La gratuité : une arme de destruction massive
Dans le livre Les Malheurs de la Vérité nous avons décrit en long, en large et en travers les méfaits catastrophiques de la gratuité. Nous prenons le mot gratuité dans son sens de transfert du financement d’une consommation du bénéficiaire à la collectivité.
Le consommateur n’ayant aucune entrave pour dépenser, il dépense sans limite. La sensibilité au prix peut varier. Quand le prix annulé concerne un bien de forte demande, les achats gratuits ne tendent pas nécessairement vers l’infini mais vers un niveau de satiété sociale qui reste prodigieux et infinançable. La conséquence est toujours la même : l’État qui finance ne parvient plus à payer et réprime la demande et l’offre. Le marché devient chaotique dans une ambiance épouvantable. Il faut lever des impôts insupportables, compter sur une dette qui devient astronomique, contrôler la consommation et contraindre les producteurs. Au bout du chemin, la faillite et des soubresauts sociaux pénibles sont toujours au rendez-vous.
La seule solution durable est de renoncer au transfert sans limite du coût à la collectivité.
On le voit tous les jours dans le domaine de la santé. Au départ, il s’agissait d’un système assurantiel : une cotisation couvrant un risque médical, avec une obligation d’équilibre entre cotisations et dépenses. Sous la pression du slogan communiste : « à chacun selon ses besoins » qui structurellement disjoint la satisfaction du besoin de la capacité contributive du consommateur, la gratuité a été généralisée par la démagogie politique. Le démagogue est si gentil ! L’énarque compassionnel et bienveillant, l’est plus que tout autre.
L’illusion que c’était possible et durable s’est installée à la fin des trente glorieuses. Dans un système de fiscalité globalement progressive, la croissance automatiquement impose un taux de prélèvement croissant chaque année et la part des charges fiscales et sociales dans le PIB augmentent sans même devoir en prendre la décision. Pourquoi ne pas utiliser le surplus pour se faire réélire avec des mesures démagogiques ? On se le demande !
Seulement voilà : le passage du système monétaire du système équilibré de Bretton Woods aux changes flottants provoque depuis 1971 des récessions majeures avec la plus grande régularité. Parce que le Français est né malin, il a laissé casser la natalité et il a ouvert ses marchés à des pays immensément peuplés et immensément pauvres. La ressource fiscale s’en est trouvée fort marrie. Depuis 1973 on tente de réprimer l’offre médicale sans trop toucher à la demande qui elle, a explosé au rythme des gratuités accordées. 50 ans plus tard la France est le pays qui a le plus régressé dans le classement du PIB par tête et qui est devenue le plus endettée et le plus fiscalisé !
Et cela ne suffit pas. Alors on sévit contre les radiologues, les kinésithérapeutes et les pharmaciens accusés de tricher et de s’en mettre plein les poches. On a réduit drastiquement le nombre de médecins et maintenant on veut réduire leur revenu. La grève inédite des médecins libéraux qui va marquer ce début d’année neigeux est la réaction obligatoire aux atteintes à leur revenu et à leurs conditions de travail.
Pour le secteur public de la santé les rémunérations ont été augmentées généreusement. Mais ce vil secteur privé ne mérite pas de faveur. Qu’il souffre ! Tout le monde s’en moque. « On n’en a rien à cirer, des médecins libéraux qui se font des couilles en or sur le dos des pauvres ».
Les technocrates inspirés qui sous Jospin ont organisé la disparition des petits hôpitaux pour concentrer les soins dans d’énormes bâtisses, ont tellement éloigné le centre hospitalier du malade qu’ils ont organisé la gratuité du transport de et vers l’hôpital. Au départ ils voulaient créer un service national des accès à l’hôpital. Les taxis ont protesté contre une concurrence d’Etat extravagante. Ils ont obtenu une part du gâteau. Mais la répression de cette activité n’a pas cessé surtout depuis la crise de 2008. Alors, c’est la grève des taxis à répétition.
Désormais on passe à la répression de la demande, en faisant la chasse aux prescriptions abusives, aux médicaments « qui ne servent à rien » etc.
Rappel : la gratuité entraîne TOUJOURS mécaniquement la répression de la demande et de l’offre.
Au lieu d’aggraver les tensions tout en sombrant dans les déficits, les dettes, la perte de qualité des soins, il vaudrait mieux s’attaquer au cœur du problème :
- Revenir à un système assurantiel
- Supprimer les gratuités
- Réformer le système monétaire international pour éliminer les récessions périodiques majeures
- Relancer la natalité et le PIB par tête.
Chiche !
Il est quasi certain que les Macron, Faure, Vallaud, Glucksmann, Le Pen, Bayrou, Mélenchon, se préparent déjà à foncer dans cette direction. On parie ?
Sans parler de Hollande, notre futur président annoncé par la gauche et le centre mou, depuis la mauvaise performance de Glucksmann. Il ne cesse de ressasser son mantra présidentiel « c’est gratuit c’est l’État qui paie ». Léa Salamé lui a concocté une émission de deux heures il n’y a pas si longtemps où il n’a fait qu’énoncer les gratuités qu’il avait organisées au milieu des sourires de connivences et des hurlements de rires factices accompagnant le bavardage de M. Petites Blagues.
La gratuité est une arme de destruction massive. La Cour des Comptes a commencé à le dire timidement. Tant que son interdiction ne sera pas constitutionnelle, la France de la « gratuité de la vie » continuera de sombrer.
Certains croient que les robots et l’IA permettront de tout rendre gratuit et enfin d’éliminer le travail. En faire le vœu pour 2026 paraît tout de même un peu prématuré !
Didier Dufau pour le Cercle des Économistes e-toile






































































































































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