dont la valeur change à chaque instant. Il faut donc bouger à chaque instant.


Les politiques des banques centrales sont le plus souvent dépassées par ces mouvements browniens.  On en vient à s’en désintéresser et on ne voit pas se créer des bulles phénoménales.


L’empilement des dettes mondiales est assis sur des sables mouvants faits de millions de micro ajustements et de brusques mouvements moutonniers qui en général n’ont rien à voir au moins à court terme avec la situation des  échanges.  On dirait un énorme steak bougeant sur un fond d’asticots.


Les passerelles du commerce mondiale avec les changes flottants ne sont pas seulement en caoutchouc (amplifiant toutes les déstabilisations) mais une multitude de mains les  secouent  de toute  leur force parfois du même côté.  Leur force conjuguée est 20 fois plus forte que celle des moteurs des camions. Comment s’étonner que les lourds transports du commerce mondial finissent périodiquement par tomber dans le gouffre.


Le système est ainsi fait que les mouvements de la passerelle ne sont la responsabilité de personne.  Nul ne viendra jamais au secours des pilotes de camions en danger. Parce que les mouvements  de la passerelle aussi dangereux soient-ils, sont considérés comme normaux !   Y toucher serait même coupable !


JP Robin aurait du conclure aux dangers des changes flottants dans un système de mouvements financiers libres.  Il ne le fait pas. Il ne tire pas les graves leçons dans la perspective du G.20 des chiffres qu’il cite.


Dommage. Une prochaine fois peut-être, si le tabou qui entoure les changes flottants venait à s’effilocher sous le poids des nécessités..

Un éditorial extraordinaire du journal le Monde

Si un jour un économiste veut faire l'histoire des blocages intellectuels de ce début de siècle en matière d'économie, il lui faudra lire l'extraordinaire éditorial du journal le Monde n°20420 datée du 18 septembre 2010 et doté du titre prometteur : 

 

Le G20 et la grande bataille des taux de changes.

 

Enfin on aborde la réforme du système monétaire international. Enfin on va s'attaquer aux causes de la crise sinistre qui nous accable. Enfin les journaux de la PQN française s'empare de cette question fondamentale.

Que ceux qui nous lisent depuis deux ans imaginent notre joie, nous qui brocardons cette presse pour être passé radicalement à côté des apcts monétaires de la crise !

Et  notre déception !

Bien sûr on parle de l'énorme sous évaluation du Yuan mais on se contente de dire que les Etats Unis sont de ce fait désavantagés ce qui fait réagir leurs dirigeants. Et l'Europe ? Elle n'est pas concernée du tout ?

Bien sûr on évoque Fernand Raynaud, un grand économiste, pour signaler qu'il y a comme un défaut dans un système de dette en Occident et de surépargne en Chine.

Bien sûr on donne raison à M. Sarkozy de chercher à rempacer le dollar comme monnaie de réserve mondiale. Et on invite même à le soutenir dans cette bataille, ce qui de la part du Monde est une rareté qu'il faut savoir apprécier.

Mais ! Car il y a un gros, un très gros Mais !

On ne dit pas un mot des changes flottants.

Changer de monnaie de réserve dans un système de changes flottants n'est pas une mesure insignifiante. Elle interdit aux Etats Unis d'utiliser le dollar pour financer indéfiniment les déficits de sa balance des paiements. Mais en quoi interdit-elle les fluctuations aberrantes des monnaies? Le Franc Suisse et le Yen en seraient-ils assagis ? Les déséquilibres chinois en seraient-ils limités ? La dette grecque en serait-elle soulagée ? L'Euro en sortirait-il moins menacé ?

Il faut que tous les états soient rendus responsables de l'équilibre de leurs comptes extérieurs avec des disciplines très fortes. Sinon les échanges réels deviennent secondaires dans les cours des devises et tout devient un casino financier. Il faut que les produits s'échangent contre les produits, et non pas contre des dettes volatiles qui font le tour du monde plusieurs fois par heure. 

Il faut que l'accent soit mis sur la croissance pas exclusivement sur la stabilité des prix à la consommation et donc changer la perspective de la gestion de la monnaie par les banques centrales.

Pour cela il faut revenir aux disciplines d'un système de changes fixes et ajustables et mettre fin aux changes flottants.

Une fois de plus on voit que malgré l'évidence des besoins et des faits qui ne sont plus esquivés, la question des changes est posée, et on voit bien qu' elle est centrale, le tabou des changes flottants est toujours aussi absolu.

Terrible tabou.

Qui osera dans la PQN le faire sauter ?

Ce n'est visiblement pas pour demain.

Les discussions du G.20 risquent  d'être totalement stériles avec une Europe muette et un conflit Etats-Unis Chine qu'ils ne voudront pas régler au G.20. Pourquoi le feraient-ils ? 

Sauf divine surprise. On peut toujours rêver.

 

 

 

Paul Krugman invente le keynésianisme ascensionnel "no limit"

Personne n'a très bien compris ce qui a valu à Paul Krugman son prix Nobel ou ce qui en tient lieu, faute d'une œuvre théorique particulièrement remarquable.

Les mauvaises langues disent que sa longue critique de George Bush dans le NYT est la seule justification de cette distinction qui parait d'autant plus étrange que, malgré son flot de critiques acerbes,  P. Krugman est de ces experts médiatiques qui n'ont pas vu venir la crise et qui ont le plus grand mal à en faire l'analyse.

Le résultat est une course de rattrapage qui conduit à la surenchère dans le keynésianisme débridé,  désormais vis à vis de l'Administration Obama elle-même (horresco referens !). 

Voici donc que notre auteur compare la situation de 2010 à celle de 1938  et propose pour en sortir qu'on ne refasse pas les erreurs du passé et qu'on n'hésite pas à s'endetter aux hauteurs astronomiques qui permirent de financer la guerre de 40. En temps de paix !

Alors que la situation de l'endettement des Etats-Unis, dont plus personne ne sait dire s'il se situe au dessus de 400% ou de 600% du PIB, est littéralement du jamais vu en temps de paix, il faudrait encore surenchérir.  Finançons par la planche à billets la paix comme nous avons financé la guerre et tout ira mieux. "La crise peut être vaincue", dit notre auteur. Au prix d'un aventurisme qu'il faudrait admirer.

Paul Krugman ne comprend pas ce qui est arrivé au monde en général et aux Etats-Unis en particulier. Il raisonne comme si l'économie avait été soumise à un choc externe si violent (dont on se garde bien de proposer un scénario)  qu'il devait conduire à la dépression et qu'il suffit d'éviter les grandes erreurs de 29 pour conjurer le malheur. 

La Doxa depuis les années 60 est que la crise de 29 en elle même, n'était pas dramatique et qu'il eut suffi de prendre les bonnes décisions pour éviter les tourments de la dépression. Milton Friedman avait pointé les erreurs de la FED qui avait contracté l'offre de monnaie, accélérant le "credit crunch" : depuis Greenspan on lâche les vannes monétaires à tout va à chaque ralentissement. Keynes avait souligné que la trappe monétaire rendait cette politique de toute façon inefficace : l'investissement public devait venir en support de la "demande globale".  

On a donc laissé filer les déficits publics et conçu des "plans de relance".

Divers économistes ont souligné les erreurs du New Deal mais aussi que la récession de 1938 avaient été partiellement provoquée par l'arrêt du soutien de la conjoncture. On entend donc des voix soutenant que les plans de relance seront nécessaires tant que la récession ne sera pas vaincue.

Mais personne n'avait proposé d'entrer en temps de paix  dans une économie de guerre avec ses endettements pharamineux.  

Le gros défaut de bien des économistes universitaires est de toujours lire l'actualité avec l'œil dans le rétroviseur (c'est très rassurant). Bien sûr il faut retenir les leçons de l'histoire.

Mais il faut aussi regarder les réalités du moment.

Nous sommes de facto depuis 1971, de jure depuis 1973, dans un système de changes flottants et d'ouverture totale des mouvements de capitaux à court et à long terme qui est totalement différent de ce qu'on a connu précédemment et qui implique d'une part de comprendre les mécanismes propres de ce système et aussi la manière dont il remet en cause les pratiques et les idées précédentes.

Il n'y a aucune base qui permette de justifier l'efficacité du keynésianisme en système de changes flottants. Au contraire depuis 1974 on sait que cela ne marche pas comme avant. Alors un keynésianisme fou sera-t-il la solution ? Il faudrait au moins entrer dans le détail. Citer la guerre de 40 ne suffit pas.

La crise actuelle est la crise d'un endettement colossal et mondial alimenté par le mécanisme de la double pyramide de crédits et permis par les changes flottants et le rôle du dollar comme monnaie de réserve.

Evoquer la relance massive de l'endettement à des niveaux de guerre sans attaquer au fond les difficultés du système monétaire et ses conséquences est indéfendable.  Quand on n'a rien compris on ne lance pas dans des suggestions folles sur la seule foi d'une comparaison historique biaiseuse.

Car elle est biaiseuse. Si Krugman avait la patience d'étudier les cycles économiques décennaux, il s'apercevrait que la crise de 1938 est mondiale et qu'elle a frappé partout, chacun s'attachant à donner une explication "nationale" parfaitement controuvée. Krugman relève des mesures spécifiquement américaines comme Alfred Sauvy avait pointé du doigts quelques mesures irréfléchies du Front Populaire (et notamment les 40 heures). Les deux visions sont trop courtes.

On ne peut pas comparer la situation de 1938, pratiquement dix ans après le déclenchement de la crise, et celle de 2010, deux ans après le début de la récession. Le tout à 80 ans de distance !

Oublions la théorie économique. Visiblement P. Krugman a voulu encourager Obama à prendre  des mesures fortes de relance. Elles sont certainement nécessaires. Mais elles sont loin d'être suffisantes et P. Krugman commet l'erreur, générale chez les économistes qui tiennent le haut du pavé aux Etats Unis, de ne pas regarder avec assez de précision la question du système monétaire international.

Et il n'est pas sûr qu'il soit très pédagogique de proposer des bonnes mesures avec de mauvaises raisons.   

Lewis Holden pour le Cercle des Economistes E-toile

Non l'Allemagne n'est pas un paradis économique !

Si les Allemands lisaient la presse française ils seraient terriblement étonnés. Partout ce n'est que louange pour la sérieuse et vertueuse Allemagne déjà sortie du trou de la Grande Récession et déjà sur le rythme d'une croissance endiablée. La belle monture serait si fringante qu'elle aurait laissé toutes les autres sur place et que tout cela menacerait gravement l'Euro et l'Union Européenne.

Ils semblent que les analystes qui se sentent saisis d'une telle frénésie au seul vue des statistiques de croissance du second trimestre aient oublié quelques réalités de base :

- Le système bancaire allemand est globalement très fragile. Il ne s'agit pas seulement des banques spécialisées dans le crédit immobilier. Les Landesbanken sont très sous capitalisées, trop petites et en proie à mille soucis.  Presque toutes les grandes banques sont porteuses de crédits qui en cas d'effondrement de l'Euro deviendraient irrécouvrables.

- L'Allemagne de l'Est est à la fois un boulet et une opportunité. Le choix d'Helmut Kohl d'une parité monétaire immédiate a créé une pression déflationniste en Allemagne qui se traduit principalement sur les salaires. De ce point de vue, l'Est de l'Allemagne est exactement dans la même situation que la Grèce. Elle ne peut pas jouer sur le change pour créer un appel d'investissement et de dépense. Il faut donc partout en Allemagne freiner les salaires. La retenue qu'on applaudit en France est plus le fruit de la réunification que celui d'un calcul de domination de l'Europe par une compétitivité antisociale voulue.    

- Les Allemands admettent les contraintes par solidarité nationale avec l'Est. Ils l'admettent à l'Ouest avec plus que des réticences. Cela grogne.

- L'économie allemande, exportatrice par construction grâce à son Mittelstand, bénéficie formidablement de l'Euro qui évite une dérive de la monnaie du type de celle qui frappe le Yen et le Franc Suisse. Merci l'Europe.

- La démographie allemande est un désastre. Au rythme actuel les plus pessimistes prévoirnt qu'il ne restera plus personne en Allemagne avant la fin du siècle... En tout cas plus un seul Allemand. Le malthusianisme démographique allemand est un drame dont les Allemands n'ont pas encore pris la mesure. D'autant qu'il s'accompagne d'un vieillissement rapide de la population restante.

- Les entreprises allemandes ont été durement touchées par la crise et le restent. Le nombre des faillites n'a jamais été aussi haut. Si le marché international global a chuté de 12 % selon les statistiques du FMI, la sphère de la demande intéressant l'économie allemande a chuté de plus de 15%. De très nombreuses entreprises moyennes ont vu leurs ventes chuter de plus de trente pour cent (certaines jusqu'à 80% !).

- L'embellie du commerce mondial constatée au second trimestre 2010 a fait long feu et on assiste actuellement à une stagnation plus qu'à une croissance. Les entreprises allemandes craignent que l'économie mondiale n'ait pas rétabli sereinement ses circuits commerciaux. Tout cela est très fragile.

Décidemment non ! L'Allemagne n'est pas un îlot de prospérité dans l'océan du marasme européen. Elle souffre comme les autres. Elle bénéficie plus que les autres de la baisse relative de l'Euro.  Et elle dépends de l'Europe pour son avenir économique, pas seulement du stop and go chinois en matière d'investissement.

Il n'y a pas de paradis économique allemand.

Karl Peiper pour le Cercle des économistes e-toile

Nicolas Sarkozy et la réforme du système monétaire international

Comme souvent, Nicolas Sarkozy  donne le sentiment qu'il a une  claire conscience de ce qu'il faut faire.  La difficulté est parfois de déterminer s'il se coule dans une ligne de pensée toute prête et politiquement correcte dont il cherche à s'approprier les effets d'image ou si véritablement la pensée sous jacente est enracinée et peut servir de terreau à des réformes réelles.  On l'a ainsi vu balayer tout le champ des diverses démagogies à la mode : le réchauffement climatique ; les RSA  y compris pour les moins de 25 ans, la pénibilité pour les retraites, la baisse de TVA pour la restauration, ...
Evidemment, un politique fait de la politique et il est difficile de le lui reprocher.

S'il est toutefois un domaine où l'opportunisme a peu de chance de donner des résultats, c'est bien celui des questions monétaires internationales.

Nous avons écrit et répété ici que la taxation des transactions financières était une mauvaise idée surtout si on ne lui donnait pas un rôle précis. Pour "faire gauche" on peut  piquer un thème  aux vieilles barbes du communisme cachées sous le masque de l'altermondialiste en reprenant l'idée d'une taxe Tobin.  Mais il fallait choisir. S'agissait-il d'une taxe :
-  pour faire face au sous-développement ?
- pour financer les politiques contre le réchauffement de la planète ?
- pour garantir que les banques se sortiraient toute seules de la prochaine crise financière ?
- pour sortir de la crise de la dette ?

La taxe Tobin n'avait aucun de ces buts. En avoir fait une espèce de couteau suisse permettant d'ouvrir toutes les boites de pandores et avoir développé des raisonnements changeant en fonction des besoins de dépenses les plus criants ou des thèmes les plus médiatiques du moment, on allait droit à l'échec.

Cet échec est désormais patent. L'initiative franco-allemande ne tenait pas la route et est en train de dérailler.
Il ne faut pas jouer avec les mots et les concepts.

Il n'y avait qu'une manière de traiter de la question d e la taxe Tobin : c'était celle de Tobin.  On mettait un gourdin de grosse dimension en place pour bloquer les mouvements spéculatifs à court terme sur les marchés de changes.   Cela impliquait d'avoir des réponses solides sur des tas de questions difficiles :

- fallait-il réellement bloquer les transactions financières d'horizon court sur les marchés des changes ?
- ce blocage aurait-il un effet quantifiable et serait-il favorable ?
- n'y aurait-il pas d'autres moyens de faire pour résoudre des difficultés qu'on aurait bien pris le soin  de préciser ?

Ne présenter aucune réponse publique à ces questions  était la certitude de l'échec.  Les gouvernements, surtout lorsqu'ils se réunissent, ne peuvent se mettre d'accord sans un minimum de rationalité.

On notera que depuis que Mme Lagarde et M. Kouchner ont lancé la campagne sur la taxation des  transactions  financières, dans un article ambigu et vide,  il n'y a eu aucune explication  et aucun débat dans la presse sur aucune des questions clés qui auraient mérité quelques développements.

Croire que l'on peut faire de la politique aussi technique sans le moindre débat public, en s'appuyant sur des intuitions et des experts à toutes mains et à toutes fins, est une illusion. 

Comme nous l'avons toujours expliqué, Tobin était un économiste très fin et un connaisseur hors pair des questions monétaires internationales, ce qui, dans le petit monde des économistes, est une rareté.  Il n'y a aucun doute que sa proposition s'appuyait sur un diagnostic et un pronostic  exact et grave : les changes flottants sans contrepoids quelque part aboutirait à une série de catastrophes. Il fallait refroidir la spéculation pour que les changes respectent d'abord les conditions d'ajustements des balances commerciales.  Des changes entièrement libres dans un système de changes flottants aboutirait rapidement à ce que les transactions purement financières  deviennent  de multiples fois plus importantes que les transactions commerciales ; la migration de capitaux courts moutonniers  de dimension mondiale auraient le pouvoir de tout dévaster périodiquement empêchant toute politique économique et mettant en défaut les moyens d'action des banques centrales.

Ce raisonnement est parfaitement juste. Il n'a cessé d'être confirmé. James Tobin a eu raison contre Milton Friedman qui prétendait que les marchés  s'optimiseraient tout seuls et que bientôt les taux d'intérêt seraient lissés et les capitaux dirigés de façon optimale vers les meilleures opportunités. 

La question technique difficile était double : à quel niveau de taxe le freinage de la spéculation commencerait à être efficace ? A ce niveau là, la solution n'aurait elle pas des effets collatéraux aussi néfastes que le mal à traiter ?

La question politique, elle, était sans réponse : comment espérer mettre en place une solution exigeant un haut degré de coopération entre les Etats au moment où on venait de mettre un système qui mettait fin à toute coopération organisée des états en matière monétaire ? Et si on en revenait à une forme de sagesse internationale et qu'une coopération devenait possible est-ce qu'il n'y avait pas mieux à faire qu'à essayer de gérer les inconvénients d'un système foireux.  Les changes flottants, cela ne marche pas et ne marchera jamais. Pourquoi tenter un cautère sur une jambe de bois ? Il était sans doute bien préférable de changer le système lui même.

En s'écartant de la technique et en n'offrant aucun raisonnement, aucune formulation un minimum technique, sur toutes ces questions, on tombait automatiquement dans la politichiennerie, style Attac : tout dans les apparences rien dans le dur des problèmes.
La  taxe Tobin n'était pas un "must" politique qu'on devait ressortir en changeant la sauce au fur et à mesure que les circonstances imposaient une recherche de ressources fiscales et que la mode suggérait des emplois nouveaux. C'était une manière de corriger un système déplorable. Il fallait donc d'abord faire la critique d'un système déplorable et d'autre part prouver que la solution en serait véritablement une.  Cherchez bien : si vous trouvez dans la presse un début de commencement de cela, vous avez gagné.

On peut craindre  que la recherche d'un thème d'animation de la présidence française du G.20 ne soit l'occasion d'un nouveau malentendu.

Nicolas Sarkozy a parfaitement raison de mettre en avant la nécessité d'une réforme du système monétaire international. Il a parfaitement raison de pointer du doigt les déséquilibres désastreux qu'on y constate. Il a encore raison d'attirer l'attention sur l'obligation où sont les états de constituer des réserves de change stériles pour faire face à des coups de chiens du marché monétaire international et des spéculations organisées. Tout cela est parfaitement exact et bien vu. Mais il gâche tout et d'un coup en affirmant devant les réticences que ces analyses provoquent qu'il n'est pas pour un retour à un système de changes fixes et ajustables.

Du coup on entre à nouveau dans les déclarations opportunistes sans cohérence technique qui n'ont d'autres vocations que d'aller à l'échec, surtout dans le cadre d'un G.20 qui est un trompe couillon chargé de "dresser la façade" comme disent nos amis anglo-saxons.

Si l'objectif n'est pas d'occuper le terrain politique par une agitation médiatico-narcissique et des opérations-image (nous ne jugeons pas de l'opportunité des opérations politiques) mais de résoudre les problèmes de fond, nous suggérons à Nicolas Sarkozy et à ses équipes de changer totalement de méthode.

Pour obtenir un résultat la France seule ne peut rien. L'affaire est claire depuis les tentatives du Général de Gaulle de 67-68. Le couple franco allemand n'est pas lui même suffisant. Il faut avoir le soutien de toute l'Europe et de ses institutions financières. La BCE, la Commission, la présidence permanente de l'Union doivent faire partie du jeu, autant que chaque présidence des pays membres. La grande question ici est le Royaume Uni.  Si au sein de l'Europe on ne parvient pas à convaincre le RU, comment espérer convaincre le monde ?

Ce travail n'a pas été fait.  

Il faut par ailleurs associer à ce projet des pays non européens et des institutions monétaires internationales.

Quelles institutions internationales ? Naturellement en premier le FMI et la BRI, mais aussi l'OCDE. Touts ces organes disposent de nuées d'économistes auprès de qui, moyennant les ordres nécessaires, ont peut obtenir de l'expertise et des conclusions. Et sans doute du consensus.

Ce travail n'a pas été fait.

Quels pays ?  Contrairement à ce qu'on croit de très nombreux pays sont frontalement opposés à une système de changes flottants qui leur a nui durablement. Aucun des pays en voie de développement n'est content d'avoir à gérer des mouvements de capitaux à court terme dont ils ne peuvent maîtriser la direction et qui à l'occasion peuvent devenir dévastateur. Le Japon vit un drame constant du fait de la surévaluation du Yen qui n'a aucune justification économique saine. La Suisse est dans le même cas. Même la Chine est inquiète pour ses réserves.  Les deux seuls pays qui défendent les changes flottants sont le Royaume Uni qui pensait être la plaque tournante des mouvements de capitaux libres et qui vient de recevoir le pire démenti qui soit sur la validité de cette stratégie et les Etats-Unis par passion impérialiste, alors qu'eux même sont désormais à la recherche d'une croissance qui se dérobe.

On voit que jamais les circonstances n'auraient été meilleures pour une offensive efficace contre les changes flottants et les privilèges douteux du dollar roi. Pour aboutir à un résultat il aurait fallu faire présenter par des économistes un travail de fond sur les causes de la crise actuelle.

Il fallait démontrer que la crise était un épisode de plus de la faillite du système des changes flottants. Il fallait démonter très précisément les mécanismes  du gonflement des dettes internationales et leur effet sur le déclenchement de la crise. Il fallait sortir de la bouillie infâme d'une explication de la crise par les surprimes et les comportements voyous des banques. Il fallait démontrer que les relances keynésiennes n'avaient aucun effet durable dans un système de changes flottants. Il fallait démontrer que les Etats Unis s'étaient mis dans le cas d'une stagnation de longue durée. Il fallait démontrer qu'un système du chacun pour soi signifiait la crise pour tous.  Bref il fallait démontrer qu'on ne s'en sortirait pas sans rien réformer sinon des broutilles.        

Si ces démonstrations étaient portées par l'OCDE, le FMI, la BCE, la conférence des ministres des finances de l'Europe, la nouvelle diplomatie commune de l'Europe, le nouveau président européen, le président de la commission européenne, le couple franco-allemand, alors on verrait le bout du tunnel.  Le RU n'est plus aujourd'hui en situation de s'opposer durablement à une réforme du système monétaire international. C'est un pays ruiné par la ruine même du système financier international qu'il prétendait régenter.

Les Etats-Unis seraient restés seuls face à tous. Avec une économie au bord d'une rechute sévère dans la récession et obligés à faire face à des critiques et des objections dont ses experts auraient eu du mal à se défaire.

Rien de ce travail n'a été fait. Ni DSK ni son principal économiste, Blanchard, n'ont fait le moindre effort intellectuel en ce sens. L'Europe n'est pas mobilisée. Les experts officiels français, à leur habitude, n'ont produit aucun travail convaincant (ont-ils produit un travail quelconque ?).

Le président français se satellise dans le froid sans qu'on sache bien quels sont ses objectifs.

Le G.20, sauf miracle, ne produira rien, sinon peut être un début de prise de conscience. La France risque de paraître un fois de plus comme isolée et rétrograde.  Une occasion majeure aura été perdue.  Au mieux,  on aura pris date.

C'est rageant. Il n'ya rien de plus important et urgent  aujourd'hui que d'obtenir une réforme du système monétaire international.

Didier Dufau pour le Cercle des Economsites E-toile



Une poussée de lectures révélatrice

 

 

 

Erreurs fatales : le rôle fondamental du tabou.

Le 10 mai 1940 la France est encore considérée comme la première puissance militaire mondiale. La nation vainqueur de la guerre de 14 dispose d'un Empire, l'Empire Français, sur lequel le soleil ne se couche jamais. Bien sûr la dénatalité la frappe. Bien sûr elle a subi de plein fouet la crise de 1929, au point d'être le pays qui en a le plus souffert avec des pertes économiques égales à celles de la guerre. Bien sûr elle est travaillée par le prurit socialiste et le vertige de la lutte des classes. Mais partout en Europe, en Orient, en Afrique, en Amérique du sud, on parle français, la langue de culture du monde. Sur tous les fronts de l'industrie, elle est là, ingénieuse et féconde.  

Une semaine après, les forces de Guderian ont passé la Meuse et le général George s'exclame : "la guerre est perdue". Tout l'acquit des rois, des empereurs et des républiques se trouve compromis et bientôt tout l'édifice sera à bas.  

"L'étrange défaite", écrira-t-on. Par quelle inconscience peut-on perdre tout sans avoir jamais eu l'intuition que cela soit possible ? Cette question, celle des erreurs fatales,  est fascinante. Elle mérite qu'on s'y arrête un instant.

La guerre de 14 avait fait apparaître deux innovations phénoménales :  la force mécanique ; les transmissions rapides. L'avion, le char et la téléphonie puis la radio téléphonie changeaient tout. On entrait dans un nouveau monde où le choc et  la vitesse, bien coordonnés, pouvaient tout emporter. L'ère des systèmes d'armes et d'information s'ouvrait. Hitler et ses généraux comprirent tout cela. Et ne s'en cachèrent pas. On savait tout des intentions du premier depuis Mein Kampf et tout des conceptions des seconds dès les premiers défilés et dès les premiers discours. Le Reich millénaire comptait sur la science et sur la technique pour s'imposer au monde. Les attachés militaires et le renseignement n'avaient pas à multiplier les exploits pour comprendre que la Luftwaffe s'équipait à la fois pour des succès stratégiques et tactiques, protégés par une chasse capable de créer la supériorité aérienne et que les colonnes mécanisées, basées sur le char et protégées par une "flak", une défense contre avion, particulièrement bien équipée et ingénieuse, seraient le fer de lance des batailles.

Que fit la France pour se préparer à cette nouvelle bataille mécanique ? On sait qu'elle construisit la ligne Maginot.  On sait aussi qu'elle construisit des chars et des avions. Beaucoup de chars et pas mal d'avions. Tous ces moyens furent gâchés.

Pourquoi ?  A cause d'un tabou.

Le mot offensive devint tabou.  Pas un peu tabou. Totalement tabou. Un tabou ne concerne pas que les politiques. L'opinion politique échappe largement aux politiques. Il devint indécent de parler d'offensive partout et en particulier dans les medias. La presse ne manquait pas d'adjectifs pour qualifier tous ceux, rarissimes, qui auraient bien aimé qu'on tienne compte du monde tel qu'il se faisait et de ses conséquences en matière de concepts et de réalisation militaires. Aventuriste ; inconscient ; insensible ; etc.   

La glue intellectuelle et morale de la défensive contre "un feu qui tue", embourba à ce point tous les débats qu'aucune décision correcte ne put être prise de 33 à 40. Non pas que la France ait manqué d'énergiques dirigeants. Mais à tous les niveaux les discussions tournaient mal.

L'aviation ? Elle devait être le soutien des armées terrestres et dépendre de l'armée de terre. On voyait bien que sa dimension stratégique (offensives au loin, supériorité aérienne) imposait des réformes profondes. On créa un ministère de l'air. On songea à construire des unités de bombardement à distance. Certes pas pour accompagner une offensive mais pour servir de force de dissuasion.  On sépara un peu l'armée de terre et l'armée de l'air.  Mais partout l'état d'esprit était à la protection des armées de terre. L'avion était un canon comme un autre qu'un divisionnaire devait mobiliser "pour le bien du champ de bataille terrestre". De tiraillement en tiraillement, aucune doctrine correcte ne fut mise en place et tout sombra dès l'offensive allemande.

Pour le char, l'affaire fut la même. Il était au service du régiment. Il accompagnait les troupes à pied, à cheval et un peu en voiture. Il ne faut pas croire que nous ne construisîmes que des mauvais chars.  Un des Somua était une petite merveille et gagna quelques batailles contre les unités blindés nazies.  Là encore c'est le logiciel plus que le matériel qui flancha.  Les armées terrestres étaient derrière la ligne Maginot. Infranchissable, comme on le sait.  Le char et l'avion étaient là pour protéger le front si une percée, peu envisageable, se faisait.  

Des dizaines de micro décisions baignant dans l'esprit général de défensive s'employèrent à rendre inefficace toutes les innovations qu'on voulut bien mettre en œuvre. Par exemple on fit des chars à deux places et non à trois, et sans communication par radio entre eux. Le chef de char était également le tireur. Le chef d'unité pour communiquer devait sortir de son char et se ruer à pied vers les autres chars pour passer ses consignes ! Impossible de commander une attaque de chars coordonnée  poussant sur plusieurs kilomètres.  Et on avait oublié de régler bien la question du ravitaillement. On n'approvisionnait pas les chars en mouvement. Il fallait qu'ils reviennent à la pompe !

Naturellement on avait oublié la défense contre avion. Alors que les nazis avaient inventé une arme terrible, un quadri tube de 88 à haute fréquence de tir, associé à une tactique bien rôdée (le mur d'obus et non pas le tir sur cible individuelle),  les Français avaient une dotation de mitrailleuses pour les unités terrestres (en générale jamais complète sur le terrain) et rien pour les concentrations de chars qu'ils finirent par rassembler pressés par la nécessité.  

Le tabou avait faussé toute la chaîne des décisions, de la conception des matériels à celle de leur emploi.

Alors on courut de désastres en désastres. Faute de défense contre avion les troupes terrestres se firent étrillées par l'aviation adverse. En revanche notre aviation tactique fut dévastée par la flak allemande à chacune de ses sorties. Faute de supériorité aérienne stratégique, notre chasse courut d'une crise à l'autre en état permanent d'infériorité.  La formation des pilotes avait prévu des combats aériens entre petites unités. Que faire contre des escadres de bombardiers de plusieurs dizaines ou centaines d'avions ?  Le mystère prit la vie de quelques dizaines d'aviateurs courageux mais impuissants.  On demanda aux bombardiers dits "horizontaux", chargés des bombardements lointains de jouer au chasseur de char là où les trouées se faisaient. Naturellement sans aucun résultat.

Bref, en quelques jours, tout était par terre.

L'histoire de la défaite de quarante est toute entière celle de la force destructrice du tabou dans un monde qui bouge.

Quand la pensée est inhibée aussi bien dans les étages de décision que dans les médias et dans l'opinion, on n'obtient, au fur et à mesure que l'écart entre les réalités et leur perception grandit, qu'une suite incohérente de décisions qui paraissent toutes sur le moment parfaitement justes mais qui sont en fait des cautères sur des jambes de bois. 

Quand le malheur frappe tout est dépeuplé. Et la panique s'installe.

Les grands tabous qui peuvent à certains moments s'emparer des peuples sont les pires maladies sociales qu'ils puissent subir. Quand ils deviennent mondiaux, les catastrophes sont sans limite.

Dans les années 1870 l'orthodoxie de l'étalon or s'est généralisée. Enseigner une idée contraire ou simplement un peu critique dans les universités et les cénacles économiques n'était pas simplement vertueusement condamnée : son auteur était chassé pour inconvenance. La suppression de l'argent monétaire lorsqu'on se décida à un monométallisme-or provoqua un "credit crunch" si considérable que pendant 25 ans le monde occidental connut "la grande dépression". Même encore aujourd'hui la force du tabou sur cette période reste si forte qu'il est presque considéré comme inconvenant de rappeler cette évidence dans les cénacles universitaires (si tant est qu'il en reste encore un qui s'intéresse à la question).

La crise de 1929 a été souvent décrite comme la marque d'une fixité idéologique libérale face aux évènements.  La vérité est un peu différente :  personne n'avait réellement compris le monde de monnaies administratives qui s'était mis en place et dont il était devenu presqu'impossible de sortir.  Des océans de dettes, des organisations de faits ou de droit nouvelles et non éprouvées, le désordre dans les esprits avec la révolution soviétique et les poussées socialistes en Occident, la situation était si bouleversée que les esprits n'étaient pas préparés à faire face. On fit glorieusement n'importe quoi avec les résultats que l'on sait.

Dans le cas de la crise actuelle, on voit revenir la force démoniaque du tabou. Les changes flottants sont couverts par un tabou absolu depuis 40 ans. Impossible de faire valoir aucun argument, aucune observation. La presse quotidienne française, à la remorque de la presse anglo-saxonne, n'attaquera JAMAIS le tabou des changes flottants et de la monnaie de réserve américaine. C'est IMPOSSIBLE.

Aussi impossible que d'évoquer les contraintes et nécessités de l'offensive dans les années trente en matière militaire.

Tout le monde sait, et il suffit de regarder pour voir, qu'aucune des assertions de Milton Friedman sur les changes flottants, le seul auteur à avoir élaboré des bouts de doctrine sur ce système, ne s'est réalisée. Les intérêts devaient converger : nous vivons les "spreads" les plus épatants qu'on puisse trouver. Les taux de change devaient converger : c'est la danse de St Guy la plus parfaite. Les réserves monétaires devaient diminuer partout : elles n'ont jamais été aussi hautes. Rien, rigoureusement rien, n'a marché selon la théorie. Elle est donc fausse.

- Vous avez dit : fausse ?

- Elle l'est en effet. Irrémédiablement.

- Et vous dites : destructrice ?

- Mais oui.  Chaque crise, 74, 93,  2007-201x, est plus destructrice que la précédente. Les trente glorieuses sont mortes et enterrées depuis la destruction des accords de Bretton-Woods.  Ce que nous vivons depuis deux ans est une tragédie : des millions de chômeurs ; des états au bord du gouffre, le progrès économique et social partout en régression ou  à l'abandon. 

- Et vous savez faire le lien entre système monétaire international défaillant et la crise ?

. Bien sûr.  C'est même si simple à faire que la prévision de la survenue de la crise  et de sa dureté était un enfantillage.

- Alors tout cela, c'est à cause des changes flottants et de l'utilisation d'une monnaie nationale comme monnaie de réserve ? 

- Evidemment oui !  On a tout : les causes lointaines et immédiates ; les mécanismes détaillés. Tout. Vraiment tout. Même un enfant de 10 ans maîtrisant les pourcentages pourrait voir et comprendre.

- !?!

- Vous allez donc faire droit à ces analyses ? Tenter de convaincre les gouvernements ? Faire bouger l'opinion ?

- Oh non. Tout cela est trop technique. On ne veut pas passer pour des ringards. De toute façon aucun économiste ayant une position un peu établie ne défend ces thèses, à part quelques vieux fous  considérés comme vaguement sectaires.

Voilà la force du tabou. 

Comme le militaire qui dans les années trente parlait armée mécanisée et offensive  était aussitôt cantonné et marginalisé dans les armées françaises , l'économiste qui remettra en cause le tabou des changes flottants sera aussitôt banni des bons cénacles par les économistes nullissimes mais sûrs d'eux qui ont si bien expliqué que la crise était "imprévisible" et qui n'ont aucune solution pour en sortir, sinon le polissage de leur mythologie idéologique personnelle ou collective.  

Dans les années trente, une presse confite dans ses postures et ses clientèles ne disait rien des risques de la défensive et des atouts de l'offensive. La PQN d'aujourd'hui se tait avec ostentation dès qu'il faut remettre en cause les changes flottants.

Le blocage intellectuel des "élites" est total.

Les hommes eux souffrent.

L'Occident recule. Les Etats unis se lézardent.  L'Europe se ridiculise. La France s'enfonce dans le rien du tout !

Quel spectacle !



Les mécanismes de la dette à plus de 300% du pib (fin)

Qu'elle serait l'inconvénient de revenir à un système régulé des changes avec une monnaie de réserve mondiale indépendante d'un pays national ? Les Etats Unis se trouvent-ils si flambants  aujourd'hui ?  Et la Chine ? Elle tremble de tous ses membres devant son tas de dollars qui risque de lui claquer dans les doigts.  L'économie casino était elle aussi belle que cela ?  Bien sûr les financiers ont gagné des sommes gigantesques mais au prix de la ruine du secteur bancaire qui sans le secours des Etats serait aussi radicale que définitive.  Bien sûr les Etats unis ont financé leur déficits monstrueux sans avoir à faire le moindre effort pour les réduire. Mais au prix d'une crise dont ils sont loin d'être sortis et dont ils ne sortiront pas seuls.  Le "moteur américain" n'existe plus. Il était entièrement alimenté par la dette. Et la dette aujourd'hui, mon bon Monsieur !

Le seul vrai risque est de croire qu'une fois de plus après un temps de difficultés tout va reprendre comme avant, avec des accords Bâle III, IV ou XIX, des restrictions de bonus  et un petit coup de trique sur les agences de notations. La pyramide de dettes est encore là, même si on la "roll over" avec ténacité . Les mécanismes dangereux aussi. Tout peut encore exploser.  Si l'Euro disparait  nous aurons le fameux effondrement des monnaies européennes non plus voulu mais de facto.  Et bonjour l'effondrement des dettes donc des créances partout où elles sont. Le nouveau "crédit crunch" sera encore pire que celui que nous venons de vivre. 

On ne peut pas aujourd'hui penser la dette sans penser le système monétaire international.   C'est là qu'il fallait agir il y a trois ans, quand le marché interbancaire s'est bloqué. C'est là qu'il fallait agir en septembre 2008, quand le système bancaire a explosé. C'est là qu'il fallait agir quand les états sont arrivés en première ligne avec leurs dettes intolérables.  C'est là qu'il faut agir aujourd'hui.

Pendant que les dirigeants mondiaux, repliés sur eux mêmes et leurs petits calculs,  font perdre son temps au monde entier, les peuples souffrent. Ils ne seront patients qu'un temps. Craignons l'impatience des peuples.  C'est un risque bien plus grand que celui d'une réforme du système monétaire international.

Comment des économies mondiales majeures peuvent-elles s'endetter au delà de 300% du PIB ?

L'épisode de crise  économique sévère que nous vivons depuis le blocage du marché interbancaire en juillet 2007 et surtout l'effondrement bancaire de septembre 2008, présente une caractéristique originale : la dette globale des premières économies mondiales a soudain dépassé les 300% de leur PIB.  

De tels taux sont intenables. On peut faire toutes les hypothèses que l'on veut sur le taux d'intérêt moyen comme sur la maturité moyenne de la dette, on trouve toujours pour l'amortissement du principal et le paiement des intérêts un prélèvement sur le PIB intolérable.  Si on prend un taux d'intérêt moyen de 3% et une maturité moyenne de 9 ans, deux hypothèses très favorables, un endettement de 270% du PIB exigera une prise sur la richesse produit annuellement de 30%  pour l'amortissement et de 7.1% pour l'intérêt. Si on pousse la dette à 360% du PIB avec un taux d'intérêt de 5%, avec une maturité de 5 ans, les chiffres passent respectivement à  72% et 18% soit 90% de la richesse produite !

Les chiffres différent selon les sources. Les chiffres donnés par McKinsey et cités dans l'Economist sont plus bas que ceux du FMI. On voit la dette du Japon à près de 450% du PIB.  Celles de la Grande Bretagne, de la Corée, de la Suisse et de l'Espagne au dessus de 300%. Celles des Etats Unis, de l'Italie et de la France  un peu au dessous de 300%. En fait on sait que le FMI a calculé la dette américaine à près de 360% du PIB des Etats Unis en 2008.

Notons au passage que ce chiffre critique de l'endettement global d'un pays n'est pas une statistique facile à obtenir et ne fait pas partie des indicateurs généralement suivis. Ce qui est une très grave erreur et une lacune que nous invitons Eurostat et l'Insee à corriger d'urgence, en donnant la maturité moyenne et le taux d'intérêt moyen.  Cet index a une importance critique. Faute de l'avoir suivi avec soin au cours des années la plupart des économistes n'ont pas vu venir la crise.

Un simple calcul, nous l'avons vu, permet de conclure que dès qu'on dépasse 150 à 200% on entre dans une situation intenable dans la durée.  On parle de ratios de dettes pour les banques, il faut étendre ce concept aux économies.

Quand s'est donc produit le gonflement (inouï en temps de paix) des dettes globales ? La situation commence à s'aggraver après la rupture des accords de Bretton-Woods. Une accélération majeure se produit après la crise boursière de 1987   et le relâchement général de la création monétaire à l'arrivée de Alan Greenspan à la tête de la FED. La crise de 92-93 donne un coup de fouet à l'endettement  : celle de 2001-2002 l'aggrave. Pendant des mois la FED pratique des taux d'intérêt négatifs. Et tout le système s'emballe en 2006 et 2007 jusqu'aux  premiers accidents de juillet 2007. La phrase que l'on entend dans les milieux spécialisés : "un blocage de ce genre du marché interbancaire cela ne s'était jamais vu". On vient d'entrer en terra incognita.

Pourquoi les marchés interbancaires se bloquent-ils ? Essentiellement parce que le remboursement de la dette n'est plus possible. La seule technique pour faire face à cette dette monstrueuse c'est le "roll-over". On refinance indéfiniment la dette.  Le refinancement devient difficile pour nombre de banques dès que la FED remonte ses taux directeurs. Toute la pyramide de dettes vacille, entraînant les banques dans le développement à toute vitesse des CDS et de la titrisation. On se débarrasse d'une partie de la dette menaçante sur des tiers : épargnant, gestionnaire de trésorerie, assurance...

Mais les marchés de dérivés titrisés se bloquent bientôt. La méfiance s'installe partout. Les banques les plus fragiles, celles qui ont cru devoir essayer de rattraper les "gros" commencent à fléchir puis les banques de l'immobilier. La panique s'installe bientôt. Des ruées ruinent certaines banques sauvées par les Etats.  Jusqu'à l'effondrement final.  Rien ne pouvait empêcher que ce scénario se produise.

Le grossissement indécent de la finance ne se mesure pas seulement par l'en cours de dette. La part du secteur financier  dans les bénéfices globaux s'envolent au détriment des autres secteurs. Le secteur financier recrute en masse et verse des rémunérations chaque années plus faramineuses depuis ... 1975. Ce ne sont ni un accès subit de cupidité, ni des pratiques déloyales des banques, qui expliquent ces largesses. Les gains sont là parce que le secteur financier prélève une part constamment plus grosse du PIB, à proportion du gonflement de ses bilans.  Les agences de notations, les contrats alambiqués, l'emploi des mathématiques et la rémunération sans limite  des directeurs de banques  jouent un rôle secondaire. Le levier de ces gains est dans l'accroissement indéfinie (pensait-on) de la dette. Les servants d'une dette de 300% du PIB sont aux premières loges pour confisquer l'essentiel des gains de PIB. Et le font. Toutes les enquêtes montrent notamment aux Etats-Unis (en France, on a des pudeurs...) que la part prélevée par le secteur financier est devenue excessive  dès la fin des années 70 et hégémoniques dès la fin des années 90.

L'accroissement indéfini de la dette est bien le cancer qui depuis le début des années 70 a attaqué l'ensemble de l'économie mondiale et, de crise en crise, a fini par créer la plus forte récession depuis 1929.  Lorsqu'on dit : un cycle se termine, on veut dire : il est impossible que les quarante années que l'on vient de vivre se perpétuent sur le modèle absurde et voué à l'explosion  qui s'est installé après 71.

Quel est donc le virus qui a provoqué cette cancérisation par la dette ?

On peut résoudre cette énigme comme toujours en l'abordant par ses composantes. L'endettement global est composé de quatre parties qui ne vivent pas selon les mêmes règles.

Prenons les entreprises. A-t-on vu une augmentation massive de l'endettement des entreprises depuis 1971 ? Pas vraiment. En fonction des taux d'intérêt et des modes, les entreprises se financent plutôt par le recours aux actionnaires, ou au marché obligataire ou au crédit bancaire.  On sait parfaitement que l'endettement devient rapidement un problème si son ratio avec le capital devient excessif.  Les trésoriers savent qu'il faut emprunter lors que les taux d'intérêts sont au dessous du rendement interne des capitaux investis. Ou lorsque les épargnants ont été douchés par une crise boursière. Mais que dès que le taux d'endettement s'élèvent au dessus de 50% de l'actif, les banquiers deviennent nerveux. Alors on ne voit les taux d'endettement s'envoler qu'en fin de cycle, dans les deux-trois ans euphoriques qui précédent les récessions décennales. Dans la phase qui suit, la contraction est immédiate et souvent sévère.  On retrouve ce mécanisme d'entraînement entre 1998 et 1991, puis de 2005 à 2008, avec les contractions violentes subséquentes. Ce n'est pas l'endettement des entreprises non financières qui est à la source du gonflement global de l'endettement.

Prenons maintenant les particuliers. L'endettement des particuliers est directement lié au niveau des taux d'intérêt et de la propension à prêter des institutions financières. C'est vrai à l'évidence pour le financement de l'immobilier qui, de plus, à son cycle propre  sur 15- 20 ans.  Déprimé à la suite du renversement du début des années 70, il renait à partir du milieu  des années 80 et s'emballe avec les taux bas qui suivent la crise du débat des années 90. On croit que la crise de 2001 va assécher la rivière. Pas du tout : les taux négatifs de Greenspan  relance la machine. Compte tenu du poids dans un budget du logement, l'enflure de la dette des particuliers dans le total de la dette est progressivement plus visible. En 2008, elle représente pratiquement 100% du PIB avec de fortes disparités (l'Espagne, la Grande Bretagne, comme certains pays de l'Est fraîchement arrivés dans l'économie mondiale  sont plus touchés, de même que les Etats unis via les subprimes).

Suivons maintenant la dette des Etats.  Elle est directement liée au financement des déficits budgétaires. Il va de soi que des taux d'intérêt bas stimule les possibilités d'emprunter à bon compte et donc de soulager le besoin d'augmenter les impôts. Mais le cœur du mécanisme est ailleurs. Comment la France a-t-elle fait pour passer d'une situation assainie de ses finances publiques au sortir du septennat raccourci de Gorges Pompidou, malgré les folies de mai 1968, au désastre actuel ?

La première raison du gonflement de la dette, celle que tout le monde évoque, est naturellement la tendance des dirigeants à dépenser toujours plus pour complaire à leur électorat. En France, le développement de "l'énarchie compassionnelle, sorte de compromis historique entre la haute fonction publique et des formes larvées de socialisme, a été une force permanente derrière le gonflement injustifié des effectifs de fonctionnaires  et la mise en place de systèmes de subventions perpétuellement en besoin de financements complémentaires. La pression sur les recettes a été permanente. Le grignotage insidieux finit, au bout de trente ou quarante ans, par représenter des masses financières colossales.  La dépense publique qui représentait 35% du PIB à la fin des années 60 est ainsi passée à plus de 55%.  

A raisonner ainsi on perd l'essentiel. Après tout, si ces dépenses avaient été financées par l'impôt, il n'y aurait pas dettes. Tout le monde peut constater qu'il y a eu une hausse fabuleuse de la pression fiscale en même temps qu'un gonflement déraisonnable de la dette. Il faut donc creuser un peu plus.

Le mécanisme fondamental qui est à l'œuvre est tout simple : l'impôt est progressif. Le seul fait du trend de croissance provoque automatiquement un accroissement de la pression fiscale. Il va de soi que comme tous les chiffres économiques critiques, la propension marginale des impôts à croitre avec la croissance n'est pas rendue publique. C'est le principal moyen des états pour vider les poches de leurs concitoyens sans qu'ils en aient conscience. Les états voient donc spontanément la part de leurs recettes dans le PIB augmenter s'ils ne contrarient pas le mouvement d'une façon ou d'une autre. En France où l'amour pour l'impôt (des autres) est un fait culturel fort, personne n'a jamais songé, à gauche mais aussi à droite, à faire apparaître le phénomène et à le corriger. La progressivité de l'impôt est peut être un élément de justice fiscale mais n'a jamais été prévue pour accroître indéfiniment la part de l'état dans le PIB.

Le phénomène est aggravé par le cycle économique de 8-10 ans. Pendant la phase de croissance rapide les recettes "prennent l'ascenseur"  pendant que le PIB "monte l'escalier".  La pression fiscale augmente rapidement mais personne ne le voit ni se plaint parce que le revenu général est en hausse.  Lors du retournement de conjoncture, le mécanisme joue dans l'autre sens. L'état perd plus que le PIB ne se réduit. Mais ses dépenses sont devenues "structurelles" et il ne peut augmenter les impôts à proportion des besoins. La dette enfle. Le cliquet à la baisse des dépenses publiques est un phénomène trop connu pour qu'on insiste plus. Il suffit de regarder ce qui se passe avec la préparation du budget 2011 pour se rendre compte de la force de résistance des subventionnés.

L'histoire de la dette récente de la France est entièrement écrite par les récessions successives de 74; 1982, 1993, 2001 et 2009. A chaque fois le gouvernement laisse filer la dette que ce soit Chirac, Mauroy, Béregovoy puis Balladur, Jospin puis Raffarin et aujourd'hui Fillon.  

On dira : vos mécanismes sont permanents. Qu'est ce que la période récente a de particulier ? Pourquoi est-ce que partout la dette publique a dépassé les 100% du PIB ?

Lors qu'on observe les courbes on voit en effet qu'avant 1971, le taux d'endettement des états baissent continûment. La guerre est un facteur d'endettement certain. Il faudra du temps pour amortir le coût de la reconstruction suivant la guerre de 40.  Mais la croissance est forte  et le cycle peu marqué pendant tout le temps du plein fonctionnement du système de Bretton Woods. Les recettes sont donc extrêmement abondantes pendant toute cette période ce qui permet un désendettement massif notamment des économies d'Europe occidentale.

L'ennui c'est que les trente glorieuses s'arrêtent avec l'introduction des changes flottants. La croissance (le trend mondial) est freiné de presque 0.5% et les crises  décennales deviennent de plus en plus sérieuses. Chaque crise cyclique (74,  93  et la crise en cours) est  "la plus violente depuis 1929".  Les gouvernements se retrouvent avec une moindre croissance structurelle de leurs recettes et des effets cliquets beaucoup plus violents. Partout les dettes s'envolent dans la foulée des ralentissements et des récessions.  

Simultanément sous l'influence d'Alan Greenspan, des flots de monnaies sont créés à chaque récession. Les taux d'intérêt sont historiquement bas. Les Etats insouciants comme la France y voient une aubaine. Vive la dépense publique, Vive l'impôt et Vive la dette ! On commence à s'inquiéter uniquement lorsque les taux d'intérêts à verser représentent la totalité de la valeur de l'impôt sur le revenu ! Sinon les malheureux qui du bout des lèvres appellent à un peu de restrictions se voient interpeller : dites-nous où vous trouvez vos économies : sur les enseignants et les infirmières ? Il est interdit non seulement de réduire la dépense publique mais même de l'envisager sans être aussitôt taxer d'être un "salaud" au sens sartrien du terme.

D'autres sont plus raisonnables. Des réformes profondes permettent de casser la spirale de hausse des prélèvements, de la dette et des dépenses publiques, en Australie, au Canada, en Hollande, dans certains pays nordiques. La Grande Bretagne après le coup d'arrêt Thatchérien, commet l'erreur avec Tony Blair de gaspiller progressivement les bénéfices engrangés. Le New Labor après avoir concédé que jamais il ne reviendrait au temps du "brownisme" étouffant de l'ancien labour, réhabilite progressivement la dépense publique notamment dans les hôpitaux et le système scolaire.

L'histoire de la dette publique est-elle dite ?  Non. Une autre force essentielle de l'accroissement de la dette publique est dans les sauvetages à répétition du système financier. Et pour le comprendre il faut maintenant s'intéresser au secteur des banques et autres institutions financières.

Jusqu'à l'explosion du système de Bretton Woods et au passage aux changes flottants, le secteur financier et notamment bancaire compte pour presque rien dans l'endettement global des pays. Compte tenu de l'inflation rampante lors des trente glorieuses, les dépôts sont constamment rognés. Les prêteurs ne sont pas à la fête.  Les banques non plus. Tenues pour responsables de la crise de 1929, elles sont corsetées dans une législation contraignante.  On gagne péniblement sa vie dans les banques de dépôts sur des crédits à l'industrie  et on fait très attention aux crédits aux particuliers. La monnaie est régulée par les banques centrales nationales et la discipline de Bretton-Woods impose de "ne pas faire plus de bêtises que les autres". Les bilans des banques sont sous contrôle.  Les Etats se financent en cas d'urgence par la création monétaire, provoquant de l'inflation mais évitant le gonflement de dettes publiques permanentes.  

Tout change avec la disparition des contraintes de Bretton-Woods. Il n'y a plus de système monétaire international. La contrainte des changes disparait. Que l'imbécile qui s'est fait prendre avec une monnaie qui s'effondre pleure tout seul dans son coin. Simultanément sous la pression idéologique de Milton Friedman on supprime tous les obstacles à la circulation financière et la majorité des barrières douanières : ce sont "les marchés" qui fixeront tout : le taux d'intérêt et la valeur respective des monnaies. Il fait bien prendre conscience de ce qui s'est passé : on a supprimé le cadre de coopération internationale des états et laissé aux seules forces individuelles des marchés le soin de trouver les chemins d'ajustements nécessaires.

Tout est biaisé dans le nouveau "non système" qui s'implante. D'abord, contrairement aux apparences, il n'y a pas de forces intellectuelles directrices derrière les nouvelles règles. Les Etats Unis ont déclaré une forme de chacun pour soi et tous pour l'Amérique tout en laissant les autres faire ce qu'ils veulent. Les pays serfs comme le Japon et l'Allemagne sont priés de faire gonfler la valeur externe de leur monnaie. Les autres ? Qu'ils se débrouillent !   Bien sûr, la nature ayant horreur du vide, on fera semblant de s'appuyer sur une doctrine économique solide. A nous Milton Friedman ! Or rien ne marche comme Friedman l'a écrit. La liberté économique transcontinentale  devait permettre aux financiers d'envoyer les capitaux là où ils sont le plus rentables, attisant la croissance. Pas de chance : le trend mondial baisse ! On devait avoir une convergence des taux d'intérêt : jamais on a vu autant de "spreads". Les devises devaient se stabiliser : elles grandes devises varient entre elles du simple au double !

En même temps on assigne aux banques centrales le soin de gérer des monnaies devenues à 100% administratives tout en leur assignant un seul objectif : pas d'inflation ! Le résultat sera risible : évalué en or le dollar et avec lui les principales monnaies perdra 98% de sa valeur entre 71 et 2010. L'once d'or passe de 35 à 1250 dollars !

Dès le milieu des années 70 le rôle des banques change. La variabilité des monnaies offrent des possibilités de spéculation phénoménales. D'énormes masses financières peuvent se déplacer à travers le monde. Les banques mettent un peu de temps à comprendre les nouvelles possibilités. Mais dès 77-78 on voit les salles de marché grossir à marche forcée. Spéculer sur des différences de taux et  de changes devient une source de profits démesurés. Il suffit pour cela d'accroitre le levier. Les banques commencent à devenir des emprunteuses. On crée de la dette pour pouvoir spéculer à court terme. Lorsque la spéculation ramène du 100% par an pour un intérêt de quelques pour cent, pourquoi se priver ?   

Nous voilà au cœur du système : une banque n'a pas les moyens seule de créer de la dette. Le multiplicateur de crédits ne fonctionne qu'à partir d'un apport initial de liquidité. Où se trouve la source de cette création nette de liquidité ?

Cette question est toujours très mal comprise et donne lieu à toute sorte de fantasmagories. Pourtant les aspects techniques ne sont pas très compliqués. Dans notre système de monnaie totalement administrative l'apport de monnaie est toujours le fait des banques centrales. Les banques centrales créent de la monnaie selon plusieurs schémas :  soit parce que les devises qui remontent dans ses comptes sont abondantes, soit parce qu'elle accepte de gonfler son bilan de dettes bancaires en plus grand nombre. Ou de dette d'état quand cela n'est pas interdit.  

Dans un système non régulé de n'importe quoi  structurel en matière de change chaque pays est soumis aux conséquences des décisions de la banque centrale du voisin. S'il resserre sa politique monétaire rien n'interdit à un agent d'aller chercher des capitaux ailleurs.  Bien sûr il ya le risque de change.  Mais on a des polytechniciens de la finance pour régler ces menus soucis.

La clef du système se trouvera nécessairement dans la gestion du pays qui a l'importance économique la plus grande. Si en plus il a imposé sa monnaie comme monnaie de réserve, l'importance de la politique suivie  par les autorités de ce pays devient cruciale. Si celles-ci se déclarent en faveur d'une doctrine de "benign neglect", tout est en place pour une catastrophe majeure.  

Les Etats-Unis n'ont pas voulu se contraindre pour sauver Bretton Woods. Ils ne vont pas plus se contraindre après que la flottaison du dollar a été décidée.  Le mécanisme de la double pyramide de crédits décrit par J. Rueff et quelques autres prend soudain l'allure d'un tourbillon incessant. Les déficits américains créent inlassablement de la monnaie dans les pays exportateurs qui la replace aux Etats unis. La spirale gonfle et se termine comme toujours en tornade. Où se constate le gonflement? Evidemment au sein des bilans des institutions financières. Dès 1985 l'endettement des banques représentent près de 50% du PIB des Etats Unis, contre  environ 20% en 1971.   Plus il monte, plus le risque global d'une rupture grossit. La première grosse explosion se produit en 92-93. L'ensemble du système bancaire explose et est virtuellement en faillite !  Il est sauvé par une inondation de création de monnaie et un nouveau gonflement de l'endettement des banques.  

C'est là qu'il faut regarder la situation du Japon. Dix ans avant c'était le grand gagnant de la mondialisation. Mais le voilà avec un système bancaire moribond que l'état doit sauver. En système de change flottant, les fonds courent vers les pays à fortes exportations dont la monnaie est solide. Le Yen s'est envolé. Pour faire face à cette hausse, qui asphyxiait le pays, les autorités n'ont pas su quoi faire. Entre carry trade plus ou moins aventuré, investissement des réserves dans des placements étrangers calamiteux, gonflement de bulles diverses notamment immobilières,  la crise de 92-93 allait avoir des effets dévastateurs.  L'état ne trouvera d'autre moyen que de venir au secours des banques pour éviter la spoliation totale des déposants et la ruine des entreprises.  En un mot le Japon a connu avec 20 ans d'avance ce qui est aujourd'hui le lot commun.  Le Japon est aujourd'hui à 450%  d'endettement par rapport à son PIB !  La Grande Bretagne qui a voulu jouer le deus ex machina derrière toute cette folie financière alimentée par les déficits américains et la politique monétaire foldingue de Greenspan se retrouve avec une dette globale de près de 400%. Ne parlons pas de l'Islande !

Les taux d'endettement étatique les plus monstrueux ne proviennent pas  "des enseignants et des infirmières" mais des conséquences d'un système monétaire et financier fondé sur les changes flottants et une monnaie internationale...nationale utilisée sans frein ni complexe.

Lorsque l'on dit : la crise actuelle vient indiscutablement des Etats-Unis, c'est vrai. mais c'était tout aussi vrai de la crise de 74 et de celle de 92-93.

Lorsque nous écrivions il y a deux ans que la crise faisait peur parce que les recettes frelatées de Greenspan ne pouvait plus s'appliquer, nous ne faisions que constater que le système mis en place de facto en 1971 était arrivé à son terme. La création de dettes nouvelles n'étaient tout simplement plus possible. Le système bancaire était au plafond.  Les états aussi.

La malédiction  des changes flottants et d'une monnaie mondiale à l'abandon avait fini par déclencher une des pires crises de la dette de toute l'histoire économique et en temps de paix !

La seule solution pour en sortir n'est pas principalement dans la refonte des banques, bien que la restructuration de la dette l'impose de toute façon. Mais dans le retour à un système organisé des changes et de la responsabilité des Etats dans la valeur externe de leur monnaie. Tout le monde convient que le Yuan est grossièrement sous dévalué et entraine des conséquences désastreuses pour les économies concurrentes.  Mais comment imposer une gestion des devises  sans système international contraignant. Si les Etats-Unis ne veulent pas se contraindre, pourquoi la Chine le ferait-elle ? Les Etats unis ont imposé un jeu de puissance. Comment se plaindre que d'autres s'y essaient aussi ?

L'Europe structurellement impuissante fait semblant de croire que les changes flottants, les banques centrales indépendantes chargées exclusivement de l'inflation, la liberté totale des mouvements de capitaux, est doctrinalement satisfaisante. Pratiquement elle signe son retrait du monde. Sa croissance est infime et menacée. En même temps que son système monétaire et bancaire est à deux doigts de l'implosion.    

La solution, la seule solution, est parfaitement connue.  les Etats ne peuvent commercer dans la liberté presque totale du commerce et des capitaux, que s'ils s'entendent sur un cadre monétaire et de changes où chaque pays a des responsabilités et peut être contraint à les respecter. Jamais les Etats Unis n'auraient du être autorisés à accumuler pendant des décennies des déficits absurdes.  Jamais la Chine n'aurait du être autorisée à pratiquer un mercantilisme aussi caricatural. Jamais le Japon n'aurait du être enfermé dans un système qui a tué" son système bancaire et malgré cela porté le Yen à des sommets injustifiables.  

La folie des endettements monstrueux que l'on constate est le fruit pourri mais inévitable du système des changes flottants et du dollar monnaie de réserve mondiale. Il faut donc renoncer à ce système.

La crise sévère que nous traversons aurait du être le levain de ce changement fondamental. C'est un système où tout le monde est perdant.  La dernière réunion du G.20 est calamiteuse parce qu'elle prouve qu'on en est toujours au chacun pour soi tout en faisant semblant de maintenir des libertés économiques dans un cadre tellement biaiseux qu'elles ne peuvent avoir aucun effet bénéfique de long terme.  

Il appartenait à l'Europe de dire stop. Elle pouvait le faire en laissant filer l'Euro tellement bas que les Etats Unis auraient pris peur. Et en augmentant de 200 à 300% le coût des importations  en provenance de Chine et des pays pratiquant le dumping monétaire en instituant une système non pas de taxes douanières (les traités ne le permettent pas et nous sommes totalement ligotés)  mais de béquilles monétaires visant à rééquilibrer les balances extérieures mutuelles.    

La simple menace aurait suffit pour être entendue. La Chine privée du marché américain et européen serait extrêmement mal. les Etats unis confrontées à une Europe compétitive seraient encore plus mal, à l'agonie.  

Qu'elle serait l'inconvénient de revenir à un système régulé des changes avec une monnaie de réserve mondiale indépendante d'un pays national ? Les Etats Unis se trouvent-ils si flambants  aujourd'hui ?  Et la Chine ? Elle tremble de tous ses membres devant son tas de dollars qui risque

Les deux statistiques qui expliquent tout !

Depuis des lustres nous prétendons que l'empilement continu partout dans le monde et sur une longue période de paquets de dettes de plus en plus aventurées annonce avec certitude des difficultés gravissimes.  Nous l'avons écrit dès que nous avons commencé à intervenir  publiquement sur des forums, c'est à dire dès 1996 ! La courbe qui avait déclenché notre inquiétude était le gonflement historique de l'endettement des institutions financières un peu partout dans le monde et spécialement aux Etats Unis.  Les banques sont normalement les dispensatrices du crédit et non des émetteurs de dettes. Il était curieux de les voir tout à coup devenir les emprunteurs les plus importants.

Il faut se méfier des statistiques paradoxales. Elles prouvent en général un disfonctionnement. C'est à partir de ce moment là que nous avons cherché l'origine de ce gonflement qui n'avait qu'un précédent historique : 1929 ! Il n'a pas fallu cherché très loin : l'empilement des dettes était du au mécanisme bien connu de la double de pyramide de crédits si bien explicité par Jacques Rueff. Il avait été aggravé de façon directe par le passage aux changes flottants.  Il était devenu explosif à partir du moment où Alan Greenspan, pour atténuer la crise boursière de 87,  s'était lancé dans la création monétaire à tout va.  

Nous avons dès 1996 expliqué la dureté de la crise de 92-93 par la conjonction d'un épisode du cycle décennal et de la fragilité financière  liée à l'empilement excessif des dettes  dans un système de changes flexibles où une monnaie nationale, le dollar, jouait le rôle de monnaie de réserve, sans que son émetteur s'imagine la moindre responsabilité collective ("notre monnaie, votre problème"). Il est "amusant" de constater rétrospectivement que cette crise a été niée aux Etats unis et notamment par le FMI (pauvre K. Rogoff que nous avons durement pris à partie à cette époque). Alors qu'elle était parfaitement révélatrice d'un nouvel état du monde.  Lors que la crise de 98 est survenue, dite, faussement, "crise des pays émergents", nous avons affirmé, contrairement à notre prix Nobel Emile Allais qu'il ne s'agissait que d'un soubresaut monétaire lié à l'instabilité générale du système de dettes alors qu'il voyait lui se dessiner la grande crise finale. Bien sûr nous avons vivement réagi contre l'article du Monde qui se moquait ouvertement des conclusions d'Allais. "Nous voilà prévenus" écrivait ironiquement le Monde ! Mais oui, nous étions prévenus. L'erreur d'Allais est d'avoir eu raison trop tôt.  Nous pensions que la crise importante viendrait plus tard. Nous avons écrit à cette époque que la crise cyclique prochaine aurait lieu début 2000 mais qu'elle serait de moyenne importance et que le vrai drame était à prévoir lors de la crise cyclique suivante qui, elle est traditionnellement forte. Compte tenu du rythme de gonflement des bulles monétaires on risquait le pire.

En 1999 nous avons passé un papier que nous jugions à l'époque important qui expliquait que l'inflation inouïe des moyens de paiements ne se retrouvaient pas dans les prix des produits de consommation du fait de la Chine. Mais ces moyens de paiements excessifs se retrouvaient dans les biens réels (bourses, oeuvres d'art, pétroles et ressources naturelles,  et surtout immobilier). C'était la première fois à ma connaissance que cette thèse devenue banale était développée publiquement.  Nous précisions que la crise cyclique frapperait en seconde partie de l'année 2000. Sûrs de notre diagnostic, nous avons vendus notre propre entreprise en juin 2000 ! Nous avons bien fait. La conjoncture sera terrible pendant plusieurs années.

C'était l'époque où certains racontaient qu'on avait trouvé la méthode miraculeuse de la croissance continue sans crise ! Alors que l'empilement de dettes devenait colossal.

Dès juin 2006, il y a quatre ans déjà, nous avancions notre prévision sur le moment du renversement du cycle de 2010 à 2009.  Le dérapage de l'endettement prenait une ampleur jamais vue.  Des trimestres de crédits à taux négatifs (du fait de la politique de Greenspan et de l'inflation)  avaient permis de créer des liquidités phénoménales qui prenaient désormais des chemins nouveaux et imprévus.  On voyait dans les statistiques du BRI se gonfler les CDS au rythme de 40% par an puis 100% !  En décembre 2006 nous constatons que les prix de l'immobilier baissent aux Etats unis pour la première fois depuis la guerre. Tout l'empilage des dettes immobilières américaines menaçait de s'effondrer.  Nous annonçons alors dans notre bulletin de conjoncture que la crise se déclencherait en septembre 2008 et provoquerait une récession sévère en 2009 probablement plus radicale encore que celle de 1993.

Nous avertissons de cesser les gros investissements et de vendre biens immobiliers ou entreprises si nécessaire sans attendre.

Dès le début de 2007 des banques se trouvent en difficulté pour se refinancer. Pourquoi le refinancement est-il indispensable ? A ces niveaux d'endettement, il est impossible que l'économie rembourse l'intérêt et le principal. Il est indispensable de faire rouler les crédits afin de n'en pas demander le remboursement immédiatement. Le risque ayant été dispersé sous des formes nouvelles qui prennent soudain le devant de la scène, comme les CDO, le marché interbancaire se ferme progressivement. En juillet 2007 les adjudications de CDO ne trouvent plus preneurs. des fonds sont bloqués. C'est déjà l'ensemble du marché monétaire mondial qui se crispe. Les banques étant devenues des institutions  emprunteuses de masse, et ayant pris une part tellement disproportionnée dans l'économie, elles sont en première ligne dans la défiance générale. Pas de remboursement possible et pas de refinancement possible ? La faillite est en vue ! . Cette équation est imparable. On voit les  premières banques s'écrouler début 2008.   Au milieu de l'étonnement général : nous sommes en pleine phase finale de croissance du cycle global. Comment une banque peut-elle s'écrouler alors que tout va bien ?  C'est d'autant plus paradoxal que les grandes institutions qui dirigent la spéculation mondiale lance une vaste opération sur les matières premières et les grains.  Alors que le château de cartes s'effondre, l'esprit général et à l'hyperspéculation !  Elle s'arrête au début de l'été 2008. Il est vrai que les banques centrales annoncent un resserrement du crédit et ...bloquent les moyens de refinancement des banques déjà fragilisées.

C'est l'époque où le New York times lance sa question centrale : va-t-on vers la récession ? Nous répondons oui avec quelques arguments. Aux voix qui expliquent qu'il y a une difficulté dans l'immobilier américain qui a commis "des excès"  mais que jamais elle ne s'étendra aux autres secteurs, nous répliquons que la crise est mondiale et va frapper tout le monde. L'idée absurde du "découplage" domine dans les médias mondiaux et séduit jusqu'au FMI qui va être complètement dépassé par les évènements. Nous dénonçons cette fantaisie.

Arrive alors l'inévitable :  le blocage du marché interbancaire associé au resserrement de la politique des banques centrales aboutit à la faillite générale du système bancaire. On connait la suite.

Le fil conducteur de toute cette histoire c'est la hausse  colossale des encours de dettes depuis la fin des accords de Bretton Woods et surtout le changement de politique de la FED avec l'arrivée de Greenspan.  

Nous ne cessons de conseiller aux journaux français de produire une infographie montrant l'évolution des dettes depuis 71. De la totalité des dettes : banques, entreprises, particuliers et états. Car tout devient immédiatement clair dès que ces courbes sont devant les yeux !

La revue l'Economist vient de produire deux courbes de ce genre : l'endettement des Etats  et l'endettement des Etats unis par grandes composantes. Nous les affichons au bas de ce document.

Que voit-on ?

Les Etats qui se sont désendettés pendant toute la période des accords de Bretton Woods se remettent à accroître leur dette à partir de 71-72  et surtout de 74. Le mouvement ne s'arrêtera plus. On passe d'une moyenne de 30% du PIB à plus de 120% ! En moyenne, donc partout !

L'autre tableau montre de façon évidente qu'après la stagflation des années 70 et la stabilisation Volcker, les banques se mettent à accumuler l'endettement. Tout le monde se focalise sur l'immobilier. Mais que l'on contemple un peu plus l'endettement des banques. Il s'envole jusqu'à des sommets jamais vus. Alors que les banques sont normalement ...prêteuses.

La dette globale aux Etats Unis avant la crise atteint 360% du PIB. S'il fallait que l'économie la rembourse, intérêt et principal, et en supposant une maturité moyenne de 5 ans et un taux d'intérêt de 5% (pour simplifier les calculs),  il faudrait continûment 20% de 360% pour l'amortissement et 5% de 360% pour l'intérêt, soit 90% du PIB. C'est évidemment IMPOSSIBLE.

La pyramide ne pouvait que s'effondrer.  Comme les crédits correspondent au financement d'activités, l'effondrement contracte l'activité de façon considérable. La production industrielle baissera de près de 20-25% en moyenne mondiale. Plus joli "crédit crunch" on ne peut pas.

Certains économistes de cour, plus habitués à prendre des postures automatiques liées à des camps idéologiques, ce qui leur vaut les faveurs des medias et des pouvoirs,  qu'à regarder les séries statistiques les plus parlantes, ont prétendu qu'il était impossible de prévoir la récession. S'ils avaient eu la curiosité de regarder l'endettement global et le soin d'analyser les causes de l'envolée des en-cours, ils n'en seraient pas à la jérémiade exonératoire. La crise ne pouvait pas ne pas éclater et elle ne pouvait pas ne pas être d'une extrême sévérité.

La crise mondiale est une crise de la dette. Nous ne cessons de le dire. Il fallait à l'évidence, après en avoir compris le mécanisme, mettre fin au moteur maléfique qui la gonfle. La mesure importante était le retour aux changes fixes et l'instauration d'une monnaie de réserve mondiale gérée en tant que telle et indépendante des foucades d'une nation particulière. Naturellement l'organisme de gestion aurait du être paritaire et non pas comme actuellement dominé par une nation ayant des droits particuliers, comme le véto. La restructuration de la dette était la seconde mesure d'urgence avec la restructuration du secteur financier.

On n'a fait ni l'un ni l'autre. L'opinion a été sollicitée de s'intéresser à des sujets mineurs comme les bonus, les agences de notations, les bourses d'échange de CDS et autres fariboles.  Trois ans exactement après le blocage du marché interbancaire, l'Europe sort sa législation malthusienne contre les bonus. Un cautère sur une jambe de bois en même temps qu'un coup d'épée dans l'eau.  Une mesure prise isolément n'a aucun intérêt en la matière et le G.20 a renoncé à recommander des règles uniques.  Jamais un seul "responsable" n'a pris le temps d'expliquer au monde pourquoi les banques avaient pris une part aussi importante de la richesse. Si les bonus sont "monstrueux" c'est parce que cette part est elle-même monstrueuse. Il fallait dégonfler le secteur financier hypertrophié par l'accumulation de dettes. Donc comprendre où était le gonfleur. On a préféré sauver les banques et conserver le gonfleur tout en limitant les bonus. Politique plus sotte, on ne peut pas.

Comme nous l'avons immédiatement  indiqué à l'automne 2008, le simple transfert de la dette aux Etats ne changerait fondamentalement  rien. Ce sont eux qui se retrouvent désormais en première ligne sur le front du refinancement. C'est tout. Le beau traitement de la crise !

Pour agir, il fallait comprendre comment le monde a pu accumuler partout des dettes supérieures à plusieurs fois le niveau du PIB.  C'est cette question que les économistes et les grandes institutions  devraient s'attacher énergiquement à éclairer. Aucune ne le fait.  Une fois de plus on se concentre sur l'accessoire ou le visible au lieu d'aller à l'essentiel :  

- Comment un secteur financier peut il devenir débiteur net et dans des proportions aussi vertigineuse alors qu'il est censé mettre l'épargne à la disposition des  agents économiques qui en ont l'emploi ?

- Comment un pays peut-il s'endetter au delà de la valeur de son PIB ?

- Comment l'ensemble du monde peut-il créer de la dette au delà de plusieurs fois la valeur du PIB global ?

Un économiste qui ne connait pas les chiffres de l'endettement global et qui n'a pas de réponse à ces trois questions devraient être mis à la porte des institutions privées ou publiques qui le nourrissent. Et expulsé des médias.  

Et on devrait interdire de réunir un G.20 tant que cette question n'a pas fait l'objet d'une réponse collective cohérente et globale.

Et un ministre des finances qui n'aurait pas cela en tête,
Et un premier ministre qui ne connaîtrait pas ce débat,
Et un Président qui oublierait la question centrale qui devrait le préoccuper jour et nuit,
devraient tous  être renvoyés dans l'instant à la vie civile.

La nullité économique générale et continue, cela commence à fâcher !

Messieurs Robin pour le Figaro et Delhommais pour le Monde, pourquoi ne vous saisissez-vous  pas de ce thème fondamental ?. Faites établir une infographie complète de l'évolution de la dette globale dans les grands blocs économiques mondiaux depuis 1945.  Et expliquez à vos lecteurs comment on a pu en arriver là et si de tels niveaux d'endettements globaux sont durables. Ce n'est pas dur. Cela ne demande pas d'efforts intellectuels transcendants.  Et au moins on pourra dire que la PQN aura concentré le débat là où il faut.

Bien sûr cela va vous emmener dans des endroits où vous n'aimez pas aller : les changes flottants ; les mécanismes de double pyramide de crédits ; la malfaisance d'un système financier libre sans mécanismes concertés de régulation des excédents et des déficits des états ; le piège  de banques centrales gérant de façon indépendante la création monétaire avec le seul but de ne pas avoir d'inflation.

Là, d'accord, il va falloir braver des idées fausses mais dominantes. Lutter contre une vulgate nocive mais généralement admise, même quand les faits les plus terribles viennent d'en démontrer l'inanité, demande du courage. Les ricanements ne manqueront pas. Cela doit-il vous arrêter ?

Au moins le débat économique se sera recentré sur l'essentiel au lieu de continuer à se perdre dans la pusillanimité.   

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.



G8 et G 20 : des instances sans intérêt pour l'économie et désastreuses pour l'Europe et la France

Nous sommes très fiers en France d'avoir été, par l'entregent de M. Giscard, créateur du G7 devenu G.8 et par la grâce de notre président actuel, M. Nicolas Sarkozy, celui du G.20.

Il faut rappeler  qu'au bord de la piscine où VGE se montrait avantageusement avec G. Ford, il a pris la décicion funeste d'entériner la décision de mettre à la poubelle les accords de Bretton Woods.  Les sinistres accords de la Jamaïque allaient être la source d'un changement radical du rythme de la croissance mondiale et la porte ouverte aux dérèglements monétaires qui de crise en crise ont fini par provoquer la plus belle récession depuis la crise de 1929.   

Depuis les débuts de la récession ouverte par la chute de Lehman brothers, l'effondrement des bourses, le blocage des marchés interbancaires, à quoi auront servi les Gxx ? A montrer la détermination de lutter contre la crise pour calmer les marchés ? A définir de nouvelles règles du jeu ?

Aucunement. Les réunions n'auront servi qu'à la parade et aux démonstrations de force.

De toute façon pourquoi voudrait-on qu'une organisation mondiale soit le fruiit d'une réunion partielle des nations ?

Partout l'intérêt national l'a emporté sur toute autre considération. A aucun moment les aspects techniques n'ont été réellement évoqués.  Le G.20 n'a fait aucun diagnostic de la crise ; les généralités du genre "plan de relance" et "sauver le capital des  banques" ne mangeaient pas de pain, croyait-on, jusqu'à ce que le transfert sur les Etats des empilements de dettes privées apparaissent pour ce qu'ils étaient : de la fuite en avant dans une joyeuse cavalerie.

L'échec de cette politique en l'absence de toute restructuration des dettes et de toute réorganisation  réelle du sysème monétaire et financier  mondial est patent. Le G.20 de Toronto constate l'impasse. Nous voilà bien avancés. 

On voit bien que la stabilité mondiale ne peut dépendre de réunions de ce type. Si le système de Bretton Woods n'avait pas été enterré puis détruit pour complaire aux folies américaines et à son goût du leadership payé par la création monétaire sans limite en dollars, chaque état aurait eu à rendre des comptes sur ses excédents et déficits sans que cela soit une affaire diplomatique. Les comptes auraient du être rendus au FMI avec des sanctions graves à l'appui, comme l'éviction éventuelle du commerce international ou du marché des capitaux. 

Un système basé sur une monnaie nationale comme le dollar comme monnaie de réserve mondiale  et sur les changes flottants , c'est à dire l'irresponsabiité générale, ne pouvait que conduire au désastre. Il a été mille fois annoncé.  A quoi sert de réunir les Etats Unis, principaux responsables de cette situation inique et désastreuse et la Chine dont la politique mercantiliste est un autre abus ?  L'un comme l'autre de ces pays a les moyens diplomatiques de réduire au silence  les autres participants. Tout G20 est d'abord un G2.

Voilà les euroépens cois ou sur la défensive.  La créateur célébré du G.20 est aux abonnés absents.  L'Europe, nain politique, est mise dans l'embarras (il parait qu'elle a un président !). Alors qu'il lui aurait suffi de suivre la voie de la Chine pour mettre tout le monde devant l'absurdité du système.  L'Europe aurait-elle maintenu un Euro très faible (entre 50 et 70) que l'industrie américaine aurait pour le coup totalement disparu. De même la Chine aurait-elle connu le rattrapage trop rapide qui a été le sien si l'Europe décidemment offensive avait taxé de 200 à 400% ses exportations pour contrecarrer son dumping ? 

L'Europe a fait semblant de croire que des marchés monétaires et financiers totalement libres, avec des échangers commerciaux sans droits de douane, tireraient la croissance globale et la sienne vers le haut.  Des économistes ont sacralisé cette chanson idiote.  Mais ne les accablons pas : ils n'ont aucune influence ; l'ignorance économique est crasse. Seules les relations de puissance comptent.

L'Europe, comme le Japon, se sont soumis.  Malheureusemenbt, ceux qui ont vu dans la construction européenne une muselière pro américaine ont eu raison.

La France s'est couchée : VGE a commencé. Mitterand et Chirac ont suivi. Sarkozy après avoir pris une posture totalement pro américaine en rupture avec l'héritage gaulliste  est paralysé.La France subit le double inconvénient des changes globaux flottants et des changes européens intégrés dans l'Euro.  Elle n'a plus aucune autonomie politique ni économique. 

Les G8 et  G.20 ne sont plus qu'une cage dorée, où les lions dominants assouvissent leur goût pour l'étalage de leurs muscles et qui de surcroit,   excitent les ONG les plus cupides ou les plus engagés.

Si, comme il est probable, rien ne bouge, la seule solution pour la France est probablement de marquer son "dissent" vis à vis de tout cela et de prendre date pour la suite.  Cela implique de dire à la Chine que son dumping monétaire ne sera plus toléré longtemps et aux Etats Unis que son laxisme monétaire est la cause de la crise et ne sera plus toléré indéfiniment.

Cela implique aussi de dire à l'Europe qu'on sortira de l'Euro et d'un certain nombre de traités  si l'Europe ne force pas la création d'un ensemble monétaire international sain où les Etats garantissent la valeur de leur monnaie. 

Le système actuel est IMPOSSIBLE. Il ne peut que ruiner le monde. Après trois crises gravissimes, chaque fois plus grave, la leçon est dite.   Il est hors de question d'attendre passivement la suivante.

La France doit reprendre un leadership intellectuel même au risque de voir son discours  ringardisés un temps par des puissants ayant les moyens de tenir l'information mondiale. Jamais elle n'aurait du souscrire aux accords de la Jamaïque ; jamais elle n'aurait du accepté l'Euro avant que la stabiité mondiale des changes soit garantie. Jamais elle n'aurait du souscrire au "consensus" de Washington.

Aujourd'hui la voilà stagnante, sans industrrie, endettée jusqu'au cou, structurellement incapable d'assurer le plein emploi, et réduite au silence.  

En fait c'est la seule leçon de Toronto. Il suffit de relire ce que nous avons écrit après les précédente réunion du G.20 pour constater que tout ce que nous avons écrit s'est intégralement réalisé.

Cette institution ne sert à rien. 

La France va en prendre la direction provisoire après la prochaine et vaine runion de Séoul. La belle affaire. Si à Paris, les autorités françaises ne prennent pas à  bras le corps l'étendard de la révolte contre un système déplorable qui ruine le monde en général, l'Europe en particulier et la France en prime,  ce n'est pas la peine de subir ni les coûts ni les inconvénients. (les ONG violentes vont s'en donner à coeur joie) d'un tel rendez vous.  Même si l'affaire peut être détournée en médiocre opération image pour présidentiable en recherche de crédibilité. 

Sinon, gare à l'impatience des peuples.

 

 

 

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes

 

 

 

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Le Baltic index en très forte baisse

Après deux mois de trafic soutenu, témoignant de la bonne activité générale  dans le monde, et notamment en France où la conjoncture s'est redressée dans nombre de secteurs, particulièrement la mécanique,  en avril et mai, on entre mal dans l'été. Le recul et violent et laisse présager un troisième trimestre difficile.  Depuis l'hiver 209, on assiste à des bouffées de reprise plus ou moin forte mais aucune tendance n'est réellement établie. Le nouvel étouffement du marché interbancaire associé à la find es plans de relance et à la  perspective de plans de redressement drastiques un peu partout, laisse envisager une reprise de la récession sur la fin d'année, balayant toutes les perspectives de croissance effriolante dont parlent les petits bleus budgétaires. 



Un impôt supplémentaire sur les banques : pour quoi faire ?

Depuis des mois l'idée de frapper les banques d'un nouvel impôt circule dans les milieux internationaux et dans les officines gouvernementales. Le FMI recommande d'en mettre un en place, uniforme de par le monde. L'Allemagne et la France se sont mis d'accord pour en présenter un projet au G.20. Le Royaume Uni est favorable et l'a déjà institué. Bref l'impôt sur les banques est une idée à la mode qui va entraîner de vastes discussions dans les mois à venir et qui débouchera un peu partout.

D'où la question : un impôt pour les banques, pour quoi faire ?

L'impôt sanction.

Une première conception est d'affirmer que les banques sont responsables de la crise et qu'elles doivent être sanctionnées. Dans nos mentalités modernes, l'impôt est une sanction doublement utile puisqu'elle frappe le méchant tout en fournissant des ressources aux gentils. La méchante banque va donc être frappée et les milliards de prélèvements vont faire du bien à tout le monde. Cette vision morale est politiquement correcte. Le dégoût général vis à vis des banques la favorise. Frappons donc à coups de gourdin fiscal cette vile engeance qu'on a sauvée à coups et à coûts de centaines de milliards. Reprenons de la main gauche ce que la droite a donné.   

Cette conception nous parait, au Cercle des économistes e -toile,  aussi vile que vaine. Le populisme cupide des états n'est pas notre tasse de thé.  Autant les actes individuels délictueux doivent être pénalement poursuivis, autant les punitions collectives nous paraissent déplacées. Surtout si elles ont des effets de bord déplaisants pour la collectivité.  Et l'accroissement de la pression fiscale a toujours des effets de bord déplaisants pour la collectivité.

L'impôt assurance.


Là au moins on part d'une idée fonctionnelle : les banques manipulent du risque. Elles sont devenues trop grandes pour qu'on les laisse tomber, ce qui implique des plans de sauvetage coûteux pour l'Etat.  Donc préparons un fond mutuel de secours financé par le secteur lui même qui permettra de faire face à la prochaine alerte.  De nombreuses professions gèrent des fonds mutuels de secours pour faire face à des risques de place : les avocats, les agences de voyage, les notaires etc.  Pourquoi pas les banques ?

La solution existe déjà dans certains pays. Aux Etats Unis le FDIC, l'agence fédérale qui garantit les dépôts des banques  est alimentée partiellement par les banques. Les bonnes banques paient pour les mauvaises. Et si cela ne suffit pas, l'Etat, c'est à dire le contribuable, est mis à contribution.  Ce fonds est actuellement en détresse aux Etats Unis du fait des centaines de banques qui ont fait faillite (et dont on ne parle jamais).

La question est en effet de déterminer ce qu'on assure et pour faire face à quel risque. Sont-ce les dépôts ? Ou le capital des banques ? Ou les crédits ?

Le capital des banques est normalement l'amortisseur des pertes des banques. Les provisions que les banques font, qui diminuent les bénéfices, sont normalement là pour étaler les risques principaux. Et si la banque est mal gérée et que ses crédits s'avèrent aventurées au delà des provisions, c'est sur le capital que les pertes sont débitées et au delà en cas de faillite, les créanciers de la banque  Si on ponctionne les bénéfices ou ce sont les provisions qui ne pourront être dotées au niveau convenable, ou c'est le rendement du capital qui va diminuer entraînant une sous capitalisation des banques. Si l'impôt a pour but de créer une cagnotte collective, cela veut dire que les provisions sont partiellement transférées sur une instance extérieure ou que l'on crée une super provision collective.

La difficulté est alors l'emploi de cette cagnotte.  Si on la place, la cagnotte devient de la dette  (créances et dettes sont les deux faces d'une même réalité) : en cas de crise financière quelle sera la valeur de la cagnotte ?  Si on ne la place pas, cela veut dire que la recette entre dans le budget général et ne sera pas disponible en cas de crise. On n'en reviendra au problème initial : les grandes poches du contribuables. Sans compter la question pénible : pourquoi un fond souverain gérerait-il mieux la cagnotte que les banques ? Et si elle est gérée par les banques qu'est-ce qui garantit qu'elle sera mieux récupérable que le reste du portefeuille des banques ?

Reste une solution : assurer les crédits ! Mais c'est exactement le système largement pervers que les banques ont mis en place avec les agences de notation et les CDS.  On "objective" le prix du risque en en faisant un marché. Les spéculateurs  agiotent sur les risques via des instruments ad hoc. Tous les flux de trésorerie sont plus ou moins titrisés et ces actifs, notés, font l'objet de spéculation. Les bons spéculateurs font du profit. Les autres perdent leur mise. C'est un jeu apparemment à somme nulle.  Pendant des années les bons apôtres nous ont expliqué que cette nouvelle technicité financière était la marque d'une organisation supérieure enfin rationnelle  et que grâce à la nouvelle finance mathématifiée, sous la surveillance des agences de notation, le risque était minimisé et diffusé intelligemment de façon à stabiliser l'ensemble des flux économiques.  

Le problème, c'est que les CDS ont une responsabilité large dans la crise actuelle. A la fin des fins il y a toujours un risque global de contrepartie. Quand ce risque est intenable le système s'effondre.
L'histoire de la faillite conjointe de Lehman brothers et d'AIG est assez claire. Dès la déclaration de faillite de la banque, l'assureur, AIG, s'est retrouvé avec des engagements se comptant en centaines de milliards de dollars. Les banques françaises ont été sauvées par la décision des Etats Unis de garantir les CDS, CDO et autres véhicules "d'assurance".

Les blocages successifs du marché interbancaire qui sont la marque spécifique de la crise que nous connaissons, sont entièrement expliqués par l'inquiétude sur la localisation du risque, dans un système mondialisé où il est diffusé de façon obscure.  La folie de la construction financière mondiale actuelle est qu'elle cache le risque global de contrepartie qui finit par exploser dans les budgets des états,  et qu'elle rend tous les acteurs financiers suspects. Qui a le mistigri ? L'effondrement du marché interbancaire provoque instantanément des conséquences économiques gravissimes et longues à guérir. Et le mistigri n'est pas constitué des "crédits pourris" mais de TOUS les risques, et dans la banque le risque est partout.   

Si on parle d'assurance des crédits, il faut d'abord  essayer de comprendre comment un impôt nouveau se lierait avec ces mécanismes d'auto assurance du secteur et de diffusion du risque. Si vous avez eu le moindre écho de ce genre de discussion merci de nous le signaler. Nous sommes preneur. On a parlé de faire transiter les CDS et autres contrats de ce type par des bourses ouvertes afin d'éviter le secret des opérations de gré à gré. Et c'est tout. Ajouter un impôt à ce système gigantesque de masquage et de diffusion du risque est-ce réellement la solution ? Surtout lorsqu'on sait que les transactions concernées sont mondiales ?  Ou ne vaudrait-il mieux pas taper dans la fourmilière et  mettre de l'ordre dans ces fausses sécurités, dont le but principal a tout de même été de sortir des règles de Bâle ?    

L'impôt de régulation ?    

Nous retrouvons l'aimable professeur Tobin et sa taxe sur les transactions financières. Rappelons que pour cet économiste d'une grande finesse, le but de la taxe, dans un système de change flottant et de liberté totale des flux de capitaux à court terme, était d'empêcher les opérations à court terme répétitives, les allers et retours sur les marchés de change, fin de stabiliser la valeur des devises et d'éviter les paniques dévastatrices qui ne manqueraient pas de se produire au terme d'épisodes spéculatifs excessifs.

Remarquons que cette solution est totalement contradictoire avec l'organisation mondiale du risque via les CDS. Selon les promoteurs de cette science nouvelle du risque c'est la liquidité des marchés du risque qui permet l'ajustement constant de la valeur individuelle de chaque risque et la bonne orientation du marché. Tout blocage direct ou indirect  entraine ipso facto  un dysfonctionnement du système global. C'est la critique majeure  qu'ont faite  les théoriciens  de la nouvelle finance mondialisée basée sur les changes flottants, la liberté totale des mouvements de capitaux, et les contrats complexes.

Nous même considérons que c'est un palliatif imaginé pour corriger un système qui ne devrait pas exister : les changes flottants. Dans un système de changes fixes garantis par la politique économique des états et surveillés par un superviseur supra national disposant de pouvoirs sérieux, on réduit le risque donc la nécessité de se prémunir. La taxe Tobin est un adjuvant mais pour un mauvais système. Mieux vaut ne pas mettre en place le mauvais système.

La question de la taxe Tobin est compliquée par la récupération qu'en ont faite des ONG cupides sensibles à l'idée que le produit de la taxe pourrait leur être réservé.   La taxe Tobin a été promue moyen simple et efficace successivement pour régler le problème de l'eau dans le monde, puis celui des maladies infectieuses, puis celui de la fracture Nord Sud, puis la question du réchauffement climatique.  La taxe a quitté le monde de la finance pour celui de l'écologie. Son succès de presse et de populisme repose sur un aphorisme débile mais séduisant : une toute petite taxe insignifiante  et insensible permet de résoudre tous les grands problèmes du monde. Pourquoi se priver ? En vérité comme nous l'avons montré plusieurs fois, cette taxe n'a rien d'insignifiant : c'est plutôt la bombe atomique pour les spéculateurs. Le comprendre exige un minimum de technique. Alors vive le populisme !

L'impôt camisole de force.

Certains n'ont pas manqué de remarquer que le secteur financier était légèrement hypertrophié. Il ponctionne une part excessive de la valeur ajoutée. Il permet à quelques satrapes de se constituer des fortunes indécentes. Il est même devenu si gros qu'il peut ruiner tout le monde lors de ses hoquets, comme en Islande.  

Dégonflons donc cette outre immonde. Quoi de mieux qu'un impôt pour empêcher le développement d'un secteur économique ? Si nous le surtaxons, il manquera de bénéfices et de capitaux. Et il sera bien obligé de maigrir, ce maléfique obèse.  Une camisole fiscale permettra de contenir ce cancer financier qui nous ronge.

Ne relevons pas que pendant ce temps là, tous les politiques  crient d'une même bouche, comme un cabri particulièrement bondissant : du crédit, du crédit, du crédit. Du crédit pour les états, du crédit pour les entreprises, du crédit pour les particuliers.   Ce genre de contradictions flagrantes font le charme pervers de la politique.

Mais notons tout de même qu'il serait important de comprendre pourquoi l'endettement global est passé en trente ans de quelques dizaines de pourcent du PIB à plusieurs centaines de pourcent dans de nombreux pays. C'est la source principale de la crise que nous connaissons. Nous avons mille fois expliqué comment le système actuel de changes flottants avec une monnaie nationale servant de monnaie de réserve nourrissait perpétuellement l'accroissement de la dette globale mondiale par le phénomène de la double pyramide de crédits. Au lieu d'aller à la source de l'inondation, on préfère agir sur les symptômes avec des mesures malthusiennes.

On a tout faux.  

On voit bien que cette affaire de sur-fiscalité pour les banques n'a strictement rien à voir avec une mesure technique capable de résoudre les difficultés actuelles, ou de faire face aux sources de désordres qui sont la cause de la récession en cours. Comme on se sent incapables de traiter les racines (lorsqu'on n'a pas simplement refusé de voir et de comprendre où elles se trouvent), on s'attaque aux feuilles, en espérant que le mildiou fiscal régulera la production bancaire tout en satisfaisant l'avidité des Etats en recettes fiscales.

C'est une attitude désespérante de bêtise et d'impuissance.  

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Quand Obama dérape.

Obama a une formation de prédicateur religieux, pas d'économiste. On peut lui pardonner d'avoir assez peu de connaissances dans une matière qui échappe en général à ce cursus particulier.  Le voici donc qui exige de la Chine qu'elle fasse flotter sa monnaie. Pour lui, comme pour d'autres, hélas, le flottement serait la source d'un prix "naturel" des devises  correspondant à la vérité des marchés et comme tel inattaquable.  

On comprend  qu'avec son passé il ait fait sien cette antienne. Elle sent la sacristie :  c'est un article quasiment religieux de la bible friedmanienne.  Mais c'est un des contresens les plus majestueux que l'on puisse trouver sur le marché mondial des pensées toutes faites malfaisantes.

Observons un point tout de même fondamental. Les Etats-Unis, en renonçant sous la pression de l'Allemagne au système de Bretton Woods, ont dit au monde : débrouillez-vous, nous renonçons à un monde monétaire organisé et que le meilleur gagne.  Il n'y a plus d'accords intergouvernementaux ou supranationaux pour guider et canaliser les marchés de devises. Nous vivons depuis 1971 sous la règle du chacun pour soi. Depuis des décennies maintenant les Etats Unis ont expliqué que le dollar était leur monnaie et que s'il faisait problème, c'était aux autres de s'adapter. Nous vivons dans un "non système monétaire international" sans aucune obligation pourquiconque.  Alors chacun fait ce qu'il veut ou ce qu'il peut. La Chine  a développé une politique mercantiliste  de Yuan bas et aligné sur le dollar. Depuis 20 ans cela fausse totalement les règles du commerce international et vide notamment l'Europe de son industrie et de ses emplois.  Bravo ! Mais comment parler organisation quand on défend l'inorganisation ?

Il était absurde d'ouvrir totalement le commerce mondial et d'abaisser toutes les frontières économiques dans un non-système. Voilà qu'une taxe douanière de 3% devient un drame  alors qu'un effondrement monétaire de 50% n'en serait pas un ! Cette contradiction est insurmontable. Ou on organise les monnaies en imposant que les excédents et les déficits soient corrigés par une action économique globale des pays en cause, et alors on peut mondialiser les échanges. Ou on ne le fait pas et la mondialisation devient automatiquement déséquilibrée et dommageable.

Une fois les déséquilibres installés il ne reste plus que les rapports de force politiques.  Avec l'Allemagne et le Japon, les Etats-Unis étaient en situation de force. Pas avec la Chine. Le seul pouvoir des Etats Unis vis à vis de la Chine c'est sa faiblesse de débiteur. La Chine craint que la valeur de ses réserves libellées en dollar ne s'effondrent ! En revanche l'Europe est totalement désarmée. Elle est victime et du dollar bas et du Yuan bas. Et se tait. Avec des institutions aussi volontairement faibles l'autisme est la seule solution. Pendant que son industrie disparait et que les déséquilibres intra européens la ravagent.

Espérer qu'on puisse créer une solide organisation du commerce mondial dans le chaos monétaire fait partie de ces paris fous qui naissent de l'impuissance intellectuelle et politique et qui deviennent des articles de foi malheureusement tabous, car les dénoncer revient à démontrer cette impuissance intellectuelle et politique.
 
L'idée sous jacente, développée par Friedmann et constamment démentie par les faits, est que la liberté totale des changes, laissés à la libre appréciation des marchés, apporterait la stabilité des changes, l'unification des taux d'intérêt, l'atténuation des "chocs"  éventuels, et l'optimisation de l'allocation des ressources. Cette théorie n'a aucun fondement théorique réel et confrontée depuis 40 ans maintenant à la réalité  a démontré sa nocivité. Non seulement les changes ne se stabilisent pas mais les variations s'amplifient. Rappelons tout de même que depuis 71 le rapport entre Dollar et Euro (ou panier de monnaie correspondant) a varié deux fois du simple au double et ne s'est jamais stabilisé. Celui qui prétendrait que les "spreads" se soient réduits entre les nations ferait rire tout le monde : parlez en aux Grecs !  Quand aux marchés ils ont été ravagés périodiquement pas des épisodes de paniques qui ont désorganisé et partiellement ruiné bien des pays.

Comme nous l'avons mille fois démontré la conjonction d'une monnaie mondiale de facto, le dollar et d'un non système monétaire international aura été la source des déficits monstrueux  et continus aux Etats Unis et les excédents ailleurs, principalement en Chine aujourd'hui, au Japon et en Allemagne hier. Le mécanisme de la double pyramide de crédits  a entraîné une hausse vertigineuse de la création monétaire et le gonflement de bulles d'endettement phénoménales.  L'effondrement périodique de ces pyramides de dettes  a aggravé l'importance des crises cycliques en ralentissant le trend de la croissance mondiale.  Nous en vivons un épisode particulièrement sinistre.

Le déficit des Etats Unis est structurel et volontaire. Il ne dépends qu'à la marge des politiques des autres pays. Le Japon a accepté le flottement de sa monnaie (enfin, presque). Cela ne l'a pas empêché d'accumuler de la créance en dollar et d'être périodiquement ruiné quand ces avoirs ont été dévalués par un mécanisme ou un autre. Le secteur bancaire nippon est en ruine et l'endettement public du Japon, un des pires du monde,  peut lui être directement associé. Dire à la Chine : suivez cet exemple est d'un cynisme parfait.

Depuis au moins deux décennies les Etats Unis jouent à plein du bénéfice que le dollar, monnaie de facto mondiale, lui apporte : ils paient leur dette dans leur monnaie. Vive la planche à billets verts.  Et ils accumulent sans vergogne et sans frein les déficits de balance de paiements et de balance commerciale. Périodiquement ils expliquent que c'est aux pays créanciers de diminuer leurs excédents. Mais leur déficit étant structurel les excédents des autres le sont aussi. Ces tensions ne peuvent pas déboucher sur autre chose que des psychodrames nationalistes.

La seule solution est de revenir à un système de changes stables et coordonnés, où il n'y a pas de monnaie mondiale nationale, ou toutes les nations sont à parfaite égalité de droits et de devoirs, et ou les gouvernements sont responsables du respect des grands équilibres. C'est la condition sine qua non d'un commerce mondial entièrement libéré des contraintes étatiques défensives ou offensives.  

L'OMC n'est possible qu'avec un système organisé des changes. La doctrine : liberté totale des changes et des mouvements de capitaux  plus liberté totale des échanges commerciaux  a été essayée. Elle a donné des résultats désastreux. Les monnaies ne sont pas des "marchandises comme les autres".  Ce sont des biens publics administrés. Laisser leur valeur à la merci de mouvements financiers à court terme totalement erratiques n'a créé que des difficultés pour aucun bénéfice réel.


Bien sûr que le Yuan est grossièrement sous évalué et que la politique de la Chine est ridiculement mercantiliste ! Bien sûr que la politique d'Euro fort a tué la croissance et l'emploi dans la zone Euro ! Bien sûr que le "benign neglect" des Etats Unis vis à vis du dollar est à la source du gonflement démesuré de l'endettement privé et public de ce pays, de la création d'un secteur bancaire monstrueusement disproportionné et  dont l'explosion n'était qu'une question de temps ! Bien sûr que le Yen stratosphérique pose au Japon des problèmes non désirés et  insurmontables !

Quand tous les acteurs sont ainsi contraints à vivre des situations inacceptables c'est qu'un défaut structurel gâche le fonctionnement de l'économie mondiale. Le flottement généralisé ne serait aucunement une solution mais au contraire aggraverait la situation. Certes le Yuan exploserait à la hausse, comme au Japon et en Allemagne. Mais est-ce que la hausse du Mark et du Yen a empêché l'Allemagne et le Japon de continuer à engranger des excédents massifs et les Etats Unis des déficits à proportion ?  Qu'est-ce qui garantit que le mécanisme de la double pyramide de crédits ne s'enclencherait pas à nouveau  ? Absolument rien.

Le système actuel est intenable et tenter de le perfectionner en aggravant son irrationalité et sa dimension anti-économique fondamentale  est une sottise.   

La seule solution est une organisation monétaire stable et concertée, engageant les nations. Une nation qui ne respecterait pas ses règles devrait  être exclue du jeu du commerce mondial. On verrait alors un certain nombre de disciplines se mettre en place qui éviteraient le gonflement démesuré de la masse monétaire mondiale et des monceaux de dettes qui en sont la contrepartie, et l'apparition de déséquilibres de balances de paiements parfaitement démentiels et ingérables.

Que les Etats Unis ne l'aient toujours pas compris en dépit de la crise qu'ils traversent et dont ils sont loin d'être sortis est un désastre intellectuel. Que les Européens ne leur fassent pas remarquer est la marque d'un nain intellectuel et politique. Que le Japon se taise est la preuve qu'il reste un pays soumis. Que la Chine se contente de gérer le rapport de force est dans la nature du régime. Rien de tout cela ne pousse à l'optimisme.

Le G.20 sera à nouveau une parade coûteuse de dirigeants qui n'ont rien compris et qui voient depuis deux ans la réalité fuir leurs espérances dans la plus totale impuissance.   Obama a montré que malheureusement sur le terrain économique il en était resté au niveau zéro de ses prédécesseurs. Il suffirait qu'il dise : "Ok cela ne marche pas. Organisons nous. Revenons à un système stable de responsabilité des Etats en matière monétaire, avec une monnaie de réserve internationale indépendante et de garantie d'un jeu loyal en matière économique".  On verrait alors dans l'instant tout le système se ré-emboiter.  Il ne le fera pas. La crise la plus forte depuis 1929 n'aura servi à rien et n'aura dégagé aucune leçon.

Au prix du malheur des peuples.   

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Retraite : la clé d'un système de répartition est l'emploi et la croissance.

Un des points qui échappe largement au débat actuel sur les retraites est qu'un système de répartition ne peut fonctionner qu'avec une politique de plein emploi et de croissance, dans une ambiance démographique dynamique.

Dans un système de retraite par  capitalisation, les choses sont relativement simples. Chaque citoyen  décide de son taux d'épargne annuel et de la durée de sa vie active. Il n'a pas pour autant la pleine maîtrise de ses choix. Le niveau de la pension et l'âge de son départ à la retraite va dépendre de variables  qu'il ne maîtrise pas. Le taux d'intérêt qui sera servi à son épargne et qui allègera son effort personnel lui est inconnu. Le capital accumulé et son  pouvoir d'achat reste un pari. De même son taux d'épargne va dépendre des aléas de sa carrière productive. Longuement au chômage il ne va pas pouvoir épargner autant que nécessaire. Néanmoins le reste de l'équation est simple. S'il commence à travailler à 25 ans,  à 60 ans il aura eu 35 années d'épargne. Si son espérance de vie est de 25 ans à cet âge là et s'il veut maintenir son revenu net pendant sa retraite à la moyenne de ses rémunérations acquises, il sait qu'il va lui falloir épargner trente à quarante pour cent de ce revenu net tout le long de sa vie active.  Pour le maintenir proche de la moyenne de ses dix années les meilleures, on dépasse les 50%.  Pour optimiser sa retraite, il lui faut espérer une carrière sans trous trop longs ou trop graves, des taux d'intérêts élevés, pas trop d'inflation, et une pression fiscale modérée qui lui laisse un revenu net suffisant pour épargner. En fait il sait qu'il devra partir entre  65 et 70 ans. Dans ce cas le rapport durée au travail durée en retraite prend une valeur moins élevée : 15/45 au lieu  de 25/35. Et la prédation pendant la carrière sur les revenus est plus supportable.  

Les pays qui ont choisi la capitalisation ont donc une tendance naturelle à viser la stabilité des prix, une bonne rentabilité financières du capital et une pression fiscale raisonnable. Si l'épargne peut être rentabilisée hors du pays, on fait payer les pays jeunes qui rattrapent leur retard économique. On poussera donc à la liberté des mouvements de capitaux en espérant une optimisation des rendements. En revanche il faut éviter toute imposition sur le capital qui vous confisque sur la longue durée le rendement du capital constitué.

Le risque est la trop faible épargne pour les petits salaires  et  la destruction de l'épargne. Si l'épargne accumulée est anéantie dans des crises financières, les années de sacrifice sont perdues.  Si le citoyen  a choisi de dépenser plutôt que d'épargner la fin de vie risque d'être un peu difficile.  Si sa carrière a été médiocre avec de faibles rémunérations, de longues périodes de chômage ou de maladie, ses possibilités d'épargne auront été faibles et son revenu à l'âge de la retraite quasiment nul.

Un des paradoxes des pays à retraite par capitalisation c'est qu'ils ont intérêt  à la stabilité financière de longue durée, y compris à l'échelon international. Il devrait donc être particulièrement vigilants sur la question des changes flottants et de la stabilité des banques. Dans le cas des Etats Unis ce n'est visiblement pas le cas. En Allemagne, où on pratique un système mixte,  le système bancaire est particulièrement fragile.  Il n'y a pas en fait de stratégie économique coordonnée aux décisions structurelles prises pour gérer les retraites.

On comprend que l'idée se soit imposée d'essayer de limiter ces risques. Le système par répartition réduit le risque d'évaporation du capital épargné.  Mais il fait désormais dépendre  les retraites directement du rapport personnes employées/personnes non employées.  Le paradoxe en France, c'est que la politique suivie depuis des lustres va entièrement dans le sens d'une diminution de ce ratio.

Pour fonctionner bien un régime de retraite par répartition a besoin de beaucoup d'actifs. Un pays qui choisit ce système doit promouvoir une forte natalité pour maintenir une structure favorable de la pyramide des âges. Il a besoin d'immigration.  La France dans ce domaine est assez cohérente avec elle même, même si, depuis le début des années 70, le "natalisme" a été largement condamné au nom des libertés nouvelles de la femme (on se souvient de Michel Debré affublé d'un entonnoir dans la presse satirique et ridiculisé dans l'émission de Polac pour ses positions pro natalistes au nom de l'avenir... des retraites. Parions que personne n'osera repasser ces images à la télévision)  , et même si toujours depuis la même période, les accès de phobie anti immigration sont forts et structurent le paysage politique. L'administration aura résisté sur les deux sujets (100.000 milles naturalisations par an, soit plus de 10%  du chiffre des naissances,  ce n'est pas mal !). Tant mieux pour le système de répartition.

En revanche il fallait viser un taux d'emploi le plus important possible. Or la France a le taux d'emploi le plus faible. Les jeunes, les personnes de plus de 50 ans, les femmes, les immigrés, ont le taux de non emploi quasiment le plus fort de tous les pays d'économie comparable. Nous nageons ici en pleine contradiction.  Les tenants de la retraite par répartition devraient être en plein combat  pour l'arrivée rapide sur le marché du travail, un Smic raisonnable ne bloquant pas l'accès des plus faibles au travail, des charges faibles pour les entreprises, la mondialisation par les exportations, les durées de travail compatibles avec un taux d'emploi important.  Au contraire on voit que la durée de travail a été réduite, l'âge de la retraite avancé, le poids des prélèvements sur la production indéfiniment aggravé, à l'exception des dégrèvements de charges pour les smicards, l'âge de l'entrée dans la vie active retardée, les loisirs favorisés, des systèmes d'aides sociales pour personnes ne travaillant pas indéfiniment multipliés.

La France a donc mené des politiques incompatibles avec son système de retraite par répartition.

Le dernier volet crucial pour un système de répartition est naturellement la croissance sinon  le système par répartition devient ingérable dès lors que le ratio actif /non actif se dégrade.  Or on voit la mode de la décroissance heureuse s'emparer des Verts et d'une bonne partie de la gauche française. Où est la logique ?

Les commentateurs médiatiques français semblent obsédés par l'égalitarisme (qui ne va tout de même pas jusqu'à demander la suppression des subventions à la presse ni des avantages fiscaux des journalistes. L'égalitarisme a ses limites !).  Le système par répartition est nécessairement le plus injuste parce qu'il repose sur des décisions d'en haut et prive chaque citoyen de sa liberté. L'arbitraire et le rapport de force politique y règnent en maître.

Là où un système par capitalisation obligerait les fonctionnaires voulant cotiser moins de 35 ans soit à fournir plus de la moitié de leur rémunération en cotisation pour conserver leur dernière rémunération  soit à conserver ses cotisations de 7-8 % et partir avec des clopinettes, on les voit bénéficier des avantages les plus grands avec les cotisations les plus faibles. Ne parlons pas des régimes spéciaux qui sont financés par les tiers et offrent des avantages indéfendables.  En France le caractère institutionnellement inique du système pendant les trente glorieuses a été illustré par un autre fait, encore plus grave :  ceux qui cotisaient le plus longtemps étaient aussi ceux qui profitaient le moins de la retraite. Les énormes excédents des caisses liés à cette ignominie et  au baby boom a permis de servir généreusement des catégories sociales qui n'avaient pas cotisées puis à financer l'énorme sottise de la retraite à 60 ans.

Lorsque ces excédents gaspillés se sont épuisés, c'est l'emprunt qui a pris le relais. Est-il absurde de régler par l'emprunt le financement des retraites ?   D'une certaine façon, si l'emprunt est souscrit par l'épargne étrangère cela revient à faire payer les retraites françaises par le travail des étrangers, mais à transférer à terme le remboursement avec les intérêts aux futurs Français. C'est totalement absurde dans la durée. Ce n'est acceptable que pour lisser une difficulté démographique temporaire. La lâcheté des gouvernants depuis 81 a été presque totale. Les réformettes n'ont fait que confirmer les injustices les plus criantes. La réforme en cours n'y manque pas sauf quelques retouches cosmétiques.

Et globalement la politique qui vient d'être validée par Sarkozy, à la remorque de l'Allemagne, n'a de sens que dans le cadre d'un régime de retraite qui fait une part importante à la capitalisation, alors que la natalité décroche. C'est bien pour l'Allemagne. Mais pour la France  et ses retraites par répartition ?

Au total tout le monde nage en pleine contradiction et on prend des mesures à la va comme j'te pousse en perdant de vue constamment les cohérences nécessaires.

La vision sociale doit être assujettie à une vision économique globale et à la démographie. Il y a un trend et un cycle.  Si le trend s'affaiblit et si les cycles sont plus prononcés notamment à la baisse,  alors le système par répartition est menacé.  Si les calculs du Cor tiennent bien compte d'une sorte de trend elles gomment entièrement le cycle et les défauts d'équilibres qui se présentent lors des récessions. Si on penche vers le malthusianisme alors il faut cesser de vouloir faire vivre un système par répartition. Si on tient absolument à un système de répartition il faut admettre qu'il doit être dur pour ceux qui ne travaillent pas et développer des incitations fortes à travailler tôt, longtemps et continument. Il faut tenir un discours productiviste et nataliste. Il faut évoquer les bienfaits de l'immigration. Il faut rompre avec le système allemand. Et finalement il faut desserrer l'étau qui permet à certains groupes sociaux d'imposer leur volonté aux politiques et au reste de la nation.

On jugera aux positions qui s'expriment actuellement  à quel point on nage dans l'incohérence.

Crise de type 1929 ou 1993 ?

La crise économique que nous traversons depuis le blocage du marché interbancaire en juillet 2007 n'a pas encore livré tous ses secrets.

En 1929 après le choc de la chute boursière et les désordres qui ont suivi, il a fallu attendre 1932 et 1933 pour voir tout à coup l'ensemble du système financier  s'effondrer, au milieu des réactions désordonnées des états et des banques centrales.

Il y a vingt ans, la crise commence en 91 aux Etats-Unis arrive au RU et dans les pays exportateurs en 92 et frappe de plein fouet la France en 93. La reprise est là dès 95. Le coup de massue fiscal d'Alain Juppé en 1996 provoque une récession  qui ne dure pas. La phase de reprise arrive début 1997 grâce à une forte dévaluation du Franc vis à vis du dollar.

Comme nous l'avons souvent écrit, une crise de type 1929 n'est pas prévisible. Elle dépends trop étroitement des réactions des Etats. La seule chose que l'on peut faire est de signaler les erreurs majeures et espérer qu'on sera compris et entendus, ou que les états ne feront rien de dramatique.

La crise actuelle peut déboucher sur le pire si les mesures ad hoc ne sont pas prises. Nous l'avons écrit dès 2007 et répété en 2008. Faute d'un vrai diagnostic on a vu que le G.20 a pris des options purement d'attente ou cosmétiques et qu'aucune action internationale d'envergure n'a cherché encore à traiter les causes. Nous avons alors expliqué les risques courus et  signalé que le développement du désordre viendrait des monnaies et du crédit. Nous y sommes en plein.

S'il est impossible de dire dès aujourd'hui si on entrera dans une crise de type 1929, on peut déjà signaler les ressemblances avec la crise de  1993.

Rappelons que cette crise avait été la première vraie récession d'après guerre (la première depuis 1929) ; elle avait fait baisser les PIB de façon significative (de 2 à 4%) ; le système bancaire était ruiné par la spéculation immobilière notamment sur les bureaux ;  le commerce international fut fortement ralenti pendant près de deux ans ; l'endettement des états est monté à des sommets ; le chômage est passé  dans beaucoup de pays par des pics au dessus de 10% de la population active ; les banques centrales ont ouvert grand les vannes de la création monétaire ; des plans de soutien aux secteurs industriels les plus importants ont été mis en place (juppette après la balladurette) etc.

Bref, en première analyse la crise actuelle est très semblable à celle de 93 sauf qu'elle est plus forte, frappe des états en bien plus mauvaise situation financière, dans un monde où le nombre des acteurs est plus important avec un déplacement du centre de gravité de l'économie mondiale vers l'Extrême-Orient.

On pourrait dire : la crise de 2007-2010 sera de type 1991-1993, en plus grave,  si les politiques des états ne la transforment pas  en crise de type 1929.

Il est toujours amusant et instructif de relire les livres ayant traité de la grande crise économique  d'avant. Michel Albert et Jean Boissonnat avaient fait paraître au Seuil "Crise Krach Boom"  juste après le krach boursier de 1987 , éclair dans un ciel tranquille qui avait tout à tout interrogé sur la fragilité du nouveau système mondial qui se mettait alors en place, après la correction du début des années 1980 et la fin de la stagflation (surpris par le nouveau système de changes flottants les états avaient persisté pendant les années 70 dans un keynésianisme de façade qui avait eu des résultats désastreux).

Le texte comprend de nombreux passages qui pourraient être repris aujourd'hui sans en changer une ligne.

"Au banc des accusés on voit défiler l'informatique, la dérèglementation, les nouveaux instruments financiers, les "golden boys" et autres "raiders", dans un cortège multicolore où les techniques les plus sophistiquées semblent avoir pactisé avec la perte du sens moral pour se mettre au service d'un nouveau capitalisme sauvage".  

La notion de "raiders" a été remplacée par celle de Hedge Funds. A part cela quelle actualité ! Il ne manque que la dénonciation du "court termisme" pour faire un article de 2010.

Cette crise boursière n'a pas été réellement comprise. A la fois très violente et sans grandes conséquences sur l'activité elle a laissé les analystes  un peu perdus. Personne n'avait alors compris que dans un système de changes flottants, de dérèglementation et d'ouverture forcenée des échanges financiers,   où les banques centrales cherchent à maîtriser les prix et où les salaires sont comprimés, l'épargne et le crédit se déplacent de l'industrie vers la spéculation. Une grosse partie de la création monétaire se retrouve dans les prix des biens durables et non plus dans les produits de consommation. Le double accélérateur de la spéculation sur les monnaies et les actifs provoque alors des montées de prix vertigineuses qui ne peuvent pas durer et entraînent de sévères corrections.

Rappelons qu'en quelques heures le 19 octobre 1987 le Dow Jones avait perdu 22.6% de sa valeur soit près du double du vendredi noir de 1929 ! La correction sur le dollar sera également très forte.

Faute de comprendre ce mécanisme fondamental Greenspan qui vient d'arriver à la tête de la FED va changer radicalement la politique suivie jusqu'ici par Volcker et ouvrir toutes les vannes de la création monétaire. Le résultat : la défiance vis à vis de la bourse reporte les déséquilibres vers l'immobilier. De 88 à 91 se développe une spéculation notamment sur les bureaux comme on n'en avait jamais vu. Les banques y vont à fond parce que , déjà, la rentabilité des prêts classiques à l'industrie est très faible et que la spéculation est la seule source d'argent facile.  En France les crédits à l'immobilier de bureau sont multipliés par 7.

La bulle explosera à partir de 91 et ravagera le monde jusqu'en 93.

Nos auteurs ont bien vu un aspect critique  du phénomène : "La désorganisation du système monétaire international depuis l'abandon des règles instituées à Bretton Woods au lendemain de la dernière guerre a contraints les marchés à se garantir contre certains risques. A la plus forte fluctuation des titres qui a résulté de l'intervention des investisseurs institutionnels, s'ajoute la fluctuation des changes et des taux".

Sous l'influence de Milton Friedman, malgré l'échec de ses recommandations monétaristes au début des années 80, l'idée s'est installée que les mouvements de capitaux pouvaient être entièrement libérées sous réserve de laisser fonctionner les changes flottants.  La limitation de l'inflation a permis de reconstituer un peu partout une forte épargne qui auparavant était érodée par l'inflation.  Des masses énormes de capitaux pouvaient désormais courir le monde mais le monde était devenu plus dangereux.  Ces énormes masses, gérées dans peu de mains, et désormais sans contrôle national, se déplacent par spasmes.   Henry Kaufman, une des grandes écritures de l'époque résume les causes  de la crise de 87 dans un article dans le Herald Tribune le 8 février 1988  : "la dérèglementation, l'innovation financière, la mondialisation des marchés de capitaux, l'institutionnalisation de l'épargne qui concentre les décisions entre quelques mains, la mobilité des actifs financiers que l'on a tendance à transformer en titres négociables comme on le voit aussi bien avec la dette du tiers monde. Un prêt bancaire devient ainsi un titre négociable comme une simple obligation".

On ne parlait pas encore de "subprimes" et peu de titrisation, mais la technique était déjà là. Dans le marché mondial on achète de tout sous des formes de plus en plus techniques et on a peur de tout ce qui implique le développement de protection plus ou moins illusoires et surtout de paniques auto entretenues lorsqu'une classe d'actifs (ou de dettes, c'est la même chose dans le monde bancaire) vient à être suspectée.

Le mouvement, qui était en route depuis la fin des années 80 (c'est à ce moment que se développe les salles de marchés dans les banques) va alors constamment se perfectionner. On allait voir la constitution des hedge funds,  externalisation de la fonction de spéculation hors des banques, puis le développement de la titrisation, jusqu'au CDO, et de l'assurance crédit sous forme de CDS.   Ajoutons que la notation de tous ces produits est indispensable et que les agences spécialisées vont désormais prospérer.

Le seul ennui c'est que cette maison est en papier. Elle va bruler à plusieurs reprises et devra être constamment sauver par les Etats, comme le rappelle très justement Joseph Stiglitz. La crise de 91-93 puis la chute de LTCM, puis la panique devant le risque oriental, puis la crise de 2001-2002,  voient les énormes masses flottantes canalisées dans des "véhicules" de plus en plus complexes et obscurs dévaster le monde. A chaque fois Greenspan ouvrira les gros robinets monétaires. Comme le disent nos deux auteurs "quand l'économie flambe on l'éteint avec de la monnaie. Personne ne se préoccupe de savoir si cela ne ressemble pas finalement à tenter d'éteindre le feu avec de l'essence".

La panique devant la dette grecque ou hongroise , après la panique sur les crédits immobiliers, répondent exactement aux même mécanismes, aggravés et amplifiés.

On retrouve même l'explication que nous donnons nous même de cette série de crises : les auteurs comprennent que le système monétaire international basé sur le principe des changes flottants et d'une monnaie de réserve nationale (le dollar) dont les autorités ont décidé de ne pas se préoccuper (le Benign neglect) est à l'origine des déséquilibres. De même qu'aujourd'hui on pointe le couple Chine excédentaire et Etats Unis en déficits, les deux balances jouant en même temps et en sens inverse pour déverser des liquidités gigantesques sur le monde, les auteurs suspectent la relation Japon-Etats-unis qui entraînent le Japon vers une surépargne qui sera périodiquement ruinée (provoquant l'installation d'une dette d'état colossale pour sauver les banques) en même temps que l'économie des Etats-Unis n'épargnent plus et comptent sur le crédit pour sa consommation. Il note bien que la croissance, quand elle est là, puisque le trend est ralenti par rapport aux trente glorieuses,  est partout correcte,  sauf en Europe, dindon de la farce et surtout en France, entravée par le "programme commun de la gauche", les 39 heures, la retraite à 60 ans et autres démagogies.   

Il faut être aveugle pour ne pas voir les ressemblances avec la situation d'aujourd'hui. On lira le reste : le chapitre sur la "montagne de dettes", l'autisme des Etats, la désinformation dans les médias appelée le "krach de la communication", "le Rubicon monétaire".  Les auteurs en appellent finalement  à une refonte institutionnelle : la création d'un état minimum mondial.

La mondialisation par les changes flottants, la dérèglementation, la concentration des intermédiaires financiers, cela ne peut pas marcher.

C'était déjà parfaitement clair en 1988.

On voit que rien n'a été fait pour que les changes flottants soient abandonnés, que le dollar cesse d'être la monnaie de réserve internationale, que les mouvements de capitaux  soient mis sous un strict contrôle, et que la convergence des politiques nationales s'institutionnalise au moins a minima.   

L'Europe a unifié sa monnaie mais sans comprendre les nécessités institutionnelles d'une zone de monnaie unique ni les dangers d'un oasis de fixité dans un océan de flottement monétaire.

La Chine a relayé le Japon et l'Allemagne comme créancier des Etats Unis.

La double pyramide de crédits a atteint des sommets monstrueux.

Nous en sommes là. Avec des économistes de cour à côté de la plaque, des journalistes qui regardent du mauvais côté, un krach de l'information toujours aussi profond, un silence total des états sur le tabou des changes flottants., une accumulation de dettes dont plus personne ne sait comment se débarrasser.

Et pourtant tout est clair. Depuis des décennies !

Des décennies !

Quelle honte !

Banques : moutons et pirates

Lorsque j'ai commencé ma carrière dans la banque, mon patron m'a dit : "dans ce métier, tu verras, il n'y a que deux profils : les pirates et les pétochards. Où veux-tu aller : dans le suivisme ou dans l'offensive ? ". Que répondre d'autre que : dans l'offensive. On est jeune et audacieux quand on commence ! Résultat,  il m'a collé un an au recouvrement des créances douteuses...

Avec le recul je crois qu'il avait parfaitement raison. Il y a bien d'un côté les moutons, propres sur eux, rassurants, portant particule (moins depuis qu'on privilégie le féminin et le télégénique), qui parlent sécurité, investissement responsable, politiquement correct, image, bonne intégration dans le tissu social et autres amusantes fadaises.  Et de l'autre les prédateurs, l'oeil rivé sur les lois de finances, les trous dans la législation, l'analyse des failles diverses, l'observation psychologique et  qui ne pensent qu'à faire des coups.  La fusion assez générale de la banque de dépôt et de prêt avec la banque d'affaire et les anciennes sociétés de bourse a posé quelques problèmes de culture à la direction des nouveaux groupes, sommés de fabriquer quelques chimères de carpe et de lapin.

Le résultat a été assez curieux.

Tout d'abord les banques ont externalisé leurs cow-boys. Ce sera le développement des Hedge funds.  Des gestionnaires qui travaillaient précédemment au sein des banques se sont retrouvés à gérer des fonds pour les banques et de gros investisseurs. Les pétochards sont toujours cupides, mais ils veulent que la cupidité soit assumée par les autres. A partir du moment où  les moutons pouvaient s'assurer que leur choix était partagé par d'autres moutons et qu'ils pouvaient  mutualiser la piraterie, le commerce avec les pirates pouvait se développer. On soutint en coeur du côté des banques mammouths vivant en consanguinité avec les  Etats que la meilleure gestion ne pourrait se faire que dans des paradis fiscaux, l'absolue obscurité et l'impunité pénale, avec les instruments les plus controuvés. Quand les moutons cherchent à fabriquer des loups, ils sont capables de leur donner un enclos d'importance. La législation suivit.

Mais un pétochard reste un pétochard. Alors les moutons ont développé le recours aux agences de notation. Ils étaient prêts à payer pour ce genre d'organismes qui leur permet d'exercer leur fonction de mouton avec une plus grande tranquillité. Ils se sont donnés comme seule priorité de "coller à l'indice". On est mouton, donc faire mieux que l'indice n'est pas un objectif. Mais faire moins bien serait inconvenant. On a sa dignité tout de même. Les grandes banques polyvalente ont réduit leurs analyses dans la partie placement à la sélection des fonds communs de placement et dans la partie prêt à la sélection des dossiers en fonction de risques notés.

L'ennui de cette stratégie de mouton c'est qu'elle ne rapporte rien. Les petits ruisseaux faisant les grandes rivières, certains en ont conclu qu'une banque polyvalente devait avoir "la taille critique", une notion assez dangereuse. Une course à la taille s'est développée, surtout chez les petits ou moyens. Plusieurs moutons-grenouilles(UBS, DEXIA, SocGen) se sont vus en moutons-boeufs.

Mais comment croitre quand on est grenouille ?  Evidemment en cherchant l'argent où il est c'est à dire dans le risque. Le risque capable de fournir du cash étant dans les opérations de marchés du fait des conséquences des changes flottants qui ont transformé toute l'économie mondiale en vaste casino. On a vu soudain les moutons devenir enragés de salles de marché, d'installation au plus près des marchés sauvages. Les voilà à Wall Street et à Londres. Les voilà spéculant sur les denrées et les matériaux, les devises et l'or et les matières premières. Pour leur compte propre. Un agneau déguisé en loup est encore plus dangereux qu'un loup déguisé en agneau.

Une autre solution était de développer une grosse activité de prêt et de s'en débarrasser à bon compte pour consommer le moins de capital possible (il fallait grossir que diable mais sans les moyens ad hoc).  Voilà nos banquiers transformés en courtiers en prêts et transférant leurs risques à d'autres pour continuer leur fuite en avant.  Formidable ces CDS !  En plus les courtiers ne gagnent pas sur le rendement net de leur prêts mais sur leurs commissions. Nos banquiers de dépôt deviennent des milords au même titre que les banquiers d'affaires qui marchent à la commission et aux honoraires. Sur des sommes pharamineuses. Où est parti le risque ? "On s'en fout" dit le mouton cupide. Le risque de contrepartie des CDS ? Pas notre problème. Nous sommes dans la microéconomie brownienne pas dans le pilotage macroéconomique. Il n'ya personne pour ce pilotage là ? Ah bon ! Comme c'est bizarre.

Les moutons se trouvaient bien. Tous les risques étaient pour les autres et les gros bonus pour les maîtres du troupeau.

Mais les autres, c'était eux.  Les pirates ne se sont pas faits prier de fournir aux moutons tous les produits frelatés qu'on peut imaginer. Les moutons ont donc ratissé toutes les subprimes foireuses, tous les madofferies.  Et ils ont découverts que les notes sur lesquelles ils s'appuyaient étaient en vérité des paris stupides, l'évaluation étant de fait rendue impossible par la masse et la complexité des opérations. Le propre des paris stupides est évidemment de foirer en dû temps.

Les portefeuilles se trouvèrent soudains surévalués et parfois dans des proportions considérables. Il fallait passer tellement de provisions que la faillite générale était inévitable. Nos moutons ont alors considérés les autres moutons comme enragés. Le marché interbancaire s'est bloqué. L'assurance a failli ne plus jouer : les assureurs étaient ruinés. L'économie est entrée en récession remettant en cause les portefeuilles les plus sains.

Les états sont venus au secours des moutons pour les sauver de l'abattoir en accusant les pirates.

Mais il n'y a pas pire pirate qu'un mouton cupide et inconscient qui a organisé une fausse cabane en paille en croyant se protéger.

Alors bien sûr il faut lutter contre les pirates.  Mais il faut surtout s'occuper des moutons. C'est eux qui font les immenses mouvements qui fichent tout par terre. Prenez l'affaire de l'assèchement des crédits à la Grèce. On accuse les pirates. Il y en a et ils se sont mis en chasse. Mais lorsque les moutons tous ensembles se sont d'un seul pas retirés de tous les marchés de la Grèce, ce sont eux qui ont asséché le marigot. Pas les pirates. Rien de pire qu'un mouvement de foule de moutons. Panurge l'a déjà dit depuis longtemps.

Le rôle du G20 est bien de démolir le château fort en carton-pâte que les moutons ont édifié autour d'eux pour s'installer dans une fausse tranquillité. Certains parlent de supprimer purement et simplement les CDS et les agences de notation. Au fond pourquoi pas ? Ce sont en fait des leurres si on leur fait jouer le rôle d'avertisseur et de garantie des risques. Mieux vaudrait garder les risques au sein de banques plus petites. En cas de grave manquement la solidarité de place jouerait et en cas de sinistre irrattrapable  la faillite serait prononcée, tout en sauvegardant les dépôts.  Laisser des mastodontes se constituer qui ont le droit de tout faire dans l'obscurité plus ou moins totale avec la fausse assurance que quelqu'un fera la contrepartie des erreurs, a été une sottise majeure. Croire qu'avec des régulateurs (dont on a vu qu'ils ne régulent rien) et un impôt spécial sur les banques (qui devient drôle s'il est replacé et détourné de son but s'il est donné à l'Etat) , les mêmes intervenants vont changer de comportement est une illusion.

Il faut retailler les bergeries et réduire l'aire des loups. 

 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile.

 

 

Crise : Les faiblesses du débat médiatique en France

Ceux qui ont étudié la crise de 1929 et plus particulièrement l'histoire économique de la France entre 1929 et 1940 savent à quel point le débat médiatique avait été alors décalé des réalités. Les journaux  n'ont donné alors qu'une couverture anecdotique des évènements sans jamais fournir à leur lecteur la moindre clef utile d'interprétation.

Il est vrai qu'à cette époque les journalistes n'avaient strictement aucune connaissance en économie, une caractéristique qu'ils partageaient avec le personnel politique. Au final la France sera le pays qui aura le plus souffert de la récession qui lui coûtera autant que la guerre de 14-18.

L'ignorance crasse ne paie pas.

Il y eut une énorme remise en cause après guerre et de gros efforts pour assurer non seulement qu'une partie des élites aient des notions d'économie  mais que le public cultivé puisse accéder à un niveau suffisant de connaissances pour éviter les pièges les plus grossiers.

 Alfred Sauvy fit notamment à gauche un travail pédagogique excellent et un temps efficace.  Fourastié joua un rôle certain pour éviter qu'au moins les journalistes qui s'informent des faits économiques ne disent pas absolument n'importe quoi.

Cet effort s'est effondré à partir de 1968 et surtout de 1974.

Toutes les idées malthusiennes ont progressivement repris leur place détestable sur l'échiquier politique, à droite comme à gauche. Le clientélisme politique est redevenu la base des politiques gouvernementales, détournées largement par les hauts fonctionnaires au profit de l'Etat.

La presse a assimilé l'économie à la bourse. Nous sommes retombés dans le trou. L'émergence des nouveaux médias télévisés où les débats sont nombreux a accentué la dérive vers le n'importe quoi. Malheureux téléspectateurs ainsi empêchés d'avoir accès à une information pertinente et gavés de sottises toutes plus grosses les unes que les autres, comme dans les années trente.

Quelles sont les énormes faiblesses qui défigurent les débats médiatiques ?

- La première est la dérive idéologique.

La question n'est pas de savoir si le libéralisme à la Sorman est contredit par la crise ou l'étatiste révolutionnaire façon socialisme violent est la solution imminente. Pourtant, que de débats passionnés sur ce thème inutile ! Il n'y a pas besoin d'être socialiste pour admettre que les banques puissent être nationalisées si nécessaire ni membre d'Attac pour prétendre que le rôle des états est d'une importance critique. Il n'y a pas besoin d'être maoïste néo-néospontex pour comprendre que la croissance et le plein emploi sont deux objectifs politiques vitaux, ni adeptes de Déroulède ou des Croix de feu pour savoir qu'on ne résoudra rien par une nouvelle fiscalisation outrancière de la société ni une fuite en avant dans la dette.

Aucun des problèmes qui nous affligent sont dans l'analyse de leurs causes ni dans la recherche des solutions une affaire droite- gauche.  Les réflexes conditionnés sont trop forts. La crise est un enjeu de lutte de  partis alors qu'il devrait être un moment de recherche commune d'une explication et d'une politique nationale efficace.

- Proche mais distincte est la fuite dans l'abstraction plus ou moins lyrique. Entre la psychanalyste de service qui explique la faiblesse de la consommation par l'affaiblissement de l'appétence sexuelle dans une Europe vieillissante, le sociologue en émoi qui croit deviner des tendances si profondes  qu'il ne les précise jamais et le philosophe en rupture d'idées mais pas de vocabulaire, les soirées télévisées prennent dans les émissions cultureuses des allures souvent tragi-comiques.  Les pires sots  sont souvent les philosophes. Ils ne savent rien mais avec un aplomb digne de meilleures causes. Comme quoi, savoir qu'on ne sait rien n'apporte pas toujours de grands éclairages sur le reste.

- La faiblesse technique reste la difficulté majeure. Ne comprenant pas les concepts, les intervenants se ruent sur des apparences. Ainsi on voit M. Attali prendre la pause et expliquer la dette par le seul gonflement spontané des crédits bancaires privés aux Etats Unis. Aucun économiste sérieux ne prétendra que les banques privées peuvent créer de la monnaie à volonté. Alors comment ont-elles fait pour que leurs bilans atteindre 400% du PIB  ? Les journalistes pourraient poser la question. Mais c'est trop technique et n'intéresse pas le téléspectateur moyen et la ménagère de 17 à 47 ans. Aucune infographie n'a repris l'évolution des quatre dettes (entreprises, particuliers, banques, états) depuis 1974. Elle serait pourtant édifiante. La seule édifiante.

Rappelons que pour un économiste la dette joue par sa masse plus que par ses composantes. Que Le Monde ou Le Figaro fassent enfin l'effort de sortir les courbes pour la France, le RU, l'Espagne, les EU, le Japon et l'Islande ! Et ils verront les contours de la vérité et pourront se poser la question : comment en arrive-t-on à une telle pyramide de dettes à l'échelon mondial !  Et tout à coup, par miracle, on verrait que la source internationale de la dette est le dérèglement du système monétaire international. Mais comment faire ? Ecrire aux journaux reste sans effet. Ils ne croient que dans les experts qu'ils fréquentent habituellement et qui non seulement n'ont pas prévu la crise mais affirment qu'elle était imprévisible !

Cela permet à des politiques comme Mme K.Morizet d'affirmer cent fois ce dimanche l'imprévisibilité de la crise "que les économistes eux mêmes n'ont pas vu venir". Si elle était imprévisible c'est qu'elle est magique non ? Ou diabolique, comme on voudra.

Alors pourquoi pas un peu de Vaudou médiatique ?

La réponse est peut-être dans le tableau publié en page 17 du International Herald Tribune de ce jour. On y voit la croissance française sur l'année passée à -2.5% (MOINS 2,5%), contre une croissance de +0.6 pour l'Europe entière, +8.1 pour la Corée et zone Euro, +3% pour celle des Etats Unis, +4.9 pour le Japon, +11.9 pour la Chine.

Comme on nous le répète : la France a été moins touchée que les autres ...  Nous sommes repartis pour faire la pire performance de tous les pays industrialisés comparables. Certes le Français est né malin et peut résister et aux mauvais résultats et aux débats débiles, mais tout de même.

Ne serait-il pas temps de soulever un peu le couvercle de conformisme et de bêtise sous lequel la France cuit à petit feu ?  


Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile

 

Obama : un plan de réforme bancaire correct mais (très) insuffisant.

- Interdiction de la spéculation pour compte propre directe ou via des produits dérivés.

On ne voit pas pourquoi les banques de dépôts, qui reçoivent des prêts forcés de la part de tous ceux qui doivent utiliser la banque pour conserver leur épargne liquide et effectuer certaines formes de paiements, pourraient utiliser cet argent pour effectuer des spéculations pour compte propre qui, quand les banques gagnent, alimentent les bonus des hauts dirigeants et ,quand elles perdent, imposent un refinancement par le contribuable. C'est une idée de bon sens que nous défendons ici depuis toujours. Alors bravo ! Pourquoi ne fait-on pas de même en Europe et en particulier en France ?

- Transparence accrue des fonds spéculatifs :  l'idée qu'il n'y aurait de bonnes finances qu'à partir du moment où des fonds spéculatifs cachés dans des paradis fiscaux  pourraient loin de toute fiscalité et dans le secret total lancer des raids dévastateurs sur les marchés financiers mondiaux est aussi folle que celle qui considèrerait que le summum du capitalisme est le brigandage maritime en Somalie. Si les opérations sont propres et saines elles peuvent être faites en pleine lumière et dans la clarté fiscale. Il faudrait peut être tenir compte maintenant de la faillite de LTCM, 15 ans après !

- Création d'une autorité de protection des emprunteurs. Il est certain que plus aucun épargnant de comprends quoi que ce soit aux placements qu'il fait ou surtout qu'on lui fait faire. Créer une "autorité" est la vision bureaucratique de la solution. Il faut surtout renforcer la règlementation sur ce qui est autorisé ou non. Les boites noires doivent être démontées et les ventes de chimères pénalement poursuivies. On ne peut qu'espérer que cette autorité aura la capacité d'orienter la législation en faisant un inventaire détaillée des pratiques.

- Limite à la croissance des bilans bancaires. Là on confond macro économie et micro économie. Les bilans bancaires ne grossissent pas tout seul.

- Plus de pouvoirs pour la FED et plus grande transparence. Là encore les modifications institutionnelles  n'ont d'intérêt que si elles servent un projet. Quel est le projet ? La FED a des responsabilités majeures dans la crise actuelle.

Le plan Obama est finalement modeste, certainement pas à la hauteur des évènements, mais au moins il va dans la bonne direction.

Que manque-t-il ?

D'abord une vision des causes de la crise et une idée majeure de ce que serait le cadre de fonctionnement financier et monétaire de la mondialisation. A partir du moment où on se contente de croire que la crise est due à un simple dérèglement du comportement des acteurs financiers, sans se préoccuper du contexte, on bâtit sur du sable. Le plan Obama peut faire un peu de bien mais il ne règle rien. Rappelons le une fois de plus : la crise n'est pas due principalement aux subprimes. Elle a certes frappé particulièrement le marché immobilier. Mais la victime n'est pas l'assassin, même si elle a mis du sien.

Ne comprenant pas pourquoi les bilans des banques se sont mis à gonfler démesurément sur une longue période, on essaie de leur mettre une camisole. On ferait mieux d'agir sur les causes plutôt que sur les symptômes.

Il n'y a aucune mesure proprement monétaire, notamment dans le domaine de l'organisation monétaire internationale. C'est une erreur colossale d'analyse et la condition de l'impuissance.

La réforme Obama est donc bien orientée. Aucune mesure n'est absurde. Mais elle est si partielle qu'elle n'a au fond pas grand intérêt et n'est pas en mesure d'atteindre son but affiché : empêcher qu'une crise du même genre ne se reproduise.

De toute façon une crise du système financier international ne peut pas avoir de solution nationale. C'est vrai pour le plan Obama, encore plus vrai pour les gesticulations d'Angela Merkel, ou l'immobilisme de N. Sarkozy qui n'a toujours pas proposé trois ans après le début de la crise (qui commence avec le blocage du marché interbancaire de juillet 2007)la moindre proposition de réforme financière (les banques en France SONT l'état et ne permettront rien).

Quant à M. Barnier, c'est à dire l'Europe, on attend toujours. La question du passeport européen pour les hedge funds, cela reste tout de même de l'anecdotique.   
Cercle des économistes e-toile

Crise mondiale : Pas de solutions en dehors des états ( suite)


On ne sortira pas plus des monnaies administratives que le monde ne s'est débarrassé des billets après la faillite de Law. 

L'horloge monétaire ne revient pas en arrière. Jamais.  Le nouvel ordre monétaire mondial doit être fondé sur des changes fixes mais ordonnés sur une référence mondiale non nationale (ce que nous appelons le Mondio), avec l'engagement des Etats non pas "de ne pas faire plus de bêtises que les autres",  mais de respecter des règles précises sous risques de sanctions sévères librement consenties ou exclusion de la mondialisation.

L'Europe pourrait dans un tel cadre remettre les boeufs devant la charrue et repartir du pas lent mais sûr des bons laboureurs, en mettant fin aux excès gouvernementaux actuels.


La France devra renoncer à son "toujours plus" étatique et social, à sa folie fiscale et à ses dépenses publiques démesurées. Mais au moins elle bénéficiera d'un retour à une croissance durable et d'un assainissement progressif de son passif. 


Les Etats Unis, tenus de garantir la valeur externe de leur monnaie ne pourront plus faire n'importe quoi en même temps que la fixité des changes et le durcissement des règles de la spéculation et de la régulation bancaire éviteront un retour aux extrémités que l'on connait encore en ce moment. En contrepartie le dynamisme de sa création économique trouvera un meilleur emploi.


La Chine devra mieux équilibrer et plus durablement sa croissance extérieure et intérieure. Elle y gagnera plus que ne le croit les partisans d'un mercantilisme sauvage.


Les guerres monétaires du type de celle que vient de gagner la Corée du sud ne seront plus permises. Ici encore, l'accès au marché mondial impose des disciplines.


La Grèce aura une perspective qui soit autre que la catastrophe, même si elle n'échappe pas à quelques ajustements nominaux des prix et des salaires. Une déflation conduite de façon raisonnable dans un cadre global pacifié à toutes les chances de réussir.


On dira : si on ne l'a pas fait c'est que c'était impossible !


Peut-être ! Mais au moins que la pédagogie de la crise serve. Une fois pour toute !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Crise mondiale : pas de vraie solution sans les Etats.

Les difficultés de l'Euro permettent à deux camps d'exulter.


Le premier est celui des adeptes de Milton Friedman et de la libre flottaison des monnaies. Le maître avait dit que l'Euro ne se ferait pas et si par impossible il se faisait il éclaterait rapidement. Pendant dix ans il a eu tort et voilà que sa capacité d'analyse et de prédiction est magnifiée. "On vous l'avait bien dit que cette construction était impossible. Et maintenant sa défense vous entraîne dans des complications bancaires et sociales insurmontables. Revenez à la raison et sortez de l'Euro ! Les monnaies s'échangeront alors à leur vraie valeur respective et tout sera bien. Les marchés resteront la loi du genre humain comme il se doit. Les gouvernements seront hors jeu et obligés d'être sérieux."


Le second, radicalement opposé en apparence, postule que les monnaies administratives créées à la fin de la première guerre et qui sont devenues totalement erratiques depuis 1971 sont ingérables, que le système des changes flottants est intrinsèquement pervers car il offre trop de possibilités à la spéculation tout en créant des risques immenses, que les banques centrales sont des organismes creux qui ne savent rien contrôler et qui créent plus de problèmes qu'ils n'en résolvent, et que seul l'étalon-or est de nature à faire revenir tout le monde, états, banques et agents économiques, à la raison. S'il y a étalon or, la notion même d'Euro n'a plus de sens.


Ces deux philosophies, en apparence totalement antagonistes, se rejoignent pour fêter la mort annoncée de l'Euro.


En vérité ces deux doctrines ont un autre point commun : la haine de l'état qu'il s'agit de contraindre le plus possible, soit par les disciplines de l'étalon or, soit par la sanction des marchés. L'état est l'ennemi, celui par qui tous les malheurs arrivent. Il ne doit pas avoir de responsabilités dans la gestion de la monnaie qui doit être le plus possible une monnaie privée indépendante de la gourmandise étatique. Aux entreprises le soin de découvrir des nouvelles opportunités de croissance ; aux banques de les financer si elles croient aux projets qu'on leur propose. Si elles se trompent qu'elles meurent !  Et l'excès de monnaie sera automatiquement purgé. L'Etat ne sait faire rien d'autre que de générer de l'inflation ou de la crise économique.
L'ennui, c'est que l'histoire a condamné chacune de ces deux options.


L'étalon-or n'a duré que quelques années, de 1873 à 1914. Et qu'a-t-on vu ? Ce qu'on appelait "la grande dépression" qui a duré la majeure partie de la fin du XIXème siècle, ponctuée de grands scandales comme Panama,  et une période faste au début du XXème  qui s'est brutalement terminée par la crise boursière de 1907. L'étalon or n'a pas été un chemin de roses.
Quant aux changes flottants on a vu que de crises en crises ils viennent de nous faire basculer dans une situation plus que périlleuse qui peut bien déboucher sur une nouvelle grande dépression.


Par conséquent ceux qui exultent n'ont rien à proposer de solide pour l'avenir.


Pour une raison simple : ni l'un ni l'autre n'ont compris pourquoi leur système respectif a explosé. Ni l'un ni l'autre n'a compris le caractère indispensable des états pour assurer croissance et plein emploi.  Non pas que l'état, par nature, soit capable de déterminer les bonnes politiques, tout démontre le contraire. De mauvaises politiques économiques, on en a connu de multiples. Mais parce que toute bonne politique passe nécessairement par une intervention de l'état et toute mondialisation heureuse par une collaboration inter étatique solide et consensuelle.


Mettre hors jeu les états qui emploient directement 20 à 25% de la population active et dépensent entre 35 et 55% du PIB est totalement irréaliste. Croire que le chacun pour soi  et l'or ou les marchés pour tous donneront des résultats merveilleux est une farce.


La question n'est pas de mettre les états hors jeu, mais de faire qu'ils jouent bien. L'orchestre jouera-t-il mieux sans chef, en espérant que la sélection individuelle des meilleurs solistes  suffira à créer la qualité ?  C'est l'idée des changes flottants Chaque banque centrale maintient la valeur intrinsèque sur son marché de la monnaie dont elle a la charge et le bonheur suivra. Ou faut-il lui laisser un chef mais sous la tutelle  d'un ordinateur qui dira si la qualité est bonne ? C'est un peu l'idée de l'étalon or.
Nous nous pensons qu'il faut un bon chef d'orchestre travaillant sur de bons principes avec d'excellents solistes.


Quelle aura été la force de l'Euro ? D'abord de permettre à l'ensemble économique européen de s'unifier mieux. Le fait de passer d'un pays à l'autre sans changement de monnaies a permis une fluidité des échanges des capitaux, de marchandises et de services propices à une meilleure intégration et un rattrapage des économies pauvres.  Quelle aura été la faiblesse de l'Euro ?  Le fait d'avoir laisser les état maîtres de leurs politiques économiques, mais sans possibilités de politiques monétaires et sans autres contraintes que celles d'un traité.  Si le monde n'avait pas baigné dans le flottement généralisé et la liberté totale des mouvements de capitaux , cette politique avait sa chance. Mais on n'a pas voulu comprendre qu'un îlot de fixité dans un océan de flottabilité serait durement battu par les flots.  L'Hubris politique l'a emporté sur la sagesse économique. On a mis la charrue avant les bœufs et une fois de plus en Europe on voit les boeufs piétiner la charrue.


L'Euro n'est pas possible sans une coordination des politiques économiques et budgétaires (ce que tout le monde a désormais compris), et sans une certaine fixité des changes dans le monde (ce dont personne n'a conscience). C'est ce que nous avions écrit au moment de Maastricht.


On était un peu dans la situation qui a prévalu lorsque la France a adopté le système de Law sur la généralisation du rôle du billet de banque. Le billet de banque est un formidable progrès mais son succès suppose que différentes conditions soient remplies. On a voulu passer outre : on a eu la faillite.  L'Euro a voulu passer outre. Et on risque la faillite de l'ensemble. Mais cela n'empêche pas que l'Euro soit globalement une excellente solution pleine d'avenir. Mais pas organisée comme cela et pas dans un monde de changes flottants. Tous ceux qui ont prétendu que l'intendance suivrait ont sauté "un pont trop loin", pour reprendre une image célèbre.


Imagine-t-on une seconde que la Grèce serait sauvée par le retour immédiat à l'étalon or ? Elle n'a pas d'or. Et un record de dettes. Voudrait-elle saisir le trésor de la banque centrale comme en Argentine il y a quelques semaines, elle n'y trouverait rien.
Imagine-t-on que la Grèce soit sauvée immédiatement par le flottement de sa monnaie ?  Cela supposerait un défaut quasi total sur sa dette et un effondrement des changes tel qu'aussitôt le monde entier se vautrerait sur ses plages et dans ses criques. Elles ne sont disponibles que quelques mois par an et ne génèreront jamais de quoi faire vivre le pays et rembourser ses dettes. La Grèce serait un pays sans capitaux, sans monnaie et probablement sans client car l'explosion de la zone euro aurait la conséquence de ruiner beaucoup d'épargnants sans parler des Etats.   


Même à titre de transition la flottaison ou l'étalon or ne sont pas des solutions.


Quelle est donc la solution ?


La solution est la même que celle que nous proposions dès le blocage des marchés interbancaires en juillet 2007, la même que celle que nous proposions au moment de la chute de Lehman-Brothers.


Nous sommes dans une crise mondiale de la dette que seule la croissance mondiale permettra de surmonter.


La seule solution est dans la coopération totale interétatique pour une croissance mondiale générant suffisamment de ressources pour rétablir les équilibres essentiels. Aucune autre solution n'existe qui évite de grandes souffrances. Qu'on se rappelle les âneries qui étaient répétées par les perroquets sur la crise des subprimes qui n'était qu'un problème américain ! La crise était déjà globale et ne pouvait que recevoir un traitement global. On n'a rien fait.  Quand en septembre 2008 c'est l'ensemble du système financier mondial qui s'est effondré, on a bien compris que la crise était globale mais on a considéré qu'il suffisait de transférer les actifs pourris des banques aux Etats, en laissant les banques centrales lâcher les rênes monétaires,  sans autre réforme que de microbiques remises en cause sur des sujets annexes comme la comptabilité, les primes  et l'organisation des marchés de CDS.


Nous avons crié au fou pendant toute cette période devant cette indécence intellectuelle.  


Pendant ce temps là la récession s'est installée, la crise de la dette s'est amplifiée, les banques sauvées et gorgées de liquidités dans un marché totalement libre s'en sont donné à coeur joie dans la spéculation imbécile, chaque pays a poursuivi sa petite cuisine sur son petit réchaud. Aucun diagnostic réel de la crise n'a été fourni. Le commerce international ne s'est jamais remis totalement en place, répondant plus à des politiques étatiques égoïstes ou à des pulsions de la spéculation qu'aux nécessités d'une reprise générale de relations économiques saines entre les états.


La solution était évidemment ailleurs. Il fallait d'abord acter la faillite des changes flottants, de la "dissymétrie" des institutions internationales, de l'égoïsme globalement destructeur  des politiques nationales américaine et chinoise  et reconnaître que cet ensemble était la cause principale de la crise. Puis faire le constat que seule un ressaut de la croissance pourrait sortir  le monde de l'embarras ainsi créé.


Si les nations s'étaient réunies pour d'une part annoncer que désormais le système des changes serait stabilisé sur des valeurs de change correspondant aux parités de pouvoir d'achat, que la spéculation internationale sur les changes serait immédiatement interdite et sanctionnée pénalement, que les banques en faillite seraient immédiatement nationalisées et restructurées en attente d'une solution plus durable,  que le FMI, rendu égalitaire dans la composition de sa gouvernance assurerait la discipline de l'ensemble avec l'aide de fonds monétaires régionaux, que les excès de dettes seraient restructurées, que les déficits publics ne pourraient pas dépasser certaines limites en dépit des plans de relance, et seraient plutôt financé par la création monétaire directe que par l'intermédiaire de banques en faillite alimentées par des avantages indus, le coût de la crise aurait été bien moindre et aucun des ferments qui l'avaient créées ne seraient demeurés.


Cela supposait un changement d'attitude politique de la part des Etats unis, sommés de renoncer au privilège douteux du dollar, de la Chine, sommée de mettre fin à son mercantilisme, de l'Europe, sommée de mettre fin à l'incohérence entre des états généralement laxistes et une BCE astringente.


On n'aurait pas fait l'économie d'une récession mais on en serait sorti aujourd'hui car les courants commerciaux auraient repris et l'angoisse sur l'avenir aurait cessé. Les citoyens américains n'auraient plus de panique sur la future dévaluation de leur monnaie. L'Euro ne craindrait plus le feu des marchés et pourrait sortir en douceur de la double contrainte d'une monnaie trop fortement défendue et d'un dérèglement général des finances publiques de ses membres . La Chine n'aurait pas à prendre des mesures déraisonnables sur la confiscation prudentielle de certaines ressources mondiales et des relances du crédit interne totalement aventurées.


Décidemment non, cette exultation générale devant la crise de l'Euro n'est pas porteuse d'avenir. On ne sortira pas de la crise en l'aggravant. La seule solution est dans l'engagement des états vis à vis de la valeur respective de leurs monnaies et leur retour à la sagesse budgétaire.


On ne sortira pas plus des monnaies administratives que le monde ne s'est débarrassé des billets après la faillite de Law.  L'horloge monétaire ne revient pas en arrière. Jamais. 



Un mythe économique : la thèse des zones monétaires optimales

Les efforts d'unification économique qui se sont multipliés dans la seconde partie du XXème siècle ont provoqué de nombreuses réflexions sur les conditions du succès de ces tentatives.  Certains économistes ont recherché par exemple dans quelles conditions économiques un groupe de pays avait intérêt à unifier sa monnaie et réciproquement quand il devait l'éviter à tout prix.

Cette démarche est parfaitement vaine. Il n'y a pas de facteurs économiques spécifiques qui poussent ou non à l'unification monétaire. Dans cette affaire ce n'est pas l'économie qui mène le bal mais uniquement la politique.  Et le vrai débat porte sur les conditions POLITIQUES du bon fonctionnement d'une union monétaire.
 
S'il existait des conditions économiques de ne pas rejoindre une zone monétaire cela voudrait dire que certaines économies, par nature et non pas par politique, aurait besoin structurellement de changer régulièrement de taux de change. On peut en effet inverser la proposition en l'exprimant ainsi : dans quelles conditions économiques est-il préférables de pouvoir modifier incessamment son taux de change ? Et quand on pose la question ainsi les réponses se font rares. Car il n'y a aucune conditions structurelles proprement économiques qui invitent à faire varier fortement et constamment le taux de change d'un pays.

La politique de change offre des avantages pour régulariser les déséquilibres créés en général par des politiques économiques et sociales différentes. Mais dans une zone politiquement intégrée on n'a jamais vu une partie de la zone réclamer son indépendance monétaire pour des motifs exclusifs de rationalité économique. L'Auvergne, pour donner un exemple, n'a jamais demandé l'instauration du "Fouchtra", si on veut donner un nom à une monnaie qui serait propre à la région, pour régler ses difficultés de développement. Les libertés politiques et économiques d'aller et venir, de contracter, de posséder, dans l'ensemble monétaire français provoqueront des évolutions conduites par l'intérêt économique et social. Certaines seront favorables à l'activité locale d'autres non. Pays hercynien de faible rentabilité agricole, de possibilités de transport limitées  et de ressources minières peu significatives, la région a connu une très forte émigration. Il est à noter que l'existence du "Fouchtra" n'aurait en rien empêcher l'affaire.  Ce sont des politiques de développement à l'intérieur de la zone monétaire qui ont conduit à modifier le cours naturel des choses et à essayer d'optimiser les chances économiques de l'endroit.
 
En d'autres termes les conditions économiques dictent leur loi indépendamment des régimes de change.
 
De même que la psychanalyse ne guérit que les maladies qu'elle a elle même provoquée, les manipulations de change ne guérissent que les désordres qu'ils ont permis.
 
La plupart des arguments économiques avancés pour déterminer une zone d'union monétaire optimale sont des tautologies.
 
- Le degré d'ouverture des économies. Il est évident qu'un pays qui vit en autarcie et entend continuer ainsi n'a strictement aucun intérêt à rechercher une union monétaire.
 
- La flexibilité des salaires.  Partout les salaires sont devenus inflexibles. Nulle part on ne les baisse sans drame.
 
- La diversification des productions. L'argument est peu convaincant : un pays de monoproduction aurait immédiatement intérêt à s'ouvrir sur l'extérieur pour trouver les produits qui lui manquent  et la valeur de sa monoproduction  sera directement liée à la demande extérieure. La manipuler périodiquement via un taux de change n'aurait aucun intérêt durable.

- La distance entre les pays concernés.  La colonisation a prouvé qu'une union monétaire était possible avec des pays forts lointains pourvu qu'il y ait une unité politique de gouvernance.

- Le désir des hommes de changer de domicile et de s'expatrier. Nécessité fait loi. Indépendamment de toute considération sur le système des changes.
 
Arrêtons là : il n'y a pas de conditions économiques optimales structurelles pour créer une zone de monnaie unique.
 
En revanche il y a de fortes conditions de gouvernance POLITIQUES.
 
La souffrance actuelle de l'Euro ne provient pas  de conditions structurelles incompatibles entre ses composantes, mais du non respect des conditions de gouvernance d'une telle zone.  Dans le cas de la Grèce, le cycle de convergence préalable n'a pas été respecté dans des proportions qui laissent tout de même assez pantois.  Et la philosophie générale qui fait d'un traité, Maastricht, l'alpha et l'oméga de la conduite des affaires, est une erreur politique majeure, en l'absence de toute structure de pilotage économique de la zone. Cette erreur a été dénoncée cent mille fois et la relever ne présente strictement aucune originalité.
 
Elle a été d'autant plus dangereuse que l'Europe a cru qu'une monnaie artificielle pourrait être gérée dans un système de changes flottants par la seule BCE.  Une déficience structurelle régionale dans un système non fonctionnel global ne peut mener qu'à des catastrophes. On retrouve là notre combat permanent.

La question de la zone Euro est purement politique. Est-on décidé d'aller vers une union générale en Europe ou non. Cette option est la notre. Mais cela a des conséquences de structure et de gouvernance globale.  L'Europe a, une fois de plus, mis la charrue avant les boeufs et les boeufs piétinent actuellement la charrue avec une grande gaité. Ce système implique des crises qui rendent inévitables des ajustements précipités ultérieurs. Certains pensent que la méthode est la seule possible.  
Il ne faut pas pousser trop loin la rationalité de l'irrationalité.
 
Admettons que ce soit bien le mode de progression de l'intégration européenne.

Alors il faut aujourd'hui (avec une vingtaine d'années de retard), sous le feu, mettre en place les institutions congruentes avec la monnaie unique. Un traité ne suffit pas.
Il  faut aussi s'assurer que le système monétaire global qui présidera à la volonté également politique de libérer les échanges à travers le monde ne soit pas maladif.
L'Europe n'a donc aucun choix :
- elle doit opter pour l'approfondissement de l'union et parer sa dislocation.
- elle doit militer pour une réforme du système monétaire international.
La grande erreur des fédéralistes est d'avoir privilégié le débat purement institutionnel  en matière politique tout en abandonnant les grandes questions économiques pour la résolution européenne de problèmes microbiques. Ce grand écart était d'autant plus absurde que l'Europe abandonnait tout discours sur le système monétaire mondial et acceptait dans le silence une globalisation effrénée et sans cadre.

Elle s'est donnée tous les moyens de se faire fouetter de l'extérieur et d'être écartelée de l'intérieur.

Les pays de l'Euroland aurait du dès le départ  mettre en oeuvre une structure de coordination économique, sociale et fiscale avec un bras supranational fort pour le contrôle et l'intervention coercitive en cas de dérive, et un autre bras supranational fort pour les actions conjointes pan Euroland. Les traités n'auraient fixés que les principes généraux et l'orientation de l'Union monétaire :  dans la pratique la cohérence budgétaire et la coordination fiscale et sociale.

L'erreur pour l'Europe n'est pas d'avoir créé une union monétaire alors que les conditions économiques "optimales" n'étaient pas réunies dans la zone  comme on le lit un peu trop dans la presse ces temps-ci, mais d'avoir inséré la démarche de la monnaie unique dans le cadre du consensus de Washington sans ce donner les moyens organisationnels de sa politique.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

C'est l'heure de sonner le tocsin

La panique qui a gagné les Grecs disposant de comptes bancaires pourrait paraître paradoxale. Pourquoi transférer ses comptes libellés  en euros en Grèce pour les retrouver en euros ailleurs dans l'Euroland ? Il est vrai que beaucoup ne les ont pas simplement transférés hors de Grèce et les ont converti, principalement en Franc Suisse. On a donc vu le Franc Suisse s'apprécier notablement. Par spéculation pure ? Peut-être mais plus surement par peur de la sortie de la Grèce de l'Euroland. 

Que se passerait-il si la Grèce sortait de l'Euro ? Aussitôt les autorités devraient prendre une décision sur la transformation des actifs libellés en Euros. Il faut bien voir que les comptes en euros sont de simples lignes d'écritures et pour obtenir de la liquidité en euros il faut que les autorités y consentent. C'est la banque centrale qui les fournit sur demande aux banques.

Elles auraient deux possibilités :

* Faire comme l'Argentine et créer un "corralito" : les Grecs pourraient obtenir de la liquidité en euros mais à concurrence d'un maximum.

* Imposer une conversion forcée des comptes avec contrôle absolue des changes, les euros restant à la banque centrale comme réserves.  Un blocage temporaire des prix éviterait une hausse corrélative immédiate des valorisations en Drachmes.

Dans tous les cas les Grecs ont intérêt à utiliser les facilités actuelles de convertibilité totale pour aller se protéger en Suisse ou ailleurs. Ce qui est intéressant c'est de voir comment réagira un pays où ce mécanisme se généraliserait. Les banques se retrouvent aussitôt sur le sol grec en crise de liquidité.  Il n'y a pas de différence avec une panique bancaire classique où on craint pour sa banque. Cela force donc la BCE à alimenter en liquidité toutes les banques grecques.  Il n'y a plus de marché interbancaire pour les dites banques qui ne peuvent trouver aucun secours des marchés européens ou mondiaux .  On se retrouve avec la situation nées des subprimes. Le "crédit crunch" est inévitable. Crédit est mort en Grèce.

Si on regarde maintenant les acteurs du jeu économique, ils sont dans la même situation qu'en cas d'hyperinflation. Tout argent qui entre est menacé de façon plus ou moins imminente si on le dépose en compte en Grèce. Dans l'industrie et le grand commerce la solution est facile : l'argent est viré directement de compte étranger en compte étranger sans repasser par les banques locales, même si les prestations sont locales. On a dissociation du circuit physique et du circuit financier.  Dans le petit commerce la situation est plus compliquée. Il faut bien encaisser de la liquidité. On ne la dépose simplement plus en banque pour qu'elle reste insaisissable. On pense qu'on pourra toujours recycler ses billets dans le reste de la zone euro si la Grèce sort de l'Euroland.

Dans tous les cas la monnaie ne retourne plus aux banques et les difficultés se cumulent.A quand une belle faillite de banque en Grèce ?

Ceux qui pensent que le seul problème grec est de nature budgétaire se trompent radicalement. Il est budgétaire et bancaire et la source des tourments conjoncturels est directement liée au système monétaire international, même si la gabegie budgétaire grecque est évidente (elle est à peine supérieure à la gabegie  française...).  

Si on généralise à l'Espagne et au Portugal, le tournis arrive très vite. Ce n'est plus 120 milliards qu'il faut mobiliser mais dix fois plus. Si les Portuguais et les Espagnols vident leur compte pour les mettre en Suisse, l'Euro s'effondre et le Franc Suisse gagne les sommets.

La BCE ne pourra plus suivre et des faillites bancaires sont inévitables. On verra alors que la prétention des banques françaises à avoir été  des modèles de sagesse volera en éclat avec l'accumulation des prêts non recouvrables. D'où nouveau crédit crunch, nouvel arrêt du marché interbancaire . Le Mistigri est revenu. 

Au passage la situation commencer à ressembler étrangement à celle qui prévalait au début des années trente.  La relance de la récession vers la dépression s'est faite par des crises monétaires pas par des phénomènes commerciaux.

Juste pour mémoire rappelons que la France fut de tous les pays industrialisés celui qui perdit le plus à la crise de 29. Pourquoi ? Parce qu'elle a simplement manqué de sang froid. Enchaîner déflation, sans la patience du résultat, agitation politique extrêmiste, dévaluation sans aucune politique d'accompagnement, dérives budgétaires, réduction du temps de travail, luttes sociales, a littéralement sabordé la France. La crise y coûtera l'équivalent de la guerre de 14 !

On voit aussi l'énorme erreur qui a été commise entre 2007 et 2008 de ne pas changer radicalement le système monétaire international avec une mise au pas tout aussi radical des mouvements de capitaux. Ce qui n'a pas été fait de façon concertée et rapide à l'époque se fait au fil de l'eau et par des crises à répétition.

On s'est contenté de lâcher les vannes de la monnaie banque centrale et de dévergonder les déficits bugétaires. Et le monde se retrouve grosjean comme devant avec des financiers molochs en pleine forme destructrice, qui sont capables de mobiliser des centaines de milliards en quelques semaines,  et qui depuis longtemps ne s'intéressent plus au commerce et à l'industrie  mais aux gros coups spéculatifs potentiels.

L'Euro peut-il exploser ? A l'évidence oui. Si la réaction en chaîne de la méfiance se met en marche cela peut même aller très vite.  Il ne faut pas croire que seul l'Euro serait touché. La réaction en chaîne toucherait le monde. Et à coup sûr on entrerait en dépression généralisée pour de nombreuses années.

Cela est d'autant plus dommage que sur le front de l'activité économique  avril a été même en Europe un mois de reprise forte.  On commençait partout à sortir du marasme.  La casse monétaire entraînerait aussitôt un casse écoomique et sociale renouvellée.

Que faut-il faire ?

Certainement pas essayer de convaincre "les marchés" par des mobilisations factices et des jolis mouvements de mentons. La potion qui aurait été douce en 2007 sera plus dure en 2010.  Mais c'est la même.

L'Europe doit laisser filer l'Euro par rapport à toutes les monnaies afin d'atteindre  .80 pour un dollar. Un contrôle des changes concerté doit être mis en place entre tous les pays de l'Euroland en même temps qu'un tarif extérieur commun doit être dressé  pour faire face aux importations des pays qui ajoutent dumping social et monétaire. Vis à vis de la Chine il faut arriver à quasiment un doublement du coût des importations. 

L'Euroland étant la plus grosse économie mondiale aura montré sa force et acquis une position de négociation internationale. Elle est assez robuste et diversifiée pour soutenir le choc.  La spéculation  internationale sera totalement désarmée.  Les mouvements de capitaux à court terme seront provisoirement réduits aux opérations associées au commerce.  L'Europe n'a pas besoin des capitaux américains ou chinois et encore moins de leur offrir les joies faciles des gains spéculatifs extrêmes.  En même temps doivent être créées deux structures européennes :

* La haute autorité européenne de gouvernance éconoimique et budgétaire avec comme pouvoir de déterminer les éléments globaux des budgets nationaux des pays de l'euroland (masses et impasse),  de faire tous les contrôles nécessaires en liaison avec Eurostats et de définir les politiques globales à suivre pour l'ensemble de la zone.  Les assembléees nationale peuvent débattre du contenu des budgets pas de leur volume ni de leurs déficits.

* La délégation à la réforme du système monétaire international avec comme mission d'obtenir une réorganisation globale du système sur la base d'un système paritaire sans monnaie nationale servant de pivot ni droit de veto d'un des membres, étant entendu que seuls des blocs monétaires seraient représentés à chaque pour chaque sphère économique de s'auto organiser. 

La BCE se verrait pour sa part doter de la supervision d'un Fonds monétaire européen avec pouvoir discrétionnaire sur l'ensemble des banques et des institutions financières. C'est ce fonds qui représenterait l'Europe au sein d'un FMI restructuré chargé simplement de faire respecter les grands équilibres entre blocs  et d'assurer la liquidité mondiale en monnaie de comptes de type Mondio en gérant la compensation entre les grands  blocs. 

Les grands pays pétroliers ou gaziers seraient contraints à négocier des contrats d'approvisionnements à long terme avec l'Europe, étant entendu que le Mondio aurait une composante pétrolière. 

L'autre solution est de continuer comme actuellement avec les simagrées et les rodomontades habituelles, du genre "l'euro vaincra car il est le plus fort". On aboutira à la dislocation de la zone Euro et au blocage de la reprise en cours. On achèvera de mettre en l'air le commerce international mondial, et on ouvrira une période de  dix ans de chaos monétaires financiers et sociaux avec une perte de confiance totale dans les perspectives à long terme. 

Il est l'heure de sonner le tocsin !

 

Sylvain

 

ISF-Bouclier fiscal : une double erreur qui ne doit pas perdurer.


L'ISF est né avec un bouclier fiscal à 70%. Les socialistes s'amusent lorsqu'ils condamnent le bouclier fiscal. Le bouclier fiscal socialiste a été supprimé par...Alain Juppé, après avoir expliqué que l'ISF était une excellente mesure que la droite aurait du imaginer et mettre en œuvre elle même bien avant ! La droite s'amuse lorsqu'elle prétend avoir rétabli un peu de raison sur ce sujet controversé.

Le débat sur les méfaits de l'ISF a été fait mille fois. N'y revenons pas. Attachons nous un peu à la question du bouclier.

Notons d'abord que le bouclier est une passoire. En matière de prélèvements les éléments qui sont pris en compte dans le bouclier fiscal  sont très minoritaires : environ 1/3. C'est comme la ligne Maginot qui ne protégeait qu'un tiers de la frontière nord !  Ce qui veut dire que si l'on prend l'ensemble des prélèvements,  parler d'un plafond à 50% est une escroquerie. Comment calculer ce beaucoup plus ? Très difficilement puisqu'il va dépendre de la structure du patrimoine et des revenus. Sans aucun bouclier fiscal, le prélèvement global (tous prélèvements confondus) pouvait avec l'ISF dépasser allègrement les 100%.  Des milliers de résidents avaient ainsi la joie de donner tout son revenu annuel à l'Etat et de vendre progressivement son bien pour le satisfaire, au milieu des commentaires haineux sur la légèreté de l'ISF et la mauvaise volonté manifeste de privilégiés qui se plaignaient sans honte. 

On peut estimer à près de 20 000 les Français qui ont quitté la France pour échapper aux effets confiscatoires de l'ISF dans la contexte du surimposition générale en France, qui est devenu un leader mondial du prélèvement. Ce n'était pas les moins entreprenants. Certains sont revenus après avoir caché une partie de leurs avoirs et assuré une transmission sans impôt de leurs biens à leurs descendance. Mais la majorité est restée au loin. On s'étonne, ou plutôt on feint de d'étonner qu'ils ne soient pas revenus après l'instauration d'un bouclier à 50%. Quelle hypocrisie ! Pourquoi voulez vous qu'ils reviennent dans un pays qui chante Vive l'impôt en permanence dans le chœur réuni de la droite et de la gauche, maintient des niveaux de prélèvements ahurissants et stérilisants, et ne parle que d'augmenter les impôts des riches. Croit-on qu'ils n'ont pas vu M. Delanoe augmenter de près de 50% l'impôt sur l'immobilier parisien, un chiffre dément, au milieu des applaudissements, après qu'il eût affirmé "et je ne m'excuse pas" ?  Croit-on qu'ils n'ont pas entendu les vaticinations d'Eric Woerth et ses menaces contre ceux qui ont de l'argent "à gauche" ?    

Le bouclier de l'énarque Villepin n'a pas plus convaincu que le bouclier de l'énarque Rocard. La mesurette démagogique de l'avocat conciliateur Sarkozy  n'a eu pour effet que d'exciter et la gauche, rapide à expliquer que plus jamais l'impôt des riches n'augmenterait (quelle horreur !)  et la droite, qui a bien vu qu'il ne s'agissait que de rendre l'affaire pérenne au prix d'une pirouette électoraliste.

En vérité l'ISF et le bouclier fiscal doivent disparaître en même temps, pour être remplacés par un surtaxation  temporaire basée sur les hauts revenus, les bénéfices des stocks options des grandes entreprises, les retraites chapeau démesurées, les golden hello et parachute, les bonus, les très hauts revenus etc.  Compte tenu de la situation des dépenses publiques la conversion d'assiette se ferait euro pour euro. L'Etat n'y perdrait pas un centime. Les assujettis seraient d'accord (quand on a l'argent en main et en liquide on est prêt à payer).

Nous avons de tout temps proposé que cette mesure de bon sens et d'équité soit accompagnée d'une large amnistie pour les capitaux rapatriés de l'étranger, avec un impôt sur le capital rapatrié de par exemple 10% (environ 10 ans d'ISF).  Elle serait d'autant plus réussie que les deux grands partis de gouvernement assureraient qu'ils n'ont aucune intention de rétablir l'ancienne assiette. Les propos de MM. Walls et Peillon, rejoignant celles de M. Méhaignerie et de mille autres dans la majorité de droite,  vont heureusement dans ce sens.  On pourrait de ce fait ramener dans les caisses tragiquement vide de l'état un nombre conséquent de milliards d'Euros.

Au total ces mesures ne feraient que des gagnants et seraient parfaitement bien accueillis par l'opinion. Les riches auraient payé plus en cette période difficile, mais auraient la garantie d'une certaine sérénité fiscale et de ne pas se voir confisquer leur avoir. L'Etat aurait récupéré des milliards. L'investissement serait incité et avec lui l'emploi, donc les revenus des travailleurs.

La paralysie purement politicienne qui frappe les partis sur le sujet depuis que Chirac a perdu les élections peu après avoir supprimé la première imposition sur la fortune doit s'évaporer devant les nécessités nationales.

Le moment est on ne peut plus favorable.

Un peu de courage, M. Sarkozy et Mme Aubry.

Didier Dufau, pour le Cercle des économistes e-toile.

Le retour des politiques de déflation

Il est tout de même troublant de voir revenir la déflation comme moyen de gestion normale des récessions.

Au XIXème siècle, la monnaie était principalement métallique. L'argent et l'or étaient les références monétaires. A partir de 1873, l'étalon-or fut le système de référence. Dans ces conditions il était impossible de manipuler les changes. Les « points d'or » qui se déclenchaient en cas de déséquilibre lourd des balances de paiements entraînaient des sorties d'or et une restriction de crédit qui freinait l'activité.

Les crises financières qui étaient déjà régulières (tous les huit à dix ans) étaient vécues comme des moments de purge nécessaires. Le PIB (qui n'était pas calculé à cette époque) reculait fortement, souvent entre 20 et 30% (d'après les estimations les plus vraisemblables). Les docteurs Purgon s'en donnaient à cœur joie. Les plus faibles tombaient dans la misère et les révoltes éclataient, voire les révolutions. Dans des économies principalement agricoles, on parlait de crise de surproduction dont la résorption passait par des baisses de prix, de salaires et des restrictions malthusiennes. Jusqu'à ce que les prix remontent et entraînent à nouveau une phase d'expansion et d'investissements.

Ce système a volé en éclat en 1929 avec l'orthodoxie mentale qui l'accompagnait. L'or ne jouait plus de rôle majeur (il s'était concentré aux Etats-Unis et les autres états en manquaient). Partout le billet de banque et les dépôts bancaires l'avaient emporté sur la monnaie métallique. La crise de 1929 s'est produite dans un système tout à fait nouveau et mal maitrisé de gold exchange standard qui permettait déjà des doubles pyramides de crédits.

Ce système avait donné une ampleur toute nouvelle à la crise périodique de crédit. Les structures industrielles et agricoles s'étaient concentrées, ne permettant plus des ajustements faciles par les prix. Les mentalités étaient en retard sur les faits.

La gestion de la crise par la déflation fut partout un terrible échec entraînant des conséquences sociales et politiques qui à leur tour eurent leurs effets délétères.

Influencée par Keynes une nouvelle orthodoxie se mit en place qui renonçait aux déflations et tentait de mettre en place une organisation internationale ordonnée avec des changes fixes mais ajustables et une institution, le FMI, qui avait pour but d'éviter que des guerres de changes se mettent en place au détriment de la communauté. Chaque pays « ne devait pas faire plus de bêtises que les autres » et en cas de dérapages, le soutien du FMI devait éviter une chute verticale mais au prix d'un retour dans les rails de la politique économique du pays concerné.

Ce système a explosé en 1971 avec la promotion des changes variables et la création de monnaies purement administratives dont la responsabilité était confiée à des banques centrales « indépendantes ».

Premier résultat : les monnaies ont perdu en moyenne 98% de leur valeur en or bien que l'or fut démonétisé.

Second résultat : les déséquilibres sont devenus gigantesques (voir les déficits cumulés des Etats unis et les excédents cumulés de la Chine et du japon).

Troisième résultat : les crises décennales sont devenues de plus en plus dures en même temps que le taux de croissance de longue période était ralenti : adieu les trente glorieuses !

Quatrième résultat : la variabilité généralisée a entraîné le développement d'une économie casino et l'apparition de produits complexes de moins en moins maîtrisés.

Cinquième résultat : le mécanisme de la double pyramide de crédits s'est amplifié entraînant la hausse de la dette partout jusqu'à un niveau intolérable qui ne pouvait se régler que par une crise d'envergure, comme en 1929. Et qui a éclaté en 2008.

Les états ne pouvaient avoir recours qu'à deux politiques :

- Continuer dans le keynésianisme. On eut la stagflation. Exit Keynes.

- Laisser filer la monnaie avec des crises de changes successives et des risques d'exclusion du système d'échange mondial.

Cette politique ne pouvait être menée que par les Etats-Unis.

- Fixer sa monnaie sur le dollar à un taux favorable et se laisser porter.

La Chine avec ses réserves d'hommes pauvres et disponibles pour un bol de riz a pu s'en sortir.

L'Argentine et son « currency board » explosera début 2000.

L'Europe a tenté une unification monétaire évitant les risques de spéculation sur le cours des monnaies de ses membres. Mais sans « peg » sur le dollar. Il lui a fallu mener une politique de compétitivité salariale sur un fond de très faible croissance. Sous le parapluie de l'Euro les pays du Sud (France, Grèce, Portugal), ont conduit des politiques laxistes, en même temps que les capitaux à court terme s'investissaient en masse dans les pays émergents (Irlande, pays baltes, Espagne) sur une base purement spéculative. Le RU faisait lui le pari du « tout finance » et du « tout spéculation ».

L'explosion financière a eu les conséquences qu'on pouvait envisager.

Les capitaux à court terme ont fui l'Europe de l'est , l'Irlande , l'Espagne ; les pays à bulles immobilières ont été ruinés. Et on a vu que malgré l'unification monétaire, la spéculation s'attaquait aux pays par le biais des taux d'intérêt et des « spreads » faute de pouvoir le faire sur les taux de devises.

En dehors des Etats unis et de la Chine le système monétaire international ne laisse plus aux autres comme alternative soit une politique de déflation lente de compétitivité par les salaires et la technologie soit une politique de déflation violente lorsqu'on s'est laissé glisser trop longtemps.

La déflation est redevenue le mode de gestion de crise. Ce qu'avaient montré la crise de 29, c'est qu'elle était socialement inacceptable et finissait dans des extrémités encore pires que le mal. L'affaire Argentine a confirmé le fait. On peut craindre que cette impatience sociale se manifeste à nouveau avec des conséquences destructrices.

La déflation peut marcher. Mais c'est si douloureux que l'on peut considérer que ce remède de cheval est d'un maniement extrêmement dangereux.

Il vaudrait mieux réformer le système global et enfin constituer le système qui aurait du être mis en place à Bretton-Woods si les Etats unis n'avaient pas été un géant au milieu de "nains" ruinés.

Un Bretton- Woods paritaire, avec une monnaie mondiale de réserve de type Mondio, est  la bonne solution. Espérons qu'il ne faudra pas dix ans de soubresauts pour qu'on s'en aperçoive.

Depuis 2007 et le blocage du système monétaire et du marché interbancaire, on a déjà perdu trois ans. Et on n'en sort pas.

La confusion s'installe

La confusion s'installe

La confusion est le compagnon de l'inquiétude. Les deux s'installent en même temps. Résultats : les faits les plus simples sont ignorés et les discussions se perdent en diatribes inutiles.

* La confusion de l'opinion.

Elle était visible comme le nez au milieu de la figure lors du débat stérile chez Arlette Chabot sur A2.

Qui est en crise ? Depuis quand est-on en crise ?

Ces deux questions firent débat bien inutilement, faute une fois de plus de ne rien comprendre à la notion de cycles. Il y a un cycle de 8-10 ans.  On a donc une succession de crises et de périodes moins difficiles. Les points bas des récessions récentes : 74, 83,93,2001,2009. Chaque phase de récession a sa séquence : bourse et banque sous tension ; puis activité générale en berne -déficits extérieurs ; déficits publics-chômage-faillites ... La crise part toujours des Etats Unis et se répand dans le monde en 2-3 ans. Dans chaque zone atteinte successivement, Il faut près de trois ans pour que le scénario se déroule. Le chômage baisse en dernier et la reprise de l'emploi est en général ignorée puis niée puis minimisée avant d'être finalement reconnue...juste avant le début de la récession suivante.  Si tous les participants avaient eu ce schéma répétitif en tête le débat aurait pu progresser au lieu de s'enliser.  

Il est clair que l'année 2010 va être celle où beaucoup d'entreprises vont craquer au moment où l'Etat n'a plus les moyens de les sauver compte tenu des déficits accumulés. Les résultats apparaîtront en 2011. Au moment où la question d'un sauvetage des finances publiques sera  au plus chaud.  En 96, trois ans après le pic de la récession de 93, Alain Juppé avait assommé le pays par un coup de massue fiscal inouï...et avait cassé la reprise qui se dessinait. On recommence ? Le calendrier électoral ne s'y prête pas. Les élections présidentielles éviteront ce scénario, sauf si évidemment un épisode à la grec précipitait les évènements. En revanche, gare à la préparation du budget 2013 !

Il aurait pu être intéressant aussi de souligner que depuis 1974, la solution choisie par la France aura été "le tout Etat" et le privilège donné à la dépense publique. Tout le monde constate que nous sommes arrivés déjà endettés au stade où il a fallu laisser se creuser tous les déficits. Personne n'a voulu donner les chiffres ni préciser les processus (nous l'avons fait ici dans une dizaine d'articles). Quelques mots  auraient  été bienvenus sur le désastre qu'aura été "l'énarchie compassionnelle" de droite et de gauche et la tendance bien pensante répandue dans le peuple que par l'impôt et la dépense, en ne faisant aucune réforme douloureuse, chacun pourrait s'y retrouver. Nous nous sommes fourrés dans le piège avec une constance admirable. De vrais Grecs, en moins imaginatifs.

* La confusion politique française autour de  la "rupture"

L'impression de fausse rupture avec un passé de laxisme et de facilités est tout aussi clairement à la base de l'énorme abstention constatée aux dernières élections régionales et la cause du désamour cinglant qui frappe le Président de la République. Lors de la campagne de 2006 nous avons écrit moult articles sur le forum du Monde pour avertir N. Sarkozy de ne pas faire le Matamore en affirmant qu'il allait faire reprendre à la France le chemin de la croissance ultra rapide. Nous avons même multiplié les courriers aux différents instances de l'UMP ! Avec toujours le même thème : vous allez avoir à affronter une crise très dure en milieu de mandat alors que la France est très mal préparée à la subir.  Annoncez plutôt du sang et des larmes !

D'accord les corbeilles à papier ne sont pas faites pour les chiens, mais tout de même, les faits évoqués et les arguments étaient si forts, qu'il est déraisonnable que personne n'ait pris le temps de lancer l'alerte. Ou révélateur.

Du coup toutes les mesures du début du quinquennat ont été à côté de la plaque, en même temps que Nicolas Sarkozy révélait son vrai tempérament : non pas un coureur de fond (au sens fond des choses) mais un homme politique n'ayant qu'une boussole électorale à la main et faisant des sprints successifs sous des banderoles politiquement correctes. En vue de l'élection de 2012 il fallait montrer qu'on n'avait pas créé un "état Ump" et qu'on était "socialo compatible", contrant à la fois le PS et Bayrou : voilà l'ouverture à des personnalités socialistes.  En vue de satisfaire la tentation écologique bien pensante, il fallait le Grenelle de l'environnement, une hyper présence à Copenhague et... la Taxe Carbone.  En vue de se couvrir de l'accusation toujours proche pour un élu de droite d'indifférence aux pauvres il fallait Martin Hirsh et... le RSA, au prix d'être renégat sur la promesse de ne pas créer de nouvel impôt majeur.

En même temps on multipliait les taxes (depuis la chute de Jospin, on doit être à la quarante cinquième taxes "de droite"!). Et on laissait s'en profiler d'autres. Indépendamment de la taxe Carbone, flottaient dans l'air la taxation des transactions financières et la taxation des banques, tout en criant qu'on n'augmenterait jamais les impôts.

On avait la lâcheté de ne pas mettre fin à l'ISF, impôt absurde et destructeur (que même les économistes de gauche qui pontifient dans les medias avaient renoncé à défendre) et la stupidité politique de laisser croire que les riches ne seraient plus jamais solidaires en cas de besoin grâce au bouclier fiscal. Au lieu de la grande réforme d'apaisement fiscal qui aurait vu la fin de l'ISF comme on le connait (son assiette aurait été transférée sur les très hauts revenus, les stocks options et un certain nombre de dispositifs choquants comme les retraites chapeau et autres golden hello ou parachutes), une large amnistie permettant de faire revenir des dizaines de milliards d'euros de l'étranger tout en renflouant les caisses de l'état, on a vu Eric Woerth jouer les épouvantails et les grands moralisateurs (ici encore pour complaire à la sondagite de Nicolas Sarkozy et son goût pour le politiquement correct populiste).  Puisqu'on parle d'Eric Woerth notons que lors du débat chez Arlette Chabot il a eu une défense pitoyable du bouclier fiscal. Il n'a même pas osé dire que les éléments d'imposition pris dans le fameux bouclier ne représentent que le tiers des prélèvements obligatoires (les deux grosses parts sont les charges patronales et la TVA à la quelle il faut ajouter toutes les taxes). Ce qui fait qu'un "riche", selon la structure de son activité va payer entre 80 et 90% d'impôts. Ce qu'a fait le bouclier c'est simplement d'éviter que l'ISF ne fasse passer le taux d'imposition de dizaines de milliers de Français au dessus de 100%, taux qu'on peut juger légitimement comme "anti républicain". Seulement, s'il avouait cela, E. Woerth perdait toute crédibilité à droite, enfin ce qu'il en reste.    

En même temps on lançait mille réformettes n'allant jamais au fond des choses et dont beaucoup suspectent qu'elles ont finalement coûté plus cher que les gains obtenus. L'effet d'affichage a semblé toujours l'emporter sur la réalité concrète. On n'a pas voulu affronter les syndicats, comme du temps de Chirac. Sur les retraites, la prise en compte de la "pénibilité", ce concept totalement infondé, leur annonçait qu'on ferait semblant de réformer mais que des arrangements seraient possibles pour les noyaux durs de la clientèle syndicale.

La confusion était entretenu par les contradictions entre mots et faits :

- Plus de sécurité ? Mais moins de fonctionnaires de police et aucun abandon des 35 heures qui a vidé les commissariats. Et une hausse des violences urbaines.

- Priorité à l'éducation ? Non seulement moins de professeurs mais aucun réel changement lourd assurant la reprise en main du bateau ivre. Le symbole : le maintien d'un système démagogique qui conserve dans la scolarité classique des gamins qui ne savent ni lire et écrire au nom d'un égalitarisme de façade.

- Priorité à la santé ? Mais on n'a pas supprimé les 35 heures dans les hôpitaux. On a préféré un bureaucratie de type soviétique à des formules plus souples. Le symbole : la grippe A  où une ministre censément de droite décrète le Gosplan, met en place une usine à gaz et lance des dépenses pharaoniques, bloquant mille projets utiles, indispose l'ensemble de la communauté médicale, pour quasiment rien. Ici encore la volonté de N. Sarkozy, l'oeil rivé aux sondages, de coller à l'opinion publique, et de montrer sa complaisance aux idées politiquement correctes, a détourné le gouvernement d'agir raisonnablement.

Dans la pratique tous les services majeurs de l'Etat sont en aussi mauvais état qu'avant. La Justice est toujours effondrée, noyée sous une délinquance traditionnelle si massive qu'elle déborde les moyens de répression,  mais aussi par la multiplication des nouveaux délits pénaux dits "de société".  Dirigée par des fonctionnaires de la filière juridique qui n'ont exactement aucune notion de gestion et qui sont totalement incapables de maîtriser les processus informatiques et logistiques, la justice c'est le Haïti de notre Administration bien aimée.  Nous laissons au lecteur le soin de compléter la liste.

- la rupture s'est réduit à l'illusion de la RGPP, gratouillette à dépenses publiques là où il fallait sortir la charrue pour déraciner toutes les sources de dépenses inutiles  et surtout boucher tous les trous en dessous de la ligne de flottaison. Pendant qu'on enlevait les mauvaises herbes au sécateur, on n'a pas vu que tout le terrain glissait.  Le jardinier est désormais assis, son sécateur à la main, dans la gadoue en contrebas.  

- Un autre symbole aurait été une vraie réforme de la SNCF. On sait qu'il est impossible de faire fonctionner cette société avec le statut actuel des cheminots et dans le sureffectif perpétuel. Nous avons déjà raconté ici que dès 1970 le fret SNCF était considéré comme "perdu" et irréformable. Depuis quarante ans on fait semblant de le réformer. A chaque fois on déverse des milliards en essayant de les associer avec des thèmes à la mode (le dernier mot clé était "ferroutage"). Résultats : la perte cumulée de 2008 et 2009 pour le fret égale le chiffre d'affaire !  Où est la rupture ? Où est la raison ? Dans un pacte secret entre le Prédisent et les leaders syndicalistes sur autre chose, par exemple la réforme des retraites ? On disait bien que de Gaulle, l'épée, et Pétain, le bouclier, était secrètement d'accord...Pendant ce temps là, la Deutsche Bahn, frappée tout aussi durement par la crise, n'annonçait pas de pertes ; juste une baisse de ses bénéfices.

La vérité qui tout à coup est apparue en plein jour est que Nicolas Sarkozy était dans le calcul et la manœuvre de l'opinion, pas dans les réformes dures qui font mal mais redressent durablement un pays qui s'est laissé glissé. N'est pas Thatcher ou Reagan qui veut.  Si on ajoute que le "matamore" s'est révélé aussi un parfait "m'as-tu-vu" (je reprends ici des mots entendus dans les médias), au moins selon les critères de son électorat de base, on peut difficilement être surpris par l'incroyable et historique abstention qui a gâché les élections régionales.  

La difficulté pour N. Sarkozy est qu'il peut difficilement revêtir maintenant le costume de Churchill ou le tailleur de Thatcher. Avec son style faubourien il ne peut pas non plus être de Gaulle, même en s'agitant sur le front extérieur, censé doter de la stature à ceux qui n'en ont pas spontanément.  Sarkozy il est et il restera.

Notre conseil : oublier les aspects "images" et "sondages" pour se concentrer, avec vérité et efficacité,  sur les chantiers essentiels sans plus se préoccuper de l'élection de 2012.

Il est encore temps d'être utile au pays.



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Le blog du cercle des économistes e-toile

Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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  -  Sylvain Dieudonné : Economiste associé (SD) - Belge
  -  Zbig  Brataniec : Associé économie des pays de l'est (ZB) -  Polonais
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